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 [Event Top Sites] - Odon Do Dur

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Ven 26 Juin 2020, 00:25

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Odon Do Dur
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« Non mais, tout ce que je dis, c’est que ça annonce rien de bon, voilà. » Le Réprouvé repose son gobelet à moitié rempli sur le sol. Assis sur une caisse de lait retournée, il scrute son partenaire, un Déchu qui le regarde comme s’il était le dernier des crétins. « Mais pourquoi ça t’embête? T’es ici, toi. T’as pas à t’en faire pour ceux qui sont à l’autre bout du monde. » « T’es con ou quoi? Ouais, moi je suis ici. Mais ma famille est encore là-bas. Alors si y’a un truc louche qui s’annonce, je vais y aller. » Le Déchu soupire bruyamment. « Et pour faire quoi, exactement? Ça ne va rien changer, que tu sois ici ou que tu sois là-bas. » « Je vais pas faire mon lâche et rester caché à Avalon pendant que mes vieux et ma sœur s’font massacrer. » Un haussement de sourcil, de la part du Déchu. « Et Brii. » Le Réprouvé déglutit. Les traits enfantins de sa benjamine dansent devant lui brièvement. Il ne l’avait pas vraiment oubliée. Il sait qu’elle aussi est à Sceptelinôst, probablement en train d’emmerder son grand-père pour une raison ou pour une autre. Il préfère ne pas penser qu’elle pourrait se retrouver coincée au milieu du merdier qui se prépare. « Ouais. Et Brii. Y’a que deux options : ou bien on va aller buter des gens, ou bien on se prépare à ce que quelqu’un d’autre vienne nous buter. Dans tous les cas, ça sent l’emmerde. Impossible que je reste ici à rien faire. » Le Déchu laisse échapper un bref son – une espèce d’onomatopée mi-soupir, mi-rire aux inflexions sarcastiques. Il passe une main sur son crâne dégarni. Se rapproche du visage de son interlocuteur avec une mine incrédule. « Rien faire? On a encore cinq livraisons à faire, du con, t’as peut-être oublié? Tu crois qu’elles vont se faire toutes seules? » « Les livraisons, tu peux te les enfoncer bien profond. » Le Réprouvé prend une grande gorgée de sa bière. « Y’a des choses plus importantes que d’accumuler les pièces d’or, dans la vie. » « Comme quoi? » « Comme la patrie. » Le Déchu fixe l’autre. N’arrive pas à déterminer s’il est sérieux ou non. « Alors tu préfères aller te mêler de ce qui ne te regarde pas? » « Ça me regarde. J’suis un Réprouvé. » « Nan. Ça te regarde parce que t’es un con. » Quoi qu’à force de lui parler, le Déchu commence à penser que les deux termes sont synonymes. Le ton monte. « J’suis p’têt con, mais moi au moins j’ai des couilles. » Il reprend une gorgée. « Ni med yu. (Pas comme toi.) » « Mais arrête de dire des trucs en Zul’Dov, putain. Tu sais que je la parle pas, votre langue de dégénérés. » Le Réprouvé repose bruyamment son gobelet sur le sol. Son visage rougit à vue d’œil. Il en a assez. « Si t’étais ailleurs et qu’un truc pas net se tramait à Avalon, tu resterais caché dans ton trou? Tu reviendrais pas? » « Pas comme toi. Pas sur un coup de tête. J’attendrais de savoir, de vraiment savoir, avant de faire quoi que ce soit. » Il frappe sa cuisse du plat de la main d’un air agacé. « Mais je le sais, bordel. Je le sens dans mes tripes. Quelque chose va arriver.»

Une femme aux yeux émeraude les observe parler. Mémorise leurs visages alors que la nuit tombe lentement sur les quais de la Cité Déchue.

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C’est un Rêveur aux ailes rouges que Circe décide de suivre à la Porte des Songes. Un Réprouvé avec une impressionnante barbe brune striée de mèches grisâtres. Sa carrure est imposante, les épaules carrées et la musculature définie, mais sa stature impressionnante est diminuée par une posture légèrement voutée. Trois traits verticaux entaillent la base de sa nuque et courent le long son crâne chauve pour venir s’éteindre juste en haut de son sourcil droit. Des cicatrices qui avaient jadis été profondes et dont il conserve l’empreinte sur sa peau tel un tatouage. Le reste de son visage est ponctué de bosses, de coupures et d’autres stigmates qui se chevauchent et marquent ses traits comme une peinture de guerre. Sa bouche charnue semble perpétuellement pincée, des rides s’étirant à la commissure des lèvres. De petits yeux foncés et une mâchoire proéminente lui donnent un air malcommode.

Il intrigue Circe. Elle aimerait l’incommoder un peu plus.

Elle le regarde pénétrer à travers la Porte des Songes. À son arrivée, la toison onirique se replie presque instantanément autour de son corps. Les fils qui servent à tisser les chimères le reconnaissent. Il se laisse faire. Il n’a pas le choix. Ses yeux sont fermés. Sa poitrine se soulève à intervalles réguliers, sa respiration tranquille et sereine. Même s’il n’en garde pas la mémoire, c’est un rituel auquel son corps s’est habitué. Un sommeil profond l’a emmené ici. Les mailles qui composent la matière du Rêve entourent ses pieds, ses mollets. S’emmêlent autour de ses hanches et grimpent vers la peau plus souple de sa nuque découverte. Là, son pouls est visible, fait battre une veine qui rejoint sa mâchoire. La toison onirique s’en approche. L’enserre, doucement, tranquillement, inexorablement. Le submerge entièrement avant d’invoquer le Rêve. Le Songe a tissé son nid dans sa conscience. Quant au Rêveur, il est le moustique venu saluer de son propre gré l’araignée sur sa toile. Et non loin, l’araignée guette. Sans un mot, sans perturber le travail de la matière du songe, Circe s’approche. Sous ses pas à elle, la substance chimérique tout autour se recroqueville, s’éloigne de son chemin. Les Génies ne rêvent pas. La sylphe s’arrête devant le Réprouvé, engoncé dans le voile du Songe comme une larve dans une chrysalide. L’aveugle certitude des autres races vis-à-vis l’inviolabilité de leurs sommeils lui est presque touchante. Une confiance tacite qui n’est accordée au monde des Rêves, une main tendue vers ce dernier qui se replie et refuse de se donner à la réalité. Ce Réprouvé aurait probablement eu le dessus sur la sylphe s’étaient-ils rencontrés dans n’importe quelle autre circonstance, mais de par la puissance qui lui est accordée par le Rêve, c’est elle qui tient en main toutes les cartes. Il est la proie qui détale, il est l’insecte qui bat de l’aile; elle est la chasseuse qui le dévore et la botte qui l’écrase. Un dernier regard presque complice à la matière dont est faite le Songe avant qu’elle ne s’y immisce à son tour.

Un jet de lumière dans un établissement sombre. Une banquette qui craque sous le poids de ses occupants. Une blonde y est lovée dans les bras de l’homme aux cicatrices, caressant ses ailes vermeilles à moitié repliées. Des mains menues et dodues annoncent sa petite taille, son air trapu; même recroquevillée sur la banquette, on devine sa silhouette courte et large, une taille robuste et des épaules solides. Ses cheveux emmêlés descendent juste en bas de ses épaules, frisent légèrement vers les pointes. Elle porte une tunique simple, échancrée aux épaules, retenue à la taille par une ceinture de cuir foncée. Sur le dos de sa main droite s’étend un tatouage – une forme blanche, semblable à un demi-cercle, avec un point noir à l’intérieur. Devant eux, une table basse avec une mise à niveau défectueuse, posée de manière précaire sur un plancher en bois moisi. La surface est parsemée de taches de graisse et de bière. Une odeur de poison à rats se mélange avec celle, nauséabonde, de la clientèle qui s’accoude au bar. Dans leur coin de l’établissement, à l’abri de regards indiscrets, le couple chuchote, sourit, s’effleure. Circe déchiffre sans encombres le désir du Rêveur, qui fait vibrer chaque fil tendu du Songe : il souhaite que son aimée brise le serment qu’elle a fait à un autre, le jour de son Keyronta –  qu’elle oublie son époux et se donne à lui toute entière cette nuit ainsi que toutes les nuits qui suivraient. Circe, sous les traits d’un Réprouvé légèrement ivre, s’accoude au bar, mine de rien. S’intègre au Rêve sans que son hôte ne remarque sa présence. Un Réprouvé éperdu d’amour pour celle qui lui est interdite, une femme qui avait juré fidélité à un autre. Un mélange de pitié et de mépris de la part de Circe envers le Rêveur condamné à ne pouvoir explorer ce désir réprimé que dans ses rêves. La sylphe observe le couple à la dérobée. Attend son moment avant d’intervenir.

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« Mais pourquoi est-ce que je devrais aller me coucher, moi? Alors que dehors tout le monde fait la fête? » Du haut des marches, Brii fixe son grand-père d’une mine renfrognée. « C’est pas juste. » Il repose le livret qu’il tient à la main. Ne se retourne même pas pour faire face à la gamine. Les bruits, à l’extérieur, ne sont définitivement pas ceux d’une fête. Mais sa petite-fille est trop jeune pour le comprendre. « Tu vas finir par m’énerver, Brii. T’es sous mon toit, tu vas suivre ma loi. Et maintenant, la loi, elle dit que c’est l’heure d’aller se coucher. » « C’est pas juste! J’en ai rien à cirer de ton toit! Et puis d’abord tes règles elles puent! » « Brii. » « Et puis si papa était ici – » « Si ton vaar (idiot) de père était ici, lui aussi il suivrait mes règles. » Il se relève, lui bloque le chemin pour ne pas qu’elle descende plus bas. Ponctue ses mots d’un geste vif du bras pour désigner l’étage. « Bon, c’est assez maintenant. Au lit! Et je te le redirai plus. » Le nez de l’enfant se retrousse sous l’effet de la colère. Bon sang qu’elle ressemble à son père. Cet abruti. « C’est toi, le vaar! » « Tu changes de ton maintenant avant que je perde patience. » « Nan! J’ai dit que c’était toi, le vaar, avec ta tête de vieux bouc! » Il esquisse un mouvement pour grimper le reste des marches. « Tu perds rien pour attendre, morveuse. » La gamine détale presque qu’aussitôt pour aller se réfugier dans sa chambre. Il entend la porte claquer. Pousse un soupir. Elle ne dormirait peut-être pas, mais au moins elle lui ficherait la paix. À l’extérieur, les gens continuent de s’envoyer en l’air avec la vigueur de ceux qui se savent condamnés. Il ne voulait pas y croire au début, mais il le sent, lui aussi. Tous le savent – même Brii. La fin du monde est à leurs portes. Il n’aurait jamais cru être encore vivant lorsque ce jour arriverait. Un regard vers le salon, où sa femme essaie de maintenir un semblant de normalité en ajoutant une buche à leur foyer. Ses mains tremblent alors qu’elle attise le feu. Peut-être que tirer un coup arriverait à lui enlever cette peur qui le prend au ventre. Si les autres le font, pourquoi pas lui?

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« Lok’Silus. »

De lourdes syllabes, abruptes, gutturales, tranchées au couteau. C’est une voix de femme qui les murmure – et pourtant, elles retentissent au-dessus du brouhaha de la taverne comme si elles avaient été criées. Circe jette un regard curieux envers le Rêveur. Ce n’est pas elle qui a provoqué la voix. Le Réprouvé fronce les sourcils, scrute les visages autour de lui. Il est le seul à réagir au sein de la taverne. Les autres continuent de boire et de discuter entre eux. Il n’a pas l’air d’avoir réalisé qu’il rêvait. « Lok’Silus. » Une voix grave, cette fois, presque essoufflée. Le ton est sec, brusque. Intriguée par cette tournure que prend le Rêve sans qu’elle n’ait à le manipuler, Circe se relève. Progressivement, d’autres voix s’élèvent, se joignent au chœur une par une. Les fondations de la taverne se mettent à trembler sous l’impact des voix. Trois syllabes qui forment un tonnerre assourdissant. C’est tout un peuple qui crie, qui chante, qui chuchote, qui s’extase, qui rage, qui pleure. Le Réprouvé repousse la blonde et se relève à son tour. Croise les yeux de Circe.

Un violent changement de décor. Autour d’eux, la taverne s’écroule. Ils sont perchés sur le toit d’un édifice, dans une ville complètement inconnue à la sylphe. Les édifices qui s’étalent à l’horizon ne lui sont absolument pas familières. Des rues étroites et sinueuses s’étirent, en bas, avec des édifices en bois et en pierre placées une à la suite de l’autre de manière chaotique et étrange. C’était comme si les gens en charge de construire la ville avaient passé la fin d’une nuit bien arrosée à tracer les rues à la craie. Il fait trop sombre pour distinguer les bâtiments individuellement, mais la sylphe devine leur air amoché, leurs façades qui restent debout comme par défi à la gravité. Tout autour, des Réprouvés de tous les âges, de tous les genres, de tous les milieux. Elle les reconnaît à leurs ailes – rouges, blanches, bicolores –  déployées alors qu’ils planent au-dessus des rues. Elle en voit perchés sur les toits, à l’horizon. Tous ont les regards portés vers le sol. Vers la rue. Le Rêveur ne fait pas exception. Circe se rapproche de l’extrémité du toit et se penche vers le sol.

Une brume lourde et sombre se répand à travers les rues et les ruelles. Une procession de Réprouvés parcourt la ville, leurs silhouettes à peine visibles à travers le brouillard. Une figure encapuchonnée les précède. Circe plisse les yeux. Elle n’avait jamais rien vu de tel auparavant, pas même en Rêve.

La scène au bar n’avait été que pure fantaisie, une chimère inventée par l’inconscient du Réprouvé afin d’adresser des envies qui lui sont interdites dans le monde tangible. Ce nouvel aspect du rêve semble plus ancré dans la réalité. Comme si le Rêveur tentait de se remémorer une scène de laquelle il avait été témoin, de lui donner une seconde vie dans le Monde des Songes. Les souvenirs sont rarement rapportés fidèlement, dans ce dernier. Un nouveau désir émanant du Réprouvé vient faire vibrer les mailles de la toile du Rêve. Il souhaite comprendre. Un sentiment d’anticipation face à l’inexorable. Un absolu qu’il ne peut pas concevoir, mais auquel il s’est résigné.

Malgré son influence sur le Rêve, Circe frissonne face à l’inébranlable nature de ce désir.

Elle se rend soudain compte que les Réprouvés autour d’elle n’ont jamais arrêté de pousser leur cri, de joindre leurs voix en cette chorale qui avait annihilé la taverne, plus tôt.

Le Rêveur aussi crie les trois syllabes immondes. « Lok’Silus. » Et il se jette en bas du toit. Disparaît dans la brume avant que Circe ne le voit toucher terre. Comme animés de la même volonté, tous les Réprouvés autour effectuent le même arc étrange, se laissent tomber de leurs perchoirs pour aller rejoindre le brouillard.

Elle ne fait que regarder.
Pas un souvenir, mais un Rêve. Des chimères prenant racine dans l’esprit du Rêveur.
Circe n’a rien à craindre. Dans le monde des Songes, elle n’a rien à craindre. Elle se le répète.

La clameur grandit. Le sol tremble. Chaque Réprouvé perché autour d’elle entonne le même mot. Un chant monotone qui fait vibrer toutes les fibres qui s’entremêlent pour tisser la toison du Rêve. « Lok'Silus. » Les corps continuent de tomber des cieux. Le nombre de voix ne diminue pas après que leurs corps se soient joints à la brume. « Lok'Silus.»

Circe n’a pas conscience de se jeter en bas de l’édifice. Un vertige étrange prend racine tout au fond de sa poitrine. Elle ne sait plus si elle monte ou si elle tombe, si elle vole ou si elle ploie. Tout ce qu’elle voit, c’est l’abîme, infiniment grand, qui l’attire et la repousse à la fois.

L’odeur âcre du sang et de la mort. La sueur, les dents qui se resserrent. Les cris agonisant de certains et victorieux des autres. L’éclat du fer qui croise le fer, les échos de flèches qui frappent armures et boucliers. Un champ de bataille immense, aux frontières lointaines et indéfinies, aux guerriers qui se heurtent, se frappent et se relèvent jusqu’à ce qu’ils n’y arrivent plus. Les yeux de Circe parcourent froidement le terrain. Le pommeau froid d’un couteau est posé dans sa paume droite; enserrant les doigts de sa main gauche, des lames effilées taillées dans le bronze, semblables à des griffes de par leur apparence et fonction.

Elle cherche le Réprouvé du regard. Ne le trouve pas, mais en voit plusieurs autres, à la place, aux ailes à moitié déchirées, à la chair tachée de sang, prenant leurs élans pour donner en cadeau à l’autre l’embrasement de la mort. Des monstres, des géants, qui font tournoyer d’énormes massues au-dessus de leur têtes avant de les abattre sur des combattants. Elle en voit d’autres, sur le sol, aux ailes rouges, aux ailes noires, aux ailes blanches – les crânes enfoncés, les yeux sortis des orbites, les organes qui s’étalent sur une terre qui se teinte de rouge.

Ce qu’elle ne voit plus, ce sont les maillons du Songe.
Les contours sont trop définis, pas assez nébuleux, la matière trop présente et tangible.
Elle n’est plus dans le Rêve.

Pourtant, ses pieds sont solidement enfoncés dans le sol. Ses pas soulèvent de la poussière, laissent une trace sur le sol lorsqu’elle se déplace. Elle sent fermement le manche du couteau dans son poing fermé. Une respiration qu’elle n’avait pas conscience de retenir s’échappe d’entre ses lèvres. Immobile au milieu du combat, elle observe la lame qu’elle tient en main. L’effleure du bout de son index. Le contact du métal, froid, tranchant, qui entaille légèrement la délicate peau de sa main. Elle sent ses genoux presque défaillir alors qu’une décharge se répand à travers tout son corps. Une forme physique. Un corps qui peut toucher et se faire toucher – une chair qui ne se soustrait pas à elle-même et aux autres. Son être ploie presque tout entier sous la réalisation monumentale. Sa respiration s’accélère. Une larme coule sur sa joue; elle l’attrape du bout de la langue. Se délecte de son goût salé. S’amuse de la forme ronde du liquide dans sa bouche.

Un lourd impact sur son flanc gauche. Un coup donné sur son visage, là où son nez rejoint sa joue. Elle titube; tombe presque sur le sol de par la force de l’impact. Le souffle coupé, elle se replie sur elle-même et pince instinctivement l’arête de son nez entre le pouce et l’index. L’os est déplacé, brisé. Du sang dégouline de la plaie, macule sa paume, tombe sur le sol à grosses gouttes. La douleur s’intensifie avec chaque battement de son cœur. Une respiration haletante. Elle se fait frapper à nouveau. Elle souffre.

Elle sourit.

Un nouveau coup achève projeter Circe au sol. Sa tête frappe lourdement la terre dure. Le souffle coupé, elle tente de discerner son assaillant; y arrive mal, au milieu de sa douleur. Le monde autour d’elle est flou, incertain, mais les sensations, elles, la percutent de plein fouet. Un homme se penche devant elle, attrape rudement une poignée de ses cheveux. Il soulève son visage à quelques centimètres au-dessus du sol. Elle voit, à contre-jour, un poing droit strié de plaies maintenu à l’arrière, dans l’élan nécessaire pour asséner un nouveau coup à la sylphe. Une grimace qui déforme les traits de son adversaire, des yeux fous qui trahissent la frénésie mercenaire qui l’anime. Entre deux souffles irréguliers, la peur la prenant au ventre, elle parvient à resserrer la poigne autour de son couteau. Serre les dents et l’enfonce rapidement derrière le genou droit de l’homme. Elle sent le bout de la lame transpercer le muscle, effleurer l’os. L’autre jette un cri grave, assourdissant. Sa jambe plie, le force à s’agenouiller. D’un coup sec, elle retire le couteau de la plaie et l’enfonce derrière son autre genou. L’emprise de l’homme sur sa chevelure se relâche suffisamment pour qu’elle puisse se relever. Difficilement, elle se remet sur pieds – s’appuie sur l’homme nouvellement estropié pour reprendre l’équilibre. Elle passe le couteau sous sa gorge. Ne s’attarde pas à comprendre la portée du geste, ses conséquences, ou ses implications. La même exaltation guerrière qu’elle avait lue en l’homme se répand en elle. Une veine sur sa tempe menace d’exploser. D’un geste brusque, elle tranche la gorge de celui qui avait voulu la tuer à mains nues. Des gargouillis sordides résonnent alors qu’il s’étouffe avec son propre sang. Il reste un instant à genoux, le reste de sa vie suintant à gros goulots sur son torse, avant de s’écrouler.

La lame de Circe tombe sur le sol alors qu’elle s’y met à quatre pattes. Elle vomit. L’odeur nauséeuse se mélange à celle, acerbe, du champ de bataille. La poussière du sol se mélange au sang qui suinte de ses plaies. Se colle à la sueur qui perle de ses mains moites. Après avoir vidé son estomac, elle crache sur le sol. Une dent se détache de sa gencive et vient rejoindre l’amas de fluides qu’elle a rendu.

Un vif mouvement, à sa gauche. Quelque chose qui court en sa direction. Sans réfléchir, Circe tend la main et attrape la jambe qui passe près de son visage. L’autre s’étale de tout son long sur le sol dans un bruit sourd. Circe se jette sur elle alors que l’autre secoue sa jambe pour se défaire de l’emprise de la sylphe. Complètement perdue à la rage guerrière qui domine le champ de bataille, elle strie le tibia de son adversaire avec les griffes qui ornent sa main gauche. L’autre arrive à se retourner, assène un coup de pied au milieu sternum de la Génie. Le souffle coupé, cette dernière est projetée vers l’arrière, forcée de relâcher la jambe. Son adversaire se retourne rapidement. Empoigne le pommeau d’un cimeterre qui pend à sa ceinture. Un battement. Les deux femmes se considèrent.

Circe est la première à bouger. Elle se jette à la course vers l’autre, qui reste fermement plantée dans sa position, les genoux légèrement fléchis. La sylphe arrive à la course, le couteau brandi au-dessus de son épaule, la bouche ouverte comme pour pousser un cri. Le monde n’existe plus au-delà de ce moment. La futilité de l’intangible lui saute aux yeux alors que le sol défile sous ses pas. Tout n’est que question de survie, lorsque l’on se soumet au toucher des autres. Tuer ou être tuée. Le Tout qui compose ce qui peut se toucher est si infiniment, si atrocement simple. Elle pourrait en pleurer.

Derrière la femme, un autre décoche un flèche. Elle vient se ficher entre les deux yeux de la sylphe. Dans son élan, elle percute de plein fouet son adversaire, qui se sert du momentum pour la faire valser par-dessus son épaule. Circe est déjà morte lorsque son corps touche le sol.

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Quelque part dans Avalon, Circe revient à elle. Des ailes bicolores caressent ses omoplates. Son nez n’est pas brisé. Plus d'hématomes ni de plaies sur son visage ou sur sa peau. Plus aucune sensation. Elle le sait sans avoir à le vérifier : son corps est redevenu intangible.

Les Génies ne rêvent pas.

Une réalité existe, quelque part, en dehors du Rêve, où elle a accès à un corps. Où elle peut respirer et suer et saigner et dégueuler. Le carcan de sa présente existence se referme sur elle comme un étau. Elle est fatiguée. Elle le restera.

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Kitoe
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Kitoe
Ven 26 Juin 2020, 19:06

Freja1905 mots
Odon do dur
-BAS-TOI SI T’ES UN HOMME ESPECE DE MAUVIETTE DE SORCIER DE STENFEK !

La réponse ne se fit pas attendre. Le coup de poing qu’elle reçut dans la gueule fut au-delà de ses espérances. Ce n’était décidément pas celui d’un Sorcier de Stenfek. Sa tête vrilla et Freja perdit l’équilibre, sonnée. Sa chute sur le pavé, pourtant usé par les passages, fut violent et écorcha ses bras. Autour d’elle, la foule beugla de joie. Celui qui venait de la mettre à terre leva les poings en l’air en signe de victoire. Il bandait ses muscles, pourtant pas si impressionnants selon les dires du clone, pour les exposer à ses admirateurs. Celui qui se disait s’appeler Revak en faisait vraiment des caisses et ça avait le don d’énerver Freja. Putain, il n’était pas si fort que ça. C’était juste que… qu’il l’avait prise par surprise ! Autrement, elle était persuadée qu’elle pouvait lui marave sa gueule de petit con. Ses muscles, c’était de la gonflette ! C’était qu’un con de toute façon. Freja cracha, car elle avait allègrement mangé le sol. Sa gencive saignait un peu, son nez aussi. Elle essuya le filet qui coulait de sa narine du revers de la main.

-T’as pas gagné !

Elle se jeta sur son dos avec la ferme intention de le faire basculer et de lui enfoncer ses doigts dans ses yeux. Elle allait les faire exploser ! Elle poussa un cri de guerre tandis que ses mains s’agrippaient à son visage. Revak se pencha soudain en avant et elle passa par-dessus lui, terminant sa chute sur le dos. Cela lui coupa le souffle. Nouveau cri de la foule en furie. Elle ferma les yeux. Sa mâchoire était si contractée qu’elle grinçait des dents. C’était humiliant. Elle avait envie de pleurer. Elle se retenait du mieux qu’elle pouvait. Céder aux larmes serait encore pire, bien sûr. Ce serait donner raison à cet abruti qui ne méritait que d’être vaincu par elle. Il fallait qu’elle se relève. Qu’elle se relève jusqu’à ce qu’elle le batte. Elle finirait par y arriver. Elle se relèverait autant de fois qu’il faudrait pour qu’il capitule. Il était hors de question qu’elle perdre sous prétexte qu’elle était faible. Elle n’était pas faible. Seulement, personne ne voulait la prendre au sérieux. C’était très différent. Ils étaient juste idiots que penser qu’elle pouvait être aussi nulle. Ce n’était pas deux trois petits chocs qui allaient la mettre par terre. Freja s’appuya sur ses coudes pour se remettre sur pieds. La douleur qui s’empara de son dos la paralysa complètement. Elle essayait d’outrepasser son mal, mais il était trop puissant. Ses muscles crispés par la détresse lui interdisaient de quitter la dureté du sol.

-Alors Freja ?

-Ta gueule !

Ce connard osait se moquer. Bordel. Elle allait vraiment pleurer, ou… ?

-Ça fait super mal. Gémit-elle, la gorge nouée.

Il lui tendit une main, faussement ennuyé. Il s’en foutait, il considérait qu’il avait gagné. La foule aussi d’ailleurs. Elle la prit et il la souleva, mais elle grimaça.

-Ça va ?

-Non, t’inquiète, mon dos est en train de jouir. Putain, t’en a d’autres des questions cons ?

Revak ne dit rien. Cette gamine était désespérante de par son comportement. C’était le sixième jour depuis l’apparition de Boholt’Kein. Il ne connaissait pas Freja depuis plus longtemps, aussi loin que l’on pouvait dire qu’il la connaissait. A vrai dire, ils n’avaient jamais discuté. Leurs conversations s’étaient limitées à des échanges provocateurs. Enfin, c’était surtout elle qui parlait. Lui ne disait jamais rien. Jusqu’ici, il s’était contenté de la laisser déblatérer sans jamais la prendre au sérieux. Vu sa carrure, c’était difficile. Les deux Réprouvés s’étaient rencontrés lorsque quelques quartiers de Sceptelinôst avaient décidé d’organiser des tournois, plus ou moins sauvages. Le principe était simple et il n’y avait pas vraiment de règles si ce n’était celles de se battre et de gagner. Il n’y avait pas vraiment d’éliminations ou de sélection en fonction de la force de chacun non plus. L’objectif était surtout de pratiquer. Plusieurs de ces manifestations avaient lieu à différents endroits de la ville. Certains tournois étaient armés et d’autres se déroulaient à mains nues. Freja avait préféré ceux-ci, et Revak aussi. Ce qui faisait qu’ils s’étaient rencontrés. Revak n’était pas des plus costauds ou des plus forts du tournoi, mais il était de ceux qui se débrouillaient bien. Freja avait parié qu’au bout de la semaine, après un intense entrainement qu’elle aurait suivi pendant les jours d’avant, elle serait capable de battre ce type. Pourquoi lui ? Parce que c’était le premier mec vraiment fort sur lequel elle avait posé les yeux pendant un combat. Pour son niveau, elle avait mis la barre très haut, mais elle n’avait pas voulu écouter, persuadée qu’elle serait capable de devenir forte en seulement quelques jours pour le mettre en pièces. Visiblement, ça n’avait pas suffi. Maintenant, elle était en train de gémir par terre devant tout le monde et elle faisait sa diva. Elle avait de la chance que Revak fut gentil. Il aurait pu la laisser là comme une misérable jusqu’à ce qu’elle se relève d’elle-même. Il aurait pu se moquer avec le reste de la foule et lui cracher dessus. Mais non, il était gentil.

