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 [CDN Génie] - Rêver, sans laisser ton Rêve être ton Maître

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Mitsu
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Mitsu
Lun 03 Aoû 2020, 23:51

Rêver sans laisser ton Rêve être ton Maître


Crédit : Hosny Qanadelo
I dreamed a dream - Anne Hathaway


Pégase était seule. Le cheval ailé, blanc, s’avançait doucement à la surface du lac où plus d’un rêveur s’étaient perdus. Les Rêves trompaient et la frontière entre ces derniers et la Réalité était si mince qu’il était facile de s’y égarer pour toujours. Ses sabots créaient des ondulations sur l’eau, des cercles qui disparaissaient au large. Somnium était encore en ruines mais, bientôt, la cité renaîtrait de ses cendres.

Après un lent trajet parmi les corps abandonnés là, la silhouette de l’équidé se transforma pour revêtir celle d’une femme. Les tatouages sur sa peau rappelaient ceux des Orines mais elle n’en avait jamais été une. Elle était le fruit du vœu d’un ancien Mârid, une séparation de l’Âme d’une des créatrices de Somnium. Elle y vivait depuis longtemps, cachée sur l’île entre Rêve et Réalité. Elle en ressentait les tourments. Elle était le pont qui permettait à Sol et Lun de se rencontrer. Une sorte de malédiction séparait les deux Génies, comme elle éloignait la Lune et le Soleil. Ils ne pouvaient se côtoyer que très rarement, que quelques heures par jour. Les amours éphémères avaient aussi leurs charmes. Doucement, elle se mit à chanter, tout en déployant deux ailes blanches autour d’elle. Un élan plus tard, elle se trouvait dans le Monde des Rêves. Ses propres souhaits commençaient à se réaliser. Plus le temps passait, plus les actions qu’ils avaient entreprises portaient leurs fruits. Bientôt, les Djinns prendraient pleinement possession du Monde des Rêves et en découvriraient les rouages et la magie.

Tranquillement, elle façonna un Rêve afin d’accueillir les champions des autres peuples. Ils seraient tous réunis dans cette salle de bal rouge et dorée, un petit groupe d’une vingtaine d’individus choisis par les Ætheri. Peu reviendraient de l’épreuve. Ils tomberaient dans un sommeil éternel, jusqu’au trépas de leur corps. Leur Esprit serait enfermé dans les Rêves à jamais, sauvegardés là, préservés de l’action des Ombres qui ne pouvaient se rendre ici. Elles ne dormaient pas, sauf intervention des Divins. Pégase sourit, faisant apparaître entre ses mains le rêve d’un homme à qui elle tenait particulièrement. Il était là, enfermé dans la sphère, prisonnier dans son propre bonheur éternel. Dans le futur, les Iblis aux Rêves Interdits se multiplieraient et, ainsi, les Génies pourraient garder les Rêveurs à jamais, les arrachant à la réalité pour les entraîner dans le fictif.

« Bienvenue, participants à la Coupe des Nations. » susurra Pégase d’une voix qui semblait à la fois lointaine et proche. Le Rêve n’avait besoin d’aucune logique. Il dépassait le Réel. « Nous sommes navrés pour le déplacement non consenti. » Absolument pas. « Nous allons vous donner la possibilité de vous prendre pour un Dieu. Ici, vous pourrez créer votre monde idéal, votre rêve le plus fou, dans lequel vous serez ce que vous voudrez, dans lequel vous ferez ce que vous souhaiterez. » Elle sourit. « Nous jugerons l’épreuve en fonction de la sincérité de votre Rêve. L’objectif est qu’il illustre vos plus grands désirs, sans aucune barrière. Livrez-vous entièrement. Donnez-vous, comme si vous pouviez faire de votre vie un rêve. » ajouta-t-elle, avant que plusieurs portes n’apparussent. Chacune était affublée d’un dessin représentant la race du participant, ou son Empire. Un aveugle aurait pu trouver la sienne sans effort. C’était un monde de sensibilité, un monde d’illusions. Le bon chemin s’imposait de lui-même.  

556 mots

Explications


Coucou c'est reeemoooiiii  [CDN Génie] - Rêver, sans laisser ton Rêve être ton Maître 1515

Déroulement de l'épreuve : Votre personnage est en train de rêver. Pégase le tire dans le Rêve qu'elle a créé au moment où il rejoint le Monde des Rêves, afin de lui annoncer la teneur de l'épreuve. En gros, c'est très simple : en passant la porte, votre personnage va se retrouver dans une aire vierge de tout. Il pourra alors moduler l'environnement selon ses propres désirs et/ou avec l'aide des Génies qui répondront à ses souhaits (qu'il les formule à voix haute ou non). Pégase n'a pas précisé que les Génies interviendraient et ils seront discrets, normalement. L'intelligence compte dans le Monde des Rêves en temps normal pour se rendre compte de la capacité de création mais Pégase l'a dit clairement a votre personnage donc, à moins d'être très con, il ne devrait pas rencontrer de difficultés pour créer lui-même. Il a été rendu lucide par Pégase en gros. Votre procédé de création dépend de vous. Aussi : à moins d'être intelligent, votre personnage ne sait pas trop trop où il se trouve vraiment. Ses souvenirs ne sont pas très frais puisqu'il rêve, donc le fait qu'il était en train de dormir juste avant ne lui viendra peut-être pas à l'esprit.

Pour remporter l’épreuve :
- Vous devez réellement réaliser le monde idéal pour votre personnage, en toute franchise, c'est à dire le mettre totalement à nu dans ce qu'il souhaite dans la vie, ses aspirations, etc. Impossible de tricher sans perdre. Les manipulateurs et ceux qui cachent leurs vraies aspirations, je déconseille l'épreuve du coup xD
- Une fois le rêve achevé, votre personnage doit réussir à se libérer et, à vrai dire, c'est aussi sur ça que porte l'épreuve. Beaucoup de participants n'en reviendront jamais, enfermés dans leur vie idéale, trop belle pour souhaiter vraiment retourner à la réalité. Votre personnage peut rester enfermé une centaine d'années ainsi (qui ne représenteront que 2 secondes dans le Monde Réel ^^).
=> Vous devez donc illustrer la création du monde idéal + votre personnage au cœur de sa vie idéale + son retour dans le Monde Réel, par le réveil

■  Impact dans la zone : Aucun

■  Candidats : Vous devez vous inscrire dans le sujet approprié dans les organisations de rp.

■  Chronologie : CDN Déchue > Odon do dur > Couronnement d'Elias > Couronnement secret de Léto > RPPT Bisous > CDN Alfars > CDN Faes > CDN Génies (mais comme ça se passe en rêve, c'est plus à titre indicatif ^^) > Thogii > Orgie II

■  Durée du rp : Un mois. Vous avez jusqu'au 03 septembre 2020, 23h59 pour poster.

Message : Un message unique de minimum 900 mots.

Génies : Vous pouvez poster dans l'événement, soit en observateur d'un Rêve ou de plusieurs, soit pour aider les participants dans leur création (plutôt un participant PNJ du coup mais faites gaffe avec les inscriptions. A priori, il ne devrait pas y avoir de représentants chez les Empires, à part peut-être la Marche Terne et Spectre (?), donc faites vous plaisir avec eux en priorité ^^)
> Pour 1000 mots :
- Attrape-rêve = Il s'agit du pouvoir de copier le rêve d'un individu dans un type d'objet (vous choisissez : un couteau, une plume, un flacon etc) qui se matérialisera dans la réalité. Placé près d'un individu sur le point de dormir, celui-ci sera plongé dans le rêve en question. Il peut aussi être visualisé par les Génies dans le Monde des Rêves et transporté dans l'habitacle. Après plusieurs utilisations, le rêve s'altère.
OU
- Invitation au Rêve : Ce pouvoir permet au Génie de se rendre dans le Monde des Rêves et d'y amener avec lui un ou plusieurs Rêveurs. Il peut également en rejoindre qui sont déjà en train de dormir. Le Génie ne dort pas, il se fraye simplement un chemin jusque dans le Monde Divin. Là, il peut exaucer les souhaits des Rêveurs - qui n'auront aucune conséquence dans la Réalité. Plus il le fera, plus il distillera dans l'esprit des concernés l'idée selon laquelle les Djinns sont essentiels.
OU
- Contrôle des Rêves : Le Génie peut contrôler les Rêves des personnages qui dorment depuis la réalité.

> Pour 500 mots de plus, soit 1500 mots minimum : 1 point de spécialité OU 6 points de rp
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Invité
Invité

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Lun 10 Aoû 2020, 23:31

[CDN Génie] - Rêver, sans laisser ton Rêve être ton Maître 38961910
« Celui qui n'a pas d'objectifs ne risque pas de les atteindre. »



Engoncé sous une cascade bouillonnante sous laquelle l’eau se déversait sur l’entièreté de son corps, Deccio méditait. Plus exactement, il renforçait son esprit pour lui permettre d’atteindre un état d’exaltation transcendantal. Il en avait besoin pour les semaines à venir. Mais aussi et surtout pour les prochaines heures. Supporter cette flamme coulante requérait énormément de concentration, et un sang-froid incomparable. Les yeux clos, il joignit ses mains l’une contre l’autre, le cœur vrombissant à cause de la tension continue qu’il endurait. Toutefois, le renard s'adonnait à cette activité depuis un moment maintenant. Son corps étant désormais rodé en conséquence de toutes ses expériences et obligations passées, il n’avait plus besoin de grand-chose pour atteindre un niveau décent. Ayant été sélectionné en tant que champion afin de participer à la Coupe des Nations organisées par les Génies, il allait très vite pouvoir mesurer sa croissance depuis la dernière fois. La première étant uniquement portée sur la cuisine, il n’avait pas pu apprendre grand-chose sur lui-même sinon ce qu’il savait déjà ; qu’il ne possédait aucun talent culinaire. De plus, il n’en était pas sorti plus grand qu’avant sa contribution, ce qui demeurait sans aucun doute le plus frustrant pour l’homme à la crinière blonde. Il avait donc l’opportunité de se rattraper en renouvelant cette chance qui ne se profilait que très rarement pour un évènement aussi médiatisé. Préparant ses affaires — c’est-à-dire aucune — le Vil s’élança en direction de Somnium où prenait place l’édition. Il s’immisça au travers des cieux, puis convoqua un faucon qui embrassa une forme géante pour pouvoir s’installer sur son dos. Il avait rencontré cet oiseau lors de son initiation dans les montagnes de Fjörd. Depuis, il était devenu son plus fidèle allié. Ils parcoururent toute la distance qui les sépara de la Mer du Feu Bleu, Deccio profitant de cette locomotion pour gamberger encore en plongeant dans son subconscient.

Arrivé sur les lieux, il se laissa choir du côté droit, déployant ses ailes pour qu’elles puissent prendre le relais et lui permettre de descendre négligemment jusqu’au point de ralliement. Sur les rives du lac, nombre d’individus prenaient racine, attendant très probablement l’apparition imminente du Maitre des Jeux. Le Vil se mêla dans cette foule en guettant gaiement son amorce, plus que jamais fébrile à l'idée de connaitre l'essence de cette épreuve. Après quelques secondes, un animal à l’aspect farouche affleura, et se faisant, tous les participants furent transférés dans une salle de bal rouge aux figures dorés. Décidément, ce mode de transport était commun à beaucoup de personnes. Sans doute une manière de faire foi de leur énorme verge magique. Dans tous les cas, lorsque ce dernier énonça l’objectif à remplir, un reflet azuré dilata ses pupilles ; symptôme de son enthousiasme. Matérialiser ses fantasmes sous la forme d’un rêve ; que demander de plus ? Un moyen parfait bien que perfectible pour procéder à une simulation en temps réel. En d’autres termes, Deccio allait pouvoir manifester tous ses désirs les plus fous et les aménager en fonction des forces et des faiblesses de son circuit cérébrale. Les règles étant maintenant clairs, le renard emprunta une porte au-delà de laquelle il accéda dans un monde totalement immaculé : sans rien d’autre à disposition pour puiser son inspiration et ainsi gravir les échelons chimériques de ses pensées. Il n’avait pour seules armes que son imagination et son avidité carriériste, mais à quel point celles-ci étaient démesurées ? Lui-même l’ignorait. Il avait souvent étudié la question ; ce qu’il pourrait apporter au sein de sa race, et de quelle façon ? Et pour lui ? Mais il ne s’agissait alors que de fragments disparates qui ne s’étaient jamais correctement imbriqués.

Fermant les paupières afin de sonder son âme dans ses plus viles profondeurs, le Démon à la crinière d’or les rouvrit, son postérieur ayant pris place sur un siège des plus communs. D’abord très peu à l’aise sur ce dernier qui se hissait mirifiquement à son apogée, l’utopiste gagnait de plus en plus d'aisance à mesure où il gravit les hauteurs. Les jambes croisées, il observa en contrebas, d’immenses blocs de pierres et de métaux s’entremêlant dans un ballet orchestré pour ensuite s’associer et ériger ce qui ressemblait à une monumentale caserne. Des forteresses, des baraquements, des armureries et des réserves se succédèrent à la construction pour constituer un bataillon à la saillance inégalé. Un nombre incalculable de soldats vint à son tour apparaitre ; des guerriers aux corps naturellement musclés, conséquence d’un siècle de formation intensive auquel les avait astreints le blondinet. Ils n’étaient pas seulement forts physiquement, ils étaient fins prêts psychologiquement et martialement ; dressés pour répondre à toutes les attaques et toutes les défenses envisageables. Dotés d’exosquelettes et d’arsenaux forgés à partir du volcan avec les meilleurs matériaux de l’Enfer et même du monde entier, les combattants n’avaient désormais plus besoin de passer par le Reflet de l’Autre pour gagner en puissance et assurer une couche de protection supplémentaire. Le but de cette manœuvre consistait à économiser la magie pour ne s’en servir qu’en cas de nécessité absolue. Il n’y avait plus d’élites, car tous l’étaient devenus. La race n’était plus seulement crainte, elle était redoutée aux quatre coins du globe, si bien que les armées de coalition se faisaient bien plus fréquentes qu’à une époque. Au sommet de ce territoire rugissant par la colère du feu et de la roche se trouvait le principal responsable de cette évolution exponentielle ; Deccio la main noire, aussi appelée le Régicide implacable. Sa réputation n’était plus à prouver depuis qu’il avait accompli l’irréalisable en moins de trois décennies. À l’aide de ses pouvoirs et de sa force phénoménale, le Dévoreur était devenu le plus grand général des Terres Démoniaques en soumettant les leaders les plus éminents de cette ère.

Du haut de sa plate-forme de commandement, le bras soutenu en l’air en signe de ralliement, sa voix porta à l’autre bout de la région, atteignant les premières lignes de front pourtant très éloignées. « Tenez-vous prêt à passer à l’assaut ! Nous allons assiéger Amestris ! Et nous allons gagner ! Je ne tolérerais aucun échec ! » Abaissant brutalement le poing sur la colonne pour la déstructurer, le Seigneur chevaucha un bucéphale ailé l’instant d’après. Une guandao à la main, il frappa frénétiquement le sol afin de soulever un tapis de poussière. Un messager se présenta à la hâte, sans pour autant sembler particulièrement angoissé. « Général Araki. Nous devons agir au plus vite, nos réserves de nourriture sont bientôt à sec, il faut donc conclure cette guerre dans les plus brefs délais. » Disposant ses doigts au niveau de sa ceinture, il effleura l’un des trois crânes rattachés à celle-ci. « Nous en sommes au quinzième jour de bataille. Combien de temps allons-nous pouvoir tenir, Kane ? » Son second effectua sommairement une estimation dans sa tête avant de lui rétorquer. « Il nous reste approximativement deux jours. Si nous perdons cet avantage, la tendance pourrait être inversée. » Il s’engagea dans un raisonnement constructif. « Hm. Attaquons d’abord les petites villes à proximité. Épargnez les villageois et ne volez que leur nourriture. » « Bien, Seigneur. » Il faudrait plausiblement attendre un jour de plus pour permettre à sa stratégie d’opérer, mais s’il visait juste, alors il pourrait probablement remettre les compteurs à zéro et éviter que ces Sorciers ne se servent de leur carte maîtresse pour reprendre le dessus.

La demi-journée écoulée, on lui fit un rapport concluant de la bonne tenue du plan. Brandissant son hast de destruction massive, il encouragea une dernière fois ses régiments avant de passer à l’assaut, ceux-ci proférant un cri des plus primal. En tant que stratège et guerrier le plus influent, il lui suffisait d’être aux côtés de ses hommes pour décupler leurs frénésies. Ainsi fut lancée l’offensive sur la capitale des Sorciers, où désormais seule la brutalité allait pouvoir décider des vaincus et des vainqueurs. Une armée si bien rodée qu’il était impossible pour les ennemis d’espérer retirer quoique ce soit de positif de cette bataille. Non seulement grâce au savoir-faire inestimable de leur général, mais aussi de par l’évolution d’un des pouvoirs majeurs du peuple ; le pacte démoniaque. En effet, ce dernier ne permettait plus uniquement de recueillir le contrat sans aucun apport autre que le respect des clauses, mais disposait de deux nouvelles règles. La première, c’est qu’il était maintenant possible d’ingérer momentanément la force des cessionnaires — et inversement de délivrer la leur. Et la seconde, c’est qu’en cas de mort de l’une des parties, l’autre la recevait irrévocablement sans aucune limite de temps. De quoi décupler au bon moment les effets de la vague destructrice comme c’était le cas actuellement.

La terre embrasée chantait ses louanges aux vainqueurs qui se tinrent devant le monument symbolique qu’était l’université d’Asreshet qui appartenait jadis à cette espèce si prospère. L'articulation des effectifs était telle qu’ils avaient dominé le champ de bataille après une journée entière seulement, et quand bien même des pertes étaient à déplorer, ils avaient évité le pire en répondant rapidement aux tactiques et aux renforts adverses. Suite à cette débandade, la magie du rêve opéra une nouvelle fois pour transporter Deccio jusqu’à un palais qui s’érigeait en même temps que son corps se rangea sur un magnifique trône confectionné à partir d’armes et d’ossements d’anciens concurrents. Son fessier se pavanant sur cet emplacement qui le seyait si bien, une couronne noirâtre flotta au-dessus de sa tête. Tandis qu’elle descendit lentement, il caressa le quatrième crâne qu’il s'était procuré. « Je suis navré, Kaahl Jr. Je suis conscient que ta mère risque de ne pas être jouasse, mais je suis prêt à l’accueillir avec toute l’hospitalité d’un hôte de mon envergure. » L’émergence de ces hybrides — les Démanges — créée par un certain Patam ne l’effrayait guère. Il lui restait encore à conquérir quelques Royaumes, et c’était tant mieux, car l’homme se distrayait comme jamais auparavant. Toutefois, avant que la couronne n’atteigne son crâne, il frappa un grand coup sec sur celle-ci pour la réduire en poussière. Tout ceci était bien plaisant, mais il venait de se souvenir que tout ça prenait place dans un songe. Il hésita à repartir. Il aurait vraiment souhaité perdurer ici, mais… non. Un rêve restait un rêve, et c’est grâce à sa volonté inflexible qu’il voulait rendre ça réalisable. En qualité d’acteur de sa destinée et non pas en tant qu’écrivain. Remballant ses pensées oniriques pour une autre occasion, tout ce qu’il avait bâti s’effondra aussi rapidement qu’un château de cartes. Une porte se dessina alors dans l’espace inoccupé. Il l’emprunta, retournant à une vie plus authentique.


1780 mots
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Typhon Gargantua
~ Eversha ~ Niveau V ~

~ Eversha ~ Niveau V ~
◈ Parchemins usagés : 912
◈ YinYanisé(e) le : 09/01/2019
◈ Activité : Chasseur [Rang III] & cuisinier [Rang III]
Typhon Gargantua
Mar 11 Aoû 2020, 22:09



Le sommeil de Dhavala fut troublé par une étonnante clarté. L’Eversha était sous forme humaine et vêtue. Déjà là, c’était une anomalie notable des rêves habituels du changeur de forme. Lui qui n’avait pas grand-chose de plus dans la tête que la chasse et la nourriture, voilà que Dhavala se trouvait dans une grande salle finement décorée de rouge et d’or. Il y avait là la certitude que les rêves du chasseur-cuisinier avaient été altérés. Si s’eu été lui qui avait choisi les couleurs, la salle aurait été d’un bleu azure et d’un argent étincelant, presque blanc.

L’annonce de la Coupe des Nations rassura l’Eversha. Il gardait un bon souvenir de sa participation précédente à la Coupe des Nations déchue. Cela dit, il ne savait pas dans quoi il se retrouvait maintenant, ni de quelle race cette nouvelle coupe n’était associée. Ladite race devait avoir à faire avec le sommeil ou les rêves. Dans un coin de sa tête, le changeur de forme avait la certitude que son corps se trouvait toujours dans une chambre à Stenfek en compagnie rapprochée avec son amante. Ce pressentiment eut tôt fait de disparaître, toutefois, alors que la conscience du rêveur prenait entièrement place dans le monde des rêves.

***

Se retrouvant seul dans un espace vierge, Dhavala comprit qu’on attendait de lui qu’il « crée » son monde idéal. Le comment n’ayant pas été abordé, l’Eversha commença par la base. Il souhaita être entouré d’un environnement naturel foisonnant de vie, qu’elle soit végétale ou animale. Aussitôt souhaité, aussitôt exhaussé. Le changeur de forme se retrouva entouré d’une végétation dense et de divers bruits d’animaux, témoignant de l’activité naturelle qui s’y déroulait. Il y avait également un ciel qui semblait aussi authentique que réel, ainsi que le passage du temps.

L’Eversha fut satisfait de la création, mais elle n’était pas encore tout à fait à son goût. Il souhaita ensuite être le seul prédateur de ce monde rêvé. Puis, il souhaita que la végétation se régénère très rapidement pour faciliter la croissance et la multiplication des proies. Grâce à ce rêve, Dhavala allait pouvoir manger autant qu’il le souhaitait, sans risquer de dépeupler la région. Au contraire, puisqu’il était le seul carnivore des lieux, la surpopulation animale était inévitable.

Voilà ! Il ne m’en faut pas plus pour être mon monde idéal. Il y a des proies à chasser et elles sont toutes pour moi ! Hum… Rien ne se passe. On dirait que je vais devoir vivre dans mon monde de rêve. Eh bien, si je suis pour rester assez longtemps, il y a peut-être deux ou trois trucs que je pourrais améliorer…

Dhavala procéda à donner une forme plus personnalisée à son monde. Si une immense étendue sauvage était bel et bien ce qu’il désirait, son aménagement personnel pouvait être amélioré. Le chasseur souhaita donc une clairière. Ainsi, il pourrait y établir son camp et observer la lune et les étoiles nocturnes en digérant ses copieux repas. Sitôt pensé, sitôt exhaussé. L’Eversha se tenait dès lors au centre d’une clairière avec une vue dégagée sur le ciel. Se débarrassant de ses vêtements, Dhavala prit la forme de son Totem, la forme d’un immense tigre, et parti en quête de son premier repas dans son monde de rêve.

***

Engloutissant un sanglier bien dodu, le grand félin eut momentanément satisfait son insatiable appétit. Dhavala se coucha donc sur le dos, exposant son ventre gonflé, et somnola sous la lueur des étoiles et du premier croissant de lune. Il y avait de nombreuses semaines que le chasseur ne s’était pas endormi aussi paisiblement. Tous ces soucis avaient disparu. Il était libre.

Au réveil, Dhavala voulut procéder à sa toilette matinale. Seul souci, il n’y avait aucun cours d’eau à proximité. Le chasseur soupira. Cet endroit était parfait. Il regorgeait de proies et la vue du ciel nocturne était impeccable. Cela dit, l’Eversha ne pouvait supporter d’être sale. Il devait se laver. L’idéal serait même de se baigner.

Mais j’y pense… C’est MON monde de rêve. Je souhaite une rivière… non, mieux, je souhaite une source d’eau chaude !

Sitôt souhaité, sitôt exhaussé. Une source thermale apparue en bordure de la clairière. Maintenant, Dhavala avait de quoi satisfaire son appétit félin ET prendre de longs bains chauds tous les jours. L’Eversha comprit pourquoi il était toujours dans ce monde de rêve. L’épreuve n’était pas terminée. Ce monde était certes idéal, mais Dhavala n’était pas encore entièrement satisfait de ce monde. Il devait aller plus loin et vivre ses fantasmes.

***

Dhavala rota bruyamment. Autour de lui, une grande quantité d’ossements jonchaient le sol de la clairière. L’herbe y avait été piétinée si souvent que seules quelques touffes subsistaient encore. La terre exposée était colorée rouge du sang qui y coulait sans cesse. En périphérie, plusieurs monticules d’excréments s’empilaient, débordant des trous qui avaient été creusés pour les recueillir. Des mois s’étaient écoulés depuis que Dhavala vivait dans son monde de rêve et il avait pris beaucoup de poids. C’est ainsi que l’Eversha vivait son premier fantasme : grossir.

