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 [Q] Pour celles qui s’aiment | Sól

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Priam et Laëth
~ Ange ~ Niveau III ~

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Priam et Laëth
Lun 23 Déc 2019, 00:37


Partenaire : Sól.
Intrigue/Objectif : Sól et Laëth, séparées depuis longtemps, se retrouvent à Asgösth. Cette rencontre est peut-être l’occasion de soigner de vieilles plaies, si les expériences du Dieu de ce monde ne perturbent pas trop leurs échanges.


« Hm-hm-hm-hmmm-hm-hm-hmmm… hm-hmmm-hm-hm-hmmm-hm-hmmm… » La main de Laëth caressait les épis de blé, distraite. Était-ce un rêve ? Elle se rappelait s’être réveillée au milieu de ce champ, entre les gerbes d’or. Le soleil embrassait son visage, doux et chaud. C’était trop réel : l’acuité de ses sensations lui indiquait qu’elle ne flottait pas dans un monde de chimères. Elle tourna la tête de part et d’autre. Il n’y avait rien de plus que cette immensité dorée, sur laquelle soufflait une brise tranquille. Lumnaar’Yuvon ? Comment avait-elle pu revenir ? La veille encore, elle marchait avec la Compagnie de Yüerell… La pensée, fugace et crispante, mais irréaliste, qu’elle pût n’avoir jamais mis les pieds chez les Anges la percuta. Elle s’en alla comme elle était venue. Elle savait que c’était faux. Pure invention de son conscient troublé par l’improbable situation. « Hm-hm-hm-hmmm-hm-hm-hmmm… hm-hmmm-hm-hm-hmmm-hm-hmmm… » Cet air… Une vieille ritournelle, entêtante. Douce, aux accents du passé. Un des quelques airs délicats que chérissaient les Réprouvés de Bouton d’Or. Une berceuse pour s’endormir ou accompagner le travail répétitif des agriculteurs.

La mélodie posait des difficultés aux rouages de son esprit. Il avait du mal à retrouver le fil de ses pensées. Lumnaar’Yuvon, la Compagnie… Soudain, elle se souvint. Elle s’était entraînée avec Hena, puis, fatiguée, elle s’était assoupie. Les journées s’avéraient longues et difficiles, si bien qu’il n'était pas rare qu’elle sombrât inopinément dans le sommeil. Sa mentor souriait et ne disait rien d’autre que : « repose-toi, le but n’est pas que tu n’aies plus d'énergie une fois arrivés ». Les pronostics révélaient qu’il ne leur restait qu’un ou deux jours de voyage. L’excitation chatouillait les entrailles de tous les participants. Les sourires s’épanouissaient à mesure que la nervosité fleurissait, les plongeant dans cet entre-deux de fébrilité et d’impatience. Seuls les Patrouilleurs avaient déjà pu admirer les côtes dorées de l'île et son intérieur prometteur. Participer à ces expéditions était une chance, surtout aux yeux de la jeune Ange, qui ainsi se sentait appartenir d’autant plus au peuple angélique. Elle était utile. Elle se sentait bien. La jeune femme tâta la poche de son pantalon. Elle sentit le pourtour de la bague : un sourire redessina ses lèvres et son cœur battit un peu plus fort, l’espace de quelques secondes. Un air plus sérieux lui revint rapidement. Si elle n’avait aucune idée du lieu où elle se trouvait, tout indiquait qu’elle n’évoluait pas en plein fantasme. Comment s’était-elle retrouvée ici ? Elle commençait à avoir l’habitude des machinations divines. Il fallait qu’elle trouvât quelqu’un. Peut-être que l’on pourrait répondre à ses questions… La main sur le couteau à sa ceinture – Hena avait bien insisté sur le fait qu’elle n’était jamais assez sur ses gardes –, la brune adopta un pas plus dynamique. Elle jetait des regards de tous les côtés, aux aguets.