Comme elle ne voulait pas se lever – ne pas pouvoir ne faisait pas partie de son vocabulaire – il se pencha pour la porter complètement. Il lui arracha un cri de douleur et elle le tapa. Il n’en eut rien à foutre. L’homme voulait juste la dégager du cercle et lui trouver un endroit tranquille pour s’assoir. Au fil des jours, il avait cru voir un ami qui s’occupait plus ou moins d’elle. Il arrivait, justement.

-Tiens, elle a mal au dos et elle pleure. Dit-il en lui tendant le paquet.

-J’pleure pas ! Répondit-elle, les yeux brillants.

-Si tu le dis. En tous cas t’as perdu. Allez, salut.

Freja voulut l’insulter, mais le passage vers les bras de son ami lui fit un mal de chien.


*


Ici, elle n’avait plus mal au dos. Elle ne savait pas si c’était réel, mais ça n’avait aucune importance car elle pouvait marave des gueules. Ça avait plus l’air réel qu’onirique, quand-même. Elle ressentait son propre corps, elle respirait et elle était particulièrement lucide. Freja tenait ses deux armes dans chaque main : sa hachette dans la droite, son marteau dans la gauche. Elle ne se souvenait pas de les avoir dégainés, mais ce n’était qu’un détail. Personne n’en avait rien à foutre des détails. C’était pour les chochottes.

La jeune femme émit un petit rire. Elle était en pleine forme. Elle ne s’était jamais sentie aussi bien, en fait. Elle avait ce sentiment qu’elle allait bien s’amuser, se défouler comme elle ne l’avait encore jamais fait. Elle frappait ses armes l’une contre l’autre pour entrer dans l’ambiance. Le tintement métallique était stimulant. Ça lui donnait envie de se dépasser, de voir le sang gicler pour enfin montrer à tous ces méchants connards qu’elle n’était pas une moins que rien, loin de là. Freja était une guerrière née. Elle était faite pour tuer !

Lorsqu’un premier ennemi se présenta à elle, elle sourit de toutes ses dents. Elle lança sa hachette en sa direction, qui, après plusieurs rotations, atteignit le pied de sa cible. Raté. Ça l’avait juste blessé. Elle aurait voulu la lui planter directement entre les deux yeux. Il n’empêche qu’il trébucha et qu’elle en profita pour abattre son marteau sur sa tempe. Le choc fit couler de son fluide vital. Freja fut d’autant plus contente. Mort. Et de un ! C’était parti pour la suite ! La Réprouvée repartit. Elle était comme en chasse. Elle cherchait plus gros. Celui qu’elle venait d’abattre avait été trop simple. Il fallait dire qu’il avait à peine fait sa taille. Maintenant, elle voulait devoir lever la tête pour regarder son ennemi dans les yeux. Elle esquiva donc quelques ennemis, les laissant à ses camarades avant de trouver celui qu’elle cherchait : un Goled. Gigantesque. Elle lui sourit.

-Salut toi.

Elle s’élança vers lui bien décidée à lui couper les jarrets pour le mettre à genoux. Il allait ployer devant elle ! Elle jubilait à cette simple idée qu’elle allait concrétiser très prochainement. Ce colosse devait être un gros machin lourd et lent. Elle pouvait se faufiler entre ses jambes afin de mettre son plan à exécution. C’était simple, rapide, efficace. Contrairement à lui…

Ou plutôt, contrairement à ce qu’elle pensa. Alors que Freja fonçait comme une sauvage en poussant un cri de guerre et qu’elle se trouvait particulièrement stylée, elle fut happée. La jeune femme perdit sa hachette dans le processus et elle crut qu’elle allait finir décapitée tant il s’était saisi de son cou avec une vitesse stupéfiante. Elle porta sa main libre à sa gorge. Elle respirait mal, évidemment. Il avait une poigne d’acier et une main qui faisait largement la taille de son visage. Elle le défia du regard. Ses pieds ne touchaient plus le sol et la pression s’accentuait. Elle n’arrivait presque plus à respirer. Était-ce vraiment comme ça qu’elle allait mourir ? Ça lui paraissait profondément ridicule. Elle ne pouvait pas finir comme ça ! Les morts débiles, c’était pour les autres, pas pour elle ! Comme elle tenait toujours son marteau, elle voulut s’en servir pour lui briser le poignet. Il lui arracha l’arme. Elle émit une plainte aigüe. Ce n’était pas juste ! Quel connard ! Comment était-elle supposée gagner maintenant ? Des larmes coulèrent toutes seules sur ses joues. Elle aurait voulu ne pas pleurer, mais elle venait de comprendre que l’issue de ce combat ne se jouerait pas en sa faveur. C’était la honte, vraiment la grosse honte. Elle n’avait même pas réussi à égratigner ce gros machin. Et maintenant elle pleurait en plus. C’était vraiment comme ça qu’elle mourrait ? C’était nul. Il fallait qu’elle trouve quelque chose au moins, histoire d’avoir l’air un peu crédible. Elle voulut prendre une grande inspiration pour gueuler une dernière insulte à ce monstre, mais le principe d’être étouffé, c’était qu’on n’avait plus d’air. Elle ne parvînt qu’à émettre une petite plainte tandis que son ennemi brisait doucement son cou, prenant plaisir à entendre chacune de ses vertèbres céder.


*


Freja reprit conscience en gémissant. Putain de dos ! Elle avait toujours mal et… silence. Elle tourna la tête vers son ami, placé juste à ses côtés. Elle remarqua que les ailes de l’homme étaient déployées. Celles des autres dans la rue aussi. Elle regarda par-dessus son épaule pour constater la même chose. Sauf que les siennes avaient changé de couleur.

-Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

C’était une question débile qu’elle avait posée avec une petite voix de fillette apeurée. Elle savait très bien ce qu’il s’était passé. Elle comprenait un peu moins ce qu’il était advenu de ses ailes d’origine.

Comme elle n’obtenait pas de réponse, elle baissa les yeux. Elle se remémorait son combat en se mordillant la lèvre. Putain, elle avait vraiment été nulle. Elle était nulle. Faible. Son mal de dos en était la preuve. Et où étaient passées ses ailes rouges, bordel ?! Pas qu’elle n’aimait pas avoir des ailes normales, mais… ce n’étaient pas les siennes… Elle se pencha doucement vers son ami. Ce simple mouvement la fit souffrir, mais ça ne fit rien. Elle voulait poser sa tête contre son épaule. Elle avait envie de pleurer, encore. Elle était fatiguée.


1905 mots




Bijin
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Typhon Gargantua
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Typhon Gargantua
Sam 27 Juin 2020, 21:21





Dhavala arriva à la ville de Stenfek en compagnie de ses deux compagnons de voyage, Échidna et Renart, deux Béluas que le jeune homme avait rencontré lors de son périple. Après une escale à Avalon, qui lui permis de participer à la Coupe des Nations déchue, l’Eversha approchait de sa destination, le Rocher au Clair de Lune. Après cette escale à la ville des Réprouvés, Dhavala comptait atteindre les Terres du Lac Bleu. C’est là, où, paraissait-il, des portails magiques permettaient d’atteindre un bon nombre de destinations en toute sécurité.

Si le long voyage du changeur de forme touchait à sa fin, un autre se profilait à l’horizon. Plusieurs années s’étaient écoulées depuis son départ impromptu de sa terre natale et Dhavala n’avait toujours pas trouvé sa place parmi les Evershas du Rocher au Clair de Lune. Solitaire de nature, l’Evergrim n’avait que faire de sa vie vagabonde, mais il n’était plus seul. L’imposant Eversha au Totem du tigre avait maintenant avec lui deux autres changeurs de forme qui dépendaient de lui. Étrangers au Rocher au Clair de Lune, ils aspiraient à une vie meilleure. Pour ce faire, ils avaient non seulement besoin de Dhavala, mais ils avaient besoin d’un chef de meute. Ainsi donc, l’Eversha ne devait pas seulement revenir chez lui, il devait recevoir la reconnaissance de ses pairs.

La tâche qui attendait Dhavala n’était pas moindre. Il devait être reconnu comme un adulte, adopter un nom conséquent et former sa propre meute en dépit des obstacles qui se dresseront sur son chemin. Ils étaient peu nombreux parmi les vagabonds à même tenter de se hisser dans la hiérarchie sauvage et impitoyable du Rocher au Clair de Lune. La plupart préféraient d’ailleurs rejoindre une meute existante, voir même une dynastie, et se soumettre à leur volonté. Pour les compagnons de Dhavala, toutefois, ce n’était pas une solution envisageable.

Même pour un Eversha, un natif du Rocher au Clair de Lune, l’influence d’un individu auprès de sa meute était plus importante que tout le reste. Sans cette influence, le Bélua n’avait ni droit ni pouvoir. À leur âge, Dhavala et ses compagnons ne pouvaient se permettre de ne repartir de rien. Ils seraient traités en enfants, voir en moins que rien, des années durant, jusqu’à ce que l’âge les rattrape. L’alternative était donc de fonder une nouvelle meute et d’acquérir l’influence tant recherchée par la force.

***

Trouvant hébergement et nourriture dans l’un des immenses édifices de Stenfek, le groupe de changeurs de forme profita de l’occasion pour prendre un bain, ensemble. La pudeur n’était pas un concept sensible chez les Béluas qui passaient fréquemment de leur forme humaine à leur forme animale.

Épuisé de leur voyage, les trois individus portèrent que peu d’attention aux rumeurs quant à un mystérieux homme qui faisait beaucoup parler la population réprouvée. Les Béluas étaient bien trop occupés par leur baignade et la découverte de la nourriture locale pour se soucier de l’actualité. Les sujets de préoccupations de ces voyageurs ne divergeaient que peu de leur bien-être respectif.

Quand les ventres furent arrondis et que le trio fut confortablement installé dans un unique lit, celui de Dhavala, les Béluas recommencèrent à s’intéresser au monde qui les entourait. Enfin, autant que des voyageurs de passage pouvaient s’y intéresser. La proximité de Stenfek avec le Rocher au Clair de Lune, apportait un certain stresse. Il était aisé de se concentrer sur le voyage, mais plus la distance se rétrécissait entre les voyageurs et leur destination et plus une question se posait : « et après ? »

Dhavala avait été nommé chef de groupe à deux voies contre une, la sienne. D’un côté, l’Eversha avait sauvé la vie de ses compagnons, même après qu’ils aient chacun précédemment plus ou moins tenté de tuer celui qui deviendrait plus tard leur sauveur. Échidna avait fait capturer le mâle contre lequel elle se collait présentement. Elle l’aurait fait dévorer par sa meute, si Dhavala ne s’était pas échappé de justesse. Ce fut pour la Wynmeris le premier d’une longue série d’échecs. Le hasard voulut que les deux Béluas se retrouvèrent à nouveau, mais dans des rôles inversés. C’était alors Échidna qui était dans la cage et Dhavala qui l’observait de haut. Plutôt que de laisser la chatte finir le reste de ses jours comme esclave, le tigre la libéra et elle le suit depuis.

Renart, pour sa part, avait été contraint à servir sur le navire d’un capitaine esclavagiste. Il œuvrait alors pour conduire son propre peuple vers une vie d’esclave. Le jeune garçon n’avait pas directement participé à la capture de son mentor, mais c’est grâce au tigre si le renard n’a pas été balancé à la mer avec un boulet enchainé aux pieds, lorsque des pirates prirent possession du navire. Depuis, il apprenait de son ainé à contrôler son Totem, malgré les nombreux ratés qu’un réceptacle pouvait connaître.

Du haut de ses quinze ans, Renart dépendait maintenant entièrement de son mentor. C’était surtout Échidna, avec ses vingt-neuf ans, soit cinq de plus que Dhavala, et de l’expérience à la tête d’une meute, qui insistait pour que le tigre devienne et se comporte comme un chef de meute. Évidemment, Renart appuyait les demandes de son ainé. Sa logique était irréfutable. Dhavala était le plus grand, le plus lourd et le plus fort des trois, en plus d’être Eversha de naissance. Il était donc tout désigné pour devenir chef de meute et garantir la survie de leur groupe. Accessoirement, c’était déjà lui qui chassait et cuisinait pour la meute en devenir.

***

Dhavala fut le seul à avoir gardé sa forme humaine cette nuit-là. Sa forme animale était trop lourde pour la charpente du lit. Échidna profita donc de la situation pour adopter sa forme féline, celle du chat, et s’endormir sur le torse du mâle. Renart, pour sa part, avait fini en boule, dans sa forme de renard, au pied du lit. Bien des Béluas dormaient plus paisiblement dans la forme de leur Totem, surtout en situation de stress. Échidna, toutefois, ne cherchait qu’à se reprocher de l’entrejambe de son « chef. » Contrairement au jeune Renart, qui avait besoin des apprentissages de Dhavala, Échidna s’était plus ou moins joint de force au groupe et le tigre n’avait tout simplement pas trouvé de raison d’empêcher celle qui cherchait jadis à le dévorer de le suivre. Résultat, il avait maintenant une chatte sur la poitrine qui guettait le moindre signe pour faire passer leur relation au prochain niveau.

Ultimement, Dhavala était trop incertain de ses capacités, de ses désirs et de son avenir pour s’engager. Fonder sa propre meute n’était pas un projet à prendre à la légère. Jusqu’ici, il avait vécu pour lui. Les conséquences de ses erreurs n’impliquaient que lui. Devenir chef, c’était prendre sur lui la responsabilité de toute la meute. Même si elle le cachait, Échidna était toujours aux prises avec ses propres échecs. Bref, la meute n’existait pas encore qu’elle cumulait collectivement soixante-huit années d’échecs. Malgré toutes les lacunes de Dhavala, ça restait lui qui semblait apporter le plus d’espoir pour une vie meilleure. Il n’arrivait tout simplement pas à comprendre comment.

Les jours qui suivirent se ressemblèrent, mais sans pour autant entacher la bonne humeur du groupe. Dhavala avait jugé bon de prendre une semaine de repos avant de reprendre la route. S’il avait été seul, l’Eversha aurait passé une ou deux journées tout au plus, mais Renart gérait mal de se retrouver isolé trop longtemps. Ayant passé le gros de son enfance sur un navire, les grands espaces et la solitude lui pesaient. C’est pourquoi, qu’en tant que mentor, Dhavala cherchait à augmenter ses contacts avec le monde dit civilisé. Le tigre aura bien besoin de cette expérience s’il est tenu de gérer les relations de sa future meute au Rocher au Clair de Lune.

C’est au septième jour, toutefois, que Dhavala disparut, laissant les deux autres Béluas complètement stupéfaits. Pour cause, la ville de Stenfek semblait être devenue déserte. Tous les Réprouvés avaient disparu. Ils étaient également quelques-uns, comme Dhavala à avoir vraisemblablement rejoint un combat céleste, organisé par le divin. Du groupe, Échidna avait la plus grande connaissance de la magie, mais même elle ne trouvait pas de réponse aux évènements qui se déroulaient. Quelque chose d’important se passait et visiblement, Dhavala devait y prendre part. En attendant, la chatte et le renard ne pouvaient qu’attendre et espérer le retour de leur chef.

Au moins, proclama Échidna à l’intention de Renart, Dhavala laissait ses compagnons dans un environnement sécuritaire et confortable. Il fallait dire qu’il n’y avait pas grand monde pour venir expulser les changeurs de forme de leur chambre, où les empêcher de se servir à la cuisine. Cela dit, Renart afficha une grimace à l’idée que lui ou Échidna aient à cuisiner par eux-mêmes. Dhavala n’était pas un chef de renom, mais il savait réellement cuisiner. Tel n’était pas le cas de ses disciples.

***

Dhavala avait rejoint une armée d’un nombre dépassant son entendement, affrontant une horde d’adversaires encore plus nombreux. Il ne savait pas pourquoi il se trouvait là, ni comment il se retrouva une épée à la main et une armure de cuir sur le corps. Cela faisait plusieurs années que sa main n’avait pas senti le manche d’une telle arme, mais l’entraînement et la familiarité avec cette arme revint dès lors, comme s’il s’agissait d’hier.

L’étranger affrontait ceux qui cherchaient à l’occire, sans jamais savoir la raison. Autour de lui, de nombreux êtres portaient des ailes bicolores semblaient se battre contre les mêmes adversaires. Les premiers instants de cette bataille furent des plus sanglants et ils furent nombreux, dans le camp de l’Eversha, à trouver la mort dès la première vague ennemie. Plus habile ou simplement plus chanceux, Dhavala fut de ceux qui survécurent, seulement pour affronter une autre vague d’assaillants.

Au bout de nombreuses heures, à frapper, à tuer et à combattre de plus belle, sans jamais que l’épuisement, la faim ou la soif ne semble prendre le dessus, Dhavala commença à comprendre qui étaient ses véritables ennemis et qui étaient ses alliés. Il se battait pour le compte des Réprouvés, même si aucun ne semblait avoir une réelle réponse à la question : « pourquoi ? » Fiers guerriers, les Réprouvés n’auraient de repos qu’à la mort, la leur, ou celle de leurs ennemis.

L’absence d’ailes fonctionnelles semblait être un handicap pour l’Eversha cloué au sol, mais les combattants ailés n’avaient pas une meilleure espérance de vie. Les combats aériens s’achevant la plupart du temps par la victoire de l’ennemi. C’était les deux pieds bien ancrés sur le champ de bataille que les plus aguerris des Réprouvés pourfendaient sans relâche leurs ennemis.

***

Dhavala, se mérita une place parmi les combattants qui vécurent assez longtemps pour prendre la peine de se reconnaître l’un l’autre. Pour l’Eversha, c’était un peu plus facile. Depuis le temps, il avait brisé son épée et laissé derrière lui une armure en lambeaux. Il se battait alors tantôt sous la forme d’un immense tigre aux crocs acérés, tantôt il reprenait forme humaine, nu et armé de l’épée d’un adversaire vaincu, continuant sans relâche le combat pour sa survie.

Se battre n’était ici pas un choix, mais une obligation. L’ennemi n’avait aucune peur ni aucune hésitation. À ce stade du combat, ces descriptifs s’appliquaient d’un côté comme de l’autre, puisqu’une âme sensible n’avait aucune chance de tenir aussi longtemps dans cette lutte perpétuelle. Ceux-là avaient été vaincus ou avaient laissés leurs blessures prendre le dessus sur eux il y a fort longtemps.

Dhavala tenait bon par un mélange d’entêtement, mais aussi parce que la bataille lui permettait d’ignorer toutes les difficultés qui s’étaient ajoutées à sa vie d’antan. Son protégé, la Wynmeris, la responsabilité de chef, la future meute, le retour au Rocher au Clair de Lune, rien de tout ça n’avait d’importance. Dans cette interminable bataille il y avait tué et être tué, sans plus ni moins.

Trois lames pourfendirent la poitrine de l’Eversha. Malheureusement pour eux, ils avaient raté le cœur. Dhavala dévora alors brutalement leur énergie vitale. Les pauvres se retrouvèrent à bout de force alors que leur adversaire retirait l’une des lames pénétrant son corps pour, un à un, achever les vaincus. Dans ce lieu qui ne connaissait aucun besoin vital, le guerrier changeur de forme n’était pas aisément vaincu. Il régénérait sans cesse ses blessures grâce à l’énergie de ses adversaires. L’usure du combat ne semblait pas pouvoir prendre son emprise sur le tigre, ce qui lui conférait un avantage considérable sur ses pairs.

***

L’Evergrim était devenu écarlate de sang, le sien comme celui de ses adversaires. Lorsqu’il adopta pour une énième fois sa forme animale à la perte de son épée, le tigre était bien dix kilos plus lourd juste avec tout le sang qui ne cessait de s’accumuler dans sa fourrure. Six autres ennemis avaient pris la place des morts, marchant sans remords sur les cadavres. D’un rugissement, la bête s’apprêtait à s’élancer contre ses ennemis, mais un autre combattant profita de la diversion pour les découper en morceaux.

Le tigre s’était fait quelques amis depuis le temps. Chacun ignorait le véritablement nom de l’autre. Ils combattaient pour le même côté et c’était suffisant. L’imposant Réprouvé, reconnu par ses pairs comme « Le Chauve, » éprouvait visiblement encore du plaisir dans la bataille, mais la ligne de front était déclinante. Les ailes noires et blanches n’avaient pas le dessus. Leur nombre constamment décroissant face à un ennemi perpétuellement croissant isolait peu à peu les Réprouvés les uns des autres. À ce stade, se retrouver seul, c’était trouver la mort, littéralement ensevelie sous une marée de corps ennemis.

Dhavala avait eu de la chance et s’était retrouvé aux côtés de combattants qui lui étaient bien supérieurs en force et en expérience. Enfin, il prolongeait momentanément son existence, même si la défaite était inévitable. De temps à autre, Le Chauve annonçait haut et fort quelques bravades, pour remonter le moral de ses alliés. Parfois, il blaguait à l’idée de retrouver l’Eversha et d’en faire son animal de compagnie, ou encore il lui demandait un moment après la bataille pour s’affronter l’un l’autre. Il était plutôt enjoué en fait ce guerrier réprouvé.

Dans les faits, mis à part la curiosité d’être un homme-animal, les talents martiaux de Dhavala étaient bien en dessous de ceux de ce combattant réprouvé. Il ne méritait aucunement de tenir la réplique à un tel guerrier. L’Eversha était juste trop obstiné à vivre et sa magie ne lui servait qu’à cela. En y réfléchissant, il s’agissait d’une magie égoïste et brutale, qui ne servait qu’à enlever la vie des autres. Or, dans l’immédiat, rien d’autre ne comptait, alors Dhavala trouvait le moyen de survivre dans cet environnement sanguinaire.

***

Dhavala ne saurait expliquer pourquoi, ou comment, mais il se retrouva avec un cavalier sur le dos, alors qu’il combattait sous sa forme féline. Avec tout le sang et la mort, parfois l’Eversha perdait le fil des évènements. Toujours est-il, cette stratégie s’avéra profitable pendant un temps. Pendant que l’animal plantait ses crocs, le guerrier pourfendait de son épée. Quand Dhavala fut empalé d’une lance, le Réprouvé s’élança dans un corps-à-corps, seulement pour être rejoint par l’Eversha qui repris forme humaine après s’être régénéré. Ce dernier prit à nouveau part au combat, armée de la même lance qui le transperça un moment plus tôt, ne portant comme armure que d’innombrables couches de sang.

La fin était proche. Il y avait de moins en moins de combattants dans le camp du changeur de forme. Comptaient-ils parmi les derniers ? Impossible de le confirmer dans le feu de l’action. Pour sûr, ils étaient les derniers dans cette région du champ de bataille, mais cela ne signifiait pas que d’autres Réprouvés se battaient toujours hors de vu.

Alternant entre sa forme humaine et animale, régénérant ses blessures et possédant force et vitesse enhardie par la magie, Dhavala réussit à tenir tête au flot continu d’ennemis, mais il se retrouva éventuellement isolé. Le Réprouvé sur son flanc droit avait été vaincu et un ennemi se glissa entre l’Eversha et un autre Réprouvé sur son flanc gauche. En un instant, les assaillants profitèrent de cette vulnérabilité. Une dizaine de lances perforèrent dès lors les deux flancs de la bête ensanglantée, la soulevant de terre. Si le tigre se refusait à mourir, il fut finalement maîtrisé par le nombre et forcé à terre. C’était la fin.

***

Dhavala se réveilla brusquement dans sa chambre à Stenfek, complètement épuisé et à bout de force. Surpris, Échidna et Renart se précipitèrent à la rencontre de l’Eversha, disparu une journée durant. Leur chef allait bien et ne semblait pas avoir subi la moindre blessure. Cela dit, avec les pouvoirs de l’Evergrim, toute blessure non mortelle avait vite fait d’être régénérée, ne laissant aucune trace du traumatisme.

Il fallut un certain temps avant que Dhavala retrouve l’usage de la parole. Confus, il fallut à Échidna déployé de nombreux efforts mentaux pour arrivés à comprendre les bribes d’informations fournies. Elle comprit éventuellement que son compagnon avait pris part à une grande bataille en compagnie des Réprouvés. Cette histoire fut vite corroborée par les résidents de Stenfek qui réapparaissaient, regarnissant la ville réprouvée de sa population.

Les changeurs de formes changèrent dès lors leurs plans de quitter Stenfek après une semaine de repos. Visiblement, Dhavala avait besoin d’un repos étendu pour se remettre de sa dernière mésaventure. Où qu’il fût conduit la journée précédente, le jeune homme avait accumulé de nombreuses expériences, ce qui lui avait creusé un appétit phénoménal. Son ventre humain ne suffisant pas à combler sa faim insatiable, Dhavala adopta la forme de son Totem pour continuer d’ingérer un kilo après l’autre de viande.

Les deux Béluas passèrent la journée à confiner leur chef à sa chambre, craignant qu’il ne dévore vivant un infortuné sur son passage tant sa faim ne trouvait de fin. C’est au bout d’une soixantaine de kilos de viande, soit un peu plus du poids de Renart, que l’Eversha fut repu. Depuis le temps qu’ils se connaissaient, Échidna avait appris à gérer l’appétit du tigre. Après s’être goinfrer de la sorte, le mâle allait en avoir pour plusieurs jours avant de retrouver l’appétit. Comparativement au chat et au renard, Dhavala était un véritable monstre, mais c’étaient précisément les monstres qui attiraient la Wynmeris. Son Totem trop chétif par rapport au tigre, la changeuse de forme se colla dans sa forme humaine contre le mâle qui reprenait son souffle. Elle massa le ventre de l’imposant animal, les mains plutôt baladeuses.

Pour sa part, Renart gardait ses distances. Ça faisait deux ans qu’il côtoyait son mentor, mais il n’était jamais totalement à l’aise quand celui-ci prenait la forme de son Totem. Pour cause, qu’est-ce que représentait un renard d’une dizaine de kilos par rapport à un tigre pesant plusieurs centaines ? Même en forme humaine, Dhavala dominait ses compagnons. Cela dit, aussi mal à l’aise était le petit renard, il était fidèle à son chef. Evergrim, tout comme Dhavala, Renart était né de parents evershas, mais hors du Rocher au Clair de Lune. S’il voulait un jour vivre sur la terre de ses ancêtres, Dhavala était sa meilleure chance.

Un grognement attira l’attention du jeune garçon. Encore une fois, Échidna se montrait trop intime avec le chef. Elle allait encore se faire repousser, se disait Renart. Ce n’était pas la première fois et ce ne serait certainement pas la dernière. Le jeune ne comprenait pas l’insistance de la Wynmeris, mais comme elle lui disait à chaque fois qu’il demandait, qu’il s’agissait d’affaires d’adulte, le garçon laissait la femme à ses tentatives. Il attendait avec une certaine anticipation de pouvoir répliquer par un « je te l’avais dit ! »

Aujourd’hui, toutefois, Échidna ne fut pas repoussée. Au contraire, elle se retrouva dénudée et sous l’Eversha qui avait repris sa forme humaine. La Wynmeris abordait un large sourire avec un éclat triomphal dans les yeux à l’intention de Renart. Le garçon bouda la Bélua sans plus se préoccuper des adultes affairés au sol. Il profita plutôt du lit vacant pour s’installer confortablement pour la nuit.

