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 [Q] - Moi je t’aimerai encore, encore et jusqu’à ma mort | Svana

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Mar 06 Oct 2020, 11:07




Moi je t’aimerai encore, encore et jusqu’à ma mort

En duo avec Svana


Intrigue : Flashback. À l’abri des regards indiscrets, Svana et Cal se retrouvent à Tinnugardh.


La fumée du thé dansait en volutes au-dessus des tasses. Elle répandait leur parfum de lavande à travers la pièce. Des rideaux pourpres tombaient le long des fenêtres, à travers lesquelles s’engouffraient les rayons du soleil pour venir réchauffer le large tapis. Le petit salon était modestement aménagé. Une table en bois brillant s’entourait de deux fauteuils et d’un canapé. En son centre s’épanouissait une plante aux feuilles ciselées et aux tiges piquetées de ronces. Des crayons et des papiers étaient éparpillés dessus. Des notes griffonnées à la va-vite et des schémas noircissaient les feuilles. Trois livres reposaient aussi sur le support. Leurs pairs étaient rangés dans une grande bibliothèque, ou oubliés sur le bureau qui siégeait près de la baie vitrée. Celle-ci offrait une vue imprenable sur la Forêt des Murmures. Lorsqu’elle était ouverte, on pouvait entendre le chant des bois. Parfois, la litanie d’âmes égarées montaient jusqu’à la bâtisse. Située sur le deuxième plateau, elle appartenait à ses parents. C’était un endroit discret, où il était possible de se retrouver dans le secret. Il aurait été inenvisageable de la voir à Istgardh, où vivaient leurs époux respectifs et toutes leurs connaissances. La main tendue au-dessus de l’une des tasses, l’Alfar modelait la surface du liquide. De petites vagues y naissaient et roulaient jusqu’à venir s’écraser contre une paroi. Les gerbes retombaient toutes dans le récipient. L’océan, déjà, lui manquait. Il était fait pour se fondre dans sa volupté et pour adorer sa violence. Pourtant, tous les marins ont sur terre une ancre pour les retenir. Il attendait la sienne avec l’impatience des amants fous d’amour.

Lorsque la porte s’ouvrit pour dévoiler la silhouette tant désirée, il se leva avec une lenteur mesurée. Ses yeux gris plongèrent sans hésitation dans ceux de la femme. Un demi-sourire éclaira son visage. Il se dirigea vers elle et, avant qu’elle ne fût devant la fenêtre, glissa ses mains jusqu’à sa taille et la repoussa contre un mur. Durant une seconde, il la scruta, puis il s’inclina pour joindre ses lèvres aux siennes. L’une de ses mains remonta jusqu’à sa nuque, qu’il enserra doucement. Elle lui avait manqué. Elle avait sur lui un effet qu’il lui était interdit d’oublier, tant il était exquis. Il aurait voulu pouvoir l’emmener partout avec lui. Il aurait voulu pouvoir goûter le sel de la mer sur chaque parcelle de sa peau. Comme il se redressait, il se détacha d’elle. « Je t’ai ramené quelque chose. » De ses voyages, il veillait à toujours emporter des souvenirs, surtout lorsqu’il savait qu’il allait la voir. « Ferme les yeux et tourne-toi. » L’homme glissa une main dans la poche de son veston, et en sortit une fine chaîne en or, au bout de laquelle brillait une pierre rouge. Passant ses bras par-dessus la tête de la femme, il noua le collier. « Voilà. » D’une main sur son épaule, il l’invita à pivoter, puis lui fit signe qu’elle pouvait s’asseoir si elle le désirait.

Le parfum de l’infusion embaumait la pièce. « C’est du thé à la lavande. » Il l’avait aussi ramené de cette dernière escapade. Il sourit, avant de prendre place dans l’un des fauteuils. Parfois, leurs retrouvailles ne laissaient que peu de place à la discussion. D’autres fois, il lui posait des questions ou lançait un sujet qui lui tenait à cœur. Le temps leur était toujours compté. Toutes leurs interactions étaient comme celles de deux condamnés à mort : teintées d’une impatience fébrile. « Tu vas à la réception des Orethias ? » Il s’accommodait des soirées mondaines comme il le faisait de la pluie et du beau temps. Les Alfars en profitaient pour faire étalage de leur richesse matérielle, intellectuelle ou culturelle. Pour lui, c’était l’occasion de s’amuser. Son étincelle espiègle accrochée aux rétines, il se pavanait avec le sourire de ceux qui savent. Il ne manquait jamais une occasion de se moquer, plus ou moins gentiment, de ses pairs. Son attitude légère lui valait de ne pas toujours être pris au sérieux, et ainsi d’échapper au courroux des plus susceptibles. Il gravitait d’un groupe à l’autre, souvent sans s’attarder. Il fuyait les conversations sérieuses dès lors qu’elles ne nourrissaient ni son esprit ni sa curiosité. Sa femme, Naya, le fustigeait parfois, agacée par son attitude inconséquente. Elle avait l’ambition de ses semblables et désirait ardemment rentrer dans les cadres qu’on leur proposait. Elle souhaitait que ses enfants connussent une plus grande ascension encore que la leur. Il préférait jouer l’anguille et provoquer les egos. Il avait toujours été un peu marginal – et un peu, c’était déjà trop pour les enfants de Dothasi. « Avec ton mari, ou seule ? » Il sourit et laissa ses yeux descendre le long de ses courbes, dans une caresse aussi tendre que passionnelle, avant de remonter jusqu’aux siens. « J’espère que tu ne t’es pas trop ennuyée, sans moi. » Un sourire amusé pinça le coin de ses lèvres.