Après plusieurs minutes de marche, une silhouette se découpa dans le lointain. Laëth s’approcha en lançant un « eh ! » sonore. De petite taille, menue, de longs cheveux blonds. Le cœur de l’Ange bondit à l’instant où elle la reconnut. « Sól ! » cria-t-elle en accélérant le pas, jusqu’à trottiner vers elle. A quelques mètres, elle recommença à marcher. Ses iris verts la scrutaient, attentifs et surpris. « Comment vas-tu ? » Elle avait encore changé. A mesure qu’elle gagnait des centimètres, ses traits s’affinaient. Lentement, sous le poids du temps, elle perdait sa figure enfantine – et son esprit, aussi, devait grandir. Laëth ressentit un pincement dans la poitrine. Le vieillissement ne l’avait pas épargnée ; elle commençait à comprendre la peine que certains adultes éprouvaient en voyant les enfants grandir, grandir, grandir… jusqu’à toucher le ciel de leurs propres ailes. « J’étais si inquiète… » Elle avait envie de la serrer dans ses bras ; elle se tenait à distance, toutefois. Elle se rappelait de la première réaction de la fillette, lorsqu’elles s’étaient revues, la dernière fois. Le froid, glacé, de ses iris bleutés. « Mani n’est pas avec toi ? » Le petit garnement aurait probablement déjà surgi pour embêter sa sœur ou son amie. Cela étant, son absence n’en demeurait pas moins étonnante. Il semblait n’y avoir personne. La brune ne parvenait pas à décider si c’était angoissant ou non. Elle ne pensait pas être à Lumnaar’Yuvon ; elle ne pouvait pas s’empêcher de songer, de plus en plus, à un nouveau jeu de la part des Dieux. Goût amer de l’inquiétude dans la bouche.

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Sól
~ Réprouvé ~ Niveau II ~

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Sól
Mar 07 Jan 2020, 15:47


En entendant la voix qui l'appelait, au loin dans son dos, Sól sentit son corps se tendre de lui-même. La voix lui était familière, raisonnant en elle tel un souvenir lointain. La fillette prit quelques secondes pour réfléchir à qui pouvait appartenir cette inflexion sans parvenir à mettre un visage ou un nom dessus. Peu importait en réalité : le simple fait d'entendre son nom venant de sa bouche suffisait à lui remuer le ventre, de nouer son cœur et de serrer sa gorge. Même si l'identité de l'inconnue lui échappait encore, elle était certaine de la connaître. Sans qu'elle ne comprenne ce qu'il lui arrivait exactement, une grande mélancolie s'empara d'elle. Pendant un instant, elle sentit même les larmes vouloir monter jusqu'à ses yeux. Non. Il ne fallait pas qu'elle pleure. Une Réprouvée ne pleure pas. Jamais. Les Réprouvées sont fortes et ne perdent pas leur temps en pleurnicheries ! Et puis, elle ne devait surtout pas pleurer pour elle. Elle ne se souvenait pas non plus d'où lui venait cette certitude mais elle savait qu'elle ne voulait pas verser de larmes pour cette personne sans visage. Ne plus en verser, se corrigea-t-elle mentalement. Le corps tendu et les poings serrés, l'Angelotte se tourna pour faire face à l'intruse qui avait perturbé sa tranquillité, qui avait éveillé en elle un tourbillon d'émotions.

Les yeux bleus, limpides de la plus jeune se heurtèrent à la silhouette de la seconde personne. Cette vérité là se confronta à une réalité passée, lointain souvenir chéri et détesté à la fois. La peau autrefois basanée s'était vue éclaircie loin du soleil de Lumnaar’Yuvon. Ce corps qui n'avait pu être forgé par le travail au champ avait pourtant évolué pour laisser place à une agilité et une force plus accrue par les années passées. Mais le visage, lui, restait sensiblement fidèle aux souvenirs qu'avait conservé la blonde. Des traits doux, un regard émeraude empli d'émotions et une crinière sombre encadrant le tout. Laëth. Le mystère levé, Sól regretta aussitôt de s'être retournée. Elle était bien, étendue dans le champ de blé à observer les formes des nuages. A ce moment là, elle se sentait encore paisible, sereine, comme si tous ses soucis n'existaient plus. Pourtant, dès que ses yeux s'étaient posés sur la silhouette de son ancienne amie, le ressentiment qu'elle avait gardé pour elle depuis leur dernière rencontre remonta tel un ras-de-marré, la submergeant et faisant rosir ses joues. Ses yeux bleus, d'habitudes clairs et malicieux, s'assombrirent et s'emplirent de nuages tumultueux, lançant des éclairs comme pour dissuader la brune de s'approcher davantage. Retenant les mots qui tournoyaient dans sa tête, Sól se mordit la lèvre inférieure.