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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Dim 28 Juin 2020, 00:06




Odon do Dur

Evénement | Priam & Laëth


RP précédent : La promesse ancrée dans la chair.


Les ailes déployées de Dastan battaient vivement l’air, sans qu’il ne s’envolât pour autant. Elles s’agitaient et frétillaient plus qu’elles ne créaient des bourrasques suffisantes pour décoller. Encore trop petites, leur disproportion, eu égard à son corps, ne pouvait pas permettre de soulever son poids. À ses côtés, Ezur et Tajra planaient et virevoltaient. Ils décrivaient des pirouettes et de petits piqués, se posaient pour courir sur quelques mètres avant de redécoller. Lui ne se servait que de ses jambes. De temps à autre, à l’aide de ses bras, il attrapait le pied de l’un des deux et quittait la terre pour quelques instants, avant de les attirer jusqu’au sol. C’était un jeu amusant, quoi que le rouquin eût encore le goût amer de leurs remarques au fond de la gorge. Tu sais pas voler ? Ah bah ça craint ! Gros naze ! T’es pas un vrai Réprouvé ! Moi mes parents m’ont appris et maintenant je peux voler de chez moi jusqu’à chez mon cousin, et même plus haut que les bicornes ! Boulet ! Comment tu vas faire pour devenir un guerrier si tu sais pas voler ? Attends, il paraît qu’il a dit à Sól et Máni qu’il voulait être roi ! Haha tu pourras jamais remplacer Erza ! Elle est trop forte pour toi. Gnagnagna. Ils s’étaient battus, et leur bagarre s’était progressivement muée en jeu. Ils étaient si pris par l’amusement qu’ils ne remarquèrent pas tout de suite l’épaisse brume qui se répandait sur les terres de Lumnaar’Yuvon comme le souffle charbonneux d’un dragon. Lorsque Younes les rattrapa, Dastan sortit de sa bulle de rire et de rancœur. Il réalisa à quel point le paysage avait été transfiguré par le brouillard, et se hâta de rentrer chez lui. Asha ouvrit vivement la porte et le tira à l’intérieur sans aucune délicatesse.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda-t-il en se dégageant brutalement – ce qu’il ne put faire que parce qu’elle relâcha sa poigne. « Je ne sais pas. Tu restes ici. » La femme attrapa une hache fixée au mur de la maison. Vrael descendit précipitamment les escaliers. Il se dégageait de son allure une impression d’alerte extrême, comme s’il se préparait à une attaque imminente. « Vous allez où ? » - « Chez Erza. » Le petit garçon haussa des sourcils intrigués. « Elle est revenue ? C’est à cause d’elle toute la brume, dehors ? » - « Non. » - « Pourquoi vous y allez, alors ? » - « T’occupe. » grogna sa mère. « Les adultes vont se réunir là-bas. On doit discuter. » Asha lança un regard noir à son compagnon. Il l’ignora et enfila ses bottes. « J’veux venir ! » - « Non. Tu restes ici. Tant qu’on n’en sait pas plus, tu ne sors pas. » Il croisa les bras, vexé. « C’est pas juste ! Je veux entendre ce qu’il se dit, moi aussi ! » Vivement, la brune l’attrapa par la gorge et le plaqua contre un mur. Vrael grogna de réprobation mais ne fit aucun geste. « C’est pas le rôle des gamins alors tu restes ici et tu attends, Dastan. » Aussitôt, elle le lâcha et sortit de la maison. Ébranlé, le petit roux trembla d’autant plus sous le regard chargé de réprimandes de son père. Dès qu’il disparut derrière la porte d’entrée, des larmes enragées et apeurées coulèrent sur ses joues rougies. Le verrou claqua : ils l’avaient enfermé.

Comme ses parents, il sentait que quelque chose se préparait. Tant de remous agitaient ses tripes qu’il ne pouvait pas se tromper. Le comportement inhabituel des adultes le confortait dans cette impression. S’ils se rejoignaient chez Erza, sans elle, c’était parce que la situation exceptionnelle le requérait. Plus buté qu’un cerfeuil, l’enfant attrapa une chaise et la tira jusqu’à une fenêtre. Il grimpa dessus et batailla contre la poignée pour ouvrir la vitre. Elle céda brutalement et, emporté par son élan, il tomba à la renverse. Les fesses douloureuses, il se les frotta en grognant, puis retourna sur le siège. Quoi qu’il manquât de souplesse, il parvint à passer une jambe par-dessus l’encadrement. En tira sur ses bras, il s’assit sur le rebord, passa l’autre jambe, puis sauta à terre. Un sourire triomphant sur les lèvres, il courut vers l’habitation de la Dovahkiin.



Caché derrière des caisses de vivres, Dastan observait la scène. La plupart des agriculteurs de Lumnaar’Yuvon avaient abandonné leur poste pour se réunir devant la maison de l’Impératrice des Deux Rives. Le Thur Merrill, Hazaan Tyd’Saan, était présent, mais il ne semblait pas occuper une place prépondérante dans les discussions. Discussions auxquelles l’enfant ne comprenait pas grand-chose : il entendait les mots, discernait les concepts, cependant, il ne parvenait pas à tirer les tenants et aboutissants de la conversation. Les adultes parlaient d’un étranger mystérieusement apparu – il lui sembla que ce fut Hugh Taiji qui l’évoqua, mais a posteriori, il ne put plus en être certain. Nul n’avait osé le chasser, car il émanait de sa personne une aura qui dissuadait de mettre à exécution les velléités les plus féroces.

L’absence d’Erza semblait causer bien des tourments, d’autant plus qu’elle se doublait de celle de Zel’Eph. Le Thur Lahvu devait être à Gona’Halv, songea l’enfant. Quant à sa femme, il n’avait jamais eu l’occasion de la voir et ne s’était pas franchement questionné sur ses activités. Comme tous les Zaahin, elle devait passer son temps à combattre, à festoyer et à veiller sur les Bipolaires. Il aurait probablement hurlé d’horreur s’il avait appris qu’elle était à la fois bien plus et bien moins qu’une Héroïne, et qu’il l’avait déjà rencontrée, dans un monde qui n’était pas celui-ci. Malgré tout, dans les jours à venir, les Réprouvés se tourneraient de plus en plus vers leurs Dieux, dans l’espoir d’obtenir des réponses.

Cela étant, le rouquin comprenait mal le problème. Sans Erza, sans Zel’Eph et sans Paaz Kiin’Din, ils n’avaient qu’à décider par eux-mêmes de la marche à suivre. Hazaan participait au débat sans le mener nulle part et personne ne semblait assez courageux pour formuler la nécessité de chasser l’inconnu. Non. Ce n’était pas ça, ce n’était pas un manque de courage. Il le sentait, dans le creux de ses entrailles. L’encapuchonné avait sa place ici, parmi eux, sans pour autant leur appartenir. Le garçon frémit d’excitation, toujours à l’abri des caissons. Seuls ses yeux bruns en dépassaient, surplombés d’un front sur lequel jouaient quelques mèches rousses rebelles.

Les mèches de la traîtrise. « Dastan ? » Le grognement menaçant lui fit vivement relever la tête. Son père s’était approché et le regardait d’un œil sévère. Le jeune recula, s’aplatissant par la même occasion ; pourtant, il gardait dans les iris une expression farouche et défiante. Son paternel se pencha et l’attrapa par le dos de son col. Il sembla le soulever sans effort particulier. Tandis qu’il commençait à se débattre comme un beau diable, certain de la punition qui l’attendait, quelqu’un attrapa Vrael par l’épaule. Celui-ci se retourna pour faire face à Tûl. « Pose-le, il mérite pas une rouste pour ça. » Tout Bipolaire était habitué à gérer les crises des autres, qu’elles accrussent leur côté angélique ou démoniaque. « On lui a dit de rester à la maison. T’imagines si ça avait été grave ? Cet abruti serait peut-être mort ! » - « Ce serait dommage qu’il lui arrive un truc maintenant, alors, non ? » - « Ouais, ça lui apprendrait peut-être surtout à obéir à ce qu’on lui ordonne de faire ! » En quelques enjambées, Asha les avait rejoints – de toute évidence, la réunion était terminée. Elle dardait sur son fils des prunelles plus tranchantes que la hache qui pendait à sa ceinture. Par instant, il lui rappelait désagréablement ses deux aînés, la traîtresse et le parjuré, et l’envie pulsionnelle de l’éviscérer la saisissait corps et âme. Elle serra les poings et la mâchoire : une veine bleuâtre battit à ses tempes. « C’est moi qui vais finir par le buter, ce gosse. » gronda-t-elle. « Dégage de là et file à la maison. » Vrael parut plus agacé encore, mais après un échange de regards intense, il posa Dastan et le relâcha. Sans demander son reste, ce dernier pivota vivement et courut vers chez lui. « Tu comptes le laisser s’en tirer comme ça ? » Il s’avança vers sa compagne et l’attrapa par les cheveux pour lui tirer la tête en arrière. Elle se saisit de son poignet. Si sa position n’avait pas rendu son équilibre si précaire, elle lui aurait envoyé son genou dans l’entrejambe. « Lâche-moi ou je te fais bouffer tes couilles, connard ! » Tûl lui attrapa le bras et le contraignit à céder. « Pars devant, Asha. » Écumante de rage, elle cracha aux pieds de Vrael, mais trouva assez de calme et de ressources en elle pour tourner les talons sans se battre. Elle lui arracherait la gueule une fois chez eux. La vengeance était un plat qui se mangeait froid, mais pas trop.



Dastan avait reçu une punition. Quinze jours de corvées : nettoyer la maison – sans cesse salie par leurs allers et venues entre son confort et l’extérieur, quotidiennement encrassée de terre et de poils d’animaux –, laver les vêtements, faire la vaisselle, récupérer les crottins des chevaux dans leur pré pour les mettre dans le fumier – qui servait, à un autre moment de l’année, pour l’épandage –, lustrer les outils et les armes utilisés durant la journée, et d’autres tâches plus ou moins ingrates. Quant à ses parents, ils s’étaient affrontés dans la cuisine, et avaient terminé leur combat dans des ébats aussi bruyants que délassants, sur la table à manger. Leur fils y était habitué et n’y prêtait plus attention – comme tout un chacun à Lumnaar’Yuvon. Il était parti ramasser les crottins en grognant. Son travail terminé, il n’avait même pas essayé de grimper sur l’une des juments. Il était rentré et s’était écroulé sur le canapé. Sa mère l’avait porté jusqu’à son lit. Il avait dormi d’un sommeil sans rêve.

Au fur et à mesure des jours, l’ambiance sibylline se mua en une atmosphère festive. Le nombre de célébration ne cessait de croître, de pair avec les sacrifices d’animaux. Malgré sa fatigue, Dastan, comme tous les autres Réprouvés, ne manquait pas une seule fête. L’alcool et le sang coulaient à flots. Il but ses premières pintes – à l’insu de ses parents – et son visage reçut ses premières giclées carmines. Il guettait les apparitions de Lok’Silus ; à chaque fois, la vision de l’inconnu le transcendait et il restait béat d’une émotion inidentifiable. Tout était enivrant et exaltant. Le jeune Bipolaire avait le sentiment de vivre des instants cruciaux. Souvent, il s’endormait au milieu des festivités, sous une table ou au coin d’un champ. Par miracle, quelqu’un le récupérait avant de partir – ou revenait le chercher en se rendant compte qu’il n’était pas rentré – et il se réveillait chaque matin dans son lit. Exténué, mais heureux.

« Moi aussi je veux me battre ! » - « Non. » - « Mais pourquoi ? Je me suis entraîné avec Sól et Máni ! Je sais me battre ! » - « Parce que je ne veux pas que tu meures. Et ton père non plus. » Asha posa un genou à terre et prit son fils par les épaules. Il arborait son air boudeur. « Mais- » - « Chut. » Avec douceur, elle chassa quelques cheveux revêches vers l’arrière de la tignasse de son fils. « Tu as fait des progrès, mais tu as encore beaucoup à apprendre. Tu ne peux pas te battre contre des guerriers aguerris, c’est trop dangereux. Comment devenir toi-même un grand combattant si tu meurs avant même d’avoir livré ta première bataille ? » Elle lui sourit tendrement. « En revanche, tu peux observer. C’est aussi comme ça que l’on apprend, en regardant faire les autres. Étudie leurs techniques de combat et leurs mouvements tant que tu le peux. Ta mémoire les enregistrera et ce sera un premier pas pour que tu puisses les reproduire. » Le Kiir’Sahqon baissa la tête, un peu déçu. « Quand est-ce que je pourrai me battre ? » Vrael arriva et lui colla une petite tape derrière la tête. « Quand tu seras un homme, mon fils. » Le concerné fit la moue. « Je veux grandir plus vite, alors. » - « Houla, tu grandis bien assez vite. Prends le temps, va. » Asha sourit et l’enlaça. « Mais vous allez vous battre tous les deux et moi je vais rien faire. » - « Tu nous encourageras, et dans quelques années, on t’encouragera ! » Son père lui ébouriffa les cheveux, un large sourire aux lèvres – de ces sourires qui éclairaient le monde d’une chaleur et d’une convivialité qui lui étaient propres. « J’irai prier Kiir’Wahlwan pour qu’il vous apporte la victoire, alors. » Les Zaahin seraient peut-être plus enclins à se montrer bienveillants à son égard s’il leur montrait sa motivation et leur rendait souvent grâce ?



Le septième jour sonna la fin et le début. Dastan, debout dans la plaine saturée de guerriers, sentait tout son être pulser au rythme du chant qui vibrait dans l’air. Ses poumons en feu hurlaient les paroles et, lorsque les combattants se jetèrent dans la mêlée, il les suivit en criant, oubliant parfaitement ce que lui avait recommandé son père, à savoir : « tu restes avec nous ». « GRAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! » Bien qu’il fût plutôt grand pour son âge, à la manière de nombreux Kiir’Sahqon, il demeurait de petite taille comparativement aux autres. Le contraste s’accentuait face à leurs ennemis gigantesques. L’enfant se faisait bringuebaler de tous les côtés, percuté par des tibias, des mollets, des poings, parfois un bouclier ou le plat d’une arme – quiconque l’aurait vu aurait songé qu’il détenait une chance inouïe. Pourtant, aucune peur ne faisait trembler ses muscles. Les Zaahin le voyaient. Ils avaient entendu ses prières et reconnu son envie de s’illustrer en tant que guerrier. Ils lui accordaient une occasion en or, qu’il était bien décidé à saisir. Le petit Réprouvé lançait des coups d’épée dans tous les sens. Parfois, il frappait, mais la plupart du temps, c’était l’appel du vide qui engloutissait sa lame. C’était comme s’il avait oublié tout ce qu’il avait appris auprès des jumeaux. Il s’agitait plus qu’il ne combattait.

Quelqu’un le poussa vivement sur le côté : de justesse, il évita de se faire trancher la tête. Il avait perdu ses parents, ce qui ne l’inquiétait pas le moins du monde. Étalé dans la terre, il se retourna vivement pour abattre un ennemi potentiel. Ses iris rencontrèrent le dos d’une silhouette décorée d’ailes blanches. Sa lame tailla le bras d’un monstre et des jets vermeils éclaboussèrent son visage. L’enfant n’eut pas le temps de se relever : un énorme pied de Goled s’abattit sur lui, broyant son petit corps contre le sol imbibé de boue et de sang. Ce n’était pas franchement une mort de héros. Son seul réconfort serait qu’il avait combattu aussi vaillamment que possible. Durant quelques brèves minutes.



Lorsque Dastan revint à lui, ses parents lui faisaient face. Leurs yeux troublés comme au sortir d’un rêve gagnèrent en netteté. Ils le dévisageaient avec attention et surprise. « Tes ailes… » Le gamin, encore sonné de ces péripéties divines, pivota doucement la tête, d’un côté, puis de l’autre. Une blanche, une noire. Surpris, il cligna plusieurs fois des paupières, avant de les regarder à nouveau. Les leurs aussi étaient sorties, mais elles avaient toujours été de cette couleur. Le Kiir’Sahqon pensa à ses membranes rouges : elles se déployèrent à leur tour. « Les Zaahin ont parlé. » Et sans savoir ce que cette formule signifiait véritablement, ils la comprenaient tous. Le rouquin acquiesça, hagard, puis un gigantesque bâillement parut lui décrocher la mâchoire. Il traversa la pièce et se blottit contre sa mère. Il s’endormit aussitôt.



« Vrael… Je les ai vus. » - « Moi aussi. » Ils demeurèrent silencieux quelques longues secondes. Puis, il brisa le silence : « À ton avis, ça veut dire quoi ? » - « J’en sais foutre rien. » Elle grogna. « Je croyais que les Zaahin rejetaient les gamins qui partaient, eux aussi. » - « Y’avait plein d’étrangers. » - « Ouais, bah ils avaient rien à foutre là. » Nouveau silence, plus long et pensif. « J’imagine qu’ils les ont pardonnés. Priam et Laëth, je veux dire. » Elle renifla avec mépris avant de rouler sur la tranche. « J’aime pas ce prénom. » L’homme soupira. Il tendit le bras et, d’un ongle, suivit le tracé de sa colonne vertébrale. « J’espère qu’ils ont souffert en crevant. » - « Pas moi. » - « Mais toi t’es faible. » Il rit doucement et se suréleva sur un coude pour venir déposer un baiser dans son cou. « Hum. » Elle retomba sur le dos et le regarda. « Et ce Kaazin Belegad, c’est qui ? » - « J’en sais rien. » Vrael se retourna dans le lit pour fixer le plafond. « Mais je vois pas qui dans ma famille nommerait son gosse avec un prénom de chouineur pareil. » Elle pouffa. « Peut-être un instant de faiblesse… Ou peut-être qu’il a un petit air de chaton adorable. » - « Ouais, bah, paye ta lignée d’agriculteurs et de guerriers, hein. Ça doit être une branche éloignée, une branche de Keizaal, là, avec leurs idées novatrices à la con. Kaazin, merde, quand même. » - « Ouais. » Elle sourit et se mit sur le ventre pour faire courir ses doigts sur le torse de son amant. « J’irai le voir, de toute façon. Je suppose qu’on sera fixés à ce moment-là. » - « Hum… » La femme ne l’écoutait plus. Elle glissa sa main plus bas, avant de poser sur lui un regard explicite. Il tourna la tête vers elle et sourit. Sans attendre, elle lui grimpa dessus et l’embrassa. Ils étaient tous les deux éreintés, mais il existait des élans qui ne pouvaient souffrir aucune attente.



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Dim 28 Juin 2020, 13:36



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Odon Do Dur


Parler des bordels particuliers à Laëth m’avait donné envie d’y retourner. Comme j’étais connu dans le quartier, pour avoir écumé la totalité des établissements de plaisir et pour m’y être vendu aussi, mes caprices étaient généralement réalisés. J’avais donc pu ramener deux travailleurs chez moi, après les avoir examinés des pieds à la tête, à la recherche d’un défaut à corriger. Il n’y en avait pas, physiquement du moins. Le caractère n’avait pas spécifiquement à être concordant. Il le serait dans les grandes lignes, avec un poil d’exagération. C’était toujours la même chose et les fanatiques de jeux de rôles ne s’embêtaient généralement pas des détails. Pas la peine de commencer à réparer les canalisations pour de vrai lorsque l’objectif était simplement de tirer son coup.

Je me retournai, accueillant le jeune homme brun tiré à quatre épingles et la fausse Anges chez moi. J’avais osé, oui oui. J’osais tout et tout ce qui n’était pas interdit était permis. Lorsqu’il m’avait interdit de la toucher, il n’avait pas précisé que je devais aussi m’abstenir avec une femme ayant pris ses traits. Je fixai ma fenêtre un moment, en me disant que si un espion y était posté, je pourrais au moins lui offrir mon sourire le plus arrogant. Je l’aurais bien invité à s’amuser avec nous mais je n’avais aucune idée d’où il se trouvait.

« Bon, je vous explique le scénario. Toi, tu es amoureuse de lui.
— C’est amusant, on nous a déjà demandé cette configuration plusieurs fois.  
— Ça ne m’étonne pas, dis-je.
— Le plus étonnant que j’ai eu c’est avec l’Impératrice des Deux Rives. Celle qui la joue a vraiment beaucoup de force. Elle est spécialisée dans les femmes physiquement puissantes. Elle en interprète beaucoup, mais tu as dû voir le catalogue de toute façon.
— Oui. Il faudrait que j’en essaye certaines. »

Surtout que j’avais rencontré l’une d’entre elles récemment. Néanmoins, pour l’heure, je voulais m’occuper de faux Kaahl et de fausse Laëth. Ce serait plaisant et ça calmerait mes fantasmes un temps, le temps de revoir l’un ou l’autre.

« Du coup… Qu’est-ce que je disais ? Hum… Donc tu es Laëth, amoureuse de Kaahl. Kaahl est comme tu l’imagines, coincé et chiant, le genre à plier sa chemise avant de faire l’amour.
— Ça on ne me le demande généralement pas. » dit-il en riant.  

C’était drôle de voir les traits de ces deux personnes prendre des expressions qui ne leur allaient pas du tout. De même pour les mots. Je ne les avais pas engagés pour qu’ils soient parfaitement identiques de toute façon. C’était simplement pour l’expérience.

« On couche ensemble tous les deux, en secret parce que tu ne veux pas ébruiter son orientation sexuelle.
— Il est gay ? demanda la jeune femme.
— Non, bisexuel pour les besoins du scénario, sinon on ne va jamais se toucher et ça va être chiant.
— Y en a qui aiment bien regarder.
— J’aime bien mais je préfère participer et l’objectif c’est que tu finisses entre nous deux.
— Je vois. Donc si je comprends le scénario, je suis aussi en couple avec Kaahl, qui me trompe avec toi. Le but c’est de me convaincre de le faire avec vous deux.
— C’est ça. Et de le convaincre lui de partager parce que, dans mon scénario, c’est un sale égoïste.
— Après quelques coups de langue, il devrait se détendre, dit le Déchu qui interprétait Kaahl.
— Très peu probable comme scénario mais ça me va. Toi aussi ?
— Oui.
— Bien ! Commencez tous les deux. Faites comme si je n’étais pas là et je viendrais casser l’ambiance. »

**

La Bague des Humains était à mon doigt. J’étais en train de noter mes ressentis afin d’essayer de les comprendre. C’était comme si plus rien n’avait de sens. Une partie de mon existence me semblait vaine et, surtout, le Péché en moins, je n’avais goût à rien. Ça me rendait presque apathique. La vie n’était plus aussi excitante. C’était simplement du temps qui m’était distribué et dont je ne savais pas quoi faire. Coucher ? Pourquoi faire ? Je ne ressentais aucune excitation à y penser. L’imaginer, en temps normal, me conférait un plaisir immense, tout comme lorsque je m’imaginais manger un plat succulent. Là, je n’avais pas l’eau à la bouche. Je savais que le plat serait plaisant mais il manquait toutes les émotions qui précédaient sa dégustation. C’était comme si mes sens étaient anesthésiés. Ma vie était passée de colorée à noire et blanche. Tout était gris. Cette soif de liberté qui coulait habituellement dans mes veines n’existait plus.

Je soupirai et allai chercher une bouteille d’alcool dans mon meuble. Je me versai un verre. Je bus une gorgée, qui me parut aussi fade que le reste. Mon goût était moins développé. Ma peau ressentait moins. J’avais l’impression d’être aveugle tout en continuant de percevoir mon environnement. Ce dernier était juste… pas intéressant. Les interdictions de Kaahl avaient au moins le mérite de me paraître raisonnables mais ce constat me minait. J’aurais dû ressentir de la révolte, parce que l’Ange n’était pas à lui et que si elle finissait par m’accepter, rien ne devrait l’empêcher d’écarter les cuisses pour m’y laisser venir. La base même s’était envolée : je n’avais plus envie d’elle.

Le courant de mes pensées se tourna ensuite vers mon fils, Ikar, qui était à présent scolarisé dans une école internat. Ça me rendait triste, même si je savais que la décision que j’avais prise était la meilleure. Je n’étais pas doué avec les enfants, les miens ou ceux des autres. Je n’avais rien à lui apporter. Je n’étais pas un modèle de vie très réussie et j’avais envie qu’il devienne quelqu’un, qu’il s’en sorte. Si tout se passait bien, j’irais le voir de temps en temps et il reviendrait pendant les vacances.

Alors que j’aurais pu m’appesantir sur mon sort encore longtemps, l’on frappa à la porte. J’étais nu, des peintures recouvrant mon corps des pieds au cou. J’allai ouvrir comme ça.

« Oui ?
— Monsieur Pendragon, excusez-moi de vous déranger. Comme vous vous êtes déjà rendu à Stenfek, vous êtes demandé pour une réunion, dit-il en tanguant un peu.
— À quel sujet ?
— Je ne saurais vous en dire plus. Habillez-vous et rendez-vous à cette adresse le plus rapidement possible, continua-t-il, en essayant de ne pas paraître troublé.
— Merci. » dis-je, sans chercher à négocier un rapport sexuel avec le messager.

**

J’avais changé d’apparence. Je préférais séparer. Même si je restais la même personne, prendre mon physique diplomatique m’aidait à me centrer sur ma tâche. C’était comme la sonnerie qui indiquait la fin de la récréation, même si je restais un grand enfant et que je trouvais toujours une bille avec laquelle jouer durant mes missions.

« Bonjour.
— Bonjour Adam. » me répondit-on.

Je ne connaissais personne, à mon plus grand étonnement. Les présentations furent faites rapidement. Nous étions trois. Æna, une rousse à l’apparence sévère et Stav, un homme qui était en train de manger des langues de chat en attendant que j’arrive. Puisque j’étais à présent là, il rangea son bocal à biscuits et prit la direction des opérations.

« Apparemment, il se passe quelque chose d’inhabituel chez les Réprouvés. On m’a rapporté que les territoires avaient été envahis par une brume étrange.
— Un phénomène météorologique rare ? proposai-je, sans trop réfléchir.
— Non. Ça n’aurait touché qu’une région. Si tout s’était passé à Stenfek et Bouton d’Or, ça aurait pu expliquer vu que c’est dans la même zone à peu près. Or, on nous a rapporté que ça concerne Gona’Halv et Sceptelinôst aussi. Ce n'est pas anodin.
— C’est étrange, en effet, commença la Déchue. Je pensais à un phénomène magique invoqué par les Réprouvés mais on ne peut pas dire qu’à Bouton d’Or, ils aiment particulièrement utiliser la magie. S’ils en usent, c’est qu’il doit y avoir une raison spécifique et très importante pour eux.
— Vous avez relevé quelque chose dans leurs us et coutumes ?
— Absolument pas. Même les archives sont vides à ce sujet. »

Elle fouilla dans des documents. Elle avait pris des notes avant de venir, après avoir fait des heures de recherche.

« J’ai un brouillard étendu sur une région durant la deuxième partie de l’Ère de la Renaissance du Dieu Roi. J’ai aussi les nuages de fumée qui ont couvert Lumnaar’Yuvon lorsque le village et les champs aux alentours ont été brûlés. Mais ça remonte au Chaos du Cristal et ça n’a pas grand-chose à voir, sauf si un individu a décidé de mettre le feu à l’ensemble des territoires réprouvés. Étant donné les autres éléments que nous avons en possession, c’est clair que ce n’est pas ça.
— Autres éléments ? demandai-je, en lorgnant sur le bocal de langues de chat. J’en voulais.
— Oui, il n’y a pas que ça, reprit l’homme en me tendant ses biscuits. Selon certains témoignages, un individu mystérieux aurait fait son apparition dans chacune des régions. Les Réprouvés le nommeraient Lok’Silus.
— Un homme ? questionnai-je, tout en prenant un gâteau.
— Oui. C’est d’autant plus étonnant qu’il n’aurait pas dû autant attirer l’attention, pas dans plusieurs endroits en même temps, en plus de ça. Il y a beaucoup de mystères autour de lui. Certains pensent que c’est un Æther ou un homme très puissant qui se plairait à faire une farce.
— Ça semble peu probable. Les Réprouvés auraient tranché la carotide de n’importe quel plaisantin étranger sur leur territoire. Nous parlons de guerriers sanguinaires, la majorité totalement racistes. »

Æna avait reprit la parole, tout en fouillant dans ses documents.