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Jeu 08 Oct 2020, 08:26


By Mojavia

Moi je t'aimerai encore, encore et jusqu'à ma mort



Les pas de la jeune femme se chargeaient d’une fébrilité empressée au fur et à mesure qu’elle se rapprochait de la maison de ses parents, à lui. Elle n’y pouvait rien. L’idée même de le retrouver créait au cœur de sa poitrine une excitation qui balayait tout sur son passage : les faux-semblants, la neutralité légèrement hautaine de son visage, son statut, son mariage. Il était comme une vague sur laquelle elle aurait souhaité naviguer ; à moins que ce ne fût l’inverse. Ses longs cheveux blancs avaient été attachés d’une façon qu’elle n’aurait sans doute jamais pu reproduire seule. Quelques mèches tombaient sur la peau de sa nuque et filaient vers son dos. Elle doutait que la coiffure survécût à leur rencontre, pas plus que le nœud qui nouait sa robe autour de sa gorge. Heureusement, elle avait toujours eu à cœur de s’habiller avec élégance. Ce genre de vêtements n’éveillaient donc pas les curiosités malsaines et avides de scandales de ses pairs. Svana avait été moulée au cœur de la société alfare. Elle trouvait, avec une certaine dérision, que son existence ressemblait à une pièce de théâtre, jouée des milliers de fois, par des millions d’acteurs différents : tous les Enfants de Dothasi. Lui, était différent. C’était pour ça qu’il avait attiré son regard. Si elle l’avait pu, elle aurait jeté son existence dans un ravin de ronces et se serait enfuie avec lui, loin des coiffes sophistiquées et des robes bourreaux de la liberté. Si elle l’avait pu, elle n’aurait enfilé qu’une tenue légère, qui se serait bien vite soulevée en sa présence, lorsque leurs corps se seraient unis au rythme de la houle. Elle l’aurait chevauché, comme les lames venaient s’entrechoquer au phare, encore et encore. Ensemble, ils auraient pu faire le tour du monde.

Lorsqu’elle arriva, son regard s’accrocha au gris de ses yeux. Elle sentit le mur derrière son dos et frissonna de leurs retrouvailles. Elle ne put empêcher un sourire de naître sur ses traits. Pour lui, elle aurait abandonné tout ce qu’elle avait construit jusqu’ici, si cela eut été possible. Cet amour les consumerait. Aussi, elle lui obéit. Elle ferma les yeux et se tourna. Il aurait pu en profiter pour l’assassiner. Les jeunes Alfars apprenaient bien vite que tourner le dos à un tiers pouvait s’avérer mortel, tout comme mortel était le fait de tourner le dos à un Alfar. Pourtant, tout ce qu’elle avait l’habitude de sentir entre ses omoplates était ses caresses, ses baisers et la chaleur de sa respiration. Elle n’eut pas besoin d’ouvrir les yeux pour deviner la teneur du cadeau. Déjà, son esprit construisait les bases d’un mensonge qui justifierait l’acquisition du bijou. Elle en avait beaucoup mais son mari ne manquerait pas de remarquer celui-ci. Il était possessif, de plus en plus, au fur et à mesure que son ascension se précisait. Ses lubies étranges se renforçaient, comme si le pouvoir finissait forcément par créer des fous.

Svana ouvrit les yeux. Elle prit le médaillon entre ses doigts afin de l’admirer. « Merci. » susurra-t-elle, en s’avançant dans la pièce. Elle lui ressemblait. La disposition des objets lui plaisait. Un instant, elle les imagina tomber au sol, sous le mouvement d’une main désireuse de faire de la place pour s’adonner à d’autres activités que celle de boire un thé ou de griffonner quelques schémas. Elle s’assit en face de lui, laissant la table basse les séparer. Elle noua ses mains autour de l’un de ses genoux, après l’avoir placé sur son autre jambe. L’odeur de la lavande se mélangeait à celles des vieux livres, de l’encre, du parchemin et de l’océan. Elle pouvait sentir le sel jusque sur la peau de son amant, une odeur d’aventure et de découverte. « Oui. » répondit-elle à la question. « Avec lui. » Son bas-ventre se noua et se réchauffa sous le regard de l’Alfar. « Il ne manquera certainement pas de glisser quelques mots acerbes sur ta personne à nos connaissances, si tu y vas. » Les comportements marginaux étaient difficilement tolérés à Drosera. La Cité vivait une autarcie que beaucoup approuvaient. Se mêler aux autres peuples, si peu dignes de profiter de la présence des Alfars, était une mauvaise chose aux yeux de tous. Ils n’avaient pas besoin des autres.

Doucement, mais d’un mouvement contrôlé, elle avança sa main vers l’une des tasses. Ses doigts ne la saisirent pas. Elle arrêta son geste, pour relever les yeux vers lui. Elle sourit. « Absolument pas. » mentit-elle, sans cacher son mensonge. Elle était toujours occupée mais, lorsqu’il était absent, c’était son âme qui s’ennuyait de lui. Elle se languissait et imaginait le tracé de ses doigts sur son corps. Il n’y avait que comme ça que son époux réussissait à lui faire l’amour, lorsqu’elle pensait à lui, dans ses bras. Pourtant, l’un et l’autre ne lui procuraient pas le même plaisir. Son absence de désir pour son mari n’y était pas étrangère. Elle se sentait comme morte contre lui. Elle finit par prendre la tasse et par la porter à ses lèvres. Là, ses yeux verts se relevèrent pour le contempler. La situation ne pourrait pas durer éternellement. Au fond d’elle, elle le savait parfaitement, mais ses sentiments ne lui permettaient pas d’arrêter. Elle nourrissait l’espoir de ceux qui aiment. Elle but, se délectant du goût nouveau de la boisson. « Où est-ce que tes voyages t’ont conduit, cette fois ? » demanda-t-elle. L’Alfare aimait qu’il lui racontât ses histoires. Son regard se baissa sur son torse. Elle avait envie de se blottir dans ses bras, tout en sachant pertinemment qu’une fois contre lui, elle aurait envie d’une toute autre chose.

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Mar 13 Oct 2020, 10:29




Moi je t’aimerai encore, encore et jusqu’à ma mort

En duo avec Svana



Il sourit. Le calcul de ses gestes, la spontanéité de son sourire, ses mensonges qui criaient des vérités ; tout lui avait manqué. Il tendit la main pour attraper une tasse de thé, et la porta à ses lèvres. Le goût de l’interdit, aussi, bien plus acidulé et galvanisant que celui de la lavande. Ils n’avaient pas le droit. Si quelqu’un les avait surpris, ils auraient été lynchés en place publique, mis à terre par tous ceux qui y auraient perçu un moyen de gagner en importance. La morale alfar s’accommodait des crimes les plus bas dès lors qu’ils pouvaient conduire à des positions convoitées. Lui, il aurait sans doute ri au nez de ces affamés, qui durant tout ce temps n’avaient rien su voir. Ils n’avaient capturé aucun échange de regards, aucune caresse discrète lors des frôlements incontrôlés des corps, aucune étincelle qui témoignait de la présence d’un amour flamboyant. Ils étaient dupes de ce jeu d’acteurs qu’ils manquaient parfois de trahir ; et leur aveuglement desservait leur avidité.

