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 Entre Ailes Blanches | Laëth

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Kaahl Paiberym
~ Sorcier ~ Niveau VI ~

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◈ YinYanisé(e) le : 25/06/2015
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Kaahl Paiberym
Sam 26 Sep 2020, 18:13



Entre Ailes Blanches


Dans mes yeux se reflétaient les lumières produites par les feux d’artifice. Mes pensées étaient normalement des flots incessants. Les hypothèses succédaient aux théories. Les méthodes et outils utiles à mes manipulations passaient en boucle, presque inconsciemment. Des doutes s’y trouvaient aussi. La peur revenait parfois, mordante et cruelle. Je savais qu’un jour, je tomberais. Je me demandais souvent comment. Qui serait l’avatar de ma chute ? Pour quelle raison souhaiterait-il me briser ? Par quels moyens ? Pourtant, tout ce mélange, qui tournoyait comme une tempête, se calma devant la beauté du ciel, parcouru par la lumière. Cette journée et ce début de nuit avaient été éreintants. Le Déchu en moi ricanait de bien des situations dans lesquelles il m’avait mis, moqueur face à un mon absence habituelle d’audace. En manquais-je réellement ou, bien au contraire, en étais-je pourvu pour deux ? Après tout, n’était-ce pas en toute connaissance de cause que je conservais cette Bague, tout en sachant les effets désastreux qu’elle produisait sur moi, à chacune de ses utilisations ? Peut-être avais-je envie de lâcher prise, de me perdre dans l’immensité sans avoir besoin de songer aux Chamans, aux Esprits, aux Rehlas, aux Génies, au Destin, à la Mort, à mes responsabilités, à mes identités et à toutes ces choses sans fin qui m’assaillaient sans cesse. Peut-être avais-je simplement envie de fermer les yeux et d’oublier mon corps, de le laisser tomber dans un vide infini qui anesthésierait aussi mon esprit, jusqu’à disparaître, me détacher de tout ce qui faisait de moi un homme, un être pensant. Parfois, j’enviais les étoiles qui filaient, j’enviais les moments éphémères, comme ces feux d’artifices. J’aurais voulu courir, toujours plus loin, sans jamais me retourner. J’aurais souhaité ne pas aimer, être détaché de tout pour accomplir froidement ce que l’on attendait de moi. Sans doute était-ce une échappatoire confortable que de se perdre dans la folie. Pourtant, celle-ci ne me souriait pas. Je n’étais pas comme mon frère. J’étais voué à la plus cruelle et détestable dépression. Je la sentais et la combattais.

Pendant que la foule admirait la beauté du ciel, j’étais seul, couché sur une toiture plane d’une maison quelconque, à sombrer peu à peu dans un état de délabrement psychique. Je possédais trop pour quelqu’un d’aussi horrible. J’aurais dû être haï de tous, je le savais. Auparavant, je pouvais me plaindre d’être aimé pour ce que je n’étais pas et c’était majoritairement vrai. Pourtant, il y avait au moins une personne qui m’aimait pour moi et avec laquelle je n’avais pas à mentir, à me cacher et à prétendre être ce que je n’étais pas.

Après un long moment, je fis apparaître le Miroir dans ma main. Je me mis à y observer Laëth un instant. Nous n’avions pour ainsi dire pas eu l’occasion de profiter du Fessetival ensemble. Les rares minutes que nous avions partagées avaient été particulières. À ses yeux, je n’avais été qu’une Déchue inconnue. Je me demandais ce qu’elle avait bien pu penser de moi, sans me reconnaître. En réalité, au-delà de ce que je savais du Destin, je me demandais si elle aurait pu tomber amoureuse de moi dans d’autres circonstances, sans que je ne me fusse prétendu amoureux d’elle en premier. Aurait-elle pu m’aimer si je m’étais annoncé Sorcier dès le début ? Si je lui avais dit en être un sans forcer les traits si caractéristiques de la race, comme je pouvais le faire en incarnant Elias ? Probablement pas. Elle aimait un mythe et l’Ange que j’étais actuellement aurait souhaité pouvoir lui dire la vérité. J’étais convaincu qu’elle devait savoir. Pourtant, le résultat des aveux serait catastrophique. Plus le temps passait, plus la potion provoquait chez moi un effet étrange. J’avais d’autant plus envie d’être tendre avec les êtres que j’aimais, de les protéger et de les préserver. Penser aux cheveux de la fille de Réprouvés me donnait envie de passer mes doigts dedans et de caresser sa joue. J’étais certain que mon regard suffirait à la convaincre de la véracité de mes sentiments. J’étais peut-être plus enclin à la discussion également. Néanmoins, il n’y avait pas que ça. Je souhaitais faire disparaître le mal, d’une façon ou d’une autre. J’étais conscient d’avoir un Destin chaotique mais la destruction qui en résulterait n’avait aucune obligation de viser les peuples bénéfiques. Les Démons étaient tombés et j’avais entre les mains une armée de sept millions de Momies qui m’obéiraient au doigt et à l’œil, quelle que fût la cible. Je possédais en plus le commandement de l’armée sorcière et, lorsque mon objectif serait atteint, celui de l’armée magicienne. J’avais ce sentiment que si je voulais obtenir la paix, il me faudrait d’abord faire la guerre pour supprimer tout ce qui pourrait la menacer un jour. Cela supposerait me combattre moi-même ou allier toutes mes personnalités en un unique projet.

Je me redressai, convaincu de pouvoir faire apparaître Laëth près de moi. Je le souhaitai et c’est ce qu’il se produisit. Dans son dos, je passai mes deux mains sur son visage pour lui cacher les yeux avec mes paumes. Proche d’elle, je souris. « Qui est-ce ? » J’espérais qu’elle ne se tromperait pas. Je l'ignorais mais je n'étais pas le seul à jouer à ce petit jeu là. Quant au reste, j’étais prêt à tout : aux éventuels reproches ou aux questions sur ce que j’avais fait durant tout ce temps.

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Priam et Laëth
~ Ange ~ Niveau III ~

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Priam et Laëth
Mar 29 Sep 2020, 12:31



Titre et artiste inconnus

Entre Ailes Blanches

En duo avec Kaahl



Le souffle coupé par la téléportation, elle se figea. Avant même qu’elle eût pu discerner correctement son environnement, un écran noir vint barrer sa vue. La voix chaude qui résonna à son oreille répandit de longs frissons dans son dos, comme une caresse. Elle connaissait par cœur le parfum qui flottait autour d’elle. Au-delà du contact qu’il avait instauré, elle sentait la présence de son corps tout près du sien. Les deux mains serrées autour des poignets de son assaillant, la fille de Réprouvés relâcha lentement la tension soudaine qui s’était emparée d’elle. Dans d’autres circonstances, elle aurait sans doute souri, et se serait retournée pour enlacer le concerné. Bien qu’elle fût soulagée de deviner qu’il ne lui était rien arrivé de grave, elle avait dans le cœur trop de tourments pour se réjouir. « Ça dépend des moments. » souffla-t-elle doucement. Avec une délicatesse saturée de lassitude, elle écarta les paumes du Mage, puis s’avança d’un pas et se retourna. Son palpitant s’envola et rebondit durement contre les barreaux de sa cage thoracique. C’était douloureux d’aimer – ou c’était douloureux de l’aimer.

Elle le détailla. Quelque chose en lui créait un écho en elle. Elle ignorait quoi – et ses émotions étaient à sa clarté ce que des nuages d’orage sont au ciel bleu. Dans son dos, elle entendait tonner l’éclat des feux d’artifice. Elle pivota et observa un instant les gerbes de lumière embraser la nuit. Un peu plus tôt, elle les admirait, près du lagon, seule. Elle ignorait comment il l’avait attirée jusqu’à lui, mais cela ne la préoccupait pas. À nouveau, elle se tourna, et considéra un instant les bras de Kaahl. Elle avait ardemment désiré s’y blottir, par instant. Dans ces bras qui n’avaient pas été là quand elle en avait eu besoin ; ces bras dont la magie noire viendrait peut-être à bout ; ces bras qu’Ârès voulait détruire ; ces bras que son frère méprisait obstinément ; ces bras qui l’avaient violée et offerte à un autre, dans un monde alternatif ; ces bras dans lesquels Oriane s’était trouvée, aussi. Les mystères et les mensonges peignaient autant de questions que d’incohérences.

Laëth recula encore d’un pas. Finalement, elle détourna le regard. Il ne savait rien de ce qu’elle venait de traverser en quelques heures. Peut-être même qu’il s’était amusé pendant que son monde lui faisait l’effet d’une boule à neige entre les mains d’un enfant turbulent. « J’espère que tu as bien profité de ton Fessetival. » Elle tira sur la manche du pyjama en pilou-pilou que Jil lui avait prêté. Après une seconde d’hésitation, elle décida d’aborder directement l’un des sujets qui la rongeait. « Ârès est venu. » Elle scruta les iris du brun, à la recherche de la moindre étincelle émotionnelle. Était-il déjà au courant ? Sans doute. « Tes espions sont apparemment plus efficaces pour élaborer des théories foireuses sur mes proches et ma vie privée que pour traquer les gens réellement dangereux. » Elle ne lui avait toujours pas demandé s’il la faisait suivre ou s’il l’espionnait autrement. À la suite de la soirée des Révélations, elle avait reçu un miroir lui permettant de le visualiser. Pourquoi n’aurait-il pas bénéficié du même cadeau, aussi empoisonné fût-il ? Du bout du pied, elle frotta la toiture, avant de relever les yeux vers l’homme. Elle avait croisé les bras. Elle tremblait un peu. « Mon frère est allé le voir en pensant que c’était toi. Ârès lui a fait croire qu’il m’avait violée. » Le temps d’une seconde, elle s’était demandé s’il ne s’était pas agi du Sorcier, dans son cauchemar. Mais ce n’était pas le cas. Et c’était juste un rêve. « Il a laissé entendre qu’il réservait le même sort à Aliénor Vaughan. Que l’Empereur Noir le lui permettrait. » Priam avait semblé particulièrement inquiet quant au destin de la Magicienne. Elle s’était sentie terriblement mal à l’aise et malheureuse. Elle aurait aimé pouvoir lui dire qu’elle ne craignait rien : elle n’en avait pas le droit. En vérité, elle n’aurait même pas été certaine de ne pas mentir en lui affirmant qu’elle était en sécurité près d’Elias. « Ils ont failli se battre, et mon frère m’a dit que sans l’intervention de la Compagnie de Yüerell et de la Garde d’Avalon, ce serait sans doute arrivé. » Elle déglutit. « Il m’a posé beaucoup de questions… Qui c’est, pourquoi il te ressemble tant, pourquoi je le connais, pourquoi il est proche de l’Empereur Noir, est-ce que c’était du viol que je ne voulais pas lui parler, est-ce que c’était aussi pour ça que j’étais très mal à Amestris, pourquoi on n’a jamais entendu parler d’Ârès alors qu’il est d’une puissance qui crève les yeux… » Elle repensa brièvement à la Déchue. « Je ne peux pas toujours répondre que je ne sais pas. C’est faux et il le sait. » Sa main balaya vaguement l’air. « Tout ça, c’est intenable… C’est trop incohérent. » Elle avait fini par prendre la fuite. Elle avait prétexté devoir retrouver une connaissance et, après avoir promis qu’ils en discuteraient plus tard, elle avait pris son envol. Il n’y avait rien de crédible dans ces propos : elle en avait une conscience pénible. L’Immaculée détestait mentir, d’autant plus à son aîné. « Tu étais où, toi ? Qu’est-ce que tu faisais ? » Ça sonnait comme un reproche, parce que malgré toute sa bonne volonté, c’en était un. Il l’avait abandonnée. Elle resserra la prise de ses bras autour de son buste. Elle n’avait plus l’énergie pour crier ou s’énerver. À force de scruter les étoiles, ses yeux avaient séché.