« Ca va bien. » répondit sèchement la petite Réprouvée tout en scrutant son interlocutrice. Elle ne prit pas le temps de lui retourner la politesse. Elle n'était pas certaine de vouloir connaître la réponse. Ou plutôt, elle ne pensait pas devoir avoir envie de connaitre la réponse. « Inquiète pourquoi ? » demanda-t-elle. Inquiète parce qu'ils s'étaient embarqués dans cette drôle d'aventure, son frère et elle ? Oui, c'était sans doute cela. Après tout, c'était Laëth qui avait insisté pour que les enfants retournent à la porte afin de rentrer saints et saufs chez eux. La mère des deux bambins lui aurait été reconnaissante s'ils avaient avoué qu'elle était à l'origine de cette décision mais aucun des deux ailés n'avait daigné le souligner. A la place d'attendre une réponse, Sól ne put s'empêcher de laisser cingler sa réplique. « Si tu ne nous avais pas abandonnée, tu n'aurais pas eu à t'inquiéter pour rien. » accusa-t-elle, la voix tremblante malgré la volonté de sa propriétaire. La fillette se racla la gorge pour se débarrasser des dernière traces de fébrilité. « Non. Il est sans doute occupé aux champs. » dit-elle sobrement. Si elle aurait d'habitude accueillit cette constatation avec soulagement, elle regrettait cette fois-ci de ne pas être accompagnée de son insupportable jumeau. « Priam n'est pas avec toi ? » dit-elle en écho.

La petite fille sentit son cœur chavirer. Elle était tiraillée entre l'envie d'oublier que son aînée l'avait abandonné, lui préférant une bande d'inconnus, afin d'aller se blottir dans ses bras comme si elle n'était jamais partie des terres dorées; et la fierté raciale qui l'empêchait de vouloir s'intéresser à cette traître, cette étrangère. Qui la forçait à la rejeter, à vouloir tourner les talons et mettre le plus de distance entre elles. « Comment ça se passe chez les Anges ? » Cette question n'avait rien de bienveillant. Elle avait appuyé sur le mot « Anges », soulignant tout le mépris qu'elle éprouvait pour cette race. L'accent dur du langage réprouvé raisonnait dans sa bouche, plus agressive encore qu'à l'accoutumé.
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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Dim 12 Jan 2020, 22:05



Les enfants sont cruels. D’une cruauté juste. Ils ne pardonnent pas les fautes des adultes, ces erreurs commises par négligence. Ils ne mentent pas pour ménager leurs egos ou leurs sentiments. Leur regard brille de l’éclat dur et féroce de la vérité. Celui de Sól percuta Laëth avec une vélocité puissante. Elle ne bougea pas, les pieds fermement ancrés dans le sol. Ce n’était qu’une façade. Son cœur frappait contre sa cage thoracique, et chaque coup qu’il se portait craquelait sa chair sensible et fragile. Il se fendait d’émotions négatives : dans chaque interstice nouvellement créé venaient se loger remords, peine ou détresse. Le ton froid de la petite fille glaçait son sang. Son pouls givrait, mort douce et cruelle. Si tu ne nous avais pas abandonnés. Existe-t-il pire situation que celle où l’on devient le bras de ses propres peurs ? Où on les fait subir aux autres, quand la simple idée de les endurer nous est insupportable ? Peut-il naître plus grande culpabilité ? Elle savait ce qu’elle était : une traîtresse, une parjure qui méritait uniquement qu’on lui tranchât la tête, pour mieux l’exposer au bout d’une pique. L’Ange serra les poings ; sa mâchoire était si crispée qu’elle en avait mal aux dents. Elle aurait voulu que tout pût être pardonné. Elle savait que ce n’était pas le cas. Certaines blessures ne se résorbaient pas. Les pansements qu’on posait n’adhéraient pas, et le sang les noyait.

