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 Si tu peux conserver ton courage | Jun

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Priam et Laëth
~ Ange ~ Niveau III ~

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◈ Parchemins usagés : 3836
◈ YinYanisé(e) le : 02/02/2018
◈ Âme(s) Soeur(s) : La bière et le saucisson | L'adrénaline et les problèmes
◈ Activité : Berger [III], traducteur [II], diplomate [I] | Soldat [III], violoncelliste [I]
Priam et Laëth
Sam 06 Juin 2020, 20:01




Si tu peux conserver ton courage

En duo avec Jun


RP précédents : Frappe-moi, accable-moi, mutile-moi.
RP liés : Accords sombres (Kaahl)Tempête.


Chère Gustine,

J’espère que, considérant la situation, vous et vos proches vous portez le mieux possible. J’ai appris ce qu’il est arrivé au château, lors de la réception, et j’en suis profondément désolée. J’imagine que Kaahl a fait tout le nécessaire. Toutefois, si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à me le dire. Ce ne serait que la moindre des choses de vous apporter un peu de soutien dans pareilles circonstances.

Je vous souhaite beaucoup de courage.

Avec toute mon amitié,

Laëth

La jeune femme relut sa lettre avant de la glisser dans une enveloppe. Elle avait eu du mal à l’écrire, d’abord parce que ses ressentis l’assaillaient, ensuite parce qu’elle ignorait comment la tourner. Elle avait pensé à évoquer partiellement son propre état, mais s’était ravisée. La vieille femme avait bien d’autres soucis en tête. Elle joindrait à l’envoi du lait des chèvres de Priam et deux pots de miel. « Non. » fit-elle à l’intention du petit dragon dont elle avait fait la connaissance quelques heures plus tôt. Il avait tendu le cou pour essayer d’attraper le papier et elle l’avait gentiment repoussé. « Celle-là, je la garde. » Les autres avaient fusé dans son gosier. Elle prit une autre feuille, la roula en boulette et la lui lança doucement, en cloche. Il la réceptionna entre ses crocs et l’avala presque tout rond. Elle sourit et passa l’index sur sa tête écailleuse, avant de se lever.

Depuis son retour aux Jardins de Jhēn, la vie était un peu plus supportable. Elle retournait régulièrement à Iyora, voir sa faction, participer aux efforts, s’entraîner. Elle devait bientôt rencontrer Isiode Yüerell, horizon qui suscitait tant son appréhension que son excitation. Son stress, néanmoins, régressait depuis la fin de la Coupe des Nations. Elle n’avait pas cherché à se renseigner sur l’issue de la compétition, peu désireuse de replonger dans cette période tourmentée. Toutefois, les résultats lui étaient parvenus. La race de la victorieuse n’avait pas été divulguée. Laëth avait compris depuis longtemps que l’univers regorgeait de mystères. Son état ne lui permettait pas d’avoir envie de s’y intéresser. Elle voulait juste aller mieux, et cette simple volonté lui semblait parfois prendre des airs d’impossible. Elle se démenait avec l’Espérance.

Elle avait dans la bouche un goût à la fois fade et amer, une âpreté détestable qui ne vous quitte pas. Ses cauchemars persistaient, bien que moins fréquents. Elle ne dormait jamais seule. À Iyora, Adriel ne lui demandait même plus où elle comptait passer la nuit, et aux Jardins, Priam n’avait jamais abandonné son poste. À leurs yeux, elle pleurait parfois sans raison ; contre les valves de son cœur résonnait la cause de sa peine, retenue de s’exprimer ouvertement. Elle passait peu de temps à ne rien faire, parce que la solitude, pour se combler, voulait convier trop de nuisibles – souvenirs, sentiments, émotions.

La brune sortit de la maison et se dirigea vers la boîte aux lettres, où elle récupéra le courrier, avant de rentrer. Elle passa les enveloppes en revue et laissa sur la table celles destinées à Priam. Il n’y en avait qu’une pour elle. Lorsqu’elle reconnut le sceau qui fermait la missive, les traits de son visage se tendirent et le peu de couleur qui l’égayait disparut. Elle hésita. Il n’avait jamais pris le temps de répondre à son dernier courrier. Les préparatifs pour la Terre Blanche et la Coupe des Nations puis les dégâts causés par la tempête avaient dû l’accaparer. Elle s’en rappelait comme si elle l’avait écrite la veille, et aujourd’hui, son écho était douloureux. Il n’y répondrait pas à travers ces lignes-ci. L’enveloppe portait la marque du Sorcier.

Fébrile, Laëth déplia la feuille. Les premières lignes la frappèrent en plein cœur. Ses mots reflétaient sa propre peur ; celle de la désertion des êtres chers. Elle ne les lisait pas comme un retrait lâche des Anges mais comme un abandon de sa part, comme si elle le jetait aux ténèbres sans un regard en arrière. Elle serra la main autour du dossier d’une chaise avant de la tirer pour se laisser choir dessus. L’Aile Blanche pinça les lèvres pour retenir ses larmes. Elle passa son index sous son nez en reniflant.

Comme elle poursuivait sa lecture, elle se crispa. Elle relut plusieurs fois les propos du Prince Noir, le pouls précipité. Il savait. Une cascade de culpabilité et de peur se déversa sur elle. Comment ? En possédait-il un, lui aussi ? Quelqu’un était-il au courant et le lui avait-il dit ? La faisait-il espionner ? L’Immaculée ne put retenir un regard circulaire pour la pièce. Il n’y avait personne, et pourtant, un long frisson piétina sa colonne vertébrale. Comment avait-il réagi ? Le langage de la lettre copiait celui qu’elle avait emprunté ; tout se jouait sous les mots, à des strates sensibles et sibyllines. Ses ressentis n’étaient pas accessibles. Elle avait l’horrible impression de l’avoir trahi. Du bout des doigts, elle essuya les larmes qui menaçaient de dévaler ses joues. Elle renifla, encore.

Elle aurait dû brûler sa lettre plutôt que de s’en imposer la lecture. Ce fut tout ce que la fin de celle-ci lui inspira – elle ne chercha même pas à comprendre le post-scriptum tant ses émotions la malmenaient. Elle n’avait pas envie de réfléchir ; juste un besoin presque irrépressible de pleurer, encore. Elle aurait dû la brûler, cette lettre, et faire flamber cette putain de ville dévorée par le Mal. Si elle y revenait, ce serait juste pour cela, songeait-elle en froissant le papier sous l’assaut de la colère. Pourtant, elle n’eut ni la force de tenter de vérifier que personne ne rôdait autour de chez elle, ni même celle de regarder si le Miroir se trouvait toujours dans sa chambre. Elle croisa les bras sur la table et posa sa joue gauche sur ceux-ci. Après avoir fixé le mur un instant, elle ferma les yeux, sans pouvoir empêcher les larmes de s’évader. Elle était fatiguée.

Lorsqu’elle sentit un contact sur sa peau, elle sursauta et se redressa.



Message I – 1004 mots




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Jun Taiji
✞ Æther de la Mort ✞

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Jun Taiji
Sam 06 Juin 2020, 23:20


et ta tête, quand tous les autres les perdront



Il l’observait depuis longtemps, maintenant. Il l’observait tout comme il observait beaucoup d’individus. Elle n’était pas la seule dans ce cas. Il admirait les liens se lacer, s’entrelacer et, parfois, se lasser. Les amours fleurissaient, les amitiés fanaient, le désir mourait. Le Monde était immense et, pourtant, il lui paraissait minuscule. Il y avait tant à accomplir et si peu. Les Mortels priaient parfois de fausses Déités. C’était le cas des Anges. Ahena n’était que pure invention. Il n’en prenait pas ombrage mais, tout comme les vrais Ætheri, il la ferait disparaître à son profit. Ses desseins étaient grands mais ne l’empêchaient pas de se pencher sur d’autres éléments, plus petits. Certains semblaient infimes d’un point de vue divin. Il aurait pu s’éloigner de ses Fidèles, les laisser inventer ses cultes, extrapoler des signes inexistants. Cela marchait bien pour quelques Dieux. Cela aurait fonctionné avec lui. À présent qu’il était, à lui seul, à la fois la Mort et la Vie, il jouissait d’un monopole sur le Cycle. Amsès s’immiscerait dans cette solitude, bientôt, afin de réparer les bêtises qu’il avait accomplies. Il n’était pas très sage. C’était d’ailleurs la raison qui le poussait à intervenir, souvent.

Néanmoins, dans son Immortalité, il jouissait d’un Temps infini. Il pouvait tout faire, tout être. Ce soir, il avait simplement envie d’être là. Aussi, assis en tailleurs sur la table d’une maison abritant deux Anges, une Orine et un nombre incalculable de bestioles, il observait en silence, invisible à ses yeux, l’Aile d’Acier. Elle tenait dans ses mains une lettre et peinait à cacher ses émotions. Il contemplait ses larmes couler, conscient du peu d’intimité qu’il lui laissait. Cependant, personne n’en possédait jamais. Les Esprits étaient toujours là, sans parler du reste. Laëth était une femme entourée d’êtres invisibles. Jun congédia les Esprits et effaça les magies intrusives. Il entoura l’habitation d’une protection complète que nul espion ne pourrait briser. Jusqu’à ce qu’il décide du contraire, elle serait à lui et rien qu’à lui. Aussi, il admira son visage meurtri par ce que son cœur ressentait. Ârès n’avait pas forcément raison. Au lieu d’avoir un esprit d’acier, il valait mieux que ce fût son cœur qui le soit. Pourtant, il n’était pas partisan d’un contrôle total des sentiments. Pour lui, ces derniers devaient s’exprimer, quelle que fût la finalité. Sans doute avait-il bien trop souffert du stoïcisme apparent d’Edelwyn. Son cœur de glace n’avait pas aidé la jeune femme, pas plus que ce dernier n’aiderait Isiode Yüerell. Ils le pensaient mais ils se trompaient. Peut-être que l’état de l’Ange le peinait légèrement. C’était difficile à dire. Ils n’étaient pas vraiment faits de la même matière, tous les deux. Il la regarda s’affaisser sur ses bras. Il sourit.