D’ordinaire, Dhavala ne passait jamais suffisamment de temps au même endroit pour engraisser outre mesure. Chasseur nomade, l’Eversha avait passé sa vie à voyager d’un terrain de chasse à un autre. Aussi doué fût-il, Dhavala n’était pas infaillible. Suivre la mauvaise piste, un incendie de forêt, une sécheresse imprévue, etc., il y avait de nombreuses raisons pour lesquels un Eversha se retrouvait incapable de se nourrir pendant une période plus ou moins longue. Il était normal de profiter de l’abondance quand elle s’offrait et d’accumuler des réserves graisseuses lorsque possible. Et donc, pour Dhavala, l’obésité prononcée était une marque de puissance et d’influence. Seuls ceux qui pouvaient garantir l’alimentation et la sécurité de leur meute pouvaient se permettre d’être gros.

Le tigre bien rond fit place à une forme humaine encore plus corpulente, alors que l’Eversha adoptait la forme qui lui permettait de faire plus efficacement sa toilette. Dhavala passait la majorité de son temps en tant que tigre. L’imposant félin quadrupède gérait mieux son engraissement que l’humain bipède. Cela dit, la peau humaine séchait plus rapidement que la fourrure. Qui plus est, les mains pouvaient atteindre chaque partie du corps, à l’inverse des pattes.

Prenant place dans la source thermale, l’Eversha prit grand soin de se nettoyer de la tête au pied. Quelques jours plus tôt, ce fut une nuit de pleine lune, alors Dhavala profita de sa forme de tigre géant pour se repaître et s’amuser. Dans cette forme gigantesque, le tigre mesurait 12 mètres et pesait plusieurs tonnes. Chaque pleine lune s’accompagnait donc de la dévastation d’une partie du paysage. Toutefois, puisque la végétation repoussait très vite, les traces du passage du colosse avaient tôt fait de s’estomper.

Sortant de son bain, Dhavala s’étendit au soleil pour sécher. Ainsi couché sur le dos, l’imposant ventre du changeur de forme s’élevait vers le ciel et obstruait tout le bas de son corps à sa vue. À vue de nez, Dhavala avait atteint, sinon dépassé, les 200 kilos. Fier de lui, l’Eversha se promit de célébrer par un festin ce soir-là.

***

Un tigre bien rond de trois-quarts de tonne écrasait la végétation sur son passage, transportant son copieux repas jusqu’à sa clairière. L’endroit était relativement propre depuis que lors d’une précédente nuit de pleine lune, Dhavala eut alors l’idée de profiter de son gigantisme. Il creusa une fosse pour y ensevelir les carcasses de ses proies et ses déjections. Puisque le constant piétinement du sol avait complètement désherbé la zone, l’Eversha s’était bien installé sur un lit de branches de sapin et de fourrures. Une toile de cuir tendue protégeait cet espace de sommeil de la pluie et fournissait de l’ombre pour faire la sieste en plein jour. Plusieurs endroits de la clairière avaient également été aménagés afin de travailler les proies avec un minimum de propreté.

Ça déviant ennuyeux d’être seul. Il me faudrait une compagne… J’ai une idée ! Si c’est mon monde de rêve, pourquoi est-ce qu’Échidna ne pourrait pas m’y rejoindre ?

Sitôt pensé, sitôt exhaussé. Échidna, l’amante de Dhavala, rejoignit le rêve de son compagnon. Était-elle réellement la Wynmeris indomptable qui avait dérobé la virginité de l’Evergrim, ou un rêve de plus ? Dhavala l’ignorait et se moquait de la réponse. Son monde de rêve était incomplet sans sa compagne et il le réalisait maintenant. Certes, il lui avait fallu plusieurs mois pour arriver à cette conclusion, mais maintenant qu’il y avait pensé, il n’y avait plus de retour en arrière possible.

« Bienvenu dans mon monde de rêve Échidna !
Dhavala ? C’est toi !?! Qu’est-ce… où… quoi… Tu sais quoi, oubli ça. Monde de rêve, hein ? Il t’en a fallu du temps pour m’inviter ! »

La femme était de stature plutôt chétive. Elle mesurait 1 m 68 et pesait moins de 60 kilos, soit quatre fois moins que son mâle dans son état actuel. Dhavala avait toujours été lourd et charnu, mais là, c’était du jamais vu. Bien qu’il mesure deux mètres, l’Evergrim, le sang pur, dépassait les 240 kilos. Nu, le mâle exposait fièrement ses rondeurs. La Wynmeris, la sang-mêlé, inspecta de plus près son partenaire, incertaine de si le changement lui plaisait.

« Désolé, j’avais trop faim pour penser à autre chose.
Mouais… Tu t’es engraissé et maintenant tu veux du sexe.
Oui. Mais il y a plus. C’est une Coupe des Nations. Je dois créer mon monde de rêve. Je dois être sincère pour gagner.
Humph… Et j’imagine qu’il n’y a pas moyen de sortir d’ici maintenant qu’on y est entré. Je ne sais pas si je veux te frapper ou t’embrasser.
J’aurais pu souhaiter une douzaine de tigresses, mais c’est toi que je veux à mes côtés.
Ouais, ouais, la sincérité et tout. Bon. Au moins, maintenant je sais que je suis ta deuxième priorité. C’est déjà ça. Et puis, il y a pire comme danger mortel. Allez, sur le dos et écarte bien les jambes ! »

La présence de la Wynmeris changea la dynamique du rêve. Outre le plaisir sexuel, l’Evergrim pouvait maintenant réaliser l’étendue de son obésité en présence d’un corps normal. Échidna fut d’abord déconcerté par le soudain changement. Après tout, de son point de vue, les amants s’étaient endormis ensemble le soir même. Cela dit, la changeuse de forme était attirée par la force et la puissance physique. Elle qui avait jadis partagé son lit avec des Hesshas, des monstres difformes. Un Eversha obèse était loin d’être son expérience la plus exotique. C’est pourquoi Échidna eut tôt fait de « dompter » cette nouvelle bête.

***

Les jours s’enchainèrent et la chasse de Dhavala ne connaissait aucun échec. Si le désir de croître du sang pur n’avait toujours pas trouvé satisfaction, Échidna eut tôt fait de se laisser influencer par son mâle. Dans ce monde de rêve, il n’y avait aucune de convenance. C’était une liberté primaire et sauvage. Inévitablement, elle prit du poids et plutôt que de chercher à se contrôler, Échida s’abandonna à la gloutonnerie. Elle profitait du rêve pour elle aussi tenter une expérience qu’elle n’aurait jamais osée dans le monde réel.

Or, bien qu’ils fissent de leur mieux, la sédentarité du couple eut rapidement un effet néfaste sur la clairière qu’ils occupaient. Les carcasses et les déjections s’accumulaient bien plus rapidement et aucun des changeurs de forme n’avait d’intérêt pour le ménage. Qui plus est, il ne restait plus beaucoup d’endroit en périphérie de la clairière où Dhavala n’avait pas déjà enterré les restes de son séjour précédent l’arrivée d’Échidna. Au final, la dégradation de leur milieu de vie n’eut pour effet que d’inciter les changeurs de formes à diminuer leurs efforts pour garder un semblant de décence à leur vie d’excès. Fort heureusement, le besoin de Dhavala pour soigner son hygiène le motiva à adresser ce problème croissant.

Le rêveur souhaita avoir des serviteurs pour gérer le nettoyage de son lieu de vie. Or, l’ajout de cette main d’œuvre augmenta la charge de travail du chasseur, qui avait plus de bouches à nourrir. C’est pourquoi l’Eversha souhaita des chasseurs pour nourrir la meute grandissante. Toutefois, maintenant que Dhavala n’avait plus besoin de chasser, il désirait plus que de la viande saignante. Il souhaitait maintenant partager avec sa compagne des repas cuisinés. Cela dit, préparer tous ces repas nécessitait beaucoup de temps. Et donc, d’un souhait à l’autre, Dhavala et Échidna se retrouvèrent au centre d’une communauté dédié à répondre à chacun de leurs besoins.

***

Blottie contre Dhavala, Échidna massait l’imposant ventre de son mâle. Sa main baladeuse se dirigeant progressivement vers l’entrejambe. Ledit mâle, lui, longeait la courbe du fessier de sa compagne, lui aussi en quête de l’entrecuisse.

« Urp ! Je me suis goinfré comme une truie aujourd’hui. Tu as vu mon ventre ? À ce rythme, je vais devenir aussi grosse que toi ! »

L’affirmation de la femme n’était pas fausse. Les moindres caprices du couple étaient résous par divers serviteurs d’une dévotion sans pareil. Se faisant, les journées de Dhavala et Échidna ne divergeaient guère de la nourriture, du sexe et du sommeil. Ainsi, leur corpulence ne cessait de croître. Sans un Totem vorace pour dépenser une partie du surplus de cette énergie absorbée, Échidna grossissait plus vite que son mâle. C’est ainsi que bien que l’Evergrim ne cessait de grossir, la Wynmeris avait doublé son poids initial et atteint le tiers du poids de son mâle.

« C’est ce que je vois. Continue et tu seras assez grasse pour que je te dévore ! »

La réplique arrache un sourire à la Wynmeris. L’ironie de la situation ne lui échappait pas. Lors de sa première rencontre avec son mâle, elle enferma et engraissa l’Evergrim afin qu’elle et son ancienne meute puissent le dévorer. Aujourd’hui, même s’il s’agissait d’un rêve, c’était Dhavala qui engraissait sa prisonnière. Échidna se leva tant bien que mal pour s’étirer avant de s’acquitter de la principale raison de sa présence. Son mâle démontrait peu d’intérêt aux rituels amoureux, et elle non plus d’ailleurs. La changeuse de forme se débarrassa de la toge qui lui servait de vêtement et alla droit au but, se faufilant sous le drap qui servait de vêtement à son amant.

***

Dhavala se réveilla dans un lit souillé. Il avait tellement festoyé la veille qu’il n’avait pas pu se retenir. Devant lui, le corps imposant de sa partenaire recevait l’aide d’une demi-douzaine de serviteurs pour l’aider à se lever. Voyant son compagnon éveillé, Échidna lui adressa un sourire carnassier. La femme profita de sa mobilité retrouvée pour s’étaler sur son homme.

« Alors, mon gros, bien dormi ? Ugh… Et moi qui voulais me retenir hier. C’est raté.
Te retenir ? Mais tu fais à peine la moitié de mon poids !
Tu es un monstre, tu le sais, ça ? Alors, quelle est la suite ? »

Les imposants changeurs de forme dominaient les serviteurs qui les entouraient. Ces derniers n’étaient pas particulièrement petits ou chétifs. C’étaient plutôt leurs maîtres qui dépassaient l’entendement. Cela dit, ni Dhavala ni Échidna ne se préoccupaient de leur état physique, puisque là n’était pas le danger. Le fait est que ni l’un ni l’autre ne savait comment se libérer de ce monde de rêve et chacun réagissait à sa manière.

« Je n’en peux plus de ce monde de rêve. Tout est trop facile. Je veux quelque chose et je l’ai. »

Échidna n’en ajouta pas. La réalité était qu’elle se surprise à désirer ne pas revenir au monde réel. Hors du rêve, elle était chétive et faible, à l’image de son Totem. Dans le rêve, non seulement elle avait une armée de serviteurs à son service, mais elle était irremplaçable. Personne ne pouvait venir lui ravir son mâle. Elle vivait en reine et n’avait pas à se soucier de si Dhavala réussirait un jour à lui tailler une place dans la société eversha. Au contraire, puisque c’était son rêve, rien n’était hors de sa portée.

Un grondement surpris Échidna. Sous son ventre, quelque chose se passait avec Dhavala. La changeuse de forme chercha à s’éloigner tant bien que mal, mais Dhavala l’agrippa et la maintint en place. L’Evergrim grandissait. C’était lent, mais la Wynmeris pouvait sentir certaines parties du corps de Dhavala prendre en volume, alors que d’autres en perdaient. Le changeur de forme maigrissait à vue d’œil et Échidna se sentit progressivement très petite alors que son mâle doubla en taille. Il atteignit quatre mètres et retrouva la corpulence qui lui était plus habituelle en dehors du rêve.

« Je vais me libérer du rêve, même si pour y arriver je dois dévorer ce que j’ai créé ! »

Échidna soupira. C’était du Dhavala typique. Il ne trouvait aucune solution pour se libérer, alors il optait pour la force brute. Puisqu’il avait créé ce monde pour le nourrir, il avait choisi de dévorer le monde lui-même afin de s’en libérer. Il n’y avait plus moyen de convaincre son mâle de renoncer. Maintenant qu’il se sentait prisonnier, il allait tout faire pour se libérer. Il se changea d’ailleurs en un tigre presque aussi imposant que son tigre géant de la pleine lune.

« Allez ! Dévore-moi, puisque tu en as envie. »

Échidna n’avait aucune intention d’implorer la pitié de son mâle ou même de formuler un quelconque souhait. D’abord, la pitié lui était étrangère. Dhavala allait continuer d’engraisser et de croître, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Ensuite, Échidna était trop fière pour devoir quoi que ce soit à quiconque. La Wynmeris faisait maintenant partie de ce monde, alors si Dhavala devait détruire ce qu’il avait créé, aussi bien commencer par elle. C’était le rêve de l’Eversha, alors le réveil d’Échidna dépendait de lui. Du moment que Dhavala se réveillait, elle se réveillerait elle aussi, probablement. Cette incertitude fit frissonner la corpulente femme, mais elle resta ferme dans ses convictions.

Le félin plongea le regard dans celui de la Wynmeris. Lorsqu’il ouvrit la gueule, Échidna serra les dents, mais rien ne se passa, si ce n’est du souffle du tigre qui enveloppa la femme. C’est alors qu’elle changea. Échidna pensa d’abord prendre la forme de son Totem, celle du chat, mais elle se rendit vite compte qu’au contraire, elle se transformait en tigresse, une immense tigresse. Visiblement, Dhavala tenait à sa « deuxième priorité. » Les serviteurs recommencèrent à nourrir le couple, mais plutôt que d’engraisser, leur appétit insatiable les faisait grandir.

***

Quand Dhavala et Échidna se réveillèrent à Stenfek, quelques instants seulement s’étaient écoulés lors de leurs mésaventures dans le monde des rêves. Les deux changeurs de forme avaient retrouvé leur forme originale. La Wynmeris se précipita dès lors devant un miroir, afin de s’assurer qu’elle avait bel et bien retrouvé sa taille normale. Elle passa un moment à s’agripper les fesses, incertaine de son propre état normal.

Dhavala pour sa part contemplait son ventre, bien moins impressionnant alors que la malnutrition l’assaillait à nouveau. Le retour à la normalité le frappait de plein fouet, après avoir rêvé de festins sans limites. La nature foisonnante avait fait place aux structures artificielles de la ville réprouvée. Ses innombrables serviteurs dévoués n’existaient plus que dans son souvenir. Il ne restait plus qu’Échidna, son amante, et Renart, son apprenti, pour peut-être un jour donner naissance à une meute assez influente pour donner à l’Evergrim une fraction des richesses qu’il eut dans son rêve. Cela dit, Dhavala n’était ni triste, ni déçu, du monde réel. Dans le rêve, il était un Dieu. De fait, il avait littéralement dévoré le monde qu’il avait lui-même créé. Rien de ce qu’il y accomplit n’avait de véritable valeur, puisque personne ne s’opposa à lui.

Cherchant à détourner l’attention de sa compagne de son miroir, l’Evergrim vint coller son bassin dénudé contre celui de la Wynmeris. Il y avait longtemps que le couple avait été aussi agile. Une redécouverte semblait de rigueur avant de retrouver le sommeil.

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Dim 16 Aoû 2020, 20:17


Perce-Neige avait l’impression d’être minuscule dans cette grande pièce rouge avec ces gens qu'elle ne connaissait pas. Elle écoutait la femme parler en se demandant si elle pouvait être une de ses nouvelles amies. Elle la trouvait tellement belle avec ses beaux cheveux … De honte, la fae cacha son crâne chauve avec des mains longues et maigres. Pendant que la belle parlait, des portes étaient apparues. Perce-Neige reconnu celle par laquelle elle devait passer. Un étrange sentiment lui étreignit le cœur. Est-ce de l’appréhension ? Elle ne comprenait pas la raison de sa présence ici, mais cela ne la gênait absolument pas. Se prendre pour un Dieu … cela devait être quelque chose de fantastique ! Prise par l’excitation, elle ne pût s’empêcher de faire des petits bons sur place en claquant des mains.

Une fois qu’elle eut passé la porte, elle fut presque déçue. Il n’y avait rien autour d’elle. C’était juste … grand ! Beaucoup trop grand pour elle. Elle aurait souhaité quelque chose de plus petit, comme un cocon rassurant avec des fleurs partout et une légère brise qui viendrait leur chatouiller les pétales. Alors, branche par branche, elle vit un énorme cocon se former autour d’elle, formant alors un cercle d’une centaine de mètres de diamètre. Voilà un monde à sa taille ! Des pousses d’herbes, de plantes, et d’arbres de variétés différentes se mirent à sortir de terre prenant vie les unes après les autres. Et finalement un léger vent se mit à circuler dans le cocon, faisant bouger les feuilles, les branches et les brins d’herbes. C’était tellement beau. Perce-Neige était si émue de voir son souhait se réaliser que quelques larmes se mirent à rouler sur ses joues. Si seulement, elle avait eu des cheveux – comme une chevelure blonde, longue et ondulée – elle aurait pu sentir le vent passer entre ses mèches elle aussi. Quelle ne fut donc pas sa surprise de sentir des cheveux – des vrais cheveux ! – lui pousser sur le crâne, lui chatouiller les oreilles, les épaules puis le milieu du dos. Et quel délice de sentir le vent s’y engouffrer !

Le cœur gros comme ça, Perce-Neige se mit à repenser à ce que la belle femme avait dit plus tôt. Qu’elle pouvait créer son monde idéal ici. C’était une chance, une opportunité qu’elle ne pouvait pas laisser passer. Tout d’abord, il fallait qu’il y ait un soleil et une lune qui alterneraient leur présence dans le ciel pour permettre au sol et aux plantes de vivre et d’avoir tous les nutriments nécessaires. Perce-Neige ne comprenait pas trop le mécanisme de la vie de la nature, mais elle avait entendu parler dans l’école de Basphel, alors qu’elle s’était faufilée dans un cours de biologie pour récupérer un trombone tombé au sol, que les nutriments étaient nécessaires à la vie. Qu’est-ce qu’étaient les nutriments elle n’en savait fichtrement rien, mais elle se disait que le soleil et la lune devaient connaître la réponse tellement ils étaient beaux et avaient l’air puissant dans le ciel.

Alors un soleil se leva. Ce n’était pas un soleil vif et chaud. Mais un soleil doux qui réchauffait le corps et le cœur. Avec ce soleil là impossible de ne pas faire ce qu’on était supposé faire dans la journée. Il donnait la motivation nécessaire pour passer une excellente journée. Perce-Neige sautilla sur place. C’était elle qui avait fait apparaître le soleil ? C’était plus que de la magie ! C’était juste … magnifique !

Il fallait aussi mettre un point d’eau dans ce cocon. Pour qu’elle puisse nager ! Et pour qu’elle y rencontre des poissons, des têtards et autres petits organismes à qui elle dirait bonjour plus tard. Et pendant que la fae s’imaginait déjà se faire pleins d’amis, un lac pris naissance au centre du cocon. De temps à autre, elle vit des petites bulles apparaître à la surface de l’eau. Il fallait qu’elle aille voir. Elle couru jusqu’au bord et vit à travers l’eau une multitude d’espèces qui vivaient ici en harmonie. Tellement heureuse, elle sauta dans un gros PLOUF dans l’eau fraîche – mais pas trop fraîche non plus, juste ce qu’il fallait – et fit quelques longueurs. C’était la première fois qu’elle nageait avec des cheveux. C’était bizarre de les sentir flotter ou frôler ses bras lors de ses brasses ou son dos. C’était vraiment une très belle journée !

Quelques minutes plus tard, elle était de retour sur la terre ferme. Elle se dit que pour que son monde soit parfait, il lui fallait plus de vie. Des animaux peut-être ? Des insectes ? Comme ses amies termites ! Oui ! C’était ce qu’il fallait. Elle ferma les yeux et les ouvrit une demi-seconde plus tard. Devant elle, son cocon s’était métamorphosé. Elle avait l’impression qu’il s’était élargi pour pouvoir recueillir tous ses êtres dans ce lieu : des hérissons, des chevreuils, des lapins et pleins d’autres animaux s’amusaient ou mangeaient dans la prairie. Elle voyait des papillons, des coccinelles et autres insectes qui virevoltaient dans les airs comme dans un ballet. C’était un spectacle qui l’apaisait. Il manquait maintenant que de la musique et d’autres fées.

Légèrement, comme si c’était le vent lui même qui en était le chef d’orchestre, une mélodie flotta jusqu’aux oreilles de Perce-Neige. Et d’autres faes aux ailes colorées se joignirent aux vols des insectes. C’était absolument un chef d’œuvre. Est-ce que c’était cela un spectacle féerique ? Qu’est-ce que c’était beau !! Elle pensa à souhaiter devenir aussi belle qu’elles, mais se ravisa … Ce n’était pas ce qu’elle rêvait vraiment.

Elle avait besoin à présent d’un chez elle. Sa tanière lui manquait. Celle qu’elle partageait avec ses amies termites. D’un coup, l’arbre mort fut là. Avec le même trou entre ses racines et elle vit les antennes de ses amis en sortirent. Elles étaient là ! C’était génial ! Elle alla à leur rencontre et les prit dans ses bras. Ensuite, elle visita sa maison. C’était la même que la vraie, bien que plus grande. Des chambres avaient été rajoutées mais sa collection était là. Elle reconnaissait chaque pièce, chaque trombone, chaque aiguille, chaque dé à coudre, chaque dent. Tout était en ordre. Il y avait même une dizaine de dents en plus ! Perce-Neige était aux anges.

Elle ne rêvait plus qu’à une seule chose et son monde parfait sera terminé. Ici, tout le monde vivait en paix avec chacun. Mais il lui manquait quand même l’attention qu’elle désirait de tout son être : recevoir son baiser. Bien sûr elle ne demandait pas à changer son apparence – elle avait déjà les cheveux de ses rêves – seulement d’être embrasser. Alors, elle sortit dehors et salua les nouveaux êtres qui venaient d’apparaître. C’était des membres des races bénéfiques. Ils venaient en paix. Ils étaient là pour une seule chose : embrasser Perce-Neige. Sur chaque joue, chacun vient lui faire un bisou. A chaque contact, elle sentait son cœur frémir de contentement. C’était comme elle l’avait imaginé mille fois dans ses rêves !

Elle resta dans ce monde plusieurs semaines – peut-être même plusieurs années. Elle avait une vie grandiose ici. Elle se levait chaque matin avec le soleil, disait bonjour à ce bel astre, disait bonjour à ses amis les termites qui venaient l’enlacer, elle coiffait sa chevelure de rêve, elle sortait dehors pour dire bonjour à toute la faune et la flore et chacun lui rendait son salut, et même de temps en temps, des êtres bénéfiques venaient spécialement la voir pour l’embrasser. Les autres fées la saluaient également et venait danser pour elle. Ensuite venait la lune. Elle lui disait bonne nuit et aller se coucher. C’était sa routine, pourtant elle ne la voyait pas comme telle. Juste comme une vie apaisante remplie de bonheur et de magie. Elle était bien ici. Elle avait sa maison et sa collection sur laquelle aucun grain de poussière ne venait se poser.

Pourtant, quelque fois, la fée pensait à la belle femme de la salle rouge. N’avait-t-elle pas dit que tout ceci était un rêve ? Perce-Neige n’avait pas envie de croire la belle femme, mais une partie d’elle-même savait qu’elle avait raison. Au bout de quelques temps, cette partie raisonnable devenait de plus en plus forte et finalement, un jour, Perce-Neige se leva, mélancolique. Elle savait que c’était aujourd’hui qu’elle devrait partir ou jamais. Elle dit au revoir au soleil, au revoir à ses amis termites, au revoir à ses cheveux – c’était le plus dur pour elle – au revoir à toute la faune et la flore, au revoir aux êtres bénéfiques, au revoir aux fées, à leur danse et à leur musique, au revoir à la lune, et au revoir à sa maison et ses collections.

Et elle se réveilla. Heureuse et triste en même temps.
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Kaahl Paiberym
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Ven 28 Aoû 2020, 00:41



Des bruits de pleurs retentirent. Le Rêve avait commencé. J’étais petit mais je marchais. J’aimais cette tonalité. Les notions m’échappaient. Je ne savais pas poser de mots sur certaines choses mais les émotions étaient réelles. Il n’y avait aucun besoin de traduction. Ce que j’éprouvais était véridique tout en m’étant propre. La subjectivité à l'état brut. J’adorais entendre la souffrance. Je pensai davantage, à cette fois où j’avais pu tordre les barreaux de mon lit en particulier. Des sons de bois brisé apparurent de nulle part, suivis de ceux du métal fracassé, tordu. Les crissements me firent sourire. Je penchai la tête sur le côté, ravi. L’espace était encore vierge. Je n’avais pas spécialement d’idées. Mon environnement était, en temps normal, limité au palais et à ses alentours. Je voulais être comme les grands. Je voulais plus.

