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 [Q] - Bonjour, Miles.

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Latone
~ Orisha ~ Niveau I ~

~ Orisha ~ Niveau I ~
◈ Parchemins usagés : 2235
◈ YinYanisé(e) le : 24/05/2014
◈ Activité : Horticultrice
Latone
Lun 24 Aoû 2020, 23:02

Partenaire : Solo
Intrigue/Objectif : Maudite par le Silence, Léto tente de se raccrocher à ses souvenirs les plus précieux pour ne pas les perdre. Sa condition de nouvelle Reine l'oblige à se débattre et à prendre en main ses responsabilités divines.


" Bonjour… " Léto n'écouta qu'à moitié les directives de Tlaalee-Aan, son mentor et ami. Pas plus qu'elle n'adressât un regard à l'acolyte qu'il lui imposait.

Accaparée à aiguiser son épée, le baiser strident de la pierre contre le fer fut sa seule réponse. À la fois gêné et un brin exaspéré, le Chaman se gratta les cheveux en offrant qu'un sourire désolé à Miles Köerta. C'était une bonne recrue, il avait confiance en lui et en ses capacités. Le Marcheur s'était convaincu que ces deux-là feront preuve d'une excellente synergie. À bien les regarder, ils formaient les deux extrêmes du combattant. Enfin, la Sùlfr ne sembla pas vouloir en discuter davantage, ni s'y opposer, ce qui était déjà ça. Depuis quelques temps, lui – et bien d'autres – se faisaient du souci pour la jeune femme, son célibat soudain et douloureux entraînait des séquelles qu'il pouvait bien comprendre. Sans plus attendre, Tlaalee-Aan quitta la tente, abandonnant le pauvre Köerta à la demoiselle aux bords du gouffre.

Le départ du Guide n'entraîna guère une once de sympathie du côté de la Chamane. Vraisemblablement concentrée à rendre son arme plus tranchante que jamais, elle n'entendit que peu les présentations de l'Orisha. Il était hésitant, peut-être même qu'il voudrait fuir. Elle comprendrait ; elle n'était qu'une femme maudite, une guerrière au corps d'homme répugnant, ternie par les affres d'une manipulation encore plus longue qu'une ère. En repensant à cet échec, la jeune femme mit trop de force dans l'outil à aiguiser, celui-ci lui échappa des mains avec quelques étincelles. Regard éperdu sur sa main, un soupir résigné franchit ses lèvres. La paria se retourna vers le Libéré et rengaina son épée.


" Miles. " Émit-elle en guise de salutations, aussi simpliste qu'impoli.

Les yeux vairons de l'ex-Orisha fixaient le chasseur qui allait l'accompagner pour cette mission de reconnaissance. Ses iris ne brillaient guère, pourtant un certain éclat prit naissance au niveau des caroncules lacrymales, comme si elle s'apprêtait à déverser tout son chagrin. Il n'en fut rien : c'était son regard constant, une tristesse infinie. Le blanc de ses yeux n'en eut que le nom, car une teinte rougie semblait s'y installer pas à pas, chaque jour. On la nommait la Souriante, elle n'en avait plus que le surnom. Sa bouche se morfondait en un mutisme on ne peut plus dérangeant. Personne n'osa le lui faire remarquer, encore moins ce nouvel allié d'infortune, ce qui n'était pas plus mal. Elle ne prenait guère soin d'elle ces derniers temps, ses cheveux à moitié en batailles en témoignaient, tout comme ses vêtements froissés, et sa morosité impériale.

L'Orisha ne pipa plus un mot, il n'était déjà pas bavard lorsqu'il lui tournait le dos. Léto se surprit à pencher légèrement la tête sur le côté, ce mouvement instinctif qui prenait place lorsque quelque chose l'intriguait et qu'elle se questionnait. En l'occurrence, ce Miles, il était bizarre. Au sein de la Marche Terne, de nombreux profils se joignaient sous la bannière des libérateurs. En outre, le Köerta ne dérogeait guère à la règle : du peu qu'elle voyait de son faciès, il pouvait très bien être un ancien esclave, monstrueusement martyrisé par ses maîtres. Encapuchonné, son compagnon du jour semblait tout faire pour masquer ses séquelles. C'était drôle : elle en avait d'autant plus profondes mais en son âme. Celles physiques ne l'accablaient même plus, à force.