Doucement, sa main s’avança vers sa joue. Il devint visible, sous la forme qu’elle lui connaissait, à l’exception qu’il avait les cheveux longs. Ce détail l’amusait beaucoup pour une raison qui lui semblait évidente. Ârès et lui avaient un comportement similaire en matière capillaire, cette manie d’arborer une coupe de cheveux plutôt courte pour mieux dissimuler les cascades brunes qui courraient sur leur dos. Son fils n’avait cependant pas hérité de son goût en matière de kimono, ce qu’il trouvait dommage. Il en portait un, actuellement, ample et rouge, ouvert sur le torse, de façon à laisser percevoir un morceau de son tatouage. Il en avait plusieurs et les déplaçait à son bon vouloir. Jadis, alors que l’Ange n’était pas encore née, ni même ses parents, ni ses grands-parents, il avait été l’un des disciples des Esprits du Temple. L’encre qui marquait encore sa peau aujourd’hui en était un vestige. Depuis la fin de la Guerre des Dieux, ces mêmes Esprits du Temple avaient changé et semblaient bien moins accessibles aux Mortels. Quoi qu’il en soit, il avait cinq tatouages : un dragon pour la prestance, un serpent pour la dextérité, un phœnix pour la magie, une tortue pour l’intelligence et un tigre pour la force. Elle ne les verrait probablement pas tous ce soir, bien qu’il fût pieds nus et que la tortue se situât sous son pied droit. Elle aurait néanmoins l’occasion de tous les admirer un jour.

Ses doigts effleurèrent sa peau et il attendit qu’elle se redressât pour lui sourire. « J’ai amené de l’alcool de maïs. C’est un peu plus doux que l’alcool de riz. Cela dit, si vous n’aimez pas, je peux aussi faire du thé. » Il se pencha un peu, ses cheveux suivant le mouvement et lui tendit une petite boite qui contenait des gâteaux particuliers, à base de riz gluant. Chacun était d’une couleur et d’un parfum différents. « Vous savez, lorsqu’il dit qu’il ne veut plus que vous remettiez les pieds à Amestris, c’est parce qu’il aimerait éviter de vous retrouver crucifiée dans une cave humide. » dit-il. « Et il n’est pas le seul. » Picasso apparut et vint se poser dans le creux des jambes de Jun en ronronnant.

816 mots
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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Dim 07 Juin 2020, 22:10




Si tu peux conserver ton courage

En duo avec Jun



Ses prunelles troublées par les larmes retransmettaient à son cerveau un monde distordu, si bien qu’elle crut d’abord que Kaahl se tenait devant elle, assis sur sa table. Elle se redressa vivement, au point que son dos heurtât le dossier de la chaise, tandis que son cœur bondissait. L’étonnement passé, elle se rendit compte que ce n’était pas lui, mais son père. Elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille. Ils se ressemblaient, peut-être encore plus depuis qu’elle avait connaissance du lien qui les unissait. Il portait un ample kimono rouge, qui ne dissimulait qu’en partie un tatouage, et de longs cheveux d’ébène tombaient sur ses épaules. La dernière fois qu’elle l’avait vu, il l’avait jetée dans un paquet cadeau et expédiée dans le salon du Mage, à Caelum, avec un chaton. Il avait un don pour les apparitions fracassantes. Elle commençait à s’habituer. La prochaine fois, elle ne serait peut-être même pas surprise. L’Ange aurait pu crier face à son intrusion, cependant, elle était si éreintée qu’elle ne trouva pas la force de s’offusquer. Elle renifla et essuya ses yeux d’un revers de poignet. Non, en fait, la dernière fois, c’était lors de ce rêve, durant lequel elle avait partagé quelques instants de sa vie. Elle avait été lui. Elle scruta ses iris, silencieuse. Son sourire dégageait quelque chose d’apaisant.

Son regard glissa jusqu’à ses mains et elle s’inclina un peu vers l’avant pour mieux discerner ce qu’elles tenaient. Elle n’avait jamais bu ou mangé ce qu’il lui présentait. Elle allait lui dire qu’elle ignorait si elle aimait ou non, toutefois, sa phrase lui fit détourner le regard. Elle fixa obstinément un coin du carrelage de la cuisine. Picasso, qui n’avait d’ordinaire d’attention que pour elle, se lova entre les cuisses du brun. Elle essaya d’ignorer ce comportement inhabituel. C’était d’autant plus difficile que ne pas prêter attention au Dieu relevait de l’impossible. Son aura ne pouvait pas laisser indifférent. Elle reporta ses cercles verts sur lui, frissonnante. « Si vous êtes venu plaider sa cause, vous pouvez repartir. » Elle tenait toujours la boulette de papier entre ses doigts. Elle la lâcha et la balaya d’un revers de main. La bille roula sur la table puis ricocha sur le sol. L’Ailée se leva, sans quitter Ezechyel du regard. Elle traversa la pièce pour ouvrir un placard, duquel elle sortit un coffret de chocolats. « C’est sans doute lui que je devrais éviter pour ne pas me retrouver crucifiée dans une cave humide. » Elle se tourna vers son interlocuteur. « Non ? » Comme elle revenait, elle posa la boîte sur la table et l’ouvrit.

Puis, elle laissa ses deux paumes en appui sur le bois, les yeux rivés sur l’homme. Il était bien plus que cela, et elle le savait. Il aurait pu l’annihiler d’un claquement de doigt. En temps normal, elle aurait sans doute frémit d’horreur et son maigre instinct de survie se serait agité. Cependant, ces dernières semaines, et ce soir-là, son goût pour la vie la quittait. Son humeur morose la baignait dans la mélancolie. Elle baissa la tête en soupirant, puis se laissa retomber sur la chaise. « Vous avez été injuste. » jugea-t-elle dans un souffle, tout en sachant son argument caduc. Il avait sans doute agi selon des lois qui la dépassaient. Qui le dépassaient peut-être aussi. La jeune femme redressa la tête. « Vous avez été injuste de faire peser ça sur mes épaules. » Combattre le mal. Un rictus amer tordit sa bouche. Kaahl aussi avait été injuste, à sa façon. Elle l’avait été aussi, envers elle-même. « De toute façon, elles ne sont pas assez solides. » Elles se voûtaient. Elles s’étaient peut-être déjà effondrées, sans qu’elle ne s’en rendît compte. La finalité demeurait la même : elle se perdrait, et dans sa chute, elle entraînerait le fils du Dieu. Dans sa poitrine, l’espoir subissait des instants d’abattement qui n’avaient rien d’angéliques.

L’Ailée tendit la main vers la boîte de chocolats et en attrapa un, qu’elle enfourna sans se soucier de son goût. Elle les aimait tous, et la tristesse réclamait du sucre. Elle piocha dans la boîte de Jun et étudia d’un œil vaguement intrigué le petit gâteau. « Je n’ai jamais bu d’alcool de maïs. » dit-elle, comme si elle se rappelait soudainement de ses propos précédents. Le souvenir du Mage qui lui confiait être gourmand lui revint en mémoire. Elle l’était peut-être aussi. La brune releva les yeux vers son invité surprise. Il existe des questions que l’on a envie de poser tout en redoutant la réponse. Laëth avait peur de ce que pourrait lui révéler l’Æther. Il pouvait lui mentir, refuser de lui dire, esquiver son interrogation ou prononcer la vérité. La révélation pouvait la soulager ou l’ébranler. Pourtant, le doute ne suffit pas à retenir ses lèvres de formuler le questionnement qui consumait son cœur : « Qu’est-ce qu’il est ? Un Magicien ou un Sorcier ? » Est-ce que cela avait de l’importance ? Est-ce que cela transfigurait ses actes ? Elle n’arrivait pas à en être certaine.



Message II – 845 mots

Chocolats : amusement (Irégan), optimisme (Jämiel), apaisement (Kahel sur Jun donc tu le mets pour qui tu veux), l’amour (Erza > Za ?), la tendresse (Kaahl), le désir (personnage de Vanille ?), le courage (Circë), le bonheur (X).
Le chocolat blanc rayé doré provoque l'optimisme, le chocolat blanc rayé argenté provoque l'apaisement, le chocolat blanc pailleté provoque le courage, le chocolat au lait croquant provoque le bonheur, le chocolat au lait emballé de rouge provoque le désir, le chocolat noir à la liqueur de rose provoque l'amour, le chocolat noir aux noisettes provoque l'amusement et la pâte de fruit provoque la tendresse.




