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 [Event Yicaly] - Je suis la bergère de la colline ♪

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Sam 01 Mai 2021, 12:30


Image par Mitsu Art

Je suis la bergère de la colline ♪

Les fesses de Ren basculèrent, entraînant avec elles ses cuisses, ses mollets rondouillards et ses tous petits pieds. Le buste de l’enfant à la chevelure rousse se redressa tout naturellement. Elle resta, un instant, abasourdie avant de se mettre à rire. « Regarde Kaka ! J’ai réussi ! » « Tu vois bien ! » répondit la brunette, avec un ton qui montrait une certaine exaspération. Il fallait comprendre : depuis longtemps, elle expliquait à Ren que faire une galipette n’était pas très compliqué. Elle lui avait montré plus d’une fois déjà. Pourtant, à chaque fois, l’autre s’arrêtait à la phase où elle avait la tête entre ses mains. Kagamiko désespérait que son amie y arrivât un jour. « Oui bon ça va ! » se défendit la concernée, en plantant ses yeux verts dans ceux noisette de l’Orine. Cette dernière croisa les bras et prit le ton de la voix d’une grande personne. « Franchement, tu as de la chance de m’avoir en professeure ! Si ça avait été quelqu’un d’autre, il t’aurait déjà reniée ! » « Même pas vrai ! Puis, moi, je sais beaucoup mieux repérer les lucioles que toi ! » Elles se mirent à rire. « Qu’est-ce que vous faites ? » Junichi venait d’apparaître dans le champ de vision des deux fillettes. Celles-ci le regardèrent et se mirent à rougir comme des coquelicots. Le garçon était un peu plus âgé qu’elle mais il se comportait avec une étrange maturité. « Rien. » « J’ai appris à faire une galipette. » « Tu as ENFIN appris à faire une galipette. » rectifia Kagamiko. Ça ne sembla pas intéresser Junichi. Au lieu de quoi, il fit glisser son regard vers le paysage qui les entourait.

« Fleurs de cerisier,
Tourbillon dans le vent ~
L’art est éternel. »

Les deux filles se regardèrent, lorsque le garçon fut parti. La poésie ne correspondait pas aux règles de l’art mais elles aimaient tellement Junichi qu’elles ne trouvèrent rien à y redire. Surtout, elles ne s’en rendirent pas compte. « Tu crois qu’il a voulu dire quoi ? » « … Que l’art est éternel ! Suis un peu ! » Malgré ses paroles, Ren n’avait pas compris plus que Kagamiko. « Tourbillon dans le vent… » répéta la brunette. « Fleurs de cerisier… » « L’art est éternel. » « Comme les galipettes ! » En un sens, oui.

Les deux mini Orines se remirent à gambader parmi les préparatifs. Le village d’Aïkisu accueillait le festival. Il faisait beau et les cerisiers et pêchers - très nombreux dans la région - étaient en fleurs, ce qui faisait du paysage un dégradé de vert, de rose, d’orange et de bleu. Bien sûr, les vêtements des habitants de la région, contribuaient à rendre les environs encore plus beaux. De nombreux artisans, commerçants et artistes s’étaient rejoints et, au milieu des stands, une scène en plein air était en train de se monter, afin d’accueillir les chanteurs et ceux qui voudraient s’essayer au chant. La nuit, des lanternes seraient allumées et le spectacle pourrait continuer. Il était aussi possible pour les visiteurs de se rendre dans un petit temple, non loin d’Aïkisu, afin de déposer leurs vœux.

Arrivée près d'un stand de fruits, Kagamiko se mit à chanter : « Momo nashi ringo reeeemoooonnnn. ». Et Ren prit la suite.



Texte par Latone

La Marche fit escale en ce bourg des Terres d'Émeraude, dont le nom aux sonorités particulières échappa à Latone. L'escorte se constitua de plusieurs caravanes remplis de matériel. La principale concernée par cette entourloupe retint son exaspération, tandis que les volontaires s'affairaient déjà à sortir le matos et à poursuivre les travaux entamés par les Orines. La Bleue ne lésina point pour autant, accablée par le regard inquisiteur de Koe Zìyóu. Ce fut son idée à elle d'embarquer la Kirzor dans l'aventure.

" Vous ronchonnez, Hurabis Latone ? " Ironisa sur un ton pourtant sérieux l'Orine aux cheveux rosâtres.

" Noooon… " Malgré le fait qu'elle rongeait son frein, elle mit à contribution ses muscles pour les locaux.

Ce n'était pas cet exercice qui la tourmentait, mais plutôt ce qui allait suivre ensuite.

La Marche Terne s'était présentée la veille du festival. Les Orines souhaitaient organiser un tel événement à ciel ouvert, dans le but de rendre grâce à l'Art antique de la Musique. Par ses origines, Koe avait fini par en entendre parler et à confier cette information au cercle des Hurabis. Son idée charma aussitôt les Guides qui y virent une occasion de populariser d'autant plus leur groupuscule, ainsi que l'une de leur plus fervente porte-étendard. À ce constat, Latone se revit à travers les yeux de Lolaha, la cantatrice face au public attentif de l'Opéra Mehlio. Et si c'était sa chance ? Et si l'heure était venue de réellement revenir sur le devant de la scène ? Si elle réussissait, ce serait la preuve que le vœu de la Kirzor était à portée de main. Si elle échouait, cela signifierait simplement que son retour représentait quelque chose de plus profond. Dans tous les cas, l'appel de la Voix se fit ressentir.

Les activités de l'événement pullulèrent et attirèrent monts touristes, des voyageurs de passage et surtout des artistes en quête de gloire. Conviés par le peuple de l'Inspiration, les Marcheurs s'occupaient d'une partie toute particulière du festival : à savoir, le concert qui se déroulera tout le long. Étant donné le cadre à la fois bucolique et idyllique, les Faes se joignirent à la partie, tantôt invisibles, tantôt extravagantes. Avec leurs talents respectifs, le fameux concert se montrera grandiose. Pour ouvrir le bal, Koe avait joué de son influence auprès de ses camarades pour désigner Latone.

La tête à moitié penchée derrière le rideau, ses iris bleutées dardèrent le rassemblement qui prenait place. La foule n'attendit que le début pour faire exploser leur euphorie. Le zénith venait tout juste de partir. Je ne peux pas. Se disait-elle. Elle le répétait tout autant à l'Orine qui l'enjoignit à se lancer à l'eau ; dès que cette vilaine anxiété pré-événementiel sera passée, tout ira bien. Latone inspira, expira. Son souffle était prêt mais sa volonté vacillante. C'était un état étrange, bien plus dérangeant que lors des préparatifs d'un raid. Pour la première fois depuis sa naissance, les regards se tourneront vers elle. Nous l'écouterons.

Le bois de la scène craqua. Dans un silence religieux, on accueillit la première artiste de la cérémonie. Latone revêtait les apparats d'une villageoise, on ne peut plus banal à vue d'œil. En revanche, sa chevelure fut plus travaillée, les mèches longues et lisses rassemblées en une unique natte parsemée de fleurs de toutes les couleurs. La cantatrice se montrait aussi maquillée selon le savoir-faire des Orines, sans trop de fioriture : les lèvres écarlates et le contour des yeux renforcé par la noirceur. La Marcheuse se planta au centre de la scène, droite comme un piquet. Elle se racla la gorge tout bas et invoqua sa magie. Une douce musique se manifesta autour d'elle, sans le biais d'instruments. Sa Voix résonna.


Il y a un dragon en moi, ses échos provoquent l'émoi.
Viendra ma bacchanale, cette voie qui me rend malade.
Deviens mon petit ami, que mon cœur se rallie.
Alchimie phénoménale, sous notre aurore boréale.
Joins-toi à ma vie, la poésie des Ætheri.

Son regard s'abaissa sur le public et son Khitarr apparut : comme si elle se trouvait au sommet d'une colline, la chanteuse pivota sur place.

Je suis la bergère de la colline !
Je rêve de sortir ma crinoline !

OooOoooOoooooOooOoooOoooooh…

Son corps s'immobilisa et elle reprit le Chant sur un rythme plus effréné.

Brise dans mes cheveux ;
Une ode pour le souffreteux,
Mon chant chaleureux !

Des Faes s'échappèrent de ses fleurs et le décor s'illumina de lueurs chatoyantes. Elle sourit d'autant plus, élancée par la joie de cette chanson.

Un paradis pour notre idylle, ça n'en sera que plus facile !
Démêlons nos tourments, chantons à tous les vents !
Jamais notre confiance vacille, nous œuvrons en famille !
Nous voyons rouge, passion, le parasite, de notre union !
Joins-toi à la balancelle, tu resteras sous mon ombrelle !

Je suis la bergère de la colline !
Je compte sortir ma crinoline !

OooOoooOoooooOooOoooOoooooh…

Latone se balança sur place, les yeux fermés, alors que les Faes virevoltèrent tout autour, des paillettes laissées sur leur trajectoire endiablée. Un instant musical prolongea ce bref entracte, avant qu'elle ne reportât son attention sur les spectateurs.

Senteur du printemps ;
Le soleil étincelant,
L'amour éreintant !

Les bras levés, des milliers de pétales toupillèrent alors que sa Voix se fit encore plus puissante.

Maintenant je lève l'ancre, tout en cueillant l'oléandre !
Le monde répondra à notre pitié, cette fièvre inexpiée !
À grand galop la félicité, c'est notre responsabilité !
Vingt sérénades de vive voix, nous serons des rois !
Joins-toi aux flammes et aux chocs, nous serons des rocs !

Je suis la bergère de la colline !
Je vais sortir ma crinoline !

D'un tour sur elle-même, la magie fit troquer sa tenue de bergère pour une longue robe aussi scintillante que le Khitarr en place.

OooOoooOoooooOooOoooOoooooh…

Enhardie par le Chant, Latone ferma les yeux et se concentra sur sa Voix pour la faire exploser en un bouquet final.

OooooOoooOOOOOOOOOOOH !

Silence brusque écourté par les applaudissements. Le voilà tant attendu, le départ pour une succession de chants inspirants et mélodieux. Confirmés et volontaires pourront se joindre main dans la main afin de rendre grâce à l'Art musical.

" Merci tout le monde ! " Une révérence théâtrale et elle s'éclipsa aussitôt derrière la scène, le palpitant incontrôlable. C'était comme si Lolaha Kirzor venait de renaître.

Explications


Hello !  nastae

Cet Event est ouvert aux personnages de : Léandra, Astriid, Priam, Latone, Daé, Isiode, Maximilien, Kaahl, Ezechyel, Nostradamus, Isahya, Mancinia, Adam et moi, pour la participation au YICALY 2020

C'est un festival qui a lieu dans le village d'Aïkisu et aux alentours de ce dernier. Une grande scène à ciel ouvert a été dressée. C'est une saison de renouveau. Les pêchers et les cerisiers sont en fleurs. Des stands ont été ouverts ici et là. Il y a beaucoup d'Orines. Des artistes du monde entier ont été invités afin de se produire. Le chant et la musique sont à l'honneur.

Le but serait que vous composiez de nouvelles chansons pour Ciel-Ouvert et la Marche Terne. Pour rappel, vous avez une liste de chansons déjà créées par des joueurs ICI. Ce serait génial qu'on arrive à avoir un énoooorme répertoire nastae N'hésitez pas à faire des chansons sur des événements qui se sont produits inrp ou sur des personnages connus. Si vous ne savez pas trop, une chanson sur n'importe quoi ce sera trop bien aussi ^^ Bien sûr, votre personnage n'est pas obligé de monter sur la scène, il peut être simplement spectateur, profiter du paysage, aller dans le temple déposer ses vœux (c'est un petit temple comme au Japon), faire la fête, faire le tour des stands etc.

Participations au Yicaly & Nombre de mots


Le nombre de mots standard est de 1500 mots. Vous avez néanmoins des réductions en fonction du nombre de chansons que vous avez réalisé =)

Voici le classement des participants au Yicaly :

Trois participations à 900 mots
Le grand gagnant : LEANDRA ! YEAH !
33. Astriid et Aliénor
30. Priam

Deux participations à 900 mots :
28. Latone
27. Daé
21. Isiode
20. Maximilien et Kaahl

Une participation à 900 mots :
6. Ezechyel et Nostradamus
5. Isahya
4. Mancinia
2. Adam

Gains


Tous les participants au Yicaly gagnent un PNJ barde qui a 30 de charisme. Il chantera ses exploits dans les tavernes et les places publiques. [Vous le prenez pour le personnage de votre choix ; l'objectif caché c'est que vous fournissiez à la Marche Terne toujours plus de chansons 8D Et, bien sûr, ce seront des chansons qui parleront de votre personnage huhu]. Quant au pourquoi il s'intéresse à votre personnage, ça, c'est à vous de l'inventer ! ^o^

Pour 1500 mots (ou 900 mots en fonction) :
- 1 point de spécialité
- Une boîte à musique magique en bois qui joue la chanson de votre choix [vous précisez de quelle chanson il s'agit en déclarant] et qui, en plus, comporte un tiroir secret.
- J'entends ta musique : Il s'agit d'un phénomène étrange auquel votre personnage va être confronté. En effet, chaque personne aura, pour lui, une musique propre que lui seul pourra entendre. De ce fait, il deviendra capable de reconnaître les individus sans avoir à les voir. Certaines musiques sont particulièrement proches, sans que cela ne s'explique. *

Pour ceux qui chantent : le plaisir d'être écouté /sbaf. Si votre personnage a plus de 20 de charisme, il peut se choper un titre en rapport avec sa prestation. S'il a moins, il obtient une sorte de connaissance au cœur d'Aïkisu qui lui sera utile s'il revient. Dans tous les cas, il peut commencer à intéresser les Orines qui sont des êtres hautement inspirants. [Ce qui veut dire, en gros, que vous pouvez vous lancer dans une intrigue où une ou plusieurs Orines viendront vivre un moment avec votre personnage, pour potentiellement en faire son Aisuru et que la base de l'apparition du prénom de votre personnage sur la liste de l'Orine serait ce festival].

* Il se peut que je fasse une intrigue là-dessus à l'avenir, sur la musicalité des individus XD - Peut-être qu'on pourra en parler avec Léto parce que je sens qu'il y a un truc qui pourrait être intéressant !

Fin de l'Event


Le 30 juin, 23h59 ^^

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Dim 09 Mai 2021, 17:52


Image par Wlop

Je suis la bergère de la colline


« Laisser l’Impératrice courir à travers le monde n’est pas une tactique que je qualifierai de prolifique. » « Ram’Sha. » murmura la sœur du concernée. « Remettrais-tu en doute mes décisions ? » « Je vois, là où tu es aveugle. » « Cela se saurait si les Rehlas contrôlaient le monde. » murmura-t-elle. « Tu vois mais tu es impuissant. Le Destin est ton Maître et ce qui n’est pas coloré t’est interdit. » Il n’y avait pas que cela. Si le Destin était stable, la chose se saurait depuis bien longtemps. Les milliards de versions alternatives, à se battre parmi la Véritable Ligne du Temps pour remplacer cette dernière, le prouvaient aisément. Il suffisait qu’un Æther éternuât pour que l’ensemble changeât. Pourtant, Him’Lyana ne pouvait en vouloir aux Divins. Sans eux, les temps étaient affreusement fades. Elle l’avait vécu, ce monde où la part des Immortels avait été réduite drastiquement. La marque des Grands rendait leur vie plus mouvementée, comme un souffle irrégulier, le souffle de l’existence. « Quoi qu’il en soit, je la surveille, elle et la chatte. Le conseil des femmes se réunira bientôt afin de prendre une décision sur leur éducation. Nous devons encore la rencontrer. » Elle marqua une pause, consciente des paroles de son jumeau. Il voyait l’avenir mais il devait rester silencieux sur une grande partie de ce dernier. Partager les informations avec elle, sa moitié, qui n’était pas une Rehla, était chose impossible. Il ne faisait que la prévenir. Elle savait qu’il œuvrait pour la Famille, comme chaque Eorgor, bien avant d’œuvrer pour Oni, mais ses prédictions demeuraient secrètes et elle ne pouvait faire que ce qui lui semblait juste, avec sa vision de non-Rehla.

Après un instant de silence, elle reprit. « Je ne sais pas ce que tu vois mais nous sommes tous d’accord pour dire qu’elle est la plus vieille Âme encore vivante parmi les nôtres. Courir dans les Terres d’Émeraude ne peut lui être fatale. Ses protecteurs ne la laisseraient pas périr. Ezechyel veille. » « Peut-être mais elle n’a pas encore le Phoenix. » Il la fixa. « Ce que je dis ne fait pas partie de mes visions. Il s’agit de bon sens. Une fois que le Phoenix sera en elle, il n’y aura plus de danger. Il nous faudra simplement l’éduquer pour qu’elle soit capable de régner sur l’Empire Silencieux. En attendant, si elle vient à mourir, c’est toutes celles qui partagent son Âme qui périront. » Him’Lyana savait déjà tout ça. Il ne faisait qu’enfoncer des portes déjà ouvertes. Cependant, Anya apprendrait le Phoenix avec le temps. Elle ne pouvait pas l’enfermer en attendant ce jour-là. Comme la femme ne répondait pas, Ram’Sha continua. « Je vois des ténèbres autour d’elles. » « Les ténèbres ne sont pas toujours mauvaises. » « Certes. Si nous arrivons à les tourner en notre faveur. »




« Anya ! AVALE ! » cria Nina, devant les joues de la jeune fille, remplies de nourriture. Elle avait dû placer cinq ou six mochis dans sa bouche et, à présent, elle avait du mal à trouver le moyen de les mordre pour pouvoir les ingurgiter. « Allez ! » L’autre devenait progressivement rouge comme une écrevisse. Les neuf queues de la femme chat s’étaient hérissées devant l’urgence de la situation, ce qui gonflait drastiquement la silhouette de la blonde. Le bas de son corps était fait de pelage soyeux, en partie caché par le kimono qu’elle portait. Ses oreilles pointues semblaient dressées, prêtes à tout pour faire face à la détresse de son amie. « Recrache ! » dit-elle, en changeant soudainement de discours. C’était celui qu’elle avait tenu de base mais réussir à enlever la pâte de riz d’entre les dents d’une Gourmande relèverait du miracle. Dans les prunelles d’Anya, Nina pouvait constater qu’elle préférerait mourir étouffée plutôt qu’on lui prît sa pitance.

Après vingt minutes de lutte acharnée et la promesse mouillée qu’Anya ne recommencerait plus, les deux jeunes filles se remirent à marcher entre les stands. La Déchue avait mal à la mâchoire mais ses sens, en éveil, la poussaient à oublier cette considération pour mieux profiter de l’environnement dans lequel elles avançaient gaiement. Heureusement, la Gourmande n’avait que très peu d’argent sur elle, ce qui évitait de nombreux écueils. Si elle avait été riche, elle aurait acheté absolument tout ce qui lui serait tombé sous la main : livres de poèmes, kimonos, éventails, nourriture diverse et variée. Elle aurait sans doute même cherché à acheter quelques enfants amusants sans réfléchir. Et puis, il y avait les fruits, ces douceurs sucrés qui ravissaient son palais. « Allez, viens ! » Nina ne lui laissait aucun répit. La femme chat aimait que les choses allassent vite. Anya serait restée des heures au même endroit, afin de s’imprégner de chaque odeur, de chaque motif, de chaque son. L’Eversha, elle, était attirée par les objets qui voletaient, qui bougeaient. Elle avait besoin de se dépenser - bien qu’elle ne fût pas très endurante - avant de dormir pendant des heures. Dehors, elle essayait de vivre pleinement les festivités, heureuse de savoir que, lorsqu’elles rentreraient, un matelas chaud et douillet l’attendrait.

L’attention des deux jeunes filles se porta vers un homme qui chantait, une mandoline dans les bras. La chanson qu’il exprimait parla plus à Anya que ce qu’elle aurait voulu avouer. Il s’agissait d’amour lointain et déçu, d’un amour impossible tant les chemins des protagonistes avaient pris des directions différentes.

« Toi mon aimé, à travers le temps,
Toi mon aimé, à travers l’espace,
Je suis née pour régner et pourtant,
Pourtant j’aimerais être à ta place.

Entre les nuages tu voles,
Là où la terre est mon pilier.  
De là-haut ton auréole
Brille dans la nuit étoilée.

Toi mon aimé, à travers le temps,
Toi mon aimé, à travers l’espace,
Je suis née pour régner et pourtant,
Pourtant j’aimerais être à ta place.

Le sol me couvre de gloire,
Sous les ovations de mes gens,
Et pourtant je rêve de t’avoir,
Dans des songes indécents.

Toi mon aimé, à travers le temps,
Toi mon aimé, à travers l’espace,
Je suis née pour régner et pourtant,
Pourtant j’aimerais être à ta place.

L’éternité me porte au loin,
Loin de toi et de ton nom,
Nos corps jamais ne seront joints
Et mes devoirs m’enfermeront. »

« Tu viens ? » interrogea Nina. « Oui… » murmura Anya.

1070 mots

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Dim 09 Mai 2021, 20:32


Je suis la bergère de la colline



« Kagamiko ! Ren ! » Baba se tenait non loin des petites filles. Elle leur fit signe d’approcher et de s’asseoir à côté d’elle. Les fillettes arrivèrent en trottinant et eurent le plaisir de découvrir que Junichi était là, positionné en tailleur parmi d’autres enfants. « Qu’est-ce que vous faites ? » « Baba va raconter une histoire. » « Ooooh ! » réagit Ren, impatiente. Elle aimait beaucoup les histoires. « Vous êtes tous prêts ? » questionna la vieille Orine. « Oui ! » « Ouii ! » Un rire semblant millénaire s’échappa d’entre les lèvres de la grand-mère. « Alors… Je vais vous raconter l’Hajikai ! » commença-t-elle, d’une voix mystérieuse.