" Si tu es prêt, allons-y. " Émit-elle en le dépassant pour démarrer la mission, elle ne voulait pas se formaliser davantage. Ça se trouve, elle mourra aujourd'hui. Lui aussi, peut-être. Ou… tous les deux.

~~~

" Bonjour, Miles. "

Assise sur une table, Léto venait tout juste de terminer son déjeuner. Le groupe s'était diablement enfoncé dans les montagnes, au fur et à mesure de leur pistage. Le réseau traqué semblait vouloir les fuir, sans chercher à les ralentir par leur conflit. La Marche possédait quelques chasseurs émérites de leur propre côté, dont Miles qui avait fait preuve d'une incroyable efficacité sur le terrain. Léto en fut le principal témoin. Notamment grâce à lui, les Marcheurs savaient dans quelle direction se diriger. Cela n'était qu'une question de temps avant qu'ils n'arrivassent à leur terrier. Pour l'heure, ils avaient encore quelques égarés à s'occuper en chemin. Une fois n'est pas coutume, Miles et Léto feront à nouveau équipe ; Tlaalee-Aan n'avait pas caché sa fierté quant au duo. Se frottant les gants, la Sùlfr s'apprêta à se redresser pour s'équiper en armes, le Köerta était déjà paré.

" Hmm ? Il venait de lui faire remarquer ce manteau de fourrure qui enveloppait ses épaules et son dos. Elle baissa les yeux. Oui, j'avais… un peu froid. " Elle resserra le vêtement, pensive un instant, avant de retourner à son arsenal.

La dernière fois, l'Orisha s'était étonné de sa résistance au froid, mais il ne devait pas être dupe : Léto ne prenait pas soin de son corps, se contentait du nécessaire. Cette remarque l'avait travaillée cette nuit et voilà le résultat. Le jeune homme avait raison : en ces hauteurs, une fourrure de plus ne faisait jamais de mal. Au détour d'un autre fourreau resserré, son acolyte osa la complimenter, assurant avec un certain entrain que ce manteau lui allait bien. Léto s'était laissée absorbée par ses iris sanglantes avant de détourner le regard et de ne pas répondre, impartiale. Miles ne sut quoi ajouter pour détendre l'atmosphère, mais au moins, elle n'avait pas réfuté son audace.

Une fois qu'elle fut prête, son allié lui confia tous les détails qu'il avait pu collecter sur le groupuscule d'esclavagistes, ainsi que sur le meilleur itinéraire à emprunter et la manière la plus optimale de les éliminer. La main de Léto reposait inlassablement sur le pommeau de son épée, souhaitant toujours en découdre pour juste oublier. Toutefois, le flot de ses pensées fut happé par le visage de l'Orisha. Même s'il était impliqué et un chouïa maladroit avec elle, la jeune femme ressentait un profond mal se dégager de lui. Affiliés ensemble, ils eurent l'occasion par moments de se présenter et d'en apprendre davantage sur l'autre ; Léto s'était donc fourvoyée, Miles n'avait pas vécu en tant qu'objet au profit d'autrui. Du moins, ses singulières fissures n'en furent pas la cause, même si la Chamane ne comprit pas tout de son histoire de mutations. Il était intriguant, elle voulait en savoir plus sur lui. Ces cicatrices… semblant si fraîches pourtant si lointaines… Sans qu'elle n'ait pu se retenir, sa main droite se leva en direction du visage de l'Orisha. Celui-ci se tut, paralysé par l'initiative de la jeune femme.


" Ça fait mal ? Demanda-t-elle en fixant l'une des conséquences des mutations. Une pointe d'empathie naissait dans sa voix, pour la première fois depuis leur rencontre d'il y a quelques jours. Son index n'effleura qu'à peine l'une de ses afflictions, Miles se renfrogna, toutefois, de suite. Pardon, je n'aurai pas dû… " Attristée d'avoir été si indiscrète, sa main se retira lentement. L'Orisha eut beau lui assuré qu'elle n'était fautive de rien, Léto se sentit bien bête.

De toute manière, c'était l'heure de partir et de se concentrer sur leur travail.


~~~

" Bonjour, Miles ! " Guillerette, la guerrière se tourna vivement vers le traqueur. Ils sourirent mutuellement et une poignée de mains fraternelle s'ensuivit.

Cela faisait à peu près deux jours que Miles se présentait à elle à visage découvert. Bien sûr, il gardait ses distances et ses précautions en public, un réflexe trop ancré en son âme. Mais avec elle, c'était différent. Léto ne lui en tenait pas rigueur, elle appréciait juste d'avoir un visage amical à admirer, même en privé. Ce devait être grâce à elle d'ailleurs : leurs confessions s'étaient multipliées entre deux pistes. La Chamane ne saurait affirmer connaître par cœur l'Orisha, malgré tout elle se sentait vraiment proche de lui. Il pouvait l'aborder, être gentil et blagueur, la toucher… Avec lui, Léto se sentait bien. Elle se sentait mieux.


" Merci encore pour le coup de main hier, j'ai vraiment failli perdre la tête ! Un rire jaune fila de sa bouche, se massant le crâne et les cheveux, toute gênée. Un esclavagiste avait réussi à les prendre à revers, et sans l'intervention de Miles, la Marcheuse aurait très bien pu finir décapiter. Je n'étais pas très attentive, je ferai plus attention la prochaine fois. " À vrai dire, ce n'était pas dans ses habitudes d'être aussi tête en l'air en pleine mission, toutefois la présence de son compagnon lui faisait croire qu'ils étaient juste là pour se promener parfois.

Malgré cette bourde qui s'était soldée par une victoire écrasante de leur duo, ils parvinrent à remplir l'objectif et à localiser une bonne fois pour toute le repère du réseau esclavagiste. Très bientôt, la Marche pourra s'y rendre et en finir. La Sùlfr ne comptait plus depuis, tout de même cette traque s'était étirée sur des semaines. Des dizaines de jours passés loin de Ciel-Ouvert, dans des recoins insoupçonnés des sommets, dans la neige et le froid. Des centaines d'heures écoulées avec Miles Köerta, son camarade, son frère d'arme, sa révélation. Si cela ne tenait qu'à elle, Léto souhaiterait que ces instants durassent pour l'éternité. D'ailleurs, les deux complices semblaient en jouer et tentaient par bien des moyens d'égayer leurs soirées ensembles. Il y a quelques jours, ils s'étaient laissé aller avec un combat amical : leurs techniques disparates sur bien des aspects faillirent les mener à un match nul ; la galanterie du Mutant offrit la victoire à la Titanide. Pas plus tard que la veille, ce fut avec quelques pintes qui fêtèrent leur retour au camp principal et leur rapport. Depuis longtemps, Léto n'avait pas autant ri qu'en cette soirée.