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Jun Taiji
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Jun Taiji
Lun 08 Juin 2020, 12:40


et ta tête, quand tous les autres les perdront



Jun ne répondit pas tout de suite. Au lieu de quoi, il se mouva de façon à se mettre debout sur la table. Il fit un pas hors du plateau et flotta doucement jusqu’au sol. Le tissu de son kimono caressa ce dernier. Il regarda les lieux d’un œil neutre. Le décor changea. Ils se trouvaient à présent dans une large pièce aux couleurs claires, où la végétation se mêlait aux formes épurées de la décoration. Chaque chose semblait à sa place. De larges battants de bois étaient ouverts, donnant sur un balcon bas, en bois et sur pilotis qui permettait d’admirer le jardin aux fleurs colorées. Chaque plante avait une position déterminée. Un ruisseau s’écoulait entre de petits cailloux blancs et le bruit de l’eau parvenait dans le salon où ils se tenaient. L’Ange n’était plus sur sa chaise mais sur un coussin, à-même le sol. Lui était debout, tourné vers le paysage. Sur la table basse, il y avait l’alcool de maïs, deux verres, la boîte de chocolat et les gâteaux de riz gluant. Une serviette était pliée à côté. Une brise légère entrait parfois dans la pièce, tout en faisant tinter le carillon accroché là. Les battants donnant sur les autres pièces de l’habitation étaient fermés, ce qui empêchait toute intrusion malvenue. « Nous sommes chez moi. Ne vous inquiétez pas, je vous ramènerai chez vous ensuite. Personne ne saura que vous n’y étiez pas. » Lentement, il se retourna et s’avança vers un coussin qui se trouvait en face d’elle. Il s’y assit, en tailleur. Seule la table les séparait. Sans un mot de plus, il tendit les mains et fit apparaître des ardoises noires sur lesquelles se trouvaient des aliments : du riz gluant et vinaigré garni de poisson cru, d’avocat, de concombre et de fromage frais, des brochettes fumantes et des raviolis. Dans des bols, il y avait parfois de la soupe, parfois de longues pâtes accompagnées de divers légumes et d’autres fois de la salade. Les quantités étaient parfaites. Il n’y avait ni trop, ni trop peu. « J’aurais bien cuisiné pour vous mais je suis très mauvais. Je mets souvent plusieurs heures. » avoua-t-il avec un sourire amusé. « Je ne suis pas le seul, je vous préviens. »

Il avança sa main vers deux baguettes qu’il disposa avec aisance entre ses doigts. Il prit une boule de riz surmonté d’un morceau de saumon avant de l’amener entre ses lèvres. « Je ne plaide rien. J’aime mes enfants mais je suis surtout venu pour vous. Nous ne sommes pas obligés de parler de lui. » Il releva les yeux vers elle. « Je n’ai pas été injuste avec vous. Je n’ai fait que vous susurrer des mots qui vous ont hantée par la suite. Vous en avez-vous-même tiré des conclusions. Je parlais peut-être de votre propre mal. » Il prit de la salade d’algues. « Un mal n’est pas forcément lié à une race maléfique. Chacun nourrit en soi une part sombre, même les plus grands Vertueux. Il y a toujours une graine, quelque part, qui contient de la souffrance, des espoirs déçus ou des idées insensées. Certains individus, parfois, agissent par prévention, par peur de cette souffrance, par peur de l’abandon. » Il sourit. « Il me semble que vous souffrez bien plus actuellement en imaginant les pires scénarios que vous souffrirez demain en vivant l’un d’eux. » Il choisit un ravioli. « Vous devriez manger, c’est vraiment bon et ça vous fera du bien. On ne fait rien le ventre vide et les chocolats ne vous apporteront que de l’énergie à court terme. Vous, vous avez besoin d’énergie à long terme si vous souhaitez muscler vos épaules. » La lueur dans ses yeux laissait penser qu’il la taquinait. Il lui versa un petit verre d’alcool de maïs. « Goûtez, vous verrez. C’est fort en degré mais c’est plutôt doux au goût. C’est un alcool traitre. Il faut savoir rester raisonnable mais vous êtes une Ange alors je ne m’inquiète pas trop pour vous. » Un peu quand même, peut-être.

Il ne mangeait pas énormément. De son vivant, il avait toujours fait attention à se nourrir uniquement de ce dont il avait besoin, pour une question d’équilibre personnel mais également de ressources. La magie avait certains avantages mais elle ne faisait pas tout. Il avait longtemps vécu chez les Humains, comme un Humain, et il avait connu les limites que cette condition conférait. « J’ai assez parlé. Vous devriez prendre le relai. » proposa-t-il tranquillement en tendant son verre dans l’objectif de trinquer avec elle. « Comment allez-vous depuis la dernière fois que nous nous sommes vus ? »

749 mots
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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Mar 09 Juin 2020, 10:53




Si tu peux conserver ton courage

En duo avec Jun



Dans son univers fragile, Laëth s’accrochait désespérément aux repères. Sa maison en faisait partie, et la voir se fondre pour prendre des aspects plus légers et aériens la crispa. L’atmosphère apaisante, nourrie par les couleurs tendres et le chant du cours d’eau, lui permit de se décontracter peu à peu. D’un rapide coup d’œil, elle nota que tout était impeccable. Rien ne traînait, rien ne dépassait. L’agencement relevait de la perfection. Le coussin sous ses fesses lui rappela le rêve. Jun était assis sur un autre, en face d’elle. Ils avaient été dans la même posture. Une table les séparait, sur laquelle reposait tout ce qu’ils avaient sorti auparavant, ainsi que d’autres mets. Elle tenait toujours le gâteau de riz dans sa main. Clignant des yeux, elle le porta finalement à ses lèvres et croqua. Le goût sucré lui plut, la texture gluante, moins. Il n’y eut pas de réponse à son interrogation.

L’Ange le regarda prendre les baguettes en se demandant ce qu’il comptait faire avec. D’instinct, elle s’en serait plutôt servie pour imiter un bicorne que pour attraper des aliments. Elle considéra la paire qui reposait devant elle et esquissa une moue dubitative. S’il ne mettait pas plusieurs heures pour cuisiner, elle nécessiterait sans doute de longues minutes pour manger avec ces couverts. Elle n’avait pas faim, de toute façon. Si elle goûtait à quelques gâteaux et chocolats, c’était simplement pour éponger ses émotions et pour ce que le sucre avait d’addictif. Elle songea à sa précision sur le temps de cuisine et baissa les yeux en resserrant ses mains autour de ses chevilles, croisées parce qu’elle était assise en tailleur. Si Kaahl prenait autant de soin à plier ses chemises et à trier ses serviettes par couleur qu’à couper des légumes, le tout devait lui prendre des heures, oui. Il n’y avait toujours pas eu de réponse.

Ses paupières se rabattirent sur ses iris. Les jointures de ses mains blanchirent sous la pression qu’elle exerçait sur ses jambes. « Mais vous saviez que ça me hanterait. » laissa-t-elle filer entre ses dents. Comment aurait-il pu en être autrement ? Comment oublier les paroles de Jun Taiji, le Prince des Cauchemars, l’Æther de la Mort ? Comment ne pas s’en rappeler quand l’être aimé ne s’avère pas aussi bon qu’espéré ? Comment aurait-il pu croire qu’elle ne se les répéterait pas, lui qui se jouait si aisément du temps ? Il savait sans doute même la façon dont tout cela se terminerait. Si elle le lui demandait, il ne répondrait pas. Et elle ne voulait pas en connaître l’issue. Ce serait, sinon inutile, sans doute douloureux. Ce serait un savoir qui s’amuserait des ombres tapies en elle, de celles qu’il évoquait comme si elles étaient des évidences incurables. Elle s’en doutait, mais c’était toujours plus difficile de se l’entendre dire. C’était d’autant plus pénible quand l’on s’y reconnaissait. Sa mâchoire sembla se sceller et elle tourna légèrement la tête vers la droite. Elle avait rouvert les yeux et fixait un point invisible. L’avait-il vraiment dit pour elle ? Elle souffrait, elle était déçue, elle avait eu des idées insensées ; elle avait peur de souffrir et d’être abandonnée. Ces derniers temps, la peur la berçait plus encore qu’à l’accoutumée. Elle guidait ses réflexions et créait de la douleur dès que le doute apparaissait. Il n’y aurait pas de réponse.

La jeune femme se redressa. L’espièglerie qui piquetait les iris de son interlocuteur ne lui échappa pas. « Je suis aussi une fille de Réprouvés. Vous devriez vous inquiéter. » répliqua-t-elle sur le même ton, en tendant le bras vers le verre, une étincelle plus vivace au fond de l’œil. « Merci. » Elle s’en saisit, puis le joignit à celui d’Ezechyel dans un tintement cristallin. Sa question fit perdre à ses prunelles le peu d’entrain qui s’y était immiscé. Persuadée qu’il en connaissait déjà la réponse, l’Ailée le fixa un instant, les rétines troublées de soubresauts émotionnels. Elle n’avait presque pas envie de lui répondre. Finalement, elle s’humecta les lèvres et lâcha : « pas très bien » d’une voix vibrante, qui se serait voulue maîtrisée.

Puis, elle appuya le verre contre sa bouche et le vida d’une traite. Le goût était original, assez inexplicable. Elle reposa le contenant et coula un regard suspicieux aux baguettes. Pleine de bonne volonté – d’autant plus si cela pouvait lui permettre de ne pas se répandre en explications sur l’état actuel de sa santé mentale –, elle les attrapa et essaya d’imiter le Dieu ; mais sans surprise, les mortels n’égalent pas leurs divinités. Après s’être débattue avec pendant au moins trente secondes – qui lui semblèrent beaucoup plus longues –, avoir grogné son mécontentement et retrouvé quelques couleurs aux joues, elle les plaqua avec humeur contre le bois de la table et tendit spontanément la main vers la nourriture. Elle n’avait pas songé une seule seconde qu’il pourrait trouver ce geste déplacé. Calant une paume sous son menton, elle attrapa entre ses dents un morceau de la brochette et tira sur celle-ci pour le faire tomber dans sa bouche. Et malgré les briques qui encombraient son estomac, l’apport ravit son organisme. Quoiqu’elle eût fait, récemment, plus d’efforts en termes de nutrition et de sommeil, elle avait encore un rythme trop décousu, ponctué de privations néfastes. Elle mangea encore et essaya de goûter à tout. Son appétit s’apparentait à celui d’un moineau mais, au moins, il existait.

