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 La belle dans le cristal | Susannah

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Seiji Nao
~ Orine ~ Niveau I ~

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◈ Parchemins usagés : 123
◈ YinYanisé(e) le : 03/10/2022
◈ Âme(s) Soeur(s) : La poupée de Maman
Seiji Nao
Ven 13 Jan 2023, 16:18


Crédit : Sam Gao



Les cheveux ébouriffés par une nuit des plus agitées, Seiji étouffe un bâillement dans l’oreiller. Une frange de soleil souligne sa silhouette. Voilà une heure, déjà, qu’il doit se lever, et, qu’incapable de s’y résoudre, il somnole, les yeux embués de rêves. Des douleurs tambourinent dans son ventre, sur fond de nausée, rendant incertaine sa victoire sur le monstre du réveil. Des souvenirs d’un autre temps tourbillonnent à la pointe de sa conscience, emportant ses méninges dans une valse sans fin. Une pulsation, juste au-dessus du foie, l’arrache tout à fait à l’emprise des songes. Grommelant, il rejette sa couverture.

Une pénombre clairsemée baigne la chambre. Ça et là, des tâches de lumière rehaussent le désordre qui y règne. Sur la petite table où il prend ses repas _ à même le sol, sur un coussin rouge _, traînent des tasses et des assiettes, vides d’un côté, pleines de l’autre. Sitôt redressé, l’Hanatsu s’approche de sa mère et lui plante un baiser sur le front. Les bras ballants et la mine défaite, elle semble contrariée par quelque chose.

« Qu’est-ce qui ne va pas, ‘ma ? »

Aucune réponse ne franchit les lèvres de la poupée. Le violet, pourtant, devine ce qui la tracasse : dans sa fatigue de la veille, il a oublié de troquer sa tenue du jour contre celle de la nuit. Embarrassé, il se penche en avant pour lui présenter ses excuses, avant d’être frappé par une brillante idée.

« Oh, je vais arranger ça ! Ne bouge pas ! »

En quête d’un pardon imaginaire, il s’élance vers une malle gigantesque. Si grande qu’elle semble ne pas avoir de fond, elle contient toutes les possessions de sa mère : pour la plupart, vêtements et œuvres à demi achevées. Patiemment, il examine les soieries. Il sait que, quelque part entre une jupe en taffetas et une pèlerine beige, se cache un chapeau, offert par son Maître il y a bien longtemps, qu’elle ne porte que pour les grandes occasions.

C’est toutefois une forme inhabituelle qui interrompt ses recherches. Perplexe, il découvre une sphère translucide, qui n’a rien à faire là. À l’intérieur, une jeune fille griffonne furieusement dans un carnet. Ses contours, indistincts, se précisent à mesure qu’il l’observe. Intrigué, il tourne la boule, s’attendant à voir l’inconnue suivre le mouvement. Immobile sur sa chaise, elle ne prête pas le moins du monde attention à lui. Un instant, le cœur battant, il envisage de la jeter contre une vitre pour la briser, s’imaginant ainsi la délivrer d’un terrible sort. Cependant, elle ne paraît pas malheureuse. Oubliant sa mère et sa nausée, Seiji s’installe en tailleur devant la malle. Une armée de questions en tête, il reste muet, ne pouvant en détacher son regard. Il la trouve plutôt jolie.
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Susannah
~ Sirène ~ Niveau I ~

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Susannah
Mar 17 Jan 2023, 12:38

La belle dans le cristal | Susannah Q6fg
Il est bizarre ce Gælyan



« Mais bon sang, combien de fois je dois leur dire de ne pas toucher à mes affaires ! » Excédée, Susannah fit voler des vêtements de sa malle pour dégager l'objet coupable sur lequel elle avait manqué se casser un ongle en cherchant à l'aveuglette un cardigan. Suçant son doigt endolori, la Sirène récupéra d'une main une boule en verre. Ses sourcils se froncèrent quand la brume fantomatique qui en formait le contenu se mit à tournoyer plus vite au contact de sa paume avant de se colorer. Les contours se précisèrent pour abandonner la rondeur des cumulus. Une scène apparut sous la rétine médusée de l'étudiante.

Oubliant ce qu'elle était en train de faire, Susannah s'assit à même le sol, le nez presque plaqué sur la surface irrisée. À l'intérieur, un homme parlait à une forme avachie. Presque automatiquement, la suspicion gagna la bleue qui grinça des dents. Ses doigts se recourbèrent comme des serres sur la sphère. « Qu'est-ce qu'il fait ce pervers ? » La voyeuse se promit de retrouver cet homme pour lui délivrer la punition qu'il méritait s'il touchait à un seul cheveu de cette femme manifestement inconsciente. Scandalisée, elle étouffa une exclamation quand l'inconnu embrassa la femme. Il s'écarta ensuite, donnant à Susannah la possibilité de davantage détailler l'endormie. Stupéfaite, sa bouche s'entrouvrit légèrement. « Oh. » L'air éternellement figé peint sur le faciès de bois était frappant de réalisme mais ne résistait pas à un examen poussé. « Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? » Les questions dévalaient en torrent sur ses pensées mais c'est le jugement qui prima sur le reste. « Complètement tordus ces bipèdes... » Elle sursauta au cliquetis de la porte du dortoir qui s'ouvrait et lança en hâte la sphère dans sa malle pour la dissimuler aux yeux de la colocataire qui entrait.

Une heure plus tard, Susannah avait tout oublié du déviant, contrainte à faire face à une distraction un peu plus imposante. « Tu n'as pas intérêt à me mordre, sale bête. » Une brosse dans la main, elle surveillait avec une vigilance accrue la tête du poney. Un bref aperçu de ses dents plus tôt avait suffit à la convaincre que c'était une zone à éviter pour son propre bien. « Tu es à moi, alors ne me fais pas de mal, et je ne te mangerai pas. Tu as de la chance, je suis d'humeur à me montrer équitable aujourd'hui. » Le club des chasseurs de géants s'étant révélé décevant, l'élève de l'Obsidienne s'était tournée vers le club d'équitation de Basphel après avoir appris être mystérieusement la propriétaire d'un poney dans les écuries de l'école.

Curieux, l'équidé tirait fréquemment sur sa longe pour avancer sa tête vers la Sirène qui reculait instantanément comme s'ils dansaient une nouvelle forme de valse. Sa mission pour cette introduction à ce nouveau sport était simple : débarrasser l'animal de la boue et autres substances qu'elle préférait ne pas identifier. Le dégoût déformait sa bouche et après avoir pris sur elle, elle s'approcha pour passer un bref coup de brosse sur le flanc du poney. Du coin de l'oeil, elle scrutait la réaction de la bête et après avoir n'avoir constaté aucun signe agressif de sa part, elle prit confiance et frotta avec plus d'énergie jusqu'à faire apparaître sa couleur d'encre sous la croute de saletés. Lorsqu'à la fin, elle revint couverte de sueur, de crins noirs et crottée à divers endroits, sans parler du tampon humide sur son bras quand le poney avait trompé sa vigilance pour la lécher avec application, elle sentit toute la brûlure de l'arnaque. Son pelage luisait sous la clarté diurne quand elle l'avait quitté tandis qu'elle était aussi sale que si elle s'était roulée par terre. Pour la peine, elle le nommerait Crasse en attendant de trouver un meilleur nom à sa monture.

Message I | 672 mots


La belle dans le cristal | Susannah 7qoc
Merci Jil  La belle dans le cristal | Susannah 009 :
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Seiji Nao
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Seiji Nao
Mer 18 Jan 2023, 11:27


Crédit : Sam Gao



En proie à sa maladie et aux visites de ses professeurs, Seiji délaisse quelque temps la boule de cristal. Posée sur sa table de chevet, précieusement couverte d’un mouchoir rouge pour lui éviter de prendre la poussière, elle attend qu’il pose à nouveau les yeux sur elle. Un après-midi, exténué par la visite d’un atelier de poterie, il l’attrape sans réfléchir. Aussi translucide que le blanc de l’œil, la surface se trouble dans une charmante guerre de couleurs. La vision qu’elles forment arrache un hoquet de stupeur au violet : la belle a perdu ses atours. Debout aux côtés d’un poney à la robe éclatante de propreté, elle s’est subitement changée en souillon. Une couche de poussière ternit les reflets irisés de sa chevelure. La mine défaite et les vêtements tâchés par une substance boueuse et brune, elle semble passer un moment détestable. Insensible à son malheur, le soleil souligne sa détresse d’un rai de lumière à la gloire de l’animal. Frappé par l’inquiétude, l’adolescent s’imagine que, peut-être, elle est captive d’un Sorcier particulièrement vicieux, qui, sans égard pour son bien-être, l’oblige à accomplir toutes sortes de tâches ingrates. La gorge nouée, il s’adresse à elle dans un souffle.

« Tout va bien, mademoiselle ? »

Pas de réponse.

« Je peux vous venir en aide, vous savez. Enfin, je ne suis pas exactement un chevalier, mais je sais me servir d'une épée. Plus ou moins. »

La jeune femme ne lève même pas les yeux. Une brosse dans la main, elle se contente d’adresser au poney un regard noyé de mauvaise humeur, et de tourner les talons. Perplexe, l’Hanatsu se couche sur le dos, contemplant le plafond d’un air songeur. Des questions pressent ses méninges avec toute la force de la curiosité. Des théories plus farfelues les unes que les autres surgissent, sans qu’aucune ne prenne les contours de la vérité. Cependant, au bout de quelques minutes de réflexion, il sombre dans un sommeil sans rêves, oubliant tout de la malheureuse.