« Au début, il n’y avait rien. Le Monde était plongé dans des abysses insondables. La vie n’existait pas. La lumière même n’existait pas. Le Gwanjiè n’était pas encore né, ni même le Dakao. Pourtant, l’Univers n’était pas maléfique pour autant. Il semblait simplement vide de tout. Un beau jour, cependant, un vent chaud et prometteur se mit à souffler, faisant retentir un son cristallin sorti du Néant. Un Grand Dragon, soudain, apparut, formant une ligne continue et ondulante, une ligne qui se changea en eau et qui tomba. Elle tomba dans un lac insoupçonnable. Il était là, depuis le début, ce grand lac que le manque de luminosité et de mouvements n’avait pas permis de déceler. Sur la surface trouble de l’étendue, la Lune Blanche commença à se dessiner et de la végétation se traça. Comme une calligraphie, elle se propagea sur le miroir de la création et elle grandit, donnant les arbres et les plantes. Au sein de ces foyers nouvellement créés, les animaux s’élevèrent à leur tour et la magie naquit. Sōzō venait de rencontrer Hahanaru Shizen pour la première fois et, de leur amour, la vie avait émergé. Ce ne fut pas tout. Sur ce monde jusqu’alors seulement éclairé par la lune, l’aube se dessina à l’horizon et le soleil s’éleva. Il y eut un nouveau bruit d’eau et une sphère apparut. Rapidement la sphère se multiplia, devenant double, puis triple. Le Temps advint et le corps d’un bébé commença à se former, relié à Mère Nature par un lien créé par Liànjiē, tombé amoureux de ce Monde nouveau. Le Gwanjiè apparut alors, source de toutes les relations entre les êtres. Sa première manifestation fut ce lien entre Mère Nature et son enfant. Ce n’était pas une Orine car notre Temps n’était pas encore venu. »

« Et après, Baba ? » demanda Kagamiko, les yeux brillants. La petite fille avait le buste penché en avant et le menton relevé vers la vieille femme. Celle-ci se mit à rire de nouveau. Cette légende, elle la lui avait contée un nombre incalculable de fois. La brunette était donc au courant de ce qu’il se produisait ensuite. À vrai dire, l’ancienne aurait sans aucun doute continué si elle n’avait pas été appelée par une autre de ses semblables. « Nous reprendrons l’Hajikai une autre fois. » dit-elle, avant de se lever.

Ren regarda Kagamiko et lui souffla quelques mots. « Allez viens ! On va voir les nouveaux stands qui se sont installés ! » « J’arrive ! » Les deux fillettes croisèrent le regard de Junichi et se mirent à rire, ensemble. Ce rire ressemblait bien plus à des gloussements qu’autre chose. L’amour les rendait un peu sottes, ce qui ne les empêcha pas de se lever et de détaler.

« Comment ? Mon frère, ne te moque pas de moi ! Tu savais que Hahanaru Shizen était ma femme ! » Le garçon qui jouait Hakai prit un air malin. Il était l’Æther de la Destruction et du Renouveau, le frère de Sōzō. « Il me semble à moi que ta femme est libre. Si elle a embrassé ma vision, c’est sans doute pour une raison. » « Comment oses-tu ? Traître ! » « L’amour n’a pas de maître, Sōzō, et notre création est belle. » dit-il, en faisant un grand geste de la main vers une petite fille qui jouait Geomi, l’Æther des Hùipà et de l'Horreur. Celle-ci était habillée d’un costume d’araignée et portait un masque représentant un monstre. Les Hùipà en question bougeaient autour d’elle. Cette scène illustrait la tension entre les frères, une tension qui avait toujours existée entre l’aube et le crépuscule, une tension amoureuse mais pas seulement. Épris tous les deux de la même femme, chacun avait une vision bien différente du Monde et, ce que l’aîné avait créé, le cadet voulait annihiler.

Les deux Orines sourirent. Partout, des garçons et des filles s’entraînaient dans leurs domaines de prédilection. Elles n’avaient rien préparé, toutes les deux, hormis leur chanson sur les fruits mais elles adoraient passer de stand en stand pour admirer les représentations. Elles savaient aussi que le plus gros du spectacle se passerait sur scène, bientôt.

« Hùipà, Hùipà, es-tu là ?
Petit Hùipà, parle-moi !
Quand je te sens, je n’dors pas !
Hùipà, Hùipà, réponds-moi !

Hùipà, enfant d’Geomi !
Tu rôdes pendant la nuit !
Les horreurs sont tes amies,
Hùipà, Hùipà, p’tit Hùipà !

Hùipà, Hùipà, répond-moi !  
Petit Hùipà, parle-moi !
Ton masque est merveilleux,
Pour faire fuir les envieux !

Hùipà, enfant d’Geomi !
Tu rôdes pendant la nuit !
L’araignée est ton alliée,
Elle va tous nous dévorer !

Hùipà, Hùipà, montre-toi,
Petit Hùipà, parle-moi !
Sors vite de sous mon lit,
Hùipà, Hùipà, libère-moi.

Hùipà, enfant d’Geomi !
Tu rôdes pendant la nuit !
Parfois tu es tout gentil,
Quand Hakai te sourit. »

Kagamiko et Ren s’étaient mises à chanter en même temps que l’enfant. Il devait avoir deux ou trois ans de plus qu’elles et prenait sa chanson particulièrement à cœur. Il s’entraînait, les yeux plongés dans un autre monde, empli d’inspiration, empli de Dakao.

973 mots

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Andrea
~ Orine ~ Niveau I ~

~ Orine ~ Niveau I ~
◈ Parchemins usagés : 207
◈ YinYanisé(e) le : 31/10/2020
◈ Activité : Andrea : Harpe & Tatouages | Natsu : Danse des épées
Andrea
Lun 10 Mai 2021, 15:29

[Event Yicaly] - Je suis la bergère de la colline ♪ Mkei
Je suis la bergère de la colline ♪




Natsumura se redressa d'un bond sur son futon, inondée par la panique. Son corps s'était douloureusement raidi dans son sommeil et elle lâcha un grognement peu grâcieux en se frottant les yeux. Lentement, la tension dans ses membres se relâcha au profit d'images fugaces du cauchemar qu'elle venait de faire. Presque instinctivement, elle se palpa le corps pour vérifier que tout était bien à sa place. Elle se sentit idiote et, exhalant un soupir, la Hanatsu repoussa ses couvertures pour procéder à ses ablutions matinales en essayant d'ignorer le malaise corrosif qui noircissait ses pensées. Elle grimaça en croisant son reflet dans le miroir. Elle avait le teint terne et de légères cernes bleutées sous ses yeux taillés en amande. Pensivement, elle effleura les muscles tendus autour de sa bouche. Elle était presque sûre de sentir encore le goût du sang et d'autres lèvres dessus. Pourquoi avait-elle embrassé son tourmenteur ? Agacée, elle secoua la tête et mit tout ça sur le compte du surmenage. Ça n'allait pas du tout. Elle ne pouvait pas laisser un simple rêve gâcher cette belle journée. Ils allaient voir beaucoup de monde au festival, admirer les arbres fruitiers, déguster les pâtisseries préparées par les Orines et peut-être aussi danser. Ragaillardie par perspectives réjouissantes, elle se mit à chantonner en terminant de se préparer.
Quand elle rejoignit la terrasse qui donnait sur leur jardin, elle vit Andrea déjà installé en tailleur. Le regard vague, il portait mécaniquement ses baguettes jusqu'à sa bouche. Surprise, elle nota les multiples épis qui hérissaient ses cheveux blonds. S'ils étaient différents sur plusieurs points, elle savait qu'il était tout aussi rigoureux qu'elle pour ne pas apparaître négligé, peut-être même plus. Malicieuse, elle s'approcha et les ébouriffa un peu plus : «Ben alors, tu te laisses aller ?» Le blond sursauta et cligna des yeux, comme s'il émergeait de pensées profondes. S'installant à ses côtés, Natsumura ajouta, plus doucement : «Mauvaise nuit ?» Peut-être était-ce l'influence des cycles lunaires ? À certaines périodes, on lui avait dit que l'esprit devenait un réceptacle plus sensible aux émanations astrales. Elle se demanda quel message sibyllin se cachait dans son cauchemar. Un sourire mystérieux s'étira sur les lèvres de celui qu'elle voyait comme un frère et il rougit légèrement. «Non pas vraiment.» Répondit-il, les yeux soudain brillants. Manifestement, il n'avait pas souffert de ses songes comme elle. Le veinard. «Tu ne manges pas ?» Reprit-il, la voyant les mains vides. «Je meurs de faim ce matin.» Avoua-t-il en baissant les yeux sur ce qui était son troisième bol de riz. Dans un autre récipient à côté, il avait déposé les noyaux des fruits qu'il avait mangés, des dattes. La Hanatsu rit devant son air déconfit. «J'ai fait un rêve qui m'a retourné l'estomac mais finalement je crois que j'ai un peu faim aussi.» Elle s'empara du bol des mains d'Andrea et grignota en l'observant avec curiosité. «Alors ? Tu vas me dire à quoi tu penses ?» L'interrogea-t-elle en voyant qu'il s'était à nouveau perdu dans ses pensées. «Ce n'est rien.» Marmotta le blond avant de se relever. «Je vais me préparer pour le festival. Allons-y tôt pour en profiter.» Le nez de Natsumura se retroussa, lui donnant un air mutin et elle se pencha pour tirer sur le bas de son kimono : «Ne change pas de sujet petit malin. Je te tirerai les vers du nez à un moment ou un autre.» Elle menaça les narines du blond de ses baguettes avec un air faussement menaçant et il éclata de rire.
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Aïkisu resplendissait tel un bijou fleuri reposant dans son écrin émeraude. En l'honneur du festival, chacun avait mis du sien pour décorer le village et ses alentours et il semblait que pas une seule habitation, pas une seule ruelle n'avait été épargnées par les mains adroites des Orines pour éblouir les visiteurs. Aux côtés d'Andrea, Natsumura ne cessait de vérifier les plis retombants de son kimono d'une teinte pêche avec un motif de branches d'églantiers ainsi que de s'assurer qu'aucune mèche ne se dérobait de son chignon. Elle avait adopté une tenue modeste mais gaie, adaptée à son rang de jeune Hanatsu. Andrea avait opté pour un kimono d'un vert tendre sans motifs avec une ceinture d'un ton plus foncé et sa harpe reposait dans son étui qu'il portait en bandoulière. L'enthousiasme de Natsumura était contagieux et il ne se sentait pas trop anxieux d'aller rejoindre les festivités. Aux côtés de la jeune fille, il se sentait toujours plus détendu, il savait qu'il pouvait compter sur elle s'il venait à se sentir mal à l'aise.
«Tu n'es pas raisonnable.» La gourmanda Andrea en voyant sa soeur quitter un des stands avec une jolie ombrelle. La jeune fille lui tira la langue comme une enfant et marcha d'un pas dansant vers les autres stands qui jaillissaient comme des champignons colorés autour d'eux. Au gré de leurs errances, ils s'étaient rapprochés de la scène où une Orine se tenait débout, s'apprêtant à chanter. Curieux, Andrea laissa Natsumura à ses achats pour se rapprocher du public. La chanteuse prit une inspiration et entama sa chanson d'une voix amplifiée par sa Magie.

«Quand tu trouveras la clé,
Non jamais je ne te repousserai,
Quand tu trouveras la clé,
Sous la Lune, ardemment je t'aimerai,
Et la Lune lustrera nos corps imbriqués,

Alors faisons-nous une promesse,
Que jamais tu ne me délaisses,
Que tu deviendras mon Gardien,
Moi je t'attendrai, mirage caché dans le jardin,

À ta main, librement je m'enchaîne,
Car dans l'ombre de tes yeux,
Je me suis vue Reine,
Car dans l'ombre de tes yeux,
Moi j'ai fait naître le merveilleux,

Alors faisons-nous une promesse,
Que jamais notre Lien ne meurt dans la vieillesse,
Que tu resteras mon Gardien,
Même quand tu seras loin,

Soupir ou éternité,
Agacé par nos ébats,
Le Temps se fait fatalité,
Mais moi je sais que face au trépas,
On nous succèdera, à jamais liés,

Alors faisons-nous une promesse,
Qu'on se souviendra de notre ivresse,
Que je chanterai notre Lien,
Car à jamais je t'appartiens.»

Natsumura avait rejoint son ami au milieu de la chanson et avait glissé son bras sous le sien. À la fin, il lui dit simplement : «Je ne peux pas m'empêcher d'envier Mayuri, la première Orine. Son Lien devait être si pur.» La Hanatsu leva un regard réprobateur vers le blond. «Tu es encore en train de t'inquiéter. J'ai presque hâte que tu rencontres ton Aisuru pour que tu arrêtes de te faire des rides à force de cogiter. Mais je veux te garder pour moi encore un peu alors ne va pas là où je ne pourrais pas te suivre.» Déclara-t-elle d'un ton possessif et Andrea se mit à rire. «Et moi il me tarde d'être débarrassé de toi !» La taquina le blond gentiment.

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Isiode et Isley
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Isiode et Isley
Jeu 03 Juin 2021, 22:47



Un soupir, alors que, me précédant de plusieurs pas, Muramasa et mon frère se dirigeaient avec entrain jusqu’aux portes du village qui accueillait de grandes festivités selon ce que l’on m’avait partagé. Rien ne m’empêchait de me joindre à leur échange et de participer à la conversation qui les animait. Cependant, je n’arrivais pas à me focaliser sur leur discussion, mon esprit étreint par une lassitude remplie d’interrogations – pour faire changement – en raison d’un réveil particulièrement déplaisant, comme si la migraine qui avait commencé à poindre au milieu de ce dîner se répercutait désormais dans la réalité.

« Dépêche-toi, Isiode, ou nous te laissons derrière. »

Lentement, je relevais la tête dans leur direction, une rapide contemplation du ciel accentuant l'air évasif qui flottait sur mes traits. Pouvais-je réellement mettre de côté ce rêve étrange, discontinu, qui me revenait en mémoire par bribes désarticulés? Ce n’était malheureusement pas dans mes habitudes, aussi désagréables et ennuyeux pouvaient être ces inventions nocturnes. Et finalement, depuis que j’avais partagé l’intégralité de ma vie, de mes souvenirs – de ce que je suis – avec sa Majesté, je ne pouvais désormais rejeter cette idée qui me hantait depuis : celle qui me laissait croire que les Rêves, pour certains, n’étaient pas que des jeux de la mémoire et de l’esprit. Et celui dont je m’étais éveillé semblait en faire partie… Mon visage se camoufla de nouveau sous une expression détachée et mes enjambées s’étirèrent pour donner un rythme plus accéléré à ma foulée.

« Nous y sommes? »

C’était la voix d’Isley, qui s’était arrêté. Rejoignant leur hauteur, je suivis la direction de leurs regards, admirant les décorations qui avaient été étendues le long de l’entrée afin d’accueillir les visiteurs de toutes les contrées. À cette vision, à ces odeurs et à ces sons qui lui rappelaient son ancienne maison, Muramasa laissa un grand sourire lui échapper, avançant de trois pas assurés pour nous distancer.

« Nous y sommes, confirma la jeune femme en pivotant sur elle-même pour faire volte-face, embellissant l’élégance de son jeu de pieds des mouvements subtils et légers des manches de son kimono. Bienvenue au village d’Aïkisu. »

À présent, face à face, elle nous scrutait de ses grandes prunelles émeraude, des étoiles débordant de ses yeux, tant l’excitation l’envahissait. Je rabattis calmement mes paupières, bras croisés, tandis qu’Isley sourit, sagement accoutré des vêtements traditionnels dans lesquels il s’était glissé, et se permit de rire devant la fièvre communicative de la rouquine. Même si la Fille des Arts était libre de ses déplacements, elle quittait pourtant rarement les frontières de l’Île d’Orhmior, consacrant une bonne partie de son temps libre à parfaire ses techniques martiales et ses aptitudes physiques. Depuis qu’elle avait concrétisé son but de vouloir intégrer l’Armée angélique, elle redoublait d’efforts dans cet objectif, délaissant même ses quelques loisirs, reportant ses sorties vers le Continent, pour rejoindre Dame Azumono notamment, au profit de ses entraînements. Par conséquent, je ne me surprenais pas de la voir aussi transportée par l’événement; par les couleurs qui se mélangeaient aux vêtements, aux cheveux et autres accessoires; par la musique et les chants qui s’enflammaient au cœur du village. Muramasa retrouvait ses racines, ses origines, l’air des Terres d’Émeraude éveillant inconsciemment mille souvenirs qu’elle continuait de chérir dans son subconscient.

« La fête semble déjà battre son plein », remarqua mon frère en balayant le rassemblement autour de nous.

De notre position, nous étions en mesure de distinguer la foule aller et venir entre les stands et d’entendre le rire des enfants qui s’amusaient à suivre le mouvement. Toutefois, plus que tout, c’était la résonnance des chants et des instruments que nous percevions dans une harmonie aussi douce que turbulente, qui attirait indéniablement notre attention. Pourtant, avant même de pouvoir profiter de cet instant d’observation, je sentis une soudaine pression comprimer mon bras. Et je ne fus pas le seul, Isley expirant un « Hum? » inattentif lorsque son propre bras fut entravé à l’intérieur du coude de la Sœrei. Comme un seul homme, nous baissâmes les yeux jusqu’à sa hauteur, croisant inévitablement le sourire qu’elle nous gratifia, tour à tour, avant d’esquisser les premiers pas vers l’intérieur d’Aïkisu

« C’est la première fois que vous participer à une fête chez les Orines, n’est-ce pas? Il s’agissait d’une question qui n’attendait aucune réponse, et elle le savait parfaitement. Venez, je vais vous guider. »

Et avant même que mon jumeau ou moi puissions rajouter quoi que ce soit, la Sœrei nous tira par les bras, chantonnant un air que nous ne reconnaissions pas, mais que nous pouvions entendre depuis l’une des scènes mise à l’entrée, sur laquelle une artiste performait avec amour le morceau qui l’emportait, désireuse de faire entendre sa mélodie et sa voix.



« Eh, que penses-tu de ce croquis? »

Machinalement, sa main alla chercher l’habit de mon frère, qu’elle tira gentiment pour attirer son attention.

« Oooh! Ce dragon est magnifique, commenta Isley en posant les yeux sur le dessin que lui tendait la rouquine, la beauté de l’esquisse captivant aussitôt son œil. J’adore les couleurs et sa pose : il est vraiment majestueux. »

Il marqua une pause subite.

« C’est un dessin pour un tatouage, non? »

Ren acquiesça tout en lui montrant d’autres illustrations, Isley abandonnant définitivement son précédent examen d’articles pour se joindre à l’Orine. Je les écoutais s’enflammer non loin de mes oreilles, mes doigts continuant d’évaluer la qualité des tissus qu’ils effleuraient.

« Est-ce que tu songes à te faire tatouer, Isley?

- Ce… n’est pas dans mes plans, désolé, ria-t-il légèrement tout en prenant un nouveau dessin entre ses mains : plans ou pas, c’était indéniable, il semblait nourrir une curiosité loin d’être désintéressée pour cet art. Et toi? »

Une fois de plus, la jeune femme hocha de la tête, l’œil éclatant, avant de se tourner dans ma direction. Elle nota immédiatement l’intérêt que je portais aux vêtements du petit commerce et avec détermination, elle se rapprocha de moi, penchant sa tête non loin de mon épaule.

« Eh bien, serais-tu intéressé à changer de vêtements, maintenant? »

Lentement, j’abaissais mon menton jusqu’à sa hauteur, croisant aussitôt l’émeraude de ses iris qui me fixaient, légèrement joueurs. Puis, je laissais l’azur de mes yeux voyager jusqu’à la silhouette de mon frère. Ce dernier discutait avec le jeune homme, du stand d’à-côté, des fameux tatouages, alors que je détaillais discrètement les coutures et motifs de son vêtement. Avant de partir pour le village d’Aïkisu, Muramasa nous avait proposé de nous vêtir des habits traditionnels des Orines. « À Melohorë, fais comme les Ygdraës! » Nous avait-elle lancé. À coup sûr, elle s’attendait à beaucoup de cette sortie, celles que nous avions pu réaliser, tous les trois, par le passé, se comptant sur les doigts d’une seule main. Bien entendu, Isley fut séduit par les paroles de la rousse, troquant son uniforme pour porter les vêtements traditionnels. Ainsi, Ren s’était assurée de le coiffer, de le maquiller sobrement et de l’aider à s’habiller selon la coutume, le kimono de mon frère comportant plusieurs couches de vêtements, tous retenus à la taille par une ceinture mince de laquelle il avait suspendu l’une de ses épées. Puis, la Sœrei s’était retournée dans ma direction, désireuse de connaître ma décision, mais j’avais poliment repoussé le kimono qu’elle m’avait tendu, étant bien plus à l’aise dans mon uniforme militaire que dans tous autres vêtements conventionnels. Même si elle n’avait pas insisté, je pouvais deviner que mon choix l’avait déçu, désenchanté; et ce sentiment poignant, je ne parvenais pas à le désencrasser de mon palpitant.

« Isiode? »

Volontairement, je détournais le regard du sien, faisant mine de contempler la grande scène de spectacle, sur laquelle s’animait un numéro acrobatique. De ce que nous avions pu entendre, c’était là-bas que se déroulerait le clou du spectacle, un peu plus tard dans la journée.