Au bout de quelques minutes, l’Aile d’Acier posa des pupilles à la fois intimidées, farouches et peinées sur l’Æther. Elle rechignait : pourtant, il était peut-être le seul à s’en soucier et à qui elle pouvait dévoiler tous ses tourments. Tout ce qu’il y avait de revêche s’effondra à l’instant où elle prit la parole. « Ma mentor au sein de la Compagnie, Hena… Elle est morte, broyée dans le poing d’un Goled. On n’a pas pu la sauver. » À mesure qu’elle parlait, elle verrouillait ses émotions. D’une pierre, deux coups : elle se concentrait sur autre chose que le sens profond de ses propos et empêchait son cœur de déborder. « Après… je suis rentrée chez moi, et je pensais que ça irait mieux. Et j’ai vraiment commencé à aller mieux. » Elle inclina la nuque vers l’avant et considéra les bords du coussin. Elle se mordilla anxieusement la lèvre, avant de se redresser pour regarder Jun. « Puis il y a eu l’annonce pour la prise de la Terre Blanche, et là, j’ai compris que… » Sa gorge se noua. Elle ne l’avait jamais prononcé à voix haute. « Que Kaahl Paiberym et Elias Salvatore sont une seule et même personne. » Un frisson virulent lui griffa le dos. « Je suis quand même allée en Terre Blanche. Et même si je suis heureuse qu’on ait pu sauver des Anges et récupérer une partie du territoire, je n’arrête pas de repenser à… aux formes des Démons, aux cadavres, au Monarque Démoniaque parce qu’il ressemble à un proche de ma famille et parce qu’il était… horrible. Et aux deux lunes. » Sans y songer, elle avait posé une main à l’emplacement de sa cicatrice, sur son flanc gauche, et serré ses doigts autour. « Et puis après… Après j’ai passé du temps dans un lit d’hôpital. » Elle avait fait beaucoup de rêves étranges et de cauchemars. « Quand je suis rentrée chez moi, je me suis dit que c’était fini, et que maintenant j’avais juste à terminer mon deuil, à me reposer et à reprendre mes entraînements pour ne pas avoir l’air idiote devant Isiode Yüerell. » Laëth s’arrêta. « Et pour Kaahl, je ne sais toujours pas quoi faire exactement. » Elle serra les dents et plissa les lèvres. « On est obligés d’en parler, vous voyez. » L’amertume perçait dans sa voix. Elle aussi aurait voulu pouvoir l’ignorer, passer outre, s’en moquer. Elle n’y parvenait pas. Elle l’aimait toujours. Trop pour ce qu’il était, sans doute. « Bref, je pensais que ça irait mieux, mais j’ai reçu la lettre de la Marquise Leenhardt, qui en a rajouté une couche, et juste derrière, la convocation pour la Coupe des Nations sorcière. » Son regard se durcit. « C’est un taré et Amestris est une ville horrible. J’aurais dû la cramer, et lui avec. » Être en colère avait toujours été plus facile et supportable. Elle disait beaucoup de choses qu’elle ne pensait pas, mais au moins, elle avait la force de ne pas s’écrouler. « Et juste avant que vous n’apparaissiez, j’ai lu sa réponse en tant que Prince Noir, mais ça, vous le saviez déjà. Vous deviez savoir tout le reste aussi. » La jeune femme fronça le nez, puis tourna la tête vers l’extérieur. Du coin de l’œil, elle observa le brun. « Pourquoi est-ce que ça vous intéresse ? Pourquoi est-ce que vous dites que vous êtes venu pour moi ? » demanda-t-elle en replongeant ses iris dans les siens. « La dernière fois que l’on s’est vus, vous m’avez jetée à l’eau, la fois d’avant, toute nue dans un paquet cadeau, et encore avant, vous m’avez coincée entre vous et lui et avez teint mes ailes en noir. Et vous ne répondez jamais à mes questions. À partir de là, je ne pensais pas que vous vous souciiez de mon état. » Comme si elle se rendait compte de son ton un peu trop agressif, elle soupira. « Pardon. » Doucement, l’Ange massa ses tempes à l’aide de ses index et majeurs.



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Jun Taiji
✞ Æther de la Mort ✞

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Jun Taiji
Mar 09 Juin 2020, 18:51


et ta tête, quand tous les autres les perdront



Jun lui sourit pour toute réponse. Il l’observa quelques secondes, avant de se lever d’un geste habile, sans s’aider de ses mains. Lentement, il contourna la table et vint se positionner derrière elle. Il se pencha un peu et attrapa sa main droite. « Ai-je vraiment besoin d’une raison ? » demanda-t-il, en prenant possession des baguettes de son autre main. « Alors… Voyons… » Il se cala contre elle pour avoir une plus grande emprise. « Votre première baguette est votre ancre. Peu importe ce que vous ferez ensuite, elle ne devra pas bouger. » Il la lui plaça dans le creux de la main, là où son pouce et son index se rejoignaient. « Vous pouvez la faire reposer sur votre majeur ou bien sur l’annulaire et la maintenir en place avec le bout du majeur, comme vous préférez. » Il attrapa l’autre et la lui positionna tranquillement. « Celle-ci, vous la pincez entre votre pouce et votre index, c’est celle qui bouge. » Il attrapa sa main avec la sienne et installa ses doigts sur les siens. « Vous pouvez attraper les aliments en faisant comme… » Il initia un mouvement vers des boulettes de riz. Il lui fit en attraper une entre les baguettes. « … ça. » Il ramena le tout vers les lèvres de l’Enfant de Réprouvés et s’amusa de la situation. « Faites aaaahh. » lui dit-il avant de lui faire gober le tout. « À mon tour maintenant. » déclara-t-il en renouvelant le mouvement. Cette fois, il dirigea le tout vers sa bouche. Il sourit sans mâcher et lui donna un petit coup de joue amical avant de se redresser et de regagner sa place. Il la regarda. Un sourire insolent trônait sur son visage, avec un soupçon de fierté peut-être. Il leur versa de nouveau de l’alcool de maïs. « Je ne m’inquiète pas parce que je sais que lorsque vous roulerez sous la table, je pourrai vous porter jusqu’à mon lit. » annonça-t-il, sans arrière pensée. « Ça vous ferait du bien de… respirer un peu, vous savez, ressentir l’ivresse, quelle qu’en soit la finalité. » Il sembla réfléchir. « Après manger, je vous ferai danser. Vous verrez, c’est amusant. » Il n’avait pas que cette idée en tête mais elle verrait bien quand ils y seraient, s’ils en arrivaient là.

Il y eut un bourdonnement. Une abeille venait de s’inviter depuis l’extérieur. Jun tendit la main et attrapa l’insecte au creux de sa paume. « Vous vous souvenez ? Lorsque vous étiez enfant, vous avez refermé votre main sur une abeille. Elle vous a piquée et elle est morte. Vous étiez si désemparée… » Il la contempla. « Je suis la Mort, vous le savez, n’est-ce pas ? Et pourtant, la mort ressemble à ça. » dit-il en ouvrant son poing. L’animal était toujours à l’intérieur, tranquillisé. Quand il se rendit compte que sa liberté lui était de nouveau offerte, il s’envola et retourna d’où il venait précédemment. Jun sourit. « Ce n’est pas plus compliqué. Ce n’est pas plus effrayant. Ce sont les Mortels qui ont décidé de faire de la mort un événement douloureux et craint mais ce ne sont que des idées fausses. Croyez-moi, la vie est bien plus pénible. Vous vous en rendrez compte lorsque vous mourrez. J’espère que vous me rendrez visite, à ce moment-là. » Tranquillement, il but son verre, avant d’attraper ses propres baguettes et de rire. « Oh ! En parlant d’Isiode Yüerell. J’ai une histoire intéressante à vous raconter. » Il leva les yeux vers elle, une lueur espiègle implantée au fond de ses pupilles. « Mais nous verrons ça plus tard ! » décida-t-il, tout en resservant de l’alcool de riz. « Concernant Amestris, je suis d’accord avec vous. Lorsque j’étais Empereur Noir, c’était une prison. L’endroit s’est tout de même amélioré avec le temps mais le territoire n’est pas sur un continent facile. C’est aussi pour cette raison que je ne retourne que très rarement là-bas. Je devrais y aller bientôt cependant, pour un couronnement. » Il sourit de nouveau et changea de sujet. « Il n’y a pas que le Bicorne que l’on peut imiter avec des baguettes, vous savez. » dit-il, en plaçant les deux morceaux de bois entre ses dents et sa lèvre supérieure. Il émit un bruit qui ressemblait à un grognement vampirique puis, après quelques secondes, enleva les baguettes, en riant.

« Alors… Après ce petit résumé de toutes ces choses qui vous sont arrivées récemment, dîtes-moi : qu’avez-vous envie de faire à partir de maintenant ? L’on dit que c’est dans la douleur que l’on se rend compte de ce qui compte vraiment… » Il sourit. « Sans prendre en compte le tourbillon de vos peurs, les risques et les éventuels jugements extérieurs, que désirez-vous, au fond de vous ? » dit-il, en faisant apparaître une théière et deux petits bols.

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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Mer 10 Juin 2020, 00:08




Si tu peux conserver ton courage

En duo avec Jun



Comme elle observait la boulette de riz stationner devant son visage, Laëth eut une mimique lasse. « C’est bien parce que c’est vous. Aaaaaaaaaaaaaah. » Elle referma la bouche sur l’aliment, avant de se laisser guider à nouveau vers le plat, puis jusqu’aux lèvres de Jun. Suite à son accolade, elle se frotta la joue d’un air bougon, comme s’il lui avait fait mal, et darda sur son regard insolent des yeux plissés. Déstabilisée par ses agissements et ses paroles qui parfois s’enchaînaient sans fluidité contextuelle, elle peinait à comprendre où il voulait aller. Machinalement, elle tendit à nouveau la main vers l’alcool de maïs et ramena le verre à elle. L’ivresse. Elle n’avait pas été saoule depuis longtemps. Elle n’arrivait même plus à se rappeler de la dernière fois. « Danser ? Ça tombe bien parce qu’en général, je finis plus à danser sur la table qu’à rouler dessous. » sourit-elle, évitant le plus habilement possible de réagir au reste de ses propos. Respirer. Il avait raison ; elle étouffait. Elle en avait conscience, cependant, elle ne trouvait pas la force de soulever le poids qui compressait sa poitrine. Elle vida sa boisson et reposa le verre sur la table.