Elle secoua la tête. « Non. » Non, il n’était pas là. Et les Ætheri savaient comme il lui manquait. En prenant la décision de partir pour les expéditions angéliques, elle avait conscience qu’elle ne le reverrait probablement pas avant longtemps. Ce n’est que temporaire, s’était-elle dit pour apaiser sa tristesse. Toutefois, la mélancolie qui l’étreignait par moments possédait une force qu’elle n’aurait pas soupçonnée. Plus l’envie de le voir se faisait pressante, mieux elle comprenait le lien qui les rattachait. Au fil des années, cet amour fraternel s’était nourri de proximité physique et d’affection mutuelle, tant et si bien que Priam était devenu son point d’ancrage dans ce monde qui tourne parfois trop vite. Elle défendait son indépendance ; elle avait besoin de lui. Bercée par le déni, elle ne voulait pas se l’avouer, pas comme ça. Elle aurait aimé qu’il fût là et son absence la peinait, mais elle était fondamentalement heureuse de partager cette relation avec lui. Malgré ses défauts agaçants, son amour inconsidéré pour à peu près tout ce qui n’avait pas trait aux Anges, et leurs disputes occasionnelles, elle n’aurait échangé ce lien pour rien au monde. Il était son meilleur ami. Personne ne prendrait jamais sa place. Et c’était rassurant, c’était diablement rassurant et réconfortant, quand Sól la regardait avec des yeux qui crachaient sa colère.

« Bien. » répondit-elle, surprise par la fermeté de son ton. Peut-être était-ce en réaction à l’appui dur exercé par la fillette sur le mot « Anges » ? Elle sentait tout ce qu’elle voulait dire par là. Ces inconnus. Ces étrangers. Ces autres. Ces perdants. Ces voleurs. « Ça se passe bien. » Elle se tut. Ses iris scrutaient ceux de l’enfant, à la recherche d’une étincelle d’amour. Laëth connaissait bien l’ire et ses ravages. Sa puissance lui était coutumière. Elle avait conscience qu’elle faisait dire et faire de terribles choses, que l’on regrettait ensuite ; qu’elle érigeait des murs qui se voulaient insurmontables ; que parfois, elle voulait se nourrir de souffrance pour délivrer l’apaisement. Elle avait déjà entendu dire qu’elle était préférable à l’indifférence, qui survole sans même toiser. La colère naît des amours bafouées. L’Ange s’accroupit, jusqu’à poser un genou à terre. Elle croisa ses poignets sur celui qui était surélevé. Se redressant légèrement, elle inspira et riva ses yeux sur ceux de la blonde. Elle aurait pu lui raconter des centaines de choses. Des choses qu’elle lui aurait dites si elle ne l’avait pas abandonnée. Sa vie aux Jardins, les bals et les robes trop étroites, son entrée dans la Compagnie de Yuërell, Hena et ses entraînements éreintants mais épanouissants, le métal et Adriel, son départ pour les expéditions, la Terre d’Iyora… Toutes ces aventures et tous ces accomplissements qui les auraient fait rêver, autrefois ; tous ces pavés qui traçaient une même voie : celle pour devenir une guerrière accomplie. Elle aurait pu lui demander si elle avait reçu sa lettre et le talisman, aussi. Au lieu de quoi, elle débuta ainsi : « Je sais que j’aurais dû te dire que je partais. Si j’avais la chance de revivre ce moment, crois-moi, je le ferais. » Son Zul’Dov était toujours impeccable. Elle avait craint de l’avoir un peu oublié – cette culture faisait trop partie d’elle. « Je ne voulais pas te blesser. C’était stupide de ma part, parce que ne rien te dire, c’était te trahir encore plus. » Elle aurait pu lui parler comme si elle avait eu affaire à une enfant – ce qui était le cas. Cependant, elle savait Sól assez mûre et intelligente pour qu’on lui parlât comme à une adulte. « Je n’étais pas assez mature pour m’en rendre compte, à l’époque. » La brune frissonna. Ce dévoilement psychique la secouait. « J’ai préféré fuir plutôt que d’affronter ton regard, tes émotions, et les miennes. C’était lâche. » Elle se rappela des paroles de Kaahl, dans les Sources, celles qui parlaient d’envies, de fuite et d’affrontement. Ce n’était pas tant ses envies qui posaient problèmes : c’étaient ses émotions, tyranniques et barbares, qu’elle cherchait à éviter. C’était exactement ce qu’elle avait fait, en cachant ses desseins à Sól. « A ta place, je me détesterais. Et je ne peux rien faire pour changer ça. Je le sais. Ça me fait du mal, mais c’est de ma faute. » Elle avait choisi de partir. Personne ne l’y avait forcée. Elle refusait de l’admettre, parce que c’eût été trop blessant, mais il était probablement vrai que tout le monde eût préféré qu’elle restât. Laëth inspira doucement, calmement. « La seule chose que je peux faire, c’est te présenter mes excuses. » Elle avait envie de la prendre dans ses bras, de caresser ses cheveux d’or, de sentir l’odeur de blé qu’ils dégageaient. « Je suis vraiment, vraiment désolée, Sól. Du plus profond de mon cœur. » Et il ne craquait plus. Il se ressoudait tendrement, parce qu’elle venait de faire ce qu’elle aurait dû faire longtemps auparavant. Trouver l’enfant, abandonner son ego, dévoiler ses émotions, demander pardon. Lâcher prise, un peu. Un sourire encourageant et attendri effleura ses lèvres. L’Espoir l’enlaçait.