« … Ou préfèrerais-tu te présenter sur scène? »

Aussitôt, un rictus vint s’étendre sur les lignes de son visage, alors qu’elle s’appuyait nonchalamment contre mon bras, curieuse. Je roulais des yeux, reportant, quant à moi, mon attention sur les vêtements.

« J’espère que ce n’est pas pour cela que tu m’as demandé d’apporter ma guitare jusqu’ici », alignais-je en pointant du doigt l’étui que je portais sur le dos.

La jeune femme rigola franchement, me tapant gentiment les côtes avec la pointe de son coude. Toutefois, nous fûmes coupés dans notre échange par la voix fluette de quelques enfants. D’un mouvement, Muramasa et moi tournâmes nos visages vers Isley, qui s’était arrêté de parler pour observer les deux petites filles qui venaient de s'approcher. La première, brune, restait légèrement à l’écart, derrière son amie, observant mon frère de ses yeux sombres, alors que la seconde enfant, aux cheveux cuivrés et au visage parsemé de taches de rousseur, se permit un sourire en voyant que mon jumeau l’avait enfin remarqué.

« Bonjour, monsieur! Elle est jolie votre épée. Est-ce que c’est une vraie ou vous la portez  comme arme de décoration? »

La petite rouquine observait son armement, visiblement admirative, et si mon frère parut hésiter un instant, il finit par se pencher à la hauteur de l’enfant, retirant le fourreau de sa ceinture pour présenter l’arme rengainée à la jeune fille.

« Oui, il s’agit d’une véritable épée, et c’est pour cela que je la conserve dans son fourreau pour l’instant. Mais, si tu veux, tu peux observer son manche. Les lignes ont bien été travaillées, n’est-ce pas? »

Gardant soigneusement l’arme dans ses mains pour éviter tout incident entre l’enfant et le fil de la lame, Isley approcha le fourreau avec prudence. La fillette hocha vigoureusement de la tête, promenant ses doigts sur le cuir de la gaine. Laissant également la brunette contempler son arme, mon jumeau répondait patiemment aux questions des enfants, jusqu’à ce que leur visage se porte, cette fois-ci, dans notre direction. Leurs yeux tombèrent instantanémnt sur mes épaules et, pendant quelques secondes, elles n’osèrent prononcer un mot, légèrement ébahies, passant rapidement de mon visage à celui de mon frère.

« O-Oh! C’est votre jumeau, monsieur?

- Est-ce que vous êtes des Aisuru? » Poursuivit la petite à l’attention de la grande rousse, sa présence à nos côtés ayant fait germer la réflexion dans son esprit.

Muramasa observa l’enfant quelques secondes, laissant un sourire flotter sur la commissure de ses lèvres après un certain temps.

« Oui, il s’agit de mes Aisuru. Je vous présente Isley (elle désigna mon frère en tournant simplement la tête vers sa position) et Isiode Yüerell. Ce sont des soldats.

- Bon-Bonjour…

- Est-ce que vous êtes forts?

- Oui, ils sont super forts.

- Woaaah! Un jour, moi aussi, je serai super forte! Et je me battrai pour mon Aisuru!

- Nous n’en doutons pas. Ton Maître sera très fier de t’avoir à ses côtés, sourit Isley, dont le regard dévia brièvement sur les épaules de Muramasa, alors qu’il se demandait si l’Orine ressemblait à cela lorsqu’elle était plus jeune.

- Et pourquoi vous ne portez pas de kimono, monsieur? »

Soudainement, je sentis quatre paire d’yeux m’étudier attentivement. Une poignée de secondes s’écoulèrent sans que je ne puisse songer à quoi que ce soit, forçant mon visage à esquisser un sourire pour les enfants.

« C’est parce que je… cherche le plus beau kimono?

- Si ce n’est que ça! Celui de votre frère est très joli! Vous pourriez essayer de trouver un kimono qui lui ressemble, s’exclama la brunette en souriant de toutes ses dents, rapidement soutenue par sa camarade.

- Alors vous me conseillez de prendre un kimono similaire à celui d’Isley?

- Oui! Vous feriez la paire! »

Je me redressais légèrement, observant tranquillement la bouille des enfants; éclatante et attentive, leurs grands yeux me fixaient avec engouement. Et maintenant? Devais-je vraiment partir m’acheter un kimo–

« … Muramasa?

- Où allez-vous? Demanda Isley en nous voyant partir – ou plutôt, en voyant l'Orine me pousser pour que j'initie la marche.

- Habiller convenablement ce jeune homme!

- Oh oui!

- Est-ce que vous voulez nous aider à choisir?

- Hum… C’est qu’on voulait voir les autres stands avant de rejoindre Baba!

- Ce n’est pas grave, les filles. Merci beaucoup pour votre aide. »

Les enfants ne comprirent pas ce que ces mots impliquaient réellement, mais répondirent avec énergie aux remerciements de leur aînée avant de filer en rigolant. Sans perdre plus de temps, Muramasa me guida jusqu’aux kiosques de vêtements, l’espièglerie aux lèvres.

« Tu ne seras pas déçu, fais-moi confiance. »

Je la scrutais silencieusement, exhalant un soupir :

« Comment l’as-tu dit, déjà? À Melohorë, fais comme les Ygdraës? Je lui adressais un vague sourire, prenant finalement les devants, de ma propre initiative. Venez. Partons à la recherche du plus beau kimono. »

Isley leva les bras en signe de victoire, tandis qu’il se posta tout près de moi. Mais l’Orine à nos côtés, soudainement, sentit son cœur trembler, ses enjambées se faisant dès lors plus sautillantes et enjouées.

« Est-ce que ça veut dire que le kimono que je t’ai présenté, tout à l’heure, n’était pas assez joli pour toi? »

Je ne me prononçais pas, continuant mon chemin.

« Eh! » S’écria Ren en courant pour me rattraper.

Mais l’exclamation était loin de contenir une quelconque frustration ou exaspération : l’on pouvait pratiquement entendre le rire qu’elle s’efforçait de refouler. Muramasa était contente.

Et au fond de ma poitrine, je pouvais sentir une douce chaleur me réconforter. Ou était-ce les impressions de la Sœrei?


2 243 mots



It's a little price to pay for salvation
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Isiode et Isley
Jeu 03 Juin 2021, 23:15



« Muramasa… Il s’agit du quatrième kimono que tu me fais essayer, tu en as conscience? »

L’Orine fit mine de ne pas m’entendre, pleinement concentrée sur l’étude du vêtement que je portais, avant de secouer la tête, visiblement incertaine.

« Non, finalement, ce ne sont vraiment pas tes couleurs… Et si tu essayais celui-ci, maintenant? »

Tirant sur un nouveau costume, la rouquine le tendit droit devant moi, un sourire léger chatouillant la commissure de ses lèvres.

« Je suis certaine que cette fois, ce sera le bon!

- Je pense surtout qu’il s’agit d’un jeu pour toi.

- Tu dis n’importe quoi. Aller, va te changer, pour qu’on puisse t’admirer. »

Tour à tour, je dévisageais la Fille des Arts, puis le kimono qui m’était offert, attrapant ce dernier d’un geste désisté avant de m’engouffrer de nouveau à l’intérieur de la cabine d’essayage. Ravie, la rouquine se tourna en direction de la deuxième femme qui se trouvait à ses côtés, la gratifiant d’un sourire réjoui.

« S’il tente de s’échapper, lui chuchota-t-elle le plus bas qu’elle pût, croyant que je ne pourrais l’entendre en raison de la distance et des bruits environnants, seriez-vous prête à me donner un coup de main pour le retenir et l’attacher? »

La Sœrei l’avait murmuré comme toute plaisanterie qu’elle se permettrait de raconter, mais n’avait aucune idée qu’il s’agissait là de la spécialité de sa compagne. En renforçant le nœud de la ceinture qui enveloppait ma taille, je relâchais une bruyante expiration, repoussant pour la énième fois le rideau de la cabine.

« Je ne m’échapperai pas, lui assurais-je en croisant les bras. Toutefois, si tu continues de te moquer ainsi, tu seras celle qui devra bientôt courir. »

Malgré son air indûment offensé, Muramasa connaissait, mieux que quiconque, les limites à ne pas franchir avec ma patience. C’est pourquoi, après quelques secondes, elle reprit une expression plus sérieuse et attentionnée, s’avançant dans ma direction afin de juger de mon accoutrement.

« Est-ce à votre convenance? Ironisais-je après qu’elle eut réalisé un tour complet autour de ma personne.

- Hum… Je dois demander à ma collègue ci-présente, renchérit la rousse sur le même ton. Qu’en pensez-vous, Dame Wakiya? »

D’un seul bloc, nos regards se portèrent sur le visage de la jeune femme. Petite de taille et naturellement discrète, la brunette releva soudainement la tête à la mention de son nom, laissant courir ses iris sur nos visages lorsqu’elle comprit les implications de cette question. L’ombre d’un sourire apparut sur mon faciès, que je lui adressais distraitement, comme pour m’excuser de l’avoir indirectement impliquée dans cette histoire, qui ne concernait que Muramasa, mon frère et moi. En effet, lorsque nous nous étions rapprochés des kiosques de vêtements – ceux qui vendaient exclusivement des tenues convenant aux mœurs du peuple de l’Inspiration – Ren s’était aussitôt mise en chasse du complet parfait pour cette précieuse sortie, allant et venant entre les habits, rejetant certains vêtements pour en conserver de plus beaux et précieux à ses yeux. Bien vite, Isley avait préféré s’éclipser, prétextant qu’il avait vu un délicieux stand de nourritures et qu’il allait nous en acheter. Lorsque je le vis partir, je ne pus m’empêcher de faire résonner un puissant « Traître » entre ses deux oreilles. Mon jumeau s’était légèrement tourné dans ma direction, haussant des épaules avec un sourire contrit. Puis, sans demander son reste, il avait déguerpi…

De fil en aiguille, Ren avait jeté son dévolu sur la jeune femme ci-présente. Cette dernière s’était arrêtée à quelque distance de notre position, observant plus avec curiosité que véritable intérêt d’acheter, la légèreté particulière des vêtements et leurs ajustements. Sur un débat parfaitement puéril initié par l’Orine, cette dernière avait fini par se tourner dans la direction de Dame Sunano, lui demandant alors lequel des kimonos qu’elle avait sélectionnés – moins d’une dizaine – m’irait le mieux. Sur les quatre tenues qu’elle m’avait fait porter jusqu’ici, l’un avait paru trop sombre, me donnant un air plus sinistre qu’escompté; l’autre, à contrario, avait été jugé comme étant trop coloré; le troisième avait été trop petit – donc, rapidement rejeté –, tandis qu’avec le quatrième, nous avions appris que je portais très mal les couleurs vert et jaune, réunies. À présent, j’étais enveloppé, de la tête jusqu’aux pieds, d’une tunique aux couleurs pâles, agrémentée de motifs bleus et dorés, le bas de mon corps étant couvert d’un étrange pantalon large et ample, que Dame Sunano et Muramasa avaient désigné comme étant un hakama.

« Ses yeux… Maintenant que vous en faîtes mention, c'est vrai que cette tenue les mettent en valeur, déclara subitement Muramasa en me tirant involontairement de mes réflexions. Mais je pense qu’en lui rajoutant un foulard de… cette couleur (l’Orine aux longs cheveux roux présenta à sa comparse un carré de tissu bleu clair) … Oui, ça devrait être parfait comme ça. Est-ce que tu me permets? »

Je la regardais fixement, attrapant le foulard pour me l’entourer autour du cou par moi-même. Le tissu avait été confectionné dans un matériau très léger, et je compris que, plus pour me garder au chaud, ce foulard servait surtout d’accessoire. Lorsque je finis de le nouer, je relevais la tête vers mes juges, cherchant leur approbation – et un moyen de terminer au plus vite cette séance de magasinage imprévue.

« C’est parfait. Et puis, ça ressemble plus ou moins à ce que porte Isley. Si nous croisons les deux petites filles de tout à l’heure, elles seront aux anges. »

J’acquiesçais silencieusement, voyant que la seconde Orine se questionnait.

« Ce sont deux enfants que nous avons croisé en chemin, et elles lui ont proposé de s’habiller comme son frère. C’est pour ça que nous cherchions le « plus beau kimono », sourit la rousse avant de prendre une pose pensive à la suite de la seconde interrogation. Leur nom? … Hum. C-C’est vrai que nous avons complètement oublié de leur demander. »

Mais ce n’était pas si important pour Muramasa, qui se disait qu’elle pourrait reconnaître leur visage si nous venions à les croiser de nouveau au cours du festival.

« Si nous avons terminé, payons et rejoignons Isley.

- Attend! Nous devons nous occuper d’un dernier petit détail… »

J’avais tous les droits de la regarder ainsi à présent, les yeux à demi-fermés, incapable de dissimuler plus longtemps mon ennui. Lorsqu’elle s’aperçut de mon ressenti, Muramasa se pinça légèrement les lèvres, tout en fouillant dans la sacoche qu’elle avait amené. Puis, d’un geste empreint d’une étrange timidité, Ren extirpa un peigne, que je considérais longuement avant de souffler une énième expiration.

« C'est tout. Me le promets-tu? »

Ayant retrouvé un certain enthousiasme, la rouquine hocha de la tête et se tourna vers sa camarade, à qui elle demanda un coup de main.



« Voilà, c’est terminé. Tu peux ouvrir les yeux. »

Je comptais jusqu’à trois dans mon esprit, ouvrant une première paupière pour observer mon reflet dans la glace, puis la seconde. Comme mon frère avant moi, la jeune femme s’était appliquée à me recoiffer et à ajuster les mèches rebelles qui n'avaient pas voulu se plier aux dents de son peigne, rabattant une partie de ma frange sur le côté. Levant les yeux jusqu’à ces fameux cheveux, je me permis de les toucher distraitement, passant une poignée entre mes doigts pour les rouler.

« Je ne m’imaginais pas tes cheveux aussi longs », se surprit Ren en reculant d’un pas, lui avouant, à mon tour, que je ne m’y attendais pas non plus.

Je les considérais encore un certain temps, effleurant du bout des phalanges quelques tresses, ici et là, qui avaient été soigneusement maintenues à travers ma tignasse. Je voulus les discerner de mes propres yeux, reportant rapidement mon attention sur le miroir que l’on avait posé entre mes mains.

« C’est la contribution de Wakiya. Elle a vraiment réalisé un beau travail. »

J'approuvais tranquillement. C’était la première fois que je portais une telle coiffure et constater cela me fit réfléchir sur la dernière fois où mes cheveux avaient été entretenus aussi consciencieusement. Et plus je reculais dans le temps, plus je prenais conscience de certaines choses. Par le passé, mon père n’avait jamais voulu que nous nous coiffions autrement qu’avec la coupe de cheveux qu’il nous peignait et, j’imagine qu'en grandissant, nous avions simplement continué de porter cette coiffure par habitude, mon frère et moi.

« Maintenant, nous pouvons payer et retrouver Isley. Vous nous accompagneriez, Dame Wakiya, n'est-ce pas? Ou êtes-vous attendue ailleurs? »

L’adrénaline qui l’avait précédemment envahie semblait finalement être redescendue, la jeune femme souhaitant même payer l’ensemble des dépenses pour se faire pardonner son obstination enfantine. De fait, quand elle s’éclipsa pour rencontrer la propriétaire, je me permis un regard en direction de la pauvre Orine qui avait été entraînée dans les lubies de la Sœrei.

« Veuillez l’excuser. Muramasa retourne rarement auprès des siens… Je peux voir que cela lui manque un peu. »

Observant mon interlocutrice avec courtoisie, je rajoutais :

« Par conséquent, ne vous sentez pas obligée de nous suivre si ce n’est pas ce que vous désirez. Nous comprendrons. »

Le retour de Muramasa marqua également celui de mon jumeau, qui revenait de sa petite excursion, quelques sacs sous les bras, remplis de nourriture qu’il était parvenu à trouver au milieu des stands du festival.

« Est-ce que vous avez terminé? »

Le regard que je lui adressais voulu tout dire et Isley finit par se râcler la gorge, détournant habilement son œillade pour porter son attention en direction de Ren.

« Vous avez fait un excellent travail avec lui. Je suis surpris que vous ayez réussi à lui faire enfiler autre chose qu’un uniforme ou une armure. »

Je fermais les yeux, restant parfaitement stoïque à cette remarque, au contraire de Ren, qui se mit à sourire pour marquer sa victoire.

« En tout cas, j’ai remarqué un très beau stand qui vendait des cerfs-volants artisanaux. C’est absolument sublime ce que les jeunes filles ont fabriqué là-bas. Il faut que vous veniez voir ça. »



L’heure du grand spectacle sonna enfin et nous nous étions tranquillement éloignés de la foule afin de pouvoir profiter, dans un cocon paisible, des représentations qui se préparaient sur scène. Légèrement surélevés sur le sommet plat d’une butte à proximité, nous pouvions voir la scène dans son intégralité. Par conséquent, il nous était possible de constater qu’il nous restait encore plusieurs minutes avant de pouvoir admirer les derniers numéros de la journée. C’est pourquoi, en s’asseyant sur l’herbe tendre du monticule, que Muramasa détacha finalement l’erhu qu’elle avait porté toute la journée sur le dos, accordant son instrument avec attention. Je ne bougeais pas un instant, réfléchissant un peu, avant de l’imiter, sortant ma guitare de son étui. Isley, qui s’était installé devant nous, invita Dame Sunano à s’asseoir tout près de lui, lui tendant un nouveau sac de fruits séchés qu’ils pourraient se partager.

Finalement, en dépit de tout ce que je m’étais attendu, la brune nous avait suivi une grande partie de la journée, kidnappée de son programme par l’enthousiasme et la nostalgie de Muramasa, à n’en point douter. Les deux femmes, différentes sur bien des aspects, semblaient pourtant s’entendre, la première questionnant la seconde sur la vie à l’extérieur de Maëlith et des Terres d’Émeraude, de son quotidien en tant qu’Orine d’Aisuru militaires ainsi que du voyage qu’elle avait réalisé pour se rendre jusqu’aux Jardins de Jhēn. Ren, quant à elle, avait apprécié l’écouter parler de la vie qu’elle avait choisie d’abandonner afin de pouvoir embrasser sa destinée, entre deux œillades fascinées et admiratives de la technicité et du doigté de sa consœur pour les travaux manuels. Nous l’avions rapidement remarqué, d’ailleurs, lorsque nous nous étions arrêtés à un stand qui nous permettait de confectionner nous-mêmes des bracelets tressés : Dame Sunano possédait un talent relativement impressionnant pour ce qui était du tissage et du tressage.

Quoi qu’il en soit, elle ne semblait pas avoir tant détesté que ça sa journée en notre compagnie et, enfin, lorsque nous finîmes par accorder nos instruments, Ren et moi, nous nous jetâmes un coup d’œil en biais, la pointe de mes phalanges s'appuyant doucement aux cordes de la guitare entraînant ses premières respirations, ses premiers soupirs d'inspiration. Nous nous abandonnions à la mélodie de nos instruments, laissant les cadences se joindre et se marier gracieusement. Chacune des notes qu’ils expiraient guidaient la pulpe de nos doigts sur leurs cordes, nous inspiraient les pressions et les relâchements que nous devions leur soumettre afin de les laisser pleinement s’exprimer dans l’air frais du village d’Aïkisu.

« Des fois, on peut se demander comment ces deux-là parviennent à s’accorder, chuchota mon frère à l’attention de la brune, sans se retourner. Vous les avez vu lorsqu’il fallait choisir le kimono d’Isiode : ils s’entendaient aussi bien que chiens et chats, et pourtant, c’est pour ce genre de moments que je suis content qu’Oni nous ait Lié avec Ren. Elle permet de nous exprimer en toute sincérité, de nous voir comme nous nous étions jamais vraiment vus par le passé… »

Isley esquissa un léger sourire, coinçant entre ses dents une nouvelle sucrerie, qu’il mâcha avant de reprendre :

« Comptez-vous partir à la recherche d’un Aisuru prochainement? Demanda-t-il poliment, accordant quelques attentions à l’expression de son interlocutrice, mais avant qu'il puisse renchérir sur un nouveau questionnement, la musique s’essouffla doucement, la voix de Muramasa résonnant alors :

- Comment as-tu trouver cela? » Lui posa-t-elle, ayant, depuis toutes ces heures passées ensembles, commencé à la tutoyer.

La réponse de la jeune femme réchauffa délicieusement la poitrine de l’Orine et, d’un geste, je tentais d’attirer le regard de la brunette.

« Dans ce cas, auriez-vous une demande particulière? Nous pourrions jouer le morceau avant le début du spectacle… Si ces quelques mots semblaient conclure ma phrase, ce n’était pas réellement le cas, mon esprit se cramponnant au sien afin de lui partager ces quelques mots entre elle et moi. Acceptez cette chanson comme compensation de vous avoir entraîner comme cela à travers les festivités. »

C’était un cadeau de dédommagement, certes, mais également de remerciement, pour avoir partagée et fait vivre cette agréable expérience à Muramasa.