Lorsqu’il se réveille, quelques heures plus tard, c’est une toute autre question qui l’occupe : son estomac gronde comme une tempête. À pas de loups, il descend à la cuisine. Quelques fruits paressent dans une corbeille. Il ne leur accorde pas la moindre attention, ayant envie de quelque chose de chaud. Après avoir attisé les braises de la cheminée jusqu’à ce que de nouvelles flammes viennent lécher une bûche, il verse une cruche pleine d’eau dans le chaudron qui les surplombe. Fouillant les placards, il en fait sortir une armée de poudres et d’herbes fort peu appétissantes, qu’il jette dans la marmite dans un ordre bien précis. Tranquillement, il vient remuer le tout. Des bulles verdâtres en crèvent la surface, dérangeant les longs filaments qui y baignent. Vingt tours de louches plus tard, il y déverse le contenu d’un flacon, d’une teinte si sombre qu’on pourrait la prendre pour de la bile humaine, ou tout autre délice du même genre. Enfin, il achève sa préparation par une brassée de champignons, qui, jusque-là pendus à des clous, se dessèchent dans un parfum de sous-bois. Devant la concoction fumante, une pensée lui vient. Peut-être est-ce lui, le Sorcier de l’histoire. Les épaulées agitées par d’incontrôlables soubresauts, il rit de bon cœur face au chaudron et à sa mystérieuse concoction, le visage lacéré par les traits d’argent de la lune.
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Susannah
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Susannah
Sam 28 Jan 2023, 23:04

La belle dans le cristal | Susannah Q6fg
Libérez le Kraken, c'est un p*tain de Sorcier !!!



Comme à son habitude, Susannah vérifia en premier que cette méduse vérolée de Johannês ne servait pas à la cantine avant de daigner mener plus que le bout de son nez à l'intérieur de la grande salle bourdonnant sous l'écho des conversations et des chocs de couverts sur la vaisselle. Moins ce pouilleux aux cheveux longs apparaissait dans son champ de vision, mieux elle s'en portait.

Accordant sa confiance à son odorat, elle s'aventura là où les senteurs devenaient promesses de délices pour les papilles et son plateau - déjà lesté de trois desserts car elle détestait avoir à choisir - glissa bientôt sur les rails d'un stand. Lorsque ce fut son tour, on lui tendit un large bol fumant. À l'intérieur, un enchevêtrement de nouilles épaisses baignait dans une soupe noirâtre où flottait quelques condiments qu'elle ne parvint pas à tous identifier. La vision lui fit l'effet d'un électrochoc et elle manqua lâcher le récipient. « C'est une plaisanterie ? » « Non. C'est une soupe de nouilles à l'encre de sèche, pas une potion de Sorcier. » L'informa sèchement la fille qui servait, confondant sa stupeur avec la réticence hautaine dont Susannah se drapait si souvent que cette moue était devenue son expression par défaut. Interdite, celle-ci contemplait le bol comme s'il y grouillait des scorpions venimeux.

« Qui a préparé cette soupe ? » Demanda-t-elle, la voix blanche. Son regard fouilla derrière la serveuse comme s'il était possible d'entrapercevoir une toison mauve. Est-ce qu'il était ici ? C'était une pensée idiote, les cuisines ne ressemblaient en rien au lieu où Susannah avait surpris l'étrange cuisinier mais elle ne croyait aux coïncidences que lorsque ça l'arrangeait. « C'est les cuisiniers, quelle question. Mais c'est une recette qui nous vient de Port Dirælla alors les Ondins ne devraient pas faire la fine bouche. Tu as besoin de la liste des ingrédients aussi ou tu vas libérer la queue ? » Rétorqua-t-elle en désignant la foule s'agglutinant derrière. L'élève de l'Obsidienne se tendit immédiatement et la fusilla du regard, gonflant sa poitrine d'importance pour pallier à ce que l'adolescence refusait encore de lui pourvoir dans son entièreté. « Comme si de stupides Gælyans pouvaient reproduire nos recettes. Je n'ai même pas reconnu le plat. » Fit-elle, impériale et mécontente. Et le nez en l'air, elle quitta le stand brusquement, renversant un peu de la soupe sur ses desserts. Désormais véritablement irritée, elle s'assit à l'extrémité d'une table, le regard aussi noir que son bouillon.

Susannah en était encore à ruminer entre deux cuillerées de soupe quand la journée se ternit un peu plus. Entre les tables progressait Claer, certainement à la recherche d'une place où s'asseoir. Ses yeux se plissèrent immédiatement. Si la plupart des élèves ne provoquaient que son mépris, celle-ci était devenue la cible de ses foudres depuis quelques semaines. L'air de rien, l'élève de l'Obsidienne laissa son pied dépasser de la chaise. Souverainement concentrée sur son repas, elle prit une mine faussement choquée quand la Lyrienne s'empêtra dans le croche-patte et chuta au sol dans un grand bruit de vaisselle brisée. Le silence se fit autour d'elles. « Oh mais quelle maladroite ! Tu vas bien Claer ? » Un sourire chafouin s'installa à la commissure de ses lèvres, impossible à réprimer en voyant son ennemie au sol, humiliée sous l'oeil de toute l'école. La scène s'imprimait à peine sur sa rétine, de quoi réchauffer son coeur lors des froides soirées solitaires, qu'une pression naquit du néant, soulevant les cheveux de ceux alentours et Susannah n'eut pas le loisir de crier qu'un poing d'air guidait son visage dans un plongeon imposé vers sa soupe. Une seconde plus tard, elle se dressait comme montée sur un ressort. Telle une furie, ses boucles bleues s'étaient collées aléatoirement sur sa figure recouverte de bouillon, d'algues et autres ingrédients. Une terrible rougeur se propagea depuis son cou. Avec une lenteur presque religieuse, l'Ondine approcha deux doigts pour détacher du bout des ongles une lamelle de champignon collée sur sa pommette. Muette de rage, elle voulut se tourner vers Claer mais l'amoureuse de monstres s'était déjà éloignée, hors de sa vue.

Message II | 730 mots

Merci à Nostra de m'avoir prêté Claer nastae


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Merci Jil  La belle dans le cristal | Susannah 009 :
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Seiji Nao
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Seiji Nao
Ven 24 Mar 2023, 14:35


Crédit : Sam Gao



Penché au-dessus du cristal, l’Hanatsu prend une grande inspiration. Inspiré par une légende contée la veille au coin du feu, il frotte l’objet d’un revers de manche. D’un ton qu’il veut théâtral _ sans doute faut-il intimider les babioles pour qu’elles révèlent leur magie _, il énonce sa requête.

« Boule, ma belle boule… Montre-moi qui est le plus beau. »

Aussitôt, la surface se fond en lignes indistinctes, qui, peu à peu, deviennent des formes. Un franc sourire aux lèvres, il pousse une exclamation de joie. Une silhouette se dessine contre un mur. Pressée contre un mur, elle se trouve visiblement dans une position délicate : de sa bouche s’élèvent des sons peu ragoûtants, vaines prières face à l’assaut qu’il subit. De son agresseur, il ne discerne qu’un uniforme vaguement froissé, et une chevelure couleur d’océan.

Plissant les yeux, il approche la sphère de son visage, avant de la jeter au sol avec fracas. La mine boudeuse, il lui jette un regard accusateur. Pourquoi s’obstine-t-elle à lui montrer l’adolescente, qui, à chaque nouvelle vision, ressemble davantage à une mauvaise fée qu’à une créature enchanteresse ? À la voir ainsi, les lèvres vissées sur celles d’un malheureux pour lui voler sa vigueur, la langue perdue dans sa gorge pour lui dérober son souffle, il frissonne de peur. Dans sa jeunesse, il a entendu parler de créatures qui dévorent l’âme des autres _ peut-être appartient-elle à cette engeance démoniaque de charmeurs-suceurs.

Profondément dégoûté par le spectacle qui s’offre à lui, il lance négligemment une couverture sur la boule, laissant à un preux chevalier le soin de délivrer le prince de l’histoire. Il ne voit pas l’Ange qui descend des cieux _ à dire vrai, qui tombe d’une terrasse _, et porter secours à ce dernier lors d’un titanesque échange de répliques cinglantes.

~ . ~

Debout au milieu d’une armée de rouages et de morceaux de métal, Seiji réfléchit. Confectionner les personnages de la pièce qu’il veut montrer à ses camarades lui prenant trop de temps, voilà plusieurs jours qu’il se concentre sur les décors, sitôt les leçons terminées. Hélas, le résultat déçoit ses espérances : le fossé entre son imagination et ses mains ne cesse de se creuser. Boudeur, il envoie valser sa collection. Les pièces, grossières et biscornues, s’entrechoquent dans de misérables cliquetis. De certaines, particulièrement belliqueuses, jaillissent des étincelles.

« Mais… Bien sûr ! C’est ça qu’il me faut ! »

Tournoyant sur lui-même dans une ronde victorieuse, la joie éclaire ses traits. La poudre de feu vient de lui jeter au visage la plus grande des révélations : s’il ne peut promettre l’excellence au public, sans doute peut-il faire oublier les défauts de sa performance par une distraction éclatante. Le souvenir de sa soirée au Fessetival flotte devant ses yeux.

Se plaçant au centre de l’atelier, le violet tend les mains en face de lui, les paumes tournées vers le plafond. Quel plus beau divertissement que d’offrir au public des nuages de poussière d’étoiles, éclatant dans les ombres de la salle ? Faible mais vive, la magie pulse dans son corps, prête à accomplir ses volontés. Ses dents percent le rose de sa lèvre inférieure. S’il le veut suffisamment, alors…

De longues minutes s’écoulent sans que rien ne se produise. Perplexe, l’apprenti magicien décide de fermer la fenêtre, de crainte que les feux d’artifice qu’il voudrait tant voir naître de sa chair ne prennent froid. Toujours rien. Un peu déçu, il dépose sa création la plus réussie dans l’autel à l’entrée, et murmure quelques prières. Pour que l’Art grandisse dans les cœurs, il faut l’inspirer, et le souffle divin ne guide pas sans sacrifice. Toujours rien. Tous ses espoirs dans la gorge, il sent les larmes lui monter aux yeux. S’il le veut suffisamment, alors…

Soudain, un crépitement furieux monte de ses doigts. Les paupières embuées, il aperçoit des éclats d’or s’élever. Dans un cri de joie, il fronce les sourcils de toutes ses forces, les implorant de grandir encore. Hélas, les contes de fées ne mentent pas : il faut faire attention à ce que l’on souhaite.