Sur certains plans, il n’était pas vraiment différent d’eux : s’il était arrivé jusqu’ici, c’était parce qu’il avait su jouer des rouages de la société qui l’avait façonné. Il avait serpenté entre les obstacles, tantôt vif et tantôt langoureux, toujours aidé de cet esprit moqueur qui agaçait tant ses pairs. C’était là ce qui le démarquait, sans doute : cette façon de balayer les convenances au profit de l’amusement. Il avait besoin d’exercer sa sagacité en continu, comme un enfant à l’affût de découvertes, avec une inconséquence insolente. Ses voyages nourrissaient son âme et son corps : ils lui apportaient tout ce dont une vie citadine et monotone le privait. Ils lui insufflaient la vie là où l’immobilisme et la routine rongeaient tout ce qu’il avait de raison. Ils étaient peut-être même les escapades qui lui permettaient de ne pas être assassiné par ses semblables. Ça, et le nom qui le suivait où qu’il allât. Si ses parents avaient enduré la honte de perdre leur statut, il avait redoublé d’efforts pour remonter la pente et redorer leur branche de la famille. « Le thé vient de Vervallée. » sourit-il. « Mais je l’ai récupéré à Sceptelinôst. On a dû s’y arrêter pour faire réparer certains navires. » Les choses ne s’étaient pas exactement déroulées comme prévues. Tant mieux.

« Tu te rappelles que lors de notre dernier voyage, nous avons trouvé des parchemins qui indiquaient la présence de trésors, et peut-être une partie du butin de Dën l’Égorgeur, dans la Mer de la Méduse ? » L’Alfar se pencha et écarta quelques livres pour attraper une carte. « Par ici, du côté de Kirliath. Quand on navigue dans le coin, on comprend pourquoi des équipages entiers ont fini par le fond. » Il releva les yeux vers elle. Dans ceux-ci brillait une lueur amusée. S’il mesurait le danger, il n’était pas sensible à ses menaces. « Et même le sien. » Pirate réputé, qui tenait ces flots au respect depuis des décennies, il avait fini par ployer le genou face à la puissance de l’océan. C’était toujours comme ça. On ne peut pas tenir vent debout contre les vagues : il faut se moudre en elles ou courir sur leur écume. « L’eau est noire, mais le brouillard est si épais que tu ne peux ni en distinguer la couleur, ni voir ce qui frôle la coque ou clapote près de la poupe. » Il se pencha un peu en avant. Quand il racontait, il semblait habité. Dans sa voix, l’angoisse et le malaise qui l’avaient hanté transparaissaient. Un frisson d’excitation le parcourut. « On dit que si elle est si sombre, c’est parce que quiconque demeure trop longtemps dans la Mer de la Méduse devient fou ou mauvais au point que son sang vire à l’encre. Lorsque c’est fait, les monstres marins, les sirènes ou l’Empire du Léviathan le sentent, et prennent le soin d’éliminer ceux qui ont osé défier l’autorité de l’océan. Ou ils le laissent faire son travail, en regardant les navires se fracasser contre les roches d’îles invisibles. » Ses doigts coururent sur le papier, là où il avait griffonné l’emplacement de territoires jusqu’alors inconnus. « Les parchemins indiquaient que Dën avait laissé son trésor sur l’une de ces fameuses îles. Nous l’avons cherchée longtemps, et je pense que nous étions très proches du but, mais nous avons été attaqués par des créatures marines. Je ne saurais pas les décrire, tout s’est passé avec une brutalité fulgurante… » Ses iris se voilèrent, comme s’il revivait la violence des scènes. « Et puis tout s’est arrêté d’un coup. Certains marins te diront que les Ætheri nous ont protégés. Je suis convaincu que nous avons simplement eu de la chance. Nous étions à la limite ouest de Kirliath, et je pense que les combats nous ont repoussés en dehors. » Il s’humecta les lèvres. « Enfin, impossible de retourner à Drosera dans ces conditions. Nous sommes descendus jusqu’à Sceptelinôst, et c’est là-bas que j’ai trouvé le thé. » Ses prunelles papillonnèrent jusqu’au pendentif carmin. « Le collier, je l’ai trouvé en mer. » Il inspira et se redressa, puis, en appuyant ses mains sur ses genoux, se leva. « L’expédition est loin d’avoir été le succès que l’on espérait tant, mais nous ne sommes pas revenus complètement bredouilles. » Ils avaient trouvé quelques artefacts de moindre importance, loin de ceux que leur promettaient les parchemins. L’homme s’approcha de la femme et glissa un doigt dans son cou, le long de la chaîne dorée. « D’après l’expert joaillier que j’ai rencontré à Sceptelinôst, c’est du rubis. Il a peut-être été fabriqué par le Spectre de la Dame. » Il avait pris le bijou en cachette, et l’avait fait expertiser de la même façon. Il ne pouvait pas se permettre que quelqu’un le vît et demandât à son épouse si elle était heureuse du cadeau. Il lui avait offert autre chose, tout comme à ses enfants. Ils n’étaient pas venus, cette fois-ci.

Son index remonta le long de la mâchoire de Svana. Il aurait pu continuer son récit et le ponctuer des anecdotes qu’elle aimait tant, mais une passion brûlante asséchait sa gorge. Il avait envie de la toucher plus, partout. Il voulait la posséder entièrement. Il en avait besoin. « Bref, ce n’était pas une excursion de tout repos. » Son sourire affirmait qu’il avait adoré, malgré les sensations qui lui avaient broyé les tripes. « Autant te dire que j’ai hâte de retrouver les salles de réception et les costumes trop bien coupés. » Ses doigts voletèrent à la base de la nuque de son amante. « Surtout si ton mari a l’obligeance de parler un peu de moi à ses amis. » Le coin de ses lèvres tressaillit, comme si son sourire s’apprêtait à s’effacer. « Naya sera là aussi, avec les enfants. » Iryella et Saenor, âgés de quatre et sept ans, ne resteraient pas toute la soirée. Cependant, leur mère tenait à ce qu’ils s’habituassent à l’ambiance singulière des réceptions. Il se pencha et murmura contre son oreille : « Je t’emmènerai danser. Ce sera amusant. » Ses lèvres caressèrent son lobe, avant de glisser dans son cou pour y déposer des baisers.