2 374 mots



It's a little price to pay for salvation
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Eiko
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Eiko
Sam 05 Juin 2021, 11:58


Image par RDJlock
Je suis la bergère de la colline
Bae

Bae sirotait tranquillement son thé lorsque la tornade débarqua dans le salon de l'appartement qu'ils avaient loués. « Regarde Bae ! » s'exclama Eiko en se plantant face à lui, le sourire aux lèvres, les yeux pétillants et les bras écartés pour bien le laisser l'admirer. « Est ce que je suis toute jolie, comme ça ? » demanda-t-elle, pleine d'espoir. La fillette s'était préparée seule, ça se voyait. Elle avait sur la têtes deux boules de cheveux bruns dont s'échappaient trop de mèches et dont la symétrie était loin d'être parfaite. La Hanatsu avait accroché autant de bracelets et de colliers que son petit corps le lui avait permis, et avait également coincé une barrette ornementale dans ses deux chignons. Elle avait enfilé un kimono mais son Obi n'avait pas été suffisamment serré, laissant le tissu de sa tenue glisser - l'enfant se trimbalait à moitié débringuée, sans le moindre embarras. Le blond esquissa un sourire attendrit en voyant la fillette mais retint son rire pour ne pas froisser la fierté de la plus jeune. « Tu es habillée comme Jang-in ! » la taquina-t-il toutefois avec un sourire narquois. La réaction de la souillon ne se fit pas attendre : sa mine d'abord surprise muta en une moue boudeuse, tandis qu'elle fronçait ses sourcils et gonflait ses joues, tapant même du pied pour marquer son mécontentement. « C'est toi d'abord, qu'est habillé comme Jang-in ! » protesta-t-elle vainement, croisant les bras sur sa poitrine. Le garçon laissa son rire éclater face à la répartie de la plus jeune, qu'il invita à s'installer devant lui. La fillette sembla réfléchir un instant mais finalement, retrouva le sourire et vint s'asseoir. « Je suis trop contente d'être ici ! On va pouvoir danseeeeer, et puis chaaanteeeeeer ! » raconta la petite fille, s'exprimant sur un air qu'elle avait entendu dehors, par la fenêtre. Bae avait attrapé un peigne et entreprit de réarranger la chevelure de sa petite disciple. Avec des gestes soigneux, il rassembla la masse de cheveux épais et les attacha à l'aide de rubans verts, qui s'accordaient avec la tenue de la plus jeune. C'était son kimono préféré depuis plusieurs jours : un yukata aux tons verts, avec des grenouilles bondissant entre des roseaux et feuilles de nénuphar, qu'elle avait trouvé sur le marché des Orines lorsqu'ils étaient arrivés au village où se déroulaient les festivités. Une fois qu'il eu terminé de la coiffer, le blond resserra les pans du Yukata puis noua l'Obi. « Tu t'es bien débarbouillé le visage ? » demanda-t-il en inspectant la commissure des lèvres de la gamine. Cette dernière acquiesça vigoureusement. « Oui ! Deux fois, même ! » rappela-t-elle. La gourmande s'était mise de la confiture de partout lorsqu'elle avait déjeuner. « C'est bien. » la félicita-t-il tout en lui appuyant gentiment sur le nez avec le bout de l'index. « Il ne me reste plus qu'à me maquiller, et on pourra y aller, si tu veux. » proposa Bae. « Oh ! Dis, est ce que je peux te maquiller, s'il te plaît ? » Le blond marqua une pause, incertain. Il devinait d'avance que le résultat ne serait pas du meilleur effet, s'il se laissait faire par la petite artiste. Cependant, il ne voulait pas brimer sa créativité, et puis, lorsqu'elle le regardait avec ce grand sourire et ces yeux pleins d'étoiles, il devenait difficile de lui résister. Finalement, il soupira. « D'accord, si tu veux... » abdiqua-t-il. « Ouaiii trop bien ! » se réjouit l'enfant tout en allant chercher le matériel nécessaire pour son travail.




« Tu es prêt ? » Bae releva la tête vers la femme qui venait de s'adresser à lui. Elle lui réservait un sourire encourageant et bienveillant. Il essaya de le lui retourner mais ses lèvres tremblotantes ne parvinrent qu'à dessiner une grimace crispée sur son visage tendu. Il était nerveux. Il avait les mains moites et mal au ventre. Sentant son angoisse, la chanteuse posa une main sur l'épaule de son musicien. « Ne te fais pas de souci. Fais comme à l'entraînement, tu te débrouillais très bien. » l'encouragea-t-elle d'un ton maternel. Comme à l'entraînement. Oui. Simple à dire, beaucoup moins à faire. La veille, lorsqu'ils avaient conclu leur dernière répétition, il n'avait pas les mains tremblantes et la tête qui tourne ! Finalement, le garçon se rassura en pensant que, de toute manière, dès que sa partenaire commencerait à chanter, personne ne porterait plus attention à ce qu'il ferait. Tous auraient les yeux rivés sur l'Artiste, et l'on oublierai sa présence. Les autres musiciens l'aideraient également à se faire plus discret : même s'il ratait quelques accords, on ne les entendrait peut-être pas, perdues au milieu des autres mélodies...

L'Ephèbe croisa le regard d'Eiko. La petite fille était assise en tailleur, devant la scénette qu'ils avaient installés. Elle était bien plus modeste que la véritable scène centrale, où la foule se dirigeait. A vrai dire, il s'agissait davantage d'une estrade que d'une scène, mais cela suffisait à angoisser le blond, qui avait l'impression de se produire pour la première fois de sa vie devant un public. Il avait évidement participé à de nombreux spectacles lorsqu'il avait été à Maëlith, mais ce n'avait pas été la même chose : là-bas, les Orines plus expérimentées étaient là pour lui enseigner et le conseiller, il ne s'agissait en réalité que d'exercices. Ici, en revanche, les choses étaient différentes : les spectateurs venaient les écouter et s'attendaient à un contenu de qualité. Et puis, il n'était plus entouré que d'Orines, et ce constat le rendait d'autant plus nerveux. Les yeux en amande de la fillette étaient rivés sur son camarade, et dès qu'elle s'aperçut qu'il la vit, elle leva les pousses en l'air, pour le soutenir et lui porter chance. Cette attention arracha un léger rire au musicien et il se sentit se détendre légèrement, répondant aux gesticulations de l'excitée par un simple signe de la main. Au moins, il pouvait compter sur la fillette pour apprécier son travail. Il aurait au minimum une admiratrice dans la foule, bien qu'il se douta que, comme tous les autres spectateurs, la petite chanteuse serait obnubilée par la présence de la cantatrice dès que celle-ci ouvrirait les lèvres. Elle avait cet effet sur tout son auditoire et, à vrai dire, lui-même se laissait parfois distraire par sa voix d'Ange. « Prêt ? » demanda sa voisine. Bae acquiesça pour signifier qu'ils pouvaient commencer la représentation.

Les notes s'élevèrent dans les airs. Le Hanatsu commença à tourner la manivelle de son Hurdy-Gurdy, se joignant à la mélodie.

« Toi qui de là haut, brille dans le ciel,
qui m'aime et me me déteste,
J'entends ta voix qui m'appelle,
lorsque tu entames ton chant céleste.

Tu m'observes et me protèges,
Pourtant, dans ta prison glacée,
Du destin tu ne peux déjouer les pièges,
Alors tu pleures quand mon cœur t'est arraché.

Oh pourquoi m'aimes-tu ?
Sur moi tes yeux se sont posés,
Et ce lien m'a ici condamnée :
C'est ton amour qui me tue.

Toi qui de là haut, brille dans le ciel,
qui m'aime et me me déteste,
J'entends ta voix qui m'appelle,
lorsque tu entames ton chant céleste.

Je ne peux que te contempler d'en bas,
Mais je me languis de tes caresses,
Cruelle est ta tendresse,
Jamais je ne pourrai suivre tes pas.

Oh pourquoi m'aimes-tu ?
Moi, je te donne tout, je m'abandonne,
Toi, tu ne peux te confier à personne,
C'est ton amour qui me tue.

Toi qui de là haut, brille dans le ciel,
qui m'aime et me me déteste,
J'entends ta voix qui m'appelle,
lorsque tu entames ton chant céleste.

Tes filles scintilles et se rient
de notre amour interdit,
Et je ne comprends pas pourquoi
tous tes secrets te retiennent loin de moi.

Oh pourquoi m'aimais-tu ?
Le savais-tu, que j'étreindrai la folie,
Que le destin te destinait à plus jolie,
C'est mon amour qui te tue.
»

Bae sentait son cœur se soulever sous les paroles de l'Artiste. S'il comprenait ses mots, ce n'étaient sans doute pas le cas des étrangers qui les observaient : très peu de gens connaissaient le Niseis, quand bien même son apprentissage commençât peu à peu à se démocratiser grâce aux Geishas. Peu importait néanmoins que l'on puisse comprendre le dialecte : le chant et la mélodie suffisaient à faire vibrer l'âme, à éveiller les émotions et extirper des larmes ou des sourires : l'Art Divin de la Cantatrice ne laissait jamais quiconque indifférent. Le jeune musicien fit vibrer les cordes de son instruments. La gorge nouée, il pensait à Dorian. Il aurait aimé pouvoir le voir, ici et maintenant. Tandis que les dernières notes vibraient dans l'air, le blond releva la tête. Il se sentait fébrile. Lorsqu'il constata que le brun n'était pas dans les rangs des spectateurs, il sentit une déception amer se répandre dans sa gorge, même en chassant qu'il n'y avait aucune chance de l'y trouver. Il ne se doutait pas qu'il n'aurait qu'à attendre la nuit tombée pour le retrouver.

1579 mots



[Event Yicaly] - Je suis la bergère de la colline ♪ B6vi

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Miles Köerta
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Miles Köerta
Dim 06 Juin 2021, 03:30



« Merci tout le monde! »

Son exclamation me fit sursauter, sortir de ma transe, mais avant même de pouvoir reprendre conscience, une foule en délire me tira brutalement de mes réflexions. Et dans une nouvelle salve d’applaudissements et de félicités époumonées, l’artiste aux longs cheveux d’azur quitta la scène de laquelle elle était apparue, les étincelles, la colline, les Faes, les bourgeons en fleur et les pétales aux mille couleurs disparaissant en cristaux arc-en-ciel au-dessus de nos têtes. Les flocons se laissaient doucement entraîner vers le sol, irrésistiblement attirés par la gravité, et lorsqu’il y avait contact avec la matérialité, les cristaux s’altéraient, se transformaient, devenant des particules fines, lustrées, qui se perdaient définitivement au cœur du rassemblement. Émerveillés, les enfants avaient les yeux écarquillés, la cadette tendant l’une de ses mains vers le ciel pour récupérer l’un de ces fameux cristaux colorés. Mais c’est avec une tristesse bien marquée qu’elle se rendit compte que le fragment s’était évaporé dans le creux de sa paume, une fois qu’elle l’eût attrapé.

« C’est elle, Latone, l’Hozro de Mamä… ‘Fin, l’ancienne Hozro. »

Ce n’était même plus une interrogation, tant l’évidence sautait aux yeux. Son regard, collé à la scène, ne semblait vouloir s’en détacher et c’est d’une petite tape sur l’épaule que je parvins à attirer son attention, ses pupilles émeraude et saphir se portant dans ma direction.

« Elle est son portrait craché… Mais avec des cheveux bleus.

- Tu trouves ça bizarre?

- Bizarre? Non, j’crois pas. Enfin, oui, ça reste un peu étrange, mais en même temps, c’est surtout… »

La jeune fille se tut, croisant les bras, fermant les yeux, une moue pensive, très concentrée, amusant les lignes de son visage d’enfant. Elle cherchait un mot en particulier pour s’exprimer, mais ne parvenait pas à mettre le doigt dessus, les syllabes lui échappant aussi adroitement que les restes du Khitarr qui avait enrobé la foule. La voir trimer aussi férocement sur la locution de ses sentiments fit fleurir un sourire sur la commissure de mes lèvres, ma main s’infiltrant tout naturellement dans sa tignasse brune pour la lui ébouriffer. D’habitude, elle était de ceux qui parvenaient à extérioriser sans difficulté les impressions qui faisaient palpiter son battement, mais à l’heure actuelle, s’était comme si de la mélasse s’était formée entre ses deux oreilles, malaxant et emprisonnant les mots qu’elle souhaitait formuler. Même si, aujourd’hui, elle avait pleinement conscience de la curiosité qu’était notre famille, à tous les jours, pourtant, de nouveaux événements réussissaient encore à la surprendre.

« C’est surtout étonnant? Hallucinant? Abracadabrant?

- C’est ça! Hallucinant! S’écria-t-elle en frappant son poing à l’intérieur de sa paume grande ouverte.

- Et assez inattendu aussi, renchérit l’aîné de la fratrie en se tournant dans ma direction. T’es sûr que c’est pas sa jumelle cachée ou un truc de ce genre?

- Si vous avez des questions, posez-les à votre mère ou à Latone. J’en ai sincèrement aucune idée », leur déclarais-je en haussant des épaules, même si l’interrogation me revenait quelques fois à l’esprit, moi aussi.

Toutefois, avant même que les gosses n’eussent l’occasion de répliquer quoi que ce soit, une voix dans la foule nous interpella, accrochant instantanément nos ouïes.

« Nous avons la nourriture! »

D’un seul bloc, nous nous retournâmes, captant aussitôt la présence de Dærion et d’une jeune femme aux yeux noisette, dont le visage rond était encadré par une longue chevelure sombre, légèrement bouclée aux pointes. Élancée, sa silhouette cherchait à se faufiler entre les corps de la foule afin de nous rejoindre, suivant le tracé que lui dessinait le majordome avec ses longues enjambées. À leur vue, et plus particulièrement à celle de l’adolescente, le regard de Kaine s’illumina soudain.

« Océana! »

Un sourire de petit chien attendri prospéra sur les lèvres de mon fils, alors qu’il tendait sa main vers sa petite amie, l’extirpant aussitôt hors du mouvement de la foule pour l’attirer à lui. Depuis le temps que nous entendions parler de la jeune femme, sans avoir eu l’occasion de la rencontrer en personne, Kaine avait finalement accepté de nous la présenter au cours de cette sortie familiale, nous mettant en garde sur certaines règles. Un, ne pas lui faire honte, Toto avec son caractère espiègle et moi, avec mes blagues soi-disant pourries – ce gamin n’avait décidément aucun humour; deux, ne pas le tourner en ridicule en racontant d’anciennes anecdotes qui blesseraient définitivement son égo – vous savez, comme la fois où, à l’âge de six ou sept ans environ, il s’était mis à courir les fesses à l’air dans la maison parce qu’il avait vu une araignée non loin de la baignoire; et trois – mais cette règle, nous l’avions un peu établis tous ensembles – ne pas parler des Chamans et de l’Île Maudite en sa présence. Le jeune homme ne savait combien de temps nous pourrions cacher le secret à la Zoë, mais pour le moment, nous nous étions mis d’accord pour ne pas l’impliquer dans toute cette histoire. Peut-être que si leur relation continuait sur cette belle lancée qu’elle pourrait devenir une partie intégrante du secret.

D’un sourire taquin, la brune releva l’un de ses sourcils pour étudier l’expression de son amoureux, riant en le voyant aussi joyeux. Puis, elle alla chercher le contenu de ses sacs, nous montrant leurs achats, à elle et à Dærion.

« Alors, nous avons trouvé les onigiri pour Kaine et Monsieur Köerta (d’un geste, elle nous offrit les fameuses boulettes de riz enveloppées d’algue) Les gé… ji… »

Elle avait de la difficulté à prononcer adéquatement ce met traditionnel, le majordome venant aussitôt à sa rescousse.

« Les gyoza pour Toesia. »

La gamine sauta sur la boîte qui lui était tendue par sa belle-sœur.

« Merci! Je commençais à mourir de faim! »

Et notre dévoreuse se mettait à l’œuvre, aussi affamée que sa mère lorsqu’elle l’avait porté, neuf mois durant.

« Nous avons nos dorayaki, à Dærion et moi. Puis finalement… Ah! Les dango pour vous, Monsieur Köerta.

- Tu peux me tutoyer, tu sais. Je n’y vois vraiment aucun problème. Puis, j’suis encore trop jeune pour me faire appeler Monsieur.

- Mais quand t’as plus de trente ans, Pa’, t’es vieux, non? »

Silence. Puis des rires. Kaine tentait vainement de ne pas exploser, un petit sourire faisant également trembler les lèvres d’Océana.

« Bah quoi? C’pas vrai?

- Papa souffre, Toto.

- Mais…

- Ooooh! Toesia! Si tu n’existais pas, je t’inventerais moi-même!

- Normal, je suis la meilleure. Mais tu n’arriverais jamais à copier l’originale, dit-elle en gonflant son torse d’orgueil.

- … Non attend, je retire ce que je viens de dire.

- EH! Pourquoi faut toujours que tu gâches tout, toi! »

Cette fois, ce fût la goutte d’eau qui fit déborder le vase, Océana s’esclaffant de plus belle en se prenant le ventre. Rattrapant de justesse les dorayaki de la jeune fille, Dærion ne put, lui aussi, s’empêcher un sourire.

« Breeeef! Quoi qu’il en soit, tu peux me tutoyer, vraiment. Tu fais partie de la famille maintenant.

- Hahaha! C’est d’accord, Monsie… Miles. Et merci beaucoup.

- D’ailleurs, t’as autant faim que ça, Pa’? Pour te prendre des onigiri et tous ces dango? Demanda Kaine qui venait de mettre une pause à sa petite bagarre avec Toesia, coinçant le cou de sa cadette sous son bras, frottant gentiment ses cheveux courts pour les décoiffer.

- Quoi? Ah non, non! Les onigiri sont pour moi, mais les dango, je les ai commandés pour Latone. »

Par réflexe, mon regard se porta aussitôt vers la scène, sur laquelle un nouvel artiste venait de mettre les pieds, prêt à laisser entendre sa voix.

« Elle doit sûrement être disponible maintenant. Allons la rejoindre pour la féliciter! »

Cependant, nous ne fîmes même pas deux cents mètres en sortant de la foule, qui s’était agglutinée aux pieds de la scène, que nous la vîmes aussitôt, sa taille et sa crinière bleue, toujours entrelacée dans une longue tresse fleurie, marquant aussitôt nos rétines. D’un bon pas, nous nous remîmes en marche, ma voix s’élevant au-dessus des autres inflexions et des instruments de musique pour l’appeler.

« Latone! Hey! Latone! »

Quand elle se retourna dans notre direction, un grand sourire s’épanouissait sur mon visage alors que je balayais l’air de ma main pour lui confirmer notre position. Elle semblait heureuse de nous voir et constater cela me mit un peu de baume sur le cœur. Quand elle était apparue sur la scène de spectacle, je l’avais senti tendue, nerveuse, cette vision me plongeant dans une drôle d'émotion. Puis, sans crier gare, une déferlante, aussi violente que brusque, avait inondé chaque centimètre cube de mon crâne, faisant remonter à la surface de ma mémoire des bribes de souvenirs qui ne m’avaient pas interpellé jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à ce que je la croise ainsi, affublée de sa longue robe sur la grande scène d’Aïkisu, et qu’elle se mette à chanter devant la foule. Une impression de déjà-vu m’avait aussitôt giflé et je m’étais mis à recollecter chaque fragment perdu de ce rêve particulier. Comment s’était-il terminé déjà? La question continuait de me trotter en tête, mais pour le moment, je préférais mettre de côté ces impressions et me focaliser sur l’instant présent. Parce que maintenant que la nervosité de la scène s’était dissipée, tout ce qui restait dans le cœur de l’Orisha n’était que cet immense et grisant sentiment d’accomplissement : ça se voyait aux quatre coins de son visage, celui-ci agrémenté d’un léger teint rosé. Ce dernier détail, je le mis aussitôt sur le compte de l’adrénaline et de la satisfaction.

« Déjà ivre de ton succès? Et c’est pas fini! Je t’amène quelques admirateurs pour un autre tour. »

Et comme un ressort que l’on venait de détendre, Toesia bondit devant Latone, l’enfant se mettant aussitôt à l’examiner de la tête jusqu’aux pieds un certain temps. Elle n’avait pas l’habitude d’être injustement froide à l’égard d’autrui, et avec cette inconnue – peut-être parce qu’elle partageait énormément de similitudes avec sa génitrice ou bien parce que Toto avait désormais conscience que Latone avait joué un rôle important pour elle, celui d’une mère – l’idée même d’établir une distance entre elles ne lui effleura pas l’esprit. Au lieu de quoi, la petite Orisha se rapprocha davantage, gratifiant la Bleue d’un large sourire et d’une œillade aux reflets pétillants, explosifs.

« C’était un spectacle absolument GÉNIAL! Y’avait la colline et puis là BOUM! S’écria-t-elle en imitant la détonation d’une explosion. Y’a eu des lucioles partout et plein de pétales de fleur! C’était trop beau! »

L’enfant était surexcitée, gazouillant sans prendre une seule respiration, sa boîte de gyoza tressautant dangereusement entre ses mains. En plus, elle eut la bonne idée de faire un tour sur elle-même, copiant la chanteuse lorsqu’elle avait récité son refrain de la bergère sur la colline, comptant sortir sa crinoline ♪ Décidément, à ce rythme, elle allait tacher son kimono et les nôtres, son frère se glissant à ses côtés pour éviter tout incident.

« Tu vas en mettre partout, la gronda-t-il avant de lever les yeux vers Latone, l’air doux, comme plus serein d’affronter ce visage, cette vérité, maintenant qu’il y avait déjà été confronté. C’était absolument magique. Félicitation pour cette entrée en scène! Je savais que tu avais de la Voix, mais je ne pensais pas que tu en avais autant là-dedans », déclara-t-il en tapant son torse.