Message I – 936 mots




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Mer 30 Sep 2020, 00:44



Entre Ailes Blanches



« Hum. » J’avais fini par émettre ce son, sorti d’entre mes lèvres comme un constat. J’étais impuissant quant à la situation qu’elle était en train de me décrire, parce que le passé appartenait au passé, mais pas que. Peut-être aurais-je dû rester avec elle, au début, et ne pas fuir devant le comportement puéril d’Adam ? Ça n’aurait pourtant pas empêcher Ârès d’intervenir auprès de Priam. C’était le Destin. Il ne m’appartenait pas. Il n’appartenait à personne et les choses s’étaient déroulées de cette façon parce que c’était ainsi qu’elles devaient arriver. Ce n’était pourtant pas une explication à donner. « Je t’ai abandonné parce que c’était écrit. Contente-toi de ça. » seraient des mots qui ne franchiraient pas le seuil de ma bouche, quand bien même ils reflétaient la stricte vérité. J’étais fatigué, parfois, fatigué de savoir. Je désirais ardemment contrevenir aux lois du Temps mais je n’en avais pas les moyens. J’étais perdant d’avance. Je devais donc me contenter de vivre sans y penser, en ignorant ces aspects des souvenirs de Devaraj. Tout ceci était injuste.

Mes yeux parcoururent la silhouette de l’Ange. Elle blottissait toujours ses bras contre son corps lorsqu’elle était mal à l’aise, triste, blessée. Je m’avançai, pensant vaguement qu’elle, au moins, possédait une personnalité claire. Celle-ci était explosive parfois, mais les signes de sa détresse étaient évidents, comme ceux de sa colère. Elle était pleine et entière. Je passai mes propres bras autour d’elle. Je voulais l’avoir contre moi. Elle pouvait me détester si elle le désirait. Cette journée ne s’était pas déroulée exactement comme prévu. Mes lèvres se perdirent sur la peau de son cou. « Ça n’a pas été amusant pour moi non plus. » murmurai-je. J’avais voulu fuir, certaines situations et les ténèbres. Passer d’une race à l’autre était difficile mais bien la seule solution à ma disposition pour le moment. Les événements s’étaient simplement accélérés, hors de mes volontés. Parfois, j’avais l’impression de souffrir de schizophrénie au minima. Les voix que j’entendais reflétaient sans doute une partie de mon inconscient. Elles n’étaient pas des identités à part entière, simplement des échos de mes souhaits contradictoires, des pulsions. Mes doigts caressaient le pyjama. Sa douceur me plaisait. J’avais envie de me blottir contre elle. « Les ténèbres en moi sont plus puissantes depuis quelques temps. » dis-je à voix basse. « J’ai des pensées chaotiques et violentes. J’ai voulu étrangler le Professeur Pendragon et j’ai préféré quitter le Fessetival pour me réfugier chez un ami au Cœur Vert. Je voulais juste… dormir. » Et peut-être oublier. Le reste, elle n’avait pas besoin de le savoir. Que pouvais-je lui dire ? Je me suis transformé en Déchue ? J’ai rencontré la Reine des Chamans ? J’ai fait n’importe quoi ? J’ai passé de longues minutes immobile, recroquevillé sur un lit inconnu ? J’ai eu envie de sang ? J’ai finalement préféré me réfugier chez les Anges, là où l’Espoir aurait une petite chance de m’habiter ? J’inspirai, resserrant légèrement mon emprise sur elle. « Je t’aime et tu me manquais. Je voulais te voir. » Je fermai les yeux quelques secondes avant de les rouvrir sur les feux d’artifice. « J’aimerais pouvoir être plus transparent. Je suis désolé de t’avoir laissé seule et de ne pas avoir préservé ton frère d’Ârès. Je ne le contrôle pas et il se renforce. C’est… » Parfois je me demandais pourquoi est-ce qu’il croyait que son Destin avait été brisé. L’était-il seulement ? Je n’en étais pas certain. Il répondait aux critères du Chaos bien plus que moi. « Je ne sais pas. J’ai voulu essayer de le rallier à ma cause mais il reste hermétique à mes tentatives. Je vais devoir l’écarter. » Le tuer. « Le risque est trop grand maintenant. » Quant à mes espions, il n’y avait que deux possibilités : soit il les avait tués, soit ils n’avaient pas osé intervenir étant donné la situation.

Je baissai le visage. Mon menton se posa sur son épaule. Je réfléchis un instant. « Peut-être que le plus simple serait de… » Je m’arrêtai, incertain. « Je ne veux pas créer chez toi une joie injustifiée. Je dois déjà étudier la question. Priam et toi êtes proches et je me rends compte que ta situation ne sera pas gérable sur le long terme. Tu auras besoin de quelqu’un à qui parler en dehors de moi, quelqu’un qui puisse te comprendre et te soutenir. » Adam et Oriane en savaient beaucoup mais ils n’étaient pas une solution, pas plus que mon père. « Je ne préfère pas m’avancer pour le moment. » Je me tus. « Mais je veux que tu sois heureuse et que tu te sentes bien. » Je n’étais malheureusement pas un facteur de bien-être. Je connaissais que trop parfaitement les pensées qui parasitaient mon esprit et me rendaient parfois instable et malsain. Un Sorcier n’aime pas de la même façon qu’un Ange. C’était bien le problème. Si je voulais la sauvegarder, je devrais déjà la protéger de moi-même. « Pourquoi est-ce que tu es en pyjama ? » finis-je par demander. Je savais que quelqu’un l’avait déshabillée mais elle n’avait pas précisé qui.

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Priam et Laëth
Mer 30 Sep 2020, 11:55



Titre et artiste inconnus

Entre Ailes Blanches

En duo avec Kaahl



Son corps se raidit, puis ses muscles cédèrent avec la brutalité de ceux qui ne peuvent pas lutter. Ses bras se décroisèrent lentement et ses mains vinrent caresser le tissu qui couvrait les côtes de son amant. Ses doigts se resserrèrent avec douceur dessus, avant de glisser dans son dos. Son esprit était ailleurs, dans un univers où l’ambivalence régnait. Son enveloppe était incapable d’ignorer l’appel de la sienne. Elle la désirait de bien des manières. Chaque invitation au contact se concluait par une reddition de ses résistances. Pourtant, elle aurait eu mille raisons de le repousser, mille raisons de hurler, mille raisons de batailler ; mille raisons de le haïr, sinon de ne pas l’aimer. Peut-être qu’un jour, son cœur se durcirait au point d’être capable de ne plus vibrer sous ses regards. Peut-être qu’un jour, elle ne saurait plus endurer ce que cet amour lui faisait subir. Elle ne savait pas. Était-ce toujours ainsi ? Existait-il d’autres amours, plus justes et moins délétères ? La fille de Réprouvés avait toujours vu ses parents se déchirer. Elle les avait vus se détester au point de vouloir se tuer et s’adorer à en être prêt à se sacrifier pour l’autre. La violence et la délicatesse n’allaient jamais l’une sans l’autre. Tout son monde s’était construit sur ces paradoxes, sur la valse envoûtante de la Lumière et des Ténèbres. Elle les avait fait siennes sans même y songer : elles étaient devenues une part d’elle-même sans s’imposer, simplement à force de l’enlacer. Sa nature d’Ange offrait naturellement plus de place à la Lumière ; mais n’était-ce pas ce qui rendait les Ténèbres plus tolérables ? Elle ferma les yeux, et pressa son corps contre le sien. Parfois, elle aurait aimé tout oublier. Ou pouvoir tout simplifier d’un claquement de doigts.

Songer qu’Ârès et lui étaient la même personne l’effrayait. Il aurait peut-être suffi d’un rien pour que Kaahl ne fît qu’un avec son Némésis. Les Ténèbres ne côtoyaient pas le répit. Si la Magie Bleue ne parvenait pas rapidement à les contrebalancer, les chances pour qu’il se perdît augmentaient de façon drastique. Laëth n’était pas certaine d’être d’un appui suffisant. Elle avait peur d’échouer. Elle lui en voulait de ne pas l’aider à le soutenir. En lui cachant bien des choses, il désirait sans doute la préserver. Cependant, il se condamnait aussi, en partie. Elle inspira. « Quand c’est comme ça, je peux t’aider. » souffla-t-elle. Il était plus puissant qu’elle, mais elle demeurait convaincue que s’il abaissait ses barrières, ses pouvoirs pouvaient le soutenir. Le Sanctuaire d’Ahena aurait pu l’apaiser et tempérer sa noirceur. Peu à peu, elle le déploya. S’il ne l’acceptait pas, il serait au moins bénéfique à sa propre personne. Ce qu’il disait l’inquiétait. Néanmoins, elle s’efforçait de l’écouter sans rien dire, et se laissait guider par les mouvements de son étreinte. Sa main gauche jouait avec les cheveux à la base de sa nuque, tandis que la droite caressait son dos. Sa joue était posée contre son épaule. Parfois, elle frémissait, ou ses gestes étaient plus crispés.

Lorsqu’il en vint à sa relation avec Priam, elle releva la tête et se pencha en arrière de sorte à pouvoir le regarder en face. Elle y avait déjà songé. Elle n’avait pas encore osé lui demander, parce qu’elle avait peur qu’il refusât. Vivre avec un Espoir éternel était parfois plus supportable que de se confronter à la vérité. S’il avait rejeté en bloc sa requête, il l’aurait abruptement renvoyée à sa solitude. Elle aurait dû apprendre à dompter cette peur qui la terrifiait depuis l’enfance. Qu’il abordât le sujet de lui-même était presque un soulagement. Elle le regarda, avec au fond des yeux une espérance sans doute trop grande pour ce qui n’était même pas une promesse. « Merci. Je pensais que… » Elle se tut. « Merci. » Ce n’était ni assez ni insuffisant. Ses yeux disaient ce qu’elle ne savait pas formuler. Elle retourna se blottir dans ses bras. Son oreille contre sa gorge, elle entendait le rythme de son palpitant. Chacun de ses battements rappelait au sien la force de ce qui les unissait. Si cet amour était douloureux, il avait aussi la puissance de la tenir debout, et de la faire rester. Il était dangereux.

À l’unisson, ses doigts et sa mâchoire se crispèrent. L’Ange pinça les lèvres. « On me l’a prêté. » Elle soupira. « Après qu’Adam Pendragon est parti, je suis allée miser. J’étais en train de me promener quand… hum… » Elle ignorait comment il réagirait. Ils n’avaient jamais vraiment parlé de Jun et de ses fantaisies. Elle ne lui avait jamais dit qu’elle avait passé du temps avec lui, après sa découverte au sujet de la double identité de son fils. Elle n’avait jamais évoqué le réconfort qu’il lui avait apporté. En y repensant, son action de la journée lui paraissait d’autant plus désagréable. Celle-ci la perturbait parce qu’elle floutait un peu plus la nature de leur relation. Elle n’aurait pas vraiment su la définir. Elle se redressa pour pouvoir regarder le Mage. « Ton père m’a téléportée sur le podium du défilé de lingerie, et comme je n’étais pas dans le thème, il a cru bon de me mettre en sous-vêtements. » Elle écarta le col du pyjama : une bretelle en dentelle blanche courait sur sa peau. « Et j’ai récupéré ce pyjama parce que c’est Adam Pendragon qui est venu me sortir de là – oui je sais, c’est bizarre, mais du coup, heureusement que tu ne l’as pas étranglé, sinon j’aurais peut-être fini je ne sais où et… » Un bref instant, elle détourna le regard. « Bref, il était avec Jil, qui a proposé de me prêter son pyjama. » Évoquer Adam en sa présence la mettait particulièrement mal à l’aise. Si son premier rêve à son sujet lui donnait l’impression d’avoir trompé celui qu’elle aimait, le second avait été bien plus complexe. Kaahl y était, et il avait eu un rôle d’une violence inouïe. Elle se racla la gorge, désireuse de ne pas s’attarder sur ce sujet. « Ton père… il m’a amenée sur le podium aussi parce qu’il voulait me présenter quelqu’un, je crois. Tu la connais. » Son cœur frappait sa cage thoracique avec dureté, apeuré par une réponse qu’il ne connaissait pas encore. Elle était prête à se défaire de son étreinte. Elle hésita, puis décida de lui dire toute la vérité. « Elle était avec toi au Bal des Douze Cycles Lunaires. Je l’ai vue, avec le miroir… Elle s’appelle Oriane et c’est une Déchue. » Elle déglutit. « Elle m’a embrassée. » Elle se frotta le nez et la bouche du plat des doigts, encore écœurée par ce qu’elle lui avait volé. « C’est qui, pour toi ? »



Message II – 1130 mots




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Kaahl Paiberym
Mer 30 Sep 2020, 23:27



Entre Ailes Blanches



J’avais souri à son commentaire et, en y resongeant, c’était également l’une des raisons qui m’avait poussé à choisir une Ange. Contenir les Ténèbres était toujours une démarche salvatrice pour un Empereur Noir, surtout lorsque ces dernières en devenaient destructrices. La folie ne s’était pas encore emparée de moi, et sans doute ne le ferait-elle pas, pourtant, je n’étais pas à l’abri des conséquences probables des comportements malsains que Lux in Tenebris me soufflait déjà d’exécuter. Je n’échapperais probablement pas aux prises de décisions pulsionnelles, à la volonté de détruire sans dessein. Surtout, j’étais vulnérable face à cette magie qui me rongeait de l’intérieur. Le mal avait tendance à s’auto-détruire. Il était rare que les Ultimages régnassent longtemps. Niklaus était une exception. Néanmoins, il n’était pas ignorant concernant la Magie Bleue, à l'instar de celle de la Lumière, loin de là. Au moment où son peuple s’était tourné vers les Ætheri, lui, avait préféré soutenir Sympan en secret, amenant dans son sillage la famille royale, moi y compris.