Les sourcils froncés, elle débuta : « Comment… » Elle se tut. Avait-il vu des morceaux de son existence comme elle avait perçu certains pans de la sienne ? Avait-il voyagé dans le temps jusqu’à ce jour où, à cause d’une curiosité dévorante, elle avait volé la vie de l’insecte et s’était blessée ? Elle fixa son poing. « Oui, je me souviens. » C’était l’un de ces instants que l’on n’oublie pas, de ceux qui paraissent insignifiants mais qui sont si profondément gravés qu’ils ne s’altèrent pas. Elle monta ses iris verts jusqu’à son visage, puis suivit la course aérienne de l’abeille qui repartait. Un sourire bref étira ses lèvres. « Bien sûr, je viendrai vous hanter pour toutes les fois où vous m’avez embêtée. Enfin, où est-ce que je me retrouverais ? Qu’est-ce qui se passe, quand on meurt ? » Selon les Réprouvés, c’était soit la Dilon, soit le Dukaan. Des festins et des combats trépidants ou une éternité de souffrance dans l’antre des traîtres. Toutefois, il n’était pas un Zaahin, et les Anges ne croyaient pas aux Héros. Peut-être qu’elle s’obstinait à poser des questions dans le vide. Il avait presque l’air d’aimer ne pas lui répondre. Priam agissait de la même façon lorsqu’elle l’interrogeait trop. C’était d’autant plus vrai lorsqu’ils étaient enfants. Arrête de demander ! Roh, mais tu verras ! Chut, sois patiente ! Elle n’était pas patiente. Elle ne l’avait jamais été.

Ses pensées vagabondèrent jusqu’à Hena. La vie l’avait privée de bien des choses. Ses fils, son amour pour le père de ses enfants, son peuple, son territoire. En un sens, oui. La Mort l’avait libérée de ces fardeaux. Là où elle était, elle ne souffrait sans doute plus. C’était elle, la Recrue, la disciple, la Conscrite, qui avait mal. Elle, et tous ceux qui avaient un jour aimé la guerrière blonde. Son ancien compagnon, ses amis, ses collègues, Adriel, et même Thadrias. C’était en cela que la mort était pénible. Néanmoins, sa réflexion ne se poursuivit pas plus loin. « Quelle histoire ? » L’Ange fronça le nez. « Vous aimez bien me faire attendre, en fait. » Elle mut sa bouche vers le côté gauche de son visage.

À nouveau, elle le remercia pour l’alcool de riz. Comme elle se sentait mal assise, elle bougea un peu sur le coussin pour réajuster sa position. Elle resserra ses jambes en tailleur, puis posa ses avant-bras sur ses genoux, le dos droit. L’évocation du couronnement assombrit à nouveau son regard. Dès qu’elle pensait à lui – car c’était de lui qu’il parlait, non ? –, les méfaits d’Elias s’abattaient sur elle comme autant de coups de couteau. Au moins, il avait atteint son objectif. Lord lui céderait le trône, d’une façon ou d’une autre. L’Ailée n’était même pas curieuse de savoir comment. Il aurait sa couronne, ses trente-cinq Dames Noires, sa fille, une panoplie d’esclaves et tout un peuple à sa botte. Qu’est-ce que cela changerait ? Chercherait-il véritablement à les détruire de l’intérieur, comme il l’avait prétendu lorsqu’ils en avaient discuté ? Elle soupira, avant d’attraper son verre encore plein. Elle ferait mieux d’être ivre, oui. Peut-être que tout se fondrait dans un néant apaisant ?

Mais le Dieu avait l’art et la manière de la faire passer du tout au tout. Durant quelques instants, elle le considéra en silence, à peine surprise qu’il lût ses pensées – et pas le moins du monde offusquée, étonnamment –, puis éclata de rire. C’était un rire qui animait tout le haut du corps, des lèvres jusqu’aux abdominaux, et qui résonnait dans l’esprit en un carillon enchanteur. Il finit par s’évanouir en un sourire, sur la grève de sa bouche. « Je n’aime pas beaucoup les Vampires, mais vous feriez presque oublier ma mauvaise expérience avec. » Elle but son verre, le reposa et se saisit des baguettes. Poings fermés, elle les apposa de chaque côté de sa tête, et se pencha vers l’avant en faisant mine de charger, les sourcils froncés et les narines dilatés. En se redressant, elle rit un peu. « C’est quand même plus sympa, un bicorne. » Même s’ils vous jetaient à terre quand vous essayiez de monter dessus.

Son sourire fana lorsqu’elle reprit son sérieux. Sans peur, sans risque et sans jugement, le monde des possibles se délestait de nombreuses limites. La fille de Réprouvés pinça les lèvres. « Je ne sais pas trop… » Réponse facile, et fausse. Elle tendit la main vers la théière et remplit les deux tasses. « Enfin, je veux finir ma formation au sein de la Compagnie, avec Isiode Yüerell, du coup. Et ensuite, progresser dedans, mais je ne sais pas jusqu’où. Ça dépendra. » De peurs, de risques ou de jugements ? Probablement juste les aléas de la vie. Si ces derniers temps lui avaient prouvé quelque chose, c’était qu’elle ignorait de quoi demain serait fait. « Capitaine, peut-être ? » Elle sourit, amusée. « On verra. De façon générale, je veux juste pouvoir aider mon peuple à surmonter ce qu’il a vécu et à mener une existence florissante. Je peux sans doute agir à plein de niveaux différents, pour ça, mais pour l’instant, je privilégie l’armée. » Elle inspira. « Et j’aimerais bien devenir Ange Gardien. Mais pour ça, il faut que j’arrive à… à être un peu plus stable, pour ne pas mettre l’Humain en danger. » dit-t-elle doucement, consciente que ce que lui infligeaient ses émotions pouvait avoir des conséquences directes sur autrui et son environnement. « Il faut aussi que je me penche sur ce que m’a légué ma mentor. Elle détenait des parts dans une entreprise qui exploite le marbre et elle possédait une salle de concert, aux Jardins. » Elle repensa aux partitions que lui avait données le professeur. « Je crois que j’aimerais bien apprendre à jouer de la musique. » Malgré tout. « Et si je pouvais, je retournerais un peu chez moi. Voir mes amis, prendre mes parents dans mes bras… » L’Ange souffla, nostalgique. C’était tout ce qui lui venait, pour le moment. Elle prit sa tasse de thé et en but du bout des lèvres – c’était chaud. Une ébauche de sourire taquin fleurit sur son visage. « Ce n’est pas avec ça que je vais me mettre à danser sur la table et finir dans votre lit. » Sans grivoiserie aucune. Si leur relation était ambiguë, ça n’était pas de cette façon-là. « Vous avez changé d’avis ? »



Message IV – 1276 mots




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Jun Taiji
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Jun Taiji
Mer 10 Juin 2020, 18:23


et ta tête, quand tous les autres les perdront



« Vous êtes un très joli Bicorne. » lui dit-il tranquillement. « Je crois même que je vous préfère comme ça à normalement… » Il était moqueur et son sourire l’indiquait parfaitement. Coude sur la table, joue dans sa paume, légèrement penché sur le côté, il la regardait tout en dévoilant ses dents, les yeux joueurs. Il ne changea que très peu d’expression lorsqu’elle commença à lui expliquer ce qu’elle envisageait pour l’avenir. Il n’avait pas répondu au sujet de la mort. Si elle continuait à progresser, à réfléchir et à questionner, peut-être finirait-elle par comprendre ? Ârès savait ce qu’il y avait après la vie. Il en avait une vision on ne peut plus claire, grâce aux souvenirs de Devaraj. Néanmoins, l’Æther savait qu’il n’en révélerait rien. Elle devrait s’accaparer ces connaissances par ses propres moyens. « Hum… Capitaine Laëth ? » commenta-t-il. « À vos ordres, mon Capitaine. » ajouta-t-il. « Capitaine Belegad, vous avez un morceau de riz coincé entre les dents. » Il sourit. « Oui, ça sonne plutôt bien. »

Il attrapa une boule coco, tout en écoutant la suite, sans l’interrompre, jusqu’à sa question. « C’est que… » commença-t-il, amusé. « Ce n’était pas pour vous. » Il rit. Sur la table, venait d’apparaître une créature verdâtre aux grands yeux noirs, qui fixait l’Ange en remuant ses longues oreilles. Jun avança sa propre tasse vers l’animal, qui la prit entre ses deux mains et l’amena à ses lèvres. Il but, en faisant du bruit, sans se soucier de la chaleur. « C’est un Khami. Il adore le thé. » précisa-t-il, alors que la bestiole semblait dans le ravissement le plus complet. La chose se déplaça vers l’Aile d’Acier et se mit à la fixer avec des billes à la place des yeux, dans l’attente de quelque chose, visiblement. Jun sourit et versa du thé dans la tasse vide, ce qui attira de nouveau le Khami vers lui. « Il peut boire cinq litres en continu et, ensuite, il roule et dort pendant un mois entier sans plus se soucier de rien. Il faut le surveiller. C’est un vrai petit glouton. » C’était propre à l’espèce. Il aurait pu corriger cet inconvénient mais il trouvait ça amusant. Il passa sa main sur la tête de sa création et la caressa, avant de reporter son regard sur la brune aux yeux verts. « Je pense que vous pourrez retourner chez vous un jour ou l’autre, peut-être même plus vite que vous le pensez. Quant à cet Humain, que vous désirez… » Il sourit et pinça ses joues, visiblement hilare intérieurement. « Je crois que vous serez une très bonne Ange Gardienne. Ce sera détonant ! En tout cas, j’imagine les choses ainsi. »

Comme ses lèvres ne semblaient pas vouloir retrouver une expression neutre, il finit par se lever. « Mon fils serait ravi de savoir qu’il ne figure pas dans vos projets d’avenir. Sans doute aurait-ce été mieux pour lui mais, malheureusement, il semble que vous soyez amenés à vous rencontrer très bientôt. » Il contourna de nouveau la table et se planta devant elle. Il lui tendit la main. « Sachez que je suis outré de ne pas y figurer non plus. » Il ne l’était pas. Le fait est qu’il pouvait venir la voir quand bon lui semblait. « Et que l'outrage à une Divinité se paye généralement chèrement. » Il n’attendit pas qu’elle lui saisisse la main et se baissa pour l’attraper. Avant de la hisser sur ses épaules, il la chatouilla comme une enfant. Ils disparurent.