« L’individu semble posséder un corbeau, ce qui le rapprocherait du Zaahin créateur, selon les légendes.
— Boholt’Kein ?
— Lui-même. Cependant, il ne fait aucun doute que les Zaahin sont de fausses croyances. Il n’y a que ceux qu’ils ont érigé en Zaahin parmi les vivants qui ont une portée historique. Le reste… Étant donné qu’ils sont les seuls à avoir développé ce culte particulier et à refuser d’entendre parler des Ætheri…
— La minorité a parfois raison, relevai-je.
— Non, dit-elle sévèrement.
— Si, répliquai-je, pour le simple plaisir de la contredire.
— Les enfants, ça suffit. » ironisa Stav.

Je souris à Æna. J’avais envie de la prendre, maintenant, juste pour qu’elle retire son « non » et me crie un « oui ».

« Nous allons devoir nous déplacer sur place pour vérifier de toute façon. Certains pensent que quelque chose se prépare mais les Réprouvés n’en ont parlé à personne.
— Une guerre contre les Anges ?
— C’est l’une des hypothèses qui a été soulevée, oui. Cependant, j’en doute, personnellement. Le problème c’est qu’on ne sait rien. Réprouvés et Déchus sont quand même assez proches, nous devrions déjà être au courant, ne serait-ce que parce que nous avons des intérêts communs contre les Anges.
— Ça ne les concerne peut-être pas. C’est peut-être une coutume que nous avons ratée.
— Je suis Docteur en coutumes réprouvées, Monsieur Pendragon » dit la Déchue sèchement.

Je la fixai et me mis à rire gentiment.

« Vous pratiquez les coutumes aussi ? Parce que je fais office de Bicorne aux dernières nouvelles et il est de coutume de monter les Bicornes pour tester sa force. C'est une bête plutôt sauvage et indomptable... »

Stav leva les yeux au ciel.

**

En attendant notre transfert à Stenfek, mon bassin s’activa contre les fesses d’Æna. Quelque chose me dit que nos rapports seraient un peu moins secs par la suite. Il suffisait de faire un pas vers l’autre, parfois.  

**

Une fois que nous fûmes arrivés à Stenfek, nous remarquâmes rapidement les changements. La ville était presque déserte. De temps en temps, une silhouette apparaissait et disparaissait dans le brouillard, discrètement. Un silence de plomb régnait, ce qui donnait à l’endroit une apparence lugubre. Nul doute : ce ne serait pas aujourd’hui qu’une Réprouvée jouerait au Bicorne et à la guerrière avec moi.

« Nous allons loger dans le quartier diplomatique et nous renseigner auprès des agents, dit Stav.
— Je vais essayer de trouver une taverne. C’est impossible que les Réprouvés aient déserté ce lieu…
— Je vais à la bibliothèque, articula Æna.
— Je ne suis pas sûr que tu trouveras la réponse dans les livres…
— Non mais dans l’hypothèse où les Réprouvés n’en savent pas plus que nous sur ce qu’il se passe actuellement, c’est sans doute là-bas qu’ils ont dû aller. »

Ça se tenait. À elle les endroits poussiéreux. À moi les tavernes. En réalité, j’adorais les bibliothèques, les livres et les meubles qui s’y trouvaient. J’étais juste déçu de ne pas avoir eu l’idée en premier. J’adorais faire la fête mais entre une soirée et un livre, tranquillement installé sur mon canapé, avec Kaahl entre les jambes, je préférais la deuxième option. Même sans Kaahl, en fait. Ma concentration pour lire s’éteignait rapidement dans certaines circonstances.

**

« Euh… »

Je n’étais pas vêtu de la même manière que précédemment. Mes doigts gauches étaient refermés sur un bouclier. Ma main droite tenait une épée. Je baissai les yeux sur ma tenue : une armure légère, en cuir. Je sentais la chaleur des corps qui m’entouraient. Sans même avoir à regarder aux alentours, je savais très bien que nous étions des millions. Sur ma nuque, le souffle de l’homme qui se trouvait derrière moi se heurtait à ma peau, chaud et bestial. Ce souffle avait une odeur particulière, presque charnelle. Une sensation étrange embrasa tout mon corps, bien plus puissante que la peur que j’aurais dû normalement éprouver. Mon cœur battait à l’unisson avec celui des autres. J’en étais convaincu. Mes doutes firent place à une certitude : j’allais me battre. Le seul problème, qui ne m’en paraissait pas un à ce moment-là, était que je n’avais aucune idée de comment faire. J’improviserais. Je combattrais avec toute la fureur qui sommeillait en moi, avec toute la hargne dont je serais capable. Je le ferais parce que je n’aurais pas d’autres choix. Je voulais vivre et, dans ces instants où le souffle de la mort menace l’homme, il répond à l’appel de ses instincts.

Imitant les autres, je frappai mes armes entre elles, mes lèvres bougeant pour chanter en chœur avec les Réprouvés, sans que je ne comprenne rien aux paroles. Au cri, je m’élançai d’un même mouvement. Si l’on m’avait parlé de ces moments quelques jours plus tôt, jamais je n’y aurais cru. Moi ? Me battre ? Plutôt ne pas coucher pendant une semaine ! J’allais pourtant m’apercevoir que mon corps n’était pas dénué de force. Mes réflexes n’étaient qu’instinct de survie cependant. Je ne les avais jamais travaillés. Ma seule activité physique consistait à coucher avec qui voulait bien. Je me donnais toujours à fond mais ça n’avait rien à voir avec le combat. Néanmoins, tout paraissait étonnement clair. Alors que la foule s’écrasait contre les ennemis, comme une vague de fond sur un navire imprudent, je me frayai un chemin entre les guerriers, pour trouver un rival à ma portée. J’en éliminai un sans trop de difficulté. Ils n’avaient pas tous la même puissance. J’abattis l’épée une nouvelle fois, essayant de viser juste, et, devant l’échec de ma première tentative, enfonçai la lame dans les entrailles du monstre qui s’effondra. Je posai mon pied sur la dépouille afin d’en ôter mon arme. Elle glissa étonnement bien.

Soudain, je sentis un coup heurter mon crâne. Je fus un instant déstabilisé. Un Réprouvé se chargea de terminer le coupable. Je lui glissai un remerciement qu’il n’entendit pas, porté par la fièvre de la bataille. Je repartis à la charge, sentant mon corps s’habituer au rythme. Mon esprit était d’acier et, comme si l’expression était prophétique, mon regard se posa sur l’Aile d’Acier. Elle était avec un loup. Je voulus aller la voir, combattre à ses côtés, mais fus contraint de revoir mes plans. Une hideuse créature apparut devant moi, pourvue de pattes velues et de huit yeux. Je me baissai pour éviter son assaut et lui tranchai un membre, puis deux, puis trois. Je commençais à comprendre le mécanisme. C’était comme le sexe : une question de souffle, de mesure et d’opportunités. Il fallait se préserver parfois pour mieux porter un coup meurtrier ensuite. Il y avait des zones plus sensibles que d’autres. Je n’avais pas peur, sans être en mesure de me l’expliquer. Je n’y pensais pas. Je voulais juste continuer, tracer un chemin ensanglanté dans mon sillage. Je poussai un cri de guerre qui sembla arriver tout droit du plus profond de mon corps. Il me motiva davantage. Je me mis à couper, écraser, planter, arracher, expérimentant une puissance qui était, jusqu’ici, demeurée cachée. De temps en temps, des chants résonnaient, venant d’une partie des combattants. Les fers s’entrechoquaient, les sangs se mélangeaient et il me sembla rapidement assister à la fin du monde. Ce qui se murmurait à Stenfek me parut soudainement limpide : nous étions en train de jouer la dernière bataille de l’humanité. Je ne savais pas si les Ætheri, les Zaahin ou les deux nous regardaient mais, dans le doute, je donnai tout ce que je pus.

Beaucoup plus tard, alors que je marchais sur un monticule de cadavres, je sentis mes cheveux être tirés en arrière. Une douleur aiguë me cisailla le cou, signe que l’on venait de m’égorger. Je tombai, venant nourrir la montagne des corps sans vie.  

**

Je repris mes esprits à Stenfek. Je sentis le poids de mes ailes derrière mon dos. Si elles ne me semblèrent pas différentes de normalement au début, un éclat blanchâtre attira mon attention. L’une d’elles était blanche. Mes yeux s’écarquillèrent et je paniquai. Par les Ætheri, pourvu que je ne sois pas devenu un Réprouvé ! Cette pensée s’effaça progressivement, faisant place à la constatation de ce que je venais de vivre. Je n’étais pas le seul à être étonné, dans les rues de la capitale. À mes côtés, des centaines de silhouettes aux ailes déployées se faisaient face. Nous venions d'expérimenter exactement la même chose, une chose inexpliquée.

**

« Une bière, s’il te plaît, demandai-je au tavernier.
— Tiens ! » dit-il, en me la tendant.

Nous n’étions pas repartis tout de suite. Les choses avaient besoin d’être clarifiées. Très vite, nous avions compris que les Réprouvés n’étaient sûrs de rien. Quelque chose s’était fini. Quelque chose d’autres venaient de commencer. C’était difficilement explicable et, avec Stav et Æna, nous avions beaucoup discuté de comment formuler notre rapport. Nous n’en savions rien. C’était bien plus un sentiment qu’un fait. Un phénomène venait d’arriver. Nous nous étions battus dans un endroit inconnu, contre des ennemis inconnus, pour une cause inconnue. Nous avions tous disparus durant une journée entière et… Pourquoi ? Comment ? Nous l’ignorions.

3047 mots



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Dim 28 Juin 2020, 15:50


Odon Do Dur

Odon Do Dur





Le couperet s’abattit lourdement sur l’épaule du goled. Une gerbe de sang éclaboussa mes joues rougies par l’effort. Les pupilles de la bête se dilatèrent sous l’effet de la colère. Un coup de pied dans le bas-ventre le projeta vers l’arrière. Mes doigts se cramponnèrent davantage à mon arme. La lame s’extirpa de la blessure, arrachant un nouveau cri à mon opposant. Le liquide carmin goutta sur le sol, s’ajoutant aux flaques sanglantes qui inondaient la plaine. L’espace d’un instant, le temps suspendit son emprise. Nos regards se croisèrent ; seul l’un de nous survivrait à ce conflit. Je courus vers lui, rassemblant mes forces pour un nouvel assaut. La hache trancha le torse nu du monstre qui brailla des mots incompréhensibles. J’avais gagné. Du moins, le pensai-je. Je lâchai un hoquet de surprise. Mon sentiment de victoire fut de courte durée. Ma tête se baissa sur la lame d’acier qui traversait le haut de mon abdomen, juste en dessous du diaphragme. La douleur était trop intense pour que je réussisse à crier. C’était la fin. La respiration coupée, je happai l’air avec difficulté. Chaque inspiration creusait un peu plus la chair autour l’épée plantée dans mon ventre. Mes yeux embrassèrent la scène une dernière fois. Sur ma droite, Ayleth déchaînait sa fureur sur ses adversaires, guidant les aspirants de Stenfek toujours plus loin dans la bataille. Un sourire aux lèvres, elle progressait à travers les lignes ennemies. Sa hallebarde dansait frénétiquement dans les airs. L’instrument de mort tailladait ses adversaires à mesure qu’ils passaient à sa portée. Ma mère combattait avec hargne. Contrairement aux miens, aucun de ses mouvements n’était superflu ; ses enchaînements étaient minutieusement choisis pour répondre aux aléas de la bataille. Plus loin, sur la gauche, mon idole combattait fièrement aux côtés de l’Impératrice des Deux Rives. Zel’eph perçait la défense de ses assaillants avec une facilité déconcertante. Je m’émerveillai devant ce spectacle macabre. Le sang giclait en abondance autour des Zaahins avant de retomber dans une pluie rouge et poisseuse. J’étais en admiration devant cet homme que les légendes ne glorifiait pas à sa juste valeur. Mes forces m’abandonnaient. Je ne voulais pas partir. Pas maintenant. Pas comme cela. ‘Nutaar do Ardyr ! Solheim bouge toi ! Finir au Siz’Fus c’est pas envisageable !’, songeai-je.

Avec difficulté, j’attrapai les hachettes qui ceignaient ma taille. Si mon heure avait sonné, alors je n’avais plus rien à perdre. Je devais donner le maximum dans cette ultime charge. Je m’élançai vers un nouvel adversaire, luttant avec la rage du condamné. Mes mouvements étaient lents et désordonnés. Je faillis trébucher plus d’une fois sur les cadavres qui jonchaient le sol. Le poids du glaive pendouillant hors de mon corps déséquilibrait ma démarche. A chaque soubresaut, les lacérations progressaient vers mon estomac. J’haletai de plus en plus fort, de plus en plus vite. Ma vision se troubla. Alors que j’arrivai au contact, je n’eus pas suffisamment de vivacité pour esquiver le coup. Je m’étais préparé. Tandis que l’arme se planta dans mon flanc, je lançai mon armement en direction du goled, dans un effort ultime. ‘Diren Dreellurk’ pensai-je avant de rendre mon dernier souffle.

L’air chaud et humide caressa mes ailes déployées. J’entrouvris les yeux. Autour de moi, mes camarades de chambrée commençaient également à émerger. Que s’était-il passé ? Je pris un instant pour me remémorer les événements qui nous avaient conduit à cet instant. SéparateurC’était une matinée pluvieuse. J’avais revêtu l’armure aux couleurs de l’armée. Je détestai cette tenue. Les renforts épais et les sangles qui maintenaient la cuirasse près du corps entravaient ma liberté de mouvement. Pourtant, depuis mon arrivée à Gona’Halv, je ne la quittai que rarement. Dès le premier jour, nos instructeurs nous avaient donné des consignes claires ; durant l’entièreté de notre Merrill’Kendov, nous étions soumis aux mêmes règles que celles ayant court dans la milice. Ainsi, lors de nos permissions, nous nous devions de conserver un comportement irréprochable. Bien entendu, personne n’était dupe ; notre nature instable combinée aux excès d’alcool et de drogue laissaient place à des dérives que nos supérieurs ne condamnaient que rarement. Néanmoins, le port de l’emblème était obligatoire afin de développer le sentiment d’appartenance à une nation commune. Mais si l’intention était louable, son efficacité restait à parfaire. En réalité, sous les airs d’acceptation et d’entente, les tensions qui existaient entre les cités ne disparaissaient pas. Elles persistaient dans l’ombre à la recherche d’un étincelle qui permettrait d’embraser le feu de la guerre.

Nous quittâmes la ville par le nord. Les instructeurs qui nous accompagnaient avait distribué des sacs lestés que nous devions porter durant l’entièreté de l’exercice. Le but était de développer notre force et notre endurance. Les directives étaient simples : nous devions atteindre le sommet de la montagne le plus vite possible. L’usage de nos ailes était interdit et nos accompagnateurs avaient pour tâche de veiller à ce qu’aucun d’entre nous ne trichât. La veille, les différentes factions réprouvés qui composaient notre unité s’étaient retrouvés pour corser le défi ; les gagnants pourraient humilier les perdants de la manière de leur choix. Officiellement, la compétition n’était pas connue des autorités, officieusement, tout le monde savait que l’équipe de Gona’Halv avait tout le soutien de la milice. Pour ceux de Keizaal, comme moi, c’était une nouvelle occasion de prouver notre supériorité face à ces ingrats de Lumnaar’Yuvon qui reniaient notre culture.  

« Vous avez compris les règles Tahdar'Ardyrkruor ? Vol interdit. Vous prenez vos petites jambettes de pucelles, vous me grimper cette montagne et vous revenez ici, compris ? »

Malgré la provocation, personne n’osa rétorquer quoi que ce soit. Le réprouvé qui nous faisait face planta ses yeux incisifs sur chacun d’entre nous. Il mesurait bien trois têtes de plus que moi et ses épaules étaient deux fois plus larges que les miennes. Son gigantisme me rappelait certains contes pour enfants.

« Qu’est-ce que vous attendez encore, un p’tit bisous de votre mère ? Allez, dégagez moi l’plancher ! »

Sans plus de considération pour l’instructeur, je m’élançai à travers le sentier escarpé. Nous avancions tous ensemble dans une masse informe. Ceux qui se trouvaient à l’arrière jouaient des coudes pour atteindre la tête du peloton. Sous nos pieds, la terre battue était incrusté de pierres aux formes diverses. Les plus petites se déchaussaient lors de notre passage, roulant entre la masse de pieds qui s’animaient à l’unisson. Au bout d'une dizaine de minutes déjà, le groupe se délita. Les plus forts et endurants courraient en tête alors que les plus faibles - où ceux qui avaient eu la maladresse de chuter - trottinaient en dernier.

Je progressais à mon rythme. Les lanières du sac alourdi pour l’occasion entaillait ma peau. Je passai mes pouces sous les bretelles pour soulager mes épaules endolories. Je courrais en compagnie d’un gars originaire de la région. Nos pas martelaient le sol en harmonie. Aucun de nous ne parla à l’autre ; nous économisions nos forces jusqu’au sprint final.

Au bout de deux bonnes heures, la ligne d’arrivée fut finalement en vue. J’accélérai le pas - tout comme mon adversaire. Mes foulées étaient de plus en plus grandes. De grosses gouttelettes de sueurs perlaient sur mon front. Je terminais le marathon en même temps que mon compagnon de route. Je rejoignis ceux qui nous avaient précédés avant de m’effondrer sur le sol pour reprendre mon souffle. Mon coeur tambourinait si fort que je crus qu’il allait sauter hors de ma poitrine. A tâtons, j’attrapai l’outre qui pendait à ma ceinture pour en déverser le contenu dans ma bouche. Je m’autorisai quelques minutes de repos afin de récupérer.

Le retour vers la ville se fit par les airs. Les recrues victorieuses de Sceptelinôst vantaient leur mérite et leur supériorité. De leur côté, les réprouvés de Gona’Halv se terraient dans un silence austère. Le pauvre Jalan avait glissé sur un caillou avant de s’écraser lourdement sur le sol. Sa cheville s’était tordue dans un angle improbable et - comme il était trop fier - il avait refusé d’utiliser la magie pour la remettre droite. Cet imbécile avait fait perdre son équipe qui, depuis, ne lui adressait plus la parole. Nulle doute que ses amis lui réservaient un châtiment sévère. Les paysans de Lumnaar’Yuvon, eux,  refusaient toujours d’accepter que notre équipe soit arrivée avant eux. Ils n’arrêtaient pas de nous accuser de tricherie, ce qui avait pour effet d’échauffer les esprits. Pour mettre un terme à tout cela, les instructeurs avaient dû pousser la gueulante et rappeler que nous nous devions d’être une nation unie.

A notre arrivée, un épais brouillard englobait la cité. Nous nous posâmes à distance et entreprîmes de finir le chemin à pied. Cette mystérieuse brume dégageait une aura particulière, sans que je susse l’expliquer. De nombreux habitants s’étaient regroupés sur le camp d’entraînement. Ils évoquaient les événements qui s’étaient déroulés plus tôt dans la journée. Un étranger avait foulé nos terres et les anciens l’avaient reconnu comme étant Boholt’Kein, le Zaahin fondateur. Les plus sceptiques corroboraient les faits, en indiquant que personne n’avait vu son visage. Ils ne croyaient pas au retour du héros. Pourtant, chacun était convaincu en son for intérieur que quelque chose se tramait dans l’ombre. Les soldats, bien trop préoccupés par la situation pour poursuivre les leçons, nous congédièrent pour l’après-midi. Libéré de mon engagement militaire, je fonçai à La Dague de Kiin'Tafiir.

Lorsque j’arrivai dans l’atelier, Aleifr ne m’accorda que peu d’attention. Il se contenta de lever brièvement la tête avant de replonger dans son travail. La chaleur qui baignait les lieux étaient encore plus pesante qu’à l’accoutumée. Les cinq fourneaux de la forge brûlaient d’un feu vif. Le bruit des marteaux qui frappaient l’enclume résonnait dans un brouhaha assourdissant.

« Solheim, arrête de rêver et ramène toi ! On a quarante-quatre haches à forger pour demain ! »

Mes yeux s’écarquillèrent à l’annonce du chef des apprentis. Sahqon n’était pas connu pour être blagueur. Je ne le fis pas attendre. Je délaissai mon uniforme de soldat pour revêtir le tablier des forgerons. Lorsque je les rejoignis, l’homme me désigna une enclume.

« Bon, je sais que t’as pas beaucoup d’expérience mais ça va être le moment de montrer ce que t’as dans le ventre, mon gars ! Tu t’occupes des lames pour les petits modèles, t’as un exemple là-bas. Ça va aller ? »

Je hochai la tête. Je m’étais beaucoup entraîné mais c’était la première fois que j’allais véritablement participer à la fabrication d’armes. Pour l’instant, Aleifr et Sahqon m’avait cantonné à de petits exercices afin de me familiariser aux différentes températures de chauffe ainsi qu’au maniement du marteau. L’excitation bouillonnait en moi à l’idée de réellement participer à la vie de la fonderie.

Je m’approchai de l’enclume qui m’était dédiée, glissai ma main droite dans un gant et attrapai une barre de fer. Avec un geste encore approximatif, je plongeai le métal dans le four. L’extrémité passa par différente couleur. D’abord grise puis rouge, la teinte s’éclaircit jusqu’à arborer une coloration jaune vif. Je sortis le barreau pour commencer à travailler. A l’aide de la table de mon marteau, je frappai plusieurs coups pour aplatir la surface. La matière refroidissait rapidement et j’avais appris à m’arrêter lorsque le fer reprenait une coloration safranée ; si je continuais, je risquais de fendre le métal. Il me fallut plusieurs caléfactions avant d’avoir une pièce à élargir. Je retournai mon maillet pour frapper avec la panne. La forme commençait à se construire sous mes assauts répétés. Les muscles de mes avant-bras se pétrifiaient en contrecoup de cet effort intense. Pourtant, je poursuivis ma tâche jusqu’à obtenir une belle lame. Sahqon passa pour valider mon travail et me tapota l’épaule avant de retourner à ses occupations. La fierté que je ressentais me força à sourire.

Les heures se succédèrent, la production s’intensifia. Mes fabrications successives se faisaient avec beaucoup plus d’assurance que la première. Je remarquais de plus en plus les imperfections de mon ouvrage et tirai des leçons pour y remédier. Je prenais beaucoup de plaisir à oeuvrer dans l’atelier. Parfois, je m’autorisais une pause et observais mes compagnons qui actionnaient des machines titanesques dont le fonctionnement m’était inconnu.

La nuit tomba finalement sur Gona’Halv. La majorité des commandes avaient été parachevées. Aleifr nous congédia et nous remercia pour notre travail du jour. Il avait l’air épuisé, lui aussi. J’avais l’impression de le trahir. Je savais que je n’aurai été qu’un boulet pour lui, incapable de l’aider dans la confection d’armes complexes. Pourtant, je rechignai à le laisser seul dans l’atelier. Sarqon remarqua mon hésitation et, d’un signe de la tête, m’exhorta à partir.

Lorsque je me réveillai le lendemain matin, je n’avais qu’une envie : combattre. Je rejoignis mes camarades sur le camp d’entraînement et fût stupéfait par la masse de combattants qui s’y était regroupée. Les heures, puis les jours, se suivirent. Je vivais pour combattre et seul la faim, la soif ou le sommeil me contraignait au repos. SéparateurJe regardai autour de moi. Les réprouvés qui m’entouraient reprenaient peu à peu leurs esprits. Soudain, je ressentis une immense fatigue. Je n’avais pas le courage de retourner dans ma chambre. Je m’allongeai sur le sol et m’endormis.


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Daé Miirafae
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Daé Miirafae
Mar 30 Juin 2020, 11:40


Odon Do Dur




« Mais fais chier ! Sérieusement, c’est vraiment le moment qu’on doive aller pointer notre cul chez les Réprouvés ?! Iels peuvent pas s’en sortir comme des adultes, faut qu’on aille faire mumuse avec leur hache pour préserver la Ligne du Temps ? » Elsa éteignit sa cigarette à peine entamée qui alla s’empiler sur le tas de mégot du cendrier en argent qui bordait la fenêtre. Elle se leva et regarda celle qui était sa majordome. « Appelle-moi, le petit Miirafae ! On va aller voir ce qui se passe ! »

~~~

Au fur et à mesure que la lune se levait, la respiration de Daé et de son amix et amantx s’était synchronisée, prenant un rythme plus calme. Les deux comparses étaient assis, dos à dos, les yeux fermés. L’Aurum avait les jambes étendues et le Caeli les avait croisées l’une sur l’autre. Leurs deux têtes était légèrement inclinée vers le haut et iels laissaient entrer le chant des étoiles en elleux. Progressivement. Daé n’avait jamais réussi à méditer lorsque quelqu’un•e•x était trop proche de lui pendant des mois, mais à force de répéter l’exercice quotidiennement, c’était devenu quelque chose qu’il appréciait. Qui le changeait. D’autant plus avec cette personne spéciale qu’incarnait Yzex à ses yeux. La nuit semblait lente ce soir-là, à cause de cette consistance étrange que prenait le temps lorsque la méditation faisait son effet. Peut-être, se disait Daé, que c’était pour ça que les sages méditaient. Parce que cela décuplait le temps de pensée à disposition et qu’avec plus de temps, iels devenaient meilleur•e•x•s. Après de longues heures, les deux ouvrirent les yeux en même temps. De façon presque brutale par rapport à la lenteur qui régnait sur ce moment.
« Tu l’as senti ? »
« Ouais. » « Je sais pas si je dois être contentx parce qu’avant tu sentais pas ce genre de choses ou effrayé parce que ça paraît intense. » Daé sourit, lui qui était habituellement si enclin à la plaisanterie avait soudainement le masque de gravité qu’il avait parfois vu arborer chez d’autres congénères. Pour être plus exact c’était une mine concentrée et pensive. L’Aurum n’avait pas l’habitude de ressentir des choses aussi fortes et par conséquent il était encore un pied dans son esprit méditatif et un pied avec Yzex, au cas où quelque chose d’autre lui parviendrait. « Oublie, habituellement, je ressens plus rien après ce genre de choses. »  « Mais ça t’arrive souvent ? » « Je sais pas. Je sais plus quand c’était la dernière fois. » « On fait quoi ? » « On vient avec moi. » La Majordome d’Elsa était apparue sur le toit. Aucun bruit. Juste la sensation que le temps l’avait soudainement accueillie dans son espace et qu’elle avait dit cette phrase. Les deux amixs se regardèrent et se sourirent. « Ah, Yzex, vous êtes attenduxs où vous savez. » et Daé prit le bras de la Majordome avant de se retrouver dans le manoir d’Elsa.


