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 La Vie a une fin, la Vengeance n’en a pas [Prologue + Mission Niveau V]

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MessageSujet: La Vie a une fin, la Vengeance n’en a pas [Prologue + Mission Niveau V]   Mar 05 Juil 2016, 22:07


Chaque nuit et même devais-je le reconnaître chaque journée qui passait invariablement, ces quelques mots me revenaient en pleine figure,  me faisant osciller entre l’incertitude et une profonde stupidité.
La profonde stupidité d’avoir été berné, l’incertitude d’avoir loupé le sens véritable de cette initiation. Sur le moment pourtant, je n’avais pas prêté plus attention que cela à ces six misérables mots, me focalisant bien sur la récompense que j’avais à mes yeux mérité. La marche supplémentaire gravie, l’épreuve préliminaire accomplie, le premier test achevé.

Pourquoi me triturais-je l’esprit à ce point. Quand je fus rentré dans notre antre, je sentis tout de suite une différence notable, comme si un voile qui m’avait perpétuellement brouillé le regard s’était enfin décidé à s’envoler, ou pour parfaire une métaphore par une autre, que je possédais la clef pour détaché le boulet enchaîné à mon pied depuis que je m’étais suicidé : Je restais ce que j’étais, mais j’étais plus libre, plus clairvoyant.

Le regard des autres Ombres changea également, comme le mien sur eux fut à partir de ce moment tout aussi différent. Je pouvais sentir leur malheur, leurs peines et leurs fardeaux, alors que j’avais en partie réussi à apprivoiser le mien. Passeur n’était pas seulement un rang au-dessus des Grands Faucheurs, mais une libération toute relative sur ce qu’il nous fallait subir et ce qu’il nous était désormais possible de réaliser. Nous détenions les deux revers de la médaille, la Mort mais également la Vie, la destruction mais aussi la création, le libre-arbitre dans le pardon comme dans la vengeance.

« Voulez-vous connaître mon petit secret ? Le charmant mensonge, c'est moi. »

Pourquoi l’Esprit de la Mort m’aurait-il dit cela, à moins que ce ne soit pas lui que j’ai rencontré ? Je pensais que l’apparence qu’elle avait revêtue à ce moment-là était un test pour jauger ma réaction face à une ennemie avérée. Pourtant, si elle n’était pas l’Esprit de la Mort, je n’aurai assurément pas pu être Passeur. Ma logique certes simpliste me semblait cohérente. Je repensais également à ce qu’elle m’avait demandé de faire, avec ces Ridere, et m’interrogeais encore sur ce qui m’avait pris grâce à mon pouvoir de localisation, d’instiller un peu de magie pour pouvoir à défaut de les contrôler, savoir précisément où ils se trouvaient. Les Esprits Parasites aussi avaient pu voir la défection de l’un d’entre eux et se méfieraient de moi si je venais à croiser de nouveau leur chemin. Ce serait peut-être un ascendant que je devrai profiter le moment venu.

Depuis cette élévation, je prenais à cœur mes nouvelles prérogatives et comme autre récompense, donner la vie m’en rendait un peu également. Un peu à l’image d’une âme qui avant de quitter mon corps comme simple réceptacle de transport, me laissait un infime témoignage de cette étincelle de vie en moi.
La vie était magnifique, mais je ne la voyais que plus belle encore si la mort qui y mettait fin était grandiose. Le chemin parcouru se devait d’être riche, complet, impétueux. Aussi avais-je l’intime conviction qu’il ne fallait pas nourrir de regrets quand lorsque l’heure serait venue, il nous fallait regarder derrière soi.

Était-ce une raison qui m’avait incité à m’intéresser à la mort par la vengeance ? Probablement. A moins qu’il ne s’agisse de la vengeance elle-même qui me jugeait digne du terreau qui fertiliserait sa grandeur. Comment le savoir.

Tout comme comment savoir s’il ne s’agissait que du fruit du hasard quand je fus convoqué à cet instant précis par Sanctus, le Gardien du Sceau de la Vengeance ? Dans ces terres où tout est possible, car l’impossible n’était qu’un secret non encore découvert, je finis un signe de la tête à Jishin, mon Shimi, avant de me rendre dans la salle où Sanctus m’attendait.

Après avoir déambulé parmi les couloirs et au milieu des autres Ombres, je me devais de corriger ma dernière pensée.
Sanctus nous attendait. J’étais le dernier arrivé alors que trois autres Passeurs attendaient patiemment en ligne devant cette silhouette dont la puissance méritait le respect. Pour la première fois depuis que la vie m’avait quitté, sans que la mort ne me prenne totalement, je me trouvais face à celui dont je rêvais secrètement de prendre la place.
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MessageSujet: Re: La Vie a une fin, la Vengeance n’en a pas [Prologue + Mission Niveau V]   Mer 06 Juil 2016, 09:41

Je ne pensais pas avoir tardé à me rendre au lieu du rendez-vous, ni m'être perdu en route justifiant d'être arrivé le dernier, pourtant, je fus épié par quatre paires d'yeux où surprise se mêlait à une impatience peu contenue. Si je n'avais cure de ce que pouvait penser mes semblables, les yeux perçants de Sanctus me mirent mal à l'aise. Quand bien même je l'aurai voulu, je n'aurai pas été persuadé de pouvoir soutenir son regard. Il lui semblait aisé par ce simple contact visuel d'arracher mes entrailles pour y révéler le plus infime de mes secrets et les exposer à la vue de tous.

- Voilà enfin le dernier arrivé des Passeurs. Dernier à bien des titres d'ailleurs. Bien que la tonalité de la voix n'eut pas réellement changé, on pouvait presque y déceler une pointe d'amusement malsain, de cet humour corrosif destiné à mettre à l'aise. En deux phrases, je devais reconnaître qu'il y réussissait plutôt bien.