Surgis du vide, des éclairs pailletés grimpent à toute allure vers les poutres au-dessus de lui. Dans une gerbe de fumée, ils éclatent contre le plafond. Le temps que l’Hanatsu réagisse, une flamme jaunit le bois de sa langue avide. Horrifié par la tournure des évènements, il sort en trombe de l’atelier, et court à la rencontre de son aînée, les poumons en feu.

« NANAMIIIIIIIII ! »
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Susannah
~ Sirène ~ Niveau I ~

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Susannah
Lun 03 Avr 2023, 16:56

La belle dans le cristal | Susannah Q6fg
La voleuse volée



Assise sur le rebord d'une fenêtre, Susannah se lèchait les babines. La main alourdie d'une part de gâteau à la crème et aux fruits, elle prenait le temps d'admirer la création qui venait de changer de propriétaire suite à son consentement forcé. Le bon goût culinaire d'Ayrel faisait de lui une valeur sûre, elle savait désormais que le cibler était la garantie d'un goûter de qualité. Comme elle le lui avait dit avant de lui ordonner de quitter la salle, en tant que femme, elle le méritait plus que lui ; qu'avait-il fait lui, sinon être né sans vigueur ni prétention ?

Son ventre gargouilla d'envie et, c'était plus fort qu'elle, elle plongea un doigt sur le flanc pour en voler une parcelle qui disparut rapidement dans sa bouche. Ses yeux scintillèrent sous l'explosion de saveurs et ses papilles exercées reconnurent l'arôme doux de la violette conjugué à un soupçon de vanille. Un petit soupir de ravissement se détacha de ses lèvres. Rien que pour cette pâtisserie, elle se sentait encline à laisser s'installer un nouveau bourrelet autour de ses hanches. Elle relativisait facilement sur son poids, ce serait un net avantage au Puffball de peser plus lourd dans le jeu pour faire voler Zeryel dans le décor.

Un éclat de rire attira son attention et elle jeta un coup d'oeil en contrebas, grimaçant de mépris à l'adresse des enfantillages qui avaient lieu sous son nez. Si elle n'avait pas les mains prises, elle aurait pris plaisir à ouvrir la fenêtre et envoyer sur leurs têtes les brosses épaisses de poudre crayeuse en leur criant qu'ils feraient mieux d'aller étudier pour tenter de compenser leur inutilité de naissance.

Au bruit du loquet de la porte qui s'ouvrit, Susannah tourna la tête, d'avance agacée de voir sa tranquillité brisée. « Ah. Mauvaise salle. » Constata le roux dans l'encadrement de la porte. « Qu'est-ce que tu attends pour partir alors. » Grommela la Sirène d'un ton mauvais mais avec un léger manque de conviction. L'aura qui émanait de lui l'impressionnait malgré elle, la même que celle qui englobait Félix. Si elle n'avait pas été tant de mauvaise foi, elle aurait parlé de supériorité, mais elle préférait faire un régime qu'admettre cette vérité.

Elle le scruta en silence. Sans doute s'agissait-il aussi d'un élève dans ses dernières années à Basphel, il n'y avait que devant eux que Susannah peinait à garder le menton pointé vers le plafond. Le nouveau venu ne répondit pas, son regard posé sur le gâteau. D'instinct, Susannah ramena sa main vers elle. « On grignote en cachette ? » Son amusement ne fit qu'accroître la méfiance de la bleue qui contre-attaqua aussitôt. « Je ne me cache pas, j'aime juste manger en paix. Voir des Gælyan me coupe l'appétit. » « Ah, tu es une Sirène. » Il sourit et s'approcha sans paraître remarquer l'hostilité grandissante de la gourmande.

« Je m'appelle Melvyn. » Lança-t-il à sa question silencieuse, les yeux fixés sur le goûter. « Le joueur de Vol-Volley ? » Elle avait lu son nom dans le journal de l'école, lorsque l'Envieux s'était démarqué lors d'un tournoi contre d'autres écoles. C'était un sport dédié aux Ailés et à ce titre, Susannah ne pouvait rejoindre leur équipe, une frustration de plus dans une liste qu'elle ne cessait d'alimenter consciencieusement. « Ouais. Tu me files ton gâteau ? » « Pardon ? » S'offusqua Susannah, les joues rouges d'indignation. « J'en ai envie. » Enonça-t-il calmement comme si ça expliquait tout. « J'en ai rien à f- Hé ! » Dans un mouvement assez vif pour tromper sa vigilance, il lui déroba la pâtisserie et mordit dedans avant même qu'elle eut le temps de terminer de piauler. Ivre de colère, elle bondit sur ses pieds, ce qui était une mauvaise idée compte tenu sa petite taille. « Espèce de - » Il la regarda et elle oublia momentanément l'insulte qui allait empoisonner sa langue. « Trop bon. » Il se lécha les doigts sans paraître remarquer la crème qu'il étalait sur ses lèvres. Susannah, elle, en prit bonne note et devint rouge jusqu'à la racine de ses cheveux, comme frappée par la foudre.




Plus tard, quand Susannah rejoignit son dortoir, plongée dans ses pensées, elle prêta à peine attention aux autres filles présentes et alla s'affaler à plat ventre sur son lit. Après un certain temps passé à fixer le mur, les sourcils froncés comme s'il l'insultait par sa simple existence, elle finit par ouvrir le tiroir de sa table de chevet pour en récupérer la boule de cristal dans l'espoir de se changer les idées. Comme les autres fois, la brume cotonneuse s'évanouit, chassée par un vent invisible, pour laisser apparaître une scène chaotique. Dans un atelier, la silhouette du Sorcier s'agitait fébrilement dans tous les sens pour mettre fin à plusieurs départs d'incendie dans la pièce, provoqués par de minuscules explosions colorées. La vision réussit à détourner son esprit de Melvyn et elle se mit à glousser avant de s'installer plus confortablement en s'appuyant sur des coussins, trouvant très amusant de voir ce petit bipède maladroit tenter de prévenir la destruction de la pièce. La mort par le feu n'était évidemment pas sa préférée, mais elle n'allait pas se montrer difficile pour le trépas d'un Sorcier. Du moment qu'il souffrait avant d'expirer son dernier souffle, ça lui allait.

Message III | 933 mots


La belle dans le cristal | Susannah 7qoc
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Seiji Nao
Sam 08 Avr 2023, 14:32


Crédit : Sam Gao


À l’ombre d’un cerisier, le violet rêvasse. Le regard perdu dans un océan de pétales blanc et rose, il tient son guqin contre lui, pinçant distraitement les cordes. La délicatesse des notes ne parvient pas à l’arracher à sa torpeur du jour ; au plus profond de ses veines, son sang charrie un fléau. Poussant un soupir, il s’imprègne du parfum des fleurs. Hélas, l’arôme, éveillant une nausée endormie, le fait grimacer. Tous les signes sont là. Le dégoût du plus petit effluve, une fatigue un peu plus prononcée, une rigidité de cadavre dans les muscles. Il le sait : bientôt, il devra rejoindre sa chambre, et quitter pour quelques jours son corps et le monde. Rien ne peut le sauver. Rien ne le pourra jamais. Il en a toujours été ainsi.

Le cœur lourd, il range son instrument. La musique n’est d’aucun secours devant l’implacable certitude qui broie ses pensées. Alors qu’il s’apprête à refermer l’étui, le soleil luit tout à coup sur un morceau de verre. Aveuglé, il sort de sa cachette la sphère magique. Désapprobateur, il pince les lèvres.

« Tu ne vas jamais faire attention à moi, hein ? Je pensais que tu serais ma consolation dans les moments difficiles, que tu m’aiderais quand j’en aurais besoin, que le lien entre nous était un présent du ciel, mais tu ne sais même pas qui je suis. En plus, tu es méchante. »

La mauvaise humeur germe sur ses traits à mesure qu’une fumée de couleurs envahit le cristal. Les volutes s’évanouissent en un tourbillon qui s’écroule sur lui-même, dévoilant un visage désormais familier. Devant ses yeux vifs de malice, l’adolescent fronce les sourcils. Qui est-elle ? Et pourquoi le tourmente-t-elle ainsi ?

« Je ne sais même pas pourquoi je te garde. »

D’un geste plein de rage, il s’apprête à lancer la boule au loin, à la laisser dévaler sur la colline jusqu’à ce qu’une main malchanceuse la ramasse. Cependant, le tableau l’arrête. Dans la main de la vilaine se trouve un véritable trésor. Un gâteau, promesse de plaisir, dégoulinante de crème et de sucre. Entre les couchées dorées, il aperçoit des morceaux de fruits. Impitoyables, les phalanges se referment dessus avec une avidité satisfaite, portant le glaçage à des lèvres bleutées. Le visage, d’ordinaire déformé par de sombres projets, arbore une sérénité conquise.

Frappé par une illumination, l’Hanatsu se redresse précipitamment. Un cri de joie lui échappe. Gonflé d’espoir, il plante un baiser sonore sur la boule.

« Je savais que tu ne m’abandonnerais pas ! Oh, merci, princesse ! »

Récupérant ses affaires à la hâte, il court à toutes jambes vers la maison. Lorsqu’il en passe la porte, à bout de souffle et la peau rougie par l'effort, il trouve son aînée dans la cuisine, occupée à faire sécher des plantes.

« Nanamiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! J’ai eu une vision ! »

La vieille femme fronce les sourcils, ravie de voir son protégé débordant d’énergie, curieuse de savoir quelle fantaisie lui traverse l’esprit aujourd’hui.

« Une vision ? »

« Oui. Je commence à être malade. Mais les Aetheri m’ont montré un remède. »

« Quel genre de remède ? »

« Un gâteau ! Avec beaucoup de crème et de fruits ! »

« Ah. Eh bien, si telle est la volonté des Très Grands… Qui suis-je pour refuser ? »

Et, la bienveillance aux lèvres, l’Orine s’empare d’un rouleau à pâtisserie.

~ . ~

Des éclats de rire résonnent dans le sous-bois. Armée d’un morceau de bois, Kogami court après ses petits camarades. Ils jouent au démon qui pourchasse les innocents, et, bien entendu, elle tient le premier rôle de l’histoire. Appuyé contre un arbre, Seiji surveille les bambins qui gambadent dans la clairière. Attendri par la gaieté de sa sœur, il regarde le soleil décliner sans avoir le courage de mettre fin à l’après-midi. Soudain, la fillette s’arrête. L’innocence s’évapore, laissant place à un air de conspiratrice qu’il ne connaît que trop bien.