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Sól
Lun 13 Jan 2020, 04:08


Sól observait son ancienne amie avec le regard implacable de ceux qui jugent. Un éclat dur mais juste, puissant et pourtant si distant. Ce n'était en rien le regard brillant qui laissait entrevoir sa malice et son intrépide envie jouer avec sa camarade préférée. Ce regard là n'avait rien à voir avec celui qu'elle avait toujours réservé à l'ange, lorsqu'elles étaient toutes les deux à Lumnaar’Yuvon. Lorsque leur complicité existait encore. Lorsque Sól lui faisait toujours confiance. Une confiance aveugle, naïve, de celles que l'on place chez les personnes que l'on pense infaillible, qui devraient toujours rester à nos côtés. Ceux qui ne trahiront jamais nos espoirs et nos attentes. Il semblait que la petite ange s'était fichtrement trompée. De ses espoirs de pouvoir devenir comme la brune, qu'elle avait toujours idéalisé; de sa certitude que Laëth la comprenait et l'épaulerait toujours : oui la traîtresse avait brisé tout cela sans compassion. « Bien. » Un simple mot, qui était lui aussi tout autant dur que l'avait été le précédent. La blonde n'avait pas dit le moindre mot, elle n'avait pas esquissé la plus petite phrase, laissant Laëth s'exprimer, se libérer de son fardeau, vider le chagrin de son cœur. Sans doute aurait-elle dû être émue par cette mise à nue. Peut-être bien qu'elle l'était, au fond d'elle-même. Sans doute l'aurait-elle été davantage si elle ne s'était pas entourée de plusieurs couches de rancœurs et d'amertumes. L'angelotte s'était endurcie, et cela ne concernait pas seulement ses petits muscles. Et puis, c'était le rôle des adultes de se montrer raisonnables, de réfléchir à l'impact de leurs réactions et de les atténuer le cas échéant, pour ne pas blesser leur interlocuteur. Sól, elle, n'était qu'une pierre brute, ses sentiments ressortaient tels quels sans qu'elle ne les déguise, sans superflu et sans faux-semblant. Elle ne se forçait pas, disait ce qu'elle ressentait sans essayer d'anticiper l'effet de ses mots sur cette jeune femme qui était devenue une inconnue. Sur cette femme qui arborait les traits de sa meilleure amie, mais qui n'était rien d'autre qu'une étrangère.