Je connaissais le système de fonctionnement très hiérarchisé des Ombres et sut qu'il était de mon intérêt de garder pour moi ce que j'aurai dit en temps normal pour ma défense. Après tout, avoir été esclave toute sa vie durant, devoir se taire et ne parler que lorsqu'on nous l'autorisait n'avait pas que des inconvénients. A la simple idée d'avoir pu penser cela de ma captivité, je secouais la tête latéralement, comme répugné par mes propres pensées.

Sanctus me voyant m'agiter ainsi bougea imperceptiblement la tête comme s'il espérait une réaction de ma part à ses derniers propos, mais se remit droit alors que rien ne vînt, un léger sourire fugace s'étant dessiné l'espace d'une seconde ou deux tout au plus sur ses lèvres. S'était-il amusé de me voir me torturer ainsi, ou était-ce autre chose ?

Je jetais un regard vers les trois autres Passeurs, et vit qu'ils étaient bien plus anciens que moi, pour les avoir déjà aperçus alors même que je n'étais qu'une simple Ombre. Certains même étaient assez connus en tant que Passeur, et je devinais qu'ils exerçaient cette fonction depuis de nombreuses années. Était-ce cela qu'il appelait "dernier des Passeurs" ? Ma prise de fonction était effectivement toute récente comparée à d'autres, je ne pouvais le nier. Cela ne faisait pas de moi pour autant un mauvais Passeur. Sur les trois autres Passeurs, je croisais le regard de deux d'entre eux et il ne me fallait pas être fin psychologue pour deviner qu'ils ne comprenaient pas la raison de ma présence ici, devant une entité aussi renommée que Sanctus. Je n'avais pas de réponses à leur donner et ne l'aurait de toute façon pas fait si j'en avais eu la possibilité. Le troisième, enfin la troisième Passeur restait impassible, ne m'accordant pas plus son attention que son éventuel dédain.

- Poursuivons si vous le voulez bien, et je suis persuadé que vous le vouliez. Après tout, je vous ai convoqués, et vous êtes venus. Le ton était posé, presque désintéressé, mais empli pourtant d'une profonde sagesse, comme si chacun des mots qu'il employait était savamment choisi.

- Comme vous le savez, les terres de notre monde sont en proie à un conflit contemporain sans précédent. Les peuples se divisent, se déchirent, et naissent des coalitions en faveur de Sympan, ou en faveur des Aetheri. Il marqua une pause, longue, plongeant la salle dans un silence absolu, avant de faire quelques pas dans notre direction. Même nous, les Ombres, symbole absolu de la neutralité et du secret, par la voix de l'Esprit de la Mort, avons pris parti pour le Dieu Créateur, et non pour les Aetheri Edel et Ezechyel. Sanctus s'arrêta, alors que nous suivions du regard, immobiles, sa lente marche. Il sembla plongé dans ses pensées, et nul n'osa l'en déranger en lui demandant la suite. De longues secondes s'égrenèrent avant qu'il ne reprenne la parole. Il nous fixa avant tour à tour, comme s'il découvrait notre présence, avant de reprendre ses quelques pas. Hmmm, que pensez-vous de la situation actuelle ?

Sanctus plongea alors son regard en direction du Passeur tout à gauche, qui fut pris de court à la question posée. Le temps qu'il ordonne ses pensées, Sanctus était déjà passé au second Passeur qui n'eut pas l'effet de surprise contre lui, et eut le temps de développer sa vision du conflit divin actuel.

Le troisième lui manifestait son désaccord à peine voilé sur l'abandon des anciennes croyances, que notre race ait osé se détourner des Aetheri de la Vie et de la Mort pour le Dieu Créateur par la seule voix d'un héraut fou. Sanctus l'écouta attentivement, ne laissant transparaître aucun signe d'adhésion ou de désaccord.

Vint alors mon tour, attendant que le regard du Gardien du Sceau croise le mien pour commencer.

- Je pense que les Ombres ont besoin d'évoluer. Évoluer dans leur condition, mais également dans leur fonction. Ce conflit divin entre Sympan d'un côté, et Edel et Ezechyel de l'autre, est peut-être un élément déclencheur pour ces évolutions, même si nous ne savons pas si c'est pour le meilleur, ou pour le pire. Quoiqu'il en soit, cet événement est suffisamment majeur pour que toutes les grandes races, des castes dans l'ombre aient officiellement pris parti pour l'un ou l'autre camp. J'ai pu assister au Conseil des Chefs en compagnie de l'Esprit de la Mort, tous ou presque étaient présents, de l'Orishala au Daedelus, de la Reine des Vampires au Roi humain. Il va s'en dire que d'une façon ou d'une autre, toutes les règles établies depuis des décennies seront ébranlées, et nous ne serons pas épargnés.

Après le silence marquant la fin de mon intervention, Sanctus finit de me fixer, avant de poser son regard vers chacun des autres trois autres Passeurs. Il soupira avant de nous tourner le dos sans cérémonie.

- Tout ceci est d'une naïveté frôlant le pathétique. Vous pouvez vous en aller, je n'ai plus rien à vous dire.

Il disparut à peine le dernier mot prononcé, nous laissant dans la surprise la plus complète. Deux Passeurs discutèrent entre eux, se demandant où il avait bien pu loupé le coche à ce point, tandis que le dernier pestait de ne pas avoir pu prononcer un seul mot.

Je décidais pour ma part de quitter la salle, n'ayant plus rien à faire de plus ici. Ce n'était pas en ruminant mes idées noires que Sanctus allait revenir parmi nous faire amende honorable.
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MessageSujet: Re: La Vie a une fin, la Vengeance n’en a pas [Prologue + Mission Niveau V]   Ven 08 Juil 2016, 21:44

La vie - et la mort - avait repris mon quotidien depuis l'entrevue avec le Gardien du Sceau de la Vengeance, et trois de mes congénères. Aucune nouvelle, aucune indication ou même renseignement sur la réaction aussi abrupte qu'inattendue de Sanctus. Après avoir quitté la grand salle où la réunion s'était déroulée, j'avais réfléchi aux réponses que nous avions énoncées, sans trouver d'éléments assez "pathétiquement naïfs" pour mettre fin à l'entrevue.