" Mon bras ? Il va bien, ne t'en fais pas. La blessure n'était que superficielle, seule l'excessive inquiétude du Köerta fut… justement inquiétante. Tu te souviens ce que je t'ai dit la veille ? Eh oui, tu vas apprendre à danser avec moi ! Ça ira, j'ai fait quelques bals, je te montrerai. Soudain, Miles lui saisit les deux mains et exprima un désir auquel elle ne s'attendit pas. Quoi ? Maintenant ? Tu veux maintenant ? Tu veux dire maintenant, "maintenant" ? Là, dans la tente ? Mais on doit partir dans pas longtemps ! " La désinvolture du jeune homme lui arracha un rire, presque à en pleurer.

Malgré leur devoir, elle céda elle aussi à cette envie. Après tout, tant qu'on ne venait pas les chercher, ils étaient tout leur temps ! Alors Léto réaffirma l'enlacement de leurs doigts et lui montra comment il devait glisser son autre main sur son dos. Il n'avait pas l'air rassuré, cependant la légèreté de sa camarade lui permit de se laisser bercer par ses directives. Elle lui montra quelques pas de danse, qu'il tenta d'exécuter par la suite, les yeux rivés sur ses bottes. Il lui écrasa malencontreusement le pied au bout d'un moment et se confondit en excuses.