S’avancèrent alors Dærion et Océana. Si le premier salua la performance de l’Hurabis de la manière la plus sobre mais sincère qui soit, la réaction de la jeune femme, en revanche, fût complètement différente de ce que je m’attendais d’une personne aussi légère et ouverte que la Zoë, alors qu’elle tenait fermement la main de son amoureux et qu’elle contemplait, des étoiles dans les yeux, la haute silhouette de la Marcheuse. Est-ce qu’elle… rougissait en plus?

« La Voix à Océana? Eh oh!

- … »

La jeune femme semblait s’être complètement déconnectée, incapable de prononcer quoi que ce soit devant l’une des plus grandes célébrités de Ciel-Ouvert.

« Eh, Latone, elle est à moi, compris? » Rigola le brun en voyant la marque qu’avait laissé la Guide dans l’esprit de son amoureuse.

Quant à elle, Océana parut s’éveiller, réagissant au quart de tour en enfonçant son coude dans les côtes de l’archer. Toesia se mit à rire de la gueule de son frère, tandis que le pauvre Kaine mimait la souffrance comme un professionnel, le sourire aux lèvres. Tous ensembles, les enfants se remirent à discuter entre eux du spectacle, alors que je me rapprochais finalement de la Bleue, marmonnant doucement à son oreille :

« Ils sont toujours les mêmes : énergiques et insupportables. Ils étaient assez curieux de te voir, lui avouais-je avant de me détacher quelque peu, l’observant droit dans les yeux. En tout cas, tu t’es vraiment dépassée, ce coup-ci. C’était mwuah! Fis-je en faisant éclore mes doigts, dans un baiser que je laissais s’envoler. Est-ce que tu penses avoir du temps pour faire un petit tour? Les enfants et moi, on comptait se rendre au temple pour faire nos vœux. Ça te dit? On ne t’enlèvera qu’une petite heure. Koe devra survivre d’ici là sans toi! »

Je me retournais brièvement vers le reste de la compagnie.

« On part pour le temple? »

Les enfants acquiescèrent d’un hochement de la tête, ouvrant la voie, tandis que Latone et moi les suivions à quelques mètres de là.

« Oh! J’ai failli oublier en plus. C’est con, sachant que c’est moi qui les ai commandés. »

Je tendis les brochettes de dango à la Bleue.

« J’me disais qu’avec toute l’excitation et le stress d’être sur scène, ça te creuserait certainement l’appétit. T’en veux? Je te promets que c’est délicieux. Et si ça ne l’est pas, euh… Tu pourras m'attacher. Doucement, par contre, je suis fragile, feignais-je en arborant un air innocent, rigolant à sa répartie. Mais sérieusement, bravo pour ce spectacle. Très éblouissant et coloré! D’ailleurs, c’est qui qui t’as coiffé? Koe? »

J’observais l’océan bleu sur lequel flottait encore d’innombrables fleurs, prenant quelques libertés en laissant courir ma main jusqu’aux cheveux tressés.

« Elle a fait un sacrée travail. Ça a dû vous prendre des lustres organiser tout ça. Mais ça en valait la peine. Ça te va super bien. T’es belle comme ça. »

Je marquais une pause, me figeant brièvement, mon regard glissant alors jusqu’à son faciès. Et si ce rêve avait été comme celui que j’avais partagé avec Léto, durant la nuit du mariage? La Chamane m’avait raconté que, parfois, les rêves créaient un pont entre deux êtres que le Destin souhaitait réunir. Si je n’avais pas toute l’explication en mémoire, ses paroles m’avaient tout de même rendu curieux. Et si la Latone que j’avais entraîné et soutenu dans ce rêve était celle qui se tenait là, devant moi, parce que le Destin nous aurait… réuni? Et si… … Hum. Je me râclais discrètement la gorge.

« Et, Latone, juste pour que tu saches : oui, tu as été à la hauteur, et toujours aussi superbe, comme l'on s'y attendrait de l'Éclat de Ciel-Ouvert. »

J’étudiais tranquillement sa réaction, me réconfortant que, dans le pire des cas, elle me rirait au nez. Toutefois, avant que j’eusse le temps d’analyser son expression, la voix de Toto nous appela. Le temple était droit devant nous, prêt à recevoir nos vœux.


2 562 mots (Sans les paroles de Latone)




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Wakiya
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Wakiya
Dim 06 Juin 2021, 18:12




" Ce sera un plaisir de vous aider, Dame Muramasa. " Un petit tout petit rire complice accompagna leurs messes basses. Si une corde ou n'importe quelle fibre tressée s'était retrouvée dans ses mains à ce moment-là, Wakiya n'aurait pas hésité à l'étirer avec fierté.

L'imprévu rythmait son escapade par-delà Maëlith, semant sur son chemin une pile de bonnes surprises qui enfouissaient, peu à peu, les mauvais souvenirs de ses premières heures d'indépendance. Revenir au village n'étant pas une option, la Sunano devrait poursuivre son périple afin de retrouver Monsieur Hibou, ou au moins découvrir davantage les paysages voisins et leurs natifs. Toutefois, le traumatisme encore trop ancré en son esprit, Wakiya n'osait pas quitter les Terres d'Émeraude par crainte. Du moins, pas par ses propres moyens. De village en village, ses pas la firent rencontrer beaucoup de gens mais pas ceux qui réussiront à l'extirper de sa torpeur. À Bara, la Hanatsu passa une agréable soirée en compagnie d'Andrea, ainsi qu'une nuit plus paisible où elle trouva du réconfort. Malheureusement, ce type d'occasion ne se présentait que comme ponctuelle. Elle se retrouvait comme bloquée dans une boucle infinie où avancer ou reculer s'avéraient impossibles. Effrayée à l'idée d'être prisonnière à jamais – un comble pour une initiée du Shibari – Wakiya songea qu'Aïkisu serait son ultime chance. Dans le cas contraire…

La jeune Orine était ravissante, pour n'importe quel étranger guère habitué aux apparats de son peuple. Ce fut grâce à cette façade que ses idées noires purent demeurer cachées au plus profond. Wakiya ne croyait pas au hasard et finissait par assimiler l'arrivée de Ren et de ses Aisuru comme une bénédiction de Kennocha. En quelques tours de l'Æther, la Hanatsu s'était retrouvée conseillère assurée en mode Orine. En réalité, elle se faisait transportée par Muramasa, dont la jovialité et la prestance firent éclaircir des dizaines d'étoiles sur le céleste de ses prunelles. C'était la première fois qu'elle rencontrait une Orine affiliée à un système militaire : plus que d'être dépassée par la taille, Ren démontrait une puissance que Wakiya enviait. Avait-elle appris à se défendre aux côtés des Anges ? Serait-elle-même capable de se battre pour eux ? Elle était fascinante et sa chevelure écarlate si éclatante ! Le tout serait sans compter l'allure des soldats jumeaux, dont l'un s'extirpa de la situation avec une incroyable dextérité. Cela la fit au moins sourire. Ils étaient des géants pour elle, si riquiqui et maigrichonne à leurs côtés. Pour autant, sans parler d'intimidation, ils l'intriguaient.


" Vos yeux… " À l'instar de sa carrure, sa voix se fit plutôt discrète.

Depuis leur altercation, la jeune femme n'avait guère osé les observer avec attention. Et maintenant qu'on lui offrait l'occasion de mettre son grain de sel, Wakiya se vit naturellement attirée par le faciès du dénommé Isiode. Le bleu glaçant de son regard se fit plus remarquable avec les tons de cet ensemble. Elle l'imaginait très bien pouvoir figer ses ennemis avec de tels iris, mais présentement, accoutré de la sorte, il lui donnait beaucoup envie de l'attacher avec les plus belles cordes du monde.


" Il fait ressortir vos yeux. " Précisa-t-elle, preste, afin de chasser cette idée de la tête.

Consœurs de l'Inspiration, Ren comprenait avec aise les dires de sa plus jeune camarade. Wakiya voulut baisser à nouveau le regard mais l'idée du foulard la happa une nouvelle fois. À mesure de cette séance d'essayage, elle se sentit plus impliquée, et plus heureuse.


~~~

Si jusqu'ici ce ne fut qu'un masque, sa véritable gaieté réchauffa enfin son cœur. Elle ne se retrouvait pas dans l'ombre mais, au contraire, tirée vers la lumière par ce singulier trio. Ce qui ne devrait être qu'une formalité pour elle se montra comme une libération : de son doigté agile, Wakiya avait brillé sous leurs regards captivés. Elle avait tressé les cheveux d'Isiode avec une aisance remarquable, et entretemps elle avait aidé Isley à finaliser son bracelet tressé, le pauvre soldat plutôt embêté à gérer ce niveau de précision. La Sunano ne se moquait alors pas de lui mais lui proposait avec joie son aide et son expertise. Ainsi, d'un coup de main mesuré, Wakiya semblait être acceptée dans ce cercle dynamique et sa présence fut plus que bienvenue.

On pourrait penser que la jeune femme calculait le moindre de ses mouvements tant ils semblaient mécaniques, ce qui n'était pas le cas. La perfection n'était point un but que cherchait la brunette, cette gestuelle se présentait plutôt comme le reliquat de son Art. Accordée avec sa personnalité, elle l'illustrait comme une femme tranquille, douce et attentionnée. Le simple fait de saisir une gourmandise tendue par le Yuërell l'attestait. Elle ne quitta pas Isley des yeux, lui contant la merveilleuse alchimie qui existait entre une Orine et son Maître. Wakiya était enchantée, elle désirait tant vivre une telle aventure. Comme s'il s'insinuait dans son esprit, le plus tendre des jumeaux lui posa cette question fatidique : qu'est-ce qui ponctuera son "Après" ? Abaissant son regard verdoyant, songeuse, la Sunano assembla son discours afin d'être le plus honnête possible avec ses sentiments et vis-à-vis de son interlocuteur.


" C'est mon but depuis que j'ai quitté Maëlith. Plus que les autres Filles des Arts, une Orine comme moi a besoin d'un tel être pour s'épanouir. Un sourire attristé ternit son visage. Je pensais avoir trouvé mon Aisuru, mais… je me suis peut-être trompée… " Bercée par la prestation musicale, elle se morfondit dans un silence songeur.

Ces confessions ne manquèrent pas d'intriguer Isley, voire de l'inquiéter. À la fois curieux et prêt à la soutenir, l'Ange souhaita lui demander ce qu'elle entendait par "une Orine comme elle" et à quel Aisuru potentiel elle faisait référence. Wakiya ne le vit toutefois pas arriver à grands galops, car Ren s'empressa de lui couper l'herbe sous le pied. La plus jeune Orine releva le regard sur son aînée et l'applaudit avec grâce.


" C'était fantastique, Ren ! Tu joues à merveilles de l'erhu. " Les deux artistes échangèrent un sourire complice, comme si elles avaient parcouru les recoins de Maëlith durant des années.

Touchée par la générosité de ce trio, la Hanatsu eut enfin assez de courage pour soutenir l'œillade du guitariste ; au moins pour cette fois. Elle conta son envie d'écouter cette fameuse musique, celle qui s'adressait aux bien-aimés, qu'ils furent distants ou si proches. Assise en tailleur, la brune ferma les yeux alors que les deux musiciens fusionnèrent leur talent en une douce symphonie. Si tout ceci n'était qu'un rêve, elle souhaiterait tant ne pas se réveiller.


~~~

La nuit couvrit les Terres d'Émeraude de ténèbres insondables, auxquels les Orines répondirent par des Arts mystiques tout droit sortis de fantasmes oniriques. La musique battait toujours autant son plein, tandis que le moindre recoin du village fut illuminé de bougies, enveloppées de lampions. De toutes les couleurs, ces jeux de lumière faisaient battre le cœur des plus sensibles et décuplaient l'imagination des plus petits. À cette heure du spectacle, Wakiya savait exactement à quoi s'attendre et ce fut pourquoi elle proposa à ses compagnons de la suivre. Ils seraient, certes, plus tranquilles du haut de cette colline, toutefois une telle attraction ne se vivait qu'en s'y plongeant de tout son être. Confiante, elle leur promit qu'ils ne seront pas déçus.

Non loin de la foule entassée face à la scène, le quatuor vagabondait entre les nouveaux stands proposant des articles plus exotiques en cette heure nocturne. Si l'appel de la gourmandise pourrait à nouveau les tenter, ce fut un tout autre divertissement qui activa la soi-disant toute discrète Orine. De sous son kimono, Wakiya extirpa le masque que lui offrit Monsieur Hibou avant de l'abandonner. Un sentiment nostalgique l'envahit de manière fugace, puis elle se résolut à l'enfiler.


" Regarde, Ren ! Son aînée ne s'attendit pas à découvrir un tel faciès décoré. Il me va bien ? " C'était le cas, car Muramasa put admirer l'intensité de ses prunelles émeraudes. Ce dit fait lui octroya un regain d'énergie.

Dans la lignée de son idée, Wakiya lui présenta – ainsi qu'aux Aisuru – un marchand de masques traditionnels. Elle leur fit découvrir plus particulièrement ceux à l'effigie de dragons, certains mignons, d'autres plus effrayants, mais tous symboliques à leur manière. Elle insista pour leur offrir un masque chacun, même si l'entêtement de chaque protagoniste fut tendu à concilier. Quoi qu'il en soit, ils finirent avec leur masque fétiche, à l'instar de la plupart des invités autour d'eux.

[Event Yicaly] - Je suis la bergère de la colline ♪ Banniz85

Pile à temps, la principale raison de leur venue leur passa littéralement au-dessus de la tête. Sans avoir à les enjoindre de suivre son regard, Wakiya leva les yeux au ciel pour admirer les artifices magiques : de géantes carpes Koï nageaient dans le ciel, illuminés d'un monochrome harmonieux. Les êtres d'ordinaire aquatiques opéraient une parade au rythme de la musicalité environnante. On ne pouvait qu'écouter et admirer la prestation avec une entêtante attention.

" Monsieur Isley, vous êtes sûr de ne pas vouloir un tatouage ? Une carpe vous irait à la perfection ! " Après tout, selon une légende bien connue, à force de persévérance, une carpe pouvait devenir un dragon.

Ce monde était merveilleux et Wakiya ne pouvait se résoudre qu'à penser que, même par-delà les frontières, il le serait. Sinon, comment des personnes aussi gentilles que Ren, qu'Isley ou qu'Isiode pouvaient exister ? Ses prunelles verdoyantes s'en retournèrent sur eux, sur leurs visages à moitiés couverts, baignés par la lueur frénétique de la magie céleste. Son sourire s'effrita peu à peu. Et si…


" Pardon… Je… peux vous parler ? "

Inévitablement, le soudain comportement de la brune attira le trio uni un peu plus à l'écart, à l'arrière de la plupart des stands où on ne devrait guère les déranger. De toute manière, le spectacle continuait de battre son plein, que ce fut sur terre ou au ciel. Les mains de Wakiya se mirent à s'agiter mutuellement, comme si elle cherchait à tresser quelque chose d'irréel. Elle était nerveuse car elle sentait que son audace la fera défaillir. Elle n'osait presque plus soutenir leurs regards, tant elle se pensait égoïste. Malgré tout, la jeune Orine aimait à croire que, cette fois, elle ne se trompait pas. Après avoir serré les poings pour relever la tête, elle leur confia avoir une requête.

" Je peux venir avec vous ? Après le festival, ils s'entendaient. Autant dire que la demande fit sensation. Je sais que c'est un peu étrange… Elle chercha ses mots, toute timide. J'essaye de voyager, mais je n'y arrive pas. C'est mon destin de quitter les Terres d'Émeraude mais je ne trouve pas le courage pour franchir cette étape. Le pire dans tout ça, c'est que je sais exactement pourquoi : je ne veux pas être seule. Silencieuse, elle se massa la nuque, là où trônait son tatouage fleuri. Vous êtes des personnes formidables, vous m'avez redonnée le sourire sans rien demander en retour. Et quand je te vois, Ren… Quand je vous vois ensemble, je me dis que j'aimerais être comme toi. J'aimerais avoir cette chance de me retrouver en si bonne compagnie, de pouvoir me découvrir et d'apprendre à connaître ce monde tout en étant soutenue. Plutôt incertaine, elle eut le réflexe de retirer son masque, comme pour alléger sa conscience. Je me rendrai utile, je ferai tout ce que vous voudrez, je vous aiderai, je… je… " La brunette se sentit défaillir. Comment pouvait-elle être autant bornée avec des êtres aussi forts, aussi charismatiques ? Elle se sentait si misérable tout à coup.

Alertée par la détresse de sa nouvelle amie, Muramasa refusa de la laisser livrée à elle-même et l'attrapa pour la serrer dans ses bras. Le visage de la Sunano fut enfoui contre l'épaule de la rouquine, son petit corps tremblait un peu sous l'étreinte de l'aînée. D'une main aimante, Ren lui caressa les cheveux, tout en échangeant un regard avec les jumeaux ; comme animé par son devoir, Isley se joignit à l'étreinte, sans risque de suffocation de la part de la cadette. La cause devrait être entendue. L'Orine inexpérimentée ne serait pas un poids, car elle avait prouvé en cette soirée qu'elle possédait ce pouvoir de ravir son entourage. Tout ce qu'il lui manquait, c'était cette chance de s'exprimer.



2144 mots ~


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Latone
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Latone
Jeu 10 Juin 2021, 22:55




Une vive chaleur parcourut son être à l'entente de cette douce voix. En un quart de tour, Latone se retrouva face à un visiteur inattendu. Son franc sourire fit emballer son cœur, alors que l'adrénaline du concert devait être parti depuis le temps. Malgré tout, ce sentiment lui fut plutôt agréable, sinon elle ne sourirait pas tout autant, en répondant avec hâte à ses salutations.

" Miles ! Hey ! " Son bras balançant avait percuté un pauvre passant, mais elle s'en contrefichait tellement qu'elle ne fit même pas gaffe.

Ni paysanne, ni en crinoline, la Kirzor rejoignait le Köerta en tenue hautement banale pour ce coin paradisiaque. En effet, son kimono aux tons clairs mit en évidence sa longue natte fleurie, ajusté de telle sorte qu'on ne pourrait même plus faire gaffe à ses muscles entraînés. À l'instar de la chanteuse de tantôt, la féminité de Latone fut décuplée. Point guerrière, ni potentielle impératrice, juste une femme accoutrée comme une Orine. À cette idée, sa jovialité persista jusqu'à la commissure de ses lèvres, car si on exceptait cette satanée robe blanche de l'époque, Miles ne l'avait point vue être aussi coquette. Enfin… Il y avait ce rêve. D'un coup d'un seul, les rémanences du Neru frappèrent son esprit et rougirent ses pommettes. Pour elle, cette intimité fantasmagorique demeura floue, même si les mots du Köerta hantèrent quelques fois ses nuits. Et puis, elle se souvenait à la perfection de son audace peu avant la rupture… Bon sang, même oniriquement parlant, elle avait tenté de lui voler un baiser, et, à peine quelques jours auparavant, elle s'était touchée en pensant à lui ; heureusement qu'il ne l'apprendra jamais. Sans qu'elle ne s'en rendit compte, son absence lui causait une pénible frustration. Elle l'aimait bien, elle appréciait sa présence et sa voix ; leur alchimie lui donnait tout bonnement envie de fixer le lendemain avec lui pour voir de quoi il serait fait. Miles était si proche et pourtant si inaccessible sur bien des points. Inutile de souligner, alors, que Latone continuait de subir les frimas de son cœur.

Son attention perdue sur la bouche de cet effronté, l'Orisha papillonna des yeux en chassant ce souvenir de la chambre des Köerta, où elle eut son premier vrai baiser, rien que pour. Mais par le biais du corps de Léto. Ce fut également le même soir où Latone crut avoir anéanti une famille par égoïsme et lâcheté. Pourtant, Miles ne lui en voulut pas et, sous ses yeux, ses fameuses progénitures l'observèrent avec une tendresse et une curiosité mal cachées. Son sourire se fit plus doux sous les mimiques de la fulgurante Toesia. Au moins, elle n'avait pas changé d'un pouce, ce qui la rassurait dans un sens. Il se pourrait que dans les prochains jours, elle pourra lui tapoter la tête comme lors de l'usurpation. Kaine avait donc bien une petite amie. Il grandissait si vite ! Il a sûrement réussi à la séduire grâce au conseil que Latone lui donnât, le soir où tout partit à vau-l'eau entre Miles et elle. Eh, cela voulait dire que la Bleue était déjà parée pour avoir un petit ami, elle aussi. En tout cas, elle avait déjà une touche avec la dénommée Océana. Face aux accusations, la Guide haussa les épaules en détournant le regard. N'était-ce pas le papa Köerta qui mentionnait son succès, justement ? En tout cas, Miles semblait lui avoir dit la vérité : les descendants de la Sùlfr ne lui en voulaient pas à elle, l'Hozro entraînée dans cette sacrée histoire.

L'Aäsho baissa les yeux, sans pour autant masquer ce sourire qui trônait sur ses lèvres vermeilles. La Voix chaude du Naäzkil fit valser son esprit à l'instar du Neru. Le bleu de ses yeux se mêla au rouge des siens, une aura d'intimité les enveloppait quelques instants malgré le boucan ambiant. Ses joues finirent par gonfler devant le geste insolite du Köerta, cette espèce de baiser fictif comme s'il venait de s'enfiler le meilleur plat du monde. À deux doigts de pouffer de rire, elle ne put se contenir.


" C'était quoi ça ? Il était si bizarre des fois, mais ne l'était-elle pas autant ? Oh oui, par pitié, emmenez-moi loin d'elle ! " Soupira-t-elle en levant les yeux au ciel, comme pour louer les Ætheri de cette chance. Rien de personnel vis-à-vis de Koe, mais Latone risquait de plus que simplement grogner à force d'être dépassée de la sorte.