J'avais fini par passer à autre chose, m'attelant à ces nouvelles prérogatives que mon rang me procurait. Donner la Vie était un pouvoir extraordinaire, mais pouvoir choisir qui en serait doté l'était encore plus.
Je transportais plusieurs âmes en moi, et souvent la nuit tombée, à tout le moins quand la lumière décroissait pour les ombres reconquièrent un territoire perdu quelques heures auparavant. Par pudeur, par gêne peut-être, je ne m'immisçais pas dans le domicile alors que les couples copulaient dans l'espoir de procréer. L'acte était techniquement inutile, mais le lien qui se créait entre ces deux corps  générait une magie aussi futile que puissante : l'amour n'était pas un ingrédient nécessaire à la procréation, mais soudait une famille autour de l'enfant.

Si je n'avais aucune empathie pour mon prochain, je ne pouvais me résoudre à faire subir à ces nouveaux nés ce que j'avais moi-même enduré de mon vivant : l'abandon, l'ignorance, l'esclavagisme, l'humiliation. Aussi prenais-je le soin, en mon âme et conscience si je pouvais m'exprimer ainsi, de sélectionner des couples quelque soit leur origine - hormis les vampires évidemment - susceptible d'éduquer et d'élever convenablement l'âme que je leur confierai. Peut-être me berçais-je de douces et vaines illusions, pensant à tort que l'environnement jouait un tel impact dans le devenir de la future génération. Combien de fois avais-je pu voir ceux qui avaient tout pour réussir gâcher leur vie, alors que des miséreux que cette même vie n'avait pas épargné se frayer un chemin vers la gloire et l'honneur ?

Un mois au moins s'était écoulé avant que je ne reçoive une étrange missive, un vélin brumeux d'où le seul mot Sanctus ressortait. A peine avais-je lu ce mot - mon enseignement à Basphel commençait enfin à porter ses fruits - que le vélin finit par disparaître entre mes doigts. Si aucune heure ni aucun lieu n'était indiqué, je compris immédiatement qu'il ne fallait pas perdre un instant et me rendit immédiatement en direction de la salle où je le rencontrais pour la première fois.

Une fois devant la porte, je l'ouvris lentement, et constatais qu'aucun autre Passeur n'était présent. Étais-je le premier arrivé cette fois-ci, ou le seul convoqué ?

- Gardien du Sceau, je me présente à vous. m'annonçais-je, ne sachant d'ailleurs pas trop ce que la bienséance ou l'étiquette me commandait de dire. Je n'eus de réponse que le silence grave qui régnait déjà à mon arrivée.

Sachant qu'il était inutile de réitérer une nouvelle interpellation, je me mis en position tailleur à même le sol - l'absence de mobilier rendait la pièce d'autant plus austère - et attendit. Mon immobilisme ainsi que mon mutisme me donnaient l'air d'une statue de pierre posée là au milieu de nulle part, sans trop savoir ce qu'on allait bien faire de cette "oeuvre" atypique. Mais nul geste inutile, nulle relance vide de sens, je patientais, car j'avais l'intime conviction, pour une raison que j'ignorais cependant, qu'il ne s'agissait pas d'un mauvais tour pour me faire attendre inutilement ici. Si c'était le cas, le farceur n'avait rien de plus intéressant à faire que cette blague guère amusante.

Les heures s'égrenaient mais je n'en avais cure. J'avais bien des tares, des faiblesses, mais le passé qui était le mien m'avait aussi forgé un caractère me permettant d'attendre le temps qu'il faudrait. Rester dans une cage sans que rien ne vous soit permis, être enfermé et se faire punir si l'on manifestait la moindre émotion, le moindre signe qui puisse être assimilé à de l'insubordination, bref, j'utilisais toute cette obéissance imposée en force tranquille. Je ne ressentais cette fois plus aucun besoin physique, aucun impératif de survie car la vie s'était échappée depuis longtemps à présent.

Je n'avais plus aucune notion du temps que j'avais déjà passé ici, quand soudain une voix calme mais pénétrante vînt à briser le silence absolu.

- Qui l'eût cru ... qui aurait cru que le dernier réussisse là où d'autres ont échoué. Passeur, tu viens d'apprendre ta première leçon : La Vengeance est Patience. Tu peux t'en aller à présent. Tu apprendras ta deuxième leçon bien assez tôt.

Je fronçais les sourcils, regrettant les paroles aussi concises que sibyllines de Sanctus, mais je savais que réclamer autre chose était peine perdue. Je me relevais alors, remerciant simplement le Gardien du Sceau invisible à mon regard avant de quitter la salle plongée à nouveau dans ce silence pesant.
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MessageSujet: Re: La Vie a une fin, la Vengeance n’en a pas [Prologue + Mission Niveau V]   Mer 13 Juil 2016, 17:39

Je revenais sur mes pas tout en assimilant - une fois n'était pas coutume - lentement mais sûrement les préceptes que Sanctus semblait vouloir m'enseigner d'une façon assez originale. J'appris qu'une journée entière s'était écoulée depuis que je m'étais rendu dans la salle où Sanctus me fit patienter, et réalisai à présent la surprise qui avait transparu dans sa voix en me voyant réussir cette épreuve. Il fallait être doté d'une volonté puissante, ou d'une folie passée comme moi pour s'astreindre de son plein gré à attendre sans savoir si cette inertie aura une quelconque utilité.