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Mar 17 Nov 2020, 16:30


By Mojavia

Moi je t'aimerai encore, encore et jusqu'à ma mort



Son index remonta à sa mâchoire qu’elle caressa distraitement, tout en l’écoutant. Elle adorait qu’il lui confiât les fables de ses voyages. Il aurait pu tenir un journal, retravailler ses aventures et les faire publier. Parfois, par le jeu du ton qu’il employait pour conter, elle chavirait et frissonnait avec lui. Elle se délectait de ses histoires. Elles la changeaient de tout ce qui faisait habituellement son monde : une Drosera qu’elle songeait malade. Le monde extérieur lui paraissait merveilleux. Peut-être était-ce simplement parce qu’elle était amoureuse de celui qui naviguait sur les flots et lui illustrait ses aventures ? Elle pensait de plus en plus à s’enfuir. « Oui, je m’en rappelle. » Comment aurait-elle pu oublier, alors que ce qui lui venait aux oreilles quotidiennement était si peu original ? Loin d’elle l’idée de cracher sur la société alfare. Sans doute était-ce sa propre existence qui laissait à désirer, et non l’ensemble de la communauté droserienne. Peut-être n’était-elle qu’une ingrate, une femme éternellement insatisfaire, qui aurait dû se contenter de ce qu’elle possédait, au lieu d’avoir le goût pour ce qui lui était inatteignable ? Dans ses bras, elle était heureuse, pourtant. Elle but une gorgée de thé lorsqu’il sortit une carte, reposa la tasse sur la table et se pencha en avant afin de contempler les reliefs du paysage ainsi exposé. Elle savait qu’elle allait bientôt être captivée par les explications qu’il s’apprêtait à lui fournir. Elle se mordit la lèvre inférieure à l’évocation du brouillard et de la mer d’encre et trembla face aux créatures marines. L’excitation se lisait dans ses yeux. C’était comme revivre son voyage, près de lui. Elle avait l’impression d’entrer dans son jardin secret. Il le lui livrait. Elle constata avec horreur qu’il aurait pu ne jamais revenir. Elle n’y avait jamais pensé avant, malgré ses péripéties. Que ferait-elle s’il trouvait la mort ou, pire, disparaissait en mer purement et simplement ? Sans qu’elle ne pût savoir s’il vivait encore ou non ? Elle se fraierait sans doute un chemin hors de Drosera et déplacerait vents et montagnes pour le retrouver. En théorie. En pratique, elle n’en était peut-être pas capable. Elle n’avait jamais mis un pied dehors. « Du rubis ? » Elle se sentait honorée du présent, même s’il lui ramenait toujours quelque chose. C’était à elle, ensuite, de justifier l’acquisition de ces biens auprès de son époux. Une manipulation habile auprès de ses « amies » ou directement auprès du principal concerné fonctionnait bien. Elle avait toujours peur de rougir ou qu’il la perçât à jour. C’était pour cela qu’elle se préparait longuement. Elle jouait un rôle, se parant d’un ton et de mimiques qu’elle commençait à manier correctement. Le monde dans lequel elle vivait l’obligeait à jouer la comédie. Ce n’était pas nouveau.

Elle se laissa toucher. L’attente éveillait des passions brûlantes chez elle. Peut-être même aurait-elle la patience d’attendre la fin de la réception avant de retrouver ses bras ? S’ils étaient prudents, ils pourraient tous les deux s’éclipser discrètement et se donner rendez-vous dans une pièce non utilisée pour unir leurs corps. Le risque était probablement trop grand. « Parfois, je rêve que mon mari tombe amoureux de ta femme. » Elle sourit. « Ce serait idéal. » Impossible. Évoquer leurs mariages était toujours compliqué. Ils vivaient dangereusement à entretenir une relation clandestine. Quand ses lèvres arrivèrent dans son cou, le danger fut pourtant bien vite oublié. Ses doigts remontèrent pour glisser dans les cheveux de son amant. « Emmène-moi où tu veux. » susurra-t-elle, comme une adolescente qui rêvait de fantaisies improbables. Pourtant, elle était une femme et avait pleinement conscience des enjeux. Elle préférait les laisser de côté pour le moment. Ils étaient ensemble, dans un endroit où l’hypothèse qu’on les y dénichât était utopique. Elle voulait le croire, en tout cas. « S’il s’avère que tu me fais danser bien mieux que lui, Álmos le prendra sans doute mal. » Son mari s’appelait ainsi. Il avait le maintien des personnes influentes. Il détestait perdre. Il détestait être « en dessous de… ». Il vivait comme la plupart de leurs semblables. Il ne cessait de vouloir plus et existait dans cet unique but. Il aurait rasé des orphelinats et torturé de chatons pour acquérir une position plus favorable. « Ce ne serait d’ailleurs pas la seule chose que tu ferais mieux que lui. » murmura-t-elle, en descendant l’une de ses mains le long de son torse. Elle sentait les parfums chauds, envoûtants. C’était une femme sensuelle qui avait connu l’aridité d’étreintes mécaniques depuis bien trop longtemps. Elle s’était réveillée au contact du corps de l’homme, comme s’il lui avait rendu un fragment de son âme. Elle lui murmura quelques mots. « Tu peux aller explorer toutes les contrées que tu souhaites, si tu reviens à chaque fois pour explorer mon corps. » Il n’était pas le seul explorateur de l’endroit, puisque sa main était actuellement en train de gravir une tour. Elle sourit. Elle agissait avec l’ardeur des premiers amours, son souffle déjà court.

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Lun 23 Nov 2020, 09:44




Moi je t’aimerai encore, encore et jusqu’à ma mort

En duo avec Svana



Le sourire de Svana se refléta sur ses lèvres. « Oui. Tu fais des rêves agréables. » Une lueur amusée dansa dans ses yeux. « Tu devrais m’y inviter. » À cette époque, il n’imaginait pas que l’onirisme deviendrait sa réalité, son terrain de jeu, et chaque songe une invitation. Il ne connaissait rien des Génies et de leur univers. Il n’aurait jamais pu penser en devenir un. À cet instant-là, il était même persuadé de finir sa vie en tant qu’Alfar. Parfois, il songeait à une mort naturelle, de vieillesse, entouré de ses enfants et petits-enfants. Cela ne le faisait pas rêver. Il préférait envisager une mort en mer, au creux des bras de l’océan, ou même un décès suite à une attaque au couteau dans le dos. Quelque chose de brutal et de rapide, comme un dernier grand clap de fin. Un tombé de rideau sur une scène insoutenable, qui marque l’air et les esprits de questions suspendues. Un arrière-goût d’inachevé, une note tuée comme si la main du pianiste avait été arrachée à son clavier.