Le vent giflait leurs visages. Lui se tenait derrière elle et l’entourait de ses bras. Ils étaient tous les deux sur une luge, lancée à pleine vitesse depuis le haut d’une colline enneigée. « Criez ! » cria Jun, avant de continuer sur sa lancée. « AAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHH ! » Il riait à son oreille, comme un gamin à qui l’on aurait confié les commandes du Monde. « JE DÉTESTE LUFTË ! AAAHHH !!! » Il passa en revue tout ce qu’il n’aimait pas, invitant Laëth à faire de même. Les Sorciers, les Démons, Aria Taiji, le homard, les cactus, une bonne partie de la liste des divinités connues aussi. Quand il fut satisfait, la luge vrilla et finit par se renverser. Il ouvrit ses ailes et, pendant quelques instants, jusqu’à ce qu’ils fussent arrêtés, ce fut lui, la luge. Il riait tellement. Il faisait nuit, à présent. Il poussa Laëth sur le côté pour la dégager de lui tout en plaçant son bras sous sa nuque. Les étoiles luisaient. Même s’ils se trouvaient à même la neige, celle-ci n’était pas froide. Ils auraient pu rester allongés là des heures. « Je n’aime pas les étoiles non plus et la lune m’énerve. » susurra-t-il doucement, avant de se redresser. Assis, il fit apparaître deux pintes remplies de bière. Il trinqua et modela une table à l’apparence solide. « Buvez et... hum... Je vous mets au défi d'aller danser sur la table. Ou alors… Vous n'avez qu’à imiter des gens que vous connaissez, comme vous préférez. On peut se moquer un peu. Promis, je n’en parlerai à personne. » Il sourit.

835 mots

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Jeu 11 Juin 2020, 18:37




Si tu peux conserver ton courage

En duo avec Jun



Laëth poussa un hurlement strident et plaqua ses mains sur son visage. À Lumnaar’Yuvon, il neigeait rarement et cela ne durait jamais plus de quelques jours. S’il existait quelques zones vallonnées, la majorité du terrain était plane. De fait, l’Ailée n’avait jamais fait de luge. Le changement d’environnement, la vitesse et la vue – brève, certes – de la course qui s’annonçait l’avaient surprise au point de lui faire peur. Finalement, elle écarta les doigts et ouvrit les yeux, bien calée contre le torse de Jun, la tête à demi tournée et les jambes légèrement remontées vers sa poitrine, comme si elle s’apprêtait à amortir un choc. Il n’y avait aucun danger. Grisée par la rapidité de la descente, la fille de Réprouvés éclata de rire, comme une enfant. Des larmes coulèrent jusqu’aux coins de ses yeux et filèrent sur ses tempes, propulsées par l’élan de la glissade. Elle riait tellement qu’elle était incapable de crier quoi que ce fût. Chaque tentative de prise de parole lui arrachait un nouvel éclat enjoué. Lorsque l’Æther remplaça la luge, elle poussa un nouveau cri. Ils ralentirent peu à peu. Elle se laissa tomber sur la neige, sans discontinuer de s’esclaffer. Curieusement, ce n’était pas glacé. « Vous êtes un grand malade ! » parvint-elle à dire entre deux éclats joyeux. Elle roula sur le ventre, puis souffla et pouffa jusqu’à réussir à se calmer. Elle reprit alors sa position, sur le dos, le bras de Jun calé sous sa nuque. Un long soupir apaisé glissa entre ses lèvres. « Je devrais vous offenser plus souvent. » Elle tourna la tête vers lui et sourit, amusée.

Son regard grimpa jusqu’au ciel. Elle scruta sa vaste robe bleu nuit pigmentée d’astres. Chez les Réprouvés, Priam et elle avaient pris l’habitude de s’étendre entre les brins d’or et d’observer la voûte. En journée, ils riaient de la forme des nuages. La nuit, ils admiraient la disposition des étoiles et dessinaient des constellations qui n’existaient sans doute pas. Quelques fois, ils pointaient du doigt une étoile filante. Ce souvenir lui tira un sourire. Laëth les aimait bien, elle. Peut-être pourrait-elle un jour se rallonger dans les champs des Belegad pour observer les cieux, comme l’avait supposé Jun ? Elle aurait voulu l’interroger, mais elle savait que s’il détenait la réponse, il ne la lui donnerait pas. Il semblait aimer semer çà et là des éléments intrigants, comme si la faire s’impatienter le ravissait. C’était peut-être le cas. L’Ange inspira. Sa fatigue s’était miraculeusement dissipée, elle n’avait plus envie de se rouler en boule dans un coin et de sombrer dans un sommeil sans rêve pendant au moins une semaine. Elle repensa au Khami, drôle de créature verte et grand dormeur à qui elle avait cédé sa tasse de thé. Il était adorable. Étrange, mais adorable.

Comme le Dieu se redressait, assis, elle l’imita. Elle ramena vers l’arrière les mèches rebelles de son épaisse crinière. Elle aurait aimé avoir quelque chose pour les attacher. Tant pis. À l’unisson, elle trinqua. Les sourcils haussés, elle sourit. « Facile ! » C’était l’un de ses grands jeux d’enfance, et peut-être qu’elle n’avait jamais vraiment arrêté. Elle prit une grande gorgée de bière puis la posa sur la table sans aucune délicatesse, secouée par l’impatience, avant de se lever. « Laissez-moi juste le temps de réfléchir. » Elle marcha, son index et son majeur tapotant alternativement ses lèvres, puis se tourna vers Jun et sourit. « J’ai trouvé. Normalement, c’est facile. Sans parole, du coup. Il faut juste que je fasse un truc, attendez. » Elle se mit à genoux et réunit de la neige en un même point pour créer une sorte de monticule. Elle tassa pour s’assurer de sa solidité. « Ne trichez pas en lisant dans ma tête, hein. » Une œillade appuyée, puis, prête, l’Ange se remit debout et se délesta de son attitude habituelle. Optant pour un air renfrogné, elle imita une démarche bourrue et imposante. Elle se déplaça autour de Jun et de leur campement improvisé. Arrivée devant la motte de neige, elle se laissa lourdement tomber dessus – en priant pour qu’elle ne s’effondrât pas. Assise, elle balança ses jambes une à une sur la table et claqua ses talons dessus. Comme elle récupérait sa bière, elle en but sans aucune grâce et prit soin d’abattre durement la chope sur le bois. Attrapant un objet invisible, elle fit mine de le mordre à pleines dents et de le mastiquer sans s’embarrasser de discrétion – c’était un saucisson. Après quelques secondes, elle redevint elle-même et sourit. « Alors ? » Tout le monde connaissait la finesse légendaire de l’imitée. Restait à savoir si l’Aile d’Acier était assez douée pour la rendre réaliste.

Elle avait pensé à d’autres personnes qu’elle aurait su mimer, dont Kaahl. Elle retira ses pieds de la table et se redressa – la position précédente tirai sur ses abdos. « J’aurais pu imiter votre fils, sinon. » En fait, elle venait de repenser à ce qu’il lui avait dit, plus tôt. Comme quoi ils se reverraient bientôt. Comme quoi il serait agacé de ne pas figurer dans ses plans pour le futur. « Je n’en ai pas parlé tout à l’heure, parce que je ne sais pas ce que je vais faire. » souffla-t-elle, soudainement beaucoup plus calme. Perdue dans la contemplation de la neige, elle fit une moue. Elle lui en voulait. Elle n’arrivait pas à se défaire de la sensation qu’il l’avait trompée. « Je ne sais pas si je pourrais… tout supporter, vous voyez ? » Ni si elle en avait envie. Pouvait-elle seulement choisir ? L’Ailée releva la tête. « Et je ne peux pas être amoureuse d’un Sorcier. Je ne veux pas. Je les déteste. » Elle s’arrêta. Trop occupée à rire, elle n’avait pas fait sa liste. « Comme les Démons. Les Goled. Thadrias. Les menteurs. Les traîtres. Les gens malhonnêtes ou médisants. Les lâches. La pleine lune, à cause de Gwiidon’Dur. Les personnes qui ne répondent pas à mes questions ou qui m’enferment dans des boîtes. » Elle releva la tête et lui adressa un sourire taquin, avant de redevenir un peu plus sérieuse. « Et pourquoi est-ce que vous détestez Luftë, vous ? Et les étoiles et la lune ? C’est Phoebe que vous n’aimez pas ? » Ses yeux verts sondèrent les prunelles de l’Æther. Elle était curieuse de savoir pour les cactus et les homards, aussi. Elle avait plusieurs idées farfelues à ce sujet. Mais c’était sans doute moins important. Une autre pensée fila à travers son esprit. « Avant que vous imitiez quelqu’un, j’ai une autre question. » Elle se pencha et attrapa sa chope. Elle danserait sur la table lorsqu’elle l’aurait finie. Elle en but un peu, puis demanda : « Mon Humain, vous savez qui ce sera ? Je le connais ? Je l’ai déjà croisé ? » Il ne lui révélerait jamais son identité, elle en était certaine, mais réfréner sa curiosité relevait de l’impossible. Il en disait toujours trop et surtout, jamais assez. Elle sourit. Elle avait l’air d’être retournée des années en arrière.



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Jun Taiji
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Jun Taiji
Jeu 11 Juin 2020, 23:50


et ta tête, quand tous les autres les perdront



« Je ne ferais jamais ça. » dit-il en s’affaissant un peu vers l’arrière, son poids supporté par l’un de ses bras, positionné en équerre. Il souriait. Il souriait souvent quand il la regardait. Elle l’amusait. Il se mit à rire lorsqu’elle commença son imitation d’Erza. « C’est tout à fait elle. L’Impératrice des Deux Rives et son manque de manières. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de lui en inculquer quelques-unes pourtant. » précisa-t-il. En réalité, pas du tout. La jeune femme avait longtemps cru qu’il était son père. Il l’avait accueillie chez elle, en sachant pertinemment qu’elle était l’enfant de Zel’Eph Shizuo Stark. Seulement, ce dernier ne s’en était jamais occupé. Il ne pouvait sans doute pas lui jeter la pierre. Lui-même n’avait pas été un modèle de perfection avec ses propres fils et filles. Néanmoins, il avait sauvé la blonde de ses dépendances et l’avait forcée à vivre en un temps où elle ne pensait qu’à se détruire elle-même, rongée par l’alcool et la drogue. Il l’avait soutenue, portée et lui avait même tenu les cheveux alors qu’elle vomissait partout. Il l’aimait, beaucoup, et il appréciait ses manières rustres, la façon qu’elle avait de l’envoyer paître avant de lui faire plaisir quand même. « C’est dommage que vous n’ayez pas été là au Bal des Douze Cycles Lunaires. Lors de cette occasion, j’ai réussi à lui faire porter une robe à crinoline. Je vous assure, c’était un moment historique, bien plus intéressant que n’importe quel Conseil des Chefs. » Il trempa ses lèvres dans sa chope de bière, sans la quitter des yeux.