Mes pas battaient le pavé alors que je parcourais Umbrae. Depuis mon passage en tant que Passeur, j'avais changé de quartier et avait pu y déceler les changements même dans la lumière diffusée entre les différents districts. Il y faisait moins morose, moins grisâtre chez les Passeurs, et seul le silence semblait libre d'élire résidence dans chacun des quartiers.
J'aperçus au loin ma demeure, si tant est que je puisse l'affubler de ce nom. Je voyais ce mot empreint d'intimité, de personnalisation, de cocon de paix et de repos. Or, les quatre murs qui retenaient le toit au dessus de ma tête n'avaient rien d'attachant. Je ne faisais que reprendre la demeure d'une ancienne Ombre, elle-même locataire pendant un certain temps jusqu'au prochain. Un cycle aussi éternel que monotone, à l'image de l'architecture déprimante qui m'entourait.

J'ouvris la porte laissée entrebâillée à mon départ. Je n'avais rien à voler de toute façon, et qui oserait voler une Ombre ?..
Je ne restais jamais longtemps ici, ce lieu me rappelait trop à quel point ma vie était vide. Certes, j'avais depuis ma libération fait des rencontres plus ou moins intéressantes, assisté à des événements spectaculaires, mais en fin de compte, tout ceci restait un sacré beau gâchis. Que me fallait-il faire pour me sentir exalté ?! Que devais-je accomplir pour sentir couler en moi cette sensation d'achèvement, de gloire personnelle ? Je ne m'attachais que peu à ce que les autres pouvaient penser de moi. Avoir été diminué pendant plus de vingt ans m'avait fait reconsidérer le principe que mon prochain était un passage nécessaire à son épanouissement personnel. Il ne fallait compter que sur soi : ainsi on ne pouvait s'en prendre qu'à soi-même en cas d'échec, et comprendre d'où provenait le problème. Recommencer, encore et encore pour surmonter l'obstacle. Recommencer ensuite jusqu'à l'étape suivante et ce le temps qu'il faudra.

Lhyæræ avait ébranlé cette certitude, déclenchant en moi un sentiment de manque, de dépendance, d'attraction incontrôlée dès que je me trouvais à proximité d'elle. Aux yeux du monde elle n'était rien. A mes yeux elle était ce qui constituait mon tout. Je ne pouvais cependant me laisser aller à une béatitude qui nous causerait du tort à tous les deux. Nous étions des prédateurs, chacun à notre manière, et devions agir en conséquence. Être forts l'un pour l'autre, être fort l'un contre l'autre. Une dualité pour une complicité.

D'un geste bref du bras, je fermais la porte sans y jeter un regard. Déjà cet endroit m'étouffait. Inspirant une longue goulée d'air, j'expirais lentement par la bouche, tentant par ce geste méditatif d'y puiser une once de bien-être. En vain. Je sentais que quelque chose n'allait pas, sans en déterminer l'origine.

La cause était sûrement cet endroit, je ne m'y retrouvais pas. J'avais besoin d'espace, d'horizons lointains, de lieux inconnus pour me sentir moi-même, me sentir vivant. Pas de cette prison domestique entourée de mes déprimants et silencieux congénères. Je pivotais sur moi-même pour sortir de chez moi, trouvant bien dans les prochains pas la destination où je comptais me téléporter. Saisissant la poignée, je me figeais, réalisant enfin la raison de mon mal-être.

Dans cette carcasse de chair et de sang, mon cœur se mit à battre à tout rompre. Je balayais d'un air rapide et inquiet la pièce principale, avant de me rendre dans ma chambre.

Rien.

Ma respiration s'accélérait, alors que je regardais haletant les marches menant jusqu'à l'étage. Après quelques secondes interminables, je gravissais chacune d'elles comme une étape vers ce que je craignais le plus.

J'atteignis enfin l'ultime hauteur, observant l'unique et grande pièce vide qui trônaient sur mon lieu d'existence.

Au milieu de cet univers grisâtre et morne, une couleur vive brisait la monotonie ambiante. Une œuvre éphémère et chaotique à même le sol, venait troubler l'immobilisme qui imprégnait Umbrae et ses habitants.

D'un pas mal assuré, je parcourais les quelques mètres qui me séparaient de cette fissure qui ébréchait mon cœur. Immobile, elle gisait là, déchiquetée, une lame lui ayant ouvert les entrailles dans un pur plaisir sadique. Je pouvais ressentir sa douleur, son impuissance face à une entité bien plus forte qu'elle. Elle n'avait pu se défendre, comment aurait-elle pu face à un tel déchaînement de haine, une volonté d'acharnement telle que même sa dignité morte avait été souillée.

Je me penchais pour recueillir ce minuscule cadavre, pantin pathétique vidé toute substance.

Les larmes roulaient sur mes joues alors que je tentais désespérément de redonner un tant soit peu de contenance de la dernière image que j'aurai d'elle. Mon corps bouillonnait, et la tristesse de mes sillons salés fut remplacée par ceux de la haine. Je me remémorais alors les paroles de Sanctus peu de temps auparavant. Je me relevais et me surprit à me murmurer :

- Deuxième leçon : La Vengeance est Souffrance.

Je n'oubliais pourtant pas la première leçon, je ferai preuve de patience. A cet instant précis, j'avais un hommage à rendre.
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MessageSujet: Re: La Vie a une fin, la Vengeance n’en a pas [Prologue + Mission Niveau V]   Ven 29 Juil 2016, 09:50

Alors que je la tenais d'une main, son corps pendant mollement de chaque côté de ma paume, je jetais un regard vide vers mes doigts tachetés de sang. Le corps était à peine tiède, signe que sa mort n'était pas toute récente.

Je serrais mon poing jusqu'à m'en faire blanchir les phalanges et s'il m'en avait été donné la possibilité, j'aurai tué le premier être vivant qui se serait avancé vers moi, aveuglément, par pur esprit de soulagement aussi inutile que déraisonné. Je voulais faire comprendre à ce qui m'entourait que je pouvais aussi infliger une douleur dix fois, cent fois, mille fois plus puissante que celle qui m'avait été traîtreusement donnée. Ne pas subir la Mort, mais sentir la Vie s'échapper par ma seule volonté. La voir s'égrener grain après grain, tel un sablier imperturbable dont je serai le seul à pouvoir retourner, et laisser un ultime sursis, pour mieux voir l'espoir s'éteindre dans un dernier râle d'agonie.