~~~

« Mais c’est un Aether ou pas ? » « Rappelle-toi de tes cours, Daé ! Les Aetheri sont pas priés par ces brutes de Réprouvés qui sont cons comme leur pied d’ailleurs. Iels ont créé d’autres dieux et déesses et apparemment ce qui se passe y est lié. » Un temps. « Je vais être pédagogue trente secondes comme ça j’irai dire plus haut que c’est pas ma faute si tu bites rien quand tu seras Caeli : Tu as ressenti quoi quand tu méditais avec Yzex ? » « J’ai entendu des cris et j’ai senti comme une énorme déferlante de puissance qui traversait le temps et l’espace. Quelque chose de similaire à ce que j’ai pu ressentir les fois où je me suis senti très proche de Phoebe. » « Continue. »  « J’ai aussi vu des choses bouger, comme des monolithes qui se déplaçaient. » « Hm. » « Et…c’est bizarre de parler de ça à haute voix.. » « Toustes les Rehlas ont un rapport différent à la divination, le tien commence à se créer et c’est normal que ce soit étrange, dis-toi bien qu’à part à moi et à quelques rares personnes tu n’auras pas à décrire ce genre de choses. » Daé sentit quelque chose de l’ordre de l’intime poindre en lui quand il se prépara à continuer cette phrase. « Souvent, j’entends les étoiles chantonner. Ça veut pas dire grand chose, ça ressemble à de l’Oraédera, mais en encore plus cryptique que d’habitude. » « Amusant. »  « Pourquoi ? » « Pour rien, ta mère entend les étoiles de la même manière que toi. Continue. » « Et là leur chant était comme...guerrier. Je ne comprenais pas mieux ce qui se disait, mais je sentais quelque chose de fort, de rythmé, d’intense. Comme un concerto violent qui faisait se répondre la vulnérabilité que je leur offrais avec leur colère. » « Bon, je suis contente. Tes sensations se précisent, c’est assez juste tout ça. Il faut qu’on se prépare. D’ici quelques jours, on n’a pas réussi à déterminer exactement combien, on va participer à une sorte de guerre. Une vraie. En réalité on n’a pas réussi à avoir beaucoup  plus d’informations là-dessus. On sait pas combien de Rehlas y seront, ni vraiment comment ça va se passer. » « On sait quoi ? » Daé était à la fois fasciné et terrorisé. La dernière fois que ce genre de choses s’était produite, il avait dû commettre son premier meurtre et son esprit avait effacé cet événement histoire de pouvoir continuer à survivre. Il n’était absolument pas prêt à être confronté à nouveau à une violence telle et pourtant c’était inévitable. C’était même inévitable que cette violence soit infiniment supérieure et qu’il en devienne malade. Il ne savait pas qu’il s’était endurci et Elsa ne savait pas si ce serait suffisant. « Lok’Silus. » « Pourquoi j’ai déjà entendu ce nom ? » « Parce que les quelques Rehlas qui ont senti ce qui arrivait ont entendu les étoiles le hurler. Tu as dû prendre ça pour de l’Oraédera. » « Et du coup, on attend ? » « Non, on cherche à comprendre. Prends mon bras. »

~~~

Les champs s’étendaient et filaient entre les maisons de Bouton d’Or aujourd’hui Lumnaar’Yuvon. L’ambiance était étrange et Daé ne savait pas si c’était dû aux évènements qui allaient advenir, aux tensions qu’entretenaient le peuple réprouvé avec plus ou moins tout le monde ou à autre chose. Il eut soudain l’impression d’être seul et se retourna pour apercevoir Elsa qui regardait autour. « Ce que tu viens de sentir, tu peux aussi le faire, tu en as juste jamais eu besoin. Concentre toi, c’est quelque chose que tous nos congénères savent faire et dans un lieu aussi raciste qu’ici, il vaut mieux le faire vite. » Daé se concentra. Beaucoup. Au bout de quelques secondes, il sentit soudainement moins de regard, moins de pression. Les gens ne le regardaient plus et il avait déjà connu ce sentiment en partant d’Amestris lors de la dernière Coupe des Nations. C’était donc ça. L’Umbra Ora. Pour la première, l’Aurum conscientisait à la fois la puissance de ce pouvoir, mais surtout la puissance des Rehlas. Sa réflexion à peine engrangée, il vit Elsa s’en aller, le sourire satisfait aux lèvres.

Le duo se balada dans le village, laconiquement. Comme si l’ambiance était à la balade, mais Daé sentait bien que sa mentore était en train de récolter des informations, de compiler, d’analyser. Il regardait, s’imaginait être elle et s’imaginait à quel point elle devait comprendre ce qui se passait. Il savait que bientôt il devrait sérieusement s’atteler à comprendre les étoiles, trouver comment le faire, mais le temps était à l’urgence et il tenta de se concentrer là-dessus. Après plusieurs heures à marcher, écouter et entendre les Réprouvé•e•x•s être à la fois dans des états d’anxiété et d’exaltation, la grand-tante de Daé se retourna « C’est maintenant, Daé. Bonne chance, tu en auras besoin. » et tout devint noir.

~~~

La bataille faisait rage depuis des jours. Jamais le Rehla n’avait eu aussi faim et aussi soif. Il y avait quelques heures à peine, Daé s’était arrêté pour tenter de boire sa sueur qui coulait, noire de crasse, ses réserves d’eau ayant été affaiblie et n’ayant trouvé personne pour, comme cela lui était arrivé au début du combat, lui donner de quoi boire. Il ne buvait plus pour faire passer la sensation de soif, mais pour survivre, à chaque fois que son corps le lui demandait. Il n’espérait plus manger une dernière fois avant de mourir. Les pensées alternaient entre arriver en masse dans sa tête toujours trop pleine et le quitter complètement pendant des heures. Jamais il ne s’était vraiment battu, jamais on ne lui avait appris comment faire, alors il avait suivi son instinct. Ici il n’était plus question de l’instinct des étoiles, mais bien du sien, celui qui était au plus profond de son être, vivant, vivace, fugace et bien plus fort que ce qu’il aurait cru jusque-là. Il était triste de ne s’en rendre compte que maintenant, au moment où il avait compris que la mort arrivait, mais fier de se rendre compte qu’il avait pu tenir un peu, même quelques jours alors que la bataille allait sûrement durer des mois. A cette pensée il vit l’Impératrice des Deux Rives égorger une créature en hurlant dans cette langue réprouvée qu’il ne comprenait pas. Sans savoir ce qu’il criait, juste pour se donner de l’énergie, il répéta ce qu’elle venait de dire en cœur avec les autres guerrier•ère•x•s et se releva. Il fallait y retourner, car les créatures qui leur faisait face ne prenaient pas le temps de boire.

Le coup était en train d’arriver et commença à lui entailler le flanc. Le sabre semblait couvert de rouille, mais assez tranchant pour lui avoir laissé une cicatrice. Le Rehla avait réagi trop tard, mais avait réagi tout de même. Il ne s’était pas fait trancher, le lieu accueillant son corps quelques secondes avant ayant laissé place à du vide. Au-dessus de la créature humanoïde et décérébrée qui ressemblait à touxtes ses congénères, saignant d’une aile, une corneille était en train de prendre la fuite. Daé se concentrait pour ne pasmourir maintenant, il n’était pas encore temps, il ne savait pas quand le temps était, mais il fallait le repousser. Au fur et à mesure de son envolée, il pointa le bec vers le bas et observa ce qui lui fallait. Des dizaines, des centaines ?, d’armes et de débris étaient gisantes sur le sol. Daé ne distinguait plus s’il s’agissait d’Elu•e•x•s et de Réprouvé•e•x•s ou de créatures, mais la mémoire des corps arriverait lorsqu’il resterait des gens pour s’en souvenir. La priorité était à la victoire. La corneille s’arrêta, et regarda les armes, épaves sur le champ de bataille fumant de sang, et plusieurs d’entre elles commencèrent à se lever, tranquillement. Les quelques personnes qui s’y battaient n’avaient encore rien vu. L’Aurum ne pourrait pas les prévenir, il devait se concentrer comme jamais il l’avait fait, car ce n’était pas là la même forme de télékinésie que celle qui consistait à faire voleter une cruche pleine de vin, c’était là l’art magique de la guerre. L’adrénaline aidant, les lames continuèrent leur envol alors que Daé sentait sa tête prête d’exploser. Il ne savait pas comment fonctionnait la magie, ni d’où elle prenait sa source, mais il était sûr qu’il n’allait plus pouvoir en prendre autant très longtemps. Alors que les lames étaient maintenant à plusieurs mètres du sol, les créatures combattantes s’en rendirent compte, trop tard pour quelques-unes d’entre elles. Trop tard aussi pour Daé. Il fit s’abaisser les lames aussi vite qu’il le put, trois d’entre elles se plantèrent dans plusieurs de ses ennemis, certain•e•x•s même tombèrent au sol sous le cri des personnes qui étaient avec lui, le cri qui nous rappelle que l’on est vivant•e•x•s. Alors que le Rehla s’apprêtait à continuer sa manœuvre il sentit que c’était raté. Une flèche transperçait de part en part l’oiseau dont il avait pris la forme. Il n’eut pas le temps d’étouffer un cri que la magie quittait son corps, ce dernier se précipitant vers le sol. De corneille, il redevint Rehla et de vivant il entra sur les rives de l’au-delà. Il aperçut encore avant de s’éteindre le regard déjà loin de ses camarades qui en avaient vu bien d’autres et il arriva encore à se demander si Phoebe ne l’avait pas surestimée. Si ce n’était pas le cas il était fier d’avoir pu servir en tant que guerrier. Peut-être qu’en pensant cela, il était déjà retourné rejoindre ses adelphes dans les étoiles, la douleur de son flanc ne lui faisant presque rien. Seule Phoebe le savait, car elle savait tout, même le moment où ses enfants la rejoignaient.

Et ce moment n’était pas venu pour Daé.

Réveil. Tempes martelantes. Cri-se de panique. Douleur au flanc. Lua Eyael, il était à la maison, Elsa à son chevet, jamais il ne l’avait vue aussi fatiguée. Il avait déjà fait l’expérience de voir apparaître des ailes et sut les faire disparaître, sa mentore sembait avoir fait de même.

Iels ne parlèrent pas pendant le reste de la nuit.


2305 mots

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Mar 30 Juin 2020, 17:59





Jour 1

Slurp. Slurp. Qu'ils étaient insupportables ces Veshmir, à être aussi bruyants, à ressasser les événements récents et à salir partout. Pendrake était habitué au vacarme de Lumnaar'Yuvon ; les résidents y mangeaient à leur faim, sans autre considération. Mais s'ils ne voulaient pas se faire remarquer à Sceptelinôst, ils devraient justement s'acclimater aux réflexes de la cité. Le Drem n'avait pas vraiment désirer leur présence : ils s'étaient imposés à lui. Sachant que son passage à la Coupe des Nations ferait parler de lui, le Hrafninn était d'emblée passer par les champs dorés des Deux Rives. Quitte à être de passage sur le Naturel, autant en profiter pour y faire une petite halte. Il suffisait de traverser les Terres d'Émeraude. Un jeu d'enfant. C'est là qu'il se fit happer par ces garnements. Au début, ils n'étaient qu'une petite dizaine, à être ravi de tomber sur un Drem étranger ayant eu le courage de supporter une épreuve aussi peu glorieuse. Ils devaient être contents que ce ne soit pas l'un des leurs qui y aillent, puis Stenfek n'aurait sûrement pas apprécié que Bouton d'Or en profitât pour exhiber leur savoir-faire sous le nez de leurs amis d'ébène. En soi, la décision des Zaahin s'avéra sage : personne n'imaginait la pègre aux fourneaux. Pourtant, ce fut l'occasion pour Pendrake de se révéler. Il ne souhaitait pas s'investir plus que cela dans l'alchimie – à contre-courant des attentes de son mentor – alors que transposer ses mécaniques dans la cuisine… Curieusement, Maître Merwin ne s'en offusqua pas plus que cela, il semblait même intéressé par cette décision. Pendrake gardait quelques innovations sous la manche, néanmoins il allait avoir besoin de parfaire son savoir. Pour ce faire, rien de tel que les cobayes de Veshmir dont le nombre s'éleva à trente, tout rond, dans son salon.

Étant donné le nombre conséquent d'invités, le cuisinier novice s'était rabattu sur une soupe de poissons. Quitte à commencer les rudiments, autant continuer sur cette voie marine. Puis, cela devrait lui faire quelques économies de ne plus avoir à payer ses repas. Non pas qu'il était dépendant des autres, mais le fait de ne pas être un fin cordon bleu – de son point de vue – ne lui donnait guère envie d'empoissonner ses amis et proches. Il avait cuisiné quelques fois pour Cælys, ce fut amusant, distrayant, loin d'égaler la maîtrise des fins connaisseurs derrière les fourneaux royaux. Indirectement, ces nouveaux venus pourront être ses goûteurs : cuisiner en masse et plus souvent lui apporteront de l'enrichissante expérience. La recette d'aujourd'hui était d'une simplicité absolue, seul le dosage et le respect des étapes feront la différence. Cette discipline des bonnes pratiques de formulation, Pendrake les connaissait. Que c'était vivifiant d'obtenir un produit à la fois utile et agréable. Était-ce cela que de découvrir sa voie ?

" Ça requinque, même si ce n'est pas aussi succulent que les plats de chez nous ! " Le commis de corvée s'extirpa de la cuisine, la deuxième marmite toute chaud dans les bras.

" C'est parce que j'ai assaisonné avec des épices toxiques. Il déposa la seconde tournée au centre, dans un fracas qui eut tôt fait de taire l'assemblée. Ça m'arrive souvent de me gourrer. Il leur adressa un sourire goguenard, qui voulait tout dire. Alors les lavettes, on n'a plus faim ? " Eh non, ils n'avaient pas peur. Au contraire : ils étaient forts, tout frais de Lumnaar'Yuvon, et les artifices de Sceptelinôst leur en mettaient plein les yeux. Allier les deux aspects dans une assiette, c'était comme s'attirer définitivement leurs faveurs.

Son service d'hôte terminé, le Hrafninn se cala sur son fauteuil fétiche. Ils étaient vraiment trop nombreux pour lui, la plupart jeunes et énergétiques. Ils étaient, de leurs mots, prêts à le servir et n'avaient pas peur de se salir les mains. Le souci étant qu'ils n'étaient pas d'ici, le Réprouvé devra les utiliser avec parcimonie dans ses plans. Les clans ne devaient pas encore être au courant et ce n'était justement pas le but de les faire se remarquer. Pour le moment, le Drem les tenait à la laisse par l'estomac, ce qui était beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît.

Entre deux louchées, la vision extérieure lui glaça le sang. Ce n'était absolument pas commode d'entretenir le silence à Sceptelinôst. Ils le sentaient tous, cette force attractive drainer leur attention. Il devait aller voir, en avoir le cœur net. À peine sa porte franchie qu'un croassement de corbeau résonna.


~~~

Jour 2

Priam, Laëth,

Pardon de vous avoir évité à Avalon après l'épreuve. Pour les raisons évoquées dans votre dernier courrier, ma plus grande discrétion est primordiale. Même si, de ce côté-là, c'est déjà foutu. Je me porte bien et j'espère que Laëth, qui a traversé ce très mauvais moment, en ressortira plus forte que jamais.

J'étais déjà au courant, même si j'ignore encore d'où ce trou du cul sort. Ta proposition est bienveillante mais je ne compte pas tenter quoi que ce soit pour le moment, encore moins me faire remarquer davantage. Plus vite ce chien sera abattu, plus vite ce cauchemar cessera pour nous tous.

Ne vous occupez pas de moi : je me débrouillerai, comme toujours. Restez près de vos proches. Restez authentiques.

Le sentez-vous ? C'est l'heure d'y aller. On se revoit là-bas.

Pendrake

~~~

Jour 5

Les phalanges s'écrasèrent massivement sur le coin de sa mâchoire. On avait ligoté l'Orisha comme un saucisson, dans une cave à peine éclairée et lugubre comme pas possible. Cet endroit devait servir autrefois à quelques transactions sournoises, aujourd'hui il était coutumier de s'en servir comme passage à tabac. Au fil des allées et venues, le sang de chaque victime couvrait celui de la précédente, un ajout de plus dans l'art macabre et brutal des Réprouvés de Sceptelinôst. Pendrake se redressa, se massant enfin la main bien amochée par la torture. Heureusement que Gona'Halv l'avait renforcé, sinon il aurait été lui-même incapable de conduire cette séance. Plusieurs de ses hommes de main bondaient la pièce, de sorte à les protéger de toute intrusion et d'une éventuelle rébellion de leur proie. À l'étage, d'autres des leurs gardaient en sûreté la femme de l'Orisha.

" Tu nous as donné du fil à retordre, Margrave. L'un des Réprouvés tendit un mouchoir sec au Drem, celui-ci s'en servit pour se débarrasser du sang sur ses mains. On n'en a pas fini de te faire baver. "

Margrave Emaurri, du clan des Emaurri. À vrai dire, ce clan ne payait pas de mine mais ses rangs et leurs intentions ne plaisaient pas particulièrement à Pendrake. C'était encore l'un des ces parasites qui pensaient pouvoir s'assoir à leurs tables, leur grapiller une part du commerce sous-jacent. Il était hors de question de les laisser sévir davantage, surtout en ces temps sombres et imminents. Dehors, c'était le chaos, le vice à l'état pur : sexe, drogue, alcool et violence s'entremêlaient dans un capharnaüm beaucoup plus bruyant qu'à l'époque du Circus Brothel. Sceptelinôst resplendissait dans sa cruauté la plus réjouissante. C'est pourquoi, il était hors de question de laisser les étrangers imiter les véritables Fils et Filles de Gein’Draakul : les rôles ne s'inverseront pas. En l'occurrence, les Emaurri n'étaient que des non-Réprouvés, Margrave n'avait réussi qu'à s'immiscer dans la faille que grâce à sa compagne. Pour un peuple d'esclavagés, ces Orishas étaient drôlement culottés. N'étaient-ils donc plus amoureux dans leurs contrées désertiques ? Étaient-ils tant sevrés de l'air marin ? Et qu'est-ce que les natifs en avaient à foutre ?

Ainsi, le Drem avait porté son dévolu sur eux. Il fallait bien commencer ce nettoyage quelque part. Jusqu'à qu'il tombe sur les enfoirés qui ont brûlé le manoir de Norcadès. Il se contrefichait royalement des pertes humaines à l'intérieur, mais s'en prendre à ce lieu qu'il considérait limite comme sacré, c'était impardonnable. S'il avait su, cela ferait bien longtemps qu'il l'aurait racheté. Quoique, avec sa poisse actuelle, le résultat n'aurait peut-être pas été différent. En tout cas, Spectre ne lui accordera pas une couverture nécessaire si Sceptelinôst continuait de se noyer dans ce miasme informe. Emaurri était le premier de la liste, les autres suivront très rapidement. Pour une première tentative, Pendrake fut plutôt content de la performance de ses chouchous : un peu benêts mais efficaces. Ils avaient localisé le quartier général du gang, réussi à l'infiltrer, piquer quelques richesses au passage… Et lorsque leur rapport fut émis, le Hrafninn lança immédiatement l'assaut. Il ne restait des Emaurri plus que leur chef, macchabée à en devenir.


" Tu as l'honneur de rencontrer mon équipe. Il jeta le mouchoir dans les mains d'un acolyte, qui le rattrapât avec difficulté. Et de constater qu'elle est prête à vous remettre à votre place. Tu n'es pas chez toi, Emaurri. Et tu n'y seras jamais. Il se rapprocha un peu, il souriait, très fier. Mais ce sourire masquait surtout ses démangeaisons aux doigts, l'Orisha était quand même assez costaud. Même si ses gars lui ont suffisamment cassé les dents afin qu'il ne s'exprimât plus que par gerbes sanguinolentes. Il faut dire que les natifs de Lumnaar'Yuvon étaient vraiment sur les nerfs, depuis Lok'Silus… Enfin, cela n'a plus d'importance : les gangs naissent et disparaissent. C'est ton tour. Il leva sa jambe et déposa sa botte entre ses deux jambes, une nouvelle coulée écarlate s'extirpa des lèvres du perdant. Sur ce, il paraît que les Trois-Yeux comme toi, vous ressentez tout ce que vos biens aimés subissent. Il approcha son visage du sien le plus possible, front contre front, yeux dans les yeux. Je vais aller enculer ta femme. Après tout, elle patientait gentiment à l'étage. En s'éloignant de lui, il n'entendit qu'à peine ses lamentations et protestations. Le Choucas s'arrêta à mi-chemin, il avait une meilleure idée. Il leva l'index. Rectification : ils vont aller enculer ta femme. " C'était une Réprouvée, cela n'allait pas titiller le racisme inhérent de ses protégés. Là, c'était la goutte de trop. Son agitation initia son nouveau tabassage par ses gars sûrs.

" Et toi, boss ? " Pendrake s'arrêta à sa hauteur et posa sa main sur son épaule.

" Profite, Tyrfing. Il semblait las. Vod pogaan do eirik wee io nid loost nau tol slyna biihard. (Il y a beaucoup de femmes que je n'ai pas encore baisé aujourd'hui.) " Dans un élan fantasmatique, il s'imagina finir en beauté avec son Ondine, à l'instar des premières fois passionnées.

~~~

Jour 7 et au-delà

Yurgaa los Dilon. Le Bipolaire souffla comme un buffle, énivré par son instinct combattif. Main dans la main, sa part angélique et sa part démoniaque firent rugir leur volonté d'accompagner le chant de guerre. Sous d'autres circonstances, l'esprit du Hrafninn bouillirait en tentant de comprendre ce qu'il se tramait. Mais pas ici, pas maintenant. Ses doigts fourbes jouèrent avec le glaive, son autre bras soulevait avec entrain le bouclier. Cela faisait bien longtemps qu'il ne fut pas équipé de la sorte, depuis son service militaire. Le tout lui allait comme un gant, tel un Réprouvé. Il avait déjà vécu des batailles, des escarmouches, il connaissait les risques et les sorties possibles. Ici, il n'y avait pas d'échappatoire, tous les élus le savaient pertinemment. Le risque, on s'en contrefichait royalement. Le plus important : c'était de gagner.

Un cri enragé prit naissance depuis sa gorge, enhardi par la charge générale. Il était un putain de Réprouvé et il allait le prouver ! Non pas aux autres, mais lui-même. Le Choucas au passé honteux. Il ne faisait pas parti de la ligne de front, ce ne serait que trop présomptueux de sa part. Puis, il gardait un regard réfléchi sur la situation : c'était son habileté à jouer de son environnement, qui l'avait maintenu en vie jusqu'ici. Il devait rester authentique, c'étaient ses mots. Il se faufila alors jusqu'aux premiers clashs et se retrouva face à un type qui possédait son visage. Pendrake Hrafninn ? Aodh Baran ? Dans tous les cas, il n'y avait qu'une seule issue à l'Odon Do Dur.


" Io weii yu diren, mevee hvis ! (Je vais te crever, sale pourriture !) "

L'usurpateur – sûrement une illusion ou une créature mimétique – balança une hache de lancée. Les enseignements de l'armée se tassèrent dans le crâne du Drem, ses réflexes revinrent peu à peu jusque dans ses muscles : il plaça le bouclier de sorte à réceptionner le projectile. La lame s'était suffisamment enfoncée pour lui frôler une mèche. Impardonnable. Lorsqu'il décala le bouclier de sa vue, l'autre s'élançait déjà sur lui dans le but de l'embrocher. Pendrake fit glisser sa lame sur la sienne et consolida la garde de sorte à se remettre en position. L'imitateur agrippa sa propre arme des deux mains, dans l'espoir de reprendre l'avantage. Erreur : le Bipolaire se servit du flanc de son écu pour le sonner. C'était le moment d'en profiter pour un estoc, sauf que Pendrake fut trop lent et l'autre guerrier se ressaisit suffisamment vite pour parer l'assaut. Il jura, retour à la case départ. Le Réprouvé ne pouvait plus compter sur un éventuel faux pas de son adversaire, ce dernier sera beaucoup plus prudent qu'auparavant. Alors, il était temps de changer de tactique. Rapide, il chargea avec un cri de guerre, tapa du glaive sur son bouclier. Il vit juste, il ne s'attendait pas à une charge frontale. Il eut beau tenter une esquisse défensive, l'ennemi se prit tout le poids du pavois dans la tronche et bascula en arrière. Avec insistance, Pendrake parvint à l'immobiliser à terre et à l'égorger d'un coup sec. Il recula et l'observa se vider de son sang, hermétique au chaos autour de lui durant un court moment. Cet instant… resterait à jamais gravé dans sa mémoire.

Des hurlements le sortirent de sa torpeur. Au loin, il vit une Réprouvée s'acharner sur la poigne d'un Goled. Il la broya d'un coup sec, comme si ce n'était qu'un insecte. Pendrake songea à l'idée qu'ils n'étaient que ça : des insectes, de misérables créatures vouées à être écrasé par plus fort qu'eux. Toutefois, une autre idée supplanta celle-ci : les Réprouvés sont farouches et solidaires. Il se répéta les devises de sa patrie avant de retourner au combat. Les Goleds pullulaient par-ici, ce ne serait pas trop sa tasse de thé de tomber sur l'un de ces géants en train d'écarter les parties intimes d'une femme. Déjà qu'il n'apprécierait guère de ne pas être aussi gaulé. Il rejoignit un groupe ayant encerclé l'un d'eux, les Réprouvés et Élus eurent beau tenter de s'y mettre à plusieurs, le monstre n'était pas décidé à mourir maintenant. Pendrake se glissa entre les guerriers et constata une faille à exploiter.


" Het, rok los sig ! (Là, il est blessé !) " Il désigna la cheville du Goled, où une lance était sévèrement plantée. Du sang dégoulinait à chaque attaque du monstre.

Les combattants plus proches du Drem approuvèrent son idée et s'organisèrent de sorte à ce qu'au moins l'un des leurs se rapprochât du point faible et y plantât son épée. Le Goled hurla à son tour et perdit l'équilibre en voulant se défendre. Lorsqu'il se retrouva sur le ventre, ils se jetèrent tous en même temps sur lui pour le bombarder de coups de haches et d'épées. Pendrake fut l'un de ceux qui insistèrent sur la tête, il lui taillada d'ailleurs un œil pour l'aveugler. Enfin, il n'était qu'un futur cadavre. Suffisamment défoulé, le Hrafninn suivit une partie du groupe prête à se battre ailleurs, tandis que les plus enragés continuaient de s'acharner sur le Goled abattu.

Certains soldats le reconnurent. Il n'était pas spécialement populaire au sein de la nation, mais on contait le fait qu'un des Isemssith venait de Sceptelinôst. Puis, le Drem se souvint de quelques visages, au travers de rues malfamés de sa très chère cité. Qu'importait son niveau de réputation, tout ce qui comptait c'était de se rendre utile. En l'occurrence, même s'il n'était pas aussi expérimenté qu'il l'espérait, il s'improvisa stratège par moments. Attaquer par-là, privilégier cette formation, juste foncer dans le tas pour se détendre entre deux tactiques lourdes. Pendrake frappait là où ça faisait mal et c'était cela, le véritable nerf du guerrier. Escarmouche après escarmouche, le Choucas répondit présent pour contribuer à renverser la cadence. Toutefois, il suffisait d'un rien pour tout perdre. Ce rien démarra par une flèche perdue qui se logea dans son épaule. Si le Réprouvé ignora la douleur durant le prochain duel, il se rendit compte bien vite que la blessure l'empêcha de dessiner de bons mouvements. Ainsi, les afflictions s'enchaînèrent, sans qu'il n'ait pu emmener un autre ennemi dans sa chute. Il ne se souvint que du rouge sanglant embrumer sa vue, et son âme.


~~~

Des jours après

Kadlin reçut une tape sur la fesse en entrant. Cela devenait une tradition à force : chaque jour, une fessée. Pendrake peinait encore à cerner sa manière d'appréhender le consentement. Déjà, la Réprouvée leur interdisait catégoriquement qu'on l'appelait Emaurri. Ensuite, il apprit plus tard qu'elle avait expressément écarter les jambes lorsque ses gars s'étaient occupés d'elle ; car, selon ses dires, elle n'en avait plus rien à foutre d'être coltinée à ce bouffon. Enfin, elle avait insisté auprès du Choucas pour faire partie de la bande, et acceptait pleinement le comportement abrutissant de ses acolytes. Peut-être que la fessée s'apparentait à une forme de pardon. Ce qui était, en fin de compte, le maître-mot ces temps-ci.

" Au fait, Kinbok (Chef). Le concerné fixa la nouvelle recrue qui s'adonnait au service aujourd'hui. Comment on doit s'appeler ? " Cette question le fit sourire. Elle tenait réellement à se laver de son déshonneur par tous les moyens possibles. Son index glissa sur sa tempe, accoudé ainsi sur son siège de prédilection.