" Ce n'est pas grave, je n'ai rien senti. Leurs bottes s'avéraient bien résistantes, puis Léto était quand même déjà costaude à l'époque. Quelques adresses de pieds plus tard, la jeune femme se laissa guider par le chasseur. Leurs regards se rencontrèrent et ils semblaient plongés l'un dans l'autre. Jusqu'à que, cette fois, ce fut Léto qui écrasa le pied de Miles. AH, désolée ! Je suis vraiment désolée ! Je t'ai fait mal ?! Elle chercha à l'aider et, dans un concours de circonstances, ils se retrouvèrent à s'enlacer. La tête de Léto reposait sur l'épaule de Miles, comme figée. Le contact ne fut pourtant pas rompu, au contraire, elle voulut resserrer l'étreinte et son allié en fit tout autant en guise de réponse. Elle ferma les yeux et profita de la chaleur qu'il lui procurait. Merci, Miles. " Les deux âmes en peine en avaient bien besoin, d'être juste ensemble.

~~~

" Bonjour… Miles. " Le ton de sa voix eut un côté plutôt séduisant, totalement volontaire.

Ce matin, son ami s'était présenté plus tôt dans sa tente ; les autres Marcheurs devaient sûrement dormir à l'heure actuelle. L'aube n'avait guère encore pointé le bout de son nez. À moitié allongée sur les fourrures qui lui servaient de lit, Léto offrit son plus beau sourire à Miles, l'authentique Souriante. Son haut débordait un chouïa trop sur son côté gauche, laissant transparaître la naissance de son sein. Dressée grâce à ses bras tendues et ses mains aplaties sur les fourrures, la Chamane semblait avoir attendu l'arrivée de l'Orisha, comme s'ils s'étaient mutuellement compris.


" Maintenant que j'y pense, c'était risqué de m'embrasser juste avant l'embuscade. Tu avais peur de ne pouvoir le faire plus tard ou quoi ? " Elle retint un rire, pas moins rougissante.

Leurs durs labeurs portèrent leurs fruits avec l'annihilation totale du groupuscule esclavagiste, exceptée la tête pensante de ces immondices, en toute logique, encagée par leurs bons soins. Prête à écouler ses derniers instants en prison. Miles et Léto firent parti de la première ligne de front, celle qui frappât par surprise le quartier général des criminels. Et c'était ainsi, avant de se lancer, que le jeune homme répondit à ses pulsions et chercha à embrasser la jeune femme. Elle avait répondu à son baiser avec une avidité longuement refoulée.


" Nous sommes bientôt rentrés à Ciel-Ouvert… Le traqueur s'accroupit près d'elle pour qu'ils échangeassent en toute discrétion. Je n'ai pas oublié ton invitation à dîner. Ce fut la récompense qu'il lui offrît juste après leur victoire. Elle sourit et baissa les yeux en repensant à cet instant si incroyable, sa main caressa distraitement la douceur de la peau animale. Mais je crois que… La Chamane se mordit la lèvre inférieure, ses doigts glissèrent jusqu'à rencontrer ceux du Köerta. Je ne peux pas attendre. " Déclara-t-elle en relevant ses yeux vers lui, sûre d'elle.

Dans un élan mutuel, les tourtereaux se jetèrent l'un sur l'autre pour s'embrasser, follement. La passion que ce baiser apporta s'avéra beaucoup plus puissante que celui de la veille. Léto se colla de tout son saoul contre lui et mit tout en œuvre pour ne jamais rompre le contact de leurs lèvres. Il y a peu, plus rien ne pouvait la retenir dans cette vie insipide, et Miles parvint à devenir sa lumière. Elle le voulait, tout entier, maintenant et pour toujours.

À deux doigts d'entamer un réel moment intime, on les interrompit par une levée soudaine du camp. Il était déjà l'heure de repartir et de laisser cette folie derrière eux… L'un des Marcheurs les surprit et lança aussitôt la rumeur qui alimentait les discussions tardives entre les combattants. Léto s'en contreficha royalement et s'en amusa même, reprenant peu à peu son souffle alors qu'elle retint Miles par la main et par son regard dégoulinant d'affection. Elle était amoureuse.



2604 mots ~



By Jil ♪
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Miles Köerta
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Miles Köerta
Ven 23 Oct 2020, 06:19



Deux animaux effarouchés. C’est ce qui m’avait traversé l’esprit dès l’instant où j’avais posé, pour la première fois de ma vie, les yeux sur ses épaules. Mèches folles, éparpillées, encadrant un visage aux traits forts et pourtant désespérés. La coloration singulière de ses pupilles m’avait aussitôt aiguillé sur sa véritable nature, mais elles étaient en même temps complètement dénuées de tout chatoiement, de tout éclat. Un regard vide, pâle et livide. Un regard blessé qui ne paraissait fixer que le néant infini sous ses pieds. Un regard qui, à bien des égards, se rapprochait du mien. Mais là où mes yeux ne cherchaient jamais le contact, de peur que l'on s'effraie, que l'on me blesse, que l'on me rejette, les siens reflétaient une lancinante tristesse et désolation. Les paroles de Tlaalee-Aan n’y avaient rien changé, son départ ne faisant qu’accentuer l’agoraphobie qui cognait de plus en plus fort dans mon esprit. Fuir. Partir. Discrètement, j’avais remonté le masque qui couvrait tout le bas de mon visage pour le stabiliser à la hauteur de mon nez, rabattant plus fortement la capuche qui tombait au-dessus de mon front. Ne pas être vu. Ne pas être regardé.

« Hm… Salut », lui avais-je faiblement répondu, évitant son regard par instinct.

Mais ce dernier m’avait épié durant un long moment, m’incitant à lever distraitement les yeux dans sa direction. Jusqu'à ce que je croise les siens. Nous nous étions dévisagés ainsi durant un certain temps. Indéfiniment long ou étonnamment court. C’était difficile à mesurer, difficile à me rappeler. Mais j’avais été comme troublé. Par le rouge apparent de ses prunelles; par les lignes affligées de son faciès, maquillé d’une pâleur extrême; par l’inexpressivité, surtout, de ses pupilles plongées au cœur une obscurité indéfinissable et froide. J’avais détourné le regard, avais détourné tout mon être pour éviter le face-à-face, l’écoutant simplement me donner le signal de départ.

« Je suis prêt », avais-je aligné, suivant machinalement son pas.

Mes yeux s’étaient arrêtés contre son dos, non sans un brin de curiosité. Qu’est-ce qui s’était passé pour que l’on fasse perdre le sourire à la Souriante de la Marche Terne? Une pensée traversa mon esprit. Qu’est-ce qui s’était passé pour que meure l’exubérant garçon que j’avais été?

La Vie. Voilà ce qui s’était passée.



Et la Vie, de fait, avait passé. Tout doucement, au gré de notre progression au cœur du Voile Blanc. Elle nous avait placé un nombre incalculable de fois sur le même chemin, elle et moi, notre duo faisant des heureux, notamment du côté du vieux Tlaalee-Aan qui était on ne peut plus fier de son pressentiment. Elle nous avait également fait profiter de quelques moments à deux, nos barrières de protection, de solitude, d’affliction s’effondrant petit à petit. Parce que nous remarquions lentement la présence de l’autre à nos côtés. La personne que nous voulions éviter était désormais celle qui protégeait nos arrières; la personne à qui nous ne voulions échanger de mots était devenue celle à qui nous parlions le plus souvent. Au fil de ces partages et de ces regards, agrémentés par nos défaites et nos victoires, nous avions fini par nous voir, véritablement. Et en prenant conscience que nous étions là l’un pour l’autre, aussitôt, le poids de notre désespoir semblait s’être allégé, volatilisé.