Malheureusement, à ma tristesse et ma haine, à ma soif de vengeance et ma colère, la frustration s'invita pour nourrir un peu plus mon aigreur et mon sentiment d'impuissance. Je ne devais pas sombrer dans ces sentiments destructeurs et pourtant, tout serait tellement plus facile. Pourquoi contenir quelque chose qui faisait partie de moi. Pourquoi s'encombrer de sentiments comme la justice, l'équité, le pardon ?... Toute ma vie avait été bercée par le seul principe de la loi du plus fort, du dominant et du dominé, et au final quelle leçon avais-je pu en tirer ? Le plus fort gagne, alors que le plus faible se soumet ou meurt. Ma seule libération avait été de sauter dans le vide pour abréger mes souffrances, et au final n'en récolter qu'un asservissement plus douloureux encore. Mon ancien maître devait continuer sa misérable existence sans être inquiété de quoi que ce soit.

Sur l'instant, j'avais presque envie de retourner à Éthernoir ou peu importe l'endroit, et lui faire payer tout ce qu'il m'avait fait subir, jusqu'à la mort de ma fouine. Une partie de moi savait la stupidité de pareil raisonnement, mais voulais-je vraiment me laisser porter par le rationnel ? Comme un enfant à qui l'on révèle un secret brisant ses rêves, des larmes se mirent de nouveau à couler sur mes joues, que je tentais d'essuyer en vain d'un geste rageur.

Calme toi Wriir, tu dois t'occuper de ton ami. Il n'était pas rare que je me parle pour mieux réfléchir et cette simple phrase eut l'effet apaisant escompté. Je me relevais délicatement, la frêle créature le long de la main, pour me diriger vers mon armoire et en tirer un long morceau de tissu pour l'y envelopper.

Bien que dispensant la mort au point de ne plus savoir le nombre de victimes, je ne m'étais jamais préoccupé d'un quelconque rite funéraire, laissant l'enveloppe charnelle à qui de droit quand seule l'âme m'intéressait.
Je réfléchis plusieurs minutes avant de trouver un endroit convenable où l'enterrer, avant de m'y téléporter.

Cet endroit était chargé de lourds souvenirs, même si le plus marquant était bien celui avec Edelwyn la mystérieuse, celle qui me permit de devenir Passeur.

La forêt était restée telle que dans mes souvenirs, la mort de mon compagnon lui étant totalement indifférente. Ce simple et banal constat permettait de relativiser sur les bouleversements personnels si insignifiants à une échelle plus grande. La vie continuait, chacun vaquant à ses occupations sans se soucier de ce qui les entourait.

Comme pour ne pas faire affront à mon ami à quatre pattes, je fis fi de tout cela dans mon esprit, me focalisant uniquement sur lui et lui seul. Il le méritait bien après tout, d'une certaine façon en décidant de me suivre, j'étais l'instigateur de sa mort brutale et injustifiée.

Je choisis un arbre un peu isolé du reste de ses congénères, et posai délicatement la dépouille recouverte de l'étoffe à côté de moi, avant d'entreprendre de creuser à mains nues la terre meuble et verdoyante. Je pouvais percevoir tous les Esprits errer ici et là autour de moi, certains désintéressés, d'autres curieux de voir ce que je pouvais bien faire en ce moment.

Une fois le trou suffisamment profond, je nettoyais grossièrement mes mains noires de terre et égratignées à divers endroits, pour enlever de son étole mon compagnon, et le poser délicatement au fond de son dernier foyer.

Je restais immobile, mes yeux vides fixant le petit cadavre devant moi, ne sachant pas quoi faire dans de telles circonstances. Un discours serait bien inutile car il ne pourrait l'entendre. Une prière, vu le climat tendu avec les Aetheri était tout aussi indisposé. Je ne pouvais me résoudre à rabattre le monticule de terre d'un geste ample du bras et m'en aller, mais je ne pus prononcer que ces trois mots alors que ma gorge se nouait d'elle même.

- Je suis désolé ....

A chaque poignée de terre qui comblait le trou, mon compagnon disparaissait un peu plus de ma vue, à l'image de ce que le Temps occasionnerait sur les souvenirs que j'aurai de lui. La douleur était vive, mais finirait par s'estomper, et ma presque vie reprendrait.

Je levais les bras et les branchages environnants se mirent à s'agiter, avant de se diriger vers moi, contre leur gré, finissant par s'arracher. Je les entremêlais alors pour former une sorte de couronne de branches, sans trop de symétrie mais à l'aspect solide.  Je n'étais pas un artiste, j'étais juste en deuil.

Je préférais ne pas jeter un dernier regard vers ce petit tas de terre qui comptait bien plus à mes yeux que ce que les apparences laissaient croire.

La "vie" continuait, pour moi en tout cas ...
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MessageSujet: Re: La Vie a une fin, la Vengeance n’en a pas [Prologue + Mission Niveau V]   Mar 01 Nov 2016, 17:50

Une créature vivante, innocente ne perdrait plus son temps à roder autour de moi, se blottir dans ma capuche d'ombre ou se rendre invisible après avoir renversé quelque chose chez moi. Je ne lui avais trouvé aucun nom, mais au même titre que Jishin, mon Shimi, nous étions liés dans nos malheurs. Loin de moi l'idée de lui en affubler, car il avait toujours semblé être heureux de sa condition depuis qu'il avait emboîté ses pas sur les miens. Mais frappant sans distinction, la Mort l'avait emporté vers un lieu qui m'était inconnu, si tant est qu'il existait.