Sól croisa les bras sur sa poitrine tout en détaillant la silhouette de son ancienne camarade, accroupie pour être à sa hauteur. Elle hésita une seconde puis demanda du bout des lèvres : « Il savent se battre, au moins, tes empiaffés ? » Aussitôt prononcé, la fillette voulu ravaler ces paroles, afin de ne jamais les avoir dits à haute voix. Car ils montraient cet intérêt, sans doute minime mais pourtant bien réel, qu'éprouvait la plus jeune envers cet univers lointain qu'était le domaine des Anges. Elle s'horripilait d'être autant intriguée par ce qui n'aurait dû que la repousser et la dégoûter. Oui, Sól devrait haïr ces Anges et leur satané Jardin, détester ceux qui lui avaient dérober celle qu'elle avait au fil des ans considéré comme sa grande sœur. Et pourtant, malgré la méfiance et la jalousie qu'ils lui inspiraient, il y avait également une pointe d'envie, une curiosité irrépressible, brûlante. En vérité, la fille de réprouvés cherchait juste à comprendre ce que ces ailes blanches avaient de plus qu'eux pour que Laëth les eut préférés à sa famille et sa maison. « Est ce que... Est ce qu'ils sont gentils avec toi ? Est ce qu'ils te donnent bien à manger ? Et est-ce que tu t'es fait des amis ? » Sól sentait en elle un flot de question monter de ses entrailles et jaillir de sa bouche, comme si elle n'avait aucun contrôle dessus. Maintenant qu'elle avait posé une première question, elle ne pouvait plus s'arrêter : sa curiosité et son envie de comprendre devaient être rassasiées. « Est ce que les anges sont vraiment si nuls qu'on le dit à la maison ? Est ce qu'ils rigolent plus et qu'ils ont pas le droit de faire des blagues sur les trucs de grands ? Est ce qu'ils ont vraiment plus le droit de boire d'alcool ? Parce que moi, j'ai goûté à de la bière une fois - c'est papa qui m'a fait boire dans sa choppe - et puis bon, moi j'ai pas trouvé ça bon mais tout le monde me dit que c'est parce que c'est pour les adultes et que j'aimerai ça plus tard. Alors, si tes anges ils peuvent vraiment pas boire de la bière, hein, alors ils sont vraiment nuls hein. » C'était plus fort qu'elle. Sól ressentait l'envie dévorante de se livrer comme elle le faisait autrefois. De lui raconter les souvenirs auxquels Laëth n'avait pas pu être présente, comme la fois où elle avait failli embrocher son frère sur sa fourchette ou bien son étrange enlèvement par cette créature bizarre qui l'avait terrifié comme jamais rien ne lui avait jamais fait peur. « Et puis pourquoi ils sont toujours si guindés les anges, d'abord ? Máni dit que c'est parce qu'ils ont pas le droit de baiser mais cet idiot dit toujours plein de conneries. » Oui, son jumeau n'était pas exactement quelqu'un de fiable. Non pas que Laëth le soit davantage, et pourtant, Sól attendait d'elle des réponses qu'elle croirait sans hésitation. Malgré tout ce temps passé, malgré la méfiance qu'elle lui inspirait aux premiers abords, la blonde ne pouvait s'empêcher de lui faire confiance. Car après tout, même si elles étaient devenues des étrangères l'une pour l'autre, rien ne les empêchait d'apprendre à se connaître à nouveau. Au fond, Laëth restait Laëth malgré son départ et ses nouveaux muscles, Sól restait Sól même avec son regard dur et ses quelques centimètres supplémentaires.