Pourtant, je n’avais pas été serein. Je l’avais fait parce que son regard m’avait incité à aller jusqu’au bout de ma décision, et ce, même si l’anxiété m’avait tordu les entrailles. Je n’avais jamais été à cent pour cent sûr qu’il s’agissait de la meilleure décision. J’avais douté jusqu’au dernier instant, craignant inévitablement sa réaction. Après tout, même en sachant qui j’étais, Hakiel avait continué de me regarder différemment à l'époque. Je n'avais cessé de le voir et de le sentir. S’il n’y avait plus cet effroi et terrible incompréhension à la surface de ses pupilles, j’avais toujours su qu’à certaines occasions, le petit Corbeau me craignait, m’appréhendait. Peut-être était-ce ma propre frayeur qui avait ainsi distordu ma vision de la réalité, mais ces illusions avaient continué de me hanter et de me faire redouter le pire. Ces simples et pourtant redoutables impressions avaient suffi à me murer dans un cocon isolé, dans lequel je m’étais complaint plus que je ne l’avais apprécié. Mais elle… elle n’aurait pas peur, n’est-ce pas? Elle ne se mettrait pas à crier ou à m’observer autrement à cause de mon apparence disgracieuse et brisée… Je n’avais plus trop su si je me questionnais ou s'il s'agissait d'affirmations. Pourtant, je m’étais laissé convaincre qu’elle était bien au-delà de tout cela, sans pour autant m’empêcher de paniquer, les battements de mon cœur accélérant à un rythme effréné dès que je m’étais permis de me délester de ma capuche et du masque en tissu qui dissimulaient quotidiennement mon faciès.

« V-Voilà, avais-je soufflé dans un bégaiement maladroit, essayant tant bien que mal de garder un contact avec ses mires dissemblables, à l’attente de sa réaction. C’est pas joli tout de suite, hein? »

Mes lèvres s’étaient esquissées en un étrange rictus au milieu des fissures qui zébraient mon épiderme : mi-moqueur mi-embarrassé, j’avais seulement espéré qu’elle réagirait rapidement, que l’on en finisse.

« Mal? Ce n’est rien comparativement à ce que c’était durant les premiers jours… » Lui avais-je avoué en me remémorant l’horrible sensation qui avait enflammé, tordu, détruit, petit à petit, l’ensemble de mon être durant ces jours de pure torture.

Imaginez-vous votre corps s’incendier et se charcuter à la fois, comme si quelqu’un avait décidé de passer une lame chauffée sous les tissus de votre peau. Imaginez-vous l’ensemble de vos membres craquer sous une tension inconnue et absolument insupportable. Imaginez-vous votre épiderme se fendre; imaginez-vous sentir chaque particule de l’air toucher et frotter la surface de votre chair devenue sensible, mise à nue… J’avais fermé les yeux, prenant une grande inspiration. J’avais tenté de paraître détendu, fidèle à moi-même, mais sous son regard, j’en étais bien incapable. Elle l’avait chargé d’un poids qui me paraissait bien plus lourd qu’il ne l’était réellement, entraînant irrémédiablement ma nuque à s’incliner vers l’avant. Jusqu’à ce que je perçoive sa main sur ma peau; jusqu’à ce que, dans un réflexe sauvage, je reculasse brusquement mon visage, relevant les yeux dans sa direction pour la contempler, l'œil écarquillé, effaré, déboussolé, à l’image d’un animal pris par surprise.

« Non! Non! »

En panique, je m’étais mis à balayer l’air de mes deux mains, cherchant immédiatement à attirer son attention.

« Tu n’as pas à t’excuser, vraiment. Ça va, ce n’était rien. Vieux réflexe, hahaha! »

Ce qui n’avait pas semblé la rassurer pour autant.

« Eh, tout va bien… »

Cette fois-ci, je l’avais gratifié d’un sourire. En vain. Elle s’était engluée dans un malaise qui n’avait pas lieu d’être. Mais, étrangement, plus je l’avais contemplé dans cette position, plus mon cœur s’était allégé, plus mes angoisses semblaient, quant à elles, m’avoir délaissé. Et c’est peut-être à cet instant que le regard que je lui portais changea.



Je ne l’avais certainement pas remarqué sur l’instant, envahi par une vague sentimentale aussi nouvelle qu'incongrue, mais dès que mon masque était tombé, c’était comme si tous les murs que j’avais dressé avait fini par s’anéantir, exploser en fragments de poussière. Je me sentais plus confiant, plus souriant, plus léger également, une chaleur de réconfort et d’apaisement irradiant par tous les pores de ma peau à chaque fois qu’elle se présentait auprès de moi. Je trouvais cela bizarre et si distrayant à la fois : cette amitié était devenue notre réalité. Que ce soient nos confessions autour d’un feu de camp, que ce soient nos bagarres amicales au beau milieu de la neige; que ce soient nos nuits sous la belle et froide étoile de l’hiver, têtes appuyées sur l’épaule de notre partenaire pour nous réchauffer et veiller. Que ce soient les blagues qui avaient mal tourné ou les moments plus sérieux qu’incombaient notre métier; que ce soient les silences qui nous avaient brièvement séparés ou bien les simples instants de complicité qui nous avait, à nouveau, rapprochés. Avec elle, je me sentais bien. Je me sentais mieux. Je me sentais…

« Merci, Miles. »

Mon cœur avait fondu. Mon regard l’avait touché d’une caresse remplie de tendresse tandis que mes bras l’avaient attiré jusqu’à moi, plus fortement. Je m’étais laissé faire, sans résistance, goûtant simplement à ces sensations délicates et délicieuses que sa présence faisait ressentir à tout mon être. Ma tête s’était reposée au-dessus de son crâne, son odeur enivrant mon esprit. Je l’avais étreint comme s’il n’y avait pas de lendemain, mon nez s’enfouissant entre les mèches de ses cheveux, glissant jusqu’à son visage, avant qu'il ne se frotte à ce dernier. Doucement, amoureusement, en signe d’affection.

« Merci à toi aussi », lui avais-je répondu au creux de l’oreille, me décalant un peu, lui offrant un sourire radieux.

Je me sentais à ma place auprès d’elle.



Une place qu’elle avait également investi dans mon cœur. C’était clair, c’était limpide, c’était aussi abrutissant que grisant. J’avais compris, dès l’instant où elle s’était approchée et que ses doigts avaient encadré mon visage pour m’attirer jusqu’à elle; dès que nos lèvres s’étaient scellées; dès que ses bras s'étaient enroulés sur mes épaules; dès que je l’avais rejeté sur la fourrure animale, couvrant sa peau de caresses et de baisers enfiévrés; dès que mon regard s’était perdu dans le sien, miroitant sous l’impulsion d’une flamme et d’un désir fou, délicieux, troublant, exaltant. J’avais compris que je la convoitais comme je n’avais jamais rien désiré de plus fort dans toute mon existence. Je la voulais, elle, son corps, son âme, sa fièvre : tout. La Souriante, je voulais qu’elle soit mienne. Et qu’elle reste, pour toujours, auprès de moi, le relâchement de toutes les tensions nous amenant à nous coller davantage l’un contre l’autre, à nous explorer, à nous découvrir…