" Vous êtes des Hrafninn. Les Réprouvés Hrafninn. Ainsi, il décréta la naissance d'une anarchie. Ne le criez pas trop fort. "


3150 mots ~



By Jil ♪
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Mar 30 Juin 2020, 19:17

Il est encore tôt lorsque le soleil se fraye un chemin jusqu’au dortoir de Basphel, me réveillant par la même occasion. Pourtant, les cours ne commencent pas avant quelques heures, alors j’en profite pour faire quelques exercices matinaux avant de déjeuner. Quoi de mieux que des répétitions de pompes et abdos pour tonifier le début de matinée me direz-vous ? Et bien je vous répondrais simplement d’y rajouter un petit footing pardi ! Une fois ce petit entraînement matinal terminé, je retourne dans ma chambre pour manger, non sans avoir transpiré un tant soit peu. Une fois arrivé, je m’arrête d’abord dans ma cuisine, où j’avale rapidement une orange bien fraîche, un bol de lait chaud, du pain complet tartiné de beurre et de confiture ainsi qu’un petit croissant, pour la gourmandise, quoi de mieux pour se requinquer et commencer la journée. Petit passage obligatoire par la salle de bain ensuite pour éviter de passer pour un malpropre et j’enfile mon uniforme. Je vérifie mon emploi du temps et mon sac à dos une dernière fois pour rien oublier et me voilà fin prêt pour aller en cours. Saluant ceux que je croise sur le chemin vers les bâtiments scolaires, je constate qu’on est toujours aussi peu à être des lève-tôt par ici, à moins que cela soit uniquement le cas dans notre classe... Malgré tout, c’est une belle journée qui s’annonce et je ne peux m’empêcher de sourire gaiement.

La matinée terminée, je pars avec quelques-uns de mes amis à l’une des cafétérias du centre-ville. Commandant mon habituel café caramel, qui me vaut les railleries de certains de mes compères, cela ne nous empêche pas de passer un moment convivial tout en dégustant un repas léger pour éviter d’être barbouillé avant de reprendre avec les activités sportives de l’après-midi. Car oui, si vous n’avez pas connaissance du déroulement de la semaine à Basphel, sachez que nos cours théoriques ne sont dispensés qu’au cours de la matinée, du lundi au samedi, tandis que l’après-midi est consacré à différents sports, aussi bien collectifs qu’individuels, sur la même période de temps. La fin de soirée est quant-à elle consacrée à ce que l’on souhaite. Pour ma part, je ne rate pour rien au monde mes entraînements d’archerie, qui est sans doute l’arme que je maîtrise le mieux avec la dague. Après pour les plus studieux, la bibliothèque est ouverte jusqu’au dîner, sinon pour les autres, il y a toutes sortes d’activités à faire ou à découvrir. Tellement d’ailleurs, que même en cinq années d’études ici, je n’en ai toujours pas fait le tour. Enfin, là n’est pas le sujet. De quoi parlions nous déjà ? Ah oui, le repas à la cafétéria avant les activités physiques de l’après-midi.

Une fois le sport terminé, je rentre au dortoir, me lave et nettoie les vêtements de la journée, fait les devoirs demandés pour le lendemain et retourne sur les terrains d’entraînements. Loin d’être le seul à avoir ce genre de routine, il y a déjà une dizaine d’autres archers en train de cribler de flèches différentes cibles à distance variable. Je ne sais pas pour vous, mais ce moment-là de la journée est pour moi une sorte de grandes bouffées d’oxygène, car même si je n’ai pas trop de difficultés à suivre le cursus théorique et physique de l’Institut, comme tout apprentissage, il en découle tout de même une certaine pression et donc son lot de stress. Et l’archerie est la meilleure échappatoire à tout cela que je puisse trouver. Bien sûr, ce n’est pas le cas de tout le monde, qu’on soit bien d’accord, n’allez pas croire que si vous vous y mettez également, tous vos problèmes disparaîtront comme par enchantement. C’est seulement parce que je la pratique depuis ma plus tendre enfance que la corde de mon arc semble me parler à chaque flèche tirée. Enfin j’espère que vous aurez compris l’idée. Je passe donc un certain temps à vider quelques carquois sur les mannequins fait de paille et de tissus se trouvant à l’opposé du champ d’entraînement. Je m’arrête finalement quand je sens que mes bras commencent à trop trembler pour assurer des tirs précis. Récupérant et rangeant les flèches dans le local prévu à cet effet, je retourne une dernière fois faire un brin de toilette avant de me rendre au réfectoire pour dîner. Une fois cela fait, je prends le temps de préparer mes affaires pour le lendemain avant de finalement me coucher. Ce soir, la lune est déjà haute dans le ciel alors que je rabats les couvertures sous mon menton. Et il ne faudra, sans surprise, que peu de temps pour rejoindre Cléophée.

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Alors que l’astre lunaire est encore bien haut et brillant dans le ciel, j’ouvre les yeux et me redresse en sursaut sur mon lit. Le cœur battant la chamade, je sens que quelque chose ne va pas... Le souffle court, un sentiment d’urgence me transcende. Pourtant, je n’en comprends pas l’origine. Laissant passer une bonne trentaine de secondes sans bouger, je me rends finalement compte d’un certain bouleversement dans mon énergie. Après une rapide introspection intérieure, je distingue clairement que la flamme que j’avais découverte lors de mon entraînement avec la sainte d’Ajrov, déborde d’énergie et brûle les barrières que je lui avait conçues. Me concentrant pour les modifier avant qu’elles ne disparaissent, j’ai bien plus de mal que la dernière fois à la stabiliser. En effet, à chaque fois que je pense avoir trouvé le juste équilibre, le brasier s’emballe de plus bel, comme si quelque chose l’attisait pour le voir gonfler encore davantage. C’est ainsi que passe les deux premières heures de la journée, donc un cycle répétitif visant à mettre en place des barrières pour contenir le feu intérieur qui sévit. Lorsque je parviens finalement à mes fins, je suis en nage, mes vêtements de nuit complètement collé à ma peau. Mais le malaise que je ressens depuis mon réveil lui ne m’a pas quitté. Me dirigeant vers ma salle de bain, je ne parviens pas à me défaire d’une certaine douleur dans la poitrine. Les nerfs à fleurs de peau, je me sens fiévreux. Est-ce que j’aurais pris froid pendant la nuit ? Cela n’avait pourtant pas le moindre sens... Certes nous sommes encore au printemps du fait de l’écosystème particulier des Îles Suspendues, mais il ne fait pas aussi frais que ça. Plus j’y réfléchis et moins je comprends ce qui m’arrive. Malgré la douche froide que je m’inflige et Ajrov sait à quel point je déteste ça, je ne parviens pas du tout à reprendre pleine possession de mes moyens. Décidant de m’épuiser pour pousser tous ces sentiments à disparaître, j’enfile une tenue pour aller courir et sans prendre le temps de faire d’étirements, je me mets à sprinter à travers le campus de l’Institut encore endormit. Avec cette méthode, il ne me faudra pas moins d’une quinzaine de minutes pour que finalement l’acide lactique fasse effet sur mes muscles et me poussent à retourner, non sans mal au dortoir. M’étirant tout de même un peu, pour éviter les crampes musculaires plus tard dans la matinée, je ne tarde pas longtemps avant de me recoucher.

Pour autant, à mon réveil, cette fois-ci à un horaire plus habituel, les mêmes maux m’accablent de nouveau et je prends la décision de ne pas me rendre en cours pour plutôt aller à l’infirmerie, ce qui sera une grande première pour moi... Ne sachant trop où elle se trouve d’ailleurs, je vais me renseigner auprès de camarades de classe étant au même niveau que moi. Eux-mêmes remarque mon état préoccupant avant même que je ne puisse aligner deux mots et plutôt que m’indiquer où aller, décident de m’y accompagner directement. Alors que je les suis à travers le quartier administratif de l’école, ma tête se met à me lancer, mes jambes à trembler. Sans l’intervention de l’un de mes camarades, je serais tombé lamentablement au sol. Mon esprit commence à divaguer, j’ai l’impression de voir des choses qui n’existent pas, notamment cette brume qui envahit la rue. Je suis perdu, mes muscles flanchent et ma conscience s’évanouit petit à petit. Alors que je m’enfonce dans la noirceur infinie de l’inconscient, un être me parle. Sa voix, forte et profonde m’interpelle dans un dialecte que je ne connais pas. Pourtant, je sens que nous sommes connectés. Mais par quoi ? Mon esprit embrumé ne parvient pas à trouver le lien. Ne semblant pas prendre conscience de mes états d’âmes celui-ci continue à me parler. Pourtant, sans en comprendre un mot, je finis par deviner ce qu’il attends de moi. Le brouillard se lève petit à petit sur un champ de bataille. Et même si je n’en comprends pas la portée, je sais qu’il me faut y prendre part. Ensuite, il apparaît face à moi, dans sa silhouette haute et encapuchonnée. Le regardant, les mots me viennent sans que j’en comprenne le sens: ‘’Throu Yurgaa los Dilon...’’. A ce moment, je sais que je me suis engagé à quelque chose d’important et que rien ne pourra me défaire de ce serment. Pourtant, comme s’il venait d’obtenir ce qu’il souhaitait, l’être se retourne et disparaît dans un tourbillon de noirceur.

Il fait de nouveau nuit lorsque je reprends conscience. Pourtant, je suis loin d’être fatigué. Mon corps me paraît en pleine ébullition. Je me sens léger, que ce soit de corps ou d’esprit. Rien ne semble pouvoir avoir une quelconque emprise sur moi. Alors que je me redresse, une infirmière qui se trouvait là me regarde, bouche bée et avant que je lui demande ce qui ne va pas, sort précipitamment de la salle où je me trouve. Interloqué, je regarde autour de moi et remarque un ensemble d’appareil à l’allure hautement sophistiqué qui se trouve tout à côté de moi. Fonctionnant sans doute avec de la magie, les cadrans semblent indiquer des informations à mon sujet, certains étant reliés par des câbles à mon bras. Ne sachant trop si je dois les enlever, je décide de ne pas bouger pour le moment et attends le retour de l’infirmière. Il ne faut que quelques minutes pour que des bruits de pas se fassent entendre. Me tournant vers la porte, j’écarquille les yeux alors que je vois apparaître ma mère dans l’embrassement de la porte. Les yeux gonflés visiblement par le fait d’avoir pleuré, elle me fixe une dizaine de secondes avant de se précipiter à mon chevet, non sans me serrer fortement dans les bras. Bien que j’ai du mal à respirer, j’essaye non sans mal de lui rendre son câlin. Pourtant, ces premières paroles me sert encore plus le cœur: ‘’Oh Ralph, j’ai cru te perdre... Qu’est-ce que j’aurais fait sans toi...’’. Sous le choc, je lance un regard interloqué au médecin qui est resté au niveau de la porte accompagné de l’infirmière qui ne semble pas non plus s’être remis de mon réveil. Comprenant visiblement mon trouble, il s’avance en direction du matériel médical et observe leurs indications. Dans un silence de mort, j’attends qu’il dise quelque chose, mais au lieu de ça, il retire les cordons que j’avais au bras et repart. Sur le pas de la porte pourtant, il s’arrête pour dire: ‘’Profitez de quelques jours de repos, vous l’avez bien mérité après l’épreuve que vous venez de passer. Ne vous inquiétez pas pour les cours, je ferais le nécessaire auprès de tes professeurs.’’. Repartant avec l’infirmière sur ces talons, je fixe ma mère qui sanglote toujours agrippé à mon torse. Lui prenant doucement les épaules, je la recule un peu pour pouvoir regarder son visage. Les yeux rouges et les joues trempées, je comprends que sa détresse est réelle, mais je n’en connais toujours pas la cause. Alors, je lui demande: ‘’Eh bien, que me vaut toutes ses émotions ?’’, en rigolant légèrement. ‘’C’est bien la première fois que je te vois dans un tel état...’’. Faisant de son mieux pour me sourire, de ses yeux coulent pourtant encore des larmes, que je sèche de mes pouces. Pourtant à sa réponse, ma poitrine se sert douloureusement: ‘’Tu as failli mourir Ralph... Te.. Ton élément était devenu incontrôlable... Et cela à failli te tuer...’’. Alors que la dure réalité me frappe, je sens mon cœur rater un battement et la gravité de la situation me donne des vertiges... Pourtant, la seule chose que je parviens à bafouiller n’est guère convaincant: ‘’Allons... Moi ? Mourir ?... Qu’est-ce que tu racontes ?’’. Le regard qu’elle me rend me fait comprendre que ce n’est pas le moment de rigoler et je préfère alors me taire et la prendre à mon tour dans les bras.

Alors que l’on sort finalement de l’infirmerie, non sans avoir du complété tout un ensemble de paperasse administratif du fait de la condition de mon passage, nous retournons à ma chambre au dortoir. Sur le chemin, je croise certains de mes camarades qui en m’apercevant, me sautent littéralement au cou avant de m’assaillir de questions. Surpris par une telle attention, j’avoue ne pas trop savoir comment le gérer, mais ma mère leur fait comprendre que j’ai encore besoin de repos et que leurs interrogations peuvent attendre plus tard. Bien qu’ils ne soient pas du même avis, ils finissent par lâcher prise quand elle commence à afficher un air menaçant... Poussant la porte de mon logement, je m’assois autour de la table et ensemble, nous commençons à discuter. J’apprends ainsi que j’ai passé trois jours entre la vie et la mort du fait du possible éveil de mon élément. Pourtant, alors que j’essaye de l’invoquer, rien ne me vient et ma mère en est tout aussi préoccupée que moi. Mais alors qu’elle réfléchit toujours, je lui demande sans détour si elle sait ce que veut dire ‘’Throu Yurgaa los Dilon’’. Alors que je prononce ces quelques mots, ses yeux s’écarquillent et elle me fixe intensément en silence. Une bonne minute passe dans un silence macabre et je me sens obligé de me justifier en lui racontant ma vision. Mais plus j’avance dans la description de celle-ci, plus elle semble surprise. Pour autant, elle ne dit toujours rien jusqu’à ce que je termine mon récit. Croisant ses bras au niveau de son abdomen, elle fixe le soleil levant et sans se retourner demande s’il y a un endroit où l’on peut s’entraîner ici. Lui répondant de manière affirmative, elle me fixe et me dit de préparer mes affaires et que l’on avait du pain sur la planche. Incrédule, je la regarde d’abord sans comprendre avant de m’exécuter sans rien dire.

Une demi-heure après, nous nous retrouvons sur un des terrains d’entraînements qui se trouvent être encore désert à cette heure-là. Alors que je ne comprends toujours pas ce que nous faisons là, elle me demande de tirer mes dagues au clair. M’exécutant, je n’ai pas le temps de dire ‘’ouf’’ qu’elle m’envoie valser d’un coup de poing dans les côtes. Le souffle coupé, j’ouvre grand la bouche sans pour autant que l’oxygène parvienne à mes poumons. Pris de panique, je lâche mes armes et me penche en avant pour qu’enfin l’air revienne. Inspirant de manière hachée, je fixe ma mère sans comprendre et sans une parole elle reprends l’assaut. N’ayant plus mes armes, je ne peux qu’esquiver par des roulades ou autres pirouettes, les attaques dévastatrices qu’elle cherche à me porter. Et comme il fallait s’y attendre, l’une d’elle finit par faire mouche et je me retrouve une nouvelle fois à terre, les quatre fers en l’air. Voyant que je ne me redresse pas, elle s’avance vers moi, un regard carnassier s’échappant de ces pupilles. Alors, elle me dit: ‘’Si tu n’es pas capable d’endurer cela, jamais tu ne tiendras plus de quelques minutes lors d’une bataille.’’. La fixant sans comprendre, je me relève sur un coude alors qu’elle s’accroupit face à moi: ‘’Tu as juré de combattre jusqu’à la mort à un être dont tu ne connais pas la puissance, alors ne t’attends pas à ce que je sois clémente ces prochains jours...’’ Me prenant par le col, elle me relève d’une main, avant de me faire signe de récupérer mes dagues. Incrédule quant-à ses déclarations, je m’exécute malgré tout et le manège recommence. Et c’est ainsi que passèrent deux longues et éreintantes journées. Pourtant, lorsqu’elle remarqua mon absence au réveil de la troisième matinée, elle pria simplement Ajrov pour qu’elle m’apporte sa force et me protège.

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Lorsque mes paupières s’ouvrent difficilement à cause de la luminosité ambiante, je me trouve là entourés de guerriers réprouvés et d’autres races. Face à nous, se trouve la silhouette encapuchonnée de mon rêve. Pourtant, je ne suis pas surpris. Je me sens prêt. Je n’attends que son ordre pour laisser déferler toute la puissance que je sens parcourir mes veines. Que ce soit à l’aide de mon arc qui est sanglé dans mon dos ou de part mes dagues à ma ceinture. Alors que l’ensemble de la procession est silencieuse, une envie soudaine me prends et comme un seul être, l’ensemble de l’armée et moi-même nous mettons à entamer un chant guttural dont je ne connaissais pourtant pas l’existence jusqu’à ce moment, mais dont les paroles me viennent spontanément. A la fin des paroles, la silhouette de l’homme apparaît de dos, alors que sa cape tombe au sol. Levant les bras vers le ciel, deux haches vinrent prendre place dans ses mains et il hurla ‘’YURGAA LOS DILON’’. Reprenant son appel, c’est ainsi que débute la charge.

Alors que je charge avec les autres, je sais que le combat rapproché n’est pas mon fort alors sans ralentir, je jette un coup d’œil rapide de gauche à droite pour finalement apercevoir une butte surplombant le champ de bataille. Accélérant le pas, je coupe à travers les lignes pour rejoindre l’endroit en question. Pas plus de quelques minutes plus tard, j’arrive sur le monticule, ce qui me permet d’entre apercevoir la rencontre entre les deux armées. Le choc est brutal, mais déjà la mort s’abat sur les moins préparés des deux camps. Alors que j’observe ce merveilleux spectacle, je sens bouillir mon sang à l’intérieur de mes veines et apportant ma pierre à l’édifice, je me mets à décocher flèche après flèche, à un rythme que je n’avais jusqu’alors jamais même imaginer pouvoir atteindre. Pourtant, dans l’euphorie du moment, je ne me rends pas compte tout de suite d’une chose. La fatigue ou même tout autres sentiments ou besoins parasites se trouvent être inexistants ici. Comme si seul le combat importait. Profitant de cette découverte, je me mis à tirer de plus en plus fort sur la corde de mon arc pour faire le plus de dégâts possibles à l’impact. Dégoulinant de sueur alors que je vide mon premier carquois, j’aurais dû être horrifié par le nombre de cadavres s’accumulant déjà à la rencontre des deux armadas, pourtant cela ne faisait qu’abreuver ma soif de combat, me délectant de tous ceux que je blesse ou envoie rejoindre Ezechyel. Je ne sais pas combien de temps je reste là, mais alors que je remarque déjà l’absence de flèches dans mon deuxième carquois, je comprends rapidement que je ne pourrais continuer à tirer indéfiniment depuis ici. Attaquant mes dernières réserves, je commence à avancer vers le front, tout en continuant à décocher des flèches, mais en récupérant également celles présentes sur les cadavres que je croise. Mais bientôt, je me retrouve sur la ligne de front. Me laissant une certaine marge pour assister ceux combattant devant moi, je continue à décocher mes flèches malgré un positionnement peu favorable. Et ce qui devait arriva. Visiblement mécontent de la flèche s’étant planté dans son plastron, un colosse de plus de deux mètres de haut se met à me charger, balayant de son gourdin les guerriers se trouvant sur le passage.

En temps normal, j’aurais prié pour ma vie, cherché à fuir ce monstre qui en voulait à ma vie, mais tout cela n’avait rien de normale et alors qu’il charge, je ne peux m’empêcher de me mettre à rigoler alors que j’encoche trois flèches en courant à sa rencontre. Visiblement trop heureux que je vienne à ma mort, celui-ci soulève son gourdin et l’abats latéralement, espérant me balayer dans le mouvement. Au lieu de ça, il ne rencontra que du vide alors que je me jette à genoux sous son entrejambe pour glisser derrière lui. Seulement, dans le mouvement, j’en profite pour décocher des flèches qui s’annoncent fort douloureuses au vue de la localisation. Alors que j’exulte en imaginant la douleur qu’il ressent au moment où je tire, un craquement sonore se fait entendre. Mon arme ayant visiblement attend ses limites, celle-ci se brise entre mes doigts, non sans me planter des échardes dans la palme de mes mains et m’écorcher un peu le visage. Furieux de ce revirement de situation, j’enfonce l’un morceau de l’arc dans la cuisse du géant et alors qu’il tombe à genoux, lui transperce la gorge de l’autre bout. Regrettant la perte de mon arme l’espace d’un instant, je me reprends rapidement et dégainant mes dagues repart en hurlant vers la ligne de front. N’étant clairement pas de taille face aux adversaires que nous combattions, je cherche toujours à attaquer un ennemi qui est déjà en prise avec l’un des nôtres, tailladant les points faibles des ennemis, plantant mes dagues dans les interstices des armures et je sautais ainsi d’un adversaire à un autre. Malgré ce mode opératoire visant à éviter tout combat direct, je me mets rapidement à récolter de nombreuses blessures qui, malgré la douleur et l’handicap qu’elles m’apportent, ne m’arrêtent pas. Comme si ma volonté inhibée tout cela pour que je me consacre à une chose, poursuivre le combat. Pourtant, au moment où je m’y attends le moins, le sang coulant de ma cuisse sur mes sandales, me fait perdre pied. M’affalant de tout mon long, je n’ai pas le temps de me redresser, qu’un pied m’écrase la cage thoracique et déjà je vois arriver dans une rotation parfaite l’épée du même homme se diriger vers moi. Dans un craquement sinistre, l’acier de son arme se fraye une diagonale de mon pectoral gauche à mon abdomen. Hoquetant alors que le liquide vermeil s’échappe en giclant de mon corps, je comprends que s’en est finit pour moi. A cette pensée, comme si une barrière longtemps restait fermé venait de s’ouvrir, je ressens un pouvoir immense prendre possession de mon être. Sans savoir comment, je me redresse en enfonçant mes dagues dans le ventre de celui qui aurait dû m’avoir exécuter. Alors, je relâche la pression de ce pouvoir inconnu et il disparaît dans un tourbillon de flammes, tout comme ceux présents derrière lui. Puis, vidé de mes dernières forces, je tombe à genoux. Regardant une dernière fois la blessure béante de mon torse, je finis par basculer vers l’avant et tombe pour la première et dernière fois, face contre terre, pour ne plus me relever. Alors que mes dernières pensées m’abandonnent, j’espère ne pas avoir fait honte à mes ancêtres.

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Lorsque j’ouvre les yeux, je ne comprends pas de suite ce qu’il se passe. M’attendant à rejoindre un lieu d’outre-tombe, je suis surpris de découvrir ma chambre, au dortoir de Basphel. Me redressant précipitamment, j’inspecte mon torse à la recherche de la balafre qui avait mis fin à mes jours. Mais il est intact. Poursuivant ma vérification, aucune de mes précédentes blessures ne sont là. Incrédule, je fais le tour de la pièce visuellement avant d’apercevoir ma mère, en train de dormir assise, la tête posée sur la table de ma cuisine. Heureux de pouvoir la revoir, je la rejoins doucement et lui pose ma veste d’uniforme sur les épaules. M’installant face à elle, je ne peux contenir toute l’affection que je lui porte et lui caresse la joue gentiment. A ce contact, un léger sourire apparaît sur son visage et je remercie qui de droit me permet de continuer de profiter de cette vie. Me rendant dans la salle de bain pour y faire ma toilette, je ne peux m’empêcher d’être surpris alors que je découvre des ailes dans mes ailes dans mon dos. L’une blanche et l’autre noire, toutes deux scintillantes, je ne peux m’empêcher d’être émerveillé à leur vue. Pourtant, une question me turlupine rapidement, gâchant un peu le plaisir de cette surprise. Comment les cachent-ont ? Non parce que bon, si je dois me balader avec ça dans le dos en permanence, cela risque d’être problématique... Mais à ma grande surprise, à peine je prononce cette pensée qu’elles disparaissent instantanément. Fixant le miroir, j’essaye alors de les faire revenir. Et voilà qu’elles réapparaissent ! Autant joyeux que soulagé de cette découverte, je me demande comment j’ai pu les obtenir puis balaye cette idée, me disant que seul Ajrov avait besoin de le savoir.

Retournant dans la cuisine après m’être lavé, je vois ma mère au niveau de la fenêtre et l’y rejoint, je lui montre immédiatement mes ailes. D’abord surprise, elle fond ensuite en larmes, mais des larmes de joie et me sert fort tout contre elle. La rendant son câlin, je lui raconte alors tout de ce qu’il s’est passé et nous restons dans les bras l’un de l’autre, jusqu’à ce que j’évoque le tourbillon de flammes. Alors, elle s’écarte légèrement, les yeux un peu anxieux et m’annonce que ma révélation est sans doute proche. Mettant quelques secondes à comprendre, je ne peux m’empêcher d’écarquiller les yeux, mais je comprends vite que si le feu devait être l’élément qui sommeille en moi, alors nous serions séparés et je devrais quitter l’île d’Hava... Repoussant cette triste idée, je décide de me concentrer sur l’instant présent et d’en profiter un maximum. Retournant en cours normalement aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de remarquer le changement de comportement de certains élèves à mon égard. Pour quelles raisons, j’en ai pas la moindre idée. D’ailleurs, il faudra tout de même que j’aille voir le professeur Summers, parce que j’imagine mal essayer de voler seul avec mes ailes nouvellement acquises.
Mots:
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Mancinia Leenhardt
~ Humain ~ Niveau IV ~

~ Humain ~ Niveau IV ~
◈ Parchemins usagés : 11266
◈ YinYanisé(e) le : 01/05/2015
◈ Âme(s) Soeur(s) : Neah Katzuta | Ange | Compagnon
◈ Activité : Joaillière [Rang IV] | Médecin [Rang III] | Éleveuse de Vaches [Rang I] | Investisseur [Rang II]
Mancinia Leenhardt
Mar 30 Juin 2020, 20:27


Illustration - Kadeart
Odon Do Dur


Neah observait la situation en silence, le martèlement des armes contre les boucliers semblait être une mélodie orchestré avec minutie. Les répétitions amenaient une grande maîtrise, permettant au corps de réagir par habitude en analysant moins l'environnement. Quelque chose auquel on était habitué surprenait moins, n'est-ce pas ? Au sein de la Caserne, les moments coutumiers semblaient reprendre leurs droits, remettant de nombreux membres de la Compagnie sur les routes de leur existence. L'enchaînement des récents événements avaient été si rapides que les Anges avaient eu du mal à se remettre de ce songe irréel qui avait, semble-t-il, n'été qu'un claquement de doigts. Le Capitaine avait été au coeur de certains d'entre eux et ne cessait de se remémorer le passé, au lieu de se concentrer vers l'avenir. Comme si un élément manquait. Sans doute que le retour de Florine en avait été l'une des causes. Jamais il ne s'était attendu à retrouver un membre de sa famille encore en vie, comme si l'idée même ne l'avait pas effleuré, comme s'il ne le méritait pas. Il n'était pas le seul. Certains membres de son unité avaient été secoués de revoir des disparus revenir de l'Ileri. Brisés, mais vivants. Un temps considérable serait nécessaire pour que tous ces êtres se reconstruisent et, intérieurement, il savait que tous n'y parviendrait pas. Ce serait bien complexe si on n'avait pas la force mentale nécessaire. Sans doute devrait-il surveiller Florine du coin de l'oeil pour éviter qu'un drame ne survienne. Même après qu'ils eurent participé au premier assaut dans le sud, en ramenant quelques centaines de prisonniers, certains n'étaient pas parvenus à tenir et avait attenté à leur propre existence.