Mon désir fut réalisé. Je grandis, jusqu’à l’adolescence. Je n’avais toujours aucune notion véritable du monde. C’était comme si j’avais les capacités mais que rien ne me venait. Je voulais savoir parler et connaître ce qui m’était encore inaccessible. Le visage de la femme qui nous avait présenté l’épreuve me revint en mémoire, au fur et à mesure que le savoir tant attendu affluait dans mon cerveau. J’ignorais où est-ce que je me trouvais, ou encore ce que j’étais en train de réaliser auparavant. Mon regard descendit sur mon corps. J’étais plus grand, différent. Mes doigts étaient fins. Je les identifiai davantage comme ceux d’un étudiant que d’un travailleur. Je les amenai à mon nez. Ils sentaient le parchemin. Rien ici n’était réel, c’était aussi ce qui rendait le tout intéressant. L’éphémère avait un parfum d’opportunités. J’avais envie d’être cruel. Mon Rêve serait le Cauchemar d’autrui.

Les bruits de pleurs résonnèrent de nouveau. Un enfant apparut, plus loin. Il venait de tomber et de s’écorcher le genou. Il leva vers moi un regard suppliant. Il désirait que je l’aidasse. Hors de question. J’allais le frapper, l’enfoncer, le détruire, jusqu’à ce que la chute d’une hauteur acceptable se transformât en chute aussi éternelle que mortelle. Je m’avançai vers lui et, en prenant appui sur mon pied gauche, lui envoyai le droit dans les côtes, encore, et encore, et encore. Le voir souffrir me procura un sentiment grisant, le sentiment de la puissance. J’en voulais plus. Je désirais voir les visages se déformer de douleur, se tordre en d’horribles grimaces. Je voulais créer un tableau macabre autour de moi. À présent que j’avais conscience du sang, des os, de la fragilité des corps, de celle des esprits, j’avais envie de prendre le tout et d’en faire une bouillie morbide.

Je m'égarai longtemps dans la construction de mon Rêve, si bien que le temps passa. J’en perdis le fil à plusieurs reprises, les « jours » se ressemblant tous. Je m’amusai à faire souffrir de différentes manières. Petit à petit, ce qui était précédemment une simple cour, entourée de quelques buissons, se transforma en une ville, puis en une région, puis en un continent. Je finis par recréer le monde afin qu’il correspondît à mes attentes. Chaque pierre de l’édifice était faite de souffrance et la Lune Noire trônait dans la moitié du ciel. J’avais eu accès à des ouvrages et passé des années à me documenter. L’adolescent s’était transformé en adulte, toujours plus assoiffé. Ma seule source de plaisir se trouvait dans le mal que je pouvais faire, sous n’importe quelle forme. Il n’y avait rien d’autre qui comptait plus que ça. C’était vital, telle une drogue. J’aimais la dysharmonie de l’horreur, jouer la mélodie du supplice. Je ne voulais sauver personne et les bâtiments ne cessaient de s’effondrer sur eux-mêmes, emportant dans leurs décombres des milliers de vies. Je ne voulais pas la Paix, pour rien au monde. Elle était une notion ennemie. Je désirais le Chaos et seul le Chaos naissait sous mes volontés. À mes côtés, des créatures toutes plus affreuses les unes que les autres se tenaient. Une odeur de sang et de souffre embaumait l’air. La nature n’avait pas sa place dans mon Rêve. Elle avait été réduite à néant, à spectatrice spectrale et silencieuse.

Pourtant, à un moment, un pressentiment étrange vint heurter mon esprit. Il y avait quelque chose que j’avais oublié. Ce n’était pas la première fois que je me faisais cette réflexion mais la dernière ne faisait plus partie de mes souvenirs. Ils me reviendraient ultérieurement. J’eus soudainement l’impression de manquer un élément. Je n’étais pas seul. Mes gènes étaient partagés et tant que ce serait le cas, je ne pourrais pas exister pleinement. Il y aurait toujours une ombre au tableau, une menace à mon règne de noirceur. Je voulais le voir, savoir. Aussi, je fis quelques pas sur la plateforme qui me séparait du vide. Sous mes pieds, il n’y avait plus que des ruines. Un monstre titanesque me prêta son épaule dès que je quittai le sol inanimé. « Trouve-le. » lui ordonnai-je. Je le sentais. Il était là aussi, quelque part. J’avais conscience que je ne pouvais être heureux s’il respirait non loin. Je devais le tuer.

Nous parcourûmes des milliers de kilomètres, ce qui n’empêcha pas le temps de passer rapidement. La noirceur fit place à une zone d’entre deux. Je ne tardai pas à rencontrer les limites de mon propre Rêve. Sur une colline, je pus voir se dessiner très clairement une frontière de magie. De l’autre côté, il y avait un homme aux yeux verts et aux cheveux bruns. Nous nous ressemblions. Pourtant, son monde à lui était fertile et son règne était faste. Là où je possédais des monstres, il était accompagné de dragons. Je sus qu’il était mon frère, d’une façon claire. Nos regards se croisèrent. Il était venu pour moi, également. L’un comme l’autre comprenions que rien ne pourrait nous unir ici. Nous ne pourrions pas nous confronter, pas aujourd’hui, pas dans ce Rêve. Ce constat suffit à fissurer mon idéal. Je fronçai les sourcils, alors que la paroi rocheuse sur laquelle je me trouvais se rapprochait de la sienne. Je posai ma main sur le mur magique et infranchissable, incapable de me détacher de sa silhouette et de son regard implacable. Nos Destins étaient contradictoires. L’un ne pouvait exister en même temps que l’autre et il faudrait opérer un choix : soit je le tuerais, soit ce serait lui qui le ferait. Je lui souris, d’un sourire sans chaleur et maléfique. « Je viendrai te chercher pour te tuer, mon frère. » murmurai-je.

Je me réveillai, avec de vagues souvenirs qui se perdirent dans l’oubli de l’enfance.

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Kaahl Paiberym
Ven 28 Aoû 2020, 10:52



J’avais envie de voir mais une grande personne se tenait devant moi et m’obstruait la vue. « » Ma petite tête passa sur le côté, de derrière la haute silhouette de l’adulte. J’avais observé silencieusement que nous étions plusieurs enfants. J’avais d’ailleurs eu envie d’aller jouer avec eux mais la dame était apparue et avait brisé mon élan. À présent, je la fixais, la bouche en cul de poule, curieux. Mes doigts se refermèrent sur les vêtements de l’individu qui se trouvait là, pour maintenir mon équilibre. La blonde ne semblait pas avoir particulièrement envie de s’amuser avec nous. Je fis la moue et me laissai guider vers l’une des portes. Un adulte me prit la main et m’entraîna à sa suite, en m’encourageant pour que je parvinsse à atteindre mon objectif. Il disparut une fois que je passai le battant. Le vide m’angoissa alors et j’eus envie de pleurer. Je voulais voir mon papa ou Gustine. La vieille Magicienne apparut. Son corps était rondouillet et sécurisant. Dans l’espace, les sons d’un piano retentirent. « Viens, Lucius ! On va jouer tous ensemble ! Ça te plairait ? » me proposa la grand-mère. Je retrouvai le sourire et m’élançai à sa suite, trop content pour rester sur place. « J’ai fait du fondant au chocolat ! » J’aimais l’odeur du fondant au chocolat, et de tous les plats que Gustine réalisait. Lorsqu’elle cuisinait et que ses amies venaient, la maison sentait toujours bon. Mon regard devint néanmoins instable. Je cherchais quelque chose, une chose ayant une grande importance à mes yeux. « C’est monsieur dragon que tu veux ? Regarde, il est là ! » Mon sourire revint, comme un rayon de soleil après le passage bref d’un nuage. La vieille femme me tendit mon doudou et je le pris. Nous allions jouer avec mes frères et sœurs, et les enfants de Boraür, et mon papa et Pauline, pour toujours !

La perte dans le Rêve résulta de mon incapacité à me souvenir de l’épreuve et de sa teneur. Les Génies exaucèrent mes souhaits sans la moindre difficulté. Durant cette période, je ne créai que très peu, me contentant de façonner des petites figurines en forme de dragon qui voletèrent un peu partout dans les différentes aires de jeu. Je grandis grâce à l’écoulement du temps. À force de répétitions et de dialogues avec les différents protagonistes, j’arrivai à l’adolescence. Sans doute qu’inconsciemment, j’avais désiré m’améliorer, devenir un être de pensées complexes. « Lucius ! » Je me retournai pour faire face à ma sœur, Rosalie. « Coucou Lucius ! » me dit-elle, avec un sourire jusqu’aux oreilles. « Coucou. » « Tu rentres déjà ? Tu ne veux pas t’amuser encore un peu ? Tu es si sérieux ! » Elle me regarda. « Attends ! Tu as un pétale de fleur de cerisier dans les cheveux ! » Elle passa ses mains dans mes cheveux afin de les ébouriffer et de faire tomber le végétal, le tout en riant. « Voilà ! » « Merci c’est gentil. Et non, je vais rentrer étudier. » « Tu étudies quoi ? » « Euh c’est… » « Encore sur les dragons ? » Je souris, légèrement embarrassé. « Oui. » « C’est vrai ce qu’on dit ? Que tu vas rejoindre les Dragonniers ? » « Seulement s’ils me jugent digne. » « Je suis sûre que tu le seras ! S’il y a quelqu’un qui connait tout de ces animaux, c’est bien toi ! » Son sourire était éclatant. Je le lui rendis, juste avant qu’elle ne tournât les talons pour retourner d’où elle venait. Mon regard se perdit dans son dos puis, lorsqu’elle eut disparu, dans le néant. Je n’étais pas comme elle. Je l’avais remarqué assez tôt. Un poids reposait sur mes épaules. Je me renseignais depuis longtemps que les Dragonniers mais il n’y avait pas qu’eux qui m’intéressaient. J’avais parcouru tous les livres de stratégie de la bibliothèque des Palais de Coelya. J’avais désiré en posséder d’autres. Petit à petit, la connaissance s’était infiltrée en moi. J’avais pris conscience de l’état du monde et cherchais un moyen d’instaurer la Paix, de façon perpétuelle. Ce n’était pas une tâche compliquée pour moi. Ça me passionnait véritablement. Je ne désirais pas détruire un peuple au profit d’un autre. Le problème était complexe mais réveillait toute ma motivation. Il fallait que je trouvasse un moyen d’allier chacun, de transformer les soucis en solutions. J’avais déjà réfléchi au cas des Démons. Leur magie pouvait être bénéfique. En insufflant la Paresse, ils pouvaient apaiser les individus hyperactifs ou insomniaques. En insufflant la Luxure, ils pouvaient aider à régler certains problèmes liés à la libido ou à des dysfonctionnements psychologiques. En insufflant l’avarice, ils pouvaient aider à réguler la charité excessive ou des traits de personnalité qui faisaient partie du Bien mais qui, poussés à l’excès, étaient mauvais pour la personne les ayant développés. Je m’étais également penché sur la question des Alfars. Les Ygdraë et eux formaient un cycle. Il ne fallait pas en favoriser un au détriment d’un autre. Les ronces donnaient des mûres et les arbres devaient mourir, pour nourrir la terre, pour que les nouvelles générations de végétaux pussent pousser correctement. Les champignons et le lierre contribuaient à ce cycle. La nature cauchemardesque pouvait aider à dissimuler certains secrets. Quant aux Alfars en eux-mêmes, leurs nombreuses connaissances, dues à l’élitisme omniprésent à Drosera, pouvaient servir la communauté. Chaque race avait un rôle à jouer. Il me fallait simplement réguler les côtés les plus destructeurs et instaurer un objectif commun à toutes.

« Lucius ? » Je me retournai. Justinien souriait, amusé par mon air distrait. « Tu m’écoutes ? » Nous étions adultes. « Oui, excuse-moi. » Mes doigts glissèrent jusqu’au dragon qui se trouvait sur mon épaule. « Je sais que tu as beaucoup à faire mais je serais vraiment content si tu pouvais te libérer pour mon mariage. » Mes frères et sœurs étaient tous heureux. Le monde était en Paix et la Lune Bleue n’avait jamais revêtu une taille similaire par le passé. « Je viendrai, promis. » « J’espère que tu te trouveras quelqu’un aussi. » J’avais quelqu’un mais c’était un secret que je gardais précieusement. Mon amour n’avait pas besoin d’être crié au monde entier. Je n’avais que très peu d’attaches, hormis celles qui dataient de mon enfance. Je n’avais pas le temps de posséder plus et je voulais que mes relations fussent qualitatives. Tout au long de ma vie, j’avais dû me montrer ferme afin d’instaurer la Paix. J’avais dû me battre contre des idéaux adverses, convaincre, prouver et construire. Je ne me sacrifiais pas pour autrui. Je faisais uniquement ce qui me plaisait parce que j’avais été conçu pour l’Ordre et la Paix. Ma passion à leur égard était illimitée et, à force de me battre, j’avais réussi à maintenir un équilibre durable où chacun avait sa place et où personne ne se sentait lésé d’une quelconque manière. « Ne t’inquiète pas pour moi, je vais très bien. » Il me sourit. « Il est joli ce dragon qui t’accompagne partout. » me fit-il remarquer, en changeant de sujet. Une lueur de fierté passa dans mon regard. « Oui, très beau. » murmurai-je, sans préciser ma pensée. Ce n’était pas n’importe quel dragon. Il était mon fils. Une femelle partageait bien mon existence, une dragonne. Nos danses dans le ciel était un spectacle fabuleux. Nous étions faits l’un pour l’autre. Nous nous complétions.

J’aurais pu continuer de me perdre dans mon idéal, à incarner un homme au regard sévère mais au cœur tendre, l'esprit empli d'une Justice et d’une Paix qu’il désirait perpétuelles. Pourtant, quelque chose finit par se rappeler à ma mémoire. Je n’avais jamais senti cette chose auparavant, ou si peu. C’était un pressentiment diffus, comme si un minuscule grain de sable avait fini par se coincer dans des rouages huilés à la perfection depuis longtemps. L’étrangeté de mon émotion et la soudaineté de celle-ci me poussèrent à faire des recherches, afin de comprendre ce qui n’allait pas. Sous forme animale, je parcourus les continents, jusqu’aux frontières d’un autre Rêve. Je repris mon humanité sur un bord rocheux. Derrière un mur de magie, mon regard détailla le Chaos avec horreur. La Lune Noire dominait le ciel de ce Cauchemar. Le personnage principal de ce dernier ne tarda d'ailleurs pas à apparaître. Notre ressemblance physique me déplut. Mon regard se fit tranchant et ne se détourna jamais. Lorsque le décor muta pour nous rapprocher, je posai ma main sur la limite de nos deux mondes. Nos épidermes ne se touchèrent jamais, mais les Lunes, au zénith, n’étaient plus que des demi-cercles. Elles étaient en train de se fondre l’une dans l’autre. La menace fusa de son côté en premier. Le vert de mes yeux se reflétait dans le bleu des siens. « Je t’attendrai mais ne compte pas trop sur le fait de ressortir victorieux de notre affrontement. » susurrai-je à son attention.

Je me réveillai, avec de vagues souvenirs qui se perdirent dans l’oubli de l’enfance.

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C'est Lucius
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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Ven 28 Aoû 2020, 15:32




Rêver, sans laisser ton Rêve être ton Maître

Coupe des Nations | Génies | Dastan


RP précédent : Odon do Dur.
RP liés : Je voudrais déjà être roiLa promesse ancrée dans la chairPour celles qui s’aiment.


« Bonne nuit papa, bonne nuit maman. » Chacun des parents embrassa une joue de l’enfant. Vrael le borda, tandis qu’Asha l’attendait sur le pas de la porte. Il déposa un dernier baiser sur son front. « Dors bien, mon fils. » Dastan sourit, puis ferma les yeux en constatant qu’il s’éloignait. Il était épuisé. Il avait passé la journée à travailler aux champs, à s’entraîner au combat, notamment avec Sól et Máni, et à nettoyer la maison. Sitôt le soir venu, l’épuisement l’avait fauché. Il ne lui fallut pas plus de dix minutes pour sombrer dans les mondes indomptés du sommeil.

Jamais il n’avait vu une salle si richement décorée. Il l’observa, à mi-chemin entre l’émerveillement et l’écœurement. Il y avait quelque chose de splendide, dans cette pièce, mais aussi de terriblement ostentatoire. Il était trop habitué au caractère humble des bâtisses de Lumnaar’Yuvon. Ses iris papillonnèrent jusqu’à une femme aux cheveux d’ivoire. Elle était belle, d’une beauté opaline, comme si les astres étaient venus la bénir d’un toucher. « La Coupe des Nations ? La Coupe des Nations de qui ? » demanda le gamin, poings sur les hanches, en s’avançant. Mais personne ne sembla le voir ou l’entendre. « Eh oh ! Je vous cause ! Eh, la nana blanche comme un cul ! » Les rêves étaient plein de distorsions. Ils s’effleuraient parfois sans se rencontrer. Les actions des uns se perdaient dans le néant des autres. Une poussée d’imaginaire créait un élément qui n’existait nulle part ailleurs que dans l’esprit qui l’avait formulé. Pour autrui, Dastan n’était qu’un silence noyé dans le discours de la femme. Comme personne ne réagissait à lui, il l’écouta. Son monde idéal ? Ses pensées se succédèrent sans trame prédéfinie ; c’était une valse d’envies qui ne demandaient qu’à être organisées et exécutées. Il tourna la tête vers les portes. Sur l’une d’elles figurait une aile blanche et une aile noire. Un glaive ensanglanté les séparait. Il pointait le haut du chambranle, qui était surmonté de la forme du Sah’vein, incrustée dans la pierre. Comme guidé par un instinct plus fort que lui, le Réprouvé se dirigea vers la porte, et l’ouvrit.

Être un Dieu, un Zaahin, c’était encore mieux que de devenir un Roi. C’était l’étape ultime, celle à laquelle tous les Réprouvés aspiraient. Certains ne le devenaient jamais, soit qu’ils fussent trop limités, soit qu’ils se parjurassent dans la traîtrise. Le Kiir’Sahqon, lui, se sentait capable de tout. L’insolence de l’enfance se mêlait à un orgueil déplacé. Il n’avait les capacités de rien ; il n’était qu’un grain de poussière dans le grand schéma bipolaire. Pourtant, il possédait cette volonté, avide et déterminée.



Sitôt la porte passée, le vide s’offrit à son regard. Le Réprouvé fronça le nez. Il n’aimait pas ça. Peut-être parce que l’écho du silence n’était que difficilement conceptualisable pour les enfants de son âge ? Heureusement, son imagination fertile, celle des gamins, qui ne s’embarrasse pas des normes du possible, reprit rapidement le relais. La femme avait dit qu’il pouvait créer ce qu’il voulait. Il n’avait qu’à le penser ou à le formuler. « Je veux un champ doré. » Une vaste étendue d’or s’allongea à perte de vue. « Et un ciel. Avec un beau soleil rouge ! » À l’horizon, elle se confondit avec un ciel de feu. Le coucher du soleil sembla embraser la plaine. Un sourire triomphant étira les traits du rouquin, tandis que la brise venait jouer avec ses mèches revêches. « Ici, c’est Lumnaar’Yuvon. Il y a les fermes, les pâturages, les champs, les moulins, les granges, les silos à grains, les tavernes, les habitations, les gens… » Tandis qu’il marchait, les éléments s’érigeaient, un à un. Sa pensée n’était pas d’une précision tranchante, si bien que certaines données apparaissaient un peu floues. Elle s’éparpillait, aussi. Il n’avait aucune rigueur et ses vœux fusaient en tous sens. Parfois, ils étaient contradictoires. Un bâtiment ou une personne se dessinaient pour aussitôt s’évaporer. « Il y a les gens que j’aime. Ceux que j’aime pas, ils sont morts. » Il poursuivit sa route, fier comme un cerfeuil. C’était son rêve. C’était lui qui décidait. Il le parcourait comme s’il y guidait quelqu’un. Ce n’était pas tout à fait faux. Il n’était plus seul, passées les quelques secondes qui avaient suivi un vœu silencieux. « Et ici, c’est chez moi. C’est grand. Tous les méritants ont le droit d’y entrer. Les autres dorment avec les cochons. » Il sourit et, après un dernier regard à la bâtisse de pierre, se tourna vers la jeune fille qui se tenait à ses côtés. Elle était de ces beautés impérissables qui d’un regard peuvent marquer les cœurs. Elle avait un air de Paaz Kiin’Din, ce qui la rendait sans aucun doute encore plus attrayante. L’or de ses cheveux, peut-être. « Ça a un peu changé, depuis que vous êtes partis pour Gona’Halv, Máni et toi. » Dans le vrai monde, les jumeaux Tynath’Thuk n’étaient pas encore partis pour l’île des guerriers. La fiction et le réel faisaient du temps et de l’espace des notions toutes relatives. « Oui, je vois que tu as bien réaménagé les choses, p’tit Gogil. » - « Qu’est-ce que tu croyais ? Que j’allais me tourner les pouces en vous attendant ? Pfff. » Il sourit. Il exerçait sur son rêve un contrôle partiel. Il souhaitait, et les souhaits s’agençaient d’eux-mêmes. Plus il les multipliait, plus il oubliait que l’expérience n’était pas ce qu’elle semblait être. Comme tous les enfants, il se dévouait au jeu d’une façon totale et infinie : il le transfigurait en son unique réalité. « Être Dovahkiin, c’est pas de tout repos, tu sais. D’ailleurs, j’aurais peut-être dû transformer ton frère en esclave comme j’avais dit, pour qu’il fasse tous les trucs chiants. » Il avait renoncé. Il ne savait pas trop pourquoi. Une putain de poussée d’angélisme, sûrement. Sól lui donna un léger coup de coude, le sourire aux lèvres. « Il aurait plus été une plaie qu’autre chose. » Dastan ricana. C’était bien possible. « Et toi ? T’es toujours prête à devenir la cheffe de mes guerriers ? » - « Bien sûr. » répondit la Réprouvée – car dans son dos trônaient deux ailes rouges. « Super ! Viens ! » Le Kiir’Sahqon déploya ses propres appendices. Ils étaient larges et on devinait leur puissante musculature. « Je vais te montrer mon armée. C’est la plus forte du monde entier ! Rien ne nous résistera, pas même les péteux de Keizaal ou ces putains de Sorciers. On les cramera tous. » Un sourire dévoila ses dents. Sans aucun effort, il s’envola. Car c’était cela aussi, un monde idéal : un monde qu’il pourrait survoler sans chuter après trois battements d’ailes.



« Et tu aurais dû le voir quand il a tué les deux Anges Belegad ! » La brune glissa un os tranché entre ses dents, souriant. « Ces traîtres ! » siffla un autre dans un joli crachat qui rejoignit le sol de terre battue de la taverne. « Il leur a tranché les ailes, puis a ouvert leur dos sur toute la longueur, détaché leurs côtes de leur colonne vertébrale, et a déployé les tranches de chair comme des ailes. Ça fait sortir les poumons, mais ça tue pas. Ils geignaient comme des pleutres. Les corbeaux de Boholt’Kein lui-même les ont dévorés. » La Réprouvée, satisfaite, dévisageait l’étranger, dont la figure se décomposait à mesure qu’ils parlaient. « Qu’est-ce qu’il leur a dit, déjà ? Comment il a appelé ça ? » - « Viing’Tahrodiis. Les Ailes des Traîtres. » - « Ah oui, c’est ça, c’est ça… » Le second Bipolaire sourit. « Il a redonné aux Réprouvés la splendeur que la guerre leur avait volé. Il a poursuivi ce que les Zaahin ont entamé avec l’Odon do Dur. » - « Je viens juste pour commercer, vous savez… » - « Ouais. Heureusement que t’es pas un Sorcier. Il en mange au petit-déjeuner. De la cervelle. » La fille des Zaahin se pencha, se voulant intimidant. « Et quelques doigts au goûter, trempés dans du miel. Il paraît que ça croustille. » - « Mais c’est… c’est du cannibalisme. Je ne savais pas que les Réprouvés… Non ? » La rustre venait de poser une main épaisse et calleuse sur son épaule. Un sourire carnassier étirait ses lèvres. « C’est pas du cannibalisme puisque les Sorciers sont des animaux. Et encore, c’est insultant pour les animaux. » Les deux Kiir’Sahqon éclatèrent d’un rire gras. L’inimitié entre les Sorciers et les Réprouvés existait depuis des millénaires – au point qu’elle semblait ancrée en eux. Depuis que leur souverain avait décidé de faire des Mages Noirs son casse-croûte préféré, elle s’était mystérieusement accentuée. « Bon, et tu vends quoi ? Fais gaffe hein, parce que les arnaqueurs, ils finissent par courir à poil dans tout Lumnaar’Yuvon pour qu’on s’entraîne au lancer de haches et de couteaux. » C’était le nouveau sport national, depuis le début du règne de Dastan. Tous ceux qui causaient un moindre tort aux Réprouvés connaissaient ce sort. Pour ceux qui étaient la source d’un grand mal, c’était pire. La cruauté des enfants est parfois plus libérée encore que celle des adultes. C’était sans doute d’autant plus vrai chez les Manichéens, qui subissaient leur nature. Le marchand déglutit. On ne savait jamais trop sur quel pied danser avec eux.



« OUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAIS ! CRAMEZ, CRAMEZ, CRAMEEEEEEEEEEZ ! » Dastan, juché sur un énorme bicorne, galopait le long d’une ville en flammes. Ses cheveux roux flamboyaient sous le souffle noir de la fumée et ses yeux jetaient des éclats démoniaques sur les murs affaissés. La tête renversée en arrière, il riait à gorge déployée. Il y avait quelque chose de dément et de ridicule, d’effrayant et d’amusant, à voir ainsi cet adolescent hurler sa victoire. Le massacre avait été rapide – si rapide qu’il aurait été incapable de le décrire. Désormais, Keizaal brûlait. Dans quelques heures, il n’en resterait rien d’autre qu’une traînée de cendres. Tous les traîtres avaient péri sous l’assaut du feu, y compris cet abruti d’Atthirari. Enfin, ils avaient payé pour leur insolence. Personne ne défiait les Réprouvés sans en pâtir. Les habitants de la capitale n’étaient plus des Bipolaires depuis longtemps. Ils vivaient sous leur joug et auraient mieux fait d’y demeurer. Trop jeune, le Belegad ne comprenait pas tous les tenants et aboutissants de leurs velléités séparatistes. Tout ce qu’il saisissait, c’était la répugnance que provoquait l’évocation de Keizaal dans son cœur, celui de ses parents et de la majorité de leurs pairs. Il les exécrait, et cette détestation constituait une excellente raison pour que l’un de ses désirs profonds fût de voir la capitale disparaître dans la poussière de l’Histoire.

« Dovahkiin. » Un guerrier était parvenu à sa hauteur. C’était Máni – son titre dans sa bouche était d’autant plus jouissif qu’il n’aurait probablement jamais accepté de plier le genou devant lui, dans la réalité. Il était presque adulte. Il chevauchait aussi un bicorne, moins imposant, mais un bicorne tout de même. Le rouquin s’enorgueillissait de voir ses combattants monter des bêtes qu’on prétendait indomptables. Les deux montures ralentirent, jusqu’à passer au pas. « Quoi ? Elle est où, Sól ? » - « Elle arrive, elle s’occupe des blessés. » - « Ah, ouais. » Elle avait toujours eu un grand cœur. « C’est quoi, la prochaine étape ? » Dastan pinça les lèvres et plissa les yeux, faisant mine de réfléchir. « Huuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuum… Les Sorciers ! » s’exclama-t-il, tout sourire. Máni lui renvoya son expression réjouie. Il ne les aimait pas non plus. « Mais faut qu’on fasse plein d’esclaves pour avoir un garde-manger. On pourra jouer à la balle avec leurs crânes, aussi. Et Amestris, on pourra la transformer en terrain de jeu géant ! Comme hum… un giiiigantesque bac à sable ! » Ça, c’était une fichtrement bonne idée. « Après, on s’attaquera aux Démons et aux Anges. » Et en quelques souhaits, tout fût possible.



Le rêve de Dastan était à son image : désordonné, barbare, imprévisible et raturé. Vaste terrain de jeux où les conquêtes territoriales s’enchaînaient, il oscillait entre le Bien et le Mal – entre les terres dévastées et celles riches de cultures. Il était le reflet de la psyché d’un gamin qui se rêvait guerrier, conquérant et roi. D’enfant, il était devenu adolescent, puis adulte. Il avait souhaité devenir ce combattant qu’il rêvait d’être, et les Génies l’avaient exaucé – sans qu’il ne sût rien de leurs manèges et artifices. Son teint bruni par le soleil rehaussait les courbes de sa musculature, puissante et bien définie. Il portait des cuirs, des peaux et des fourrures qui conféraient à sa silhouette de près d’un mètre quatre-vingt-dix des aspects sauvages et brutaux. Son corps était couturé de cicatrices, vestiges d’exploits militaires – quand celles qu’il arborait dans la réalité n’étaient que le résultat d’accidents enfantins. Le songe avait des airs de grands récits théologiques, où des monstres gigantesques s’attaquent aux villages et où les héros – ici principalement Sól, Máni et Dastan – défendent les leurs au péril de leur vie. Les Zaahin soufflaient des présages de victoire qui galvanisaient les soldats. Les déités étaient si présentes que le Kiir’Sahqon eut l’impression qu’elles l’appelaient. Un jour, peut-être quelques semaines ou des décennies après le début du rêve, il se mit en tête de trouver le Zin’Revak – le monde des véritables Héros. Avec une large troupe de guerriers, il prit la mer.

Après avoir essuyé tempêtes et créatures, l’équipage put apercevoir une large double porte en métal, battue par la pluie. Avant qu’ils ne pussent faire quoi que ce fût, les flots remuèrent, et de l’écrin marin surgit un monstre. C’était Öodun, colossal serpent à deux têtes, chargé de garder l’Edmund’Sdan – l’entre-deux entre la Laas, la Vie, et la Dilon, la Mort. La légende racontait qu’il était autrefois un Sorcier, et que Boholt’Kein, après l’avoir abattu, l’avait transformé en serpent – la théorie qui faisaient des Sorciers des animaux n’était pas sans fondements – et réduit en esclavage. Pour l’éternité, il était condamné à guider les Réprouvés achevés par l’existence. Ceux qui cherchaient à échapper à leur destinée mouraient à nouveau sous ses crochets venimeux. C’était un sort que l’on disait plus pénible encore que celui que l’on pouvait subir au Dukaan. Dastan sourit. Il attrapa sa hache et s’avança jusqu’au bout de la proue. « Laisse-nous passer, Öodun. » Le reptile siffla. « Pourquoi laisserais-je passer ceux qui n’ont pas trépassé ? » Lorsqu’il parlait, deux voix s’exprimaient. Elles étaient aussi susurrantes qu’angoissantes. Le Belegad serra les dents. « J’ai fait ployer tous les Sorciers de ces terres. S’ils ne sont pas morts, si je ne les ai pas dévorés, c’est qu’ils sont mes esclaves. » L’animal se mut vers lui, jusqu’à se courber au-dessus de sa silhouette. Sa langue crissa, menaçante. Le Réprouvé retint sa respiration, impressionné mais bien décidé à ne pas faillir. « J’ai suivi le chemin de Boholt’Kein. J’ai fait respecter sa volonté. On l’a honoré, mes guerriers et moi. On a traversé toutes les mers et bataillé contre plein de créatures, jusqu’à trouver cette porte. Si notre destinée n’est pas de la passer, pourquoi les Zaahin nous ont laissés venir jusqu’ici ? Pourquoi se casser le cul à survivre jusque-là, si c’est pour crever comme des minables sous les crochets d’un Kro ? » Un son entre le sifflement et le cri monta des deux têtes, qui s’abattirent sur le Bipolaire. Sól, légèrement en retrait, bondit dans les airs, et trancha le cou de la bête. Le monstre plongea dans l’océan, dont le bleu se gorgea de rouge. Les portes s’ouvrirent.



Accueillis comme des héros, les guerriers et le Dovahkiin ne furent pas punis pour leur audace. Aux côtés des Zaahin, ils festoyèrent et guerroyèrent jour et nuit. Les années, ou peut-être les siècles, s’étendirent encore. Ils revinrent parfois dans le monde des Joor, pour mener d’ultimes conquêtes et débarrasser l’univers des plaies qu’ils y percevaient – leur racisme n’aidait en rien. Rapidement, Dastan put étendre la prétention de sa couronne sur toutes les terres connues et habitées. La paix ne régnait pas, car les Bipolaires se nourrissaient aussi des artifices de la guerre, mais l’Équilibre primait. Il l’emportait toujours.

Posté sur un balcon, les deux avant-bras en appui contre la rambarde, le combattant admirait le monde qu’il avait créé. Ses qualités, ses défauts, ses surplus, ses manquements ; ce qu’il pourrait améliorer, ce qui n’en avait pas besoin, et ce qui ne le serait jamais. Si son monde n’était pas achevé, son rêve l’était, car il avait perpétuellement besoin de défis. L’immobilisme et la fixité le répugnaient. Ses doigts glissèrent sur la pierre blanche. Le soleil était comme au premier jour : rouge et éclatant. « Dastan. » La voix résonna tout autour de lui. Il n’y avait pourtant personne. « Dastan. » Il reconnut le timbre du Zaahin fondateur. « Oui ? » - « C’est juste un rêve. » Il se redressa et fronça les sourcils. « Quoi ? » - « Réveille-toi. C’est juste un rêve. » Désemparé, le Réprouvé regarda tout autour de lui. « Dastan. Réveille-toi. » Une violente secousse l’ébranla, puis tout s’écroula.



Il se redressa brutalement en inspirant une grande bouffée d’air. La lumière du jour frappa ses rétines. « Dastan, ça va ? » Sa mère le regardait, ses deux mains posées sur ses épaules, l’air soucieuse. « Maman ! » Après une seconde d’hésitation, un sourire franc éclaira le visage du gamin. « J’ai fait un rêve trop génial ! J’étais Dovahkiin et je brûlais Keizaal, Amestris, touuuuus les Sorciers, et puis les Anges et les Démons ! Je tuais Priam et Laëth en leur arrachant les côtes parce qu’ils ont été méchants avec vous et avec Sól, et elle, c’était la commandante de mes armées, et y’avait même Máni dedans, et il était plus sympa qu’en vrai, hein ! Je pouvais mettre du poil à gratter dans son lit sans qu’il rouspète après. Puis Amestris ça devenait un grand bac à sable, et on avait plein d’esclaves sorciers, et je mangeais leur cervelle au petit-déjeuner, et leurs doigts grillés au goûter, et c’était meilleur que des tartines de miel ! Et ma maison elle était gééééééééééante ! On s’amusait trop, on faisait du lancer de haches et de couteaux sur des étrangers ! Y’avait aussi de gros monstres qui venaient attaquer mes terres, et avec Sól et Máni, on les zigouillait ! Raaaaaaaah ! Et attends, attends, c’est pas fini ! À la fin, je suis parti au Zin’Revak ! J’ai pris la mer et je l’ai trouvé, et Sól a tué Öodun. Trop forte ! Les Zaahin aussi, ils sont trop forts ! On a fait un grand banquet, on a guerroyé tous ensemble, c’était trop bien ! Puis au bout d’un moment, Boholt’Kein m’a dit que c’était juste un rêve et que je devais me réveiller… Et je me suis réveillé. » Asha le regardait. À mesure qu’il avait parlé, son sourire s’était accentué. Elle finit par rire. « C’est donc pour ça que tu gesticulais dans tous les sens. Je pensais que tu faisais un cauchemar. » C’était elle qui l’avait réveillé. « Quel conquérant ! » Elle s’inclina et déposa un baiser sur son front. « C’est sûr, ils trembleront tous devant toi. » - « OUAIS ! » cria-t-il, encore tout émerveillé de ce songe – qui n’était à la fois que cela et bien plus. Il bondit hors de son lit, plus prêt que jamais à marcher sur le monde. Il n’avait pas tout raconté à sa mère, mais il n’était pas obligé de lui dire qu’il avait révolutionné le mariage réprouvé, épousé Sól, et Boyeo, et Paaz Kiin’Din, et plein d’autres dont il avait déjà oublié les prénoms mais qui avaient été essentielles à la conception de quelques alliances pour maintenir l’équilibre – notion qui lui paraissait désormais idiote – (en plus, il ne comprenait pas pourquoi il s’était marié puisque les filles, c’est nul), qu’il avait résolu le problème des naissances d’Anges et de Démons mais qu’il n’avait malheureusement pas eu d’enfants – leur conception restait quelque chose d’assez abstrait pour lui, et s’il était devenu un adulte avec une mentalité plus sérieuse, il n’avait pas perdu toute l’innocence du gamin – et encore moins qu’il s’était lancé dans une collection d’ossements de toute sorte – la seule fois où il avait ramené des morceaux humains, elle lui avait hurlé dessus.



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Merci pour cette CDN, je me suis trop amusée et j'ai bien aimé lire vos participations nastae Et merci à Nostra de m'avoir permis d'utiliser ses persos comme je voulais pour le rêve de Dastan <3 (Mani est même pas esclavagé, je ne suis que déception /sbam)




[CDN Génie] - Rêver, sans laisser ton Rêve être ton Maître 1628 :


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Lun 31 Aoû 2020, 19:33


Rêver, sans laisser ton Rêve être ton Maître



C’était la première fois que je participais à la Coupe des Nations en tant que membre organisateur. Je me plaisais à découvrir l’envers du décor, moi qui avait passé quatre longues semaines à plancher sur l’épreuve des Sorciers. Les responsables de l’événement avaient attendus la dernière minute pour nous indiquer les termes de la compétition : les élus devaient créer un monde parfait, entièrement à leur image. Rien de très compliqué sur le papier. La difficulté résidait ailleurs et nous avions été spécifiquement sélectionnés pour corser encore davantage les choses. Ainsi plongé dans leur parfait idylle, les candidats auraient bien du mal à s’en extirper. Ma mission était donc simple : observer la scène et tout faire pour empêcher notre hôte de rejoindre la triste réalité.

Le participant qui m’avait été désigné venait justement de pénétrer le Rêve. Je me levai de mon siège, quittai la salle et disparus pour rejoindre la périphérie de sa création. Il s’agissait d’un monde fort particulier. De hautes structures de briques et de métal s’érigeaient jusqu’à côtoyer les cieux. Certaines s’activaient sous l’impulsion de rouages complexes, crachant une brume vaporeuse. Le mécanisme élaboré semblait répandre son énergie à des dispositifs divers et variés. Parmi eux, mon attention se porta sur d’étranges boules de verre animées d’une lueur bleutée. Elles se succédaient les unes les autres, suspendues à de hautes tiges en acier. Après quelques secondes d’un examen approfondi, je compris qu’il s’agissait là d’un appareillage ayant vocation à éclairer la cité. Je poursuivis mon exploration, découvrant tout un tas d’engrenages et d’engins farfelus et fantasques. Il y avait là des carrioles sur rail, ici des monte-charges automatisés et partout un système d’accès à l’eau. Les puits n’étaient désormais plus qu’un vieux souvenir, l’un des nombreux vestiges du passé : il suffisait désormais aux habitants de presser un bouton pour que le précieux liquide jaillisse en quantité. La révolution technologique qui caractérisait ce monde était exceptionnelle. L’Enfant de Yanna avait poussé le vice à son paroxysme : au milieu des hommes et des femmes de chairs et de sangs, des machines vaguement humanoïdes se déplaçaient avec aisance. Leur corps de métal était couvert d’un curieux enchevêtrement de tubes de verre, de cristaux et de pistons qui s’activaient, propulsant un liquide huileux et noirâtre à travers toute la carlingue. Je restai longuement à analyser le spécimen le plus proche de moi, le suivant à travers des ruelles aux airs futuristes.  Il n’y avait aucune chance pour qu’un tel prodige puisse voir le jour dans la réalité : je n’étais pas experte mais il me semblait peu probable que cet amas de boulons puissent prendre vie sans la magie du songe.

Une ombre plana au-dessus de moi, éclipsant la lumière vive du soleil au zénith. Je levai les yeux vers l’immense vaisseau volant qui parcourrait le ciel. Je m’arrêtai pour l’observer de mes yeux céruléens. Il s’agissait d’une sorte de gros bateau ressemblant à un cogge, propulsé par d’immenses hélices. De chaque côté de l’appareil, une structure en métal formait l’armature de deux ailes titanesques couvertes d’un matériaux étrange ; une sorte de composé alliant la souplesse et la légèreté du tissus, la solidité du métal et l’aspect du carton. Le navire fendait fièrement les nuages qui se déformaient sous son passage. Je remarquai à son bord un gigantesque cristal parcouru d’étincelles. Un simple coup d’oeil permettait de discerner la magie colossale contenue dans la pierre. Je supposai qu’il s’agissait là d’un catalyseur permettant cet exploit technologique.  

Soudain, les grands blocs noirs décorant les façades de certaines bâtisses, que j’avais pris pour des panneaux d’ardoises, s’animèrent. Ils me renvoyèrent l’image d’un petit homme rondouillard à l’air exubérant que je reconnus immédiatement : c’était le Rêveur. A ses côtés, deux gardes musclés se tenaient droit comme des piquets, prêts à intervenir au moindre problème. Il se racla la gorge et s’adressa à la foule. A peine eut-il commencé à s’exprimer que les gens se regroupèrent devant les écrans.

« Bonjour Peuples du Monde ! harangua-t-il la foule qui l’acclama en retour. Aujourd’hui est un grand jour - et vous le savez ! Cela fait plusieurs mois que nous travaillons sur un nouveau véhicule offrant de nouvelles perspectives à tous les citoyens de cette planète. En tant que dirigeant de la SPP, j’ai l’extrême honneur de vous présenter, à mon nom et celui de toutes nos équipes, notre dernière création - celle que vous attendiez tous : le Solaris 375 ! »

L’image changea de point de vue. Le blondinet et ses cerbères disparurent au profit d’une machine complexe en forme de triangle aplati. L’effervescence gagna les rues tandis que nous eûmes un aperçu de l’intérieur du vaisseau. Des mots s’affichèrent dans un langage que je ne comprenais pas, vantant probablement les mérites de ce nouveau dispositif. Les illustrations continuèrent de défiler alors que la voix reprit son discours.

« Cet aéronef, conçut par les meilleures équipes de notre société, est à la pointe du progrès. Dotée de réacteurs à cristaux et d’une coque en chromestane, il peut atteindre une vitesse équivalente à celle de la lumière. Ce petit bijou de technologie nous permettra de réaliser le rêve de tout scientifique et de chaque explorateur : découvrir ce qui se cache par delà les étoiles ! Et pour accompagner ce projet, la SPP a d’ores et déjà recrutés une équipe de dix hommes et femmes qui effectueront la première sortie interstellaire de notre Histoire ! »

Des murmures d’étonnement et d’admiration parcoururent la foule. Je détournai le regard de l’ardoise et décidai de me rendre sur place afin de mieux estimer l’implication du scientifique zélé. Sa conscience semblait avoir été totalement absorbée par le Rêve. D’ici, je ne ressentais aucun tressaillement dans la toile onirique, aucune hésitation. Il s’était fait dupé par l’illusion, perdant pied dans son propre mensonge. La réalité ne semblait plus avoir aucune emprise sur ce passionné. Du moins, c’est ce qu’il me semblait. Mais pour m’en assurer, j’avais besoin de l’approcher davantage.

Une simple pensée, une translation, et je me rapprochai du malheureux condamné. Il était fier sur son estrade, arborant un sourire reflétant son humeur. Ses gestes trahissaient son excitation tandis qu’il continuait de palabrer sur les avantages d’une telle création. Je croisais ses yeux de braises, illuminés d’une lueur enfantine. C’était son désir le plus cher et il le touchait du doigt ! Du moins, le croyait-il. J’étendis les filaments de magie qui me reliait au Rêve. Ils enveloppèrent le dénommé Garen avec tendresse, s’insinuant dans les plus profonds recoins de son être. Invisible à ses yeux, mon pouvoir pénétrait pourtant sa matière pour se perdre dans ses pensées ; je fouillai savamment sa mémoire, ses ressentis, à la recherche de la nature même de son souhait.

D’aussi longtemps qu’il fut, c’était un petit garçon plein d’énergie. Passionné par l’espace depuis toujours, le pauvre enfant était pourtant loin de l'approcher. Dénué de magie, il avait dû se débrouiller dans ce monde imparfait. Il avait fait montre de beaucoup d’intelligence pour satisfaire ses besoins. Les Enfants de Yanna était pour lui une seconde famille, une qui le comprenait bien mieux que ses propres parents. Il avait développé ce côté créatif à leur côté. Il rêvait de découvrir le monde, de rencontrer ces autres qui peuplaient son imagination. Une vie par delà les étoiles ? Une folie pour qui croit. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de poser des questions, de penser à contre courant. C'est alors qu’il était aux portes de son but que je me rendis soudain compte qu’il ne devait pas l’atteindre. Quel intérêt alors de persister dans l’illusion ? Là où la recherche attise son émoi, la révélation chasse son ardeur. C’était là l’ambiguïté de sa condition.

‘Hâte-toi lentement, Garen, ou ton phantasme s’évanouira’ pensai-je tandis que je rompais le contact avec son esprit.

La suite n’était pas très compliquée. La texture du Rêve se modifia alors que je la maniai selon mes propres désirs. Son aéronef n’irait pas assez loin. Sa technologie serait trop limitée pour atteindre les contrées reculées du songe. Je les lui rendais inaccessible. Les cristaux ne tarderaient pas à montrer leur néfaste contrecoup, obligeant l’érudit à se plonger dans les études. De longues années  seraient nécessaires afin de trouver un remède à l’épidémie qu’il avait causée. Seulement ensuite, il pourrait reprendre son dur labeur. Et peut-être des décennies plus tard, alors que la sénescence réclamerait son dû, achèverait-il sa nouvelle invention. Il partirait dans ce voyage fabuleux avec l’espoir de finalement parcourir l’Univers. L’inspiration guiderait ses actes, son dynamisme stimulerait son coeur. Mais avant d’expirer son dernier souffle, je jurai que jamais il ne découvrirait le moindre Extraplanaire.

Mon méfait réalisé, un sourire au coin des lèvres, je m’éloignai de cette chimère pour rejoindre la Cité. D’autres étaient déjà revenus, racontant leur succès - parfois leur échec. J’espérai avoir réussi à lui offrir une douce prison. Pourtant, la voix de Dastan - qui ne ratait jamais une occasion de m’humilier - sonna comme un ultime supplice.

« Léandra ?

— Quoi ?!

— Bien joué » me lança-t-il avec son air plein de dédain.

Je l’observai avec des yeux ronds. Il ne m’avait jamais complimenté - et pour cause. Il marqua une courte pause, m’adressa un sourire carnassier et enchaîna :

« Il est mort. »


1 526 mots - Merci pour l'événement. Pour ceux qui se demandent, mon Rêveur est mort de mort naturelle /sbam
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Mer 02 Sep 2020, 18:35




Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître

Evénement (Coupe des Nations) | Cal


RP précédent : Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie.



« Il ne sait pas où aller. Tu peux le guider. » Cal tourna la tête vers l’enfant que lui désignait Demeria. Ensemble, ils avaient pénétré la salle dévolue à la réception des participants à la Coupe des Nations. Premiers pas d’apprentissage pour le néophyte onirique. Il s’approcha pour glisser sa main dans celle de l’enfant. C’était un petit brun aux yeux verts, celui dont le père avait inspiré son pseudonyme. Lucius Paiberym. C’était étrange, de voir des êtres si jeunes participer à une Coupe des Nations. Souvent, les épreuves étaient brutales. Lorsqu’elles ne l’étaient pas, elles demeuraient rarement adaptées aux petits. À son sens, c’était logique, puisque le but était de montrer l’excellence d’une race. On ne s’appuyait pas sur des enfants, pour cela. En tout cas, les Ætheri avaient plutôt tendance à se tourner vers des adultes.

Tandis qu’il guidait le bambin jusqu’à la porte qui lui était destinée, il réfléchissait. La sensation de patauger dans une mare vaseuse ne le quittait pas. Son esprit lui paraissait engourdi, défait de la vivacité qu’il possédait de son… de son vivant ? Était-il mort ? L’avait-elle tué, cette traîtresse sur le navire ? Les Génies… Il n’avait jamais entendu parler d’eux. Ça l’angoissait. Il avait conscience qu’autrefois, il avait su beaucoup de choses. L’océan lui avait révélé des mystères. La boussole les avait engloutis. La boussole ? Il ferma les yeux, forts, si bien qu’ils se plissèrent sur toute leur longueur. La boussole. Elle était importante. Il devait la retrouver, comme tous ces artefacts qu’il cherchait lorsqu’il parcourait les mers. Ce n’était qu’une chasse aux trésors de plus. Un peu plus urgente, peut-être. Plus périlleuse, plus dangereuse. Il l’ignorait. Il ne se rappelait pas de tout, et l’utilité de l’objet lui échappait encore. Ses questions ne rencontraient que d’autres interrogations.