Heureusement que les enfants faisaient toujours preuve de complicité, ils étaient une sacrée aubaine. Alors que la Marcheuse s'apprêtait à être l'une des premières à fouler le temple, loin de la scène et de ses coulisses, la surprise de Miles la figea. Elle ne pouvait décemment pas nier que chaque présent de sa part lui procurait un certain plaisir. Même lors de son confinement à la roulotte, il ne se contentait pas du juste nécessaire comme les autres Guides : il parvenait toujours à apporter sa petite touche personnelle, celle qui surprenait et rendait la Bleue un peu plus heureuse de cette nouvelle vie. Elle le remercia aussitôt, intriguée par l'aspect coloré des boulettes ; cette singularité l'interrogeait sur le goût de ces fameux dango. Sans plus de cérémonie, elle goba la première tandis que Miles terminait ses pitreries. Tout en mâchant, elle sourit, ses yeux plissés pleins de malice.


" Comme c'est dommage, ce n'est pas si bon que ça. Elle avala bruyamment. Je n'irai pas doucement, Miles le Fragile. Répliqua-t-elle sur sa lancée. Elle reprit son sérieux lorsqu'il lui fit part de sa curiosité. Ouais, Koe. Quelques Orines l'ont aidée. " Ce n'étaient pas simplement les artistes : Latone elle-même était vraiment fière de cette coiffure. Elle la portait avec autant de plaisir que lorsque Clo lui tressait une couronne fleurie.

Sans crier gare, le Molosse s'immisça sur son espace personnel, avec un naturel décontenançant. Il était si tactile, cela lui rappelait cette fois où il n'eût d'autres choix que de vérifier sa palpabilité alors qu'elle venait de renaître. Dans le corps de Léto, elle s'était toujours refusée à ce qu'il la touchât, alors qu'avec le sien – cette nouvelle enveloppe – cela ne la contrariait pas. Elle aimait bien qu'on lui touchât les cheveux, qu'on les ravivât d'une main de maître. Entre cette caresse et son compliment à son égard, Latone ne savait clairement plus où se mettre. Elle baissa les yeux sur sa brochette, le rouge toujours aussi obstiné sur ses joues. Elle ne remerciera jamais assez les Orines de l'avoir maquillée, afin de minimiser ce côté greluche qui lui collait à la peau avec cet imbécile. Eh ben tiens, puisqu'il lui touchait la natte, elle ne se gêna pas pour saisir le col de son kimono, comme si elle s'apprêtait à trifouiller ce qu'il cachait en-dessous.

" On en parle de ton kimono ? Tu devrais le porter plus souvent. Comme ça, il se dévoilera un peu plus pour ses beaux yeux. Retenant une raillerie supplémentaire, elle hésita une brève seconde avant de se lancer à son tour, sur un ton plus timide : Tu es pas m— "

Il s'était raclé la gorge. Et elle dût faire pareil, ainsi que de le lâcher. À quoi pensait-il au juste en la fixant de la sorte ? Le pire, c'était que parfois, elle avait l'impression d'être dans sa tête. D'instinct, le Neru revenait encore à la charge. La probabilité qu'il en fût témoin s'avérait si faible qu'elle ne pourrait le croire. Pourtant, Miles répondit enfin à ses interrogations laissées en suspens. Comme si l'irréel se mêlait au réel. Elle resta bouche bée, comme inerte, sa main n'osant même plus jouer avec ses jolies tresses. Belle, superbe, à la hauteur, tout ce torrent de fierté lui donnait encore plus de courage. Miles était… si génial.

" ON EST ARRIVÉ, YOUHOU ! "

D'une œillade, les deux adultes surent qu'ils pensaient à la même chose : Toesia ne lambinait pas sur la discrétion. Plutôt perturbée par ce drôle de moment en sa compagnie, Latone décida de prendre une petite distance, sans que cela parût trop évident. Une certaine foule patientait son tour, dans un respect religieux, mais toujours aussi festif. La fameuse Toesia en profita pour poser quelques questions à la Bleue, comme pour la tester. Le verdict était sans appel : Latone connaissait bel et bien la famille, comme si elle avait vécu avec eux durant des années. À l'époque, les Köerta représentaient en quelque sorte son refuge, un point d'ancrage dans la Vie, à peine palpable pour une Hozro.

" De toute façon, tu dois encore me convaincre que la raclette est meilleure que la fondue. " Des étoiles s'illuminèrent dans les prunelles de la cadette.

" Ce soir, c'est raclette ! "

" Non… "
Il était dépité. Océana en rit, de toute manière trop intimidée en présence de la Hurabis en cheffe.

Face à cette scène hautement banale parmi la fratrie, Latone put constater l'hilarité et le bonheur se mêler sur le visage de Miles. Il était vraiment heureux avec ses enfants, d'autant plus depuis qu'il s'était marié, supposait-elle. Elle se demandait comment il était avant Léto, même avant Ciel-Ouvert. Elle se demandait si… Hmm, c'était stupide de s'imaginer à la place de sa femme. Tout aurait pu être diablement différent. C'était bien ainsi, c'était même une chance qu'elle ait pu construire et garder un tel lien. Ce serait sûrement ce que se dirait Lolaha, ce qu'elle se contenterait. Pourtant, Latone ne semblait pas être en phase avec ce défaitisme.

Sans crier gare, la Bleue se retrouva avec une plaquette en bois dans les mains. Il était déjà l'heure de formuler ses vœux ou ses prières, afin que les divinités chères au peuple de l'Inspiration pussent y répondre. Comme prédit, les enfants se montraient surexcités à l'idée de s'octroyer bonne fortune avec un simple vœu. Toesia émit en bien gros son intention de devenir la Hurabis la plus forte de Ciel-Ouvert. Kaine et Océana cherchaient à réussir leurs examens afin de poursuivre leurs études et de devenir des personnalités importantes, chacun dans leur domaine respectif. Pour Dærion, l'attachement qu'il portait à la Cité des Chants lui intimait d'étendre son influence, car chaque être de ce monde devrait être libre de laisser sa Voix parvenir jusqu'aux Ætheri. Quant à Miles, pourquoi émettre un souhait lorsque tout lui souriait ? Tout ce qu'il lui importait, c'était de protéger sa famille et leur bonheur. Venait alors le tour de Latone. Elle se figea sur l'ema. Cela lui parût étrange de formuler un tel vœu, alors que sa piété n'était plus à prouver. Mais au point où elle en était, il y avait bien un caprice qui trottait dans sa tête. Ce n'était pas grand-chose, c'était absolument futile… Pourtant, avec tout ce qu'elle vécût, il n'y aurait pas de plus beau cadeau. Ses plus grands rêves, comme la conquête de Linos ou la découverte de son passé, elle obtiendra tout cela par ses propres moyens ; elle ne rééquerrerait aucune assistance pour ces objectifs. En revanche…


Je veux que mon ami m'embrasse.

L'Orisha accrocha l'ema sur le portique, tentée d'épier les autres vœux avant de se défiler. De toute façon, son écriture n'étant qu'un amas de gribouillis, les Ætheri ne prendront même pas la peine de s'embêter avec elle.

La Kirzor descendit les marches du sanctuaire, remarquant sans surprise que les Köerta l'attendaient. C'était sans compter l'électrique Toesia qui remarqua un amas de cerfs-volants au loin et chercha à s'y rendre pour en obtenir un. Toute la compagnie chercha à la contenir, en vain. Mis à part Miles qui se contenta de rire et soupirer, laissant le loisir à Latone de le rejoindre. Les enfants n'étaient vraiment pas possibles, c'était un fait. D'un pas beaucoup plus lent, les deux Marcheurs suivirent la piste laissée par la furie de Ciel-Ouvert. Le Köerta fit la conversation, il la taquina sur son potentielle vœu et sur le temps que cela lui a pris pour le mettre à plat. Cela dérapa forcément sur son écriture désastreuse ; il lui proposa des cours particuliers, elle se contenta de lui exhiber son majeur. Au bout d'un moment, lorsqu'ils durent s'arrêter pour laisser passer un groupe plus important, Latone cessa de le suivre et Miles le remarqua bien vite. Elle le fixa, il s'inquiéta. Elle parvint à affronter son regard et à se rapprocher, l'air tout à fait sérieuse.


" Est-ce que… La jeune femme abandonna son interrogation. Oui, il devait avoir rêvé avec elle, sinon il ne lui aurait pas adressé ces flatteries, si douces. Son unique échappatoire fut de sourire gauche et de laisser transparaître une expression moqueuse. Tu n'étais pas censé me le rendre ? Face à son air incongru – ce qui était tout à fait compréhensible – elle se fit plus clair en esquissant un nouveau pas, plus près. Je parle de ça. Elle porta ses doigts à ses propres lèvres, ce contact avec soi-même lui fit comme un électrochoc ; elle se souvint du baiser du Voile Blanc, de celui d'Ezechyel à Souw'Gar, encore de celui de Miles dans la chambre. De tout ce que ce simple lien intime avait provoqué en elle : une éruption d'émotions trop insupportable à gérer. Tant pis. Fit-elle en tout pour tout, plus que jamais frustrée. En se détournant à moitié de lui, Latone lui offrit qu'un demi-sourire. On se revoit à Ciel-Ouvert. " Une promesse.

Suite à son acte inconsidéré d'entretenir le Neru, il lui était apparu impossible de rester plus longtemps dans les parages.



2372 mots ~



By Jil ♪
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Kaahl Paiberym
Lun 28 Juin 2021, 21:05



Je suis la bergère

de la colline


Cher Adam,

Penses-tu que je parle trop de sexe lorsque j’écris à Mancinette ? Ne lui dis pas que je l’appelle comme ça parce que je crois qu’elle chercherait à se venger et risquerait de m’envoyer Neah sur le dos juste pour me mettre mal à l’aise. Si jamais il débarque, je compte sur toi pour venir me défendre. Tu n’auras qu’à faire des blagues graveleuses et peut-être que ça le fera fuir. Cela dit, je sais bien que puisque tu ne lis pas les lettres que j’envoie à Mancinia, tu ne peux pas savoir si je parle trop de sexe dedans ou pas (elle ne te les fait pas lire au moins ?).

Si mon écriture est bancale, c’est parce que je suis dans une charrette en direction des Terres d’Émeraude. La route est plutôt droite mais je soupçonne le conducteur d’avoir eu la main lourde sur la gnole. Je sais que j’aurais pu me téléporter mais je me sens fatigué ces derniers temps. J’en ai déjà parlé à Mancinia mais ma magie a l’air d’avoir une vie à part entière. Plus elle est visible et active et plus je me sens vidé. Je suis peut-être malade d’un étrange mal qui me contraint à ne plus me souvenir des adresses des gens que je connais et côtoie depuis des années. Je n’arrive même pas à retrouver où est-ce que j’habite et ça fait plusieurs jours que je dors dans la rue avec mes animaux de compagnie. Heureusement qu’il fait bon. J’ai pensé à demander à Priam si je ne pouvais pas dormir chez lui mais, un : je crois que ce n’est pas une bonne idée, deux : je n’ai pas trouvé sa maison non plus, trois : ce n’est vraiment pas une bonne idée. Ne te fourvoie pas, j’ai pensé à Esther en premier lieu mais la maison de ma compagne est aussi énigmatiquement située que celles de mes autres connaissances. Si tu pouvais m’envoyer ton adresse, ça m’arrangerait. Le temps que je retrouve mes esprits, je pense qu’il vaudrait mieux que je vienne chez toi. On se fera des soirées tous les deux, comme au bon vieux temps. Mais n’essaye pas de me tripoter, ce serait mal de profiter de ma faiblesse. Si tu invites des conquêtes, je ne serais pas trop regardant. J’ai l’impression d’avoir une existence entière de nuits blanches à rattraper tellement je me sens fatigué. Je parie que tu pourrais le faire juste devant moi sans que ça ne me réveille (ne le fais pas, je ne veux pas faire de cauchemars).

Je ne t’ai pas dit pourquoi j’allais sur les Terres d’Émeraude. Il y a un concert à ciel ouvert là-bas. Tu es peut-être déjà au courant. Si tu y vas aussi, on pourrait se rejoindre ?

Donne-moi de tes nouvelles.

Ton meilleur ami qui n’arrive plus à retrouver son chemin.

PS : Si tu vas au bal, tu pourrais t’habiller en rouge. Tu serais assorti avec Mancinia.

PS bis : On ne sait jamais, Neah ne sera peut-être pas là. Tu pourrais en profiter pour te rapprocher d’elle en prétextant la couleur identique de vos vêtements. Ne me remercie pas.

-

Lorsque nous arrivâmes enfin sur place, l’animation était à son comble. Je descendis de la carriole, accompagné du Kinshäla et du Dragon Royal. Les deux entretenaient des rapports étranges. Le Dragon toisait l’autre qui, après un effort surhumain pour l’ignorer, se prenait la tête entre les pattes et partait en crises, excédé d’être ainsi regardé de haut. Nous nous faufilâmes entre les stands et, soucieux de m’acclimater, je ne tardai pas à proposer mes services en l’échange d’un kimono. C’était confortable. Mes cheveux semblaient totalement indépendants du reste de mon corps, comme si ma magie s’amusait à les déplacer ou à leur insuffler la vie. À chaque fois que je plongeais mes yeux dans le regard d’un passant, celui-ci avait irrémédiablement envie d’acheter l’un des produits en vente autour de moi. Les éventails étaient tous magnifiques. J’en agitai un sous mon nez, appréciant l’air dégagé du mouvement. J’aurais d’ailleurs continué longtemps en tant que marchand si une femme ne m’avait pas tiré de ma nouvelle vocation. « C’est toi. » murmura-t-elle, en me dévisageant d’un œil sceptique. Je me mis à la fixer. « C’est… moi. » Qui était-elle ? Ce que je ressentais à son égard ne pouvait pas s’inventer. Le Lien, enroulé autour de mon cœur comme si un arbre y prenait doucement racine depuis des décennies, me troubla. Elle fronça les sourcils. « Qu’est-ce que tu fais ici au juste ? » « Je vends des éventails. Tu en veux un ? » Je ne me souvenais plus de son prénom. « Albertine ? » « Pardon ? » répondit-elle, courroucée. Visiblement pas Albertine. « Tu te moques de moi ou quoi ? Tu m’envoies en mission à l’autre bout du monde pendant des années et à peine ai-je découvert que c’était uniquement pour ne pas m’avoir dans les pattes, je te retrouve ici, sur notre territoire, à vendre des éventails ! Sérieusement ? » « C’est que… » Mais qui était cette folle ? « Viens avec moi ! » On nous regardait avec des yeux ronds. L’Orine en question était le portrait craché de l’ancienne Vénus. Elle ne passait pas inaperçu. Son caractère, en revanche, était très loin des standards attendus. « Tout de suite ! »

Elle m’attira dans un endroit à l’écart après m’avoir pris la main. Il était possible d’entendre les performances vocales au loin mais son regard noir ne me disait rien de bon et m’empêchait de me concentrer sur la musique. Le Kinshäla nous suivait, en se tenant les oreilles, comme s’il craignait qu’on les lui coupât. « Blanche… » murmurai-je. Vu sa tête, ce n’était toujours pas ça. Je finis par la questionner pour de vrai. « Excuse-moi mais… Est-ce qu’on se connait ? » Elle écarquilla les yeux, ce qui lui donna un air de chouette. Ça me fit sourire. « Ârès… » murmura-t-elle. « Hum ? » « Arrête de faire semblant de ne pas me connaître ! » tenta-t-elle, sans espoir. Elle ressentait qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Je n’avais pas une apparence qu’elle connaissait et j’avais l’air on ne peut plus idiot avec mes cheveux qui se soulevaient en vagues avant de se reposer sur mes épaules tranquillement pour reprendre le même mouvement de plus belle. Et ces yeux que j’avais qui semblaient sorti tout droit du Cœur Bleu… « Tu es un Magicien ? » « Je crois bien, oui… Pourquoi ? » demandai-je, soudainement méfiant. « Ârès… » « Tu dois faire erreur. Je ne m’appelle pas Ârès. » « Ah oui ? » demanda-t-elle, en croisant les bras sur son buste, soudainement de nouveau agacée. « Et tu t’appelles comment alors, bougre d’âne ? » « C’est très simple ! Je m’appelle… » Le vide complet. « Je m’appelle… » Je me sentis mal. Je venais de prendre conscience que cela faisait plusieurs jours que je ne donnais pas mon prénom et que j’évitais toutes les questions le concernant. « En tout cas, je ne m’appelle pas bougre d’âne. » Elle soupira. « Je vais devoir m’occuper de toi, encore. » « Non merci. » « Tu n’as pas le choix. » « Mais on ne se connait pas. » « Ah bon ? Qui est venu t’aider lorsqu’un chat s’est introduit dans le dortoir de Basphel ? Tu t’étais enfermé dans le placard et tu pleurais comme un bébé pour rappel ! » « N’importe quoi… » « Et quand tu n’arrivais pas à dormir la nuit parce que ta mère te manquait ? » « Mais ma mère ne m'a jamais quitté… » « Et quand tu avais cette amourette à sens unique avec ce type dont j’ai oublié le nom depuis… » « Priam ? » « Priam ? Non pas du tout. » C’est vrai que ça n’avait pas été à sens unique. « Ou quand tu étais triste parce que tu n’avais pas d’abdominaux et que l’Impératrice Blanche te snobait ? » Elle sourit devant ma mine désappointée. « Et avec qui tu l’as fait pour la première fois ? » « … Avec Benoît ? » « Benoît ? Bien sûr. Benoît. Est-ce que j'ai une tête à m'appeler Benoît ? » Elle soupira. Ça allait être long.

1381 mots

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Mancinia Leenhardt
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◈ Activité : Joaillière [Rang IV] | Médecin [Rang III] | Éleveuse de Vaches [Rang I] | Investisseur [Rang II]
Mancinia Leenhardt
Mar 29 Juin 2021, 23:20


Illustration - St-Luthien

Je suis la Bergère de la Colline


Dans l'écurie, Hirsute mangeait tranquillement le fourrage qui lui était proposé. Ce dernier attirait les regards des personnes s'occupant de lui en raison de son calme, mais comment en serait-il autrement lorsque votre cavalière était une Ange ? Son aura claire et apaisante allait de paire avec son cheval, qui s'intégrait bien au reste des animaux présents, en dehors du redoutable étalon qui avait manqué de peu d'éborgner quelqu'un. Une monture de Réprouvé de Stenfek, à n'en point douter ... De son côté, dans un salon de thé couvert, mais offrant une vue ouverte incroyable sur l'extérieur, Érina était en train de converser avec Ayamé, tandis qu'une petite Orine nouait des tresses dans ses cheveux, tout en fleurissant les nattes, dégageant son visage et son cou. Autour de la table basse et du thé servi, des rires et des anecdotes valsaient en compagnie d'une douce musique de shamisen. Elles s'étaient rencontrées au détour d'un chemin, où l'Aile Blanche s'était égarée, alors que son interlocutrice essayait de revenir sur les Terres d'Émeraude, en sécurité, à un moment relativement sombre sur lequel celle-ci ne s'était pas attardée. Si elles n'avaient pas poursuivis le chemin ensemble, l'une et l'autre se séparant lorsque d'autres Poseuses d'Énigme s'étaient avérées être à l'auberge, cette dernière tentait de poliment se racheter en l'ayant conviée en Aïkisu, tout en faisant réellement connaissance, loin des dangers d'un voyage improvisé.

Et quelle surprise pour Ayamé de voir sa nouvelle connaissance connue de quelques aînées ! Érina s'avérait être une étrangère ayant intégré la prestigieuse Académie des Geishas, se hissant au rang de Rinda, mais la Guerre, ainsi que la crise ayant ravagé son peuple avaient résolus l'Aile Blanche, mettant en suspens son apprentissage et retournant là où était sa place, apprenant les soins médicaux, se dévouant aux autres. Certaines Orines écoutait son récit, alors qu'elle mentionnait les blessures physiques, autant que psychologiques, dans un silence respectueux.

Vous n'êtes pas revenue depuis lors ?
Non, admit-elle. Je voulais réellement aidé les miens, même si cet acte a été minime ...
Je comprends, vous avez dû perdre ... des êtres chers.

Il n'était pas nécessaire de répondre, même si ses interlocutrices ne mesurait pas totalement sa peine, allant vers l'absence de son épouse, qui ne pouvait que lui être douloureux. Seule Milumi était en mesure de lui donner son état de santé, mais lors de ses déplacements, cette dernière demeurait aux Jardins de Jhēn, de crainte qu'elle ne se perde, ne se blesse ou disparaisse ... Ce serait un immense drame, Érina n'était pas certaine de se remettre. Les Orines discutaient également de ces sombres événements, se remémorant avoir dû se prémunir, après avoir choisi de soutenir Sympan. Cette décision avait également incité l'Ange à s'en aller, de crainte de voir le malheur s'abattre, malgré le respect et la neutralité de ces dernières. Durant les sombres moments qui secouèrent les terres et firent frémir l'océan, il était du devoir de chacun de revoir ses priorités et d'agir dans l'intérêt le plus commun. La Vénus Araé n'avait pas échappé à cette règle, d'autant qu'elle avait toujours été particulièrement touchée par les maux et la misère.

... Comme tout le monde.

Oui, Ayamé aussi avait perdu des êtres chers, que ce soit des flots, des fanatiques ou de Maîtres violents, devenus contraire aux volontés religieuses des Poseuses d'Énigme. Elles étaient presque Sacrées, mais auparavant, les choses étaient ... différentes. Plus personne ne se risquerait de lever la main sur elles, désormais.