Quelle misère. Pour autant, le Mal avait été châtié et subissait revers sur revers pour ses représentants les plus fidèles. À la place, le Chaos se matérialisait de manière de plus en plus malsaine. Tout cela ne donnait que plus de puissance à cette impression de calme. Tout ne s'était pas arrêté brusquement pour reprendre comme auparavant. Visiblement, les moments de plénitude ne durait qu'un temps ... Après la mort tragique de l'Apakan Asriel, c'était au tour de son Père de disparaître et il avait fallu pallier à ce manque. Un trône ne pouvait rester vide. Bien qu'ils n'aient pas tous été d'accord sur leur ... alliance provisoire avec les Sorciers, c'était sans doute l'une des rares décisions que les Anges ne pouvaient pas regretter. Entre la survie de plus d'un million des leurs et une reprise de leur ancien territoire, cela aurait dû remonter la cote de popularité de leur Souverain, même dans la mort, mais ce n'était pas le cas. Loin de là. Compte tenu des exactions qui avaient été siennes, que ce soit avant ou après le Czírnúma, Kahel était désormais tombé. Totalement. Les Anges ne désiraient plus vraiment parler de lui, perdant le respect de ses sujets alors même qu'il périssait. Son instabilité causant de grands troubles et engendrant plusieurs décès dans leurs rangs. Ce n'était pas excusable. Pas au sein de leur peuple. Il n'avait plus été un bon régent à ses yeux devant son absence totale de réactions lors de l'ère précédente, son retour sur les marches royales ne lui avait pas fait plaisir, quant au Roi Galathiel, il avait disparu on ne sait où ...

Plus bas ton bouclier, Reno. Tu dois aussi protéger tes jambes.

Être songeur ne l'empêchait pas d'être prudent envers les passes de ses subordonnés. Reno s'était retourné vers lui, avant de réfléchir quelques instants et de remettre sa protection convenablement, coulant un regard dans sa direction pour voir si c'était correct. Neah approuvait d'un signe de tête et le combat qu'il avait interrompu reprit de plus belle. C'était ça. Ce qu'il manquait aux Anges, c'était un souverain digne de ce nom. Quelqu'un avec une solide paire de couilles, qui n'aurait pas peur de taper son poing sur la table. Comme quelqu'un devrait sans doute un peu le faire avec les Magiciens, qui s'était mis en tête de devenir les conciliateurs concernant la Terre Blanche. Il se demandait parfois comment ces derniers ne s'étouffaient pas dans leur hypocrisie. Maintenant, la situation les intéressait ? Les Démons ont un pied dans la tombe et les Sorciers se renforcent, cela leur faisait peur ? Sérieusement. Comme s'ils craignaient les Vils. Tous étaient conscients de la bonne entende entre l'ancien Monarque Démoniaque et l'Ultimage, ce n'était pas pour rien qu'un pari gagné entre eux avait été honoré ... Le Monarque Démoniaque … Ses muscles se crispaient, son regard se voilait d'un éclat sombre. Cette saloperie de merde. Littéralement de merde. Rien qu'au souvenir de son apparence, de son odeur épouvantable et de sa puissance aberrante, l'Ange n'avait qu'une envie ... c'était de le détruire. Si Azmog lui avait échappé, il comptait bien trouver une nouvelle tête à abattre. L'arme volait en l'air, avant de retomber avec un tintement métallique au sol, laissant éberluer le combattant qui la tenait. Neah relâchait un petit rire devant sa mine perplexe, il prit l'arme qui traînait à son côté et revint vers eux.

Non, ce n'est pas la bonne position. Je vous montre.

Gêné, sa Recrue acquiesçait sans rien dire, observant les mouvements de son supérieur. Ils pouvaient croire tout ce qu'ils voulaient, Neah était fier d'être leur Capitaine. C'était lui qui ne cessait d'apprendre d'eux. Son sourire se crispait en repensant aux paroles de Mancinia à son encontre. Ce n'était pas qu'il restait les bras croisés en suivant les autres. C'était lui qui s'enfermait dans une routine, mais oui, c'était sans doute son Humaine qui avait réveillée certaines de ses aspirations. Et qu'est-ce que tu attends pour changer les choses ? ... Avait-il seulement l'envie de le faire ? ... Il était celui par qui tout avait démarré. Aurait-il autrefois discuté avec le Consul de récupérer des prisonniers sur la Terre Blanche ? Aurait-il prit sur lui une grande partie des opérations avec ses collègues ? Aurait-il pu, ne serais que l'imaginer, accepter une alliance avec les Sorciers ? Mancinia faisait sortir le meilleur de lui. Sûrement le plus sombre aussi. Liés dans leurs ténèbres, d'une certaine manière. L'Ange n'avait cessé de penser à lui ces dernières années, se contentant de suivre sans réellement agir. Comment aurait-il pu être un défenseur du Bien dans ces conditions ? C'était sans doute pour cette raison que, désormais, on le surnommait le Messager des Cieux. Comme s'il avait été capable d'anticiper l'action des Sorciers sur leur ancien territoire, alors que lui-même savait que le Prince Noir avait simplement saisi l'opportunité de cet affaiblissement conduit par leur expédition. Le peuple était parfois crédule, alors il convenait de le conduire sur la bonne voie. Surtout dans le contexte actuel où tout semblait en mouvement ces derniers temps, s'enchaînant sans limites. Et c'était loin d'être terminé.

Les Réprouvés étaient agités et il se murmurait des signes évidents d'agressions à venir depuis que des cargaisons d'armes avaient été aperçues. On parlait de cassure au sein de leur race, on parlait de leur envie de guerroyer pour avoir de nouveaux enfants. Par mariage, ils étaient alliés aux Déchus. Les Humains n'étaient pas assez nombreux et le Désert était bien trop aride ... alors quoi ? Ils allaient attaquer les Magiciens ? Les Orishas ? Les Ygdraë ? C'était un peuple d'attardés et de nuisibles, mais l'Ange avait encore l'espérance que deux neurones se battent dans leur tête pour comprendre à quel point c'était ridicule ... Mieux valait-il qu'ils déciment les Sorciers. Lui aussi se sentait agité. Quelque chose n'allait pas. C'était dans l'air. Cela lui rappelait étonnamment ce qu'il s'était passé sur le marquisat de Nylmord. Ces nuits qui s'étaient succédées de manière étrange, mais à l'inverse de ces événements commis par les Vils ... tout avait un sens clair et logique. Un mince filet de vent soulevait ses mèches. Les fleurs éclosent. Les oiseaux chantent ... Quelle merveilleuse journée pour brûler en Enfer.



L'horreur se passe de lumière. Il suffit de sentir l'odeur du sang qui emplit l'endroit pour avoir envie de vomir. Neah clignait des yeux, observant la ligne d'horizon, dans le tumulte du Combat qui était en train de se déchaîner aux alentours. Désarmé, l'Ange se soucie à peine du danger qui rôde, dans les moindres aspérités de cette vision cauchemardesque. Son regard se pose sur quelque chose qui file dans sa direction. Une créature se lance à son assaut, balayant l'un ou l'autre combattant, dont l'un qui volât dans les airs, retombant mollement, avant de se redresser et de se remettre à combattre avec ardeur. Et seulement, à quelques mètres de lui ...

Ah.

Neah se meut sur le côté d'un pas rapide, évitant ainsi un coup de patte qui aurait broyé son flanc. Sa nonchalance ressemblait à une provocation, sans doute en était-ce une ? Que cette bestiole était lente. Elle n'eut pas le temps de se ressaisir que l'Ange lui encastrât son poing dans sa gueule à moitié tourné dans sa direction. Sonné, la créature titube, gueule ouverte et oreilles en arrière. Rien à faire. Rien ne saurait le faire flancher. Une pluie de coups. C'est ce qui attendait son adversaire. Son automatisme à abattre ses poings aurait sans doute terrifié le moindre combattant allié qui l'aurait vu agir, mais personne ne lui en tenait rigueur. Pas ici. Pas dans cette Fin du Monde. Peu importait que son ennemi recule, essayant de reprendre contenance sans qu'il ne lui en laisse l'opportunité, le contraignant à mettre genou au sol, la mâchoire explosé et le museau fracassé, arrachant ses des lambeaux de chairs par poignée dans des râles d'agonie jusqu'à ce qu'il soit tellement déformé, qu'il ne puisse plus respirer. Cogner. Encore. Sourire. Et encore. Se complaire dans le sang. Et encore. Autour de lui, ce n'était que les mêmes scènes, certains trépassant très rapidement, d'autres brillaient comme des étoiles dans ce lieu taillé à leur image. Neah regardait autour de lui si des armes étaient disponibles, peu lui importait lesquelles, car à lutter à mains nues, il risquait de se blesser plus durement, ce qui ne serait pas intelligent pour survivre en ces lieux. Des éclats de réminiscences de ce qu'il avait vu, ou avait imaginé d'une partie de son peuple lui revenait en mémoire, se matérialisant presque dans la brume.

L'Humiliation dans la Douleur, avec le bruit des chaînes raclant le sol. Tous ces échos le narguaient, essayant de tromper le moindre de ses sens dans un océan de blâme, dans une rivière de honte et une pluie combats. La Fureur ne le quittait pas. Il en voulait vraiment plus. Un bouclier sur son bras, un marteau dans sa main. Il se relevât. Que devait-il faire exactement ? C'était assez important, c'était certain, mais tout ce qui l'intéressait ... Mancinia. L'Ange savait que l'Humaine était là, quelque part, près de lui. Il la ressentait. C'était certain. Juste ... Il devait combattre, point. Un nouvel adversaire se dressait devant lui, une cuirasse enflammée et une lueur de dément dans les yeux. Avait-il peur ? Comme si le combat lui faisait peur. Ça le faisait terriblement rire. Le Capitaine prit son arme en main et l'envoyait en direction de la tête, l'arrachant du reste du corps pour la faire voler plus loin. Et encore. Et encore. Et encore. Une véritable chaîne sans réelle conclusion, comme si tous les cinq pas vers l'avant, un ennemi devait se dresser sur sa route pour le renvoyer vers le début de la ligne de front. Il en ressortait victorieux, s'abreuvant presque du sang et dévorant les cadavres des yeux. Dans certains coins, les combattants semblait se restreindre aux meilleurs. Ce n'était pas évident d'avancer, mais ils le faisaient. Pourquoi ? Aucune idée. C'était ainsi. Des Jours. Des Semaines. Des Mois. Une année, sans doute. Plusieurs ? Combien de temps ? Ce n'était que du Chagrin dans la Boue dans cet Été de Malheur venu ici les pour Juger et les priver de tout, les enfermant dans une cage qu'ils secouaient de rage. La Fureur ne le quittait pas.

Le coeur de l'homme a été arraché, ses organes génitaux ont été tranchés, mais Neah demeure stoïque devant ce triste spectacle, même s'il reconnaissait le visage de celui qui aurait dû être étranger. Lui, il ne voulait pas mourir. Il ne voulait pas lâcher avant d'avoir renvoyé au Néant toutes ces sources de malheur. C'était son But, son Combat, sa Cause ... La dénomination avait-elle une quelconque importance ? Marchant sans réel but en dormant parfois sous des corps pour ne pas qu'on le trouvât, avec des blessures profondes, mais il faisait ce qu'il pouvait pour les cacher. Souffrant de la faim, de la soif, essayant de les faire taire à chaque fois que son bras se levait tout en contenant les douleurs qui semblaient bien moindre que lui. La Fureur ne le quittait pas. Parfois, il déployait ses ailes, parfois, celles-ci n'étaient que plumes carmines ... Teintés de sang ou couleur véritable de l'âme de l'Ange ? L'idée lui plaisait, en tout cas. Peu importait d'être un Monstre s'il faisait crever le Mal. Les adversaires étaient nombreux, les combattants se raréfiaient. Depuis combien de temps ? De temps ? Le Temps avait-il une valeur ? Dégainant son arme improvisée en atterrissant devant la créature enragée aux yeux injectés de sang, l'Ange était loin d'être déstabilisé par tant de monstruosité. C'était naturel de vouloir l'éliminer, comme toutes les salissures du Mal qui sévissaient, il était le nettoyeur de la saleté. Ce sale chien était gigantesque, avec des poils hirsutes aussi noir que l'encre, aux crocs rougis de sang, affûtés tels des rasoirs avec des flammes dévorant sa peau, prêtes à consumer l'adversaire qui s'y risquerait.

Peu importe qu'il soit un Soldat, un Commandant ou un Général. Peu importe l'entité, Neah allait le réduire en bouillie. En un instant, le combat s'était engagé entre la Bête et lui. Malgré sa hauteur et son épaisseur, celle-ci était agile et ne montrait pas une once de pitié à l'idée de le déchiqueter en deux avec ses dents ou de le broyer dans sa patte. Déversant sa Colère tout en la dissimulant, craignant qu'elle n'atteigne ses ailes aux éclats dorés qui lui étaient si précieuses, tout en étant maudites. Dans l'acier et les haillons, se couvrant de son sang. L'Innocente n'avait pas besoin d'être Jugé en son nom. La Fureur ne le quittait pas. Sans doute aurait-il mieux valu la repousser, mais ce n'était que retarder les inévitables assauts de sa gueule bavante, prête à le transformer en brochette. La vitesse était le meilleur moyen d'abattre cette créature nocive. Depuis combien de temps combattait-il ces choses ? L'Ange avait perdu la notion du temps et cela n'avait pas d'importance. C'était ici qu'il devait être. Peu importait qu'il suait en raison de la chaleur, peu importait ses propres blessures. Il devait rester debout. La moindre ouverture ... le moindre instant de faiblesse ... et il serait déchirer vivant. Alors, il déchirait les autres en premier. L'Ange relevait son visage vers les cieux rougeoyants. Depuis combien de temps se battaient-ils sous son éclat menaçant ? Son adversaire retombant mollement, mort, dans une pluie de cendres et de sang.

Si vous voulez me battre, eh bien, il va falloir faire mieux que ça !

Il parlait seul. Probablement l'était-il. Il n'y avait pas la moindre pitié en ces lieux. Ils devaient être malades d'essayer de le vaincre. Mais qu'ils viennent ! Ils les tueraient !

Venez et tentez de m'avoir si vous le pouvez ! Vous pouvez revenir sans la moindre interruption, mais je resterais ici à vous attendre !

Personne ne peut gagner ici ... Ils resteraient à se battre dans ce Jugement pour l'éternité ... Il pointe son doigt vers ... vers qui exactement ? ...

Penses-tu m'épargner comme si j'étais ton pion ? Eh bien, tu n'as pas épargné les autres, donc va t'faire ! Je sais que tu peux tout faire disparaître en un claquement de doigt ... mais c'est pour t'en empêcher que je suis ici !

Ses entrailles se tordaient, ayant un très mauvais pressentiment et, doucement, relevant la tête pour observer les alentours, il le vit. Une ombre planait au-dessus de sa tête et se rapprochait de sa position. Ça allait vite. Cette ombre énorme avait l'allure d'un canidé aux yeux d'éclairs blancs. Bien trop vite. Son cri l'obligeait à se reculer instinctivement sous l'effet de la crainte. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas ressenti ça. Depuis la Terre Blanche. Comme paralysé sur ses jambes, comme si la menace d'en haut voulait le clouer sur place, mais il levait ses bras, prêt à se défendre sur place et à mourir debout. Dans un éclat de vitesse imparable, la Créature l'attrapait par la gorge. Sa patte sur sa poitrine, l'écrasant au sol. Ses dents le saisirent, s'enfonçant un peu plus dans sa chair. Neah se débattait comme un soldat se devait de le faire, cherchant de l'air qui ne viendrait probablement plus. La Créature continuait de mordre alors qu'une sorte de sourire se dessinait sur les traits de son ennemi agonisant entre ses crocs. C'était donc lui qui aurait la satisfaction de contempler sa Mort de près.

C'est là que ça se finit. C'est là que ça s'arrête.

Son regard se vide et son sourire se trouble.

Il n'était plus.

...

Sursautant en raison du violent bruit d'une arme dégringolant au sol, les membres de la Compagnie se retournaient vivement, les sens en alerte, vers son origine. Devant un Réprouvé. D'abord éberlués, se demandant comment ce dernier avait pu entrer dans la Caserne, ils mirent un moment à reconnaître le Capitaine Katzuta. Devant leurs regards stupéfaits, ce dernier tournait la tête pour observer l'aile rachitique noire. S'il avait compris son origine, il ne la tolérait pas. Épuisé, il eu à peine de temps de marcher quelques pas dans la direction des membres de Yüerell avant de s'effondrer sur le terrain d'entraînement … Combien de temps avait-il combattu dans le Néant ? Des années. Combien d'ennemis avait-il abattu ? Des milliers. Au moins, Neah pouvait être renvoyer dans des songes moins violents avec fierté et honneur.

3017 mots


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Sól
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Sól
Mar 30 Juin 2020, 22:22


Sól passa distraitement le doigt sur les contours boursouflés de sa peau, sur son avant-bras. La brûlure n’avait toujours pas cicatrisé, pas entièrement, et le moindre prétexte semblait bon pour que son corps lui fasse payer cette décision qu’elle avait pris plusieurs jours auparavant. Les mouvements trop brusques la faisaient grimacer, le contact du tissu : geindre de douleur. La chaleur restait de loin le pire des traitements et la blonde, qui avait pour habitude de traînasser aux abords des fourneaux dans l’espoir de pouvoir chaparder un morceau de premier choix, était restée à distance plus que raisonnable de toute cuisine. Travailler sous la chaleur accablante du soleil, dans les champs, l’avait mise dans une posture embêtante mais elle s’était débrouillée pour ne pas exposer sa peau meurtrie à la face de l’astre du jour. « Kom’Dov… » lut-elle du bout des lèvres. Il y avait une pointe amère, qui perçait la douceur que ces mots avaient originellement apportés. Ils avaient été synonyme d’espoir, de force, de réconfort. D’appartenance. Jusque-là, ils ne lui avaient apportés que des ennuis, de la colère, de la rancœur. Une part d’elle-même ne pouvait s’empêcher de se demander si elle n’aurait pas mieux fait de partir avec Norok. De rejoindre Laëth et tous les autres. Et si elle avait fait le mauvais choix ? Est-ce que les Anges accepteraient de l’accueillir parmi eux ? Sauraient-ils faire preuve de la Bonté qu’on leur vantait tant, en lui ouvrant leur bras sans réserve ? Non. Sans doute pas. Ils se révéleraient sans doute plus cruels, plus incléments et intransigeants que les Bipolaires. S’il existait une chance de se faire une place dans cette société impitoyable, la jeune fille avait réduit à néant l’espoir d’en faire partie en accueillant en elle une part d’obscurité, une part de Vice qu’ils ne sauraient tolérer entre leurs rangs… L’Angelote avait entendu parler des horreurs qu’ils faisaient subir à celles et ceux qui ne se montraient pas dignes des Vertus qu’ils défendaient avec tant d’ardeur. De cet endroit terrible où ils les envoyaient : l’Agbara. Le simple mot sonnait terrifiant, maintenant qu’elle y avait associé les punitions qu’on y subissait. La venue d’un groupuscule de diplomates déchus avait remis en lumière ces pratiques immorales et, sans pouvoir s’en empêcher, l’ancienne Vertueuse ne pouvait arrêter d’y penser, de la même manière que l’on se retrouve fasciné par un phénomène morbide et pourtant intriguant. Est-ce que tous les gens qu’elle connaissait, tous ceux qui venait d’ici, avaient fini par s’y retrouver prisonniers ? Était-ce pour cela qu’elle n’avait toujours pas de nouvelle de la brune, malgré la corne qu’elle lui avait fait parvenir ?

« Gamine ! » La voix grave de Kron avait grondé, de l’autre bout de la bâtisse. Elle ne semblait pas tant énervée, davantage inquiétée, ce qui alerta la paresseuse qui s’était réfugiée dans un tas de paille dans la grange, afin de s’accorder un instant de répit avant de retourner labourer la terre. « Qu’est ce qu’il y a ? » demanda-t-elle en se redressant. « Dehors, il y a… » Un léger silence s’installa. « Quoi ? » « Il y a un étranger. » Ces simples mots éveillèrent des bas instincts, primitifs, qui réclamaient de chasser cet intrus, qui n’avait aucunement sa place ici ! Quelque chose clochait, cependant : même elle le sentait à la façon dont l’homme l’avait annoncé. « Nous allons chez Erza. » La Dovahkiin ? Le mauvais pressentiment qui enserrait la poitrine de la plus jeune ne fit que se renforcer. En son absence, le peuple ne se rendait chez leur reine qu'en cas d'urgence, lorsque quelque chose d'important s'était produit. Lorsqu’il fallait gérer un problème.

Sól se figea un instant en sortant de la grange. Malgré la chaleur accablante qui régnait à l'extérieur, une épaisse brume stagnait au sol. On y voyait aussi mal qu'en pleine saison de Krah. « Qu'est ce que ça signifie ? Qu'est-ce qu'il se passe ? » L'agriculteur se contenta de tirer une mine encore plus renfrognée qu'à son arrivée. « J'en sais rien bordel. C'est pour ça qu'on va chez Erza. Allez, bouge. » La blonde hésita une seconde. Elle était indécise entre l'idée de se montrer courageuse et d'essayer de braver ce brouillard seule, pour tenter de découvrir ce qu'il se tramait - un stupide trait d'orgueil mal placé, comme il lui en prenait tant ces temps-ci - et sa crainte envers la brume. Elle dégageait quelque chose de mystique. De magique. Quelque chose qu'elle ne comprenait pas, en d'autres mots. Qu'elle craignait voire répugnait. Finalement, l'adolescente retrouva le peu de raison qu'il lui restait. Elle ne parvenait pas à apercevoir la ferme de ses parents mais elle n'avait aucun doute : eux aussi se rendaient chez leur reine. Avec un haussement d'épaules, la Zaam tourna les talons pour suivre Kron.

La Taverne était déjà secouée par les voix orageuses des orateurs. Tous avaient le droit de s'exprimer et ils ne se privaient pas de ce droit à la parole, laissant claquer leurs remarques acerbes. Sól aurait pu se joindre à la conversation, si l'envie lui avait pris. Maintenant qu'elle était officiellement une Réprouvée, elle avait obtenu ce privilège. De là à savoir si on l'aurait écouté, c'était une autre histoire. Malgré son importante décision, elle restait une gamine. Elle était encore inexpérimentée et, surtout, elle n'avait jamais rien fait qui vaille d'obtenir le respect de ses pairs. Si elle avait ouvert la bouche, on l'aurait soit ignorée - au profit des personnalités reconnues, que tout le monde portait en estime pour leur sagesse ou leur connaissance du combat - soit moquée - en lui reprochant d'être une novice qui n'avait jamais tenu de lame au combat. Peut-être était-ce là l'une des raisons pour lesquelles elle resta silencieuse. Sans doute aussi parce qu'elle avait du mal à comprendre tout ce qu'il se passait.

Un intrus s'était infiltré sur leurs terres. Beaucoup, comme elle, désiraient l'en chasser. Mais quelque chose les retenait. Sans pouvoir se l'expliquer, chacun ressentait cet instinct dans leurs tripes. Ils savaient qu'ils ne pouvaient pas le faire partir. Qu'ils ne devaient pas... Lok'Silus était un envoyé des Zaahin. Un Hérault de la guerre. Le repousser signifiait ignorer un signe des Héros et cela, personne n'était assez sot pour s'y risquer. Partagés entre le racisme local et la frayeur d'offenser les Puissants, chacun essayait de se cramponner à ce que leur renvoyait leur instinct. Le combat arrivait.

Il approchait. A grands pas.


« Sól. » L’interpelée releva la tête de la figurine de bois qu’elle était occupée à tailler. Un totem en forme de corbeau. Il n’était pas très ressemblant mais, si l’on connaissait suffisamment le folklore des Bipolaires, on pouvait deviner, grâce aux deux excroissances servant d’ailes et de bec, qu’il s’agissait d’une représentation peu valorisante de Boholt’Kein. En voyant sa mère arriver à grands pas dans sa direction, l’adolescent roula des yeux. Elle n’avait pas envie de parler. Le simple fait de la voir ravivait en elle de farouches rancunes. Si elle l’avait pu, elle se serait en aller. Elle n’avait absolument aucune envie de la voir : elle ne lui avait toujours pas pardonné de ne pas s’être interposée pour aider Máni. Il était trop tard cependant : Léone l’avait vu de loin et elle fonçait droit sur elle, telle un oiseau de proie. Elle ne lui avait laissé aucune chance de s’éclipser, comme elle l’avait fait jusqu’à présent. « Sól ! » « Bonjour. » La gamine grognait plus qu’elle ne parlait. « Rentres à la maison. » « Je dois rester pour aider Kron. » rétorqua la jeune fille. A l’arrivée de l’émissaire des Zaahin, les festivités avait rapidement pris le pas sur toutes leurs activités habituelles et l’on avait attendu d’elle qu’elle retourne auprès de ses parents. L’effrontée n’en avait rien fait. Elle avait usé de prétextes pour rester le plus loin possible de sa maison. Qu'elle préférât dormir dans la paille de la grange plutôt que dans son lit, auprès de sa famille, en disait long sur le ressentiment qu'elle éprouvait à leur égard. « Tu n’es plus une enfant, maintenant. Alors arrête de te comporter comme une merdeuse de cinq ans. » La blondinette jeta des éclairs à travers ses iris orageux. « Nous avons besoin de ton aide, nous aussi. » Silence. « Pour entretenir les armes. » Chacun se préparait à sa manière, tous néanmoins s’apprêtaient à partir en guerre. Contre qui ? Où ? Personne ne le savait exactement, mais tous savaient que la réponse ne tarderait pas à leur parvenir. « Kron a aussi des armes. » La réaction fut immédiate : Léone donna un coup de pied dans l’objet que taillait sa fille puis utilisa son talon pour appuyer sur l’épaule de l’angelote qui tomba de son perchoir. Là, elle la maintint au sol en s’agrippant à sa chevelure dorée. « C’est toi qui as voulu devenir l’une des nôtres. Tu avais le choix. Tu as pris ta décision. Alors maintenant, vis avec les conséquences. Faire partie de notre peuple signifie accepter les punitions qui découles de nos conneries. Ton frère a merdé. Toi aussi, en essayant de t’interposer. Maintenant, il faut assumer. Alors cesse de jouer aux merdeuses pourries-gâtées qui pètent plus haut que leur cul : tu n’es pas à Stenfek, ici. » Malgré sa position, l’adolescente continuait à défier sa génitrice par le biais de son regard venimeux. Si elle en avait eu la capacité, la Mère Tynath'thuk serait morte sur place, transpercée par ces yeux foudroyants. « Cesse d’user notre patience. Tu en as déjà bénéficier jusqu’ici mais c’est terminé. Maintenant, tu seras traitée comme tous les autres. »


Sól dardait sur son jumeau un regard perçant. A la fois accusateur et empli de tendresse. Elle ne savait que faire. Que dire. Lui non plus, puisqu’il se terrait dans un silence borné. La sœur soupira. « Tu peux te battre, comme ça ? » Les coups de fouets avaient tracé de profonds sillons dans sa chaire. Ils n’étaient pas encore guéris. S’ils avaient appartenu à un autre peuple, un coup de magie aurait suffi à réparer son corps et peut-être même son âme tourmentée. Mais ils étaient de ceux qui exécraient la Magie et son usage. Ils préféraient laisser au temps le soin de guérir les blessures, physiques ou invisibles. « Bien sûr que je peux. Pour qui tu me prends ? » avait répondit le brun. Il détestait cette attention. Il n’était pas le plus faible des deux mais c’était elle qui, ces derniers temps, s’était révélée la plus brave. Elle l’avait défendue. D’une certaine façon, il s’en sentait diminué. C’était idiot : lui-même n’hésitait guère à la défendre lorsqu’il la sentait en danger – une seconde nature bien peu naturelle, pour les êtres de son engeance, mais que la culture de Lumnaar’Yuvon avait soigneusement cultivé – mais se voir subir le même traitement ne lui était appréciable d’aucune façon. Comme si son honneur de guerrier s’en retrouvait bafoué. « Je pense que c’est pour bientôt. » « Oui… Et nous serons prêts. » Les deux enfants de Réprouvés plongèrent leur regard dans la brume persistante qui englobait tout. Ils retombèrent dans le mutisme.