Quelque chose qui n’émanait pas de lui tapota son attention. Ce n’était pas formulé, ce n’était pas clair, tout juste diffus. Une requête. Un souhait. Instinctivement, il baissa les yeux sur le petit garçon. Il n’aurait su expliquer comment il savait que cela venait de lui. C’était juste ainsi. « Tout va bien se passer, ne t’en fais pas. » Les mots coulaient naturellement. « Tu n’as qu’à imaginer ce qui te fait rêver. Ton monde parfait, à toi. C’est sans doute un endroit dans lequel on peut passer son temps à jouer, non ? » Il avait eu des enfants. C’était une certitude qui ne le quittait pas. Des faciès s’imposaient parfois à lui, mais ils se métamorphosaient si rapidement qu’il avait du mal à se focaliser dessus. Il en avait eu, et il avait le sentiment de les avoir privés de quelque chose. Il ne se souvenait plus. C’était trop étrange, et trop frustrant. « On y est presque. Il ne peut rien t’arriver de mal, de l’autre côté. C’est juste un rêve, et tu en fais ce que tu veux. Quand tu te réveilleras, tu auras peut-être tout oublié. » Demeria avait pris le temps de lui montrer – elle n’était pas friande d’explications – les rouages de leur univers. Il avait été incapable de tout comprendre, sinon une chose qu’elle lui avait dite, au début de leur rencontre : rien n’était ce qu’il semblait être. Quand la plupart des mortels songeaient que l’onirisme ne résultait que d’une fantaisie de leurs esprits, les Génies jouaient avec ceux-ci. Ils étaient faits de magie, aussi vaporeux que les rêves qu’ils orchestraient. Y songer lui donnait le tournis. Il avait du mal à tout conceptualiser. Au cœur de l’infini des possibles, il se sentait détestablement limité. Il refusait d’y penser. Il se reconcentra sur Lucius. Avec lui, il passa la porte, puis le laissa seul, tout à son rêve. Il reviendrait plus tard. Il découvrirait sa Némésis, sans le comprendre, sans rien comprendre des tenants et des aboutissants de cette rencontre. Ce serait le cas pour beaucoup d’autres rêves, ce jour-là ou après.

Contre sa volonté ou selon ses désirs – il l’ignorait –, il reprit conscience dans ce qui devait être un autre songe. Des champs dorés s’étendaient à perte de vue. Il pivota sur lui-même, déboussolé. « C’est Dastan Belegad, le candidat réprouvé. » Demeria venait d’apparaître à côté de lui. Elle avait encore changé d’apparence, pour revêtir celle d’un homme à la stature aussi haute que large, toute en muscles. Cal ne parvenait pas à modifier la sienne. Dès qu’il essayait, sa peau fondait en une fumée grise et voluptueuse. Cela aussi, c’était frustrant. Une volonté de réussir, indéfectible et pourtant toujours renvoyée à ses échecs, bouillonnait en lui. Il avait envie de pleurer de rage et de désespoir, tant tout lui semblait compliqué et inaccessible. « Il veut recréer Bouton d’Or. Mais n’essaye rien. Tu n’es pas encore prêt. Observe, juste. » Dans leurs fourberies comme dans leurs créations, les Génies étaient méticuleux. Tout devait tendre vers la perfection. « Promène-toi de rêve en rêve et observe. Tu reconnaîtras sans doute les nôtres. Vois comment ils procèdent. Ne tente rien. » Son regard s’était fait sévère, si bien que le Sylphe se recula un peu, en détournant le regard. « J’ai compris. Je ne suis pas stupide. » Si. Il l’était devenu, en tout cas. Il en avait une conscience ténue, néanmoins suffisante pour rendre la chose pénible. Il n’était que l’ombre de lui-même et le ressentait.

Lorsque Demeria eut disparu, il dévisagea l’environnement recréé par le petit Bipolaire. D’un pas léger, ou en flottant – il ne savait pas –, il parcourut les larges allées de la cité réprouvée. Il s’imprégna des faciès, des paroles, des décors. Il voulait pouvoir s’en rappeler pour se créer ces apparences dont la Génie lui avait fait la démonstration. Il voulait être comme tous les autres ; et surtout, meilleur. Il voulait pouvoir tromper son monde et le leur. Comme une éponge, il absorbait. Malheureusement, dès que les informations devenaient trop encombrantes, trop nombreuses, sa mémoire s’essorait, et il semblait ne rien demeurer de ses apprentissages. Il peinait à retenir les traits physiques, la tonalité des voix et la beauté des paysages. Agacé, il s’évapora.

Il chuta dans un rêve à l’harmonie apaisante. Le son d’un ruisseau lui parvenait. Le soleil perçait à travers la ramure de grands arbres. Leurs larges feuilles vertes surplombaient un kiosque de bois blanc. Sur ses pourtours, des ornements représentaient des scènes de la nature. Ici, un cerf s’abreuvant dans le cours d’une rivière ; là, la danse de quelques abeilles autour d’une lavande embaumante ; là-bas, le jeu des nuages avec le soleil. Sous le couvert de la structure, un homme et une femme se tenaient face à face, les mains nouées. Leurs sourires s’étiraient jusqu’à leurs oreilles pointues. L’ancien Alfar reconnut sans mal des Ygdraës. Il plissa le nez de dédain. Comme la majorité des membres de sa race, il ne les portait pas dans son cœur. Toutefois, du fait de son existence, il n’était sans doute pas le plus intolérant. Il les avait peut-être côtoyés, quelques fois. Il ne se rappelait pas. Ce n’était pas leur essence qui suscitait tant son mépris. Il y avait autre chose. Leur façon d’être et de se regarder créait un écho désagréable en lui. Il se répercutait de toute part, mais résonnait le plus fort dans son cœur – si fort que c’en était douloureux. Curieux, le Génie s’approcha, restant toutefois sous le couvert de la végétation. L’homme ramena l’une de ses mains sur la joue de la femme. Il caressa sa pommette du bout de son pouce, avant de s’incliner vers elle pour l’embrasser. Le baiser charriait tout ce qu’il éprouvait pour elle, au point que les mots qu’il prononça ensuite paraissaient désuets.

Cal pinça les lèvres. S’il avait eu des enfants, il avait probablement eu une épouse. Il s’accroupit. Il ne s’en rappelait pas. L’avait-il aimée, cette femme à la figure inconnue ? Était-ce une alliance arrangée ? Comment l’avait-il rencontrée ? Quand ? Que s’étaient-ils dit et que s’étaient-ils cachés ? Qu’était-elle devenue si lui n’était plus ? Souffrait-elle de son absence comme il souffrait de ne pouvoir l’imaginer ? Il voulut prendre sa tête entre ses mains mais celles-ci traversèrent la matière. Il ne contrôlait rien. Incapable de supporter toutes ces nouveautés qui ne cessaient de lui jouer des tours, il laissa échapper une plainte longue et traînante. Il n’était plus dans ce rêve de paix et d’affection. Il flottait au milieu d’un chaos extatique : sa détresse se fondait si bien dans le songe que personne n’aurait pu remarquer son insignifiante présence. Il n’avait pas la force pour faire face à ce monde d’illusions et de chimères. Il n’avait pas la force pour trouver en lui les ressources nécessaires à la récupération de ses souvenirs. Il se sentait démuni, démuni comme lors du dernier jour. Comme lorsqu’il avait appris que… L’Éthéré releva brutalement la tête. Ses yeux fixèrent quelque chose que personne ne percevait. Pourtant, il voyait parfaitement les cheveux sur lesquels la lune semblait avoir versé des larmes, la peau hantée par les ténèbres, les traits empreints de noblesse, les yeux verts comme les forêts, la bouche rouge sanguin, et ce long cou sur lequel il avait déposé tant de baisers. Tout lui revenait comme un coup d’estoc en pleine poitrine. « Svana. » Ce n’était qu’un murmure, froissé comme le cri silencieux d’une âme en peine.



Message unique – 1553 mots

Merci pour cet événement nastae Cal guide Lucius jusqu'à sa porte, visite le rêve de Dastan, celui du candidat Ygdraë, déprime, se retrouve dans celui d'Érasme. Je l'ai écrit plus tôt dans la narration sans le traiter en profondeur mais à la fin de la CDN, il a fait au moins un petit tour dans chacun des rêves (sans en comprendre 90% mais on va dire que c'est l'intention qui compte xD).
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Isiode et Isley
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Isiode et Isley
Jeu 03 Sep 2020, 06:39


Un pas, et la porte se referma. Le silence était total, lourd, et pourtant empli de cette quiétude que je recherchais bien souvent au cœur de mon subconscient. J’expirais une respiration, mon corps se mouvant dans l’intention de s’asseoir sur un siège encore inexistant, et ce, jusqu’à ce que mon séant s’y installe confortablement. La Magie des lieux s’opérait magnifiquement, presque instantanément, comme en témoignait la soudaine matérialisation de ce siège en bois. Pourtant, pendant un temps considérable, je ne faisais que fixer le vide de cet horizon vierge sans savoir quoi faire, ni quoi penser. Ici, nous pouvions être qui nous voulions, sans barrières, sans répressions : pour reprendre les mots de la blanche, nous pouvions nous prendre pour des Dieux. Il nous suffisait de créer notre monde idéal, notre monde de Rêves, et laisser nos désirs peindre le portait de qui nous étions vraiment…

Je baissais la tête, fermais les yeux. Ma pose s’altéra de nouveau alors que les particules qui composaient l’air s’agitaient follement autour de moi. Je pouvais sentir un poids tomber sur mes cuisses tandis qu’une caisse de résonance se glissa sous mon bras. Dans la même seconde, le manche de l’instrument se posa entre la pulpe de mes doigts. La guitare ressemblait comme deux gouttes d’eau à celle que j’avais à la maison, l’encoche que j’avais accidentellement formée sur sa tête s’y trouvant également. Je souris, réajustant ma posture puis, d’un geste, je pinçais la première corde de l’instrument, expulsais la première note qui façonnerait mon Univers.






« Isiode, mon chéri, va aider ton père avec ces débris, là-bas, s’il-te-plaît. »

Mes doigts cessèrent de gratter les cordes de la guitare et mon menton, dans un automatisme, se redressa à l’entente de mon prénom. Une ombre s’était étendue jusqu’à ma position et en croisant les iris céruléennes de son faciès, je me figeais brièvement, prenant le temps d’admirer chacune des lignes de celui-ci, de frôler du regard les mèches évanescentes de sa chevelure d’or. Elle était comme dans mes souvenirs, ses yeux ne pouvant s’empêcher de sourire. Une chaleur réconfortante se répandit dans l’intégralité de mon être, sa vision seule éveillant en moi la nostalgie des mémoires passées, la douleur des instants perdus, et le bonheur des moments miraculeusement retrouvés au cœur de cette fiction.

« D’accord, Mère. »

Délaissant ma guitare en l’appuyant à l’une des pattes de mon siège, je me levais de ce dernier, m’étirant. La maison familiale était en ruines, un piteux état qui ne pouvait s’expliquer que par la guerre qui nous avait frappé. Cependant, depuis la cessation des feux, la fin de l’effusion de sang, la fin de la mort d’innocents et des combats contre les cruels et malveillants, nous avions tous la chance de rebâtir un nouveau monde, un monde meilleur. Les tyrans et meurtriers avaient été capturés, jugés et mis à mort; les voleurs s’étaient repentis; les monstres s’étaient entretués, laissant les êtres purs, simples et innocents sur la surface de la Terre. Tout le monde avait goûté aux affres de la guerre et du Chaos et personne, à ce jour, n’était prêt à se replonger dans cette spirale d’horreurs infernales. En démontant une vieille commode, brisée par mille éclats, mon regard s’attarda un certain temps sur mon paternel. Lui, comme mon frère et moi, avait participé à l’effort de guerre. Lui aussi avait vu de près ce dont la Mort pouvait être capable, résultante de la haine pour les uns, de l’orgueil pour les autres, de la peine pour certains, de la recherche vers la gloire pour les éternels idiots.

« Père?

- Qu’y a-t-il, mon fils? »

Je pouvais voir les perles de sueur qui tombaient de son front et qui s’écrasaient à la surface de l’herbe sous nos pieds. Depuis que le Soleil était haut dans le ciel, il travaillait afin de reconstruire la chaumière.

« Es-tu heureux? »

Béor me jeta le plus drôle des regards, comme si je venais de lui poser une question absurde, tant l’évidence coulait de source.

« Bien sûr que je suis heureux. Toi et ton frère vous portez comme des charmes! Vous êtes devenus des hommes dont je peux être fier. Puis… »

Tendrement, ses prunelles allèrent courir sur les épaules de Mère qui, non loin de notre position, s’affairait à réédifier la façade ouest de la maison. La passion dont il la couvait était aussi pure et bienveillante que le premier jour où il l’avait rencontré.

« Tia est auprès de moi, murmura-t-il finalement, son amour inconditionnel s’écoutant aisément à chaque syllabe qu’il chuchotât. Tant que vous êtes là, tous les trois, je ne vois pas pourquoi je ne serais pas heureux. »

Cette fois, le saphir vibrant et étincelant de ses mires s’arrêta sur ma personne. Il me scrutait intensément, débordant d’une affection dont je ne me souvenais même plus avoir déjà eu droit. C’était… étrangement inusité et si chaleureux à la fois. Combien d’années avaient passé depuis que j’avais vu Père aussi près de sa véritable félicité?

« Je suis soulagé que rien ne vous soit arrivé. Vous méritez plus que quiconque de vivre ensemble éternellement. »

Il s’agissait d’un murmure à peine audible, d’un souhait dirigé à l’égard de n’importe quelle oreille.

« Père! M’exclamais-je d’une inflexion plus forte. Terminons le travail. Comme ça, je pourrais vous jouer votre morceau préféré, à toi et Mère. »

Mon père n’en demandait pas tant. Malgré tout, le rire qu’il m’adressa suffit à me faire comprendre que l’attention l’avait touché. Son Rêve se concrétisait dans ce monde après tout, puisque toute sa famille était désormais à ses côtés. Saine et sauve.



« Grande nouvelle! »

La mélodie s’essouffla doucement, le temps de résonner un certain temps dans la caisse de l’instrument. Devant moi, Isley s’était penché, désireux d’attirer mon attention afin que je me sépare, pour une seconde, de cette guitare dont je ne semblais me détacher. Cependant, dès que je fus conscient de sa présence, je déposais l’objet au sol, contre le siège devenu divan. Les travaux pour la maison s’étaient achevés depuis longtemps et, désormais, chacun avait construit sa propre vie. Malgré tout, rien ne nous empêchait de revenir à la maison, celle qui nous avait vu grandir, entendu crier et rire : tout le monde avait besoin de ce genre de refuge.

« Qu’y-a-t-il?

- Je l’ai fait! Je lui ai finalement demandé de m’épouser! »

Arrêt. Mes cils se mirent à battre follement au-dessus de mes yeux alors que mon jumeau trépignait d’impatience, incapable de retenir plus longtemps son plaisir et sa joie.

« Elle a dit oui! Tu te rends compte? Araya et moi sommes fiancés! »

Je ne m’en rendais pas compte, effectivement, laissant mon regard parler pour moi plutôt que les mots. Araya… Jamais, je ne l’avais porté dans mon cœur. Jamais, je ne lui avais accordé cette confiance que mon frère, pourtant, lui octroyait sans seconde réflexion. Cela étant dit, dans cette réalité, elle n’était plus cette jeune fille égoïste et sans dessein, cette Vampire au cœur de pierre qui espérait réussir à aimer, mais qui n’était bonne qu’à briser l’amour des autres sans même en ressentir un brin de culpabilité. Combien de fois avait-elle fissuré le cœur de mon frère? Combien de fois lui avait-elle servi de faux serments sur un plateau d’argent? L’amour rendait aveugle, et celui-ci avait également rendu complètement sourd Isley. Toutefois, ici, dans les yeux de mon frère, je n’y voyais aucune détresse, aucune tristesse dues à un quelconque rejet de la part de sa belle et tendre Humaine. Il était amoureux, comme les premiers jours, et profondément…

« Isley?

- Hum?

- Es-tu heureux? »

Je ne crus pas qu’il prit véritablement le temps de réfléchir à la question puisque la seconde d’après, il s’était mis à rire en serrant son ventre, un sourire des plus radieux collé au visage.

« Tu plaisantes j’espère! »

Je lui adressais un rictus tordu, légèrement embarrassé. Pourtant, ma tête lui fit signe que non, je ne plaisantais pas. Reprenant contenance, mon frère vint s’installer à mes côtés, les yeux aussi pétillants que la surface de l’Océan, dès lors que les étoiles se mettaient à gouverner le firmament.

« Honnêtement, je ne pense pas avoir été aussi heureux de toute ma vie. Adrian mort, Araya n’a jamais été plus épanouie que maintenant. »

Il se frotta la nuque tout en levant les yeux vers le plafond du salon. Visiblement, il était ravi, ravi et extrêmement soulagé.

« Je sais ce qu’elle a dû traverser, enchaînée et utilisée comme un objet pour satisfaire les fantasmes obscènes de ce pervers. »

Bien sûr qu’il le savait. Lui-même ne cessait de trembler de rage à la seule mention de cet exécrable Sorcier. Par chance, il était mort désormais. La guerre l’avait emporté dans son sillage, victime de ses propres erreurs, de ses propres horreurs. Il avait récolté ce qu’il avait semé : la rétribution de ses actions, nourrie pendant des années par l’aversion de ceux et celles qu’il avait abusé.

« C’est impossible d’oublier le passé, surtout lorsque ce dernier est ainsi marqué, mais en poursuivant ce monstre, tout ce à quoi elle allait se raccrocher allait être cette haine qui aurait tôt fait de la briser. »

Il prit une grande inspiration pour se modérer. Il en avait besoin. C’était toujours comme ça lorsqu’il songeait à ce déchet humain.

« J-Je veux offrir à Araya une vie meilleure, loin de tout ce qui a pu, un jour, la meurtrir et la désespérer. Je veux qu’elle soit heureuse, elle aussi.

- Et c’est ce que tu lui offres, à chaque jour. »

Isley me fixa, visiblement secoué, tandis que je reprenais ma guitare en main.

« Une chanson pour féliciter le futur marié? » Lui proposais-je, la demande ne tombant pas, quant à elle, dans l’oreille d’un sourd.

Il était transi d'amour, mais il en avait tout le plaisir, puisque son bonheur était d’avoir pu sauver l’existence de celle qui avait volé son cœur.



Les deux enfants – un garçon et une petite fille – s’étaient doucement assoupis au rythme de la mélodie. Je frottais les cordes de la guitare, sans répit, tout en les contemplant. Ils dormaient si paisiblement… Alors qu’il y a un an encore, ils n’auraient jamais pu profiter d’un instant de repos aussi serein. Le cri des affrontements les aurait sans cesse réveillé. Ils auraient dû vivre caché et souillé, dans l’unique nécessité de survivre, un concept qu’ils ne connaissaient même pas, mais qu’ils auraient dû suivre, fatalement, puisque rien ni personne n'échappait au Chaos. Il était là, tapi, prêt à bondir et à te surprendre au moment le plus inopportun. Cependant, nous avions fauché le Chaos, sa présence n’étant plus qu’un vague souvenir douloureux : il était définitivement mort et enterré. Aujourd’hui, les enfants pouvaient dormir sur leurs deux oreilles sans craindre qu'une flamme vienne brûler leur sanctuaire; sans craindre qu'un cauchemar vivant les happe en pleine nuit pour leur faire vivre l'enfer. Ces deux bambins pouvaient donc mûrir et s’épanouir sous la chaleur de la Lumière, comme l’on s’attendait de chaque enfant. Leur vie n’en serait pas plus facile, certes, mais elle sera forcément moins dangereuse et périlleuse. Ils pouvaient vivre en sécurité, loin, très loin, de l’ombre de la Guerre.

« Ils se sont endormis particulièrement vite ce soir, constatais-je en portant mon regard vers la silhouette sur laquelle les enfants s’étaient mollement appuyés.

- Isley a complètement épuisé leur énergie durant sa visite. C’était presque inévitable. »

La jeune femme caressa le dessus de leur crâne tout en glissant l’une de ses mèches rousses derrière son oreille. Pensif, je me laissais tomber sur le dossier du canapé, déposant ma tête à sa surface de sorte à la scruter calmement. Après un moment, elle perçu néanmoins la morsure de mon regard sur sa nuque, se retournant vivement dans ma direction.

« Qu’est-ce qu’il y a? Rigola-t-elle nerveusement.

- Merci. »

Je la gratifiai d’un sourire. Elle ne sembla pas comprendre.

« Merci de m’avoir aidé à apporter la véritable Paix en ce monde, Edwina. Grâce à nos efforts, des enfants comme ces deux-là peuvent vivre en toute prospérité. »

J’allais glisser ma main jusqu’à la joue du petit bonhomme, mais ce dernier renifla tout en se collant un peu plus contre le corps de l’ancienne Reine.

« Es-tu heureuse? »

La question l’a surpris plus qu’elle ne l’interrogea et pourtant, la composition de son regard ne se désagrégea. Plutôt, elle finit par déposer, à son tour, sa tête contre le dossier du siège, m’adressant un sourire mutin.

« Je peux te retourner la question », lança-t-elle finalement, sa répartie ne m’étonnant guère.

Néanmoins, sa question m’amena à réfléchir. Étais-je heureux? Était-ce la vie à laquelle j’aspirais vraiment? Je fermais les yeux.

« Je pourrai facilement le devenir, admis-je en guidant mes doigts jusqu’à son faciès, suivant distraitement ses lignes gracieuses et douces. À ton tour maintenant. »

La Magicienne ne répondit pas instantanément, m’observant depuis sa position comme si elle tentait de percer mes réflexions, mais finalement, elle rabattit ses paupières également.

« Oui, je le suis », chuchota-t-elle en approchant sa main de la mienne, caressant le revers de celle-ci.

Ses yeux s’ouvrirent en fente et longuement, nous nous fixâmes l’un l’autre, sans échanges de propos : ils n’étaient tout simplement pas nécessaires actuellement. Je pouvais lire en elle comme elle pouvait lire en moi, les mots n’étant alors que simples extériorisations de ce que nous éprouvions en soi. C’était une connexion singulière que nous expérimentions, mais elle prévalait sur tout ce que nous avions déjà, un jour, vécu. Je me penchais doucement au-dessus d’elle, posant mes lèvres contre sa tempe.

« Je vais les coucher », fis-je en désignant les deux enfants du menton.

Je me relevais doucement, délaissant la guitare sur le canapé tout en prenant, dans mes bras, les corps chauds et endormis des deux chérubins. Je souris une dernière fois à Edwina, lui tournant le dos. Mon monde de Rêve n’était pas fait de triomphe sur des chevaux blancs et d’or qui pouvait tout acheter; de gloire et de chants devant le drapeau ou bien de célébrations qui s’étendaient jusqu’à tard dans la soirée. Je n’aspirais qu’au plus simple et naturel des bonheurs, celui de la félicité, celui de leur félicité. Pour moi, tant que les autres étaient heureux, je pouvais affirmer, qu’effectivement, il s’agissait bien là de mon monde idéal. Cependant, ce monde n’était qu’une utopie et je l’effritais plus j’avançais. Les deux enfants disparaissaient, le décor chaleureux tombait en morceaux en même temps que les embruns de l’onirisme s’éclipsaient brusquement de ma vue.

La seconde suivante, mes yeux étaient grand ouvert, ma bouche muette. Oui, il s’agissait d’un monde merveilleux. Mais il nous fallait encore le construire. La réalité était loin de ce Rêve, et m’y perdre ne changerait aucunement cette dernière. J'avais parfaitement conscience de cela. Comme j'avais parfaitement conscience que ce n'était pas tout le monde qui connaîtrait et goûterait à ce bonheur.

Une fois perdue, le retrouver n'était pas aussi simple que de se l'imaginer.


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It's a little price to pay for salvation
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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Jeu 03 Sep 2020, 09:57



Je souhaite...


Au creux de mes mains, se tenait une broche, fragment d’un tout. Des milliards d’objets se trouvaient ici, dans l’attente que mon attention se tournât vers eux. Ils disparaissaient petit à petit, à chaque fois que le souvenir lié à chacun de ces derniers se ravivait. En attendant, le désordre créait dans ma psyché des failles, emplies de malaise et de mal-être. Je désirais me laver de toute cette crasse, m’enfuir dans un monde moins chaotique. J’ignorais comment faire et, alors que j’allais me plonger dans ce que le bijou évoquait pour moi, une réponse en action s’imposa. En quelques secondes, je fus happé de mon habitacle et me retrouvai dans un lieu que je reconnus. Le Monde des Rêves avait une empreinte particulière. La magie, à l’intérieur de ce dernier, n’avait de limites que celles de l’imagination et de la conscience de se trouver dans un songe. Mon corps, déjà parfaitement palpable, le demeura. Mon regard coula jusqu’à la silhouette de ce qui m’apparut comme étant une Génie. Ses yeux étaient présents mais je n’avais aucun moyen de les détailler. L’étrangeté de la situation me marqua. Les sensations qui en découlèrent aussi. Comment expliquer qu’elle fût entière mais que mon esprit fût totalement incapable de concevoir le haut de son visage ? C’était irrationnel.