Et même lorsque la réalité nous avait frappé et giflé, il y avait encore cette électricité qui papillonnait entre nos deux êtres – et il se pourrait que ma Magie en fût pour quelque chose aussi. Mais ce n’était pas important. À cet instant, il n’y avait rien d’important. Il n’y avait qu’elle et moi. Je lui avais souri, glissant de nouveau ma main sur son menton.

« Approche… »

L’écho n’avait été qu’un chuchotement sur la surface de ses lippes, qui s’était perdu à l’instant où je lui avais volé un nouveau baiser. Je l’avais retenu le plus longtemps que je le pouvais, mon corps répondant naturellement à sa présence, se réchauffant à son contact. Je n’étais pas prêt à la laisser partir, pas maintenant, même si la réalité finissait toujours par nous rattraper, le contact entre nos lèvres se rompant. Mais je n’avais pas détaché mon visage pour autant, le rapprochant plutôt du sien afin de frotter, d’une infinie tendresse, le bout de mon nez sur le galbe de sa joue. Ma poigne avait étreint ses doigts avec une force insoupçonnée, sincère, désespérée. Je n’étais pas prêt à la laisser partir. Que ce soit maintenant, demain, dans dix ans… La Vie avait fait en sorte que nous croisions nos chemins et, pour l’instant, tout ce que j’avais à l’esprit, c’était de pouvoir le fouler avec elle, main dans la main.



Éveil. L’haleine coincée dans une exaltation incontrôlée. Le corps frissonnant au souvenir de son étreinte et de ses caresses, de ses lèvres et de son parfum grisant. Luttant pour déglutir, je portais une œillade vers l'une des fenêtres du dortoir dans lequel je dormais avec une partie des Corbeaux. Je pouvais entendre des ronflements et l’Astre-Père ne s’était toujours pas levé. Fermant les yeux, je retournais sous mes couvertures, serrant un peu plus fermement l’oreiller entre mes bras. Je ne comprenais pas pourquoi j’avais rêvé de ça maintenant. Soupir. J’espérais qu’elle se porte bien. J’espérais que nous pourrions nous revoir bientôt. Elle me manquait. Cruellement.

~ La suite des événements se poursuit dans le RP suivant, Aärk ët ëjgsy ~

1 874 mots (Sans les paroles de Léto) | Défi de l’Inktober – Jour XX : Amitié.

Salut, je m’incruste /sbaf/ Je prends rien comme gain ou quoi que ce soit : c'est juste pour réagir au solo parce que je ne sais pas du tout où le placer autrement /sbaf/ Bref! S'il y a un problème, je le déplacerai au pire XD





[Q] - Bonjour, Miles. Signat16
Merci Léto ♪:
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Mer 11 Nov 2020, 17:58

À la porte du Köerta. Un coup. Deux coups. Trois coups.

" Bonsoir, Miles. " Un sourire ravissant illumina le visage de l'hôte.

Cette soirée-là, Léto s'en souviendra toute sa vie. Le pourrait-elle ? Les réminiscences s'entremêlèrent violemment. Sur le plan matériel, l'enveloppe charnelle de Léto fut en proie à une puissante chaleur. Cette soirée-là, elle fut si douce, candide par moments. Mais c'était tout ce qu'elle désirait : le véritable amour. En quelques secondes à peine, elle se revit déjà dans la chambre de Miles. Son odeur, à la fois sauvage et mystique, imprégnait la pièce et valsait autour de l'intruse. Elle ferma les yeux, à mesure que l'Orisha la touchait, caressait ses hanches nues, scellait ses lèvres aux siennes. Frustration et avidité noyaient ces deux êtres dans un carcan de bestialité. Léto se souvint aussi de cette frayeur qui l'animait. Depuis Aëran, elle rejetait toute possibilité d'abandon ; elle voulait et allait faire confiance à Miles. Toutefois, ce pacte se caractérisait par un double tranchant : si la Chamane souhaitait faire sien le corps de l'Orisha, elle connaissait les faiblesses et la fragilité de ce dernier. Ses propres doigts s'aventurèrent sur la peau de son amant, une attention toute particulière portée dans le seul but de ne pas effleurer ses afflictions physiques. Elle se souvint alors de ce recul, de cette soudaine peur que Miles semblait subir sous le regard hésitant de la Chamane. Léto se l'était répétée des dizaines de fois sur le moment : jamais elle ne le lâchera.


" Si je te fais mal, tu… " Aussitôt dit, l'homme qui souhaitait partager sa vie la rassura. Il savait que cela ne sera nullement son intention.

Enfin, enfin… Léto se revit approcher Miles, le chevaucher avec prudence et se lier à lui.


Aärk ët juiki. (Je t'aime.)


Ses paupières s'ouvrirent subitement. D'oppressants ténèbres envahissaient la pièce. La chambre, plus particulièrement, car les timides manifestations solaires lui firent comprendre qu'elle se trouvait chez Devaraj. Dans son lit. Son corps était en sueur, comme un contrecoup d'une veille dont elle n'avait plus aucun souvenir. Léto se redressa et un objet métallique refroidit son buste. Elle porta sa main sur le collier et reconnut le pendentif que lui offrit Miles, une sorte d'attrape-rêve confectionné par un talentueux bijoutier. En réalité, l'Orisha ne lui avait pas offert personnellement et était, plutôt, passé par l'intermédiaire de Vanille Deslyce. Risqué mais cette audace l'amusa.

La Souriante resserra sa main sur le pendentif et reprit peu à peu ses esprits. Elle était souveraine, à présent, du moins : la seule reine. L'Esprit de Devaraj avait définitivement quitté les frontières de son Âme ; et pire encore, il ne s'était même pas présenté à ses propres obsèques. La cérémonie d'enterrement fut encore plus difficile à supporter et la révélation de Jezekael lui apparut comme la vérité. La Sùlfr l'avait alors cherché, en finissant par cette chambre où aucun Esprit n'osait rôder. Assoupie, écrasée, vaincue, elle avait dû rester là et crever de chagrin. Encore quelques minutes, elle pria Raanu de la sauver. Puis, fit ses adieux à son tendre ami.


" Hǫfðingi ? " Le titre la fit frissonner, car il n'était adressé qu'à elle.

Aylimr la fixait avec de grands yeux, à peine étonnée de la voir sortir des quartiers du défunt Roi. Léto finit de traverser le pan de rideaux d'entrée et se remit peu à peu de ce deuil impitoyable. La Reine soupira longuement, encore exténuée par ce qu'il lui avait traversé la tête.


" Je te laisse te charger de ses possessions. Qu'elles reviennent à ses proches et amis. Pour le reste, fais-en ce que tu veux. " Sur le point de s'échapper, la Draugr tenta de s'interposer sans être trop brutale.

" Il y a… plusieurs points à traiter. À commencer par la Terre d'Edel. Taelora. Les Dasäha'lhm'Melerdi et les Dasäha'lha'Melerdi. Certains d'entre eux voudraient vous parler pour connaître leur sort, savoir s'ils rejoignent votre harem ou… " Léto se détourna.

" Je n'ai pas envie de parler de harem, maintenant. Je veux Miles. Elle songea à ses enfants, à toutes les conséquences qui découleront de cette maudite ère. Que les Draugrs s'occupent des affaires les plus urgentes. J'interviendrai plus tard. "

Avant tout cela, il y avait quelque chose que Léto devait élucider.