Sanctus m'avait appris - parfois à mes dépens - les leçons à tirer de la Vengeance. Elle était patience, elle était souffrance. J'étais persuadé que bien d'autres leçons m'attendaient pour en saisir le substrat, la substantifique moelle même de ce qu'était la Vengeance. Je ne devais pas simplement apprendre, je devais les assimiler, les confronter à ma propre expérience car c'était là la seule et unique façon d'avancer au delà de la simple théorie d'un concept qui m'échappait encore. Sanctus l'avait bien compris et en songeant aux autres Ombres présentes lors de la première leçon, nous étions de tout âge, de tous horizons, pourtant animés par une cause commune, un désir ardent qui bouillonnait en nous sans que l'on puisse le canaliser et l'utiliser à bien escient.

Dans mes chairs, dans ma conscience, je subissais cette notion que je pensais alors avoir compris pour l'avoir ruminé depuis mon suicide à l'encontre de mon tortionnaire. N'étais-je pas le mieux placé pour assouvir une Vengeance envers celui qui m'avait privé de presque toute ma vie ?

Non.

Non, je n'étais qu'un oisillon accroché à une branche sur le point de céder, me demandant si j'allais pouvoir voler à temps, ou si je devais me résigner à en vouloir au monde entier d'avoir été là au mauvais endroit au mauvais moment. Ce que je pensais être la Vengeance n'était qu'une simple contre attaque, une simple réplique, un retour à l'envoyeur avec comme unique but d'espérer faire plus mal que l'autre ne nous en avait fait.
Cette vérité me frappa alors de plein fouet : sans cette introspection inattendue, j'allais gâcher mon unique chance de sublimer ma vengeance. Combien de fois avais-je espérer le tuer de mes propres mains, le sentir mourir d'un claquement de doigt tant ce chien le méritait ?... Impossible à compter. Mais après ? Que se serait-il passé après qu'il soit passé de vie à trépas ?... Son âme aurait été plongée dans le Fleuve du même nom, et son Esprit aurait erré comme n'importe quel autre mort. La mort ne devait pas être un châtiment, je devais faire d'elle sa délivrance. Pas la sienne non, la mienne.

Je me remémorais alors les propos d'Edelwyn alors qu'elle venait de me conférer le don de donner la Vie, me montrant alors les deux chemins qui menaient vers des voies diamétralement opposées : le Sacrifice d'innocents, ou la Vengeance des pairs. Ma réflexion à ce moment-là avait été de courte durée, même si le massacre de ces engeances ne m'avait pas procuré le moindre plaisir, rien en tout cas qui n'est subsisté aujourd'hui. Comment alors ne pas regretter cette mission aussi personnelle que primordiale. Devais-je demander conseil à Sanctus ? Peut-être oui, l'idée méritait que je m'y attarde quelques instants. Si je me présentais alors face à lui, quelle serait sa réaction. Me recevrait-il déjà pour commencer, et daignerait-il m'accorder ces précieux conseils ?... Je n'en étais pas sûr du tout, j'avais pu au moins apprendre que Sanctus n'était pas Ombre à offrir sur un plateau d'argent ce que nous souhaitions, cela même si notre souhait rentrait dans le domaine de son Sceau.

Je m'asseyais alors sur la chaise unique qui accompagnait ma table tout simple en bois, esseulée dans le salon tout aussi austère. Tapotant nonchalamment des doigts, je fixais un point imaginaire face à moi en méditant sur la Vengeance parfaite s'il m'était possible de l'accomplir.

Il m'aurait fallu pour commencer retrouver mon ravisseur. Éthernoir en tant que tel n'était plus, mais je ne doutais pas un instant que lui et ses sous fifres se soient implantés ailleurs. Tels les rats, ils se répandaient dans les endroits les plus nourrissants pour se multiplier et prospérer.
Mon problème principal était que je ne connaissais pas son nom. Je devais l'appeler "Maître", point. Même ses congénères, serviteurs de maison l'appelait ainsi. Cependant, je connaissais les noms de ses serviteurs, tout comme l'apparence du "Maître", aussi avec des recherches poussées et les données que nous autres Ombres avions sur les vivants, je devrai pouvoir être à même de retrouver ma proie vampire.

Je consultais le registre des âmes tout en faisant appel à ma mémoire sur les noms des différents serviteurs que j'avais pu entendre ici et là durant ma captivité : Cratyl : mort ; Gregorio Hartal : mort ; Finna et Maria Brotoil : mortes et la liste s'écrémait jusqu'à ce que je tombe sur l'un d'eux encore vivant !! Justinien, une crevure aussi résistante qu'une mauvaise herbe, était toujours en vie. Focalisant ma magie d'Ombre sur cette âme à retrouver, il me fut aisé de la localiser dans le Continent Naturel. Restait à espérer qu'il travaillait toujours pour ma cible. Je changeais d'apparence, prenant les traits d'un parfait inconnu pour ne pas réveiller en lui des vieux démons d'un jeune adulte qu'il aimait torturer en plus des mauvais traitements de son employeur.

Pensant atterrir non loin d'un manoir ou autre habitation luxueuse, ce fut au beau milieu d'une plaine verdoyante, où trônait une petite maisonnée en bois dont la cheminée crachotait une fumée noirâtre. Regarde aux alentours pour ne rien trouver d'intéressant, j'arrivais en vue du chemin menant à la porte d'entrée un peu vermoulue, et frappait à la porte. Justinien ouvrit d'à peine la largeur de deux doigts l'ouvrant, d'où son œil suspicieux me détaillait d'un air peu avenant.