« Venez. Vous allez aider à la création de leur vie rêvée. » me dit-elle. « Bien sûr. » répondis-je, avec un sourire sympathique, avant que celui-ci ne disparût totalement de mon visage. Elle comprit qu’elle devrait être plus précise. Les Djinns étaient le plus souvent mystérieux mais les mystères inutiles m’étaient devenus désagréables. Je ne l’aiderais pas, pas ainsi. J’avais passé l’âge qu’un puissant se présentât à moi sans me détailler ses volontés. La tendance s’était inversée. J’étais dans la position des exigences. « Je vous ai sorti de votre habitacle pour que vous puissiez assister à la Coupe des Nations de notre race. Les Rêveurs vont souhaiter et nous allons devoir les exaucer pour qu’émerge du néant ce qu’ils ont toujours désiré. » « Je ne suis pas certain d’être assez habile. » dis-je, sans fausse modestie. La Couronne des Rêves Interdits me posait de nombreuses difficultés. La première était cette incapacité à sortir de mon habitacle. Je devais trier des objets à chaque fois que je m’y trouvais, sans savoir si cet exercice me serait utile en quoi que ce soit. Je voulais m’en servir au quotidien, ce qui s’avérait actuellement impossible, vu le blocage récurrent à l’intérieur d’un endroit dont j’ignorais moi-même la forme extérieure, étant donné que je ne l’avais jamais aperçu. « Je pense que si. De toute façon, il va bien falloir que vous exauciez des vœux. » « Certes. » J’avais envie de l’interroger sur son identité mais me retins. Elle allait sans doute trouver une échappatoire agile pour ne pas me répondre. « Comment vous présenterez vous aux Rêveurs ? » me demanda-t-elle. La question me prit de court. Je restai interdit. « Un Génie ne peut offrir sa véritable identité aux Rêveurs, sous peine d’être lié à jamais à celui qui prononcera son nom. » Je souris. Mon nom était très peu connu. Ceux que j’utilisais tous les jours étaient factices. « J’y réfléchirai. » « Vous avez le temps. Vous devrez être discret pour la Coupe des Nations. Choisissez une ou plusieurs cibles et écoutez. Les champions ne formuleront sans doute pas leurs volontés à voix haute. Le cas échéant, vous devrez les ressentir. »

Plus tard, je me trouvais dans l’espace de l’un des candidats, un maléfique, amoureux de l’art et du carnage. Un fin sourire se dessina sur mes lèvres. Elle avait raison : je connaissais le Monde des Rêves et, plus que cela, j’avais à présent l’impression que mon lien avec celui-ci s’était renforcé. J’avais conscience qu’une fois l’épreuve terminée, je devrais m’échouer de nouveau dans mon habitacle. Elle ne m’avait invoqué que pour les besoins de l’événement. Quant à savoir comment elle m’avait déniché, sur les milliers de Djinns qu’il devait y avoir dans le monde, je n’en avais aucune idée. L’individu en question avait des besoins de guerre. Personnellement, j’avais envie de lui souffler des idées. Sans doute étais-je un Génie médiocre, à souhaiter m’immiscer au cœur des vœux. Pourtant, ce qui n’était pas formulé, ce qui était omis, pouvait donner lieu à interprétation, n’est-ce pas ? Aussi, je libérai ma magie. La Magie Bleue ne m’était pas inconnue, loin de là. Cette Couronne était, ainsi, moins contraignante que d’autres dans l’utilisation des dons qui y étaient liés. J’étais certains que des épreuves m’attendraient quand même mais celle-ci était infime. La seule différence résidait dans la création pure mais, ici, au cœur du Monde des Rêves, l’énergie à dépenser était sans doute moindre que dans la réalité, sans parler du fait que j’y avais déjà créé de nombreuses scènes. Je peignis donc une vallée que le Rêveur foula, accompagné de millions de ses semblables. Ils étaient une armée, face à une autre. Ils n’avaient pas d’armes, que des violons. Les archets frottaient les cordes afin de créer l’harmonie de la bataille, une harmonie inquiétante et menaçante, avec pour seul objectif celui de déstabiliser les troupes adverses. Les pas que faisaient chacun résonnaient dans l’immensité, puissants, jusqu’à la rencontre des deux mondes. Alors, les violons disparurent et les archets se transformèrent en lames aiguisées qui commencèrent à trancher des gorges avec une précision millimétrée. Ça me plaisait, le fait que le Rêveur et moi-même partagions ce même amour pour le détail.

Lorsque je le quittai, je fus attiré par deux Rêves distincts. L’existence de ces derniers effaça le sourire satisfait de mes lèvres. Lucius et Érasme. J’admirai chacune des deux créations un instant, conscient que mes fils se perdraient dans l’immensité de leur inconscient. Ils étaient trop jeunes pour se battre contre l’idéal. Je m’immisçai, contre leur volonté et selon la mienne propre, afin de créer un passage entre les deux univers. Aucun ne pourrait le franchir mais ils devaient ressentir la présence de l’autre. En tant qu’enfants de deux Oracles distincts, ils ne pourraient s’ignorer. Je supposai, à raison, que la présence de l’un briserait l’utopie de l’autre. Ce fut le cas, à mon plus grand soulagement.

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Jeu 03 Sep 2020, 13:30





Bellone s’approcha de la porte où était gravée un Lotus. Une Licorne – créature d’une rare beauté à la blancheur immaculée – semblait en naître, prête à dépasser les limites du possible et à s’extraire de son support pour guider l’Orine à travers le monde qu’elle s’apprêtait à affronter. Cette dernière inspira profondément, fermant les yeux pour se concentrer. Elle poussa délicatement le battant de la porte puis se plongea pleinement dans le rêve.

Elle était entourée de rien. Ça n’avait ni couleur, ni odeur, ni son, ni goût. Elle semblait flotter dans le néant pourtant la situation ne l’inquiétait pas : elle se sentait étrangement apaisée, ici, elle savait que rien ne pourrait lui arriver contre sa volonté, il lui suffirait de le refuser. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Elle devait invoquer ses désirs. Elle devait créer sa propre réalité, son propre monde. Et elle savait exactement par où commencer : par l’origine de son univers, celui autour de qui sa vie tout entière tournait. Lentement, elle tendit la main devant elle. Sous ses doigts, une main sembla se créer. Un bras s’y raccrocha bientôt, puis un buste, un visage, un corps. Il s’agissait d’un jeune adolescent. Ses cheveux de geai ondulaient légèrement, encadrant un visage sympathique. Un sourire en coin était accroché à ses lèvres : la brune l’imita instinctivement. Ses yeux verts plongés dans les siens, ambrés, hypnotiques, elle noua leurs doigts. « Alors ? » demanda-t-elle en s’approchant un peu plus de Jämiel. « Que faisons-nous ? » « C’est à toi de décider. Souviens-toi, c’est ton monde. » lui rappela l’Alfar. Bellone fit une moue. Maintenant qu’elle avait matérialisé son Maître, son instinct premier était de vouloir réaliser ses rêves à lui. Le Lien qui les unissait rendait la limite entre leurs volontés particulièrement complexe à discerner. Les volontés de l’un impactaient nécessairement celles de l’autre sans qu’elle sache qui en était à l’origine. C’était comme-ci la jeune fille était devenue la continuité de l’adolescent. Elle s’était efforcée jusqu’à présent d’effacer ses propres convictions pour se plier au plus aux désirs du Sarethi. Et voilà qu’on lui demandait de nier cet instinct. Boudeuse, elle soupira puis vint s’installer aux côtés du garçon, tenant toujours tendrement sa main dans la sienne. « Et si nous rentrions à la maison, pour commencer ? » Le duo se mit en marche. A chacun de leurs pas, la rue prenait de l’ampleur, venant garnir ce nouveau monde. Bientôt, ils reconnurent la boutique où il l’avait emmené, le jour de leur rencontre. Quelques pas plus loin : un parc et, encore après, l’auditorium. Ils recommençaient un nouveau départ, pourtant similaire à celui qui avait uni leur destin dans la Réalité.


« C’est vous qui avez fait cela ? » demanda l’homme d’un air impressionné. Bellone esquissa un sourire avant de porter le regard sur l’immense bâtiment qu’observait son interlocuteur. « C’est bien moi, oui. » Un brin d’orgueil perçait dans sa voix. Devant eux, un temple aux proportions démesurées. Il surplombait le reste des bâtiments de Tinnugardh – le troisième Plateau était légèrement altéré, mais le Rêve constituait un lieu familier pour sa créatrice, replaçant quelques éléments issus de sa mémoire et comblant les zones floues grâce à son imagination. « C’est magnifique. » souffla l’inconnu. « Je n’ai jamais rien vu de pareil. » L’Alfar n’avait effectivement jamais rien vu de tel. L’Orine avait révolutionné l’Architecture de ce monument, elle avait fait de sa création une véritable œuvre d’Art pour l’Æther qui y serait adoré, vénéré. Il mélangeait à la perfection l’architecture Alfare et Déchue – deux styles que la Yōenæ avait eu le loisir d’observer et d’étudier. On y retrouvait également une touche de ses origines, puisque l’ensemble rappelait les bâtiments traditionnels de Maëlith – mais ça, personne ne pouvait s’en douter puisqu’elle était la seule à avoir vécu dans la cité des Arts. « Ce n’est pas étonnant que vous soyez sortie majore de l’Académie, avec votre talent. » Bellone passa la main dans ses longs cheveux bruns, entrant dans la cathédrale. L’intérieur était encore plus sublime que l’extérieur. On avait l’impression d’entrer dans le domaine même de l’Æther. « Votre Maître doit être fier de vous. » Une main se glissa sur les épaules de la jeune femme. Lorsqu’elle se tourna pour connaître l’identité de son propriétaire, elle reconnut le visage de Jämiel. Il n’était plus un enfant. Sa beauté n’avait fait que s’épanouir. Sur son passage, nombreuses étaient les vipères à désirer s’attirer ses grâces. Un seul regard suffisait à les combler. Bellone ressentait un plaisir possessif à savoir qu’elle était la seule que le Senthanda regardait vraiment. Les autres ne comptaient pas. « Je suis on ne peut plus fier. » murmura-t-il de sa voix suave en embrassant sa joue. « Accepteriez-vous de vous occuper de mon manoir ? » demanda le gêneur. Bellone soupira. « J’ai déjà beaucoup de demandes, vous savez… »


Le couple glissait sensuellement sur la piste de danse, se laissant bercer par la mélodie résonnant dans la salle de bal. Les yeux de la jeune femme étaient connectés à ceux de son cavalier. A les voir évoluer ainsi, en parfaite harmonie, en symbiose totale, on aurait pu croire qu’ils n’étaient qu’une seule et même entité. La réalité n’était pas loin. Désormais, la Niseira devinait les désirs et les réticences du Titan avant même qu’il ne formule consciemment ses souhaits. Elle lisait dans son cœur aussi aisément que dans un livre ouvert, naviguait dans ses pensées plus limpidement qu’à travers de l’eau. C’était une position dangereuse, surtout dans un monde aussi manipulateur et impitoyable que la Cours des Alfars. Mais loin d’être une faiblesse, leur complémentarité avait fait leur force. Ils s’étaient élevés ensemble, avaient franchis en rythme les échelons jusqu’aux places qu’ils occupaient à présent. Avec un sourire mutin, l’Arcesi fit tournoyer sa partenaire dans une acrobatie aérienne. La voltigeuse atterrit avec grâce dans ses bras. « Il est temps de passer aux choses sérieuses. » lâcha l’homme au creux de son oreille.

Le duo s’éloigna de la piste de danse, se dirigeant vers l’estrade où avaient été installé les musiciens. En les voyant approcher, ils posèrent leurs instruments et laissèrent leur place. La flûtiste frôla la harpe du bout des ongles et fit délicatement vibrer les cordes sur son passage. La mélodie continua d’elle-même, longtemps après que la jeune femme se fut éloignée. Elle réserva le même sort aux autres instruments, usant de sa magie pour les faire jouer sans personne pour les manipuler : à travers les années, elle avait maîtrisé la musique sur le bout des doigts et était désormais capable d’en jouer suffisamment bien de tous pour les contrôler à distance sans y faire attention. Seul le piano et le violon furent épargnés par son enchantement. Jämiel s’empara du second tandis que son Orine s’installait derrière le premier. D’un simple coup d’œil, ils entamèrent leur mélodie. A nouveau, ils se retrouvèrent sans avoir besoin d’échanger le moindre mot. Les notes parlaient pour eux, ils faisaient passer leurs émotions à travers elles.

Bellone laissa naître un sourire sur ses lèvres. Elle avait la sensation de ne pas avoir pu jouer avec le brun depuis une éternité.


Bellone tira sur les reines du Gherro jusqu’à ce qu’il s’arrête. Elle s’était suffisamment enfoncée dans la forêt des murmures pour être certaine d’arriver à son but. Lentement, elle descendit de son destrier. C’était une bête magnifique, à la robe plus sombre encore que le cœur de la forêt protectrice de Drosera. Sa crinière était faite d’une fumée épaisse qui, s’il le désirait, pouvait devenir toxique. Son corps luisait d’une lueur violacée, austère. Sublime. Une aura menaçante émanait de l’animal mais sa cavalière n’en semblait pas le moins du monde effrayée. Même s’ils étaient connus pour dévorer vivants les humanoïdes qu’ils croisaient – il était dit qu’ils en absorbaient ainsi la magie et l’énergie vitale – l’Orine se savait capable de le contrôler à sa guise. Elle avait ce lien particulier avec la Nature, qui lui permettait de comprendre les intentions des animaux. Celui-ci ne lui voulait aucun mal – ce n’était pas d’elle qu’il voulait se repaitre. Un sourire amusé aux lèvres, elle flatta l’encolure de la bête.

Retrouvant son sérieux, l’Orine s’enfonça à pied entre les arbres – derrière elle, Nyx la suivait. Soigneusement, la brune sortit un petit sac de toile dans lequel elle plongea la main. Elle en extirpa un oiseau au plumage noir. Il ressemblait en tout point à un corbeau normal, à l’exception de son ventre gonflé où luisait une sphère rougeâtre au niveau de son poitrail, qui projeta une lumière sanglante sur les alentours. A l’intérieur, la silhouette d’une femme qui se débattait. Un sourire cruel se dessina sur le visage de la douce enfant de Pheobe, rendue plus effrayante encore par la lueur de l’animal. « Tu ne lui fera plus jamais de mal. » déclara-t-elle à l’intention de l’Alfar. Il s’agissait d’une fougueuse et ambitieuse Senthandas, qui avait essayé de voler la place de Jämiel. De le trahir pour mieux prendre sa place par la suite. Malheureusement pour elle, la fille de Maëlith avait intercepté quelques missives ayant révélé ses plans. La punition pour son crime serait à la hauteur de ce qu’elle avait orchestré : la jeune femme était devenue maîtresse à ce genre de jeux, et elle détestait perdre, plus encore que celui qui l’y avait initié. Elle savait se montrer cruelle, désormais : Ailill avait été une enseignante impitoyable dans ce domaine. « Mais si tu as de la chance, ta mort sera peut-être rapide. » L’Orine lâcha le Corbeau qui s’envola dans un croassement funeste. Aussitôt, les créatures de l’ombre se jetèrent à sa poursuite.



L’homme s’agenouilla devant l’Elu, impuissant. Derrière lui, le champ de bataille s’était transformé en cimetière pour ses armées. Une neige cendrée retombait sur la vallée, dans un silence endeuillé. Les rares survivants n’étaient plus en état de combattre. La victoire de l’Amarante avait été écrasante. Jämiel s’approcha du monarque déchu. Son visage envoutant attirait le regard. Ses yeux semblaient capables de percer les âmes. « Ta couronnes. » déclara-t-il en tendant la main. L’insurgé lui adressa un dernier regard sombre : son ultime acte de rébellion. A contre cœur, il laissa tomber l’auréole. Bellone s’approcha à ses côtés. Son regard se perdait sur l’horizon. Ils venaient de remporter une bataille mais déjà, elle envisageait les prochaines, celles qui se profileraient tant qu’ils n’auraient pas terminé la mission confiée par Hel’dra. « Plus que trois peuples, et nous aurons achevé notre mission. » On pouvait percevoir autant d’inquiétude que d’excitation dans son timbre. La croisade qu’ils avaient entrepris depuis le couronnement de son Maître avait fait naître chez la jeune femme un goût prononcé pour l’art de la guerre : c’était plus exquis encore que les jeux de complots auxquels ils s’étaient adonnés toutes ces décennies. « Les prochains seront les Vampires. » déclara-t-elle. Jämiel soupira, faussement exaspéré en se relevant. Le vieil homme était tombé au sol, épuisé, et le souverain suprême l’enjamba négligemment. « En attendant d’achever notre conquête du monde, pourquoi ne profiterions-nous pas de cette victoire ? »


L’Elu d’Hel’Dra se plaça derrière le dos de Bellone. Il passa ses bras autour de sa taille, le menton posé sur le sommet du crâne brun. Le couple resta silencieux un moment, observant la vue qui s’offrait à eux depuis leur balcon. Le palais qu’avait battit la reine semblait surplomber le monde. « Alors ? Satisfaite ? » demanda l’Alfar. Un léger rire s’échappa des lippes de sa Muse. « Un Alfar ne se satisfait jamais de ce qu’il possède. » rappela-t-elle. « Rien n’est jamais assez grand pour nous rassasier. » Au tour du garçon de rire. « Mais nous avons déjà le monde à nos pieds. » souligna-t-il. « Il existe d’autres mondes qui nous attendent. » Le Roi des rois soupira. Il n’était pas fâché, plus exaspéré. Mais il savait qu’elle avait raison. Lui aussi désirait s’emparer de ces autres dimensions. Il voulait l’Univers tout entier au creux de sa poigne de fer. Jämiel contourna la silhouette menue de sa Reine pour lui faire face. Il s’agenouilla face à elle, ce qui la fit sourire. Le garçon ne se mettait jamais à terre devant quiconque, à part elle. Cette fois-ci néanmoins, ce n’était pas l’un de leur jeu. Il passa tendrement les mains sur le ventre de la jeune femme : il commençait lentement à se bomber. « Avant de nous y remettre, laissons un cadeau à ce monde-ci : mon héritier sera digne de les commander à ma place. »

Bellone s’enfonça dans les bras d’Harabella.
2053 mots.
Merci pour la CDN et à Jämiel de m'avoir laissé utiliser son personnage.
Images : # # ## # #
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Mancinia Leenhardt
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◈ Âme(s) Soeur(s) : Neah Katzuta | Ange | Compagnon
◈ Activité : Joaillière [Rang IV] | Médecin [Rang III] | Éleveuse de Vaches [Rang I] | Investisseur [Rang II]
Mancinia Leenhardt
Jeu 03 Sep 2020, 15:00


Illustration - Pengzhen Zhang
Rêver, sans laisser ton
rêve être ton maître

Mancinia s'imagine l'onde marine virevoltant au gré du vent salin, ébouriffant ses cheveux d'une fragrance incomparable et enivrante. Les vagues se brisant sur le rivage tel une étreinte insensée, l'écume chatouillant ses pieds en observant l'horizon où fusionnent le ciel et l'eau. Un monde dans un bleu uni qui ravit les coeurs d'un sentiment de liberté, de paix et de plénitude. Un univers d'infinité. Si elle pouvait offrir un tel cadeau à son peuple, ce serait bien celui-ci. Passant sa main sur son visage, l'Humaine dirigea ses yeux vers la douce voix qui susurrait à son oreille. Du moins, l'imagina-t-elle. Émanant d'en tout lieu et de nulle part, celle-ci venait de la secourir alors que son bras peinait à saisir une corde visant à la maintenir en équilibre sur une étendue instable. Aujourd'hui, elle serait une Déesse. Et le monde de ses rêves débutait par ...



Mancinia avait ouvert les yeux en imaginant très distinctement l'endroit où elle désirait se rendre. Cela n'avait pris qu'un court instant avant qu'elle ne prenne une position assise, reposant ses talons croisés sur le bureau rangé et propre de son compagnon. Elle observait cet endroit d'un air distrait, s'y sentant comme chez elle. Sans doute parce que Neah avait apporté un semblant de rigueur militaire dans sa vie, distinguant aisément son coup de patte dans les environs. C'était agréable de chérir quelqu'un et d'être certain des sentiments de l'autre. Le Lien était décidément le meilleur moyen de vivre une relation entière avec l'être aimé. Par contre, il tardait un peu à l'épouser et sa patience atteignait ses limites.

Et ainsi survint l'homme de mes rêves !

Neah avait ouvert la porte, laissant sa main sur la poignée et se stoppant dans son élan à l'ouverture de celle-ci, observant sa Protégée avec un regard mêlant étonnement et tendresse certaine.

Je ne savais pas que tu étais là.
Personne ne le sait, sourit-elle avec amusement.
Bien évidemment ! lâcha-t-il avec ironie. Ce n'est pas dans cette Cité militaire que tu croiseras des Soldats et encore moins dans la Caserne où j'officie.

Un autre détail, non négligeable s'il en est, vint aussi heurter sa conscience.

Comment es-tu arrivée ici, d'ailleurs ?
C'est la Magie de l'Amour.

Neah relevait sa main droite vers son visage, prenant l'arête de son nez entre deux doigts pour le pincer en relâchant un soupir. Elle savait être la cause de bien des maux de l'Ange, mais ce n'était pas grave. Il ne l'aurait pas aimée s'il en avait été autrement. Pénétrant ensuite son bureau en refermant la porte, il engageait ses pas pour se rapprocher d'elle.

Les passages sont fermés et un voyage en mer serait bien trop long, tu ...
J'ai envie qu'on se marie.

Cette interruption soudaine lui arrachait plus un sourire à son tour qu'une expression d'agacement quant au changement de sujet.

Tu sais très bien que moi aussi, souffla-t-il.
Dans ce cas, marions-nous tout de suite.
En plein milieu de notre déménagement qui nous fait courir dans tous les sens ? rit-il. Évidemment. Tu veux que les Consuls me tuent.
Tue-les en premier.

L'incrédulité marquait les traits du Capitaine devant l'aplomb qu'avait été le sien en prononçant cette phrase.

Parler de la mort de mes supérieurs sur un ton désinvolte n'est pas le meilleur moyen de monter en grade.
On peut toujours essayer.

Neah se mit à rire en secouant la tête tellement l'idée était ridicule à ses oreilles. Il semblait plus détendu qu'à son arrivée dans cet endroit qui deviendrait son nouveau chez lui.

Je l'ai obtenu, reprit-elle. J'ai obtenu l'accord de la Reine de mener mes propres explorations.

Mancinia se redressait tandis que son Gardien reprenait son souffle. Cette nouvelle ne l'enchantait guère, même si elle était inéluctable. Sous une forme éthérée et qui lui aurait été impossible de manipuler en temps normal, l'Humaine traversait l'obstacle qui la séparait de son amoureux, mais même saisi d'étonnement, ce dernier conservait le silence.

Je veux me marier.

C'en était presque un ordre. Peut-être était-ce le cas, pour donner un petit coup à leur avenir. Les portes de l'Espoir et de l'Ascension s'ouvraient devant ses pas. Et elle comptait bien l'y emmener. Portant sa main sur son visage dans une douce caresse, elle tapotait ensuite sa tempe de son index. Neah eu un froncement de sourcils, ressentant vaguement quelque chose parcourir son corps.

Qu'est-ce que tu fais ?
Si tu veux anéantir le Mal ... il va falloir le détruire de l'intérieur au préalable.
Tu ferais mieux de suivre tes propres conseils, sourit-il avant de l'attirer vers lui et de l'embrasser.

Mancinia mis un doigt sur sa bouche pour l'arrêter.

Je veux un enfant, Neah.
D'accord, Mancinia.

Et c'est ainsi que Mancinia Leenhardt fini sur l'épaule de Neah Katzuta, qui la portait retournée sur son épaule, tandis que, frapper de stupeur, elle ne réagit pas immédiatement.

Repose-moi !
Nan. Allons voir le Consul et demandons-lui de nous marier !



Désormais sur le départ, l'Humaine avait vu concrétisée ses trois plus grands souhaits. Son mariage avec Neah était au-dessus de tout. Ils avaient suffisamment attendu et leur bonheur était évident. Il restait une étape de leur union, mais celle-ci demandait un peu plus de temps ... et de travail. C'était au moins une corvée agréable que de le sentir se perdre en elle. Avec la conclusion récente du chantier d'Astura, elle voyait le trait d'union entre les Anges et les Humains se renforcer, avant la création d'un projet bien plus vaste qu'elle mènerait d'égal à égal en compagnie de son mari. Et en dernier, tout récent ... C'était l'obtention de son diplôme de médecin, avec des spécialisations agrandies et une reconnaissance qui ne cessait de croître. Elle avait travaillé sur les anciens travaux d'un de ses confrères et avait établi ses propres théories. Certaines, probablement, étaient évidemment trop monstrueuses pour être abordées en public. C'était alors le début de ses actions souterraines. Une d'entre elle risquait de faire très mal. Elle était d'ailleurs en rendez-vous avec un visionnaire. Celui-là, elle le pressentait, mieux valait l'avoir comme allié que comme ennemi.