~~~

" Ce n'était pas ce qui était prévu ! " Son poing s'abattit sur la table basse, qui se fissura aussitôt sous la puissance démesurée de la Souriante.

En retrait, Souw ne broncha pas. Même si son Esprit était bouleversé par la colère palpable de la Hǫfðingi. Il détestait cette partie reculée de Zaowa, trop d'Esprits singuliers dans les parages. Ceux de Zterbiuh'Oshi restaient plus abordables. Kaori demeura stoïque, loin d'être sotte : la perte définitive du Taiji ne pouvait qu'avoir un tel impact chez la Sùlfr. Ainsi fût-ce.


" La prophétie annonçait que la fille aiderait Devaraj ! " Kaori acquiesça lentement.

" Le trépas de Devaraj était inévitable. La venue de Nörråke n'était pas destinée à le sauver, mais à sauver Awaku No Hi d'un plus grand désastre. Sans elle, oui, Devaraj n'aurait pas réussi à protéger notre peuple. Mais tous les signes convergeaient vers un seul résultat : aucun champion. "

" Et le Néant ? "
Souw plissa les yeux. Des rumeurs subsistaient au sein du cercle renfermé des Draugrs, sans pour autant que la Hǫfðingi entérinât les faits.

" Il savait à quoi s'exposer. "

" C'est faux !
Il le lui aurait dit, c'était sûr. Surtout avec Nörråke. Je le retrouverai ! "

" Son existence est à jamais envolée. Il n'en subsistera que ce que tu chériras. Prend garde, jeune Hǫfðingi, car cette pousse que vous engendrassiez est le fruit d'un présage inopiné. "
Léto resta bouchée bée, essayant tant bien que mal de décrypter les dires de l'Oracle.

" Tu veux dire que… un Æther… La blonde secoua la tête, encore noyée sous l'ire. Je ne te crois pas. Je ne te crois plus ! Il aurait pu être épargné ! Dictée par ses instincts guerrières, la Reine agrippa la Kaori par le cou et l'étouffa. Tu ne me sers plus à rien ! " Elle serra de plus en plus fort jusqu'à être sûre d'en briser son Âme en poussières.

Le corps paralysé par la Mort retomba à terre, sans Vie. Souw recula pour laisser passer Léto et la suivit à la trace. Il ne s'attendait pas à un tel dénouement, mais la Souriante n'était pas non plus du genre à regretter ses actes, malgré toutes les conséquences. Avant de retourner auprès du commun des Chamans, elle se retourna vers le Draugr qui héritât de son titre pour une autre requête.