Que diriez-vous de revenir, mademoiselle Aldini ?
Mais oui ! L'Ordre vous apporterait de la stabilité en plus de nouer des liens avec les vôtres !
Je suis certaine que l'on reprendrait votre apprentissage !
Je ne suis pas sûre que ...

Les Geishas, si elles avaient continué à jouer leur rôle, avaient mis entre parenthèses leurs obligations de préceptrices pour s'attarder davantage sur des considérations plus urgentes. À présent que le monde marchait sur un chemin stable, les choses avaient repris ... Dès lors, Érina pouvait reprendre ses enseignements à l'Académie, si elle en émettait le souhait. Est-ce que ça irait ? Cette question la taraudait. La Vénus Araé avait été ouverte d'esprit, mais son successeur, le Mars, son aïeul de surcroît, lui avait causer un grand trouble durant le Conflit, laissant craindre qu'il ne fusse pas autant ouvert. La nouvelle régente, par contre, avait reprit la situation bien en mains en clamant la neutralité des siennes et l'ouverture envers chacun.

Avez-vous peur d'avoir tout oublié ?
Un peu d'entraînement en solo devrait permettre votre remise à niveau !
On peut vous aidez à reprendre les bases du Niséis si vous le souhaiter.
Oh ... J'ai enseigné le Niséis à quelqu'un.
Vraiment ?

Il y eu un silence gêné. Certaines races étaient à cheval sur la transmission de leur langue naturelle et elle avait eu quelques obligations à tenir, malgré les années, comme ne jamais divulgué certains secrets propres au peuple, de crainte de ne subir le courroux des Dieux. Érina n'avait néanmoins aucune crainte à avoir sur la question, auquel elle répondit avec un large sourire.

À l'Imprévisible, Mancinia Leenhardt.
La Marquise de Nylmord ? s'étonnèrent-t-elles d'une même voix.
N'est-elle pas en déplacement ici avec une délégation humaine ?

Quelqu'un lui répondit positivement, le coeur de la demoiselle ratait un battement, avant de se reprendre.

Elle désirait ne pas commettre d'impairs durant une rencontre avec les dignitaires.
Incroyable ...
Quelle politesse envers des étrangères !

Quand elle avait revu l'Imprévisible, l'Ange avait également retrouvé Vania. Ce dernier était un Vampire, mais il n'était pas dangereux. Visiblement, il était en affaires avec l'Humaine et, considérant leur passé commun, elle détenait une sorte d'immunité avec lui ... C'était curieux, non ? Cette dernière avait toujours progressée, sur des chemins variés, sans jamais douter, ou, tout du moins, elle n'en donnait pas l'impression. Érina était vraiment fière de la compter parmi les alliés de sa race, ravie que sa main soit promise au Capitaine de la Nith-Haiah. Et elle, qu'avait-elle accomplie ces dernières années ? Lorsqu'elle se battait, elle en ressortait perdante. Lorsqu'elle essayait de retenir de nouvelles choses, elle avait toujours du mal. En cours, elle n'avait jamais brillée. Elle n'était ni très intelligente, ni charismatique, ni agile, ni forte et, en réalité, elle ne possédait aucune qualité. Sa magie était exécrable, mais avait rapidement évoluée au contact des Poseuses d'Énigme, mais depuis ... la disparition de Lumi et la majeure disparition de son peuple, Érina avait vécu une existence faite de stagnation. Comment pouvait-elle remédiée à cela ? ...

À vous ! l'encouragea Ayamé en souriant.

Érina eu un sourire crispé. Pourquoi avoir sauté à pieds joints dans cette proposition de chant ? C'était embêtant, mais elle avait vaguement l'impression d'avoir oublié ses années d'enseignement, au point d'avancer d'un pas tremblant. Sans notes dans les mains, elle avait l'impression d'échouer avant même de débuter. Son amie l'observait quelques instants, avant de commencer à battre la mesure et indiquer les différentes tonalités de ces gestes. Érina chantait, en essayant d'oublier qu'elle n'était pas seule. Elle faisait de son mieux pour occulter son monde. D'une voix fragile d’angoisse, qui s'affirmait peu à peu. C'était bien trop troublant, oppressant, mais progressivement, elle prenait plaisir à l'exercice et cela s'en ressentait. Une sorte de libération.

J'ai mangé pour quinze ce matin,
Je me laisse rouler depuis ce régal,
Sous le regard des citadins,
Sans que cela ne soit illégal !

Reprendre le travail en roulant,
Reprendre le travail en s'enjouant,
Reprendre le travail, reprendre le travail,
Reprendre le travail en roulant !

Et cet dans cet état,
Que nous nous promenons au parc,
Entretenant le débat,
Avant que le Temps ne débarque,
Nous posant pour lire un livre,
Alors que le temps nous enivre !
Et c'est pour cette raison que nous ...

Reprendrons le travail en roulant,
Reprendrons le travail en s'enjouant,
Reprendrons le travail, reprendre le travail,
Reprendrons le travail en roulant !


1320 mots


[Event Yicaly] - Je suis la bergère de la colline ♪ Chriss10
Art by Chrissabug

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Mancinia Leenhardt
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Mancinia Leenhardt
Mer 30 Juin 2021, 23:20


Illustration - Bao Songyuan

Je suis la Bergère de la Colline


Navier avait revêtu une magnifique tenue, dans les tons crème, pour mettre en valeur sa silhouette filiforme. Sa beauté était douce et ses traits reflétaient l'élégance d'une femme de son rang. Sa peau claire et satinée révélait son travail en intérieur. Elle portait la tête haute, sur son cou long et fin. Sa démarche et ses mouvements étaient gracieux, elle semblait comme flotter sur les pavés, tant son pas était léger. Sans doute avait-elle été Orine dans une autre existence, car la Dame partageait quelques traits communs avec ces dernières.

Bienvenue au village d'Aïkisu, Ambassadrices.

Navier inclinait la tête en signe de remerciements, Mancinia l'imitait, ainsi que leurs suivantes. Conduites à des appartements privés pour la durée de leur séjour, la Matasif pris congés après s'être assurée de quelques petites choses, la laissant seule en se rendant dans sa chambre. Cette visite visait à renforcer les échanges entre les deux nations et les Orines leur retournaient la politesse suite à leur invitation. Visiblement, elles avaient énormément appréciées leur voyage à Utopia, mais Navier se montrait prudente. C'était une relation qui se bâtirait sur la durée et non pas en quelques signatures sur le bas d'un parchemin, elle devrait prévoir à un nouveau une suite à ce voyage et cela durerait ainsi durant un moment. Peut-être pourraient-ils en faire une sorte de coutume entre eux ? Que les unes soient invités chez les autres plusieurs fois dans l'an ? Cette idée la séduisait assez, elle en discuterait avec Mancinia. Assise, dégustant des mochis avec surprise, tant la texture lui paraissait étrange, la Mahestan trouvait qu'elle avait un bon binôme. D'une certaine manière, elle se sentait soulagée d'avoir Mancinia à ses côtés durant ce déplacement. Quittant assez peu Qaixopia en raison de ses charges, elle avait eu plaisir d'entendre la Matasif raconter ses voyages durant le trajet. Cette dernière ne manquait pas non plus de travail, croulant presque sous la surcharge, avec des nuits écourtées, mais s'était une personne passionnée et dégourdie. Elles n'avaient jamais eu l'opportunité de se retrouver seules, en tête à tête, elle se promettait de lui trouver du temps. Le temps nécessaire à lui demander quelque chose ...



Les Orines ne semblaient pas très à l'aise. À dire vrai, elles ne s'étaient pas attendues à ce que Mancinia Leenhardt vienne à leur rencontre. Elle avait accepté de prendre un thé en leur compagnie, quittant ses appartements dès que l'une lui eu poliment proposer une visite, avant qu'elles n'entrent dans l'établissement. Elles se sentait relativement communes, se comparant à la Dame entourées d'une dizaine d'Hanatsu, âgées de moins d'une dizaine d'années, curieuses devant ses vêtements et sa nature, sans être gênées de son Ma'Ahid, n'ayant pas encore de magie. Pourtant, les aînées n'étaient pas intervenues, pour voir la réaction de la concernée, mais celle-ci prenait son temps, y voyant un moyen de se changer les idées après un long voyage. Dame Navier Sahar était réservée et strict, mais son accompagnante allait ouvertement à la rencontre des Poseuses d'Énigmes, ravie de découvrir leurs Arts, leur mode de vie, leurs coutumes et, surtout, leur vocabulaire. Normalement, il était naturel que l'on ne partage pas réellement ce savoir, mais la Fille du Soleil apprenait également quelques mots d'Alikir aux curieuses demoiselles, qui savaient désormais saluer dans la langue des Enfants de Sympan.

Momo nashi ringo remon
Momo reishi ume meron
Momo budô suika anzu
Watashi wa momo ga sukidesu

Ces dernières entonnèrent un hymne qui leur était réservé, la base des bases, mais que la Matasif écoutait avec intérêt, trouvant mignonnes chacune d'entre elles, se demandant si certaines ne seraient pas des amies de sa race à l'avenir, qui sait ?

Vous amusez-vous bien ?
Dame Hisaé !

Toutes les Orines s'étaient redressées, Mancinia avait suivi leurs mouvements pour la saluer, avant qu'elle ne sente quelqu'un tirer sur la cape de son lehenga, la contraignant à baisser les yeux.

Dis, madame, c'est vrai que t'as un n'amoureux ?
Oui, sourit-elle.

Et au revoir la diplomatie. Dame Hisaé sourit derrière sa main, avant de s'installer et de converser avec ses Soeurs, laissant l'Humaine être inondée de soudaines questions sur sa relation avec Neah. Ils avaient dû se séparer suite à la Coupe des Huit, l'Ange retournant chez les siens en compagnie de June et Monika, tandis qu'elle rattrapait la délégation des Humains sur le chemin. Il lui manquait, atrocement.

Comment qu'il est ton n'amoureux ?
Tu l'aimes bien ?
Vous avez déjà fait un bisou ?
Doucement, doucement, les reprit-elles, avant de donner des indications avec ses mains. Mon amoureux est plus petit que moi, mais très fort ! Il a des iris bleus, comme s'ils sortaient d'une rivière, des cheveux roux, comme le coucher de soleil. Je l'aime de toute mon âme ... Et on s'est déjà fait pleiiin de bisous.

Elle s'était rapprochée, avant de dire sa dernière phrase, comme si c'était un secret. Certaines rirent, d'autres mirent leurs doigts sur la bouche, pour le conserver derrière leurs lèvres scellées.

Vous êtes une Aisuru ?
Non. J'ai un Lien, mais cela ne fait pas de moi une Aisuru.
Pourquoiiii ?
Han !
Comment ça s'fait ?!
Les Humains et les Anges ont des Liens très anciens et profonds. Il arrive, de temps en temps, qu'un Lien se crée entre un Ange et un Humain, ce qui les unis, soit d'amitié, de fraternité, ou d'amour, comme ça a été mon cas.
Alors ton n'amoureux c'est un Ange ?
Oui.
Woooooaaaaah !

Tandis qu'elles s'extasiaient, Mancinia s'interrogeait. Et si elle avait une Orine ? Non. Ce serait sans doute beaucoup de travail et de risques, elle était certaine de ne pas vouloir se lier à nouveau. Et à qui, qui plus est ? Ça, en revanche, c'était une autre question ...



Mancinia s'était arrêtée, son coeur venait également de faire de même avec un battement un suspens, alors que ses oreilles écoutaient une mélodie qu'elle reconnut sans le moindre mal. Certaines personnes la regardaient, se demandant ce qui lui arrivait pour s'interrompre au milieu de la rue de manière si soudaine, avant que l'Humaine ne se décale vers la marchande responsable de son état.

Bonjour, Madame, déclarait la vendeuse en la voyant. Quelque chose vous intéresse ?
Cette boîte ... Elle ...

La Fille du Soleil désignait du doigt une boîte à musique, mais plus que sa beauté, ce qu'elle voulait obtenir, c'était la musique.

Magnifique ouvrage, oui, elle est ...
Combien coûte-t-elle ?

Son prix serait le sien.



Dame Leenhardt ! Dame Leenhardt, attendez !

Mais l'Humaine avait marqué un temps d'arrêt à l'entende de son nom, interrompant également le rassemblement d'Humains et d'Orines qui l'accompagnait dans son trajet, devant les conduire à un emplacement qui leur serait dédié pour les célébrations nocturnes. Au bout de quelques jours de présence, ils étaient nombreux à savoir qu'elle se trouvait ici, son Ma'Ahid écrasant la trahissait aisément. Quelques passants s'étaient retournés, curieux, en profitant pour glisser un regard mêlant amertume et intéressé vers celle qui aspirait leur Kan'Ghar. Voyant l'état de celle qui la nommait, l'Imprévisible esquissait quelques pas dans sa direction. La dame était enceinte, cela se voyait à son ventre arrondis de quatre ou cinq mois. L'Aspirant Médecin vint mettre une main sur son épaule, l'encourageant à reprendre son souffle avant de discuter, autant à cause de sa précipitation que sa perte de magie, promis, elle ne s'envolerait pas.

Dame Leenhardt, débutait alors la demoiselle en prenant ses mains. P ... Puis-je vous demander quelque chose ?
Que souhaitez-vous me demander ?
J'aimerais que vous donniez une Bénédiction à mon enfant !

Sa demande avait eu la réponse immédiate de voir deux yeux arrondis de surprise et d'incompréhension, ne sachant que répondre. Elle n'avait jamais béni personne, pourquoi commencerait-elle ? Ah ! Son récent statut de Prophétesse, où elle avait choisi de véhiculer les valeurs de la Famille, en compagnie de Neah. Refuser serait malvenu, mais n'était-ce pas aux Prêtres de réaliser une telle chose ? Pouvait-elle se suppléer à ces Voix des Aetheri ? N'en était-elle pas une par extension ? Dire que tout cela se passait devant les Dames Sahar et Takahashi, qui l'attendaient, ainsi que des visiteurs qui les observaient, essayant de se convaincre que c'était la cause de son léger rouge aux joues et de l'humidité dans ses yeux. Que dire ? Et que réaliser ? Son esprit était soudainement confus, mais ... Son interlocutrice eu un sourire radieux devant son acceptation, rejointe assez rapidement par son compagnon qui la remerciait à son tour. Prenant une inspiration, levant la main droite au-dessus du ventre de la concernée, sans le toucher, où se trouvait son Don de Sympan, l'Humaine voyait en ce dernier un moyen d'attirer le Regard des Dieux de manière favorable.

En tant que Prophétesse d'Ësse'Aellun, moi, Mancinia Leenhardt, te Béni, cher enfant. Que ta vie soit aussi douce qu'une musique et resplendisse dans les coeurs de ceux qui te côtoierons.



Je ne m'étais pas attendue à ce que l'on vous réclame pour une Bénédiction.
Je ... Je ne m'y attendais pas non plus.

Mancinia était encore plus embarrassée maintenant, puisque cet incident était au centre de leurs conversations. Certains trouvait cette situation admirable, où sa gentillesse à venir en aide à l'Ygdraë sans réellement savoir ce qu'elle désirait au prime abord était honorable. Elle était convaincue que cela avait avoir avec Sif, ou même Astriid, car des rumeurs la disant proche des Sylvestres depuis la Galette circulaient dans les environs.

C'est le Boucher.

Mancinia suspendit son geste de prendre un loukoum à la violette. Son coeur se serra doucement en relevant ses yeux, distinguant brièvement Isley, plus qu'Isiode, mais un sourire naquit sur ses traits. Il avait l'air de bien se porter. Cette déclaration, néanmoins, avait jeté une ombre sur le comité. Pourquoi diable ne savaient-ils pas passer au travers ? Si elle n'avait émis aucun soupir, les gestes et les paroles de leur supérieur hiérarchique trahissait son mécontentement.

Saviez-vous que les Frères Yüerell cachaient leur identité à un moment et servait une compagnie de valeureuses Ailes Blanches qui aidaient les Humains durant la dernière guerre ?
Non, dit l'homme en haussant les sourcils de surprise, observant la Mahestan.
Ce titre est exagéré, reprit Navier en buvant son thé. Nous devrions le respecter pour s'être porté volontaire pour une tâche aussi douloureuse. Et vous, Matasif ?

Elle ? Ils étaient cons, ou bien ... ? Non, elle ne pouvait pas répondre de manière aussi impulsive.

L'on dit qu'il n'a eu aucun regret, aucun sentiment à accomplir ce travail ... Qu'en pensez-vous ?
Je pense que c'était la manière du Prince de Caelum de les enterrer dans son coeur.

Foudroyés. Navier avait écarquillée les yeux, les autres ne savaient plus quoi dire. C'est ce que sa déclaration avait engendré. Enterrer quelqu'un dans son coeur était une expression consacrée chez les Médecins, un moyen de dire qu'ils avaient perdus des patients et qu'il était de leur devoir de tout faire pour que, jamais, cela ne se reproduise ...



Mancinia avait abandonné l'idée d'enlever les pétales roses tombant dans ses longs cheveux, ces dernières se retrouvant prise au piège entre deux amas chevelus. Elle ne connaissait pas Aïkisu d'auparavant, certainement une construction récente, datant au moins de son Sommeil. Son nouveau statut lui donnait droit quelques privilèges, comme accompagner la Mahestan aux entretiens avec les Orines, mais également de se promener librement. Elle ne délaissait en rien les Anges dans cette entreprise, dans la mesure où elle parlait des Ailes Blanches dès qu'elle en avait l'opportunité. Certaines de celles nommées Hanatsu étaient très intéressées de découvrir également ce peuple défendant le Bien, parlant également de leurs Soeurs étant Liées parmi les Immaculés. Durant ce trajet, elle avait, étonnamment penser à Neah. Quand il la prenait dans ses bras pour la mener d'un bout à l'autre des territoires, avec une aisance déconcertante. Elle aimait voyager, mais cela lui paraissait long, alors, l'Humaine s'était mise en tête de dompter les Simurgh, mais elle peinait à surmonter ses craintes. Si elle tombait de son dos, elle mourrait. Chartiana était douce, mais la considérée comme une monteur n'était pas encore possible, à ses yeux. Pas à pas. Elle s'était habituée au thé de l'endroit, extrêmement léger, mais le sien lui man ... Oh ! Cet homme ! Le grand là-bas, qui avait l'air blessé de loin ! C'est le mari de la Peintre Sùlfr, elle s'en souvenait !

Une minute, quand avait-elle assistée à ce mariage, déjà ? Et où ... ? Aïe, sa tête, sa main sur son front et ses yeux fermés peinaient à apaiser ce mal de crâne soudain. Relevant son visage en direction du concerné, elle constatait avoir été brièvement détournée par quelque chose. Mince, elle l'avait perdu ! Comment pouvait-elle perdre un homme aussi grand ici ? Tant pis, ce n'était pas maintenant qu'elle aurait des nouvelles de la concernée ... Observant sa main, elle se demandait ce qu'il se passerait si elle essayait de le soigner avec. Est-ce que ses marques partiraient ? Peut-être n'en avait-il pas envie. Quand on vivait longtemps avec ce genre de différence, on la trouvait normale pour soi-même et cela, elle le savait bien. Se laissant entraîner par la voix de l'homme sur l'estrade, elle se rendit compte que plus l'homme parlait, plus son visage trahissait une certaine incompréhension. Entendait-elle bien ?

... Oh, tel un Phénix, renaissant des flammes,
L'Ange émergea avec des ailes d'or,
Décidant de chasser les Infâmes !
Volant ensuite vers les Cieux,
Pour y écouter le message des Dieux.

... Il parlait de Neah, n'est-ce pas ?

La légende parle d'une noble dame,
Admirée à travers tout le Royaume,
Désireuse de devenir sa compagne.

Devant sa bonté et son intelligence extraordinaire.
Ce fût le Vaillant Capitaine qui l'obtenu.

Et d'elle, assurément. Mancinia était certaine d'avoir tout vécu, entre les honneurs, les romans, les contes et les rumeurs, mais entendre une chanson d'amour les concernant était véritablement déroutant, surtout après avoir donné une Bénédiction. Ça la mettait assez mal à l'aise. Dès que la prestation de ce dernier fût conclue, elle ne manquât d'aller à sa rencontre pour lui en toucher deux mots.

Mais Marquise ! Vous devez l'admettre !
Pardon ?
Cette expression froide et arrogante disparaît en votre présence, comme un Soleil faisant fondre la plus pure des glaces !
...
L'autorité qui ressort de sa prestance, son ton strict ... !
Oui, oui ! dit-elle en se dégageant, fermant brièvement les yeux. Cela ne change rien au fait que ...

Disparu. Elle soupirait, sa main allant à la rencontre de son front. Mancinia se sentait vide et, depuis quelques temps, elle réalisait bien que ce n'était pas seulement à cause de l'absence de Neah ... Que lui arrivait-il ? C'était comme si une part d'elle-même était manquante, mais loin de ressentir de la tristesse à ce manque, elle savait, quelque part, que les choses s'imbriqueraient elles-mêmes le moment venu.