Respecte bien le dosage, d'accord ? Tu pourrais anéantir la Cité du Lac avec une telle quantité. J'estime tout de même l'homme à sa tête pour ne pas lui infliger ça ...
Je saurai m'en souvenir. Sur ce ...
Tu passeras mes salutations à notre cousin.
Tu n'as qu'à le lui dire toi-même.

Et il refermait la porte avec brusquerie, alors que Mancinia relâchait un soupir. Ishkarin n'était décidément pas commode, peu importait leurs liens récemment découverts.

Aussi aimable qu'une porte de prison celui-là ... Ce doit vraiment être un trait familial chez les hommes de la Famille !



Salut la Compagnie !

Combien de fois avait-il entendu ça ? Habituellement, Ishkarin aurait élevé les yeux vers le ciel, mais c'était une habitude qu'il perdait depuis que l'Humaine lui en avait fait la remarque.

Pouah ! Quelle boucherie ! J'étais de passage pour récupérer une carte maritime réalisée lors des explorations d'Iyora ... lorsqu'on m'a parlé de l'explosion ... Tu es en charge de l'enquête ?

Ses manières ingénues et irrespectueuses étaient pour s'assurer qu'ils fussent bien seuls, tandis qu'il confirmait ses dires d'un signe de tête. Le visage de l'Humaine paru alors indéchiffrable.

Pour avoir ce résultat, vous lui avez fait ingérer ?
Cette méthode a permis de ne frapper que les principaux intéressés.
Et engendrer le traumatisme sur vos dernières Recrues ...
Bienvenue dans l'Armée ! sourit-il. Nous ne sommes pas ici pour faire dans la dentelle, Mancinia, tu devrais le savoir en tant qu'épouse d'un Imperio.
C'est sûr que c'est une réparation au-dessus des cours de couture ...

Mancinia s'était agenouillée pour prendre entre deux doigts la main coupée net durant la détonation. Elle baignait dans le sang et la suie, non pas par irrespect, mais en raison de l'enquête en cours et qui était dans toutes les conversations angéliques de ces dernières heures. Difficile de croire que ces morceaux de chairs emmêlés un peu plus loin appartenaient à des hommes ce matin encore. Elle balançait ensuite sans ménagement ce membre flasque un peu plus loin, ne s'émouvant pas de son état. Ça avait été rapide, les deux victimes n'avaient pas soufferts.

Je n'aurais pas cru que tu accepterais réellement ce projet.
Ils étaient un obstacle à l'ascension de mon mari.
Ce n'est pas très bien d'utiliser ton époux comme bouclier à tes ambitions. Confiez-moi la Compagnie et éradiquons-le Mal. Tu n'as jamais acceptée qu'ils te disent non.
Oh.

Sa voix avait été volontairement exagérée dans une expression désolée, avant de se retourner vers lui en souriant.

Ils m'ont dit oui. Je n'avais pas envie de travailler avec eux, ceci dit. Neah sera un meilleur dirigeant dans tous les cas. Il sait où vont les intérêts de nos nations. Quant au second choix, prenez qui vous voulez. Je m'adapterais à quiconque sert les mêmes volontés.

L'Humaine relevait son visage vers les éclats de sang qui avaient certainement aspergés une grande partie premier rang durant le discours. Sur le plafond, entre la noirceur de l'explosion, il semblait y avoir une figure dessinée.

C'est sympa. On dirait presque un papillon, non ?
Ce qui vient d'être commis vaut bien une résurrection.

Mancinia eu un large sourire.

À mon tour, dans ce cas.



Hey, l'Alternante.

Mancinia relevait son visage vers celle qui venait de mettre ses paumes contre son bureau, l'interpellant de manière inélégante. Elle n'avait plus vraiment envie d'être adorable et gentille vers ceux qui lui manquaient de respect, mais son regard se perdait dans la contemplation de l'impertinente. Ce visage ... ressemblait au sien. Non, c'était clairement une copie conforme de ses traits. Les cheveux, les yeux, la manière de regarder les autres de son petit air blasé. Ce n'était pas Lancinia non plus qui lui adressait la parole, surtout que son clone avait des tatouages et des marques que ne possédait pas celle se dessinant devant ses mires. Cette personne était ... une nouvelle entité. Elle le ressentait.

C'est quoi ton nom ? demanda-t-elle d'une voix plus douce.
Mancinia Leenhardt.
... Sans déconner ?

Arquant un sourcil, elle ne semblait pas accepter son identité alors que les deux femmes se dévisagèrent en silence. Ce n'était pas une plaisanterie et sa mystérieuse interlocutrice dû l'admettre rapidement, soupirant avant de s'asseoir sur la chaise lui faisant face. Mancinia ressentait très clairement la menace qu'elle pouvait devenir si elle se mettait en colère. Sa tenue, d'un noir de jais, soulignait ses courbes, rehaussant sa peau blême et lui donnant un air bien néfaste.

Je suis la Reine Noire. Je sais, ce n'est pas terrible comme prénom, mais tu peux m'appeler ainsi. A moins que tu ne me trouves un autre surnom amusant !

C'était une étrange souveraine pour ainsi s'inviter chez elle, qui serait investie prochainement maintenant que sa Capitale était construite et, surtout lui parler comme à une vieille amie. Peut-être ... l'était-elle ? Peut-être devenait-elle folle ? Peut-être que cette magie divine qu'elle usait avec parcimonie devenait une entité indépendante par ennui ?

Je vois que tu as des choses que tu ne devrais pas avoir, toi non plus. J'ai cru comprendre que les Humains d'ici ne pratiquaient pas la magie.
Les Humains ... d'ici ?
Oups, dit-elle, faussement perturbée de sa remarque. Suis-je bête.
Soyez plus directe dans vos menaces.
Oh, moi, j'm'en fou. Je passais seulement me présenter et voir un peu ce que tu faisais de ta vie. Je suis curieuse. Je surveille. Soit dit en passant, un petit conseil ... Fais le Bien autour de toi, ou sinon ...
C'est évident que j'agis pour le Bien, l'interrompit-elle avec un sourire. Ma magie ne me serait pas utile autrement !
Bien, c'est très bien ... Je ne vais pas te déranger plus longtemps. J'ai des choses à faire aussi, mais je viendrais te rendre visite quelques fois.

Se redressant en entraînant sa longue traîne sombre derrière son dos, elle marquât un temps d'arrêt.

Ah ! s'exclama-t-elle en se retournant. Au fait ... Félicitations pour le bébé !

Mancinia portait ses deux mains sur son ventre avec un large sourire.

Merci.



Son accouchement avait été douloureux et elle peinait à suivre la cérémonie correctement, mais Mancinia n'avait voulu, en aucun cas, retarder son sacrement. C'était un événement auquel elle se préparait depuis des mois. Des années, peut-être. Cela aurait été un premier pas relativement ridicule en tant que Souveraine. Sans doute aurait-elle dû se sentir anxieuse, mais la course aux derniers préparatifs et l'amour de son fils nouvellement né l'avait bien plus motivée que le reste. Dans un trait d'arrogance, la Fille du Soleil se savait être l'aurore d'une époque nouvelle. Dans le Temple de la Justice, où se pressaient ceux sur qui elle veillerait désormais, sa progression en son centre avait été peinte par le talent d'une main habile, qui venait de capturer ces instants solennels. Les Bénédictions des Aetheri étaient longues et ennuyeuses, mais si cela les amusaient de tourmenter les Mortels pour voir s'ils ne périssaient pas d'ennui, soit.

Manquant presque de s'endormir alors que son regard restait obstinément pointé vers le sol, Mancinia ressentait le poids du manteau royal, un riche habit de teinte en carmin, bordée de duvet d'hermine blanche. Dans ses mains, le Sceptre de la Justice, d'or et de cuivre. C'était la dernière étape avant de lui remettre sa couronne. Inclinant la tête, les mains unies, on vint la déposer une lenteur accablante sur son crâne. Se redressant, elle entendit des exclamations dans son dos et, tandis que d'un mouvement, elle se retournait vers son peuple, on dévoilait alors la bannière qui serait sienne, un Azuré aux ailes déployées sur un drapeau doré. Le symbole d'un renouveau, d'une résurrection. De celui qui battait des ailes et qui demeurait capable de provoquer un ouragan.

Comme des dizaines de discours auparavant, Mancinia renouvelait son serment. Servir le Peuple des Humains, les gouvernants dans la Justice et l'Amour d'une Mère. Tous applaudirent, crièrent et célébrèrent. Neah était au premier rang, évidemment, tenant Elay dans ses bras, attendri et fier. Il devenait Roi, d'une certaine manière. Et leur Prince valait bien cet événement. Souriante de bonheur et de sincérité, la Fille du Soleil récitait solennellement toutes les promesses divines que devait tenir le régent, ses engagements, ses devoirs et ses droits, alors que l'on dispersait de l'encens.

Désormais, elle était Reine.



Souriante tout en observant ses confrères et consoeurs présents autour de cette table ronde, elle attendait le bon moment pour prendre la parole au milieu de quelques réformes proposées et de la progression technologique des Royaumes. Son expression attirait le regard de la Reine Scylla, qui l'avait toujours vu pleine d'ambitions, mais loin d'être une menace. Elles agissaient toutes les deux pour le bien des Humains, après tout. Seulement, c'était une erreur. Mancinia n'avait jamais tolérée la gestion des siens par plusieurs Souverains. Ils se déchiraient progressivement et Muharkel en était le parfait exemple. Ils avaient reniés les Anges, ils considéraient certaines moeurs comme immorales et même les danses traditionnelles devenaient taboues. C'était ridicule et inacceptable, car de ces petites dérives naîtraient certainement des désaccords plus graves à l'avenir. Non. Mancinia Leenhardt ne voulait plus diriger un Royaume. Elle voulait un Empire. Un Empire des Humains. C'était le moment qu'elle attendait depuis si longtemps. Comme hors des mains du Destin, attendant de déchirer cette Vérité illusoire qu'ils avaient construite.

Les Humains se doivent d'être réunis sous une seule bannière. Nous nous sommes tous éloignés les uns des autres ... Cela ne me convient pas.
Vous êtes bien la seule à qui cela ne convient guère, étrangement ! Je doute que le peuple se plaigne de notre gestion qui est ...
Calamiteuse ! Vous êtes tous les hontes de la Nation ! Acceptez un renouveau au sein de notre mode de fonctionnement, ou mourrez avec l'ancien régime !

Des ricanements suivaient sa menace, qui écouterait la nouvelle Reine d'un Royaume encore à ses débuts ? C'était une erreur de débutant que de se croire intouchable. L'ambition dévorante brûlait dans ses yeux, mais ce n'était qu'un petit être. Scylla ne voulait pas croire ce qui atteignait ses oreilles. C'était comme si elle était la Mère de cet Enfant instable, elle devait la reprendre. Tout de suite.

Non.
Non ?
Non.
C'est problématique. J'avais l'intention de tout brûler pour mieux nous permettre de renaître.

Venaient-ils d'éveiller une tempête avec des éclairs prêts à surgir et s'abattre ? Ils ne voulaient pas de cet avenir, choisissant de glisser sur sa lame. Leur choix était fait.

Ma Justice sera impitoyable.
Votre Justice ! ricana l'un. Bon. Je pense que Mancinia a suffisamment fait de bêtises pour ce soir. Tenons-nous en-là.
Écoutez bien, petite insolence ! reprit une autre. Nous vous avons donné votre trône pour vous calmez un peu, mais si cela ne vous suffit pas, nous pouvons tout aussi bien vous le reprendre ! L'humiliation d'une destitution devrait probablement vous faire taire !
Je dois vraiment arracher les mauvaises herbes à la racine, soupira-t-elle. Vraiment, vous devez brûler pendant que moi, je brillerais.

Qu'avait-elle à mentionner le bûcher sans ... ?

Au feu !

Cette voix avait claqué depuis l'extérieur du bâtiment. Elle était reprise par plusieurs autres, qui criaient devant l'ampleur du désastre à venir et alors que, subitement, une odeur âcre emplissait la pièce. Une de ses consoeurs se redressait pour aller ouvrir la porte tandis que le tumulte grandissait. C'était la seule issue. Ils étaient en hauteur. En cas d'incendie, c'était un bûcher tout désigné. Quelle arrogance de ne pas suivre les règles élémentaires de sécurité, n'est-ce pas ?

Mais ... ! Elle est verrouillée !
Oui, dit Mancinia en se calant sur son siège. J'ai tout fermé à l'instant. Vous n'irez nulle part.
Alsahir !
Quel cri venant du coeur ! rit-elle de plus belle.
Vous aussi, vous brûlerez, Dëzahir !
Oui, oui ... Seulement ... Je suis une Élue, vous voyez. Je ressens tout, mais ... La Mort ne veut pas de moi. C'est devenue une bonne amie qui me soutien dans mes projets.

Se redressant avec célérité, elle repoussait l'un des Rois venu pour s'emparer d'elle, ce dernier n'avait rien pour se retenir et sombrait dans les flammes qui venaient d'apparaître derrière le bois, à une vitesse galopante. Et tandis qu'il brûlait à mort, la Reine se retournait vers ses homologues tremblants, sa voix couvrant les cris d'agonie de l'Humain, un regard complètement dément sur le visage.

Vous êtes tous pareils ! Comment voulez-vous gouverner si vous n'êtes prêts à rien ? Ne me faites pas croire que cela ne vous a pas traversé l'esprit ! Si cela n'avait pas été moi, cela aurait été quelqu'un d'autre !
Vous êtes folle ! Complètement folle !
Vous viendrez dans la tombe avec nous, Mancinia.
Oh, non. Vous allez me sauver, Scylla.

Prise d'une soudaine crise, la Reine se précipitait sur son impertinente consoeur ayant perdu la raison, la repoussant violemment, au point de la faire basculer via une ouverture dans la roche qui leur servait de fenêtre. Au dernier moment, comme un sursaut de bons souvenirs passés en sa compagnie, elle voulut la retenir, mais sa main était trop haute, la laissant dégringolée de plusieurs dizaine de mètres. Elle l'observait, incrédule, tandis que Mancinia, en actrice inimitable se mis à pleurer, tousser et l'appeler en lui disant de la suivre.

Venez ! Sautez à votre tour, ne gaspillez pas votre vie pour moi !

Quel heureux hasard qu'un drap se soit retrouvé à cet endroit. Ah ah ah. Elle serait la seule survivante d'un carnage parfaitement orchestré et Scylla venait de lui donner l'opportunité certaine de dissimuler ce qu'elle avait fait. Cela lui nouait les entrailles avant qu'une poutre brûlante ne les traverses en s'effondrant et ne la condamne au néant.



La Reine Scylla Taiji était traitée en héroïne après son trépas douloureux. Mancinia aurait eu mal au coeur de dénigrer celle qui avait été la plus digne de tous à les gouverner, surtout qu'elle lui avait offert l'opportunité de créer un véritable mythe à son encontre. Quant aux éventuelles rébellions ... Il n'y en avait eu aucune. Son Souhait avait été entendu. La Parole est adorable de lui donner tant d'intérêt. Toutes les cartes étaient dans ses mains, tout avait mis du temps, mais tout se réalisait pas à pas. Désormais, les Humains redevenaient une Nation unique.

Ils restaient quelques éclats sombres sur la toile du monde qu'elle rêvait.

Seulement, ces ombres désagréables, elle allait les éradiquer.



Baignée dans la lueur orangée du Soleil, le Palais élançait ses hautes tours vers le ciel, l'imposante bâtisse de pierre blanche, dominait le territoire. La riche ville marchande s'étendait tout le long de la baie, spectatrice de l'incessant manège des navires entrant et sortant de son port. Accoudée au garde-fou de l'une des nombreuses terrasses que comportait son domaine, Mancinia ne se lassait pas d'admirer le paysage. Revêtu de son habit militaire, Neah était venu à ses côtés, passant ses bras autour de sa taille, où les signes évidents d'une grossesse nouvelle naissaient. Elay se trouvait un peu plus loin, s'amusant avec des jouets en bois. Elle entendit un « Âldsa Dyh » perdu dans ses cheveux et elle savourait ce bonheur plus que quiconque.

La valeur des actions prône sur la valeur du sang.

Un sang rouge s'assoit à la place d'un sang bleu.

Maintenant, elle n'était plus Reine.

Elle était Impératrice.



Mancinia se tenait debout dans les eaux bordant la plage de sa Capitale. Doucement, la nuit tombait, mais le crépuscule clairsemait encore la voûte. Sur ses chevilles, un liquide noir prenait naissance et se dirigeait, comme mû d'une volonté propre, vers le large. Elle était épuisée de rester dans cette position depuis des heures, mais c'était elle qui avait choisi d'être nocive. De devenir mère de ceux à venir. Il y avait une petite contribution de sa personne en échange. Si elle voulait des Humains, elle devait y mettre du sien.

C'est un nouveau produit nettoyant ?
Nous devons bien enlever les déchets qui polluent nos océans, tu ne crois pas ?

Ishkarin était venu à sa rencontre, repliant ses deux ailes blanches dans son dos, intrigué de son manège.

J'ai obtenu un accord avec les Sorciers, compléta-t-elle.

Il croisait les bras contre sa poitrine.

Ne fais pas cette tête. Tu sais très bien ce qui arrive si un équilibre est rompu trop brutalement. Ils aiment le Chaos, certes, mais le Mal sera réduit à l'état de rien. Ils dominent l'intégralité des Démons à présent. Et ils viennent de déclarer la guerre aux Vampires en prenant possession d'un territoire convoité par ces Suceurs. En échange ... J'ai promis d'affaiblir les Sirènes avant qu'ils ne les abrègent.

Jamais le Peuple des Mers et des Océans n'avait été hostile envers les Humains, sans doute à cause de leur éloignement des côtes durant des millénaires et du peu d'intérêt de leur race à leurs yeux. Il en était de même pour les Anges. Seulement, les temps changent. Leur Souveraine n'avait pas voulu de sa demande, elle avait donc choisi de profiter de l'ancienne entende entre les Ailes Blanches et les Mages Noirs pour conclure une alliance avec ces derniers. Cet accord avec l'Impératrice Noire stipulait que Mancinia trouve un moyen lent et douloureux de les éliminer.

Une large majorité des peuples restants sont Bénéfiques, voire Neutres.
Les Alfars se terrent comme des rats, pour ne pas changer. Ils restent les Déchus et les Réprouvés, qui se sont rassemblés. Et ils nous attendent. Leurs Cités se sont unies à nouveau.
Je suis au courant. Ils lorgnent sur Qaixopia, prêts à nous attaquer. Ils ne bougeront pas à moins de voir un véritable acte de guerre, mais nous sommes prêts à les recevoir.
Il ne risque pas de venir des Anges avec cet idiot Pacifiste et diplomate que nous avons choisi. L'Apakan ne semble pas motiver à les écraser ... Je veux bien qu'on use de la parole, mais il y a des limites à la stupidité.

Mancinia se moquait bien des Réprouvés, ils ne vivaient que pour combattre et seraient heureux de mourir de cette manière. Elle était plus réservée envers les Déchus, mais elle n'allait pas sacrifier quinze ans de travail parce qu'ils ne voulaient pas plier un genou. Au fond, elle aurait pu soumettre tout le monde ... mais où était l'intérêt ? Où était l'assurance ?

Et ce nouveau produit que tu répands ?
Un cadeau de ma part pour nos amies ... Ça devrait les conduire vers l'extinction.

Un poison aurait probablement anéanti toute vie maritime, alors ...

Un produit stérilisant ?
Que tu es cruel, Ish' ! Elles enfanteront encore, bien sûr ... Des Humains uniquement.

Mancinia se mis à ricaner. On se demandait qui était le plus cruel de leur coalition.



On ne rechigne pas au travail, Alternante.

Mancinia avait longuement attendu son retour. Certainement entre l'enthousiasme et l'appréhension. La Reine Noire venait de nouveau à sa rencontre, comme promis dans le passé. Elle était égale à elle-même, étrangement.

Tu es devenue Souveraine, maintenant ?
Vous êtes venue il y a huit ans.
... Sérieux ?

Son étonnement était certain et provoquait le sien.

Je ne mesure pas le temps qui passe, décidément.
Seriez-vous une sorte de divinité ? l'interrogea-t-elle sans détours.
Ah, non, alors ! se mit-elle à rire. Je suis particulière, mais pas à ce point. Et toi ?
J'ai de la chance ... Je présume.

Son regard observait l'ensemble vers les cartes devant l'Impératrice. Elles indiquaient les positions stratégiques de courants océaniques découvertes par des scientifiques venus de l'Empire des Enfants de Yanna et, visiblement d'expérience, la Reine Noire savait ce qui allait en résulter.

Tu veux vraiment lancer une guerre ? J'ai cru comprendre que vos peuples se remettaient à peine d'une violente querelle entre divinités.
Leurs ancêtres auraient dû avoir la même considération envers les Humains et les Anges lorsqu'ils mourraient sans qu'ils ne remuent un doigt. Combien d'autres peuples sont victimes de leur barbarie et de leur inaction ?
Je ne suis pas certaine que se venger sur leurs descendants puissent apporter la Paix sur vos territoires.
Le reste de notre existence sans eux nous l'apportera certainement.
Exterminons nos ennemis et vivons heureux ?
C'est l'idée.
Tu n'as pas l'air très convaincue par tes idées !

Sans doute. Elle n'avait guère envie d'exterminer des peuples qui étaient des eurythmies entre deux contraires, comme sa vie l'avait été sous le regard de Sympan.

Ne devient pas l'ennemie qui ne rend pas heureux un enfant, Mancinia. Ou le rêve deviendrait un cauchemar.

L'Humaine reposait un compas sur l'une des cartes.

Quelle serait mon autre option ?
Souhaite. C'est ton don, non ?

Elle sourit. Peut-être que cette facilité aiderait.

Je souhaite ...



Comment ça, disparus ?
Oui, Consul. Il n'y a plus un seul Déchu à Avalon.

Neah était interloqué, pareillement que son homologue. Ils n'étaient pas venus pour la querelle, malgré les tensions, mais parce que des rumeurs circulaient sur le départ des Ailes Noires. Et c'était vrai. Les rues étaient vides, les commerces ouverts semblaient attendre la venue de clients invisibles, les habitations avaient été désertées. Comme si, d'un simple clignant d'yeux, tout le peuple s'était volatilisé. Pourquoi auraient-ils abandonnés leur Capitale, certainement le Joyau le plus précieux de leur affranchissement vers la liberté, le symbole de leur vie en tant que race à part entière ?

Qu'en est-il de Stenfek ou de Drosera ? Voire ... d'Amestris dont le silence devient inquiétant ?

Probablement que la situation était la même. Mancinia le savait, elle. Son souhait s'était réalisé. Puisqu'ils ne pourraient pas vivre en harmonie, ou dans une paix très précaire et instable ... l'Humaine avait voulu que toutes ces sales races aillent voir ailleurs. Elle ne les avait pas anéantis. Juste ... déplacées ? Peut-être. Quelque part. Elle avait voulu que leurs enfants à eux, aussi, vivent heureux. Elle ne savait pas exactement ce qui avait été fait à leur encontre, mais au moins, aucun être n'aurait à souffrir injustement d'une guerre causée par ses ambitions. Les Anges voyaient désormais dans la renaissance de leur race et le déclin des autres un signe évident de renouveau pour le Bien. Et la main tendue pour éliminer le Mal, qui s'était volatilisé. Peut-être faudrait-il s'entraîner pour lui faire face, lorsqu'il reviendrait ... Ou pas. Qui sait ? Pour une raison inconnue également, l'Apakan avait choisi de remettre sa couronne et sans la moindre opposition, maintenant qu'il était l'heure de scellés des alliances uniques. Neah la prit à son tour. Les Anges et les Humains allaient devenir une seule et même Nation. Il n'était plus utile d'évoluer les uns contre les autres, alors elle avait ordonnée le démantèlement de leurs armées et n'avait choisi de l'intégrer sous la bannière d'une nouvelle puissance. Ainsi unies, jamais leurs armes ne pourraient se retourner contre l'un ou l'autre.

Il y avait bien eu une voix qui avait protesté.

Mais rien ne lui résistait bien longtemps.



Mère ?
Je suis là, Ihsan.

L'Enfant des Cieux était devenu un homme. Il avait beau bientôt atteindre la quarantaine, il demeurait son petit bébé ailé.

Est-ce vrai que vous avez autorisé Djeun à se promener en compagnie de deux Gardes dans les Jardins du Palais ?
Oui.
Vous ne devriez pas. Elle est mauvaise.

C'était la vérité. Pour une Magicienne, son âme et son coeur étaient d'une noirceur détonante. Sans doute aurait-elle été une Sorcière s'il était encore possible que l'essence devienne Mal. Seulement, ce processus n'était plus réaliste et elle pouvait seulement emprisonner les malotrus qui se révélaient empreint de noirceur. Et puis ... Si elle prenait la fuite après avoir un acte de miséricorde de leur Souveraine, qui reprocherait à une flèche malencontreuse de mettre un terme à sa misérable existence ?