« Vous voulez voir quelque chose de vraiment joli ? »

Les autres hochent la tête, enthousiastes : les idées de la reine du jour sont toujours fabuleuses. Désignant son aîné d'un index impérieux, elle se tourne vers lui.

« Je vais vous faire une démonstration. Toi, tu fais le cobaye ! »

« Kogami, il faudr… »

« C’est mon anniversaire ! T’as pas le droit de refuser ! »

Devant les hurlements de la petite, et la colère qui déforme ses traits de poupée, il finit par hocher la tête. Jubilant de sa victoire, elle lui intime de ne pas bouger. Quelques instants plus tard, il sent un nœud couler entre ses poignets ; le temps qu’il réalise la pratique à laquelle elle se livre, la corde se noue contre sa gorge. Au contact des cordes, des sensations étranges pulsent sur son corps ; il remercie la fraîcheur de la saison et les vêtements épais qu’il porte en conséquence. Mal à l’aise, il se montre toutefois patient, et ne l’interrompt pas. Sans égard pour son état, elle achève son ouvrage, sous les yeux ébahis des spectateurs. Il ne lui faut que quelques minutes pour le ligoter comme un saucisson.

« Et maintenant… Cachez-vous, avant que le monstre vous attrape ! Grrrrrrrrrrrrraaaaaaaaaaaahhhh ! »

Avant que l’Hanatsu ne puisse ouvrir la bouche, les enfants s’éparpillent dans tous les sens. Interloqué, il voit leurs courtes silhouettes disparaître dans la forêt. Riant aux éclats, Kogami se lance à leur poursuite, l’abandonnant à son sort. S’attendant à la voir revenir au bout de quelques minutes, il tâche de conserver son calme.

Cependant, à son grand désarroi, personne ne se soucie plus de lui. Une joue contre l’humus, il tente de se redresser ; la corde lui entaille la cuisse avec la fermeté d’un couteau. Submergé par la panique, il frétille maladroitement, tentant de se défaire de ses liens. En vain. Malgré sa jeunesse, sa sœur maîtrise à merveille des techniques avancées. Quelque part entre ses méninges, une voix lui glisse qu’elle l’a piégé. Secouant la tête pour chasser cette odieuse pensée, il essaie une nouvelle fois de se libérer. Hélas, ses tentatives se soldent par un échec cuisant. Des zébrures lui cisaillent la peau. Convaincu qu’elle finira par revenir, il décide de se reposer : il ne sert à rien de s'alarmer et de gaspiller ses forces.

Après quelques minutes, ou une éternité, une sensation lui chatouille le nez. Plein d’espoir, il ouvre les yeux. Quelque chose de noir et de trouble grimpe sur l’arête. Surpris, il pousse un cri. Nullement impressionné, l’insecte prend possession des lieux. Le violet roule dans tous les sens, tâchant de chasser l’indésirable. Des pattes s’agitent à toute vitesse sur ses paupières, puis sur son front, venant trouver refuge dans ses cheveux ; chacun sa méthode face à la menace d’être écrasé. Dégoûté, il gigote de toutes ses forces. Alors qu’il s’apprête à abandonner, la créature retourne fièrement à son perchoir. Désormais capable de la voir dans toute son horreur minuscule, il tourne de l’œil.

Imprégnées de rosée, les cordes perdent leur rigidité au matin. Les muscles endoloris, l’adolescent se tire finalement de son carcan de chanvre. Le corps perclus de douleur, épuisé, il rentre finalement à la maison. Sonné par la cruauté de sa sœur, il s’imagine marcher dans un cauchemar, attendant avec impatience le moment du réveil. Hélas, lorsqu’il pousse la porte, la réalité le frappe de plein fouet ; il la trouve en train de lacer ses chaussures, tranquillement. Elle lui accorde à peine un regard, empreint de mépris.

« Ah. T’es rentré. »

La déception perce dans sa voix. Celle du violet tremble.

« Tu m’as laissé. Tu l'as fait exprès. »

« Pas la peine d’en faire toute une histoire. »

Haussant les épaules et jugeant la question dénuée d’intérêt, elle enfile une veste.

« Ce que tu as fait, ce n’est pas bien. Je vais le dire à Nanami. »

« Et tu penses qu’elle va te croire ? Comment une innocente gamine comme moi pourrait faire du mal à son grand frère chéri ? »

Tirant la langue à ce dernier, la peste en puissance tourne les talons et disparaît dans le jardin. Debout dans le couloir, seul et meurtri, Seiji frissonne.
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Susannah
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Susannah
Sam 06 Mai 2023, 17:11

La belle dans le cristal | Susannah Nwos
Une nouvelle ère



À l'heure où Phoebe déployait fièrement ses filaments phosphorescents dans le firmament obscure, ceux-ci furent pris de l'ambition de s'inviter jusqu'au dortoir. Fenêtre et rideaux n'étaient guère des obstacles sérieux pour sa progression. Ses rayons frappèrent une sphère, imitation en verre d'elle-même, qui venait de naître sur la table de chevet d'une des étudiantes assoupies. Sa cible verrouillée sur la Sirène, la luminosité s'intensifia jusqu'à soulever ses paupières ensommeillée. « Qu'est-ce que... » Maugréa faiblement l'endormie, cherchant à tâtons l'abri d'une couverture pour se soustraire à l'invasion visuelle. « Pas le matin, pas déjà... » Gémit-elle en blottissant son nez dans l'oreiller. Elle prit la décision de ne sortir de son lit que lorsqu'elle entendrait les autres commencer à se préparer. Parfois, grapiller quelques minutes supplémentaires de sommeil s'avérait précieux pour survivre à la journée. Plusieurs minutes passèrent ainsi dans le silence le plus complet, à peine brisé par les respirations profondes de ses colocataires et Susannah finit par ouvrir un oeil suspicieux. Déjà, sa conscience s'ancrait à la réalité, contre sa volonté et l'éloignait des bras brumeux des songes. Son nez jaillit de sous la couverture. La lune éclairait le dortoir comme en plein jour. Son regard s'accrocha sur les contours scintillant d'une sphère. Ses sourcils se froncèrent. Elle ne l'avait pas laissée là la veille, les filles avaient-elles touché à ses affaires ? Jurant en silence, elle jeta ses jambes hors du lit et s'approcha en silence de l'artefact enchanté. « Juste un coup d'oeil et je retourne dormir. » Se promit-elle. Elle ignorait ce qui la poussait chaque fois à s'y noyer. De l'étrange Gælyan, elle ne savait rien. S'il s'avérait être un Mage Noir, il devait en être un bien médiocre. Alors que ses doigts effleuraient l'objet pour scruter son quotidien, le globe s'éleva et flotta dans sa direction. Retenant à grand peine un glapissement de surprise, Susannah recula mais fut prise de vitesse par la sphère qui pénétra dans sa poitrine comme s'il s'agissait d'eau. Ce fut comme perdre connaissance tout en gardant les yeux ouverts. Ses oreilles se débouchèrent et la chair de poule se leva sur tout son corps. Dans son dos, sa chevelure adopta une teinte bleutée plus intense mais elle n'en vit rien. La lueur surnaturelle avait disparu du dortoir, plongeant la pièce dans sa pénombre nocturne d'origine. Susannah en revanche, ne s'inquiéta pas de voir qu'elle était le seul élément à ne pas avoir retrouvé son état. Ses pieds foulèrent silencieusement le parquet pour la mener jusqu'au coffre où une autre sphère l'attendait.

Peu après, la bleue reposa le globe au creux de ses vêtements, dissimulant son expression troublée derrière une main. Ses yeux brillaient de larmes contenues. « Pauvre garçon. » Souffla-t-elle, bouleversée. Elle renifla, le coeur étreint de compassion pour le sort du violet. « Comment peut-on se montrer si cruelle à un si jeune âge ? » Déplora l'ancienne Sirène en essuyant une larme qui s'était échappée, trop à l'étroit en compagnie des autres agglutinées sur sa cornée. Délicatement, elle se saisit d'un mouchoir avec lequel elle tamponna ses yeux avant de se moucher dedans en faisant aussi peu de bruit que possible pour ne pas réveiller les filles encore endormies.

Encore éprouvée par la tragédie dont elle avait été témoin, c'est avec difficulté que Susannah retrouva le sommeil et en s'éveillant, une seule pensée occupait son esprit : mettre un terme au harcèlement sous toutes ses formes et réconforter les âmes esseulées. Puisqu'elle ne pouvait pas améliorer le quotidien du violet aperçu dans la boule de cristal, elle ferait tout en son pouvoir pour rétablir l'équilibre à Basphel. Forte de cette décision, elle s'habilla en un temps record, ou du moins en eut-elle l'impression car les filles avaient déjà pris la porte qu'elle en était encore à batailler avec ses cheveux pour leur faire adopter une jolie courbure pour retomber souplement sur ses épaules. De jolis cheveux garantissaient le succès de faire du roux plus qu'une connaissance. Une grimace éclaboussa son air avenant quand le miroir révéla le profil disgracieux de ses hanches pleines. Ses doigts palpèrent le renflement de son abdomen, moelleux de toutes les sucreries absorbées. Sa lèvre prisonnière de ses dents, la bleue s'inquiétait que sa plastique moins parfaite que d'autres puisse diminuer ses chances de faire tomber Melvyn amoureux d'elle. Depuis leur rencontre, elle avait croisé le Déchu plusieurs fois. En dépit des apparences, la Basphélienne n'avait jamais laissé le hasard guider leurs autres rencontres. Il suffisait d'être attentive pour obtenir les informations nécessaires pour parfaire sa chasse. Depuis, son emploi du temps n'avait plus de mystères et elle s'était arrangée pour toujours prendre ses goûters non loin du terrain où il s'entraînait dans l'espoir d'attirer son attention comme la première fois. Aujourd'hui, elle allait forcer le destin à se plier aux élans de son coeur.