Le visage de Laëth en face du mien me fit sortir de mes pensées. Je voulais qu’elle eût quelqu’un pour elle, avec elle. J’avais envie de la préserver, tout en sachant que toute la tendresse que je ressentais actuellement à son égard ne serait jamais suffisante. Si je voulais qu’elle survécût, je devais ériger des barrières protectrices autour d’elle et la pousser à devenir si puissante que ni Ârès, ni personne ne pourrait la défaire. Je souris de nouveau, mon menton contre sa tête, un sourire qui disparut lorsque j’eus enfin le fin mot de l’histoire qui concernait le pyjama. Je soupirai, ne sachant pas si je devais ressentir de l’agacement, de l’exaspération, de la surprise ou un quelconque autre sentiment. La vérité était que je connaissais très mal mon père. Ses fantaisies n’étaient pas inconnues du grand public. Il avait d'ailleurs téléporté l'Ange chez moi antérieurement, et Sylbille, à un moment inopportun. Je n’aimais pas qu’il fourrât son nez dans mes affaires mais comment accabler un Æther ? La partie de Devaraj, bien trop prégnante en moi, le faisait déjà. Les Miroirs étaient des objets empoisonnés lorsqu’il s’agissait d’apercevoir une femme aimée dans les bras de son propre père. Je tiquai. Était-ce ça qu’il voulait ? Pourquoi ? Le manque de rationalité autour d’un rapprochement éventuel des deux me rendit perplexe. Au fond, je ne pouvais pas empêcher un sentiment diffus de me serrer le cœur d’une façon désagréable. Les yeux sur la bretelle en dentelle, je faisais un effort certain pour éviter de laisser mon visage exprimer mon trouble. Est-ce qu’il la connaissait plus que ce que je savais déjà ? Et pourquoi souhaiter qu’elle rencontrât Oriane ? L’idée était mauvaise. Le trio que représentaient Laëth, Adam et Oriane n’avait rien d’enviable pour ma situation. Quant à Adam… Je détournai les yeux. À quoi jouait-il ? Est-ce qu’il s’était autoproclamé sauveur des causes perdues durant cet événement ? Lui qui riait habituellement gentiment des situations désespérées, pourquoi ne l’avait-il pas laissée là, accrochée aux lèvres de sa petite-fille ? « Cette histoire est insensée. Mon père t’a mise en sous-vêtements devant Mademoiselle Natey qui t’a embrassée… Puis tu as été sauvée par le Professeur Pendragon qui n’a pas essayé de te toucher, ce qui est étonnant pour un Déchu de la Luxure… » À quoi jouait-il ? La question me heurta une deuxième fois. « Et, enfin, Jil t’a prêté son pyjama. » Je la regardai un instant, avec une tête sans doute aussi incrédule qu’amusée. Il valait mieux en rire qu’en pleurer. « Et la compagnie n’est même pas intervenue pour essayer de te sauver ? C'est honteux. » Je rapprochai ma tête de la sienne pour la lui pousser gentiment. L’Ange que j’étais actuellement préférait ne pas embraser la situation de sentiments mal placés. Je me posais pourtant quelques questions.

Je repris mon sérieux afin de lui répondre, sans commenter le fait qu’elle m’espionnât. Elle l’avait déjà avoué. Je l’avais appris seul, dans tous les cas. « Je l’ai rencontrée au Bal des Douze Cycles Lunaires. J’y étais pour les Sorciers et, à cette occasion, j’ai expérimenté une potion qui, contre toute attente, m’a rendu faible et instable. Comme je dansais avec elle préalablement au commencement des troubles, je l’ai entrainée à l’écart, dans une pièce annexe. Je ne voulais pas que quiconque me voit dans cet état, pas ainsi, alors je lui ai proposé de faire semblant d’avoir une liaison, le temps que je récupère. » Je me demandais ce qu’elle avait vu au juste. Sans doute pas la totalité de la scène, sinon elle n’aurait certainement pas manqué de me questionner sur mon appétence pour le sang et sur ma nature angélique. « Elle a donc fait en sorte que ce soit crédible. » Je marquai une pause. « Je ne l’ai pas revue depuis. »

Je finis par lâcher la jeune femme, afin de me rasseoir. L’endroit n’avait rien d’exceptionnel en soi mais la vue sur les feux d’artifice était idéale. Après un moment de silence, je finis par demander, soupçonneux : « Il y a quoi entre mon père et toi ? ». Je ne pouvais pas empêcher les sentiments de Devaraj de s’agiter en moi, un idéalisme déçu et une rage sourde. Je savais pourtant que Laëth n'était pas Djoulhya. Les situations n'avaient rien à voir. « Et entre le Professeur Pendragon et toi ? Il a l’air d'apprécier ta compagnie. Je ne savais pas que tu le connaissais. » Et elle réagissait d’une façon que je ne lui connaissais pas dès qu’elle parlait de lui. Je soupçonnais pourtant l'objet de son trouble. Je venais de visiter le Monde des Rêves, même si le tout me paraissait encore incertain, et, plus que ça, il y avait eu ce rêve particulier que je n'avais pas pu oublier. Je fermai les yeux afin de profiter de la brise nocturne sur ma nuque. Je préférais lorsque c'était ses doigts qui me caressaient. Le souffle du vent ne faisait en réalité que raviver des souvenirs encore récents.

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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Ven 02 Oct 2020, 13:01



Titre et artiste inconnus

Entre Ailes Blanches

En duo avec Kaahl



« Je sais… » souffla-t-elle. « Il faut croire que c’est le thème de ma vie, en ce moment. » Un sourire flotta sur ses lèvres. Son existence entière lui avait parfois paru insensée. Dès qu’elle y songeait, elle ne s’étonnait plus des aventures abracadabrantes que son quotidien lui faisait expérimenter. Le mouvement de tête de Kaahl raviva son sourire. « Je pense qu’ils étaient occupés avec Ârès et mon frère, si tu veux tout savoir. Du coup, le Professeur Pendragon a dû les devancer. » Dans le cas contraire, ils seraient sans aucun doute intervenus. Ils n’auraient jamais laissé une ressortissante angélique, et encore moins une Recrue de la Compagnie, en petite tenue sur un podium de défilé. Ils avaient ensuite dû constater qu’elle était saine, sauve, et vêtue. Ils avaient probablement gardé un œil sur elle durant le reste du Fessetival. Tandis qu’elle se demandait quelles seraient les conséquences potentielles de cette déconvenue sur sa carrière, Laëth fronça le nez. Elle plongeait trop souvent dans des situations délicates. Au Mage aussi, cela arrivait. Pour cela au moins, ils s’étaient bien trouvés. Elle l’écouta lui répondre, les yeux plissés de défiance. « Hum. C’est original, ça, comme procédé. » On ne devait cependant pas souvent dire « non » à l’Empereur Noir, si l’on souhaitait survivre. Une Déchue de la Luxure à qui on proposait de mimer l’acte aurait sans doute eu encore moins de raison de le faire. « Ça t’arrive souvent de demander à des gens de faire semblant d’avoir des liaisons avec toi ? Et de ne pas faire tester tes potions avant de les boire, ou au moins de les prendre dans un endroit propice ? Tu avais absolument besoin de la boire là, c’est ça ? C’était peut-être pour paraître moins terrifiant ? » Un demi-sourire conférait à son expression un aspect taquin. Ça n’en restait pas moins de véritables questions – les premières, en tout cas. Il n’avait pas l’air de mentir, mais c’était quand même étrange. « Toi aussi tu as de belles histoires insensées. » Et pourquoi Jun lui aurait-il présenté Oriane si elle ne figurait rien d’autre qu’un alibi et la petite-fille d’Adam ? Elle était persuadée qu’il faisait rarement les choses sans raison. Il avait toujours une idée derrière la tête.

À son tour, elle s’assit sur le toit, en tailleur. Ses mains se posèrent sur ses genoux et elle caressa doucement sa rotule de l’index et du majeur de sa main gauche. Son corps frissonnait de la cessation de leur étreinte. Sa paume inoccupée se dirigea vers la sienne. Avec délicatesse, elle caressa les lignes qui la parcouraient. Que disait-on à leur sujet ? Ligne de vie, ligne de cœur, ligne de tête et ligne de destin ? Elle en avait entendu parler plusieurs fois. Les Magiciens étaient friands de ces amusements auxquels on aurait pu prêter du sérieux – ou de ces sciences qu’on pouvait aisément moquer. L’Aile d'Acier leva les yeux vers les cieux. Les feux d’artifice crépitaient. Lorsqu’elle s’en trouvait plus proche, elle les avait sentis faire sauter son cœur. À chaque détonation, son palpitant claquait à l’unisson. Fermant les yeux un instant, elle se laissa bercer par les sons puissants. C’était comme le galop d’un cheval : le sol tremble et les corps vibrent au rythme des chocs des sabots sur la terre. Elle repensa aux longues balades qu’elle avait faites avec Priam, après son retour de la Terre Blanche. Ils s’élançaient dans les grands chemins. Le martèlement des pieds des chevaux, la force de leurs muscles et la profondeur de leur souffle lui donnait une sensation de liberté addictive. La vitesse la grisait. Dans ces instants-là, elle comprenait pourquoi son aîné aimait tant passer du temps avec eux. Parfois, elle comprenait même pourquoi il semblait préférer la compagnie des animaux à celle des Hommes. Ils ne mentaient jamais. Ils étaient toujours clairs dans leur demande. Ils ne connaissaient ni le bien, ni le mal. Ils agissaient par nécessité et réflexe. Ils n'avaient pas d’ego. Ils existaient pleinement, sans doutes et sans angoisses.

La jeune femme rouvrit les paupières et se redressa. Sa main avait cessé ses caresses. Elle observait le Mage, muette. Les iris qu’il posait sur elle lui serraient la poitrine. Le soupçon qui pesait à l’ombre de ses yeux lui était d’autant plus insupportable qu’elle se sentait au moins coupable de ne jamais lui avoir parlé de son entrevue avec Jun, et coupable des passions qu’Adam éveillait en elle à chacun de ses rêves. Attaqué par ses émotions, son palpitant s’était embrasé. Il ne s’agissait pas tant de surprise – elle se serait questionnée aussi – que de trouble. Désireuse de ne pas perdre la face, elle tenta d’adopter un air nonchalant : elle haussa les épaules. « Je ne le connaissais pas. Enfin, je l’ai vu une fois ou deux… D’abord sur Omi’Ake, je crois, et durant la Coupe des Nations Déchue. Là, il est venu me parler. Mais il avait une autre apparence, et c’est seulement au Fessetival que j’ai compris que c’était lui. » C’était une partie de la vérité. Elle l’avait aussi vu en rêve. Elle l’avait touché, elle l’avait embrassé, elle s’était unie à lui. La première fois avec plaisir, la seconde sous la contrainte – mais son subconscient avait tout autant succombé à l’émoi de son étreinte. Elle ignorait s’ils étaient réels, et elle aurait préféré qu’ils ne le fussent pas. « C’est encore lui qui est venu me parler, d’ailleurs. » Pourquoi ? « Je ne sais pas ce qu’il me veut et il n’a pas l’air d’avoir envie de me le dire. Peut-être que ça l’amuse juste d’embêter une Ange. » Nouveau haussement d’épaules, toujours aussi fébrile. Et s’il avait fait ces rêves, lui aussi ? La question la taraudait et l’effrayait.