Il l’écouta, en silence, et pencha la tête sur le côté lorsqu’elle parla de lui indirectement. Il sourit, d’une telle façon qu’une fossette ne tarda pas à apparaître sur chacune de ses joues. « J’espère qu’il n’y a pas plusieurs personnes à vous enfermer dans une boîte, sinon elles et moi allons avoir un problème. Je tiens à garder l’exclusivité. » Il rit, se redressa un peu et plaça son coude sur son genou replié. Il amena sa joue sur son poing et la fixa, ainsi, avant de reporter son attention sur la voûte. « Les Étoiles sont cruelles. » dit-il doucement. « Elles ont le pouvoir de contraindre le comportement de certaines personnes. Lorsqu’elles murmurent qu’il faut devenir Empereur Noir et détruire des vies, par exemple, ces personnes sont obligées d’obéir, même si elles ne le désirent pas. Ce sont des esclavagistes, comme les Sorciers. » Et pourquoi ? Pour sauvegarder une Ligne qu’il pouvait lui-même détruire d’un claquement de doigt. « La Lune est une usurpatrice. Quant à Luftë, elle m’a simplement privé de quelqu’un que j’aime beaucoup. Je suis rancunier. »

Il se leva et se pencha vers elle. « Gardez ça pour moi, s’il vous plaît. » lui demanda-t-il en lui tendant son verre. « Et, oui, vous l’avez déjà croisé. » répondit-il, avant de heurter légèrement le nez de l’Ange avec son index. Il rit brièvement et s’éloigna. « Voyons voir… Puisqu’il s’agit de se moquer… » Il modela la neige de façon à créer un chat. Il s’éloigna et bougea un peu les épaules, comme pour se préparer lui-même. Il leva un peu le menton et fixa Laëth d’un air supérieur. Il la toisait, comme si elle n’était qu’un insecte. Il marcha, d’un pas ferme, les poings serrés, déterminé. Un air mauvais trônait sur son faciès, jusqu’à ce qu’il vît le chat. Là, l’expression exagérée de la peur naquit sur ses traits, et il repartit en courant d’où il venait, perdant complètement tous ses moyens. Quand il fut assez loin, Jun se retourna, un sourire insolent et espiègle sur le visage. Il ne serait pas élu père de l'Ère de la Conciliation, c'était une évidence. Il rit et s’approcha de nouveau de l’Ange. « Alors ? » demanda-t-il, avant de lui prendre les chopes des mains. Il les posa par terre et attrapa ses doigts pour la guider. Il ouvrit ses ailes et les entraîna tous les deux sur la table. Il la colla à lui pour danser doucement. Il la fit tourner une fois, toujours amusé. « Vous savez, on ne choisit pas de qui l’on est amoureux. » Il la regardait. « Mais, je réitère, vous pourriez vous marier avec Adriel et être heureuse à ses côtés. Vous vous ennuieriez sans doute mais votre relation serait sécurisante. Et puis, vous serez forcément amenée à aimer votre Humain aussi. Je ne sais pas si mon fils le supportera. » Si, il le savait. Néanmoins, c’était particulièrement agaçant de discuter avec une personne omnisciente. Il devait faire semblant, au moins un minimum. Il avait l’habitude. Il avait fait ça toute sa vie. « Assez parler de lui. Je vais vous faire voler ! » déclara-t-il soudain, en l’écartant un peu de lui. D’une impulsion, il commença à la faire tournoyer autour de lui, ses mains solidement ancrées dans les siennes, les pieds de l’Ange dans le vide. La force centrifuge la propulsa à l’horizontal. Ça le faisait rire. S’il la lâchait, elle ferait un beau vol plané. Néanmoins, il ne la lâcherait pas, jamais.

Quand il en eut assez, le corps de Laëth fut enveloppé dans une magie douce qui la ramena vers lui. Il se pencha un peu vers elle, sourit, et la regarda sombrer dans le sommeil. Il l’avait nourrie, l’avait amusée, maintenant il allait faire en sorte qu’elle se reposât. Il passa une main sous ses genoux, pour la porter, et les téléporta chez lui. Tranquillement, il l’installa dans son lit. Ce dernier se tenait à même le sol. Le Khami se trouvait là, endormi, lui aussi. L’Æther remonta le drap sur l’Ange, la déshabilla d’une pensée pour qu’elle fût à l’aise et lui fit un petit bisou sur le front. Elle trouverait ses affaires, pliées à côté d’elle, le lendemain matin. Lui attendrait qu’elle se réveillât dans la pièce d’à-côté.

Le soleil se leva. Sur la table, il y avait plusieurs variétés de fruits, du pain perdu, des crêpes épaisses, de la confiture, du sirop d’étable, du jus d’orange et d’autres plats divers et variés qui sentaient bon. Lui avait changé de kimono. Le nouveau était blanc. Des Okae – symboles de la justice – étaient brodés dessus en fil d’argent. Le Khami sirotait du thé froid, en s’amusant à faire des bulles dans son verre.

1046 mots
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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Ven 12 Juin 2020, 11:32




Si tu peux conserver ton courage

En duo avec Jun



Le regard rivé sur les étoiles, Laëth écoutait Jun. Cruelles ? Pourtant, elles brillaient d’une aura douce et rassurante. Elle fit la moue. Un mystère devait encore se cacher derrière ses paroles. Un secret susceptible de briser sa vision des choses ; un secret du monde. Elle souffla doucement, puis baissa les yeux sur le Dieu, les sourcils légèrement froncés. « Vous parlez de vous ou de lui ? » Dans l’univers de l’Æther, les astres nocturnes s’amusaient donc avec le destin. Un soupir profond lui échappa. Parfois, elle avait l’impression que tout était vain, et que ses choix n’émanaient pas de sa volonté propre. Pourquoi lutter si tout était tracé ? Pourquoi juste ne pas se laisser porter, ne résister à rien, dire toujours « oui » ? L’enfant de Réprouvés se laissa glisser au bas de son siège de fortune et s’allongea à moitié dessus, cambrée, la tête renversée en arrière. Elle pouvait contempler les étoiles, mais aussi la neige, à perte de vue. « C’est assez ironique d’être rancunier envers la Déesse de la Vengeance. Sûrement un coup du destin. » L’Ange passa une main sur son visage et se frotta délicatement, du bout du majeur, le coin interne de l’œil droit.

Lorsqu’il s’approcha, elle se redressa et attrapa sa chope. « Hum. » fit-elle en plissant le nez et en louchant presque, sous le coup de son index. Sa question et la réponse assortie ne l’avançaient pas vraiment. Elle en avait conscience. Tout ce qu’elle pouvait en tirer, c’était que ce n’était pas un parfait inconnu. L’Immaculée n’aurait jamais pu imaginer à quel point il lui avait été intime, dans un monde que ni lui ni elle ne maîtrisait. Elle pourrait passer en revue tous les Humains qu’elle connaissait ; jamais elle ne le trouverait. Deux grandes ailes noires pourfendaient le dos de son futur Protégé ; deux appendices d’ébène comme ceux qu’elle craignait d’avoir, un jour.

Le chat sculpté dans la neige semblait drôlement réaliste. Comme elle le regardait, elle sourit, mais ne dit rien. Ses iris bondirent jusqu’à Jun, et son sourire s’accentua à mesure qu’il déroulait son interprétation du personnage. Finalement, elle rit doucement. « C’est Kaahl. » Ou l’un de ses frères, si tant était qu’ils partageaient effectivement un lien de parenté. Peut-être que Lagherta n’était pas sa mère. La jeune femme repensa au rêve dans lequel elle avait vécu à la place d’Ezechyel. Peut-être que c’était une des deux femmes avec qui il avait couché ? Comme tous les Réprouvés, elle connaissait l’une des deux. Paaz Kin’Diin – ou quelqu’un qui lui ressemblait trop. Aurait-elle pu être la génitrice de Kaahl ? Les liens que cette supputation créait lui paraissaient improbables – mais rien n’était impossible. Cela posait la question de savoir si l’autre avait bien enfanté à la suite de leurs ébats, et de qui. La fille qu’il avait dû tuer ? Elle ignorait trop de choses : le puzzle ne pouvait pas se compléter. Elle cligna des yeux, chassant ses pensées. « C’est presque la tête qu’il a faite quand il a vu le chaton, bien joué. C’était vilain de votre part, d’ailleurs. » Pourtant, elle avait toujours l’air amusée.