Plusieurs heures plus tard, Susannah arpentait les couloirs de l'école, un panier coincée sur sa hanche, débordant de gâteaux achetés en ville. Elle avait dépensé toutes ses économies. D'abord intriguée par les réactions surprises des autres élèves quand elle leur offrait ces biscuits avec chaleur, elle s'en amusa ensuite. Les pauvres n'étaient pas habitués à cette bonté et ça la confortait dans son entreprise. Cette école nécessitait que quelqu'un fasse preuve de gentillesse. Enfin, son parcours de charité arriva à l'étape où Melvyn sortait de classe pour s'envoler vers son entraînement. Elle le coupa dans son élan en se plaçant sous son nez. Surpris, le joueur de Vol-Volley se figea. Son regard dansait entre son visage et les friandises dans les bras de la bleue. « Prends-en un. » L'invita Susannah, les joues soudain écrevisse. « C'est pour toi. » Insista-t-elle d'une voix qui s'amenuisait à mesure que sa gêne croissait. S'il refusait, elle ne s'en remettrait jamais. Mais c'était mal connaître le vice du Déchu qui plongea la main dans le panier. Comme il paraissait hésiter, elle lui fourra le panier entier dans les bras. « Tu - tu n'as qu'à tout prendre ! » Désormais si rouge qu'on aurait pu cuire un œuf sur son front, elle fit volte-face et prit la fuite en courant.

Message IV | 1095 mots

J'ai utilisé sa sphère raciale, dis bonjour à Susannah la Magicienne 8D


La belle dans le cristal | Susannah 7qoc
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Seiji Nao
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Seiji Nao
Mar 09 Mai 2023, 23:05


Crédit : Sam Gao



Immergée sous l’eau, la sphère garde ses secrets. Depuis ses mystérieuses profondeurs, des rayons de couleurs remontent à la surface, frappant la rétine comme les éclats d’un tableau décomposé. Les doigts refermés autour du cristal, Seiji observe les reflets danser sur les vagues du bassin, se demandant quelles horreurs sommeillent de l’autre côté. Ici, une ondulation plus bleutée que les autres lui rappelle la chevelure de la princesse, traversée d’un trait de lumière masquant ses ténèbres. Poussant un soupir de contrariété, il rejette la tête en arrière pour lui échapper. Malgré le sens du devoir enraciné dans ses entrailles, voilà plusieurs minutes qu’il repousse le moment où il quittera les bains, craignant autant qu’il l’espère d’apercevoir entre les flots la malice d’un regard. Lisse sous ses phalanges, l’objet semble le supplier de succomber. Ne peut-il pas simplement la laisser là, à la manière d’un trésor délaissé après une tempête ? N’en va-t-il pas de sa survie ?

Un clapotis le fait sursauter. De crainte qu’un de ses congénères ne le rejoigne et ne remarque son précieux, il le plaque contre son torse, se recroquevillant sur lui-même comme pour cacher une blessure. Fort heureusement, ce n’est qu’un écho de l’éternel ballet entre l’eau et la pierre. Soulagé, il prend une grande inspiration et plonge. Les paupières serrées si fort qu’il entrevoit une blancheur aveuglante, il finit par se laisser tenter. Sous ses iris chatouillés par le flux, l’inconnue transporte une montagne de délices. Piquée par la sainte mouche de la générosité, elle distribue des goûters à la pelle. Perplexe devant son initiative, le violet rapproche son front de la sphère, comme pour s’enivrer à son tour du parfum des douceurs. Il lui semble apercevoir des visages où surprise et suspicion se livrent une lutte sans merci ; sur certains, le soulagement ou la joie finissent par l’emporter, tandis que d’autres reçoivent la marchandise les yeux plissés. Finalement, elle s’arrête devant un gaillard à la chevelure de feu qui roule des épaules comme un poulet. Le rouge aux joues, elle lui abandonne son festin de sucre, et disparaît dans les ombres du couloir, à la manière d’une bonne fée. Attendri, l’Hanatsu ne doute plus un instant de sa nature de princesse. Sans doute a-t-elle été victime d’une odieuse malédiction, lancée par une Sorcière jalouse, ayant noirci son cœur pour quelques lunes.

Soudain, une brûlure dans la poitrine secoue l’adolescent. Impitoyable, l’eau s’infiltre dans sa trachée sitôt qu’un réflexe lui fait ouvrir la bouche. Se redressant brusquement, la boule lui échappe des mains. Pris d’une violente quinte de toux, il ne remarque pas qu’elle s’éloigne sous les flots. Les couleurs s’évanouissent, le laissant seul dans un nuage de vapeurs. Un torrent de feu coule dans ses poumons. Une horrible pensée le saisit : s’est-il attiré les foudres du poulet ? N’a-t-il pas tourné la tête dans sa direction, alors que la princesse prenait la fuite ? Serait-ce lui, le Sorcier qui la prend en otage ? Son palpitant s’affole au rythme de sa panique _ et du manque d’oxygène de sa session de voyeurisme aquatique ; il faut qu’il la voie, qu’il comprenne, qu’il vienne à son secours. À quatre pattes dans le bassin, Seiji patauge en quête de réponses.

~ . ~

Pris par ses devoirs d’artiste en devenir et par les manigances de Kogami, l’enquête du violet piétine. Frustré de ne parvenir à rien, il enveloppe le cristal dans un coussin de soie. À pas de loups, il prend le chemin des bains ; l’eau est un miracle auquel rien ne résiste, pas même les plus sombres pensées. Personne ne l’y attend ; les siens connaissent les vertus du sommeil, et à une heure si tardive, le souffle d’Harabella berce le quartier. Couche après couche, il se débarrasse de ses vêtements. Des frissons naissent sur sa peau là où le tissu l’effleure, et, à mesure que l’air nocturne le caresse, une drôle de sensation s’enracine dans son ventre. Au moment où il s’enfonce dans le bassin, il songe à l’homme aux masques.

Poussant un soupir, il s’allonge contre la pierre chaude, laissant sa tête reposer contre le bord. Les cheveux en arrière, il ferme les yeux, tâchant de chasser le visage qui hante ses rétines. Autour de lui, des vaguelettes se forment, apaisant ses craintes par leurs doux bruissements. La ligne arrogante d’une mâchoire que l’on devine sous le velours, et dont un sourire adoucit la courbe. Sous la surface, la main de l’adolescent trouve toute seule son chemin.

Au contact de sa propre paume, l’Orine sursaute, comme si un serpent venait de le mordre. Les yeux écarquillés, il lève la coupable vers le plafond, écartant les doigts. Entre les interstices, la voûte lui rend son regard avec indifférence, témoin silencieux de bien d’autres crimes. Des yeux dont la forme se réduit à une fente moqueuse et rouge de désir. Une tension familière l’accable à nouveau. Lentement, il laisse retomber sa main ; elle glisse sous l’eau avec la souplesse d’un reptile. Les entrailles en ébullition, il lui permet d’entreprendre son ouvrage indécent. Une mèche violine effleure son oreille ; n’est-ce pas plutôt le souvenir de ses lèvres lorsqu’il s’y est penché ? Une dent plantée dans la sienne, une irrépressible envie l’avale tout entier. Du poison sous des mots de miel, ces mots qu’il entend chaque nuit comme pour la première fois et que personne ne prononce. Son cœur rugit dans ses tempes, le rendant sourd à l’existence du monde. Dans l’attente de la délivrance promise, ses traits se figent, sa respiration s’accélère, son corps s’enflamme. La lame dans son dos, la douleur qui éclate…

Cette fois-ci, c’est pourtant une chose sensiblement plus tangible qui jaillit de sa petite aventure. Les joues roses de plaisir, le souffle court, les cheveux trempés, le violet reste immobile un instant, regrettant déjà de sentir son rêve s’éloigner. Et puis, reprenant ses esprits, il écarquille les yeux. Comment a-t-il pu ? Ses frères ne risquent-ils pas d’arriver d’un moment à l’autre, pour se purifier dans l’innocence d’un bassin souillé ? Nu comme un ver, il se précipite hors du bassin. Dans sa hâte, il oublie un avertissement que ses aînés lui rabâchent depuis l’enfance. Traîtresse et humide, la pierre se veut aussi lisse que la peau d’un bébé. Dans un fracas retentissant, l’adolescent s’étale de tout son long. Sa mâchoire claque sur sa langue. Un goût de fer dans la bouche et un bleu aux fesses, il se relève tant bien que mal. Bien maladroitement, il finit par arriver à destination, et actionne un levier dans le mur. Un horrible bruit de succion répond à son initiative, tandis que les flots s’échappent eux aussi, emportant son secret dans la nuit. Honteux, il se jure de ne plus revenir dans les parages sans ses congénères ; la solitude renferme de trop grandes tentations pour un adolescent.
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Susannah
Ven 12 Mai 2023, 19:05

La belle dans le cristal | Susannah Nwos
Personne ne m'aime



Chronologie (je m'en remercierai plus tard):

Avec un soupir, Susannah étira sa nuque. L'échine courbaturée d'avoir passé tant d'heures à étudier, une pause devenait une nécessité primordiale avant de perdre plus de neurones qu'elle n'en gagnait en s'abîmant les yeux sur ses livres. Sa plume chuta d'entre ses doigts tâchés d'encre et elle enfonça son visage dans ses mains, luttant contre l'envie séduisante de mettre le feu à son bureau. Seule au dortoir, les autres occupées à leurs classes ou activités, un calme rare et apaisant l'environnait. Par réflexe, elle jeta un coup d'oeil dans le coin où Méduz flottait habituellement, près de l'oreiller et elle fut peinée de ne pas l'y trouver. Depuis cette nuit-là, son amie s'était rétractée à toute tentative pour l'approcher, pour finalement disparaître, purement et simplement. Plus tard, elle avait découvert la fuyarde nichée dans le cou de Johannês, ses tentacules enroulées possessivement autour comme un collier. Chamboulée, Susannah avait couru aux toilettes les plus proches pour s'y enfermer et fondre en larmes, convaincue que la méduse ne l'aimait plus et qu'elle finirait seule, abandonnée de tous. Une heure de cours avait dû être sacrifiée pour lui octroyer le temps de retrouver figure humaine et sortir sans avoir les yeux trop gonflés et rouges.