- Z'êtes qui ?....
- Justinien c'est bien ça ?... Je suis le fils de Gregorio, apparemment vous étiez proche. Il m'a dit sur son lit de mort de venir vous voir, vous pourriez m'aider... contre rémunération bien sûr.
La cupidité était un formidable moteur pour les faibles d'esprit, voyant dans de misérables morceaux de métal une estime d'autrui qui était superficiel au possible. Pour appuyer mes propos, je fis tinter la bourse de pièces que j'avais à la ceinture. Les vivants étaient tous pareils alors que la porte s'ouvrit, dévoilant cette immondice dans une tenue crasseuse et débraillée. La lie de ce monde, pourtant il était vivant alors que je m'étais suicidé...
- L'est mort l'Grégorio ?... L'est arrivé quoi à c'lui là ?...
- Victime de fanatiques, un mauvais coup de couteau, il .... il est mort dans la nuit, aucune chance de survivre.
- Ah .... c'est con, j'l'aimais bien c'bougre d'imbécile.
- Je sais oui ... C'est pour cela qu'il m'a demandé de venir vous voir. Comme vous étiez sous les ordres d'un Maître vampire, il m'a fait promettre pour m'endurcir de me mettre à son service. Selon lui, y'avait pas meilleure "formation".
- Héhéhé, le Maître Tylian, pour sûr qu'ça forme un jeune gringalet comme toi ! Et à quoi j'sers moi dans c't'histoire ?
- Il souhaitait que vous puissiez me faire une lettre de recommandation, histoire que j'ai mes chances pour être pris.
- Hmmm.... mouais, ça peut s'faire ... Et j'y gagne quoi si t'es qu'un bon à rien, à part des emmerdes ?
- Une partie de l'héritage de mon père, il savait que vous diriez ça.
- Héhé, j'vais l'faire ton papier et ensuite toi et ta sale gueule vous dégagez d'chez moi compris ! C'quoi ton nom ?
- Gernand, improvisais-je.

Je posais ma bourse fermée sur la table, histoire de lui faire miroiter sa récompenser et l'inciter à faire ce que j'attendais de lui. Maintenant que je savais lire, je confirmais du regard et en silence qu'il écrivait une chaude et incitative lettre de recommandation à mon égard. Mieux encore, je venais d'apprendre le nom de mon tortionnaire, me faisant gagner un temps précieux de recherches fastidieuses.

Justinien ouvrit le tiroir sous le bureau, en sortant une chevalière, ne manquant qu'un pouilleux de la sorte puisse avoir un tel objet en sa possession, avant de faire rouler le vélin, couler de la cire et appuyer de sa bague pour y apposer un sceau qui m'était inconnu.

- Tiens, va voir l'Maître et laisse ton or ici. Tu n'devrais pas avoir d'souci avec ça pour être pris chez lui.

Ne détectant aucune autre âme dans les parages, il m'était inutile de garder cette fausse apparence, reprenant alors les traits de l'esclave sans nom qu'il avait connu. La stupeur que je lus dans son visage en était presque jouissif, le voyant s'étrangler en essayant tant bien que mal de balbutier des mots inintelligibles. Je fis la même tête étonnée, faussement interloqué que nous nous retrouvions face à face là où jamais ô grand jamais cela aurait dû se produire.

- Ho, Justinien, quelle mauvaise et malheureuse surprise !! Si je m'attendais à te voir ici ! En tout cas, tu m'as grandement aidé avec ce parchemin, je vais pouvoir rendre visite à notre "ami commun" maintenant.
- Tu .... tu étais mort, je .. je l'ai vu d'mes yeux vus !
- Hmmm .... Je me regardais, tâtant mon ventre et mes épaules. Il faut croire que non qu'en penses-tu ?...

Malgré son âge avancé, il sortit avec une rapidité presque fulgurante le poignard qu'il dissimulait sous son gilet, et me le planta en plein cœur, du moins si cette partie-là était restée tangible. La lame me traversa sans rencontrer la moindre résistance, tombant derrière moi dans une bruyante inertie et laissant mon cher interlocuteur désarmé à double titre.

- Bon, maintenant que ça c'est fait, je vais faire ce que tu m'as dit, à savoir dégager de ton bouge qui te sert de lieu de vie visiblement. La question que je me pose est ce que je vais bien faire de toi ... Je tapotais ma lèvre inférieure du bout de l'index, songeur.
- Pitié, pitié, j'dirai rien au Maître, mais c'est derrière moi tout ça, j'veux juste qu'on m'foute la paix, pitié !
- Pitié ? As-tu eu la moindre pitié envers moi quand le Maître te demandait de m'apporter à manger, me jetant des restes à la figure, m'obligeant presque à lécher le sol histoire de me nourrir suffisamment. Éprouvais une once de compassion quand ton dédain s'accompagnait de coups de pied alors que j'essayais tant bien que mal de dormir sur de la paille fourmillant de vermines ? N'as-tu pas le moindre honneur, le moindre soupçon d'estime de toi pour oser me demander pitié ? Tu n'en auras aucune de ma part, j'ai attendu si longtemps, siiiiii longtemps, même si tu ne seras qu'une victime collatérale de ma véritable vengeance. Je sais que tu as encore de la famille, aussi je veux que tu saches que tes actions vont se répercuter sur eux, qu'ils comprennent à quel point tes agissements ont entraîné des conséquences qui le dépasseront complètement. Je vais te réduire à néant Justinien, plus personne ne se souviendra de toi, comme personne n'arrivera à se souvenir à quoi tu ressemblais après que je me sois occupé de toi.

Mon aura était telle qu'il se recroquevillait alors même que je grandissais dans la pièce. Les ombres prenaient possession des lieux, rendant la pièce centrale lourde, pesante, étreignant le cœur comme l'esprit de ma victime. Une odeur d'urine se mêla à celle de sa crasse tandis que ses chausses s'auréolaient désormais d'un rond mouillé.

Je me baissais alors, empoignant le couteau qui m'était à la base destiné, le soupesant avant de m'approcher lentement de Justinien.

- Pour avoir servi un vampire, il me semble approprié que le sang coule n'est-ce pas ? ne lui laissant pas le temps de répondre alors que je lui enfonçais la lame verticalement dans la cuisse, tournant la lame avant de l'enlever dans un mouvement sec accompagné d'un cri de douleur. J'étais sourd à ses supplications, sourd à ses halètements d'être vivant qui savait son heure venir mais qui craignait la toute dernière ligne droite avant d'y arriver.