Elle préféra changer de sujet, quoique le sujet en question ne fût guère moins perturbant. « Quant à ton père… » Elle soupira et glissa ses doigts dans ses cheveux, avant d’appuyer sa tête contre l’intérieur de son coude. Elle la tourna de sorte à voir Kaahl. « J’en sais rien. Il aime bien m’enquiquiner aussi. Ils ont peut-être fait un pari, à celui qui sera le plus chiant. » Un sourire fragile étira ses lèvres, reflet de son malaise à l’idée de ne pas tout avouer. Elle était mauvaise pour mentir, terriblement mauvaise. S’il y avait quelque chose qu’elle ne souhaitait pas dire, elle évitait de mener la conversation en ce sens. Cependant, en posant ces deux questions, il ne lui avait laissé aucune échappatoire. Elle se sentait prise en tenaille, et plus la sensation se renforçait, plus elle ressemblait à ces chevaux dont elle avait fantasmé le galop. Apeurés, ils avaient le choix entre la fuite ou l’attaque. Elle aurait pu s’envoler ou s’énerver. Pourtant, les humains n’étaient pas des bêtes ordinaires : ils avaient le pouvoir de rationnaliser, ou de foncer droit vers leur perte. « En fait, je… » Elle s’arrêta, hésitante, puis murmura : « J’ai fait des rêves bizarres à leur sujet et… je ne sais pas. » L’Ange se détourna à nouveau et se massa le cou de sa main libre. « En me réveillant, j’étais… Je ne sais pas trop. » Les astres nocturnes éclairaient faiblement. Peut-être qu’il ne voyait pas la teinte qui empourprait son visage. Elle inspira. Elle avait chaud. « Laisse-tomber, c’est juste des rêves, c’est débile. Ça m’a perturbée, mais ça va passer. » Elle se releva pour marcher jusqu’au bord du toit. Sous elle, la ville s’étendait. Son regard se perdit dans le dédale des rues. « Les rêves, c’est… ça marque parfois d’une façon étrange. » souffla-t-elle, frissonnante. Ses pensées tourbillonnaient, martelées par ses ressentis. « J’ai rêvé plusieurs fois de toi, aussi. » Laëth aurait voulu se taire, mais c’était comme si quelque chose l’en empêchait. Son visage pivota doucement vers le Mage, et elle le scruta, silencieuse.



Message III – 1318 mots

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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Mar 06 Oct 2020, 11:39



Entre Ailes Blanches


Je souris devant ses questions. « Bien sûr. Un homme puissant se doit d’avoir du succès auprès des femmes, aussi vieux puisse-t-il être. » Mon ton n’était pas sérieux. Je démentis néanmoins tout de suite mes propos, après une expiration. « Je crois bien que c’était la première fois que je demandais ça à quelqu’un. Elle n’a d’ailleurs pas cherché à profiter de la situation. » C’était moi qui l’avais agressée par la suite, d’une toute autre façon. « Je n’avais pas le choix, en effet. Le placement initial des danseurs unissait tour à tour les cavaliers et la présence de la Marquise Leenhardt était un problème que je ne pouvais pas ignorer. J’aurais eu beaucoup de mal à maintenir mon apparence intacte en sa présence. J’aurais pu jouer le dégoût et refuser de danser avec elle mais le risque demeurait trop grand, même dans cette configuration. » Doucement, je relevai son menton. « Satisfaite des réponses ? » lui lançai-je avec espièglerie. La façon dont elle m’avait demandée si j’avais été obligé de la boire m’aurait sans doute amusé, dans une autre configuration. L’Ange que j’étais n’aimait pas les instincts destructeurs du Vampire que je pouvais être. Le fait que Laëth ne précisât pas le sujet de sa phrase faisait néanmoins rire le Sorcier. J’aurais pu répondre que, oui, j’avais absolument eu besoin de la boire, sans préciser que je parlais alors d’Oriane.

Mon regard détailla un instant le visage de l’Ange et sa gestuelle. Je préférai détourner les yeux afin qu’elle pût omettre avec plus de sérénité. Nous n’étions pas francs, ni l’un ni l’autre. Adam était un sujet compliqué, que je ne préférais pas aborder trop longuement. Je m’en voulais d’avoir poussé la jeune femme dans ses bras lors de ce rêve si spécial. Je n’étais pas certain d’éprouver le même degré de remords en temps normal, surtout depuis que j’avais découvert qu’ils n’avaient pas eu besoin de moi pour rêver l’un à l’autre. Et alors que je réfléchissais à ma culpabilité, une autre partie de moi ne pouvait ignorer la véracité des sentiments que je nourrissais à l’égard du Déchu. J’aurais aimé pouvoir l’avouer à l’Ange mais la situation était bien trop périlleuse. Lui avouer mon unique intérêt stratégique pour elle au début de notre relation revenait à lui avouer ce que j’étais réellement. Actuellement, le doute persistait, parce que je n’avais jamais été clair à ce sujet et qu’elle préférait probablement ne pas réellement savoir ce qu’il en était. Certains mensonges sont sécurisants, là où la vérité peut être assassine. Quant à la suite, mon éventuel aveu serait de toute façon difficile à entendre. Lui assurer que je l’aimais maintenant, tout en aimant quelqu’un d’autre en même temps, serait une bêtise. L’Ange en moi, pourtant, m’assurait que là résidait la meilleure solution, parce que cette situation ne pourrait jamais tenir. Il arriverait forcément un moment où les masques tomberaient. Ce serait bien plus douloureux pour elle de l’apprendre d’ici quelques années, après avoir construit une vie à deux sur des fondations faites de sable mouvant et de mensonges. Je pouvais me défendre de souhaiter la préserver. Le seul que je préservais, c’était moi. Les chances qu’elle partît en l’apprenant étaient trop élevées et je ne désirais pas son départ. « Peut-être oui. Il ne doit pas aimer la pureté qui émane de toi. » Je marquai une pause. « Ou être intrigué par ta capacité à être une Ange tout en ayant des manières de Réprouvée. » Je souris, avant de baisser les yeux sur nos mains liées.

« Tant que tu ne nous confonds pas. » dis-je, en essayant de ravaler mes questionnements. J’avais compris être le fils de Jun Taiji lorsqu’il m’avait rendu visite pour la première fois. À nous regarder, tous les deux dans une glace, toutes mes hésitations s’étaient envolées. Je lui ressemblais. Bien sûr, faire le lien demeurait compliqué sans aucun contexte préalable. D’autres hommes devaient posséder des traits similaires aux siens sans être de sa famille après tout. Ça m’avait simplement sauté aux yeux, défiant la logique et la raison. Maintenant, j’étais curieux. Les agissements des Ætheri étaient difficilement compréhensibles et espionnables. Je ne saisissais pas ce qu’il lui voulait, même si j’avais déjà été témoin de son attrait pour elle dans le labyrinthe. Si j’avais pensé qu’il pût désirer nous réunir, l’Ange et moi, je doutais, à présent. Je n’étais pas seul dans ma tête. Devaraj influençait mes pensées.

Je plissai les yeux lorsqu’elle commença à évoquer les rêves. Je savais pour Adam. Je ne savais pas pour mon père. Imaginer la même configuration qu’avec le Déchu entre Laëth et Jun me rendit amer. J’espérais que ce n’était pas le cas mais je ne pouvais pas enlever cette possibilité de mon raisonnement. Peut-être avait-il retenu une quelconque leçon de la réaction du Maître des Esprits lorsqu’il avait su ? Peut-être avait-il décidé d’agir dans le Monde des Rêves, bien plus discret ? Non. Ça n’aurait aucun sens. « Tu… » Je me tus, en la laissant s’éloigner. Je désapprouvais qu’elle fût si proche du vide, tout en la sachant pourvue d’ailes. L’imaginer tomber par inadvertance et ne pas réussir à se rattraper à temps faisait vibrer ma poitrine d’une façon nouvelle. En temps normal, j’aurais beaucoup plus rationalisé. J’aurais écarté le risque. « Tu as rêvé de moi ? » demandai-je, en me redressant pour la rejoindre. Bien sûr qu'elle avait rêvé de moi. « Si tu n’as pas envie d’en parler, tu n’es pas obligée. Je ne te sens pas à l’aise avec ce sujet, que ce soit à propos d’Adam, à propos de mon père ou à propos des rêves en général. » Je pris l’une de ses mèches entre mes doigts. « Si tu veux en discuter, je t’écouterai mais si ce n’est pas le cas, je comprendrai. Peut-être plus tard. Je ne suis pas très bien placé pour juger tes silences et exiger des mots à la place. » Mon pouce caressa sa mâchoire tendrement. Cette tendresse, ce n’était pas la première fois que je la ressentais. Le degré était supérieur à tout ce que je pouvais éprouver en temps normal. Ma sensibilité était renforcée par la potion et, surtout, je devenais bien plus enclin à distribuer mon affection. C’était à cause de l’Ange qu’un Kinshäla me suivait régulièrement. « On peut rester là et profiter du spectacle si tu préfères. Rassure-moi juste avant : ce n’est ni le Professeur Pendragon ni mon père que tu vas devoir embrasser, n’est-ce pas ? » Je savais exactement de qui il s’agissait mais nous n’avions pas encore aborder le sujet. Il faudrait que je lui confie l’identité de celle que le Destin précipitait bien trop vers moi ces derniers temps.

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Mar 06 Oct 2020, 18:24



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Entre Ailes Blanches

En duo avec Kaahl



Etait-ce de la surprise ? Elle détaillait son regard du mieux qu’elle le pouvait. Cependant, rien de particulier ne semblait ressortir de ses iris noisette. Dès qu’elle croyait discerner la lueur d’une émotion plutôt que d’une autre, elle craignait de surinterpréter ce qu’elle aurait voulu y voir. Rapidement, elle se détourna. Les bras croisés sous sa poitrine, elle scruta le paysage en contre-bas. Les mots du Mage ne faisaient qu’accentuer son malaise. Si elle ignorait à quoi elle s’était exactement attendue en formulant ce qui la troublait tant, elle n’avait pas imaginé qu’il pût réagir ainsi. Le fait qu’il fût lui-même secret pouvait effectivement l’expliquer, toutefois, elle ne s’en sentait pas plus sereine. Elle avait toujours eu la terrible sensation que chaque silence qu’ils s’opposaient creusait entre eux un gouffre rempli de questions et de doutes, et bordé de mensonges. Sa main sur son visage la fit frissonner, de ces frémissements doux et chauds que peuvent susciter certains contacts. Leur délice sembla annihiler sa gêne. Elle releva la tête vers Kaahl. « C’était rien. Juste des rêves. » répéta-t-elle en appuyant sa joue contre ses doigts. Les paupières closes, elle demeura ainsi un instant, avant de refocaliser son attention sur lui. Un semblant de sourire amusé se faufila sur ses lèvres. Elle se redressa. « Ça aurait pu pour le professeur Pendragon, mais heureusement, non. » Plutôt mourir. « Et je ne pense pas que ton père ait misé sur moi. Même si peu de gens savent que vous êtes parents, ce serait déplacé. » Elle aurait refusé, de toute façon. Il était un Æther. Il pouvait effacer lui-même la marque sur son bras, sans avoir besoin de l’embrasser. Et s’il ne l’avait pas fait, tant pis. Elle aurait trouvé une autre solution. « Au pire, je t’aurais embrassé en prétendant vous avoir confondus. » le taquina-t-elle. Elle déposa un baiser sur sa tempe, avant de poursuivre gentiment sa moquerie : « Malgré les centimètres d’écart. » Trait d’esprit réprouvé ou candeur angélique : son sourire n’en disait rien.