2490 mots


[Event Yicaly] - Je suis la bergère de la colline ♪ Chriss10
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Maximilien Eraël
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Maximilien Eraël
Jeu 15 Juil 2021, 00:45


Je suis la bergère de la colline

Le reste du trajet s'effectua bien différemment de ce qui avait été prévu lors des préparations à Utopia. La curiosité d'Aurel et Sharihzad était telle que la pauvre Eeva s'était retrouvée assaillie de questions en tout genre pendant la moitié du chemin. Comment elle avait fait pour avoir une telle poussée de croissance ? Est-ce que c'était magique ? Quelle genre de magie ? De quel peuple ? Comment c'est quand on était grand comme ça ? Est-ce qu'elle allait pouvoir jouer à cache-cache ou faire des châteaux de sable avec eux du coup maintenant ? Il ne trouvèrent réponse à aucune de leurs interrogations comme la présence du Simurgh avait été une bonne chose pour aider et porter l'adolescente trop peu assurée de son équilibre pour oser faire un pas. Cette transition, trop rapide, de bébé à adolescente ne lui avait pas permis de passer par les étapes les plus importantes de l'enfance. L'apprentissage de la parole, la connaissance des mots et le combat pour l'équilibre et contre le vide pour marcher droit et sereinement, au point d'être incapable de les arrêter et ne plus les voir que courir. Elle se retrouvait un peu comme lorsque lui s'était trouvé affublé de ses ailes. Un peu pataude sans trop savoir comment agir de son corps trop grand pour ce qu'elle était habituée. Aussi avaient-ils profités de leur arrêt à un relais pour lui faire rattraper ce qu'elle avait manquée et qui devait atrocement l'handicaper, comme Maximilien ou Sharihzad l'étaient par leurs ailes, à commencer par marcher. Elle tenait déjà debout ; elle n'avait plus qu'à avancer. La parole, c'était une autre histoire. Possiblement cela demanderait un peu plus de temps. C'est donc les mains d'Eeva dans celles de son père, face à elle, qu'il l'aida et la guida pour qu'elle n'ait plus l'appréhension de mettre un pied devant l'autre.

Ils restèrent la journée et la nuit entière au relais. Tous en avait besoin. Certains peut-être plus que d'autres même. Ils ne repartirent que le lendemain, après l'habituel réveil en fanfare de Sharihzad. Elle se le permettait d'autant plus maintenant que sa petite sœur n'était plus petite. Un départ qui les fit arriver en avance au village d'Aïkisu. « Comment tu prononces ça ? » demanda Maximilien à sa Gardienne. Pour le coup, c'était lui qui se retrouvait avec des problèmes d'élocution, ce qui ne manqua pas faire rire Antonija. « A-i-ki-s-ou. Comparé à certaines de vos cités, c'est plutôt simple à dire pourtant. » se moqua-t-elle. « Je ne vois pas de quoi tu parles. Personne n'a jamais eu trop de mal à prononcer Utopia. » rétorqua-t-il, parfaitement conscient qu'elle ne parlait absolument pas de celle-ci. Mais il devait bien admettre que quelques uns avaient dû s'écorcher la langue la première fois qu'ils avaient évoqués Qaixopia ou Alaitihad. Enfin, dans le jeu des noms compliqués, ils n'étaient pas les pires selon lui. « Papaaaaa ! Elle est où la fête ? » demanda Sharihzad en tirant sur le vêtement de son père. « Elle se prépare. Regarde les guirlandes qu'ils finissent d'accrocher là-bas. Et les marchands qui s'installent. » répondit celui-ci en indiquant les différentes directions de l'index. « Et si nous visitions un peu pendant qu'il n'y a pas encore trop de monde ? » proposa Antonija avant d'ajouter « Ensuite ce sera plus difficile de profiter, surtout si on veut passer par le temple. ». Remarque approuvée par la majorité. Ainsi se retrouvèrent-ils dans ledit temple. Maximilien attarda son regard sur les courbes et les moulures de chaque pièces composant le bâtiment. Ce n'était absolument pas ainsi qu'il avait réfléchi le mobilier et les sculptures pour ceux qui prendraient place chez eux. En revanche il reconnaissait pour qui celui-ci avait été battit. « Le temple Orine sur lequel je suis, qui va être construit à Utopia, c'est pour ce dieu qu'il sera battit. » fit le rouquin en se lavant les mains à l'entrée. Lian...je ? Non, absolument pas. Il avait bien du mal avec cette langue décidément. « Je crois que son domaine concerne les liens de ce que j'ai cru comprendre. Ou c'est l'autre, l'inspiration ? » - « Moi je suis sûr que c'est les liens ! » s'exclama Aurel. Comment l'était-il, certain ? Parce que. Dans son esprit de petit garçon, la fourmi n'allait pas avec Línggǎn. Non c'était encore autre chose que, justement, son esprit d'enfant serait bien incapable d'expliquer. Liànjiē était le protecteur des liens. Il était la fourmi. Línggǎn était celle qui insufflait l'inspiration aux Orines. Elle était la tortue. Il avait dû le voir dans les papiers de son père, tout simplement.

Alors qu'ils quittaient la bâtisse, le monde commençait à affluer comme les différents stands éphémères avaient étalés leurs marchandises sur les présentoirs. Ils allèrent de l'un à l'autre, découvrant des tissus et vêtements d'un tout autre genre que ceux auxquels ils étaient habitués, des jeux et objets locaux leur semblant tout à fait incongru, mais également, et ce qui intéressait le plus les plus jeunes, de la nourriture. « Qu'est-ce que c'est ? » interrogea le Kaaiji devant des espèces de pâtes d'amandes rondes montés en brochettes. « Des dango. » - « Ah ? ». Ça ne lui disait toujours pas ce que c'était de connaître le nom de cette chose, ce que le vendeur comprit rapidement. Aussi il tendit un bâtonnet à chacune des personnes du groupe. « Tenez, goûtez. Ceux-là sont faits à partir de pâte de haricots. » - « Des haricots ? Pwaaah ! ». La réaction de Sharihzad eut vite fait de faire rire le commerçant. « Goûtes avant de faire la grimace. » fit-il avec un clin d'œil. Avec une moue dégoûtée, la petite ailée croqua dans la première boule visqueuse. Puis son visage s'illumina. « C'est trop bon ! Papa, j'en veux d'autres ! ». Un sourire amusé se glissa sur les lèvres de Maximilien alors qu'il obéit à l'injonction de Sharihzad, en distribuant un à tous ceux ayant déjà fini leur sucrerie. S'éloignant du stand, il salua le marchand qui lui répondit d'un large sourire. Alors il se questionna. Posant un instant son regard sur Eeva, il se demanda à quelle point là magie pouvait circuler dans ce corps d'enfant pour que rien ne transparaisse dans les traits du vendeur. Il concédait que les villes étrangères avaient la capacité à noyer le Ma'Ahid comme Utopia noyait le Kan'Ghar. Mais une telle concentration — entre Aurel, Sharihzad et lui — si proche d'un seul homme alors même qu'ils n'étaient pas non plus extrêmement entourés. Il aurait au moins dû frissonner. Mais non. Il n'y avait eu que la joie de partager seulement. Il exhala un souffle. Peut-être n'était-ce juste que ça en fait ? Le partage, le bonheur, allait au-delà du rejet. Peut-être était-il seulement trop méfiant et critique vis-à-vis des autres ? Peut-être Antonija avait-elle raison et manquait-il de sommeil ? Ce n'était pas comme s'il faisait exprès. Mais il se retrouvait alors bien plus à fleur de peau et nerveux qu'habituellement.

Tandis qu'ils rejoignaient l'estrade pour assister au spectacle de chant, Aurel s'arrêta soudainement, la brochette dans la bouche, son regard se portant dans une toute autre direction. « Ah ! » s'exclama-t-il avec une mine réjouit. Il se mit alors à courir en cette direction, sans plus d'explications, se faufilant entre les jambes des grandes personnes. « Qu'est-ce que...? ». Il se déroula un quart de seconde où l'incrédulité frappa Maximilien et sa Gardienne. « Aurel ! ». La voix tonna à travers la foule tandis qu'il partait déjà à la poursuite de l'enfant. « Anto, tu restes avec Sharihzad et Eeva. » fit-il à la volée avant de filer à grands pas dans la direction qu'avait emprunté le garçonnet. Se frayer un chemin ne fut pas difficile. D'abord, il était grand, ce qui aidait en partie. Ensuite, ses ailes juste déployées pour élargir sa carrure, on s'écartait rapidement afin d'éviter de se prendre une masse de plumes. Enfin, il était Humain et bien que son Ma'Ahid puisse être atténué, il demeurait présent et, trop proche de sa personne, n'importe qui y demeurait un minimum sensible. C'est ainsi qu'il rattrapa rapidement le fuyard, également entouré d'une petite bulle de vide — moindre que la sienne malgré tout qu'il cherchait volontairement à étendre —, le saisissant par le bras et l'empêchant ainsi de continuer sa course. « Aurel ! Ça suffit ! Ça va pas de partir comme ça ?! Pourquoi tu as fais ça ?! » commença à le fâcher Maximilien après l'avoir entraîné un peu à l'écart. Il n'obtint que le silence et les larmes. De toute façon, Aurel aurait été incapable de lui expliquer clairement pourquoi. Il avait vu sa silhouette et ça avait été comme s'il venait de retrouver la plus belle chose qui puisse exister. À l'instant où son père l'avait arrêté dans sa course pour la retrouver, il s'était senti brisé. Et lorsqu'il l'avait éloigné d'elle, il avait été anéanti. Le pire c'est qu'il ne l'avait jamais vu avant. Lui semblait-il tout du moins. Mais en la voyant, il s'était indéniablement senti attiré avec le besoin viscéral d'aller la retrouver. Maintenant il l'avait perdu. Encore. « Aurel, explique-moi. » insista Maximilien plus calmement en s'agenouillant pour se mettre à hauteur de visage du garçonnet. Mais rien ne sorti de la bouche du petit rouquin. Il était incapable d'aligner trois mots. Il se contenta alors d'ancrer ses deux petites noisettes noyés de larmes dans les émeraudes inquiètes de son père « C'est pas grave, viens on va retrouver les autres. » conclut le Kaaiji en portant l'enfant dans les bras. Le petit hocha péniblement la tête même s'il aurait aimé plus encore la retrouver, elle. La petite prêtresse de Línggǎn. En retrouvant Antonija et les enfants, Maximilien scruta un instant l'environnement. « Il commence à y avoir un peu de monde. Si jamais on se perd de vue, le point de ralliement sera le grand arbre là-bas. » expliqua-t-il en indiquant du menton le ligneux en question. Un peu à l'écart, il n'y avait ni stand ni estrade à proximité. Rien alentours ne laissait penser qu'il s'y déroulerait quelque chose. De ce fait, il y avait moins de monde. « Et comme ça, si vous voulez voir autre chose, on peut se séparer en étant certains de se retrouver. ». Car au final ils étaient venus pour s'amuser. Il ne voulait pas que ses enfants pleurent. Encore moins aujourd'hui.
©gotheim pour epicode


Mots 1741


We were never welcome here ~ Night time or morning time, we're going strong

Don't you tell me what you think that I can be

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Eiko
~ Orine ~ Niveau I ~

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◈ Âme(s) Soeur(s) : Aurel
◈ Activité : Manger des mochis avec Papa Jun, chanter, danser, et remanger des mochis
Eiko
Jeu 15 Juil 2021, 10:56


Image par RDJlock
Il avait les yeux bleus, mon amoureux
Eiko

Eiko posa son pinceau pour admirer son travail. « T'as vu Bae ? Est ce qu'il est joli mon masque de Hùipà ? » Le stand où s'était installé le duo proposait de peindre et personnaliser son propre masque à l'effigie des enfants de Geomi, à l'aide de peintures, de paillettes et d'autres accessoires. La Hanatsu avait bariolé le sien de plusieurs couleurs. Le tout se mélangeait dans un chaos étrangement harmonieux, mais le visage grimaçant qui était initialement représenté ne faisait désormais plus peur, bien au contraire. Celui de l'aîné, en comparaison, respectait davantage l'esprit terrifiant que devaient inspirer les créatures monstrueuses. Il avait décoré son support de tons sombres, soulignés intelligemment par des touches plus claires et vives. Ses coups de pinceaux n'étaient pas des plus précis : on devinait de légers tremblements dans sa main lorsqu'il avait appliqué la peinture, incertain de s'il faisait les bons choix artistiques ou non... Finalement, il n'était pas trop déçu du résultat obtenu, bien que son masque soit loin d'égaler la beauté de ceux proposés par les artistes reconnus. « Oui, il est très joli. » félicita le garçon. « Tu veux le porter ? » proposa-t-il avec un sourire. « Oh oui, s'il te plait Bae ! » « D'accord, mais avant, il faut demander au monsieur pour qu'il sèche nos peintures. » fit-il. « San, San ! Tu peux faire sécher nos masques, s'il te plaît ? » demanda la petite excitée en Niseis. « Tout de suite, Cukaṇē ! » Et, aussitôt dit, aussitôt fait, le commerçant usa de sa magie pour fixer les pigments.



La jeune Hitoka sautillait à travers la foule, le sourire aux lèvres, son masque accroché aur le côté de la tête. Elle était particulièrement excitée, ne tenant pas en place. L'atmosphère festive n'était pas étrangère à son énergie décuplée. Partout où se posait son regard, elle découvrait de nouvelles activités qui lui donnaient envie, des tenues à acheter ou bien de nouvelles gourmandises à déguster. « Oh, regarde Bae ! » s'exclama-t-elle en tirant sur la manche du kimono de son camarade. Ce dernier tourna la tête dans la direction qu'elle lui avait indiqué. Un étrange garçon, au charme envoûtant, se tenait devant un stand de kimono. Ses cheveux voletaient autour de sa silhouette, comme emportés par un vent imaginaire. Cela donnait à sa silhouette une aura enchanteresse, qui captivait plus encore le regard. « Tu as vu son éventail ? » le garçon tenait effectivement l'accessoire dans ses mains, avant de le reposer. Trop tard : la fillette l'avait vu s'en emparer et, désormais, l'envie de s'en procurer un la dévorait sauvagement. Le blond la sentait tirer sur sa main, comme pour le forcer à bouger et se diriger vers ladite boutique. Le plus sage fronça les sourcils et baissa les yeux vers la bourse pendue à sa ceinture... Ils avaient presque entièrement usé les économies de la journée. Peut-être valait-il mieux rester sage et modéré et essayer de voir si quelque chose d'autre ne les intéresserait pas davantage ? « Tu viens ? » s'impatienta la gamine, voyant que l'adolescent ne bougeait pas d'un millimètre pour la suivre. La fillette cessa de tirer comme une forcenée pour le fixer avec intensité, ses yeux en amande le suppliant muettement de céder à sa demande. Bae soupira. Il est vrai que cet étranger lui avait donné envie de se procurer un éventail, et puis, cette broche aussi, qu'il venait toucher... « D'accord, allons voir ces éventails de plus près. » « Chouette ! Merci Bae ! »



Eiko s'immobilisa soudainement, en plein milieu de la foule. Le cœur battant, elle était prise d'un soudain pressentiment. Il était là, tout proche d'elle. Elle le sentait, comme si chaque centimètres les rapprochant l'un de l'autre allégeait son cœur d'un poids qui l'avait jusque là écrasé, sans qu'elle ne s'en rende compte. Une fois la surprise passée, la fillette esquissa un sourire rayonnant. Tournant la tête de chaque côté pour essayer de trouver la silhouette familière de son petit Soleil à travers la foule. « Petite luciole ! » héla-t-elle à tue-tête, tournant désormais sur elle-même pour retrouver sa trace. Son cœur, dans sa poitrine palpitait d'émotion. Elle allait enfin le retrouver, depuis tout ce temps... Il lui semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis qu'ils s'étaient réunis... Ce qui était étrange car, malgré ce sentiment de toujours l'avoir connu, la fillette était également certaine de ne jamais avoir rencontré le garçon dans la vraie vie. Ce paradoxe ne semblait pas la déstabiliser plus que cela et, bien au contraire, elle s'en accommodait aisément. La seule chose qui comptait, en cet instant, était qu'elle puisse enfin rejoindre sa Lumière. « Sūrya ! » appela-t-elle, sa voix se faisant de plus en plus pressée, comme si elle ne pouvait plus tolérer d'être séparée de son âme-sœur. « Sūrya ! » répéta-t-elle un peu plus fort. Et, à cet instant, ses yeux captèrent la lueur orangée d'une tignasse rousse, l'éclat chaleureux de son visage, le son apaisant de sa voix qui l'appelait en retour. Eiko s'élança sans réfléchir au milieu de cette marée de jambes et de kimonos. Elle tendait le bras dans la direction du petit garçon, comme pour réduire davantage encore la distance les séparant.

« Eiko ! » La voix, dans son dos, était teinté d'inquiétude, mais cela ne fut pas suffisant pour réfreiner l'élan de l'infatigable fillette. « Eiko, revient ici ! » lui ordonna Bae - les mots n'effleurèrent même pas la conscience de la Hanatsu : elle était obnubilée par sa silhouette. Aussi, lorsqu'une main s'abattit sur son coude et la tira en arrière, elle hoqueta de surprise, ses yeux s'écarquillant. « Eiko, qu'est ce qui t'as pris de disparaître ? J'étais mort de trouille ! » Les événements qui lui avaient fait perdre Ran n'étaient pas encore hors de sa mémoire. Mais Eiko n'écoutait pas les remontrances de son aîné. Elle se débattait pour se libérer, pour retourner auprès de sa moitié. « Non, lâche-moi ! Sūrya ! Je dois retourner auprès de Sūrya ! » La séparation était une torture. Les larmes avaient commencé à couler le long de ses joues rebondies. Et, tandis que le blond essayait de comprendre, en vain, ce qu'il se passait, la fillette continuait à l'implorer pour qu'il la laissa retourner auprès de son Soleil. Pourtant, lorsque l'adolescent se leva, tenant fermement la mains de l'enfant mais acceptant finalement d'aller à la rencontre de cet intriguant Sūrya, Eiko resta figée.

Il avait disparu. Sa Luciole n'était plus là.



« Momo nashi ringo remon
Momo reishi ume meron
Momo budô suika anzu
Watashi wa momo ga sukidesu.
»

Eiko chantonnait avec le reste de ses amies, échangeant des sourires et des coups d’œil complices avec ses camarade. Les Hanatsu entouraient la Matasif, la sollicitant pour découvrir avec curiosité de nouveaux mots ou de nouvelles choses sur ce peuple étrange dont elle faisait partie, et dont les plus jeunes n'avaient que pu entendre parler. La Hitoka, elle, était déjà allée à leur rencontre et avait pu les côtoyer pendant plusieurs jours. Sa curiosité était cependant loin d'être assouvie et elle s'était joint au groupe pour poser ses propres questions. Et puis, surtout, elle était attirée par la sertisseuse. Elle n'avait pas oublié ce qu'on lui avait dit, lors de leur premier repas à Utopia : la dame Leenhardt était réputée être la meilleure dans son domaine.

« Comment qu'il s'appelle, ton n'amoureux ? » voulut savoir la brunette, lorsque les questions sur le compagnon de l'Humaine arrivèrent. Elle était tout aussi intriguée que ses voisines. Elle avait vaguement entendu parlé de l'homme lors de son séjour dans la capitale des enfants de Sympan, mais n'avait pas pu le rencontrer en personne. « Un lien profond... » répéta Eiko en écoutant les réponses de la jeune femme. Celle-ci en particulier la laissait pensive. Pour elle, le seul lien qu'elle connaissait et savait appréhender était celui que pouvait former une Orine et son Aisuru. Qu'il existe une autre sorte de lien lui semblait aussi étrange que fantastique. « Ca veut dire que Liànjiē, il a épousé un Ange aussi ? » demanda-t-elle, étonnée, se tournant à la fois vers leur invitée et vers ses aînées, qui se maintenaient en retrait pour éviter le contre-coup de la Ma'Ahid.

Eiko s'approcha de Mancinia, un sourire rêveur aux lèvres. Sans aucune gène, elle lui tapota l'épaule pour attirer son attention. « Tiens, c'est pour toi madame. » dit elle en déposant dans les mains de l'adulte l'un de ses bracelets. Il s'agissait d'un tissage pour le poignet, de couleur bleue et dorée. Elle se pencha pour déposer un bisous sur sa joue puis tourna les talons, filant à toute vitesse pour retrouver Bae qui l'attendait, à l'autre bout de la salle.



La musique résonnait de tous les côtés, tant qu'il était difficile de se concentrer sur une seule mélodie à la fois. La Hanatsu s'arrêta devant une petite scénette modeste, où des musiciens jouaient de leurs instruments. Se laissant habiter par la musique, la plus jeune se mit à bouger lentement au gré des notes et, sans s'en rendre compte, elle commença à fredonner, jusqu'à ce que les mots prennent forme entre ses lèvres.

« Je l'ai vu danser dans les cieux,
Volant fièrement sur son dragon,
Il m'a tendu la main, ensemble nous dansions,
Il avait les yeux bleus, mon amoureux.

Partout je l'ai cherché, ce bien aimé,
Dans sa forêt de bambou, il y avait notre feuille
Car c'était écrit : un jour nous serons liés,
Alors il me l'a montré pour que je la cueille.

Je l'ai vu danser dans les cieux,
Volant fièrement sur son dragon,
Il m'a tendu la main, ensemble nous chantions,
Il avait les yeux bleus, mon amoureux.

Jusqu'au bout du monde,
Licornes et dragons font la ronde.
Dans leurs grandes aventures,
Ils s'amusent et galopent vers leurs futurs.

Je l'ai vu danser dans les cieux,
Volant fièrement sur son dragon,
Il m'a tendu la main, ensemble nous rêvions,
Il avait les yeux bleus, mon amoureux.
»

San = Monsieur
Cukaṇē = Mademoiselle
Sūrya = Soleil



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