« Il est susceptible. » souffla-t-il contre son cou, avant de sourire. « C’est vrai. Tu crois qu’on devrait lui faire une démonstration ? » Des frissons chauds coulaient dans son corps. Les mains de la jeune femme réveillaient des parcelles de peau oubliées. Elles appelaient des sensations d’extase, et mille mots d’amour, qu’il susurrait ou tairait dans le froissement des tissus. Il l’embrassa. Ses lèvres avaient le goût de l’interdit, oui, et celui de la tendresse, de l’affection, de la sincérité – de tout ce qui pouvait cruellement manquer, parfois, ici ou ailleurs dans le monde. « Je reviendrai toujours. » promit-il, sans avoir conscience de proférer un mensonge. Poussé par une bouffée de sentiments, il se dégagea de l’étreinte de son amante pour s’agenouiller. Avec une lenteur insupportable, il remonta le bas de sa robe. Il le fit glisser contre ses mollets, caressa ses cuisses à l’aide du tissu, laissa ses doigts redécouvrir son épiderme. L’envie conférait à ses gestes un empressement qu’il tentait de tempérer.

L’Alfar releva ses yeux gris vers Svana. Elle était belle. Dans l’attente, emplie d’ardeur et d’amour, elle était belle. Il remonta jusqu’à ses lèvres pour lui prendre un baiser, puis descendit contre son cou. « Je t’aime. » murmura-t-il, avant de s’aventurer sur sa poitrine encore vêtue, son ventre et ses hanches. Sa bouche s’égara sur le morceau de tissu qui les séparait d’une apothéose. Il passa ses doigts sous les côtés de celui-ci et le fit glisser le long des jambes de la femme. Ses lèvres tracèrent des chemins sur ses cuisses, comme un navire étreint par l’océan, qui jamais n’oublie son cap. Ses mains retournèrent jusqu’à son cou. À tâtons, il chercha le nœud capable de délivrer son corps du joug de sa robe. Dès qu’il en saisit un pan, il le défit : le drapé chuta jusqu’aux reins de l’amoureuse. Ses doigts explorèrent son buste, caressant chaque courbe de ses seins. Sa respiration était profonde et son cœur frappait ses côtes avec toute la puissance de son désir. Il aimait la sentir ainsi. Il aimait la savoir avec lui, couverte par l’envie de chavirer. Il sourit contre sa peau, patienta une seconde, puis mit fin à l’attente. Il l’emmènerait. Il la guiderait autant que nécessaire, pour qu’elle voyageât jusqu’à ne plus pouvoir s’émerveiller davantage. Il voulait l’entendre soupirer d’aise et de fatigue, la voir se coucher, le corps délassé et l’esprit apaisé, et la sentir se blottir dans ses bras, assoupie.



La salle offrait à la musique une résonnance parfaite. Naya à son bras, il s’avança parmi les convives. « Promets-le-moi. » - « Pourquoi ? Tu t’inquiètes ? » Il sourit, espiègle. « Arrête. Ce n’est pas un jeu. » - « Il faut bien s’amuser un peu. » - « Tu as trop à perdre. » - « C’est pour ça que c’est stimulant. » Elle leva les yeux au ciel. S’ils n’avaient pas été en société, elle se serait probablement dégagée. Elle ne le pouvait pas. Ce serait remarqué, analysé et critiqué. « Tu es inconséquent. Pense à moi, à tes enfants ! » Il grimaça, sans cesser de marcher. « Tiens-toi correctement, s’il te plaît. » - « Tu sais, je crois qu’un jour, ta prudence te tuera. » Parvenu près du buffet, il s’arrêta et se tourna pour regarder sa femme. « Tu vas finir par mourir d’ennui. » - « Je ne m’ennuie pas. » trancha-t-elle. Le regard de son mari s’était perdu sur la foule. Il lui jeta un coup d’œil, un sourire goguenard aux lèvres, cependant, elle pouvait assurer qu’il n’était déjà plus à leur conversation. « Tu ne voulais pas parler à Soenaë ? Elle est là-bas. » indiqua-t-il. « Si. » - « À tout à l’heure, alors. » - « Oui. À tout à l’heure. » Contrainte, elle s’éloigna, après un geste de tendresse envers chacun de ses enfants. « Père ? » - « Oui ? » - « Allez-vous arrêter de vous disputer un jour, mère et vous ? » Il baissa les yeux sur sa fille, les sourcils froncés. Elle baissa aussitôt la tête. « On ne se dispute pas. Ce sont des affaires de grandes personnes. » Il se redressa pour regarder la gouvernante. Sa femme l’avait embauchée afin d’être plus libre de ses mouvements. C’était généralement elle qui s’occupait des enfants. Rouge, elle bafouilla des excuses. Il haussa les épaules. « J’étais pire. » Il n’en fit rien, mais à la réflexion, cela lui donnait envie de sourire. Les ronces ne font pas des pâquerettes.

Il se déplaça parmi les convives, à la recherche d’un visage qui lui manquait déjà. Il allait la faire danser, comme promis. Sa cible en vue, il sourit. Il s’approcha et salua avec l’étiquette requise : « Monsieur Belvariann. » Ses iris voletèrent jusqu’à Svana. Le feu y brûlait. « Madame. » Il avait envie de lui dire tellement plus.



Message III – 999 mots
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Jeu 07 Jan 2021, 21:16