« Cela dit, ça reste assez surprenant. » L’Ange s’écarta légèrement et remonta sa manche pour dévoiler le nom inscrit sur son avant-bras, en prenant garde de ne pas le toucher. « C’est toujours son Reflet, c’est ça ? » Découvrir le patronyme avait été le moindre de ses soucis, sur l’instant. Par la suite, elle s’était questionnée. La fausse Reine des Magiciens avait-elle misé à dessein sur des individus ? Avait-elle donné de l’argent en fonction des associations représentées ? Avait-elle joué avec le hasard ? Elle n’avait aucun moyen de le savoir. Comme la plupart des gens, elle savait peu de choses de la souveraine véritable. Son Reflet, quant à lui, était un mystère complet. « Ça aurait pu être cent fois pire, mais c’est quand même bizarre. Non ? » Ses prunelles remontèrent jusqu’à celles du brun. « Et toi ? Je peux regarder ? » Avec délicatesse, elle prit son bras pour le découvrir.

Aliénor Vaughan. Automatiquement, l’un de ses sourcils s’arqua. Elle regarda le Mage. Lorsqu’il était Elias, elle était sienne, comme nombre d’autres femmes. D’abord promise à Niklaus, la jeune Magicienne avait vu son destin être remis aux mains du nouvel Empereur Noir. Laëth ne pouvait pas imaginer par quels tourments elle était passée. Quel effet cela faisait-il, de se croire libre pour retomber aussitôt entre les griffes d’un prédateur ? Comment vivait-on le troc d’une prison contre une autre ? Quel espoir restait-il quand tous les autres avaient été balayés aussi aisément que le sable par le vent ? « Ça risque de te faire bizarre aussi… » Elle le considéra un instant, muette. « Je l’ai vue, tout à l’heure, avec mon frère. Elle avait l’air… heureuse ? Avant l’intervention d’Ârès… » L’Immaculée passa une main dans son cou, la tête légèrement tournée vers la gauche. « Je crois qu’elle aime bien Priam. Et qu’il l’aime bien aussi, malgré tout. » Il n’était pas expansif, néanmoins, elle avait perçu le tourbillon d’émotions qui vibrait derrière son discours, lorsqu’ils s’étaient parlés, plus tôt. Il n’y avait pas que pour elle qu’il se faisait du souci. Ce devait être d’autant plus difficile de se l’avouer qu’il faisait preuve d’un racisme farouche à l’encontre des Mages Blancs, notamment depuis les rumeurs qui avaient couru sur la grossesse de sa cadette. C’était sans doute en partie pour cela qu’ils n’en avaient jamais parlé. « Enfin bref. Ils doivent savoir que c’est voué à l’échec. » Ce n’était pas juste, et une partie d’elle voulait se révolter contre cela. Quelles étaient les chances pour que Priam ne désirât pas s’insurger contre cette injustice ? Elle ferma les yeux, un peu trop forts. De petites rides strièrent ses paupières. Après une demie seconde, elle les rouvrit. « Comment ça se fait que Lord te l’ait… « léguée » ? C’est courant, chez les Sorciers ? » Ce sujet avait été fréquemment évoqué ces derniers temps, chez les Magiciens, cependant, elle n’avait eu ni le temps ni l’envie de s’y intéresser. Ça réveillait toujours une pointe de douleur, dans sa poitrine. Dans ses plus profonds moments de détresse, elle craignait qu’il tombât amoureux d’une autre. Elle le gardait pour elle, parce que cette peur de l’oubli n’avait pas d’autre fondement qu’elle-même ; pourtant, sa présence persistait.



Message IV – 886 mots




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Kaahl Paiberym
Mar 06 Oct 2020, 22:54



Entre Ailes Blanches


L’Ange en moi préféra écarter le double sens grivois de la phrase de Laëth. Je n’avais pas envie de savoir ce genre de détails concernant mon père et j’étais certain qu’elle les ignorait aussi. Je l’espérais, du moins, tout en sachant que certains individus n’étaient pas en reste lorsqu’il s’agissait de se promener nus. Je ne connaissais pas suffisamment Jun pour avoir une idée précise sur la question mais, à chacune de nos rencontres, il avait été habillé. Les souvenirs de Devaraj entraient en contradiction avec les miens, étant donné la présence sporadique de l’homme en question chez les Chamans, là où les tenues vestimentaires étaient bien plus légères voire inexistantes. Je grimaçai. Vraiment, je ne voulais pas savoir. « Il est difficile à embrasser par inadvertance, contrairement à moi. » répondis-je, tout en lui volant un baiser. Elle parlait de la taille de nos silhouettes et de rien d’autre.

Mes yeux scrutèrent un instant l’écriture qui maculait son bras. Elle m’avait fait rire, plus tôt. Ce n’était plus le cas à présent. Beth était une femme complexe et elle n’ignorait pas ma véritable nature. Je doutais qu’elle révélât quoi que ce fût à l’Ange lors de ce fameux baiser mais je ne pouvais en être sûr. « Oui, toujours. » Que faire ? Lui dire que je préférais qu’elle ne l’embrassât pas ? « Je ne sais pas. Elle a peut-être misé au hasard ou selon les causes. Celle que tu défendais a dû l’intéresser. » Il fallait que je m’entretinsse avec la fausse Ultimage, ne serait-ce que pour tenter de la convaincre de devenir mon propre Reflet. Sans doute me répondrait-elle que son acceptation naîtrait avec mon propre couronnement. Devenir le Nylmord me prendrait du temps et je savais ma stratégie imparfaite. Je devais la revoir. Peut-être devais-je renoncer à devenir le bras droit de la Reine et viser un poste plus accessible ? La manœuvre serait délicate, surtout après avoir fait la démonstration d’une telle détermination à vouloir intégrer l’armée. « Ce baiser risque de faire couler beaucoup d’encre. » Surtout parce que Laëth et moi étions arrivés ensemble au Fessetival et que les Magiciens n’étaient pas sans ignorer mes sentiments précédents pour l’Impératrice Blanche. Certains ne manqueraient pas de penser que le hasard était taquin. Il n’y avait pourtant aucun hasard là-dedans, seulement le Destin.

Mon regard se porta sur le nom présent sur mon propre bras, lorsqu’elle le découvrit. Aliénor Vaughan me faisait actuellement la plus grande peine. Cependant, il valait mieux qu’elle fût ma femme que celle de Niklaus. L’homme aimait avoir une descendance nombreuse et je m’étonnais même du fait qu’il ne l’ait pas déjà mise enceinte. Il était, de plus, particulièrement jaloux et possessif. Le fait que Priam fût encore en vie était surprenant. « Hum. » fis-je. Je n’aimais pas spécialement aborder ce sujet, surtout pas lorsque j’étais un Ange. Que cela concernât Aliénor ou mes autres femmes, cette discussion me paraissait affreusement gênante. J’aurais souhaité annihiler ces contrats tacites qui me liaient à des personnes que je n’aimais pas. Je comprenais pourtant la stratégie qu’il y avait derrière. Les unions d’Elias auraient une dimension pacifique qui pourrait m’être utile à moi aussi. J’avais convenu avec lui que nous pouvions nous accorder sur quelques points et, malheureusement, plus il devenait puissant et influent, plus je l’étais moi-même. Je détournai les yeux et soupirai. Mes prunelles scrutèrent le ciel un instant avant de se reporter sur l’Aile d’Acier. « Non, ce n’est pas courant. Généralement, un homme ne devient Empereur Noir qu’en assassinant celui qui détient actuellement la couronne. Les passassions pacifiques sont très rares mais Niklaus m’a très vite considéré comme son héritier et a décidé de s’écarter lorsqu’il a décidé que le moment opportun était venu. » Pour aller se réfugier chez Spectre. « C’est une vieille coutume, celle qui veut que le nouveau Roi puisse choisir parmi les épouses du précédent. C’est ce que j’ai fait. Il ne me l’a pas léguée. Je l’ai choisie, elle et la mère de la jeune fille que je dois éduquer. » Je soupirai, encore. Avoir une Sirène pour épouse ne me plaisait pas particulièrement. Néanmoins, je voulais préserver Eméliana de son influence néfaste. « Je préférais savoir Aliénor avec moi plutôt qu’avec Niklaus. Je dois préserver les apparences mais je compte la rendre bien plus libre de ses mouvements et de ses fréquentations. » Je regardai Laëth un instant. « Tu penses que ton frère et elle… » C’était évident. « Je les ai vus au Bal du Cygne Bleu, tous les deux. » murmurai-je, sans lui laisser le temps de répondre. « J’imagine que la discrétion n’est pas le point fort de Priam. » J’hésitai. Le Sorcier n’avait pas envie d’en parler. L’Ange voulait aborder le sujet. L’un avait la main, là où l’autre ne l’avait plus pour le moment. « Ton frère devrait peut-être se faire ausculter. Le Duc Lhéasse Taiji avait des ordres précis concernant ceux qui s’approchaient trop d’Aliénor Vaughan. » Ce sujet m’agaçait. « Je vais lever ces ordres mais je ne peux pas me permettre de laisser mes femmes s’amouracher d’autres hommes publiquement. » Mes doigts finirent par serrer l’arête de mon nez, après un léger silence. « Ma première femme a toujours été libre de ses faits et gestes sans que cela ne se sache. Cela semble être la meilleure solution, pour tout le monde, même si dans le cas de la Comtesse Vaughan, les choses sont plus complexes. Elle est bien plus transparente que Viviane. »

Je finis par me déplacer afin de me coucher de nouveau sur le toit. Je plaçai mes bras derrière ma tête et me plongeai dans le mutisme un temps. « Parfois, j'aimerais disparaître. Tout serait bien plus simple. » susurrai-je. Ce serait facile.

947 mots
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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Mer 07 Oct 2020, 13:13



Titre et artiste inconnus

Entre Ailes Blanches

En duo avec Kaahl



« C’est possible. Au moins pour l’image. » répondit-elle, pensive. Sa remarque suivante fit apparaître une lueur incertaine dans son regard. « Oui... » Les imaginations les plus fertiles ne manqueraient pas de fantasmer des situations impossibles, comme elles l’avaient fait lorsque des rumeurs sur sa relation avec Kaahl avaient commencé à se promener de bouches en oreilles. Elle y avait pensé, et ne savait trop quoi en faire. Devait-elle ignorer son obligation et se promener à vie avec le nom de la Reine des Magiciens sur le bras ? Certainement pas. Ce serait encore pire. « On va finir par s’y habituer, à force. » souffla-t-elle dans un sourire à mi-chemin entre le malaise et une tentative de prendre les choses à la légère. L’Immaculée replaça la manche du pyjama sur sa peau. Le nom sur celle du Mage l’intriguait, pour toutes les questions qu’il charriait avec lui. À son expression, elle devina qu’il n’était pas ravi d’en parler. Néanmoins, il répondit. Laëth eut envie de se blottir dans ses bras et de le serrer contre elle. Peut-être que les choses changeaient. Peut-être que sa confiance en elle s’accentuait. Peut-être que lui aussi avait peur de ce gouffre silencieux et mensonger qui s’élargissait entre eux. Peut-être. Et pourtant, chaque réponse soulevait d’autres questionnements. Comment Niklaus avait-il pu être berné si longtemps et si efficacement par Kaahl ? S’il le surpassait en puissance à ce jour, qu’en était-il de la veille ? Elle se rappelait de leur première rencontre. Il lui avait paru imposant, mais il l’était bien moins qu’actuellement. La solution qui se dessinait lui paraissait aussi effrayante qu’insatisfaisante. S’il était vraiment un Sorcier, comment les Magiciens avaient-ils pu ne rien voir ? Y avait-il des gens hauts placés au courant, qui avaient laissé faire, d’un côté comme de l’autre ? Certains avaient-ils pris soin de camoufler ses traces et de rendre limpides et indiscutables toutes ses justifications ? Pourquoi ? L’Ange le scrutait, aussi muette qu’à l’écoute. Il y avait des éléments qui ne collaient pas ou la dépassaient. Au fond d’elle-même, une petite voix lui hurlait de partir. Plus elle restait, plus elle l’aimait, plus elle se condamnait.