Désireuse de se trouver une autre occupation pour se changer les idées et oublier la trahison de Méduz, la bleue se leva et récupéra l'ocarina dans sa malle. Taillé dans un coquillage, l'instrument l'avait accompagné à Basphel, présent de sa famille pour qu'elle continue à s'entraîner même loin de ses exigeants professeurs. Elle continuait à suivre des cours de musique à l'école, mais qui consistaient surtout en renforcement de connaissances en solfège. Elle pratiquait son ocarina seule, souvent par plaisir plutôt que par discipline pour ne pas perdre la main. Allant s'asseoir sur le rebord de la fenêtre pour laisser son regard errer paresseusement sur l'extérieur, elle porta l'embout à sa bouche pour souffler quelques notes, ses doigts se déplaçant avec plus ou moins d'habileté sur l'instrument pour en extraire un l'air simple et répétitif d'une berceuse.

Libérées du carcan pénible des théorèmes, frises chronologiques et analyses d'essais, ses pensées voguaient sans réelle logique avant de s'aventurer insidieusement sur la vision dont elle avait été témoin le matin-même. Réveillée avant l'aube comme souvent, la Bleue s'était emparée de sa boule de cristal pour s'y abîmer, la couverture sur la tête pour se dissimuler de la curiosité de celles qui seraient aussi réveillées.

Un torrent de questions rongeaient sa cervelle au sujet de l'inconnu pris dans les plis des nuages de la boule. Seiji avait-il réussi à se libérer de l'impitoyable shibari de sa diabolique soeur ? Était-il heureux ou persécuté ? Les lambeaux de brume s'estompèrent pour lui révéler peu à peu une scène différente de la dernière fois. Le garçon était étendu dans un bassin. Prise de court, elle avait rougit en voyant son torse nu dépasser de la surface miroitante et avait presque collé son nez sur l'artefact comme pour vérifier de la nudité du violet. Consciente que son attitude s'apparentait à celle d'une voyeuse perverse, la culpabilité n'avait cependant pas été assez forte pour lui faire reposer la boule de cristal. Tant qu'il ignorait qu'elle l'observait, ce n'était pas si grave. Du moins s'était-elle rassurée de la sorte avant d'étouffer une exclamation choquée en voyant une des mains du garçon disparaître en dessous de son nombril. Sa bouche s'était asséchée d'un coup et c'est les yeux exorbités, et désormais parfaitement incapable de détourner le regard, qu'elle avait assisté au mouvement régulier de va-et-vient de son poignet provoquant des vaguelettes autour de lui. Geste trop équivoque et reproduit inlassablement à Basphel par des adolescents soumis aux dégâts hormonaux que leur âge imposait, et de l'apparente régression d'intellect qui y était associée, Susannah avait parfaitement compris à quoi elle assistait. Au lieu du dégoût escompté, elle avait été surprise par une vague de chaleur prenant possession de son ventre et entre ses propres cuisses qu'elle avait frotté entre elles pour faire partir la sensation, sans succès. Pire que ça, la vision lui en avait rappelé une autre, plus floue et incertaine mais bien plus intense. Celle d'un autre garçon, cette fois aux longs cheveux d'un bleu presque noir. Lui aussi dans son bain, il l'avait cependant quitté pour la rejoindre à sa demande. Elle osait à peine se souvenir de ce qui avait alors suivi sans que ses joues ne brûlent et que le désir devienne un souffle ardent impossible à apaiser. Parfois, le voir suffisait à invoquer une honteuse moiteur entre ses jambes qui lui donnait envie de disparaître sous terre comme de se jeter à son cou pour le supplier de mettre un terme à ce supplice. C'était pourtant par la rage et la provocation qu'elle avait toujours répliqué, comme si l'agresser pouvait éradiquer l'impureté de son désir. Elle savait qui était le concerné. Il travaillait à la cuisine et ne l'appréciait guère, si on lui pardonnait l'euphémisme. C'était réciproque, elle trouvait ses manières vulgaires et il savait se montrer blessant. La morue, il l'appelait, quand ce n'était pas pire. Et désormais, il lui avait volé Méduz.

La mélopée s'étouffa sur elle-même tandis que Susannah fixait un point invisible sur l'horizon, trop préoccupée pour poursuivre. Un ongle avait trouvé position entre ses dents à la place de l'instrument. Comment faire pour le convaincre de lui rendre l'animal ? Y parviendrait-elle ? Si ce n'était pas le cas avant d'être touchée par la sphère, Johannês l'intimidait depuis. Grand, musclé, il arborait souvent une expression ombrageuse qui ne donnait pas envie d'aller le voir et elle évitait même de croiser son regard. Elle avait aussi entendu qu'il prenait des cours de boxe. Inspirée par les petits mots que s'échangeaient les élèves en catimini, elle prit sa décision, pas la plus courageuse ni celle qu'elle aurait choisie auparavant, mais qu'elle espérait suffisante. Délaissant son ocarina sur le rebord de la fenêtre, elle revint s'attabler au bureau. Munie d'une page vierge et de sa plume, elle hésita un instant avant de griffonner quelques mots, la lèvre prise entre ses dents.

Johannês,

Nous avons nos différends mais je pense qu'il est temps pour nous de mûrir et de dépasser ce stade. J'aimerais que nous fassions la paix, si tu le veux aussi. Ce serait dommage de passer autant d'années ici en continuant à se détester. Je ne sais même pas pour quelles raisons tout cela a commencé mais je ne souhaite pas m'y attarder ; nous avons tous les deux eu tort. Je le regrette aujourd'hui. Est-ce que tu accepterais qu'on en parle, pendant l'un de nos moments libres à Seaghdha ?

Susannah
PS : Prends bien soin de Méduz, elle me manque.


Message V | 1206 mots


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Seiji Nao
Lun 22 Mai 2023, 11:56


Crédit : Sam Gao



Les doigts refermés autour de la sphère comme les serres d’un aigle sur son repas, le violet fronce les sourcils, signe indubitable d’une réflexion intense. Désormais familier, le tourbillon de couleurs lui dévoile une silhouette qu’il commence à connaître dans les moindres détails. Loin de la gaieté des derniers temps, la malheureuse, plongée dans ses pensées. Songe-t-elle au conte de fées qui l’attend, et du chevalier, qui, d’un instant à l’autre, ne manquera pas de l’arracher à son triste sort ? Chagriné par la peine qu’il lit sur ses traits, l’Hanatsu approche sa bouche de la surface pour lui murmurer quelques mots réconfortants. Avec suffisamment de volonté, nul doute que ses paroles traverseront le temps et l’espace pour ranimer la flamme dans sa poitrine.

Alors que ses lèvres effleurent le verre, une mélodie retient sa voix. La belle, pour chasser sa tristesse, recourt au plus merveilleux remède du monde. Enchanté, il repose l’artefact sur la table de chevet, et se laisse tomber sur son lit, les bras écartés. Les yeux mi-clos, des rêveries s’emparent de son esprit. La belle y prend toute la place. Ici, elle s’enroule dans ses draps, le coeur serré, là, elle contemple les étoiles un soir d’été ; là encore, elle danse sur la plage avec mélancolie. Joueur, l’océan lui chatouille les orteils comme à une vieille amie.

Au grand regret de l’adolescent, la douceur de l’ocarina cesse de lui parvenir. Se passant une main sur le visage pour échapper à ces fantasmagories, il se redresse à la hâte. Un peu trop vite, hélas, pour son système sanguin. Le monde tourne autour de lui, et, dans un réflexe qui le surprend, il s’accroche à la boule pour garder l’équilibre. À l’intérieur, la princesse rédige une lettre dont il ne discerne pas tout à fait les caractères ; peut-être essaie-t-elle de lui faire passer un message ? Le rouge aux joues, il colle sa rétine contre son point d’observation. Sent-elle sa présence, lui qui n’a pas le droit de la contempler ? L’enthousiasme fait rugir ses tempes. Les arabesques décryptées, ses espoirs s’éteignent. Boudeur, il enveloppe l’objet dans un mouchoir de soie et l’enfonce dans les profondeurs de son sac, espérant en oublier ainsi l’existence.

~ . ~

« Alors, c’est ici. »

Née de l’authentique exploit qu’il vient d’accomplir _ une marche d’une demie-heure sous le doux soleil d’Iyora _, une veine pulse sur le front de l’Orine. Devant lui s’étale une bicoque aux planches grises, délavées par les mêmes rayons l’ayant harcelé plus tôt. Une porte brinquebalante s’ouvre sur un rectangle d’obscurité, d’où surgit un charmant parfum de moisissure. En résumé, une ruine.

« Je ne vois vraiment pas ce que tu lui trouves. »

Le nez plissé, tant pour signifier sa déception que pour protéger ses narines, il fait un pas en arrière. Pourquoi diable Asriel l’a-t-il amené ici ? Tout sourire, ce dernier pénètre dans ce qui ressemble à s’y méprendre à l’antre d’un Démon. Le coeur de Seiji s’accélère. Complote-t-il avec l’ennemi? Lui faudra-t-il dénoncer ses manigances ?

Fort heureusement, les lieux sont déserts. Le plancher craque sous leurs pas. Prenant garde à éviter quelques morceaux de verre brisé, ils avancent dans la pièce principale, où toiles d’araignée et insectes livrent bataille sous une paresseuse couche de poussière. Saisi par un frisson et par un instinct qui lui gèle les entrailles, le violet s’arrête. Ses prunelles s’écarquillent, frappées par l’horreur de la vérité.

« Dis. Tu ne vas pas m’assassiner, quand même ? »

Sa cervelle remplie de vide n’envisage pas d’autre possibilité. Consterné, l’étudiant se retourne, daignant enfin lui donner une réponse.

« Par l’Enfer, non ! »

Sans rien ajouter, il sort de sa besace un appareil étrange, tout en mécanismes et en tuyaux, pouvant aisément candidater à l’éminente association des engins de torture. Nerveux, le violet s’apprête à lui demander de rentrer, lorsqu’une image frappe sa rétine.