By Mojavia

Moi je t'aimerai encore, encore et jusqu'à ma mort



« Àlmos et moi-même avons eu la chance de visiter ces jardins avant même qu’ils ne soient ouverts au public. » Svana discutait avec un autre couple, la main placée sur l’avant-bras de son mari. La vantardise attirait autant les jalousies que les convoitises. Elle était dangereuse mais nécessaire. Un air pincé sur le visage, l’Alfare prenait à cœur son rôle dans la société, à faire briller son époux. Certes, il s’agissait là d’un avantage qu’elle avait obtenu mais s’ils avaient pu s’aventurer au cœur de ces jardins faits de roses et d’épines, c’était avant tout grâce à une manœuvre habile de celui à qui elle avait promis sa vie, jadis. L’homme sourit, tout comme le couple qui se tenait en face d’eux. Bien sûr. Il n’y avait rien d’autre à faire. Les deux protagonistes qui n’avaient pas eu cette chance n’allaient certainement pas montrer leur échec. Au lieu de quoi, la femme essaya de reprendre la main sur la conversation. « Nous les avons trouvés quelque peu fades, à vrai dire. Il y a bien d’autres merveilles similaires et nous nous attendions à trouver quelque chose de… différent. N’est-ce pas ? » « Oui, la déception fut grande. » « Vraiment ? Il m’a semblé entendre un diplomate en parler très favorablement. » Àlmos connaissait la position de ces individus sur la diplomatie de la race. Étant donné le peu d’ouverture des derniers siècles, certains avaient l’intime conviction qu’ils étaient indignes et n’avaient qu’une fonction d’apparat inutile. L’Alfar aurait aimé entendre de tels propos franchir les lèvres de ses interlocuteurs. La royauté aurait eu tôt fait de se charger du sort de ces derniers. Il aurait eu des concurrents en moins. « Heureusement, chacun est libre de ses goûts, même si certaines tendances sont plus que discutables. » Le rire de la harpie fit sourire Svana. « Certes. Les roses ne sont pas toutes aussi belles, même si, d’après moi, ce sont les épines qu’il est préférable d’admirer. » Celles qui plantent, arrachent et griffent.

« Ne serait-ce pas… ? » « Si. » Àlmos tourna la tête, juste à temps pour envisager l’arrivée du voyageur. « Hum. » émit-il, avec une certaine désapprobation. « Inutile d’essayer d’empêcher les trouble-fêtes de sévir, apparemment. » murmura-t-il. La famille de l’invité indésirable était néanmoins célèbre et bien qu’il n’appuie pas les sorties intempestives à l’extérieur du territoire alfar, il ne pouvait descendre l’individu haut et fort. S’il se permettait, c’était aussi parce qu’il savait que ses interlocuteurs pensaient exactement la même chose. D’ailleurs, ces derniers profitèrent de l’occasion pour s’éclipser après une brève révérence. Svana, elle, sentit son entre-jambe se réchauffer au fur et à mesure de son avancée. Le trouble suscité ne parut néanmoins pas sur son visage. Son désir resta caché à l’intérieur de son être, brûlant, mais pas au point de rougir ses joues. Cela n’aurait tenu qu’à elle, elle l’aurait attiré derrière l’un des épais rideaux des lieux et se serait agenouillée devant lui, pour goûter autre chose que ces canapés détestables qu’elle avait picoré avec parcimonie jusqu’ici. Quand il était présent, le reste paraissait sans saveur. « Ne t’inquiète pas, je vais m’en occuper. » susurra la femme à son mari, juste avant qu’il n’arrivât. Àlmos le salua comme il devait le faire. Svana sourit, d’un sourire qui n’aurait très bien pu n’être qu’apparat. « Àlmos me disait justement qu’il aurait été ravi d’entendre les récits de vos dernières péripéties s’il n’était pas attendu pour quelques discussions importantes. Danseriez-vous avec moi jusqu’à ce qu’il ait terminé ? » Les yeux de l’Alfar caressèrent la peau de sa femme jusqu’à son profil. Une danse pour lui épargner des bavardages sur l’extérieur ? C’était intelligent, bien qu’elle eût pu se contenter de quelques mondanités, avant d’annoncer qu’ils étaient tous les deux attendus. C’est vrai qu’il ne lui avait pas proposé de danser. Il aurait dû, même si le jeu politique n’allait pas en faveur d’une quelconque valse entre eux. Il valait mieux qu’il danse avec l’épouse d’un rival ou de quelqu’un qui pourrait lui apporter quelque chose. Sa femme, il la pensait acquise. Il avait tort. « Svana est une excellente danseuse. » dit-il. Encenser celle qui l'accompagnait devant autrui leur permettait d’évoluer ensemble parmi les hyènes. Plus on la pensait prometteuse et plus sa propre valeur augmentait. Tant qu’ils restaient soudés, tant qu’ils excellaient ensemble, alors ils se nourrissaient l’un l’autre. « J’aimerais que tu m’accordes une danse également, lorsque j’aurai fini mes affaires. » « Bien sûr. » murmura-t-elle, avec un sourire.

Quelques minutes plus tard, un commentaire semblant anodin attira l’attention d’Àlmos. « Votre épouse joue divinement bien la comédie. » Oui. Un peu trop sans doute.

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Jeu 29 Avr 2021, 09:28




Moi je t’aimerai encore, encore et jusqu’à ma mort

En duo avec Svana



« Vraiment ? » Tandis qu’il souriait, son regard glissa vers Àlmos. Il ne l’aimait pas. Il ne l’aimait pas parce qu’il croyait avoir la main mise sur Svana, parce qu’il avait eu la chance de pouvoir en faire sa femme, mais aussi et surtout pour ce qu’il était. Le parangon de l’alfarité. Il était certain qu’il se moquait de ses voyages et qu’il ne voulait écouter ses réussites que pour mieux deviner ou fomenter ses échecs. La pitié n’entachait pas son âme ; et parfois, le Voyageur rêvait de la clémence des autres peuples chez le sien. Ses yeux gris océan glissèrent sur sa femme, sa chose, celle qu’il aurait voulue lui arracher – celle qu’il aurait voulue sienne. Elle resplendissait. Il aurait aimé pouvoir l’entraîner dans une petite pièce et s’unir à elle au creux d’une alcôve. Si son mari les avait surpris, tant pis. Que pouvait-il faire contre l’amour ? Rien. Personne ne pouvait le tuer. Les séparer n’y aurait rien fait ; le désastre eût été pour son orgueil et son sentiment de toute puissance. Se dévoiler à lui eût été un moyen de le piétiner. S’il n’avait pas tant à perdre, l’aventurier aurait sans doute cédé à ces noires manipulations. Il avait envie de le voir à genoux, fou de rage et anéanti. Il voulait le priver de ce qu’il lui enviait.

« Ce serait un honneur, madame. » Ses yeux revinrent à son mari. Il sourit. « Dans ce cas, j’espère que vous ne serez pas trop long. Je pourrais être tenté de repartir avec sur mon navire. » Une pique ; trop osée, mais suffisamment ambiguë pour ressembler à un compliment. Aveu de convoitise ; aveu d’infériorité. Vous avez ce que je n’ai pas et que j’aimerais avoir. « De nombreux peuples apprécient les bonnes danseuses. » Comme pour effacer sa confession ; mais presque insultant, parce qu’il pouvait entendre qu’elle pourrait constituer une excellente marchandise ou offrir des services grivois – s’il ne comprenait pas que les autres nations aimaient les odes à l’art et qui savaient les figurer. L’homme tendit son bras à Svana et l’entraîna sur la piste de danse.