Alors qu'un à un, je perçais ses membres sans toucher ses organes vitaux, le parquet vieillissant se tapissait d'une robe d'un rouge sombre du plus effet, lui donnant funestement une seconde vie alors qu'une autre s'éteignait minute après minute. Je mirais mon oeuvre d'un air presque indifférent, n'en ressentant finalement guère de satisfaction. Il s'agissait d'une légère perte de temps pour me débarrasser d'un individu susceptible de trop parler. Oui, j'avais mieux à faire, aussi finis-je par lui trancher la gorge, éclaboussant ma tenue avant de me saisir de son âme. Le boulot restait le boulot après tout.

[....]

De retour à Umbrae, j'entrepris des recherches sur ce Maitre Tylian, que je trouvais assez facilement maintenant que je connaissais son nom. Il avait fallu que je me tue pour connaître l'identité de mon tortionnaire, comble de l'ironie. A un moment donné, j'eus l'idée d'aller voir Yulenka, afin de savoir si elle connaissait ce vampire et si elle pouvait me donner des conseils ou même qui sait un moyen pour l'approcher, avant de me rétracter. Cette Vengeance était la mienne et germait dans mon esprit une fin bien appropriée.

La Vengeance était Patience.
La Vengeance était Souffrance.
La Vengeance deviendrait mon essence si j'arrivais à surmonter ces deux notions.

Ayant repris l'apparence d'un jeune adulte lambda, je pus approcher grâce au parchemin gentiment rédigé par son ancien homme de main le maître des lieux, sous bonne escorte cependant. En le voyant en chair et en os, j'aurai menti en ne sentant pas la peur m'étreindre les entrailles, ce qui ne fit que renforcer ma détermination à assouvir ma Vengeance. Quand celui-ci prit la parole, sa voix lugubre me força à rester concentré au maximum pour ne pas flancher et le tuer simplement. Il méritait bien mieux. Patience. Souffrance.

- J'ignorais que Justinien daignerait un jour me recommander l'une de ses connaissances. En quel honneur ?
- Comme c'est indiqué sur ce vélin, je me prénomme Gernand, et je serai honoré de vous servir dignement.
- Évidemment, tout le monde désire me servir, mais ça ne me dit pas en quoi tu me serais utile.
- Justinien m'a appris comment ... m'occuper de vos esclaves, histoire qu'ils restent sagement dressés et se souviennent où est leur place.
- Hmmm .... Il est vrai que depuis le départ de Justinien, il y a eu un relâchement de ce côté-là. J'espère pour toi que tu sauras te montrer digne de ta nouvelle fonction, sinon tu iras rejoindre ceux que tu es censé dresser.
- Oui Maître. Mes mains tremblaient alors que je prononçais ces deux derniers mots, mais nul ne s'en aperçut.

Cela faisait plusieurs semaines à présent que j'officiais dans cette demeure qui me rappelait tant de mauvais souvenirs. L'endroit, la décoration, le lieu étaient différents, mais l'ambiance, les traitements et les habitudes étaient restées les mêmes. j'emmagasinais toutes ces informations, commençant dans ma docilité à trouver les failles dans la surveillance du "Maître". Il y avait un moment où aucun de ses gardes ne pouvait s'approcher, quand il se nourrissait de vierges fraîchement capturées. C'était ma seule option pour m'occuper de lui.

La nuit noire était tombée et me voilà engloutie par les ombres qui m'aideraient à l'approcher. Éthéré et invisible, je voyais cette immondice s'approcher de cette fille, lui susurrant d'un ton mielleux des promesses pour mieux l'endormir. Son pouvoir était évident et je me montrais patient, jusqu'au moment où il plantait ses crocs dans la gorge de la demoiselle. Alors que son extase étourdissait ses sens, je me plaçais derrière lui, posant ma main sur lui pour immédiatement me téléporter dans un lieu que j'avais préparé tout spécialement pour lui.

La jeune femme nous accompagnait, aussi dus-je la tuer pour que mon secret ne puisse être révélée. Nous nous trouvions dans une cellule de l'asile, où d'autres Ombres habilitées à la surveillance de l'endroit étaient prévenues de mon action ce soir. Cette cellule se trouvait dans l'Aile Noire, la plus protégée, là où il était impossible de s'enfuir.

- Voici notre invité leur dis-je, alors que la femme tombait comme un tas de chiffon au sol. C'est un fou dangereux qui nécessite une entrave permanente. Croyez-moi, il exploitera la moindre occasion que vous lui laisserez pour s'échapper. Tout en leur parlant, je siphonnais l'énergie de ma capture, l'empêchant de riposter. Il était loin le temps où je ne pouvais que courber l'échine et encaisser sans broncher.

Les Ombres opinèrent, le bâillonnant et lui bandant les yeux, avant de l'entraver par de puissantes chaînes sur une table en pierre. Ils redressèrent cette dernière à la verticale, rendant la pose encore plus inconfortable, tandis que je m'approchais en contenant difficilement ma satisfaction. Je m'approchais de son oreille alors que celui-ci se débattait en vain comme un beau diable.

- Tu dois te demander ce qui t'arrive, qui et pourquoi te fait-on cela n'est-ce pas ? C'est bien normal après tout, se faire enlever de la sorte n'a rien d'agréable. Aussi vais-je te répondre : Tu n'en sauras rien. Triture toi les méninges ou pas, cherche une raison ou non, tu n'auras que cela à faire pendant longtemps, très longtemps. Je te le dirai, un jour, aussi résiste, survis, pour que l'heure de ta vengeance sonne. D'ici là, profite bien des lieux.

Je l'entendais crier et hurler dans un bruit étouffé par le bâillon, mais déjà je m'éloignais alors que mes frères emportaient le cadavre de la femme, victime collatérale.

Dans une vingtaine d'année, peut-être lui révélerais-je le pourquoi du comment. En attendant, ma Vengeance sera son ignorance. La mort ne lui sied pas encore assez à mon goût pour sa délivrance.
3 172 mots.
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La Vie a une fin, la Vengeance n’en a pas [Prologue + Mission Niveau V]

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