Devant ses yeux ébahis, des particules de lumière flottent dans les airs, confectionnant une vision. La bâtisse, rayonne, luisante comme une pièce de monnaie. Dans le fond, des étagères accueillent quantité de fruits et légumes, tandis qu’à l’avant, une marchande au faciès lumineux s’agite derrière des étals débordants de couleurs. À l’étage, des clients prennent le thé sur une mezzannine ouverte sur la rue. Accrochés à la balustrade, des pots de fleurs se balancent au vent. Une agitation formidable anime le bâtiment, fruit d’un dur labeur. La projection respire la vie et la bonne humeur. Il lui semble même percevoir les effluves sucrées des framboises.

« Qu’est-ce que c’est ? »

Visiblement satisfait de son effet, Asriel s’approche de l’Hanatsu. À la manière d’un illuminé ayant perçu pour la première la voix divine parmi les murmures du monde, il lui prend les mains, la gorge nouée.

« Une dame m’a engagé pour rénover cet endroit. Elle n’a pas beaucoup d’argent, mais elle me fait confiance. Ce sera mon premier vrai travail. Et je voudrais qu’on le fasse ensemble. »

Bouche bée, le violet se demande si l’Ange n’a tout simplement pas perdu la tête : il n’a pas exactement la carrure et les compétences d’un ouvrier de chantier. Sans parler de sa légendaire maladresse. Toutefois, devant le regard vibrant de joie de l’étudiant, sa raison rend les armes. Se grattant la tête, il arbore un air pensif.

« Eh bien… Nous avons du pain sur la planche. »

Démontrant sa bonne volonté malgré les pronostics, il se penche pour s’emparer d’une brique en morceaux. Hélas, il dérange une créature pleine de pattes, paisiblement endormie sous la surface argileuse. Vengeresse, elle remonte la pente et, avant même qu’il ne l’ait aperçue, lui mord l’index de toutes ses forces. De surprise, il pousse un cri suraigu et lâche le parpaing, qui, soumis aux sournoises lois de la gravité, lui écrase le pied. Craignant une nouvelle attaque, l’adolescent recule ; ses jambes s’emmêlent malgré lui, et il manque de s’étaler de tout son long dans la poussière. Teinté de tendresse, le rire de l’Ange résonne derrière lui. Replaçant une mèche rebelle qui lui chatouille le front, Seiji tâche de reprendre son souffle. De toute évidence, l’affaire commence bien.

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Susannah
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Susannah
Jeu 20 Juil 2023, 15:42

La belle dans le cristal | Susannah Nwos
Ma jolie queue T_T



Chronologie : Avant Le bal de Seaghdha

Les épaules gainées vers l'arrière, Susannah emplit ses poumons d'air et exhala d'un seul coup tout l'air accumulé. Le sifflement aigu jaillit aussi brusquement que la foudre, troublant la tranquillité d'oiseaux au repos dans les conifères quelques mètres plus loin. Susannah elle-même en sursauta et murmura des excuses aux regards étonnés qu'on lui renvoya. « Pardon... Je voulais juste essayer pour voir ce que ça faisait... » Piteuse, elle relâcha le sifflet qui se balança au bout du cordon autour de son cou avant de se loger au creux de sa poitrine.

Les tympans encore sensibles, la bleue marcha le long du bassin rectangulaire, ses pieds nus éprouvant la pierre râpeuse du rebord. La piscine avait été découverte dès que le temps avait été suffisamment clément, et comme chaque fois, l'affluence d'élèves s'y rendant pour mêler fraîcheur et exercices physiques augmentait en même temps que les températures. Pour cette raison, les professeurs recrutaient des élèves pour la surveillance et Susannah s'était portée volontaire. Son travail à la bibliothèque l'ennuyait d'autant plus avec les beaux jours et elle trouvait plus pertinent de se rendre utile là où ses compétences naturelles s'accordaient avec la mission donnée. Susannah prenait cette dernière très à coeur et c'est avec un air très sérieux qu'elle scrutait les barbotteurs, à l'affût du premier signe de crampe. Avant d'entrer en poste, elle avait suivi une formation afin de donner les premiers secours dans le cas où elle devrait faire face à une noyade.

Son regard s'arrêta sur la brasse hésitante d'une fille. À la fin de sa longueur, Susannah ne put se retenir d'aller la voir alors qu'elle reprenait son souffle. Elle s'accroupit, provoquant un mouvement de recul instinctif de la nageuse. « Salut ! » Lui fit-elle aimablement. « Je te regardais, et je pense que tu ne vas pas suffisamment au bout de ton mouvement. Tu vois, c'est comme dessiner un cercle avec tes bras, et ça te ferait aller plus vite. Je vais te montrer, ce sera plus simple que d'user de mots. » D'un geste, elle enleva son haut pour se trouver en maillot de bain rouge. « Bon, bien sûr, je ne pourrais te donner de conseils uniquement pour les bras puisque je n'ai pas de jambes dans l'eau. » Sur ces mots, elle plongea dans le couloir adjacent. Il ne lui fallut qu'une demi-seconde pour comprendre que quelque chose clochait. Sous l'eau, elle baissa les yeux et découvrit, horrifiée, ses deux jambes s'agiter comme des pattes de grenouilles. Elle hurla et se débattit pour revenir à la surface dans un torrent de bulles. Complètement affolée, elle se jeta sur l'une des boules flottantes séparant les couloirs. Plus elle sentait ses jambes gigoter, plus sa panique s'intensifiait pour prendre les contours d'une véritable crise de nerfs. L'intrusion de l'eau entre ses cuisses lui donnait envie de mourir, elle s'infiltrait entre ses orteils, caressait son épiderme là où il aurait dû y avoir des écailles. « Je ne comprends pas, qu'est-ce qui ne va pas ! » Geignit-elle, au bord des larmes. La fille semblait avoir avalé sa longue et la contemplait, les yeux exorbités, apparemment aussi perplexe et tétanisée par la situation que Susannah.

Refusant de sentir plus longtemps ses jambes remuer de façon asynchronique et complètement hérétique, elle se traîna maladroitement dans l'eau, peu habituée à user de ses jambes dans l'eau et se hissa au dehors grâce à l'échelle. Rapidement, elle ramena ses pieds au sec et les fixa, horrifiée. De grosses larmes roulaient sur ses joues sous l'oeil médusé de la fille qui n'avait rien demandé et se trouvait prise malgré elle dans la tragédie de la Sirène cassée. « Ma queue, ma queue, ma jolie queue. » Pleurait Susannah, inconsolable, en s'essuyant le visage avec son haut abandonné plus tôt.




À peu près remise de ses émotions après une douche brûlante où ses larmes avaient fini par se tarir, Susannah revint à son dortoir, les yeux rouges et irrités, la peau couverte d'immenses plaques écarlate. Elle débarrassa la serviette de sa tête et ses cheveux humides retombèrent de chaque côté de son visage. Assise sur son lit, elle étendit ses jambes face à elle avec une expression endeuillée. De façon générale, la Sirène avait toujours exécré ses jambes, les trouvant disgracieuses et fragiles. À la liste des défauts, elle y ajoutait désormais la cellulite qui constellait le derrière de ses cuisses. Quand elle se baignait, l'eau la libérait de ces affreux membres et sa queue fendait habilement les flots, lui accordant une vitesse qu'aucun Gælyan ne pouvait atteindre et une silhouette à se damner. « Je vous déteste. Vous êtes hideuses. » Marmotta-t-elle, avant de jeter sa couverture sur les coupables pour ne plus les voir. Elle se laissa tomber en arrière et manqua se briser le crâne. Des étoiles éclatèrent sur sa vision devenue noire, elle gémit de douleur et tâtonna à l'aveugle jusqu'à attraper la boule de cristal abandonnée entre les draps le matin-même et qui venait d'atteindre à sa vie. Sa tête pulsait de souffrance et elle se cala un coussin dessous pour mieux s'installer.

Ses intrusions invisibles dans le quotidien du mystérieux jeune homme étaient devenues un rituel. Au moins une fois par semaine, parfois plus, elle s'y abîmait pour découvrir chaque fois une nouvelle facette de l'inconnu. Quand elle y songeait, elle était parfois mal à l'aise de scruter aussi impudemment la vie de cet homme - et encore plus lorsqu'elle l'avait surpris à se donner du plaisir en solitaire - puis elle oubliait, absorbée par les nouvelles péripéties nichées dans le brouillard de l'artefact.

Cette fois-ci, le violet n'était pas nu dans son bain et, ne sachant pas décrypter si elle en était déçue ou soulagée, Susannah rapprocha la boule de son nez pour mieux discerner les détails de la scène. Cette fois-ci, il était en extérieur et accompagné d'un autre homme, à peine plus âgé, d'une beauté patricienne, là où celle de l'Orine était aussi délicate, ses traits comme dessinés avec l'embout affiné à l'extrême d'une plume par un artiste soucieux de donner vie à la perfection nichée dans le marbre. L'inquiétude trouble son teint alors qu'il découvrait l'intérieur d'une masure abandonnée. Sans savoir que ses pensées rejoignaient les siennes, Susannah agrippa plus fortement la sphère et surveilla intensément l'autre homme, prête à crier s'il sautait subitement sur son compagnon pour l'agresser, pour le prévenir et peut-être le sauver. À l'idée qu'elle pourrait être la témoin inutile d'un meurtre, son coeur battit plus vite et elle sonda la sphère à la recherche de n'importe quel indice sur leur position. Elle ne reconnaissait rien de ce continent et elle se mordit l'intérieur de la joue de frustration. Comment le sauver s'il ne pouvait ni l'entendre, ni lui révéler où il se trouvait ? Alors même que son imagination la projetait bien plus loin que la réalité, le prétendu assassin rassura le violet et, quelques minutes après, elle le vit se pencher pour prendre un débris au hasard. Presque aussitôt, elle sursauta en voyant le jeune homme rejeter la brique tout en trébuchant en arrière comme si le débris avait pris feu. Agacée de ne pas voir l'origine de sa terreur, Susannah souffla et libéra la boule de cristal de sa surveillance et la laissa rouler sur son matelas. Les yeux perdus au plafond, la bleue se perdit de nouveau en conjectures. Qui était-il ? Les lieux où il se trouvait changeaient souvent, tout comme son entourage. Auparavant, il y avait cette odieuse fillette au visage angélique et cette femme qui avait convaincu la vieillesse de ne pas entacher sa beauté. Maintenant ce jeune homme qui l'entraînait dans de suspicieux endroits. Si elle avait été bonne en dessin, la Sirène l'aurait redessiné pour demander autour d'elle s'ils le connaissaient. Montrer la boule de cristal était hors de question. Pour une raison ou pour une autre, elle souhaitait conserver ce secret pour elle seule. Il lui appartenait, comme cette fois où il lui était apparu en rêve, sous les traits d'une marionnette dont elle était la propriétaire. Ses traits déjà fins avaient alors pris un aspect définitivement féminin et le désir éprouvé pour elle l'avait tant surprise que pendant plusieurs jours ensuite, elle s'était demandée si elle ne s'était pas fourvoyée tout ce temps en croyant aimer les garçons. À leur insu, elle avait alors étudié ses colocataires, notamment lorsqu'elles se changeaient, et ses réactions. Kiara comme Gyzyl ne lui avaient fait aucun effet, mais Lana... Elle se secoua, préférant ne pas s'attarder sur l'étincelle qui avait germé dans son ventre en voyant sa peau crémeuse sans l'uniforme pour la couvrir. Pour autant, ses sens s'éveillaient toujours aussi vivement auprès du sexe opposé. Confuse, elle se passa un bras sur ses yeux et, dans cette obscurité fabriquée, plongea dans un endormissement partiel.