Mancinia avait regardé au travers des vagues, au-delà des rivages qui la retenaient. Elle avait vu les montagnes sombrer, entendus des centaines de récits. Cela faisait trois siècles qu'elle régnait en maître de l'ombre sur une alliance regroupant le Bien. Ses rêves n'auraient pas pu la convaincre que tout se déroulerait aussi simplement. Les choses avaient évoluées. Cinquante ans après la disparition des races ennemies, ils avaient signés un accord démolissant totalement les barrières encore existantes, devenant une Nation régit par un gouvernement élu démocratiquement. Ce choix avait été l'évidence même lorsque l'éternité s'était vu octroyée à tous, que les peuples s'étaient mis à progresser en harmonie les uns avec les autres, engendrant dès lors d'autres progressions galopantes et intéressantes. L'évolution technologique permettait de voler par-dessus les mers rapidement, de parcourir de longues distances en train à vapeur, réunissant avec aisance les Continents, sans dépendre d'une magie dévorante. Si elle était était toujours ébranlée par l'Antimagie, ils étaient ainsi parvenus, progressivement, à vivre les uns et les autres. Raison pour laquelle, probablement, elle était l'Impératrice de ce monde nouveau.

Salut !

Mancinia sourit. Elle n'était plus vraiment surprise d'entendre cette voix à ses côtés. Et, comme de coutume, l'étrangère sans nom qui surgissait de temps à autre posait sa question en premier.

Comment va ta vie ?
Il y a quelques petits tracas, mais tout va bien, Reine. Et vous ?
Oui, c'est un véritable bordel que de démêler les petits soucis de tous, admit-elle en prenant un siège. J'en suis au même point que toi. J'ai un dirigeant qui ne veut pas signer un accord qui sauverait son pays. Pourquoi ? Parce que nous sommes en désaccord sur quelques points. Juste ... Ne peut-il pas simplement signer, sauver son peuple et rentrer dans la politique de ma nation pour venir dégager de lui-même ce qui l'ennuie ? Ça nous éviterait de déclencher une guerre idiote !

Son agacement était perceptible, car son interlocutrice ne parlait quasiment pas de l'endroit d'où elle venait. Ni des siens. Ni de rien. Elle était au courant pour eux, mais Mancinia ignorait tout d'elle. Malgré cette part de mystère intrigante, la Reine Noire n'était pas une menace. L'Impératrice se demandait vaguement si elle ne venait pas des mondes d'en-haut, comme le pensait les astronomes qui étudiaient les astres depuis quelques années. Peut-être que maintenant, elles deviendraient plus que des amies, mais des alliées ? Et puis ...

Quelle est cette tête que tu tires, là ? Ne t'en fais pas, va ! Je trouverais une solution. Je ne peux pas me servir de tes Souhaits, mais je ne suis pas démunie non plus.

La Reine Noire ressemblait à une Aether. Plus qu'une Aether, même. Sympan, peut-être ? Au-dessus de lui ? Quoi qu'il en soit, les religions déclinaient. Petit à petit, ces Aetheri ayant ravagés les terres par leurs étranges plans semblaient s'éteindre dans l'indifférence générale. Alors ... Quoi ?

Je pensais qu'ils m'empêcheraient d'accomplir tout ça.
Qui ça ?
Les Aetheri.
Ah ... les Dieux ?
Oui.

Ne savait-elle pas qui ils étaient ?

Je n'avais jamais pu imaginer qu'ils soient aussi silencieux.
Les Dieux, silencieux ? Ah ah ... qui sait, Mancinia ? Il y a peut-être un Dieu qui te regarde depuis son écran de verre en écrivant la suite de tes aventures ?

L'Humaine était songeuse, un léger sourire sur ses lèvres.

Tu devrais retenir cette idée, Mancinia. Nous sommes tous l'histoire de quelqu'un.

Se redressant en entraînant sa longue traîne sombre derrière son dos, elle marquât un temps d'arrêt.

Ah ! s'exclama-t-elle en se retournant. Mes excuses concernant la Faille au-dessus de la Ville au Lac.
La ... Hein ?

Cette scène avait comme un air de déjà-vu.



Tu peux me répéter ça ?

Mancinia, quelque peu interloquée, observait Ishkarin, assis à ses côtés au-dessus d'un promontoire. Ils venaient de mettre la dernière pierre de leur nouvelle cité, célébrant l'achèvement des travaux qui devaient conduire à la conclusion des conquêtes sur leur monde ... ouvrant probablement le champ des possibles aux yeux de l'Ange à ses côtés.

J'aimerais aller explorer le monde là-haut.
Mais Ish', tu ... ! Tu as passé ton temps à explorer toutes les courbes du Disque-Monde et maintenant, tu veux aller là-haut ? Non, mais ... Ne crois-tu pas qu'il serait temps de prendre ta retraite !
C'est mon devoir.
D'explorer l'univers dans ses moindres recoins ? Personne ne te l'impose, trouve-moi une autre raison. Une vraie raison.
J'ai vraiment envie de le faire, Mancinia.

Cet homme était vraiment une cause perdue, mais d'un autre côté, elle comprenait ses ambitions. Si elle était devenue comme une sorte de Protectrice de ces terres, se désincarnant progressivement de son rôle de Mortelle pour devenir autre chose, Mancinia rêvait d'un ailleurs où elle pouvait reprendre une vie normale.

Je ne sais même pas pourquoi on en discute, tu vas quand même prendre cette ... Fusée ? ... Bon, bon ... Je présume qu'une tête de mule telle que toi arrivera bien à sauver quelques âmes égarées en chemin. Mais pourquoi tu me demandes la permission ? Tu peux partir sans mon cons ... Ah, mais non Ish', pas mon mari !

Il sourit presque avec arrogance.

Nous avons besoin d'être plusieurs là-haut. Et puis ce n'est pas comme si tu n'allais plus le revoir.
Tu veux t'engager dans une exploration de quinze ans ! Quinze !
Tu as vécu avec ton mari pendant deux mille ans ... Tu peux bien le rendre un peu à ses troupes.
Ouais, ben, je l'aime encore !
On le sait bien que tu l'aimes ...

Son soupir était volontairement exagéré, amusant d'autant plus l'Ange que les années avaient adoucis. La moue boudeuse de l'Impératrice était sûrement dû à quelques alcools ingérés.

Il n'osera jamais t'en parler, alors c'est moi qui le fais.
Parce que t'as aucune race, Ishkarin. Aucune.
Tu mens. Je suis un Ange. Regarde mon visage.

Battant des cils, il parvint à l'adoucir, mais ses craintes demeuraient. S'ils allaient là-haut, retrouveraient-ils ces races dont elle avait annihilé l'existence sur le Disque-Monde ? Ils avaient peut-être suivi leur propre évolution, de mal en pis ou de mal en bien ... C'était une part de mystère. Est-ce que la Guerre reviendrait à nouveau, ou parviendraient-ils à préserver une harmonie nouvelle ? Deux mille ans étaient passés. Peut-être que les anciennes inimités s'étaient brisées. Son air apaisé valu à Ishkarin d'abattre une dernière carte pour la convaincre.

Nous avons tous un Rêve, après tout.

Cette phrase la glaçât quelques instants.



Mancinia ?

En entrant dans la chambre, il voyait sa bien-aimée assise sur le lit, ses membres inférieurs repliés contre sa poitrine, tenant sa couronne entre les mains et en la retournant dans tous les sens. Le Roi vint à sa rencontre, mettant un genou sur le matelas pour venir mettre une main dans son dos, le caressant avec douceur. Un sourire naquit sur les traits de l'Humaine. Ce geste valait l'or du monde.

Est-ce que tout va bien ?
Nous devrions y aller.
Maintenant ?

Parler et se dire des choses était bien mieux que le silence. Ils se complétaient, mais l'un et l'autre appréciait entendre la voix de son partenaire. Ses lèvres se crispaient durant un instant.

Je devrais même m'y rendre seule. Je n'ai que trop tardé.

Son époux mit son front contre le sien.

Si tu es certaine de toi ... J'attendrai ton retour. Comme tu es toujours prête à attendre le mien.

C'était presque un déchirement de le laisser là, seul. Elle ressentait un réel bonheur d'être en sa compagnie. Les années, les décennies, les siècles ou les millénaires s'écoulaient sans qu'elle ne ressente le besoin d'être ailleurs, en vérité. Mais quelque chose lui disait que son chemin devait reprendre. Leurs enfants avaient grandis, ils avaient eu une descendance vaste et prospère ... Ils étaient loin d'être à plaindre. Leurs territoires étaient en paix, les crimes étaient rares et ils s'apprêtaient à partir à la conquête des étoiles, certainement une suite logique après la conquête des cieux.

Neah, tu ...

Son regard percutait le sien, la laissant muette. C'était si intense.

Oui ? l'encouragea-t-il.
Tu es mon plus doux rêve.
Il n'est pas terminé. Tu le sais.

Toute aventure a une conclusion, mais également un début. Elle avait contrée le temps, le destin, acquit la liberté, la découverte d'une vie rêvée, de l'amour sincère loin des peines. Faire naître des empires, anéantir ses ennemis, soumettre des souverains. Elle avait conquis les océans tumultueux aux plus hautes montagnes, en passant par les plaines désertiques et les étendues boisés, garnies de mystères. C'était un point de passage. Elle était au tournant. Ce qu'elle décidait maintenant forgerait son avenir, mais son chemin pouvait être décalé. Car qu'elle soit Joaillière, Médecin ou Divine, sa conclusion viendrait, mais le reste est à portée de sa main. Les rencontres et les épreuves continueront à la construire. La Guerre et sa cruauté, les batailles et les morts. L'amitié, les rires, l'Amour et les tendres baisers. Dans ce Rêve, il lui restait quelques conséquences positives. Était-elle l'histoire de quelqu'un ? Ou est-ce que ces personnes étaient ceux qui l'aidaient à écrire son existence ?

Empruntant la Faille au-dessus de la Cité au Lac, sa dernière vision était celle de ...

« Nous faisons partie d'un monde ... Que tu as rêvé en premier. »

7060 mots - Oups ?

Alsahir - Sorcière
Dëzahir - Démone
Âldsa Dyh - Je t'aime

Les phrases dite en italique sont des "ordres" en gros, quand Mancinia parle ainsi, ce qu'elle veut se réalise. Il n'y a pas d'erreur entre la Cité du Lac et la Cité au Lac. Ce n'est, bien entendu, pas la même ville. La Reine Noire, c'est une référence à mes romans. Autant utilisé le multivers offert par le Forum 8D


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Jeu 03 Sep 2020, 16:24



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Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître


Je regardais le décor avec beaucoup d’attention. Au loin, il me sembla reconnaître quelqu’un que je connaissais, sans doute l’un de mes amants. Les dorures de la pièce me donnèrent envie de prendre l’hôtesse contre un mur. Il ne fallait pas croire : mes rêves étaient aussi érotiques que le reste de mon existence, sinon plus. Je n’avais alors pas conscience d’être dans l’onirisme ou, du moins, je n’en eus pas conscience avant que les explications me soient données. L’évocation de la Coupe des Nations créa le sérieux sur mon visage. Je ne pouvais pas toujours être léger et inconséquent. Une moue ne tarda néanmoins pas à apparaître sur mes traits. Je n’avais jamais eu envie de me prendre pour un Dieu. Je laissais ça à d’autres. La simplicité m’allait davantage, même si ma vie n’avait jamais été aussi compliquée qu’actuellement. Je sautais cependant les obstacles à la façon dont un enfant sautait par-dessus les flaques ou décidait qu’elles n’existaient pas. J’avais peut-être de la boue partout sur les pieds mais je ne m’en souciais pas. Le danger ne restait pas dans ma cervelle. Je préférais affronter des actes et des réalités, pas des possibilités.

Une fois que je passai la porte, je me retrouvai dans un espace étrangement vide. Si la nature a horreur de celui-ci, elle n’est pas la seule. Pris d’une nécessité presque maladive de remplir l’espace, je pensai à ma maison, remplie de bibelots et de livres. Le tout était souvent rangé et propre mais je ne pouvais pas évoluer dans un endroit sans âme. J’avais besoin de toucher des choses. Je pris un jeu entre mes doigts, un cube qui possédait une structure blanche inamovible. Sur ce dernier, pouvaient se greffer des pièces colorées. C’était une sorte de casse-tête, un jeu de logique, où l’objectif était de reproduire la disposition des pièces amovibles, guidé par un dessin. J’avais commencé à tripoter ce genre d’objets récemment, les préférant à autre chose de plus contondant et personnel. Je passais ainsi des heures à tourner et retourner tout un tas de choses et ça m'occupait, en plus de me permettre de réfléchir à des éléments sans grand intérêt la plupart du temps. Comme j’essayais d’écrire, en perdant mon esprit, les idées affluaient souvent.

Au bout de quelques minutes, j’arrivai à la constatation suivante : je ne pouvais pas réussir l’épreuve. Me livrer entièrement et faire mon monde idéal supposerait y faire apparaître quelqu’un qui n’avait aucune envie d’être affiché en ma compagnie, surtout pas à quatre pattes. J’aurais pu le représenter à genoux devant moi, juste pour le faire rager dans l’expectative où il aurait pu admirer mon œuvre mais ça n’aurait pas été sage. Sage, je commençais à le devenir doucement, même si mon enfant intérieur me criait de faire autant de bêtises que je le voulais. Tant pis, j’allais devoir me contenter de penser à ce qui me rendait heureux.

« Peut-être que… »

Je réfléchissais toujours, en touchant le cube. J’entrais des pièces dans les reliefs, les ressortais lorsque ça ne fonctionnait pas. Finalement, en y pensant, je ne m’étais jamais imaginé un monde idéal. Mes désirs étaient simples et facile à combler. Il y avait quelques trucs que je ne voulais pas perdre ou que j’aurais voulu obtenir mais rien de particulièrement difficile à posséder. En plus, j’avais l’impression que si je gagnais l’abondance et un état de perpétuel bonheur, je ne serais, paradoxalement, pas plus heureux. Je m’ennuierais sans doute et plus rien n’aurait vraiment de sens ou de logique. J’aimais que les petits bonheurs de la vie côtoient les petits malheurs. Je n’aimais pas souffrir mais, avec le temps, j’avais compris qu’une part de souffrance permettait d’apprécier davantage ce qui n’en était pas, comme le silence permet d’apprécier le bruit, et vice versa.

Finalement, je désirai être avec la personne que j’aimais le plus, en dehors de Kaahl. Allongé sur le ventre dans un lit sans fin, mes doigts effleuraient la peau du dos de celle que j’avais voulu recréer.

« Tu es revenue il y a longtemps ?
— Pas du tout ! C’était euh… hier ! Non, avant-hier ! »

Elle avait commencé à tortiller ses doigts comme si elle essayait de compter dessus.

« C’était vraiment bien ! T’aurais dû venir ! Déjà parce que j’ai rencontré une Eversha lapin et, vraiment, elle savait parfaitement secouer son pompon ! Puis elle a voulu faire partie des Puff-Puff Gueurles après qu’Illuveti lui ait fait une représentation ! En même temps, tu connais Illuveti ! Elle bouge bien son corps et elle sait avaler tout rond ! Dommage que tu n’ais pas voulu qu’elle essaye sur toi !
— C’est-à-dire q…
— Et après du coup on a été jusqu’aux frontières de l’Archipel de Ytbalm ! Ce n’est franchement pas connu mais c’est pour ça qu’on a exploré aussi ! Il y avait tout un tas de cr… Ah je t’ai parlé de ma nouvelle recette de gougères aux épinards ? C’est comme celle que je faisais de base mais sauf que je rajoute des épices ! C’est Homard, un Déchu de la Gourmandise qui m’a donné le tuyau, et son tuyau aussi ! T’aurais dû voir ça, on dirait que tout ce qu’il mange, parce qu’il est super maigre, passe là-dedans ! Toi à côté, t’es comme…
— Je peux être plus gros si tu veux. »

Je souris, mes lèvres à présent posées contre sa peau. Il valait mieux avoir une taille standard et adapter en cours de route. Si c’était trop gros, ça pouvait vite devenir irritant. Je n’aimais pas irriter les autres, pas comme ça en tout cas.

« Moi j’aime tout de toute façon ! Oh d’ailleurs, tu connais Martine ? Martine c’est vraiment une coquine ! Je suis sûre qu’il se passe quelque chose entre Thor et elle. À chaque fois qu’elle le voit, elle est en chien.
— En même temps, c’est une Eversha chien…
— Je trouve ça vraiment trop bien les Evershas ! T’as vraiment de sacrées surprises parfois ! Oh ! En parlant de surprise, tu sais qu’avec les filles on envisage de choisir quelques types connus pour leur faire un spectacle rien que pour eux ? Enfin, ce sera ouvert à tout le monde au début mais après y aura une deuxième partie. Tu penses qu’on pourrait prendre qui ? Franchement, j’aurais dit des Anges pour rigoler un peu mais bon, tu les connais, ils ne sont pas franchement drôles. »

La joie de vivre qui se dégageait d’elle était communicative, même si j’étais bien plus calme et mesuré. Je me contentais de l’observer. Elle était nue, elle aussi sur le ventre. Nous l’avions fait précédemment mais cette partie là ne faisait pas partie du rêve. J’aimais l’entendre parler, tout simplement. Elle faisait la conversation à elle toute seule. Lorsque je tardais à répondre, elle partait sur autre chose.

« Tu pourrais me prendre moi déjà.
— Toi ? Mais t’as déjà eu le droit à une orgie la dernière fois. Après ça ne me dérange pas de recommencer mais disons que tu connais bien la maison : tu viens quand tu veux ! En plus les filles t’adorent. »

Je me mis à rire.

Je restai là un temps long, à me laisser bercer par le débit intarissable de la Lyrienne. Même lorsqu’elle dormait, elle parlait. Quand je le décidai, je me réveillai. Je n’allais pas gagner mais ce n’était pas quelque chose qui m’intéressait. Ce que j’avais toujours voulu dans la vie était simplement d’être heureux, en me contentant des petits rien. Ma vie était déjà mon plus beau rêve. Je ne souhaitais rien d'ambitieux parce que je savais que le bonheur des uns faisait toujours le malheur des autres.

1258 mots


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Rêver, sans laisser le rêve être ton maître




Une salle rouge et dorée. D’autres personnes qui étaient là également et cette personne qui regardait les candidat•e•x•s à cette Coupe des Nations. Daé était sur la droite du groupe en train de, comme à son habitude, ne rien comprendre de ce qui se passait. Il avait l’impression nébuleuse du rêve, mais ne percutait pas tout à fait qu’il était en train de rêver dans le monde que contrôlaient les Génies. On lui expliqua brièvement ce qui allait se passer et la seconde…ou l’année d’après il n’était pas sûr, il se retrouva dans un non-lieu. Dans lequel il était. Mais sans vraiment flotter, ni marcher, ni quoi que ce soit. Il avait l’impression qu’à la fois tout était blanc et lumineux et tout était noir et sombre. Il sentait que la réalité n’avait pas prise dans ce lieu et il respira un grand coup pour réfléchir. Cette respiration sembla lui durer des années et il n’arrivait pas à réfléchir. Il se sentait comme…pris au piège. Jusqu’au moment où il se souvint des mots qu’on lui avait dit avant qu’il n’atterrise ici. Il réfléchit un instant, il pensa à la lune et aux étoiles. Il pensa plus précisément à la forme de Phoebe les soirs des nuits de Dallsha où elle contemplait ses enfants avec douceur et assurance, entièrement dédiée à eux en étant parfaitement ronde. A peine eût-il fini de le penser qu’elle apparut dans ce qui était maintenant un ciel, infini. Sans sol, ni gravité. Non, mais je dois vraiment tout TOUT faire.. ? essaya-t-il d’articuler, mais aucun son ne sortit.

Son flot de pensée s’accélérait et au fur et à mesure, tout ce qu’il pensait apparaissait. Ainsi il vit défiler en une fraction de secondes, Ârès Taïji en train de lui servir du thé, un châlet à Boraür, une scène digne des meilleurs romans graphiques pornographiques devant ses yeux, une table remplie de toutes les sortes de tapenades d’olives que les terres aient un jour connu, Jun en train de lui faire un massage, Yzex en train de lui faire un massage en même temps, le Sin Luxinreis qui disait que Daé était un des plus grands Rehlas jamais connu par Phoebe, la Lune sourire. Stop ! Et tout redisparut. Même endroit sans lumière, ni ombre. Sans haut ni bas et avec ce Rehla qui semblait comme flotter, dans le rien. Bon. Réfléchis, Daé. Se prendre pour un Dieu. Mes désirs les plus fous. La sincérité. Mais qu’est-ce que je fous là encore ? Il ferma les yeux et imagina une plaine d’herbe remplie de bergamotes en fleurs à peine humides à cause d’une bruine qui ne faisait que passer et qui faisait se dégager le parfum des fleurs à travers le monde entier. Les yeux toujours fermés, il s’imagina assis, dedans, en train de contempler les étoiles, Yzex dos à lui en train de méditer. Il ouvrit les yeux et vit une plaine d’herbe remplie de bergamotes en fleurs à peine humides à cause d’une bruine qui ne faisait que passer et qui faisait se dégager le parfum des fleurs à travers le monde entier. Derrière lui, Yzex méditait, les yeux fermés et les étoiles semblaient regarder cette scène.

Le monde était tout à coup comme moins effrayant, moins oppressant. Il avait créé des repères, mais il devait apparemment créer plus. Il devait créer des choses proches de ses désirs. Il s’assit, dos contre saon amantx et réfléchit à haute voix. « J’ai un problème, je crois. Je sais pas ce que je veux. Enfin…si, je veux des choses, mais…elles ont moins d’importance que la Ligne du Temps et que les choix de la Prophétesse et de Phoebe. Je…je ne suis qu’un Aurum.. et même si j’étais un Oracle..mes choix personnels et mes envies personnelles n’auraient absolument aucune importance. Je fais quoi alors ? Apparemment, je dois créer un monde dans lequel on voit mes désirs les plus profonds. Mes désirs..les plus profonds. Si…il y a peut-être quelque chose, mais c’est tellement… impensable que…je ne sais pas comment le mettre en forme, en être. » Le temps de réfléchir, il fit apparaître dans sa main une immense tartine de tapenade d’olives noires parsemées de poivre et de citron caviar qu’il dégusta avec une immense satisfaction. Le mélange du goût salé des olives, acide du citron caviar et de l’odeur douce et apaisante de la bergamote lui permit de réfléchir avec précision à cet instinct qu’il essayait de conceptualiser. Son esprit essayait de s’imaginer le monde où la Ligne du Temps était terminée. Un monde dans lequel tout avait retrouvé sa place et où plus rien n’était à faire. Il se demanda si ça impliquait une paix de toutes les races, une personne qui, comme à l’époque les deux sœurs, régnait sur toutes les terres. Il pensa à d’autres moyens de gouvernances, il pensa oligarchie, anarchie, monarchie parlementaire, démocratie plus ou moins directe. Il chercha horizontalement et verticalement, mais ne trouva rien. Mais plus il cherchait, plus il croyait que vraiment, c’était ça, qu’il voulait. Car un monde sans Ligne du Temps c’était aussi un monde où les Rehlas vivraient simplement leur vie en Lua Eyael. A moins que… à moins qu’un monde sans Ligne du Temps implique un monde sans Rehlas. Il pensa à ça et soudain Yzex avait disparu et lui aussi. Il voyait encore, mais ne voyait plus son corps. Le chemin mental continua et il se dit que c’était aussi un monde sans les autres races. Car toutes étaient inscrites sur la Ligne du Temps et qu’au bout de celle-ci, il n’y avait peut-être plus de races. Plus de systèmes de gouvernance, horizontal ou vertical. Alors au fur et à mesure qu’il se rendait compte de ça. L’horizon herbeux et légèrement bruineux se mit à redevenir ni blanc, ni noir. L’odeur du pétrichor se faisait plus ténue, la lune s’effaçait dans le non-ciel avec ses amies d’étoiles. Et après quelques minutes il ne resta que le blanc et le noir. Le non-être, le (non-)vide. Pas de haut et pas de bas, pas de ciel et pas de terre. Pas de Ligne du Temps. Et à l’intérieur de ce non-monde, un être qui un jour avait été un Rehla flottait, sans flotter, car il n’y avait rien dans quoi il aurait pu le faire.

Dans ce monde dénué de responsabilité et de mission, dénué de devoir et de Destin, de Phoebe et de Prophétesse, restait une odeur ténue, mais présente de bergamote qui semblait enrober le non-Rehla qui ne flottait pas.

Il se sentait si bien. Si détendu. Si relaxé. Cet instant dura peut-être plusieurs éternités. Parce que pour la première fois dans la tête de l’ex-Aurum, tout était calme. Au bout d’un moment il ouvrit les yeux. Rien ne l’avait réveillé. La nuit était noire cette nuit et Phoebe ne semblait pas avoir vu ce moment. C’était le milieu de la nuit. Ce soir il ne sortit pas, se demandant pendant des heures pourquoi il avait décidé de se réveiller.

Sur un lit, dans une petite chambre meublée, dans un immeuble du quartier des Plaines Rouges de Lua Eyael, un Rehla pleurait.

1213 mots



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