Elle se mordilla la lèvre. « Ce n’est pas vraiment quelque chose que les Réprouvés nous enseignent, non... Et je crois qu’à titre personnel, il s’en fiche. » S'il était moins agressif qu'elle, il avait toujours eu un côté revêche et provocant. L’idée de faire un pied de nez à un Sorcier devait le ravir au plus haut point. C’était stupide, mais c’était ce que la fierté bipolaire leur enseignait. Elle comprit d’autant plus à quel point son comportement tenait de la bêtise grâce à la suite des propos de Kaahl. Une pluie de peur s’abattit sur elle. « Quoi ? Quels ordres ? Qu’est-ce qu’il lui a fait ? » Ses sourcils froncés assombrissaient son regard. Son propre Sanctuaire d’Ahena, toujours activé, contribuait à l’apaiser. Pourtant, elle serra les dents à s’en faire mal aux jointures de la mâchoire. Le Sorcier aurait-il impunément contaminé Priam avec une maladie ? Sévère, grave, mortelle ? Non. Kaahl ne le lui aurait pas dit si tard et d’une façon si inattendue si cela pouvait être si dangereux. Non. Elle sonda ses iris, avant de se détourner. Elle n’aimait pas parler de ses femmes. Elle n’aimait pas parler d’Elias. Elle n’aimait pas se dire qu’il devait tant sacrifier par devoir, ou qu’il était un Sorcier qui menait si bien son jeu qu’elle aurait pu en retomber amoureuse à chaque seconde. Elle aurait préféré que tout fût simple. Qu’il fût juste un Magicien et qu’ils pussent s’aimer sans se perdre dans les méandres d’une pièce de théâtre qu’ils finiraient peut-être par ne plus maîtriser.

Avant qu’elle n’eût le temps de le prendre dans ses bras, il s’éloigna. Elle demeura debout. La brise du soir dansait entre ses mèches brunes et soufflait parfois des frissons sur sa nuque. Quoiqu’elle semblât perdue dans la contemplation du paysage, dès qu’il parla, elle le regarda. Les sentiments qui l’attaquèrent la firent tressaillir. Elle s’avança, puis s’allongea près de lui. Les feux d’artifice éclairaient toujours la nuit. « Peut-être. » murmura-t-elle. Peu à peu, elle envisageait les choses différemment. Entendre ces mots de sa bouche la blessait, parce qu’elle n’aurait souhaité sa disparition pour rien au monde. Néanmoins, elle comprenait ce ressenti accablant. Le poids des responsabilités, ou tout simplement celui de la vie, faisait parfois fantasmer une non-existence délicieuse. Elle l’avait plusieurs fois désirée, elle aussi. Le silence perdura quelques secondes, avant que l’Immaculée ne basculât sur le côté. Elle se positionna au-dessus de l’homme, en appui sur ses coudes. « Mais ça le serait juste pour toi. Les autres seraient toujours là, et certains problèmes qui existent déjà aussi. » Ses mains glissèrent sur sa mâchoire et caressèrent doucement son cuir chevelu. « Tu manquerais à tes enfants, à Gustine et à son mari, à Pauline, à Cendre, à ton frère, je suppose… » Elle énumérait les noms sur ses doigts, en les pressant délicatement contre sa tête. « Et sans doute à plein d’autres gens que j’oublie ou que je ne connais pas. » Elle sourit, avant de reprendre un air plus sérieux, et plus intense. Son cœur se soulevait au rythme d’émotions brutales. « Et à moi, aussi. Un petit peu. » Elle sourit encore, puis s’inclina pour l’embrasser. Se détachant à peine, elle souffla contre ses lèvres : « On pourrait partir. » C’était sorti avec un naturel désarmant. C’était une utopie. Ils avaient trop d’ambitions, de buts et d’attaches pour s’en aller. Quelque chose les retiendrait toujours. Quelque chose comme un destin. Les étoiles veillaient.



Message V – 943 mots




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Jeu 08 Oct 2020, 16:59



Entre Ailes Blanches


Je souris contre ses lèvres. « Je connais des endroits où personne ne nous retrouverait jamais. » murmurai-je. Awaku No Hi, si tant est que l’Ange acceptât de découvrir son corps et d’adopter des us et coutumes parfois sauvages. J’étais toujours partagé sur le mode d’existence des Chamans. Les sentiments de mon frère me poussaient à vouloir à tout prix les protéger. Mes propres sentiments étaient ambivalents. Certains actes dépassaient l’entendement et les orgies me dégoûtaient profondément. Les Mages Noirs n’étaient pourtant pas en reste d’horreur et Awaku No Hi n’était qu’une destination parmi d’autres. Omi’Ake et Boraür étaient deux possibilités alternatives. Peut-être pourrais-je même la guider jusqu’au Monde des Rêves. Nous aurions pu y vivre des siècles sans que plus de quelques heures ne se passassent dans la réalité. Pourtant, cela aurait équivalu à avouer mes fautes. Je ne pouvais décemment pas lui susurrer avoir un pouvoir de lucidité au cœur de mon sommeil sans qu’elle ne fît le lien avec mon comportement lors de ce songe particulier. La question demeurait pourtant. Que faisait-elle, nue, attachée à un autel, à invoquer des Démons ? Surtout, pourquoi Adam et moi en particulier ? Et pourquoi avait-elle rêvé d’Adam avant tout ça, alors même qu’ils ne se connaissaient pas encore ? Mon sourire s’était éteint. « Laëth ? » demandai-je, plus pour attirer son attention que pour obtenir une réponse. « Tu es sûre qu’il n’y a rien entre le Professeur Pendragon et toi ? Pas de liens familiaux ou de rencontres passées ? Lorsque tu étais petite ? » C’était idiot. En vivant à Lumnaar’Yuvon, elle n’aurait pas pu y rencontrer le Déchu. Il y avait eu quelques occasions par le passé mais elle n’était pas encore née lors de celles-ci. Et lui ne la connaissait pas. Il me l’aurait dit. « Laisse. » me rattrapai-je, en me dégageant d’un même temps de son étreinte pour mieux me redresser. « Je vais nous chercher quelque chose à manger. Ça me dégourdira les jambes. » Et l’esprit aussi.

Comme je savais que mon comportement pouvait sembler un peu abrupte, puisqu’elle ne possédait pas tous les éléments de ma propre réflexion au sujet d’Adam, je m’arrêtai, pour la regarder quelques instants. Je me demandai si elle me pensait jaloux. Avait-elle envie que je le fusse ? L'Ange ne l'était pas. Ne me restait donc plus qu'une inquiétude diffuse. Si le hasard n'existait pas, il devait y avoir une raison à ces rencontres. « En fait, je dois te dire quelque chose à propos d’Adam. » dis-je. « C’est plus amusant que le Duc Taiji qui utilise Lux in Tenebris contre les hommes qui s’approchent trop de la Comtesse Vaughan, même si je n’en ai jamais parlé avant. » Je le lui avais signalé, plus tôt, en précisant que ça ne voulait pas dire qu’il eût exercé sa magie sur Priam. Je n’en savais rien mais l’Ange commençait à être connu. Le tuer ne passerait pas aussi inaperçu que n’importe quel jeune adulte insignifiant, un peu trop intéressé par les courbes de la Magicienne.  

Lorsque je revins, je tenais un plateau entre mes mains. Je fixai les tuiles et modifiai la configuration du toit pour créer un endroit plane sur lequel le laisser. Je posai les yeux sur l’Ange et son pyjama. « Comme je suis hautement bénéfique, je vais t’accompagner dans ton épreuve. » Un sourire amusé apparut sur mon faciès. J’allais être ridicule mais vu mes actes durant la journée, un peu plus ou un peu moins ne changerait clairement pas la donne. Je fis apparaître le Pilou-pilou. Je l’avais reçu en présent durant la saison froide et m’étais empressé d’en acheter pour mes enfants. Je commençai à déboutonner ma chemise. « Tu peux te servir. Il y a du thé. » Il y avait beaucoup de thé, oui. « Je ne savais pas ce que tu préférais alors j’ai pris plusieurs sachets. » précisai-je. « Et plusieurs gâteaux. » J’avais même été chercher de la glace. La Déchue m’avait fait un assortiment de plusieurs boules qu’elle avait recouvertes de chantilly, dans une grande coupelle. « Je me dis que si tu as la bouche pleine, tu te moqueras sans doute moins de moi, que ce soit pour la tenue ou pour ce que je dois t’avouer. » Une vérité que je pouvais me permettre de lui confier. « Comme tu le sais, le Professeur Pendragon et moi nous connaissons pour avoir travaillé tous les deux au même endroit. Il enseignait déjà lorsque j’étais étudiant, en fait. » J’étais studieux et lui bien trop détendu. J’enlevai ma chemise et entrepris de la plier. Je ne pouvais pas la faire disparaître. « Il y a quelques temps, lorsque j’avais mal à la jambe, je suis allé me baigner dans les bains de Basphel. Je pensais être tranquille mais Adam est arrivé avec une conquête. Lorsqu’il m’a vu, il lui a dit que j’étais l’un de ses amis et qu’il cherchait à lui faire une surprise. Elle est donc venue vers moi, éméchée, avec des intentions luxurieuses. » L’Ange que j’étais n’était pas d’accord. Je grimaçai. « J’ai réussi à détourner son attention, sous le regard amusé du Professeur Pendragon duquel j’ai fini par me rapprocher afin de lui assurer mon mécontentement. » Je défis les boutons de mon pantalon. « C’est là qu’il m’a embrassé. » C’était fou, en y repensant. J'enlevai mon vêtement. « J’ai fini par le frapper et partir, furieux. » Je relevai les yeux vers l’Ange, mes mains occupées par le pliage du tissu. « C’est pour ça que je me demande si tu es vraiment celle qu’il cherche à emmerder. »

918 mots
Entre Ailes Blanches | Laëth 943930617

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Priam et Laëth
Lun 12 Oct 2020, 11:13



Titre et artiste inconnus

Entre Ailes Blanches

En duo avec Kaahl



Sans résister, elle relâcha son étreinte. Assise sur la cuisse, une main en appui et un genou plié vers le ciel, elle le dévisageait. Pourquoi insistait-il autant ? Pourquoi revenait-il là-dessus ? Pourquoi reparler d’Adam alors qu’il avait accepté de ne plus en faire mention, puisque le sujet la gênait ? Percevait-on, derrière son malaise, les dessous lascifs de ses songes ? Était-il jaloux ? L’Ange serra les dents. Elle ne voyait pas comment le rassurer. D’une certaine façon, elle avait fauté. Même si ce n’était que le fruit de son subconscient, elle s’était donné à quelqu’un d’autre. Aussi désagréable que fût cette vérité, elle avait désiré le Déchu. Elle avait voulu ses lèvres contre les siennes, ses mains sur sa peau et son corps dans le sien. Le réveil avait annihilé toutes ses pulsions sauvages, et avait teinté son âme d’amertume ; mais le songe avait laissé sa trace. Comme le suivant, et sans doute comme les prochains, s’il y en avait d’autres – elle ne l’espérait pas. Elle ignorait pourquoi ces chimères s’étaient produites. Fallait-il leur accorder une signification particulière ? Devait-elle y voir un message des Ætheri ? Elle se questionnait au moins autant que Kaahl ; malheureusement, elle n’avait aucune réponse à leur fournir. Elle aurait pu l’interroger ; elle avait trop peur qu’ils sombrassent. Cette crainte la martela lorsqu’il avoua devoir lui dire quelque chose au sujet de l’Ange Noir – qu’il appela, pour la première fois, par son prénom. Elle repensa au cauchemar dont ils avaient été les acteurs. Son palpitant se compressa et ses traits se tendirent. Elle le laissa s’éloigner sans mot dire.