" Que la tribu nous apporte un nouvel Oracle. "

~~~

Le four en terre cuite suffisamment alimenté, Léto se retourna vers sa table garnie d'ingrédients. Première étape : la pâte sablée aux amandes. Préparée la veille, elle se souvint du cheminement. Dans le beurre ramolli, rajouter de manière progressive du sucre, une double quantité de sucre glace, une pincée de sel, la poudre d'amande, deux œufs et, enfin, quelques centaines de grammes de farine, petit à petit. Une fois bien mélangé, travailler la pâte en l'émiettant entre ses doigts et former une boule bien homogène, qu'elle divisât en trois parts égales. Ce trio de merveilles fut conservé au frais jusqu'à ce jour fatidique. Elle anticipa la suite de la recette en faisant cuire à blanc, dans des moules, la pâte à blanc pendant quelques dizaines de minutes. Deuxième étape : la crème pâtissière à la vanille. Tandis que son lait chauffait, elle battit quatre œufs avec du sucre et des graines d'une gousse de vanille, avant de rajouter de la farine. Une fois chaud, elle y incorpora le lait tout en fouettant avec vigueur. Elle remit le mélange sur le feu doux et continua de battre jusqu'à que le mélange s'épaissît. Une fois la pâte sortie du four, elle laissa refroidir un temps puis garnit ses pièces de la crème. Pour finir, elle disposa sur les préparations ce qui faisait tout l'attrait de ce dessert : les framboises. Satisfaite, elle admira ses belles tartelettes aux fruits rouges. Sa mère serait fière, car en termes de cuisine, Léto revenait de très loin.

En plus, c'était le repas préféré de Devaraj…


" Hǫfðingi. "

Kewa'Enre'O entra dans les appartements royaux. Il savait que sa mère détestait être nommée ainsi, mais il n'en avait cure : c'était son rang, après tout. Il ne faisait aucunement le rapprochement avec l'ancien Hǫfðingi, dont l'amitié transcendait les convictions de la Sùlfr.

" Draaskag, tu tombes bien ! J'ai fait des tartelettes aux framboises. Tu n'étais pas avec Nörråke ? Elle devrait goûter aussi. " Il hésitait pas mal, au fait des talents culinaires de la Souriante.

" Non, elle est peut-être avec les autres enfants. En fait, je voulais te voir. Léto se mit à table et ne se fit pas attendre pour goûter sa production. Qu'est-ce qu'il se passe ? Ma foi, ce n'était pas si indigeste. Tu es restée des jours enfermée dans… dans l'autre chambre ! Tu en ressors sans rien dire, tu ne nous dis rien. Qu'est-ce qu'il va se passer maintenant ? " Elle avala et coula un regard compatissant sur lui.

" Ce qu'il va se passer, mon fils, c'est que je vais être la Reine de notre peuple. L'unique Reine. Et nous allons tous, absolument tous, vivre avec. " Devaraj lui manquait encore. Arrivera-t-elle vraiment à gérer les Ætheri toute seule ?

" J'imagine bien que ce n'est pas facile, mais les Ætheri en ont décidé ainsi. Il la rejoignit à table et hésita toujours à se servir, même si ces tartes semblaient appétissantes. Ce que je ne comprends pas, c'est qu'est-ce qu'on doit faire pour toi ? Je ne peux pas juste retourner à Souw'Gar et me dire "ma mère est notre Élue, la Vie continue !". Et Nörråke aussi, elle est perdue. On veut comprendre pourquoi tu évites tout le monde, on veut t'aider. Pense à nous… "

Léto semblait perdue dans une pénible introspection, alors qu'elle mâchouillant, lasse, son goûter. Comme pour lui faire plaisir, Draaskag tendit la main vers l'une des tartelettes et, avant de manger, prononça ces mots qui tireront la Sùlfr de ses ténèbres.

" Pense à Père. " Elle s'arrêta et fixa son fils qui ne la quitta pas des yeux.

" Ton père fut l'homme le plus heureux que j'ai jamais connût lors de votre naissance. Il a chouchouté Kaine comme un papa exemplaire. Et toi… Il t'aurait tout autant aimé, si je ne t'avais pas arraché de cette vie par devoir. Elle posa son restant sucré. Nos disputes à ce sujet ont été les plus douloureuses, nous avions failli en venir aux mains. J'ai bien cru le perdre en accomplissant la volonté de mon peuple et de nos dieux… "

" Pourtant, quelques années plus tard, Toesia est née. "
Un sourire attendri se dessina sur le visage de la blonde, alors qu'elle repensât à sa chérie.

" Oui, nous avons accueilli une petite nouvelle dans la famille. "

Draaskag laissa volontairement un blanc afin que cette idée s'encrât bien dans son esprit. Il en profita pour se lancer dans la dégustation et en ressortit bien étonner de ne pas avoir la moindre envie de recracher.

" Que ce soit moi, Toesia, ou Kaine, nous sommes tous une preuve que Père est aussi là pour toi. Il t'aime plus que tout. Si je suis incapable de te faire prendre conscience que tu as besoin de soutien, laisse-lui une chance. Il baissa les yeux. Et puis, hum… Si vous vous aimez tant que ça, il faudrait songer à enfin vous marier. "

Une étincelle prit de l'ampleur dans le cœur de Léto. À cette idée, elle se sentit capable de mieux respirer, comme si on la tirait d'une longue noyade. Tel un signe, le pendentif du Köerta s'agita au creux de sa poitrine. Les Ætheri le lui permettaient.

" … Très bien. Nous allons rendre visite à ton père. Nörråke viendra avec nous. Ce sera un nouveau départ. Un nouveau jour. Je le promets. "

À la porte des Köerta. Un coup. Deux coups. Trois coups.


2085 mots ~
Les passages "invisibles" sont sous Silence



By Jil ♪
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[Q] - Bonjour, Miles.

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