Sól releva les yeux sur le champ de bataille. Elle ne fut pas surprise. L’appel avait été si fort, ces derniers jours, qu’il avait désormais des airs de délivrance. Même si elle ne comprenait toujours pas ce qu’il se jouait, ici et maintenant, elle percevait qu’il s’agissait d’un moment décisif. A croire qu’elle n’était née que pour cet instant. Cette ultime bataille. Elle ne ressentait aucune appréhension. Ni à l’idée de perdre des êtres chers – elle savait que s’ils étaient ici, c’était pour accomplir leur destinée, pour exécuter la volonté des Zaahin, s’illustrer à leurs yeux ; ils ne devaient pas craindre cette voie qu’ils traçaient pour eux mais l’embrasser sans la moindre once d’hésitation – ni même en envisageant devoir tuer des ennemis – au contraire, une part d’elle n’attendait que de pouvoir se repaître de ce sang, de pouvoir goûter à l’excitation qui parcours le corps lorsque l’on s’élance dans le combat, dans l’affrontement le plus bestial possible.

La Zaam portait une armure légère faite de cuir, par-dessus une tenue de coton noir. Cela ne lui offrirait pas une grande protection. Peu importait. Son chemin se terminerait ici, d’une façon ou d’une autre. Ce qui importait n’était pas de chercher à survivre, mais de faire de son mieux pour vaincre l’autre. Pour le surpasser. Lui subsister. Pour cela, elle n’aurait besoin ni de bouclier, ni d’armure de métal. Sa détermination et sa soif de pouvoir lui suffiraient dans cette tâche. Elle s’en contenterait. Quoi que les deux armes qu’elle serrait entre ses mains fermes ne se révéleraient pas inutiles. Dans la droite : un imposant marteau. La gauche : une hache. Les deux étaient de véritables œuvres d’art. Forgées de façon équilibrée, pour permettre à leur manieur d’en tirer autant de robustesse que de fluidité. Elles étaient également particulièrement belles, bien que leur propriétaire s’en moqua éperdument. Tout ce qui l’intéressait était le tranchant de la lame, le plat de l’embout. Ils devaient écraser ses ennemis, taillader ses opposants.

« YURGAA LOS DILON ! » entonna-t-elle en cœur. Car c’était là-bas qu’elle fonçait. Corps et âme. Le cœur vaillant et le corps solide. Elle n’en réchapperait pas, mais ceux qui s’élèveraient sur son passage non plus. Ils goûteraient à sa colère, à sa fureur. Ils succomberaient à toutes ces émotions qu’elle avait essayé de barricader au fond d’elle-même, et qui ne demandaient plus qu’à s’échapper. A exploser, telle des millions de lames acérées, pour charcuter ceux qui oseraient s’en approcher trop près. Tout ceux qui osaient à nouveau la sous-estimer se retrouveraient taillés. Comme une revanche impardonnable.

Sól s’élança dans la bataille. Ses muscles se gonflaient d’une puissance qu’on ne lui connaissait que rarement. Ils réclamaient la récompense qu’elle leur avait trop longtemps interdit. Ils désiraient se déchaîner, effectuer ces enchaînements qu’elle avait tant répété lors de ses entraînements. L’excitation les tendait davantage encore : cette fois, il n’y avait plus droit à l’erreur. Si elle se trompait, cela signifiait la fin. Elle ne pourrait plus recommencer pour essayer de s’améliorer. Pour tenter d’atteindre un niveau supérieur. Elle devait donner le meilleur d’elle-même, du premier jusqu’au dernier coup. Elle ne devait épargner personne. Elle ne devait pas se préserver : c’était maintenant ou jamais. Elle n’avait jamais combattu dans une bataille. Il s’agirait de la première et de la dernière. Elle n’en retirait aucun chagrin. Une fois ce combat-ci terminé, elle pourrait aller festoyer dans la Dillon, à côté des Zaahin et de tous les valeureux guerriers qui étaient tombés avec elle. Et ceux qui avaient rejoints les Grands avant elle. Cette simple idée aurait suffi à balayer tous les doutes que sa part Angélique aurait pu nourrir au fond de son cœur. Néanmoins, elle n’était aucunement disposée à laisser l’Immaculée s’exprimer en cet instant. Sa soif de sang grondait, plus forte que jamais. Plus affamée qu’elle ne l’avait jamais été. Elle était une véritable Réprouvée. Elle n’avait plus le temps de laisser sa Nature première s’exprimer et prendre le pas sur qui elle était devenue.

Son premier assaillant l’aida bien vite à annihiler une bonne fois pour toute cet élan de compassion qu’elle craignait de voir surgir au beau milieu du combat. Un monstre. Un parasite. Elle n’était même pas sûre de quoi il s’agissait. La chose arborait une silhouette humanoïde mais n’était pas un Homme pour autant. Il fallait le faire disparaître de la surface du monde. Sans qu’elle n’ait à le commander, ses poumons se gorgèrent d’un air souillé par les giclées de sang voisines. Elle l’expulsa aussitôt, dans un cri guerrier qui lui donna un peu plus de force et de courage. La Zaam commença par envoyer son marteau. Il se fracassa sur les côtes de son assaillant, produisant un craquement sonore et déstabilisant. La chose hurla – siffla, à vrai dire – de douleur. Elle contre-attaqua, envoyant ses griffes vers le visage de celle qui lui causait la peine. Sól esquiva in-extremis. C’était étrange. Elle redécouvrait son corps avec une acuité nouvelle. L’adrénaline galvanisait son être et lui donnait accès à une perception nouvelle. Plus précise. Plus performante. Se penchant en avant pour éviter les serres, la gamine trancha le ventre d’un coup de lame. Les intestins et les boyaux se répandirent par terre, dans une mélodie morbide qui arracha un sourire à la diabolique Angelote.

Bien vite, la valse des coups lui fit perdre toute notion du temps. Elle gesticulait presque plus qu’elle ne se battait. Tout ce dont elle avait confiance était qu’elle devait continuer à avancer. Continuer à massacrer. Le goût du sang se répandait dans sa bouche sans qu’elle ne sache s’il s’agissait du sien ou de celui d’un autre. Ses muscles chauffaient au point de brûler et de la tirailler douloureusement. Sa nouvelle agilité s’était vite épuisée : elle n’avait plus pu esquiver indéfiniment. Les coups la touchèrent autant que les siens parvenaient à tailler ses ennemis. Sans doute même plus. Pourtant, elle ne s’arrêta pas. Jusqu’à la mort. C’est ce qu’elle avait promis. C’est ce qu’elle ferait. Tant qu’elle tiendrait debout, elle avancerait. Une fois mise à terre, elle s’aiderait de ses bras pour avancer. Sans eux, elle userait de ses dents pour mordre celles et ceux qui oseraient poser un pied trop près d’elle. Sans ses dents, elle utiliserait ses yeux comme dernière arme, pour déstabiliser ses adversaires et permettre à ses frères d’armes d’achever le travail. Ces images fictives lui donnaient la force nécessaire de ne pas abandonner. De ne pas se relâcher.

La réalité fut moins vaillante. Un coup d'épée dans le dos. Un traître. Un lâche. Ou bien simplement quelqu'un d'intelligent, qui avait profité de la seconde qu'elle s'était accordée pour reprendre son souffle et porter une main à ses flancs sanguinolents. Une giclée de sang dans son dos, dans sa chevelure, lui indiqua que quelqu'un venait de venger sa mort. Elle tomba le sourire aux lèvres.


Les jumeaux relevèrent la tête l'un vers l'autre dans un sursaut. Ils ne dirent rien, se contentant d'observer les paires d'ailes bicolores qui étaient apparues entre leurs omoplates.
3041mots
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Mar 30 Juin 2020, 22:30


Odon Do Dur



Avec ses nombreux voyages depuis sa transformation, Orion commençait à avoir le pied marin. Il avait pris l'habitude des longs trajets en mer, des journées passées cloitré dans la cabine feutrée où nulle lumière du soleil n'entrait. De toute manière il préférait se balader sur le pont ou même monter à la vigie en haut du mât la nuit. La plupart des matelots dormaient donc il n'était pas trop dérangé.
Mathilda ne se sentait plus depuis la qualification de son fils parmi les gagnants de la Coupe des Nations à Amestris, et elle se comportait encore plus comme une grande dame qu'à l'accoutumée. Orion la regardait un peu avec amusement même s'il y avait aussi en lui cette part d'ambition pour la famille Nevrakis. Une lignée qui s'était élevée de peu vers la bourgeoisie vampire, encore quelques pas dans la bonne direction et ils pourraient peut-être prétendre à la noblesse. Qui sait ?

Le capitaine du navire était un vieux loup de mer bourru qui grommelait souvent des mots en Zul'Dov dans sa barbe, ou bien gueulait des insanités ou des ordres sur son équipage. Il ne faisait l'effort de passer en langue commune que pour parler au jeune vampire et sa mère. Orion comprit bien assez vite en furetant dans les cales que certaines de ses activités se rapprochaient plus de la contrebande que du commerce légal.
Les marins toléraient à peine leurs passagers et leur adressaient rarement la parole, d'autant plus que les Nevrakis étaient accompagnés de la vingtaine d'esclaves démoniaques gagnés par le jeune vampire à Amestris.
Orion suivait sa mère dans ses activités comme toujours... Son statut ne lui permettait pas encore de vivre ses propres aventures en solo. Et lui-même ressentait toujours ce besoin d'être proche de sa créatrice. Il demeurait dépendant d'elle. Mathilda s'était mis en tête de profiter qu'ils soient sur le Dévasté pour se rendre à Sceptelinôst. En effet, parfois ses "fournisseurs" en bijoux étaient plus des mafieux ou des pirates que d'honnêtes marchands. Le fruit de rapines pouvait être transformé, de l'or fondu, des pierres taillées de manière différente pour ne plus ressembler à un bijou volé... Mathilda avait jugé la voie terrestre trop périlleuse pour se rendre à Sceptelinôst depuis Amestris. La voie maritime fut privilégiée. Il suffisait simplement de suivre la côté en direction de l'Ouest. Cependant, comme sorti de nulle part, une brume épaisse nimba les alentours alors qu'ils approchaient de leur destination. Cette brume était si épaisse qu'on ne voyait pas à quelques mètres, et le vent était tombé d'un seul coup. Les voiles du navire pendaient, flasques. La mer était d'huile, tout était trop calme pour demeurer rassurant. L'équipage était particulièrement sous tension. Quelque chose n'allait pas. Le jeune vampire était lui aussi tendu. Une drôle de sensation tiraillait ses entrailles, et des frissons lui parcouraient l'échine et la peau de temps à autre. Dans cette purée de pois et cette absence de vent, Il fallut près de cinq jours supplémentaires au bateau pour atteindre le port de Sceptelinôst. Orion s'attendait à découvrir un port en pleine activité. Il n'en était rien. Les navires mouillaient à quai, personne ne semblait prendre la mer.

La cité était sombre et crade, avec des ruelles étroites et des bâtisses en bois biscornu entassées les unes sur les autres. L'ambiance était tout aussi étrange que sur le bateau....

« L'athmosphère est tellement malsaine ici... » se dit Orion alors qu'il attendait sa mère dans la chambre qu'ils avaient louée dans une auberge de pirates. Etrangement le jeune vampire apréciait l'aura de débauche que dégagait cette cité. Elle réveillait de bien sombres instincts... Sa créatrice était quant à elle extrèmement contrariée, c'était comme si plus aucune transaction commerciale se faisait. Les habitants étaient préoccupés par autre choses mais sans savoir quoi... Orion lui-même avait cette étrange boule au ventre. Les Nevrakis resteraient quelques jours le temps de trouver un autre navire qui pourrait les mener vers d'autres perpectives de faire des affaires...

++++

Orion se volatilisa, comme tant d'autres ce jour là. Un paysage immense s'étendait à perte de vue, tout comme la masse des combattants. La plus grande armée du monde semblait s'être rassemblée en un instant, et le vampire avait étrangement été propulsée au beau milieu d'une foule de Réprouvés, grands gaillards et femmes à l'attitude féroce aux yeux du jeune gringalet suceur de sang.  
« Mais où est-ce que je suis bordel ? » Orion se demanda à la fois inquiet et méfiant. Dans sa main droite était apparu un marteau de guerre pour seule arme. Orion eut également peur du soleil et instincivement il se jeta derrière un type particulièrement imposant pour tenter de se protéger. Ses craintes étaient cependant infondées. D'épais nuages sombres cachaient l'astre solaire. C'était un jour de bataille, un jour de sang.
Une immense clameur s'éleva et l'armée se mit en branle. Orion était au beau milieu de la foule, il était contraint de suivre le mouvement s'il ne voulait pas mourir piétiné. Le rythme fut de plus en plus rapide, et le vampire s'élança aux côtés de ses compagnons d'armes du jour. La montée d'adrénaline était palpable, le mouvement d'une telle armée faisait trembler le sol tel un séisme. Orion sentit monter en lui la frénésie de la chasse, la frénésie du combat, la frénésie du sang à laquelle il commençait à prendre goût.

Mais quand il vit enfin les ennemis qu'il y avait en face, le vampire sentit chacun de ses muscles se crisper de terreur. D'énormes géants monstrueux qui allaient les réduire en bouillie ! Le choc des deux armées fut titanesque. Les premières lignes s'effondrèrent comme broyées dans un rouleau compresseur. Mais l'afflut des guerriers était incessant, et chaque brave tombant dans la noirceur de la Mort était immédiatement remplacé par un autre. En un instant le sang gicla de partout, les os craquèrent, les membres volèrent et les premiers combattants tombèrent au champ d'honneur.

Orion ne saurait dire combien de temps le combat a duré. Plusieurs heures, plusieurs jours, voire plus... Il avait très vite perdu la notion du temps. Son marteau s'abattait tout le temps. Il devait continuer, toujours plus... Le vampire ne savait pas s'il s'était alimenté, étrangement la Soif paraissait le laisser tranquile tellement ses veines charriait de l'adrénaline, le détournant ainsi de ses autres besoins. De toute manière, il était recouvert de sang et de boue des pieds à la tête. Son propre sang, du sang de Réprouvé et de tout un tas d'autres créatures... Même se déplacer devenait compliqué. Orion n'avait pas vu la terre ferme depuis un moment. Il fallait marcher et escalader les cadavres d'ennemis comme d'alliés. Tous reposaient désormais dans un véritable charnier. Immense cimetière qu'il allait très bientôt rejoindre. Car le vampire ne se faisait pas d'illusion, il ne sortirait pas d'ici vivant.
Il fallait continuer à frapper, toujours plus fort.  Son marteau était gluant et ruisselant d'hémoglobine. Le regard du vampire était devenu fou et exalté par la frénésie du combat et la peur.

Peu à peu, Orion sentait qu'il fatiguait. Il avait froid, il avait perdu beaucoup de sang à cause de multiples blessures. Ses coups et esquivent baissaient en intensité et en rapidité.
Un mouvement dans l'air survint.... Le vampire n'eut que le temps de tourner la tête pour voir la massue du géant le percuter dans un grand mouvement rotatif. Telle une poupée de chiffon il s'envola dans les airs sur plusieurs mètres, ses membres prenant des angles tout à fait anormaux. Orion n'entendit qu'un immense craquement. Quand il ouvrit de nouveau les yeux. Il se trouvait sur le sol. La frayeur le transperça tel un poignard glacial quand il se rendit compte qu'il ne sentait plus que sa tête. Le choc avait coupé tous ses os dont sa colonne vertébrale. C'était la fin. Il était complètement paralysé et il perdait du sang à cause de ses multiples hémorragies. Cela faisait bien longtemps qu'il avait dépassé son potentiel de guérison. Il allait mourir.

Le petit combatant laissa place à l'adolescent mort de peur qu'il était au fond. Il avait du mal à respirer et ses yeux se remplissait de larmes. D'autres corps s'empilaient déjà sur lui, une femme, puis un autre adolescent comme lui....
Ses sanglots moururent dans ses dernières respirations... Et peu à peu le noir remplit son champ de vision. Il s'abandonna dans le néant...

++++

Il ouvrit les yeux. Orion se tenait debout, au même endroit d'où il avait disparu. Il se trouvait dans la petite chambre vieillotte de l'auberge de Sceptelinôst. Est-ce que tout ceci n'avait été qu'un rêve ? Impossible... Cela avait semblé trop réel... Le vampire pouvait encore se remémorer l'explosion d'odeur de sang, l'odeur de la terre labourrée par des milliers de pas, l'adrénaline et la frénésie du combat. Comment était-ce arrivé ? Et comment était-il en vie ? La magie pouvait-ellle faire ce genre de chose totalement incroyable ?
Son esprit était embrumé, ses membres lourds... Et son dos lui pesait plus qu'ailleurs. Un claquement le sortit un temps de sa torpeur... Et quand il les vit il hurla. Deux ailes, l'une blanche et l'une noire, s'étaient greffées dans son dos.
Le jeune vampire ployait littéralement sous le poids de ses muscles endoloris et courbaturés. Il avait envie de dormir. Le lit miteux de la chambre lui paraissait tout à coup beaucoup plus agréable... Orion s'effondra de sommeil,. Sa créatrice le retrouva là quelques minutes plus tard, elle qui s'était fait un sang d'encre de voir que son fils mais aussi la plupart des habitants de la ville avaient disparu le temps d'une journée...

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Mar 30 Juin 2020, 23:14


Odon Do Dur

Odon Do Dur




Une agitation nouvelle ébranla le Rêve. Les angoisses et les craintes imprégnèrent la matière onirique, offrant des teintes nébuleuses à ma création vengeresse. L’homme leva la tête vers moi. L’incompréhension passa dans son regard incarnat souligné d’épais sourcils broussailleux. Lui aussi avait ressenti la vibration. Je raffermis mon emprise sur mon oeuvre. La femme qui partageait sa couche caressa avec tendresse ses cheveux hirsutes qui tombaient en cascade. Il ne lui fallut guère plus d’affection pour terminer ce qu’il avait commencé. Au premier coup de bassin, je perçus sa rancoeur faiblir. Il s’adonnait au sexe avec une bestialité singulière. Son humeur changea plusieurs fois durant sa chevauchée. Il refoulait ses sentiments toujours un peu plus profondément dans le corps de la demoiselle. Le plaisir que lui procurait cette vendetta s’accentuait sous les contractions sporadiques de sa conquête. Je me détournai de lui ; je n’avais pas envie d’assister à la suite des événements.

Guidé par les remous, je me laissai porter vers la Porte des Songes. Les voeux et les peurs qui me traversaient m’intriguèrent par leur similitude. Les visions belliqueuses se succédaient. Je me noyais sous ces images de pleurs, de haine et de sang. Les doutes et les questions commençaient à infiltrer notre domaine. Les événements de la réalité marquaient profondément la texture chimérique. La curiosité l’emporta sur la crainte : je poursuivis mes recherches.

Les éléments convergeaient vers une même évidence : les bipolaires préparaient quelque chose. Le monde entier avait les yeux rivés sur les cités réprouvés qu’un épais brouillard couvrait de son voile ténébreux. Certains parlaient de l’avènement d’un homme - d’autres de l’apparition d’un dieu - mais tous s’étonnaient que le peuple l’accueillit si facilement en son sein.

Désireuse d’étudier le phénomène, je décidai de me rendre sur place. Reprenant pied dans la réalité, je modelai mon image selon mes envies. Malgré le torrent qui se déversait des nuages, je quittai le couvert des arbres. La pluie battait les eaux stagnantes à un rythme effréné, troublant le repos des sangsues qui y avaient élu domicile. Je m’enfonçai jusqu’au genou dans le marécage boueux et avançai d’un pas pressé. Les vers assoiffés, éveillés par l’orage, se lancèrent à l’assaut d’une chair illusoire. Je m’immergeai totalement dans le liquide trouble afin de rejoindre la rive opposée. Mes habits ne gardèrent aucune trace de mon passage dans la fange. D’après ma carte, la ville réprouvée se trouvait de l’autre côté des bois. Je franchis la lisière avec la certitude de trouver des réponses à mes questions.

La brume qui entourait la ville était dense et sombre. Je peinais à discerner les contours des arbres qui se fondaient dans le brouillard. Pourtant, je ne ralentis pas. Mon corps se délita plusieurs fois, avant de se reconstituer quelques mètres plus loin. Je m’habituai peu à peu au picotement désagréable qui accompagnait chacune de mes dislocations. Les déchirures se reconstituaient de plus en plus vite, puisant dans la magie pour réparer les tissus abîmés. Au bout de longues minutes, je pénétrai l’enceinte de la cité des vices.

L’ambiance était lourde et pesante. Je traversai la rue principale pour rejoindre le port. Autour de moi, les corps des réprouvés s’entremêlaient dans des ébats violents et frénétiques. Hommes et femmes s’adonnaient au plaisir charnel en toute impunité dans les rues de la ville portuaire. Les mouettes avaient envahi les lieux, picorant les poissons crasseux que des journées au soleil avait gâtés. Mes yeux céruléens se portèrent sur les cadavres empalés que les corbeaux avaient rongés pour moitié. Un liquide répugnant ruisselait le long des corps mutilés. Les rats appréciaient ce tableau apocalyptique. Les plus affamés dévoraient les restes délaissés par les oiseaux, alors que d’autres, plus joueurs, baignaient dans la flaque verdâtre qui s’était formée au pied des corps mutilés. La vision était digne des cauchemars les plus abominables. Je ne pus qu’imaginer l’odeur nauséabonde que les vents marins portaient au quatre coin de la ville. Et, pourtant, personne ne réagit. Étrangers comme citoyens baignaient dans une folle concupiscence. Je n’eus pas le temps de me poser davantage de question. Mon essence vibrait de la même aliénation. Je voulais à mon tour participer à la débauche, offrir mon corps à cette fête orgiaque. La privation m’était insupportable. Je me mêlai à la brume, caressant la peau transpirante de mes centaines de partenaires. Chaque atome de mon corps effleurait les sexes humidifiés par la luxure. Je cherchai leur proximité, implorai leur contact. Mes tentatives étaient vaines. Je ne pus m’empêcher d'hurler ma frustration. SéparateurUne cloche sonna un unique coup ; le glas retentit. Je quittai le débarcadère pour un paysage bucolique. Un vent puissant s’engouffra à travers mon pourpoint ; je m’étonnai de percevoir sa caresse. Autour de moi, les soldats dans l’expectative poussaient des hurlements bestiaux. L’un d’eux me lança une bourrade joyeuse. La douleur fusa dans mon épaule ravivant des sensations depuis longtemps oubliées. De l’autre côté du ruisseau, une horde de créatures - plus terrifiantes les unes que les autres - sortirent du couvert des arbres.  Le sourire aux lèvres, la hache levée, les bipolaires chargèrent avec hargne leurs ennemis ancestraux. Une première arme perça la cuirasse épaisse d’un bête hideuse aux dents proéminentes. Le monstre s’ébroua et frappa à son tour, griffant l’armure de son adversaire. La suite fut plus confuse. Les coups se suivirent, chacun ripostant à l’autre. Les tintements du métal marquaient la mesure d’une symphonie endiablée. Mes membres vibrèrent d’une excitation insoupçonnée. Sortant l’épée de son fourreau, je fonçai pour rejoindre mes compagnons. SéparateurUn éclair incandescent traversa les ténèbres. Allongée sur le lit à baldaquin, je ne le remarquai qu’à sa troisième manifestation. Je le suivis des yeux, perplexe. Les années d’isolement dans ce palais somptueux m’avait plongé dans une profonde apathie. Je n’accordai aucune importance à ce signe illusoire. Mes espoirs de liberté s’étaient depuis longtemps évanouis. Privée de mon existence, je m’astreignais à une vie austère, dénue des plaisirs physiques. Mes méditations n’étaient troublées que par les images entêtantes d’une idiote amoureuse.

Une sensation étouffante surgit dans ma poitrine. Elle s’intensifia à chaque apparition de la fulguration. Une voix lointaine pénétra ma demeure. Son accent tranchant m’était étranger. Tout mon être s’ébranla. Je m’arquai en un angle improbable. La voix se voulut plus forte, plus insistante. Mon corps réagit par instinct. Mes formes se délitèrent dans la texture du rêve. Je naviguai en eaux troubles, ballottée au gré des flots. Le temps se suspendit. Des tentacules terrifiantes parcoururent le tréfonds de mon âme, propageant une peur primitive. Je perdais le contrôle sur mon environnement. Le sol se dérobait sous mes pieds. Depuis mon éveil, c’était la première fois que je rejoignais la réalité. SéparateurMon adversaire me dominait de toute sa taille. Luttant pour ma survie, je fouettai l’air de mon sabre comme un wëltpuff chasse une mouche. La bête n’esquissa aucun mouvement lorsque la tranche de ma lame frappa son armure. L’arme vibra sous le choc, me forçant à resserrer ma prise. Une lueur d’amusement passa dans les yeux du monstre. Je n’étais pas un opposant à sa hauteur. D’un geste vif et brutal, il projeta mon cimeterre à plusieurs mètres avant d’abaisser sa hache. D'un unique coup,  il me fendit en deux comme un bûcheron abat un arbre. SéparateurLe linceul de la mort recouvrait le champ de bataille. Mes yeux se posèrent sur la plaine. Les rayons du soleil déclinant amplifiaient la coloration cramoisie de l’herbe. Le fracas du tonnerre gronda. Une étincelle luminescente déchira le ciel obscurci par d’épais nuages noirs. Malgré le tonnerre et le vent, de courageux charognards tournoyaient en silence, avides de se repaître des chairs mutilées qui jonchaient le sol. Un cri aigu retentit. Je fis volte-face. Une forme titanesque se détacha du paysage. Son regard de jade me transperça de part en part. La colère imprégnait les mimiques de son visage bourru. Dans son bras droit replié, un nourrisson dormait.

« Wo los sil ?»

Sa voix rocailleuse accentuait son air menaçant. Je ne pus m’empêcher de tressaillir en discernant l’énorme hallebarde qu’elle transportait sur le dos. Dans sa main gauche, je reconnus la dague d’or et d’émeraude qui m’était pourtant étrangère.

« Je ne comprends pas votre langue. »

Malgré ma forme nébuleuse, ma voix conserva sa tessiture cristalline. La rousse lâcha un soupir sonore.

« T’es qui toi ?

— Je suis…»

Je me tétanisai sur place. Le mot restait coincé dans ma gorge sans que je ne pusse l’en extraire. Mon interlocutrice s’énerva sous mon silence prolongé.

« Alors ?!

— Je suis… Shalendra »

Le nom s’était imposé à moi, comme une seconde nature. Je ne comprenais rien des changements qui s’opéraient dans mon corps. La brume qui me constituait forma une silhouette moins confuse. Mes traits furent ceux d’une jeune femme ingénue.

« Je suis ravie de vous servir, Maîtresse de la Dague »

Ces mots semblaient ceux d’une autre. Je les prononçai sans réussir à les taire. Ma parole m’échappait tout autant que mon nom.

« Vous m’avez libérée. Pour vous remercier, laissez-moi vous accorder trois souhaits. »

La guerrière secoua ses ailes déployées. Elle me jaugea un instant. Au loin, les cris de la bataille retentissaient toujours. Elle ne dit rien mais son coeur parla pour elle.

« Qu’il en soit ainsi. Je veillerai sur le nouveau-né jusqu’à votre retour. »

Elle écarquilla ses yeux plein de méfiance.

« J’tai rien demandé ! » gronda-t-elle

Je me contentai d’attendre, silencieusement. Le désir de combattre la tenaillait. Son ardeur était trop intense pour qu’elle pût la réfréner.

« Si quand j’reviens il lui est arrivé un truc, j’te bute, t’as compris ? Et si tu t’approches trop de lui, j’t’égorge ! »

Je hochai la tête. D’un geste délicat, elle déposa le nourrisson sur le sol, au milieu de tripes encore tièdes.     Un frisson parcourût mon corps ; la dague d’or et d’émeraude reposait à côté du bambin. Pour la première fois depuis des siècles, je me sentis libre.

« Toldiir Strikon Solheim » (dors mon petit Solheim) murmura-t-elle avant de s'éloigner.


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