Fuir. Cette possibilité lui broyait le crâne, le corps et le cœur. Ce n’était pas une solution. L’Ange ferma les yeux et s’allongea sur le dos. Elle repensa à son frère et à Aliénor Vaughan. Une part d’elle-même était en colère contre lui. Il récusait son amour, mais ne voyait aucun problème à fréquenter une Magicienne ? C’était pareil. C’était pire. Il n’était pas amoureux. Elle l’aurait vu. En tout cas, il n’était pas amoureux comme elle l’était. Ses sentiments n’admettaient aucun compromis. Ils préféraient jeter des drapés d’illusions là où les doutes voulaient pénétrer. Ils bataillaient férocement avec sa nature curieuse et les peurs qui la terrassaient. Ils voulaient être absolus, seigneurs à en être despotes. Ils la dévoraient autant qu’ils la nourrissaient. Ils étaient pénibles et délicieux. Un supplice exquis. Un bonheur douloureux. Elle n’aurait pas su les décrire avec exactitude. Ils la traversaient de part en part. Ils déferlaient, toujours insaisissables. Et s’ils l’éloignaient, c’était pour mieux la ramener. Par instant, ils lui donnaient l’impression qu’elle n’avait pas d’existence en dehors d’eux ; qu’elle était comme un violon, muette et sans vie tant qu’aucun archet ne venait souffler une mélodie contre ses cordes.

Lorsqu’elle l’entendit revenir, elle se redressa, sur les coudes. Ses yeux glissèrent sur le plateau encombré de mets, puis remontèrent vers le pyjama en pilou-pilou qui était apparu, jusqu’à s’arrêter sur le sourire amusé du Mage. Il avait l’air beaucoup moins tendu qu’au moment de son départ ; pourtant, une boule d’anxiété nouait toujours son propre estomac. La jeune femme s’assit et tendit la main vers les sachets de thé. Avant d’arriver aux Jardins, elle n’en avait jamais bu. Elle se rappelait de sa grimace, la première fois. Ça a un goût de flotte ! s’était-elle exclamée. Depuis, elle en avait consommé à plusieurs occasions, et avait fini par s’habituer. Elle en choisit un aux fruits rouges et le plongea dans l’eau. En d’autres circonstances, elle aurait sans doute trempé quelques gâteaux dedans, mais le nœud dans son ventre coupait son appétit.

Sa tasse entre les mains, elle leva les yeux vers Kaahl, prête à l’écouter. Elle n’avait pas du tout envie de parler d’Adam. Même sa curiosité naturelle ne ravivait pas son envie de connaître la fameuse anecdote. Plus elle pensait aux rêves, plus ils lui paraissaient affreusement réalistes, et plus une nausée galopante la parcourait. Elle se sentait salie et sale. Les ressentis qui ne lui appartenaient pas, et qu’elle soupçonnait être ceux de Stan, en profitaient pour la matraquer. Une violence et une haine enflaient en elle, sans qu’elle ne pût lutter. Il détestait Kaahl pour ce qu’il représentait pour elle ; ce ressentiment venait empoisonner son amour. Comme une poupée de chiffon, elle subissait tout ce à quoi cette main étrangère la confrontait, au point qu’elle avait envie de lui faire du mal comme il lui en avait fait dans ce cauchemar. L’ambivalence de ses ancêtres ne cessait pourtant de s’exprimer : à la mention du baiser, sa colère frappa Adam et tout ce qu’il figurait. Elle l’exécrait, et pour ce qu’il avait osé faire, elle aurait souhaité sa mort. Cette pensée l’effraya. Ce n’était pas elle, pas vraiment. Pourtant, la virulence franchit le seuil de sa bouche, avec une sécheresse tranchante : « Je me fous de ce qu’il cherche à faire. Le résultat est le même. » Aussi agacée que gênée, l’Ange détourna le regard. Sa main se resserra sur la tasse et ses lèvres se crispèrent dessus, tandis qu’elle avalait péniblement le breuvage. Une expression renfermée cramponnée aux traits, elle fixait les tuiles du toit comme s’il avait fallu s’y accrocher pour ne pas tomber. « Et pourquoi tu penses ça ? Tu l’as revu, depuis ? Il t’a reparlé ? » L’Ailée secoua la tête. La colère et le mal-être qui enrobaient son cœur, aussi étrangers lui fussent-ils, l’étouffaient. Son Sanctuaire d’Ahena pulsa. « Laisse tomber. J’ai pas envie de parler de lui, ou des rêves, ou de ton père, ou du Fessetival. » Elle ramena ses genoux contre elle et appliqua ses paumes contre son visage, sa tasse suspendue par la anse à son auriculaire. Elle prit une grande inspiration, qu’elle expira lentement. Elle aurait voulu que tout devînt subitement simple et que tous les problèmes s’évaporassent.

Enfin, elle releva la tête. « Désolée, je… Pardon. » Un soupir glissa entre ses lèvres. « Moi aussi j’aimerais que tout soit plus simple, parfois. » L’Immaculée posa sa tasse sur le plateau, attrapa deux gâteaux et se mit debout. « Merci pour tout ça. » Elle lui tendit l’une des friandises. « Je n’ai pas envie de parler de tout ce qui ne va pas. Je sais qu’il y a encore des choses dont on doit discuter, mais je suis fatiguée, mentalement. » Elle caressa distraitement la manche de son vêtement, avant de s’avancer encore. Elle l’enlaça. « Je veux juste être avec toi et ne pas devoir penser au reste. » Les yeux fermés, elle respira l’odeur de son cou. « Ils sont où, tes endroits où personne ne nous retrouverait jamais ? » demanda-t-elle, avec un fond d’espièglerie dans la voix. Puis, elle ajouta : « J’ai envie de voler. Tu peux, toi ? Il paraît que plusieurs personnes ont reçu des ailes, ces derniers mois. Même des Humains… On pourrait y aller comme ça. Enfin, si tu mets ton superbe pyjama, parce que sinon, tu risques d’avoir froid. » Elle sourit, amusée.



Message VI – 1178 mots

Laëth la Réprouvée vous salue Entre Ailes Blanches | Laëth 1929536143




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Lun 12 Oct 2020, 17:31



Entre Ailes Blanches


Mes lèvres s’entrouvrirent lorsqu’elle posa ses questions. J’étais partagé mais je me promenais trop près du chemin de la vérité au goût du Sorcier. Cette volonté de tout lui avouer ne me quittait plus et seule la certitude que ce serait une erreur me retenait. Je ressentis du soulagement lorsqu’elle mit un terme à mes tourments. J’avais omis de lui signaler qu’Adam n’était pas le seul à avoir embrassé l’autre ce jour-là. Au fond, mes aveux me déchargeraient sans doute d’un poids. Si je lui disais que nous nous étions revus par la suite, à de nombreuses reprises, la lourdeur du secret se lèverait. Pourtant, il écraserait l’Ange, serrerait son cœur au point, peut-être, de le faire imploser. Je ne pouvais pas la détruire. Elle se reconstruirait et j’en avais conscience mais je ne voulais pas la voir souffrir injustement pour les caprices de mon propre cœur. Je souhaitais qu’elle fût heureuse. Actuellement, elle ne l’était pas et ce constat me remplissait d’amertume à l’encontre de ma propre personne. Ça finirait mal. Elle apprendrait, un jour, tout ce qu’il lui cachait, ce que je lui cachais. Je me demandais ce qui serait pire : l’abandonner maintenant ou attendre la sentence du Destin. Pire pour elle, certainement pas pour moi. Je méritais amplement la souffrance qui m’enserrait. Elle n’était d’ailleurs pas assez grande pour punir mes actes passés et ne le serait jamais pour sanctionner mes actes futurs.

Je pris le gâteau en silence, mes yeux la scrutant. J’étais inquiet. Je sentais son mal-être et les tressautements de sa magie. Elle aussi, marchait trop près d’un gouffre. Plus elle me côtoyait, plus elle s’approchait du bord. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de penser que je n’étais pas le seul fautif du danger qu’elle s’imposait. Son éducation la poussait à courir après le risque et les relations dysfonctionnelles. Sa façon d’être n’était pas faite que de lumière. Elle embrassait l’ombre, parfois, sans le vouloir, sans s’en apercevoir. Le Sanctuaire d’Ahena était une magie difficile pour moi mais j’en ressentais les implications. En étudiant sa mécanique, il me semblait que cette magie agissait comme une drogue. À l’instar de l’alcool, elle pouvait apaiser les sens. Comme les sucreries pouvaient calmer les angoisses, le Sanctuaire d’Ahena maintenait les Anges dans un état d’apaisement. Peut-être était-ce à cause du chemin ombragé qu’était mon existence mais je visualisais parfaitement comment ce qui n’était en apparence qu’un don capable de Bien, pouvait devenir un don capable de Mal. Manger une sucrerie n’avait aucun effet particulier, si ce n’était celui du plaisir mais à partir du moment où la sucrerie devenait plurielle et une nécessité, le Mal naissait. Ce constat ne faisait que gonfler l’inquiétude que je ressentais.

Mes bras se refermèrent sur elle. Ma joue se posa dans ses cheveux. J’y laissai courir mon nez dans une caresse brève. J’aimais jouer avec ses mèches, les laisser glisser entre mes doigts. « Assez éloignés, trop pour y aller en volant. L’un d’eux est même habité par des gens qui vivent majoritairement nus. » Je m’éloignai un peu, mes phalanges rencontrant les boutons de son pyjama. J’en défis un, puis un deuxième. « Tu es trop habillée pour y aller. » Mon index glissa sous le tissu de son soutien-gorge, entre ses seins et en partant du bas. J’exerçai une légère pression pour combler la distance. « Puis je ne connais pas le trajet alors j’imagine que je vais suivre ton conseil et m’habiller, plutôt que te déshabiller. » Même si l’envie ne manquait pas. Ce n’était pas l’endroit idéal pour ce genre de fantaisies et, pour une fois, l’Ange et les Sorciers tombaient d’accords. Le Réprouvé, lui, aurait continué jusqu’à ce qu’il ne restât plus aucune trace de tissu sur elle. Il l’aurait soulevée et encastrée sur lui, sans se soucier le moins du monde d’un éventuel vis-à-vis. Il avait envie de la dévorer, de la baiser comme il aurait fait la guerre. Il ne commandait pas. Quant au reste… Je me reculai légèrement et fis apparaître le Sceau de la Lune dans mes mains, en version miniature. Un sourire amusé s’inscrivit sur mon visage, avant que je ne déploie la totalité des ailes que je possédais et que je pouvais utiliser en même temps, soit des ailes d’Anges, deux ailes démoniaques grises, des ailes de Réprouvés au plumage bicolore et des ailes bleutées. Je ris, comme un enfant à qui l’on aurait donné bien trop de jouets à la fois. L’envie de la serrer entre mes ailes et de ne plus jamais la laisser s’échapper du cocon qui en résulterait me prit, sans que je n’en fisse rien. « Je vais en garder que deux. Je ne suis pas sûr de pouvoir coordonner le tout. » Le surplus disparut, ne laissant derrière lui que les plumes immaculées, celles qui étaient réellement liées à ma condition. J’attrapai le pyjama et l’enfilai à moitié, sans quitter l’Ange des yeux. J’avais envie de lui faire une promesse, tout en sachant parfaitement que je serais sans doute amené à me parjurer. « Laëth ? » J’hésitai, avant de raffermir ma motivation à la lui faire. « Je détruirai le mal. » J’en étais convaincu ou, du moins, je voulais le croire. Le Sorcier souriait devant ma naïveté. J’impulsai le début de mon vol, m’élevant dans les airs à la manière des feux d’artifices qui magnifiaient le ciel. Je me mis à rire, une idée me traversant l’esprit. « Attrape-moi si tu peux. » Je battis des ailes et me téléportai légèrement un peu plus haut. « Attrape-moi et je ferai honneur à la citée des Déchus durant le restant de la nuit. » Elle comprendrait ce qu’elle voudrait. Si elle doutait encore une fois qu’elle aurait réussi, je lui montrerais qu’il n’y avait pas besoin d’être un Réprouvé pour faire l’amour comme si on allait mourir demain.