Sans protester, elle lâcha les pintes et suivit son impulsion pour se relever. Par mimétisme, ses propres ailes se déployèrent. Elle se laissa guider contre lui, puis virevolter au bout de ses doigts. Elle ne dansait pas souvent et ses mouvements avaient l’hésitation des néophytes. « Je sais. Ce serait trop simple. » Mais ne pouvait-on pas se débattre jusqu’à vaincre les sentiments ? La notion du destin virevolta entre ses pensées. La prophétie d’Othaline lui revint en mémoire. Peut-être pas. À nouveau, elle esquissa une moue, avant de froncer les sourcils aux paroles de Jun. Elle secoua la tête, prête à protester, mais la suite plaça un écrin de culpabilité et de révolte autour de son cœur. Au fond d’elle et malgré toute sa colère, elle ne voulait pas faire souffrir le Mage – une faiblesse sentimentale qu’elle exécrait, car il aurait mérité de subir son courroux ou au moins un revers de situation sans qu’elle ne s’en voulût une seule seconde. Cependant, elle ne voulait pas non plus renoncer à ses ambitions angéliques. « Ça n’a rien à voir, et j’ose espérer qu’il sera assez intelligent pour faire la part des choses. » De toute façon, ils en parleraient sûrement. « Et arrêtez avec Adriel. C’est juste un ami. » Pourtant, à chaque fois qu’il sous-entendait qu’il pouvait être plus, le trouble maquillait ses prunelles. Et s’il avait raison ? S’il le souhaitait, il pouvait certainement avoir connaissance de ce qui faisait vibrer le cœur du soldat. Elle serra les dents. Voulait-elle d’une relation sécurisante ? En cherchait-elle une ? Était-ce pour cela, aussi et en dehors de toute considération liée à son supposé devoir, qu’elle voulait un Humain ? Pour être sûre d’avoir à ses côtés quelqu’un qui l’aimerait toujours, qui ne la trahirait pas et ne l’abandonnerait jamais ? Voulait-elle combler les lacunes de sa relation avec Kaahl, là où la confiance s’effritait un peu plus chaque jour ? Elle se mordit la lèvre. Pourquoi l’aimer si elle ne pouvait pas s’y fier ? Ce n’était pas stable. Comme un amour de Bipolaires, comme ce qu’elle avait toujours connu et qu’elle reproduisait sans doute à son insu.

« Je n’ai pas besoin de vous pour vol- Ah ! » Les mains de l’Ange se resserrèrent autour de celles de Jun, jusqu’à ce qu’elle ne se détendît – elle rétracta même ses ailes – et ne se laissât porter par l’élan qu’il lui impulsait en tournant. Elle rit. Cela lui rappelait de vieux instants. La mémoire en avait flouté le contexte, ce qui s’y était dit, et leur linéarité globale, cependant, les sensations subsistaient. Elle se souvenait de son estomac qui se soulevait et de son rire d’enfant qui résonnait à travers les champs d’or, de la poigne de sa mère ou de son père autour de ses doigts ou de ses avant-bras, de leur regard amusé et de leur sourire. Plus tard, elle y avait joué aussi avec Priam, mais à eux deux, ils finissaient souvent étalés dans la terre, des égratignures sur tout le corps. Lorsque le brun cessa de tourner et la ramena vers lui, elle lui sourit. Tandis qu’il se penchait vers elle, une étincelle affolée perça sa rétine parce qu’elle crut qu’il allait l’embrasser – bêtement ? il avait des gestes ambigus, même pour elle qui ne se formalisait pas des contacts. La lueur s’évanouit à l’instant où ses paupières se fermèrent.

Le sommeil qui l’enveloppait la reposait véritablement. Elle n’avait pas aussi bien dormi depuis des semaines. La lumière du jour la tira du confort des draps. Aveuglée, l’Ailée plissa les yeux. Au bout de quelques minutes, elle s’était accoutumée à la luminosité. Elle se tourna de l’autre côté. Personne. Ce n’était pas un rêve, quoiqu’étrangement, elle n’eût pas la gueule de bois. Comme elle pivotait à nouveau dans le lit, ses yeux tombèrent sur ses vêtements, et elle percuta qu’elle était nue. Elle leva les yeux au ciel. Elle allait finir par croire qu’il aimait bien la déshabiller. Elle attrapa ses habits, les revêtit et quitta la chambre.

Il l’attendait, près du Khami. Les bulles de son thé éclataient en gouttelettes microscopiques sur son visage vert. Elle sourit. « Bonjour. » Comme elle s’approchait, elle détailla Jun. « Vous allez bien ? Bien dormi ? » En s’asseyant sur le même coussin que la veille, elle remarqua les Okae d’argent qui ornaient son kimono et repensa à leur conversation sur Luftë. Un sourire espiègle anima ses lèvres. « Vous vous rangez finalement du côté de Väaramar ? » L’Æther de la Justice et de l’Équité, qui avait affirmé que Drejtësi avait péri, et avait offert les Enfants des Cieux aux Humains, en échange de leur abandon des cultes de Luftë et d’Edel. L’Ange cligna des paupières. À Väaramar aussi, Luftë avait pris un être cher. Sa sœur. Elle le scruta, soudainement silencieuse. Elle avait faim mais n’osait toucher à rien. Du bout de ses réflexions, elle effleurait quelque chose d’important. Elle le sentait. Si elle se déconcentrait, peut-être que tout s’effondrerait. Finalement, d’une toute petite voix, elle demanda : « Ezechyel ? C’est peut-être un peu fou, comme question, mais est-ce que vous êtes aussi Väaramar ? » La Mort était puissante, la Justice également. Elle le contempla, incertaine.



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Jun Taiji
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Jun Taiji
Mer 24 Juin 2020, 00:01


et ta tête, quand tous les autres les perdront



« Bonjour. » dit-il, en levant les yeux vers elle. Il les avait fixés dans l’immensité et s’était quelque peu perdu dans l’Univers. Il eut du mal à se remémorer où est-ce qu’il se trouvait exactement et, surtout, le plus important, à quelle époque. Il finit néanmoins par sourire. « Dormi, non, mais j’ai voyagé en vous attendant. » Ses iris bougèrent afin de suivre les mouvements de la silhouette de la jeune femme. Jun baissa la tête vers son kimono et remonta vers elle un visage amusé. « On peut dire ça, oui. » dit-il, avec un sourire joueur, tout en prenant du raisin. Il arracha un grain et le coinça entre ses dents. Il attendit un peu, avec la mine d’un homme s’apprêtant à découvrir les mystères de l’existence, et croqua dedans d’un coup. Là, il se mit à rire doucement. Ça l'enchantait, lorsque le jus explosait dans sa bouche. « Oui ? » fit-il, une lueur de malice dans les yeux. Son sourire s’agrandit à l’entente de sa question. Il se mit à regarder le plafond, hésita – faussement – et reporta son attention sur la table. Là, sans répondre, il s’empara d’une crêpe épaisse qu’il posa dans son assiette avant de verser du sirop d’érable dessus. Il sembla se souvenir de quelque chose. « Oh c’est vrai ! » commença-t-il, en la regardant de nouveau. Il se perdit un moment dans ses yeux et changea de sujet. « Vous savez, les iris me font penser à certains Mondes. Lorsque je regarde les vôtres, ça me rappelle mes voyages et, parfois, je me demande si tous les iris ne sont pas, en réalité, de petits Mondes oubliés et abandonnés. Ce serait amusant s’il y avait de la vie dans vos yeux, n’est-ce pas ? » murmura-t-il. Le Khami fit des bulles de nouveau, comme s’il essayait de tirer son Créateur de ses digressions. Ça fonctionna.

Jun prit une fourchette et un couteau et coupa un morceau de sa galette. Il la porta à ses lèvres et savoura. Il avala avant de reprendre la parole. « Je devais vous raconter une anecdote sur le Boucher, je viens de m’en souvenir. » Il porta sa main sur la tête de l’animal, afin de le caresser. « Lors d’un Lux in Caelum – vous saviez que le nom de la fête a été pensé afin de se moquer des Sorciers ? D’ailleurs, j’ai aidé à la construction de l’endroit. » Il s’interrompit et sourit. « Excusez-moi. Lorsque je voyage plusieurs siècles, j’ai parfois du mal à rester concentré ensuite. Je dois déterminer ce que je vous ai déjà dit, ce que nous avons déjà fait, ce qui doit être fait, ce qui ne doit pas l’être, parmi l’infinité. » Il ne préféra pas s’étaler sur le sujet. Il y avait beaucoup de possibilités, des lignes du Temps où Laëth n’existait pas, même. En tant que Divinité, il avait accès à toutes ces lignes qui, d’un point de vue Mortel, n’existaient plus ou n’avaient jamais existées. Il aimait les visiter et les manipuler, jouer à les modifier, voire en construire d’autres, simplement pour observer, religieusement, ce que tel ou tel choix aurait eu comme conséquences. Il lui arrivait de se perdre parce qu’admirer mille ans d’existence d’un Monde lointain, qui n’avait rien à voir avec celui qu’il avait l’habitude de côtoyer, en une seconde, était éprouvant.

Il finit par se lever et par contourner la table. « Finalement, je ne vais pas vous la raconter, cette anecdote. Je la garde pour un autre jour. Je vais vous ramener chez vous. » À peine avait-il dit ces mots que le décor se modifia pour faire place à la maison qu’elle partageait avec Priam, Kagamiko et de multiples animaux. Ils étaient revenus à l’exact moment où ils étaient partis, dans des positions différentes cependant. Elle était debout, la table derrière elle, au niveau de ses fesses. Il se tenait en face d’elle, plus proche qu’éloigné, à une distance encore acceptable mais peu conventionnelle. « J’ai une question pour vous. Je ne peux pas décemment vous quitter sans vous enquiquiner un peu. » Il sourit, il souriait beaucoup, et attrapa l’une des mèches de ses cheveux. Il la tira doucement vers lui, pour ne pas lui faire mal. « Vous dîtes qu’Adriel n’est qu’un ami mais je me demande, de façon plus générale, bien sûr… » Bien sûr. Il la fixait dans les yeux. « Est-ce que l’amitié peut perdurer lorsque l’un des individus en présence est amoureux de l’autre ? » Il enroula la mèche entre son index et son majeur. « Vous me répondrez la prochaine fois parce que, oui, entre vous et moi, il y aura beaucoup de fois. » Il lâcha ce qu’il tenait. « Au fait… Moi aussi, j’ai les yeux verts. » Il lui fit un clin d’œil et se volatilisa, en laissant de l’alcool de maïs, des gâteaux de riz gluant et un petit mot sur la table. La Vie est belle, aussi belle que toi. Elle te ressemble parfois. La Vie est belle et cruelle à la fois. Elle lui ressemble parfois. Pourquoi ? Pourquoi pas.

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