« J’espère qu’il sera très long. » lui confia-t-il en nouant ses bras autour d’elle. Pas l’ombre d’un sourire ne transparaissait sur ses traits. Son visage demeurait de marbre, comme les convenances le requéraient. Il entama les premiers pas de la valse. « Ce serait un véritable honneur de compter une femme telle que vous parmi mon équipage. » La musique couvrait toutes leurs paroles. Pourtant, il baissa la voix. « En fait, j’espère qu’il sera si long que je pourrai te faire l’amour dix fois. » Un sourire discret fit tressaillir un coin de sa bouche. Il était doué pour jouer la comédie. Sauf avec elle. Ses sentiments ressurgissaient aussitôt. C’était aussi déroutant que grisant. « On pourrait s’échapper dans les jardins, pendant le feu d’artifice. » Ses mains se faisaient violence pour rester à leur place. La peau qu’il sentait sous ses doigts l’appelait à l’exploration. Son cœur battait si rapidement qu’il lui semblait que le temps passait plus vite. Du temps, il n’en avait jamais beaucoup. Comme toutes les denrées rares, il s’écoulait à une vitesse effrayante. « Je repars dans une semaine. Nous retournons dans la Mer de la Méduse, chercher le butin de Dën l’Égorgeur. » Il côtoierait à nouveau l’océan capricieux et les monstres hargneux.

« Votre mari ne vous a pas réservé sa première danse ? » Naya haussa un sourcil faussement incompréhensif. La réponse était toute prête parce qu’elle s’attendait à cette question. L’embarras n’en était pas moins grand. « Il n’a guère besoin de me réserver la première danse pour me prouver que j’occupe la première place dans sa vie. » Elle sourit doucement à Soenaë. Son époux lui avait accordé le privilège de la première valse. L’Alfar rougit, tant de honte que d’agacement. « En effet. Je ne l’entendais pas dans ce sens-là. » - « Ils forment toutefois un beau duo. » Naya se retint de serrer les dents et sourit à nouveau. « Mon époux sait sublimer toutes ses compagnes. » - « Il paraît que lorsqu’il était adolescent, elles lui tombaient toutes dans les bras. » gloussa Tehana. « C’est vrai. Il avait l’embarras du choix. » Mais c’est moi qu’il a choisi, pouvait-on comprendre. Elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, intriguée. Svana Belvariann n’avait pas besoin du Voyageur pour être sublimée. Ses yeux coururent jusqu’à la silhouette d’Àlmos, son concubin.



Message IV – 754 mots
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Ven 21 Mai 2021, 05:09


By Mojavia

Moi je t'aimerai encore, encore et jusqu'à ma mort


Svana jeta un regard à Àlmos, un regard accompagné d’un sourire qui signifiait Tu vois, je t’en ais débarrassé. Sois heureux d’avoir une femme aussi serviable que moi. À charge de revanche. Pourtant, c’était de son époux dont elle s’était défaite, pour rejoindre les bras de celui qui faisait frémir son être tout entier, celui qui, d’une simple caresse, provoquait des tsunamis sensoriels en elle. Le Voyageur lui contait ses aventures et elle les vivait par procuration, imaginant les pirates, les trésors et les contrées lointaines qu’elle n’avait jamais aperçues et n’apercevrait sans doute jamais. Danser avec lui devant toute l’assemblée la rendait désolée pour les autres : l’homme le plus intéressant de la salle était à son bras, l’homme le plus séduisant de la salle la faisait jouir en secret. Ce qu’elle voyait autour d’elle n’étaient que des vies mornes, tout comme celle qu’elle avait menée avant de le rencontrer, lui. Depuis, elle existait, au sens le plus complet du terme. Elle ne se contentait plus d’un semblant de vie. Elle aurait aimé tellement plus : qu’elle et lui, jamais, ne se quittassent. « Ce serait un honneur de vous avoir comme capitaine. » dit-elle, en souriant d’une façon convenue. Ils ne devaient pas paraître trop proches, ce qui était une position difficile à tenir, tant elle avait envie de glisser l’une de ses mains le long de son ventre pour le faire soupirer de plaisir. Elle désirait l’entraîner vers une couche, l’y faire tomber avec ardeur et se laisser aller à cette passion dévorante qu’elle ressentait pour lui. Elle voulait être tout pour cet homme : sa femme, sa maîtresse, son amie, son fantasme.

Ce qu’il commença à lui dire éveilla d’autant plus la chaleur qui se propageait déjà entre ses cuisses. Le jardin ? Elle y songea réellement, comme si les mots qu’il venait de prononcer pouvaient devenir réalité. Le feu d’artifice attirerait toute l’attention et personne ne remarquerait deux silhouettes se faufiler entre les hautes haies de la propriété. Il pourrait la faire sienne facilement, si elle relevait sa robe ou s’asseyait sur lui. Elle passa sa langue sur ses lèvres, comprenant que cela ne serait que folie. Mais la folie fait partie de l’amour. « Une semaine ? » l’interrogea-t-elle soudainement. Elle releva les yeux vers lui. C’était tôt. Ils n’auraient pas le temps de se voir davantage. Elle avait un emploi du temps qui ne souffrait d’aucun répit. Chaque minute comptait, dans cette course au pouvoir. Les soirées mondaines faisaient partie du mal nécessaire. Plus son mari et elle étaient aperçus, plus la popularité les entourait. Comme il disait : « En bien ou en mal, l’important c’est que l’on parle de moi. Ce qui serait grave, c’est que personne ne prononce jamais mon nom. ». L’oubli était un tueur. Et sans parler de popularité, le réseau était d’une importance capitale pour évoluer dans une société telle que celle-ci. Le talent et le travail comptaient énormément, mais il ne servait à rien de travailler si personne n’était présent pour constater les résultats de ce labeur, comme il ne servait à rien d’avoir un talent mal exploité et non publié et plébiscité.