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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Mar 13 Oct 2020, 15:32



Titre et artiste inconnus

Entre Ailes Blanches

En duo avec Kaahl



L’Ange pouffa. « Si ce n’est que ça, ça me va, de vivre nue. » Après tout, durant son enfance, elle avait passé nombre d’heures à crapahuter dévêtue, totalement ou en partie, à travers les champs d’or. Elle n’avait jamais perçu son corps comme un élément à cacher à tout prix. Sur le plan physique, il avait ses défauts et ses qualités, mais les Réprouvés se préoccupaient plus de savoir à quel point il serait efficace sur un champ de bataille ou de blé. Ses ailes et sa silhouette trop fine pour une Bipolaire lui avait créé quelques complexes, mais rien qu’elle n’eût rapidement surpassé en revendiquant sa nature d’Ange – c’étaient plutôt ses aptitudes limitées qui lui avaient longtemps posées problème, et qui la conduisait encore à croire qu’elle n’était « pas assez ». L’acquisition récente de la cicatrice laissée par les crocs d’un Démon lui faisait éprouver un dixième de ce que ceux qui exécraient leurs enveloppes ressentaient. Elle avait du mal à la regarder, et à chaque fois qu’elle sentait ses quelques aspérités sous la pulpe de ses doigts, elle se crispait. La sensation tenace qu’un peu de mal l’avait pénétrée et demeurait ne la lâchait pas.

Néanmoins, à cet instant, ses pensées se trouvaient bien loin des marques que portait sa chair ou de ce dont elle était capable. Le contact de Kaahl modifiait son expérience de son corps : il devenait comme une sorte de capteur et de récepteur, une manifestation sensorielle de tout ce qu’il provoquait à l’intérieur d’elle-même. Elle sourit, avant d’esquisser une moue mi-désappointée mi-amusée. « Je suis certaine que les deux auraient pu te réchauffer. » répondit-elle avec une nonchalance feinte, en haussant les épaules et en mimant un air détaché. L’Aile d’Acier descendit le pyjama de sorte à dévoiler son dos, et noua les manches autour de sa taille pour être certaine qu’il tînt correctement. Elle déploya ses appendices opalins, en même temps que le Mage faisait apparaître tous ceux qu’il possédait. Les sourcils haussés, elle le détailla un instant, notant tous ces éléments qui pouvaient être objet de discorde – les ailes démoniaques grises, dont elle avait hérité après Omi’Ake, et les ailes réprouvées qu’elle avait acquises lors d’Odon do Dur. Les bleues et les blanches – qui lui rappelèrent immanquablement celles de son père – l’intriguait. Finalement, face à l’éventail de plumes et de membranes qui s’offraient à son regard, un sourire goguenard tordit ses lèvres. « Crâneur. » Elle ne dévoila pas les siennes pour autant.

L’Immaculée se décalait, prête à prendre son envol, lorsqu’il l’interpella. « Hum ? » Ses iris s’ancrèrent aux siens. L’intensité de son expression la fit frissonner. Une vague de chaleur roula dans son ventre, renforcée par la sincérité éclatante de ses propos. Durant quelques secondes, elle le scruta. Son cœur enflait d’un Espoir déraisonnable. C’était facile. Elle voulait y croire. Elle voulait croire, peu importe ce qu’il pouvait être, qu’il existait en lui trop de Bien pour qu’il souhaitât autre chose que de lutter contre le Mal. Un sourire s’épanouit sur ses lèvres, tandis qu’elle le regardait s’élever au-dessus d’elle. Doucement, elle murmura : « C’est ma mission, ça. » Puis, la tendresse succéda à l’espièglerie, et elle bondit à son tour vers les cieux, la main tendue vers lui. Ses doigts se refermèrent sur le vide. « Eh ! » Elle releva la tête. « Tu leur fais déjà honneur en trichant comme un malpropre ! » Elle souriait. On ne naissait pas Réprouvée, mais on le devenait. « Téléportation interdite ! » s’exclama-t-elle avant de se lancer à sa poursuite.

Voler avait un goût de liberté. L’insouciance que cela lui procurait éveillait dans sa mémoire des fragments d’enfance enfouis, cachés, protégés. Des moments heureux, durant lesquels ses parents leur avaient appris à battre des ailes, à Priam et elle. Ils les prenaient par les mains et montaient vers les nuages. Leurs rémiges étendues, le frère et la sœur riaient de voir tout Lumnaar’Yuvon s’offrir si facilement à eux. Ça leur paraissait si grand, vu d’en bas ! Prenant un virage serré, l’Ange sourit. C’était pareil à Avalon. On croisait plus de monde près des étoiles, surtout cette nuit-là, festive et éclairée par les feux d’artifice. Il fallait prendre garde à éviter tous les Ailés qui se promenaient, si bien que la course-poursuite prit vite des airs acrobatiques. L’Aile d’Acier, habituée aux entraînements militaires de sa Troupe, n’éprouvait pas trop de difficultés à serpenter entre les quidams. Comme elle apercevait les eaux du lagon sous elle, elle plongea vers celles-ci et, rasant le cours d’eau, effleura sa surface de la main. Des gerbes d’eau l’éclaboussèrent, et elle rit, d’un rire tout droit sorti de l’enfance. Kaahl filait au-dessus d’elle. Pour quelqu’un qui n’était pas né avec des ailes, il se débrouillait si bien que l’on aurait pu croire qu’il en avait toujours eu. Elle remonta en piqué vers lui.



Elle avait peut-être un petit peu triché, finalement. Elle n’était pas très patiente. Et puisqu’il avait triché avant, ce n’était que justice. Son sourire annonçait son innocence, malgré les coulées d’acier qui encombraient les ailes de son partenaire. Il avait fait un plongeon malencontreux dans le lagon. Laëth n’avait guère tardé à le rejoindre, sur la rive. Le métal dont elle avait maculé ses plumes se décolla lentement de celles-ci, jusqu’à former une sphère qui vint se poser au creux de sa main. « Mais où est-ce que tu es allé te rouler ? » feignit-elle de s’étonner en considérant l’objet. Lorsqu’elle releva les yeux vers lui et croisa son regard, son sourire revint aussitôt, vif et taquin. « J’ai failli en oublier l’essentiel. » Elle s’approcha, s’accroupit et tendit la main pour saisir son poignet. « Attrapé. Alors, comment est-ce que tu comptes faire honneur à la cité avalonienne sans mettre en péril mes ailes blanches ? » Elle tira sur son bras pour l’aider à monter sur la berge.



Message VII – 986 mots




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Jeu 15 Oct 2020, 10:20



Entre Ailes Blanches


« Et après je suis celui qui triche comme un malpropre ! » dis-je, depuis la rivière. J’étais trempé. Peut-être aurais-je pu m’échapper de l’étreinte du métal mais ce jeu n’avait pas été pensé pour qu’elle le perdît. C’était le contraire qui était souhaitable et souhaité. « Dans les vices. » répondis-je, avec un sourire insolent. Mes ailes avaient gagné, durant un instant, une teinte plus foncée, enrobées du poids que l’Ange leur avait imposé. Je la fixai, avec un amusement non feint. J’avais aimé cette course poursuite, les virages serrés que j’avais dû exécuté pour ne pas bousculer d’autres ailés et la sensation de liberté qui en avait résulté. Je ressentais la même chose lorsque je patinais sur le Lac Bleu durant la saison froide. Ça avait été comme valser avec les étoiles. Lorsqu’elle avait rusé, j’avais fini par perdre de l’altitude et par m’écraser dans le cours d’eau. Avant de disparaître en son sein, j’avais pu apercevoir mon reflet nettement, comme si un miroir s’étendait sous mes pieds, éclairé par les feux d’artifice et la magie ambiante. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas vu aussi souriant et insouciant. Je savais pourtant que ces comportements étaient à bannir. L’Empereur Noir ne peut être inattentif. Si je n’avais pas eu peur de blesser ses racines réprouvées, je lui aurais sans doute fait remarquer qu’elle était aussi fourbe qu’une Mage Noire. Je restai sage, me contentant de la fixer, elle qui m’avait attrapé. « Je ne sais pas trop… » commençai-je. Sa main tenait mon bras, dans l’objectif de m’aider à sortir de là. Je remontai légèrement, juste pour venir déposer un baiser mouillé sur ses lèvres. Mon regard se fit vif et taquin. Il reflétait parfaitement le sien. Elle allait me rendre fou à changer si souvent de comportement, entre la colère, les taquineries et la fragilité. « Mais ce que je sais, c’est que c'est mal de baisser sa garde. » lui soufflai-je, comme un avertissement de dernière minute. Je tirai sur son bras rudement, pour la forcer à céder à mes volontés et l’envoyai dans la rivière à son tour. Je me mis à rire, avant de retourner moi-même me jeter dans l’eau. Elle était peu profonde. Ça me rappelait les sources, lorsque nous nous étions rencontrés pour la deuxième fois.

Lorsque je remontai à la surface, je l’agrippai d’un même temps, pour l’enfermer entre mes bras. Les plumes mouillées pesaient plus lourd. C’était une sensation nouvelle, pour des membres additionnels que je n’avais jamais trempés dans un liquide quelconque. « Si je suis malade, je te tiendrais pour responsable. Tu devras rester avec moi et supporter mes plaintes incessantes en punition. » Je l’embrassai en la hissant autour de ma taille. « Je suis très agaçant quand c’est le cas. Tu n’y survivrais pas. » Je ne mentais pas. J’aimais la propreté. Être possédé par des microbes et imaginer des germes partout sur moi me rendait irritable. Je ne faisais plus rien. Je voulais rester au lit ou dans un endroit propice à l’hygiène. « Pire qu’un Réprouvé. » ajoutai-je pour l’embêter. Heureusement, aujourd’hui, ma magie était suffisante pour guérir la plupart des maux qui pouvaient m’atteindre. Elle n’aurait pas eu envie d’avoir à me côtoyer, adolescent, avec la grippe. Je descendis mes lèvres dans son cou, pensant vaguement que le Sorcier serait mécontent de retrouver son pyjama mouillé et sans doute froissé, plus tard. J’étais bien plus tolérant que lui, plus prompt à aimer sans tenir compte de petits détails que je jugeais insignifiants lorsque lui les jugeait importants. Malheureusement pour moi, nous demeurions la même personne, avec quelques pensées discordantes et à quelques détails près. Le Réprouvé, lui, voulait la baiser. Dans mon esprit, il tenait des propos vulgaires et grivois. Elle était déjà mouillée mais il ferait en sorte qu'elle le fût davantage, d'une autre façon. Il allait la pilonner. Le Sorcier, lui, grognait, bien moins enclin à ce genre de propos.

« Mais en attendant… » Mes mains se raffermirent sur ses fesses. Ma bouche continua son chemin, à la conquête de sa gorge. La chaleur de celle-ci contrastait délicieusement avec la fraicheur de la peau de l’Ange. L’avoir contre mon bassin accentuait des désirs qui ne m’avaient pas réellement quitté depuis le début de notre course. Lorsque j’arrivai à la bretelle de son soutien-gorge, je mordis celle-ci et la guidai jusqu’à la chute de son épaule, pour qu’elle y glissât. Je relevai les yeux vers elle, un sourire joueur sur le visage. J’aimais ses cheveux trempés au moins autant que lorsqu’ils ne l’étaient pas. J’eus une idée : j’allais procéder doucement, doser mes caresses et mes baisers, jusqu’à la rendre folle. J’allais prendre mon temps, m’amuser avec ma langue simplement pour le plaisir d’entendre quelques gémissements étouffés, des gémissements que je ne laisserais pas devenir plus importants. J’allais parcourir son corps avec la pulpe de mes doigts, m’immiscer et ne jamais la libérer, jusqu’à ce que ses racines de Lumnaar’Yuvon ne reprissent le dessus. J’allais faire preuve d’une Charité Tempérée, devenir à la fois altruiste et modéré. Je ris, en remontant l’une de mes mains dans son dos. Je me demandais combien de temps il lui faudrait pour essayer de reprendre le dessus, pour tenter de me rendre plus brutal et moins lascif, plus dur et moins sensuel, plus rapide et moins lent. Je me questionnais aussi sur combien de temps il me serait possible de tenir à ce jeu-là.

Je nous téléportai chez Thomas, espérant qu’il ne fût pas présent. La fête battait son plein à Avalon. Il devait encore être en train d’en profiter. Avec espièglerie, je relâchai mon emprise sur Laëth afin qu’elle tombât sur le lit. En attendant les prochaines conversations houleuses, j’allais commencer à mettre en œuvre la promesse que je lui avais faite. Si je savais que je risquais de lui faire du mal dans le futur, cette nuit, je lui ferais du bien. Je lui ferais du bien tant que je le pourrais.

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