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La belle dans le cristal | Susannah 7qoc
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Seiji Nao
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Seiji Nao
Mar 08 Aoû 2023, 19:52


Crédit : Sam Gao





Les cuisses croisées autour du cristal, l’adolescent jette des regards furtifs autour de lui. En dehors des écureuils et des insectes, pas âme qui vive à l’horizon. Satisfait, il se penche sur la boule. L’impatience lui tord l’estomac ; il lui devient difficile de se concentrer s’il n’observe pas un peu la vie de son occupante. Réjoui comme un enfant à l’aube d’Essë’Aellun, il observe une scène prendre forme.

La princesse se promène au bord d’un bassin étonnamment rectiligne. Une eau d’une transparence impeccable y repose, troublée par les mouvements de gens de son âge. Se mordant la lèvre inférieure, il détaille la foule, soulagé de ne pas y trouver le Sorcier aux cheveux de feu. Peut-être a-t-elle été secourue ; son visage ne reflète qu’un vague ennui, avant que la gentillesse ne vienne le gommer. Penchée tout près d’une jeune fille, elle lui donne quelques conseils. Sans y penser, Seiji lève les bras, esquissant un cercle dans les airs d’une manière si incongrue qu’il semble inventer un code secret. La bleue proposant une démonstration, il colle la tête contre la sphère, louchant sur l’intérieur.

Hélas, rien ne se déroule comme prévu. Toujours à l’affût, le chaos rôde sous la surface, faisant perdre sa superbe à la belle. Ses jambes s’agitent avec frénésie, comme si le contact de l’eau lui cuisait la peau. Affolé, le violet se redresse brusquement, la boule dans les mains.

« Ne t’en fais pas, ça va aller, tu sais ! N’aie pas peur ! »

La panique de la jeune femme le contamine à toute vitesse. Incapable d’identifier la source de son angoisse, il garde les yeux rivés sur elle, criant vainement dans la clairière pour que quelqu’un vienne lui porter secours. Bouleversé devant sa détresse, il en oublie de respirer. Sa gorge le brûle comme s’il venait d’avaler du sel, tandis qu’elle revient vers le bord. Ses poumons se rappellent à lui au moment où elle grimpe sur la terre ferme, les larmes aux yeux. Une vive colère dans les entrailles, il sanglote avec elle, ne sachant quoi faire d’autre.

« Ne pleure pas, tout va bien. Je te rendrais tout ce qu’ils t’ont pris, tu peux me croire… Je ne laisserais personne te faire de mal, tu ne crains rien. Je suis là, tu sais. »

Malheureusement, ses mots se perdent dans le vide. S’il ne comprend pas quel méchant tour on a joué à sa princesse, une émotion violente monte en lui, ravageant raison et volonté. Poussant un soupir, Seiji ferme les yeux un instant, le front contre le cristal.

« Je serais toujours là. »

Lorsqu’il regarde à nouveau, elle semble hors de danger. Le corps en ébullition, il enveloppe l’artefact dans son carré de soie, et se précipite vers la maison. Au terme d’une course effrénée mettant son cœur à rude épreuve, il pousse la porte, poussant un cri de toutes ses forces.

« NANAMIIIIIIIIIIIIIIIII ! »

Inquiète du hurlement qui lui parvient, la vieillarde descend les escaliers à la hâte, ignorant le grincement douloureux de ses hanches. Arrivée en bas, elle écarquille les yeux. À bout de souffle, l’Hanatsu gît sur le sol du couloir, les cheveux ébouriffés et l’air plus déterminé que jamais.

« Je veux apprendre à nager. »

~ . ~

Les yeux à demi clos, l’Hanatsu s’éponge le front avec maladresse. Soulever sa main pour chasser les gouttes que la fièvre y dépose lui demande une énergie qu’il rassemble à grand-peine. Les doigts tremblants, il laisse reposer un moment le tissu contre sa peau. L’humidité le délivre de ses délires, le rappelant au monde pour une poignée de minutes. Des visions confuses s’imposent à son esprit : l’océan, les lettres, le fracas des tambours. Incapable de leur résister, il se laisse emporter par ces messages venus d’En Haut. Si leur sens lui échappe, au moins leur compagnie éloigne-t-elle la douleur qui lui ronge le ventre. Se tournant encore et encore entre des draps humides de sueur et de larmes, il geint comme un oisillon blessé. L’affliction qui le tourmente fait défiler le temps à une allure qu’il ne peut saisir. Vaguement, il se remémore la visite d’une guérisseuse, une éternité plus tôt _ ou peut-être quelques jours. Son parfum de sauge lui flotte toujours dans les narines. Sa figure rose, aux joues rebondies de poupée, n’exhalait que bienveillance. Une douceur éteinte par l’impuissance de sa magie face au mal qui dévore le violet, remplacée par une mine soucieuse et une foule de bons conseils. Dans sa générosité, elle a laissé pour lui une bourse d’herbes médicinales. Hélas, le repos et le breuvage ne constituent qu’un maigre secours.

Alors, il prie. La raison à la dérive, le corps en morceaux, Seiji s’en remet aux Très Grands. Sur ses lèvres gercées de murmures s’enchaînent prières et confessions. Entre deux sanglots, il implore le pardon des dieux et s’encombre de promesses inutiles. De toute évidence, personne ne l’écoute, en dehors de Nanami qui reste quelquefois travailler l’argile dans sa chambre, et dont le front se creuse d’inquiétude à chaque coucher de soleil. Par chance, l’un comme l’autre peuvent compter sur Kogami, qui, loin de sa méchanceté habituelle, prépare sans broncher ses repas, et démontre une telle bonne volonté qu’elle vient parfois même lui tenir la main.

Voilà d’ailleurs le carillon qui résonne, annonçant une présence. L’odeur âcre du remède agresse le nez de l’adolescent. Dans l’embrasure de la porte, la fillette adopte un air sévère.

« On dirait que ça ne va toujours pas mieux. »

Débarrassée de ses chaussons de soie, la petite enjambe le désordre de la chambre ; à ses rares heures de tranquillité, son frère se jette à corps perdu dans ses devoirs ou la confection de ses figurines. Manquant de marcher sur un pot d’encre renversé, elle esquisse une moue désapprobatrice. Convaincue de sa faiblesse, elle ne peut s’empêcher de penser qu’il souffre autant parce qu’il se laisse aller. Déposant le bol sur sa table de chevet, elle ne le quitte pas des yeux. D’une main experte, elle ajoute au remède une fiole d’un liquide saumâtre, de sa confection. Sa professeure ayant remis l’étude des poisons à plus tard, et répugnant à s’en prendre aux animaux, l’Orine prend un malin plaisir à poursuivre son apprentissage, quitte à retarder la guérison de son aîné. Bien sûr, elle n’utilise que des doses infimes, et s’oblige à respecter un délai convenable entre deux administrations ; mieux vaut ne pas maltraiter sa seule source de connaissance.

Les membres en coton, le malade finit par se retourner, tentant vainement de se relever. Exaspérée par sa pitoyable tentative, elle le redresse et porte la coupe à sa bouche. Si elle ignore l’origine de ses grimaces _ dégoût ou douleur ? _, elle éclate de rire devant son visage contorsionné. Soudainement de bonne humeur, elle lui raconte ses aventures du jour, exagérant le moindre succès pour le narguer. La céramique vidée, elle relâche son étreinte, et il s’affaisse, à bout de forces. Fronçant les sourcils, elle remonte les draps jusqu’à son cou, offusquée d’apercevoir la peau de son torse. Quelle indécence de dormir nu dans son propre lit !

« Dépêche-toi de guérir, je ne peux pas passer mes journées à prendre soin de toi. J’ai du travail. »

Bougonne, elle reprend le bol, et s’éloigne d’un pas vif, impatiente de noter ses observations.

« Kogami ? »

Contrariée d’entendre la voix de son cobaye, elle s’arrête et lui décoche un regard noir. Comment ose-t-il prendre davantage de son temps, lui qui n’arrive même pas à se nourrir seul ?

« Quoi ? »

S’efforçant de ne pas lui jeter le bol au visage, elle bouillonne d'agressivité contenue.

« Merci. »

Surprise, la fillette demeure un instant immobile, bouche bée. Lorsqu’elle trouve enfin une réponse cinglante à lui servir, un ronflement lui parvient. Les traits peints de malice, elle s’approche de lui, profitant de son inconscience pour procéder à un examen complet. Après tout, une scientifique de sa trempe ne peut se permettre de négliger des informations.

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