Les doigts de Svana se firent plus pressants sur la peau de son amant. « C’est tellement proche… » murmura-t-elle. « Tu partirais combien de temps ? » La question était vaine. En fonction du voyage, des intempéries et des rencontres, l’expédition pouvait durer une lune ou plusieurs. C’était comme un arrachement, à chaque fois. Lorsqu’il n’était pas auprès d’elle, son existence retrouvait un goût fade et il lui semblait s’éteindre, là où lui vivait ses rêves. Il n’y avait aucun de ses rêves à elle à Drosera. Sa voix n’était plus qu’un soupir. « Les jardins. » proposa-t-elle à demi-mot. Elle ne pourrait pas le laisser partir sans se lier de nouveau à lui. Elle voulait retenir chacune de ses caresses, garder son odeur ancrée en elle. Elle voulait qu’il pénétrât son intimité, au sens propre comme au figuré.

Le regard d’Àlmos rencontra celui de Naya. Il s’approcha. « Madame, me feriez-vous l’honneur d’accepter une danse en ma compagnie ? » l’interrogea-t-il. Il était bien plus discret de discuter lors d’une valse plutôt que demander à lui parler directement. Dans le dernier cas, il y aurait eu des commérages sur une potentielle liaison entre eux ou d’hypothétiques problèmes. Il avait à lui parler, avec délicatesse. Il ne fallait pas que ses idées la heurtassent. « Votre mari est un homme plein de surprises. » susurra-t-il. « Ma femme semble l’apprécier. » Ce qui, en d’autres termes, voulait dire : ma femme semble trop l’apprécier.

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Jeu 29 Juil 2021, 20:43




Moi je t’aimerai encore, encore et jusqu’à ma mort

En duo avec Svana



Lorsque les yeux de Svana s’amarrèrent brutalement aux siens, l’Alfar sentit comme un harpon piquer son cœur. « Oui, une semaine. » répéta-t-il, avec plus de tristesse et de douleur enrouées dans sa voix. Sans le savoir, il songea à la même chose qu’elle : auraient-ils le temps de se revoir avant son départ ? Pourraient-ils encore s’étreindre et s’aimer secrètement ? Ou étaient-ils condamnés à parodier des bals masqués ? « Je ne sais pas. Tout dépend du déroulé de l’opération. » Il s’efforçait de conserver une expression marbrée, mais ses émotions lui rendaient la tâche difficile. Il avait envie de cette femme. Il avait envie de l’emmener avec lui. Il voulait voir ses robes danser dans le vent, en harmonie avec les voiles du trois mâts. S’il se laissait transporter par son imagination, il pouvait sentir la saveur du sel sur sa peau et le parfum de l’embrun dans ses cheveux. Il voyait son teint s’embellir sous le soleil des océans – plus resplendissant que dans les terres. Le scintillement des vagues faisait briller dans ses iris des feux passionnés. L’envie de se pencher et de l’embrasser le heurta de plein fouet. Il se fit violence pour demeurer stoïque.

Doucement, il acquiesça. « Après la fontaine, tu prendras la troisième à gauche. Je t’attendrai. » Entre les roses noires et les haies, il épouserait son corps à défaut de son âme. Tous ses baisers porteraient la ferveur d’un condamné à mort, et ses caresses seraient mille suppliques pour le suivre jusqu’au bout du monde. « N’amène pas ton mari, ça m’embêterait qu’il essaye de séduire mon épouse en représailles. » s’amusa-t-il, les pupilles rivés sur le duo nouvellement formé. Ils dansaient bien. L’élégance pavait leur chemin ; mais ils manquaient de passion. C’était quelque chose que certaines personnes n’effleuraient jamais. Elles se contentaient de vivre une existence morne et déserte. La passion était une grâce qui ne touchait que les cœurs sauvages.

Naya se tourna vers Àlmos. De son œil vif et affûté, elle le détailla, à peine moins d’une seconde. C’était une question de principe : elle le connaissait, elle l’avait remarqué, cependant, elle tenait à lui donner l’impression qu’elle n’avait pas du tout noté sa présence – qu’il ne revêtait aucune sorte d’importance. Elle fit semblant d’hésiter, puis, elle sourit. « Avec plaisir, Monsieur. » Elle lui tendit sa main et se laissa guider sur la piste de danse. Tandis qu’elle l’observait, encore et encore, telle une traqueuse à la recherche d’un indice quelconque, elle se demanda ce qu’il avait pensé de leurs époux ensemble. Les commentaires de ses « amies » l’avaient irritée et, malgré elle, ils avaient éveillé sa suspicion et sa jalousie. Elle n’imaginait rien d’une liaison – son mari était toujours rendu en mer, et quand il ne naviguait pas, il passait du temps avec elle ou les enfants. Ce qui la dérangeait, c’était plutôt que son image pâtît de leur rapprochement : que les autres s’inventassent une aventure romantique et fantasque à leur sujet, ou plus simplement que l’on put les trouver plus beaux, tous les deux, qu’entre mariés.

Ses pas suivaient ceux d’Àlmos sans difficulté. Ils ne dansaient avec aucun amour. Guindés, ils avaient la gestuelle stricte des militaires. La jeune femme reporta son attention sur son cavalier. Elle sourit. « Oui, on ne s’ennuie jamais, à ses côtés. » Elle savait ce qu’il voulait dire : il était imprévisible et donc diablement agaçant. Difficile de savoir comment réagir face à cet être changeant, capable de pirouettes inattendues et de propos décalés. Avec le temps, elle s’y était faite, bien qu’il lui arrivât encore, parfois, de s’énerver de son inconséquence et de son attitude enfantine. Souvent, peut-être. Sa tête était trop bien fixée à ses épaules et ses pieds trop profondément ancrés dans le sol pour qu’elle pût apprécier pleinement la beauté intérieur de son compagnon. Elle cligna des paupières.

Le Belvarrian avait vu les deux Alfars valser et, comme elle, il n’avait pas apprécié le spectacle. « Il a un certain charme. » Surtout avec les femmes. Elle ne le précisa pas. Elle aurait pris le risque de passer pour une épouse indésirable ou une femme passive. Durant quelques secondes, elle sonda l’homme. Puis, elle énonça, avec la même tranquillité que si elle relatait sa journée : « Votre femme doit en avoir aussi. » Cela constituait un aveu. J’ai remarqué, moi aussi. « C’est ce que me disaient mes amies, plus tôt. » Les autres aussi ont vu. « Elles se sont même étonnées que votre femme ne vous offre pas sa première danse. » C’était faux : elles avaient été surprises que son mari ne le fît pas. Toutefois, Àlmos ne pouvait pas savoir qu’il s’agissait d’un mensonge.



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