« Et puis... » La réprouvée se tut abruptement. Son regard, qui s'était adouci à chacune de ses questions, redevint dur, acéré, méfiant. Contrarié. Son silence était épais, presque étourdissant après toutes ses questions. La voix tremblante, Sól braqua son regard dans celui de son aînée. « Je crois que tu me manques un peu... » avoua-t-elle du bout des lèvres, comme si on le lui avait arraché. Voilà. La vérité était enfin sortie. « Mais juste un peu. » ne put-elle s'empêcher de préciser en détournant la tête.
1068 mots
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Priam et Laëth
Mer 29 Jan 2020, 11:40



A ce que l’on brise ; sans attention, sans égard, sans compassion, par inadvertance, par mégarde, par inconscience. A ce qui ne se répare pas ; parce que les egos blessés sont des terreurs rancunières et tyranniques, qui se targuent de pardonner quand rien n’est oublié. A ce que l’on a perdu ; dans les flammes des orgueils brûlent les souvenirs d’un temps révolu. Laëth attendait ce pardon qu’elle ne méritait peut-être pas, avec toute cette appréhension en fond, comme un écho déplaisant qui chante au creux d’une vallée aride. L’Espoir l’enlaçait et le cœur se ressoudait, oui, mais elle avait la bouche pâteuse, la gorge sèche et des picotements dans les doigts. Prête à tout et à rien à la fois, trop chargée d’espoir pour entendre ce « bien » qui claqua comme un fouet. Elle serra la mâchoire et les poings. Elle prenait sur elle, dans l’attente d’une réaction plus élaborée. Même un « je te déteste et je ne veux plus jamais te revoir » aurait sans doute été préférable à ce petit mot et ces bras croisés qui ne reflétaient qu’une dureté trop proche de l’indifférence. Elle n’y croyait pas, ou ne voulait ni ne pouvait y croire. Elles avaient été si proches. Avait-elle tout balayé en décidant de partir ? Son pouls se crispa. A la recherche de la moindre étincelle, l’Ange scrutait les yeux bleus de l’enfant. Enfin, quelque chose. Les lèvres de Laëth tressautèrent dans un sourire ému, et elle répondit calmement : « Oui, ils savent se battre. Pas de la même façon, mais ils sont redoutables aussi. » La pression retombait lentement. Sa respiration se fit plus tranquille, de même que les battements de son palpitant, qui reprirent un rythme mesuré. L’Ailée était prête à répondre à toutes les questions de Sól si cela l’aidait à comprendre et à passer outre. Néanmoins, elle fut ensevelie sous un tel flot d’interrogations qu’elle n’eut pas le temps de s’exprimer pour une seule d’entre elles. Le trouble de la petite fille se déversait en cascade de sa bouche, sans qu’elle semblât capable de l’empêcher. L’adulte – il n’y avait plus d’adolescente, elle l’avait laissée derrière elle – essayait de tout retenir pour pouvoir satisfaire sa curiosité et taire ses inquiétudes. La sensation de retrouver celle qu’elle croyait perdue ne la quittait plus, et elle n’avait plus qu’une envie : la prendre dans ses bras et la serrer contre elle. Même son regard final, même son silence pesant ne chassaient pas cette volonté de son corps et de son cœur. Ils frémissaient de concert et vacillèrent sous la force des quelques paroles qu’elle parvint à lâcher comme des aveux. Peu importe l’effort qu’elle fit pour les tempérer. Laëth afficha un sourire attendri. Elle n’osa pas tendre les bras vers elle, mais l’intention y était. « Tu me manques aussi. » confessa-t-elle. « Beaucoup. Même avec tous les amis que j’ai pu me faire, et toute la gentillesse dont ils font preuve, ça ne compense pas. » Avec les êtres vivants, l’avantage comme le problème réside dans le fait qu’ils ne sont pas remplaçables. « Et je mange bien, oui. Le miel est moins bon qu’à… » Elle hésita. A la maison ? A Lumnaar’Yuvon ? Qu’est-ce qui était vrai ? Qu’est-ce qui n’énerverait pas la gamine ? « Moins bon. Mais ça doit être parce que je ne le mange plus avec toi. » Est-ce qu’elle se goinfrait toujours de tartines pour le goûter ? Est-ce qu’elle essayait toujours d’en négocier une supplémentaire ? Auprès de qui ? Une pointe de jalousie piqua sa poitrine, mais elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même. Elle leur avait tourné le dos, et la vie avait poursuivi son cours, sans elle. Elle avait choisi une autre famille ; pour cela, il avait fallu perdre la précédente. Seul Priam avait subsisté. Un peu malgré lui. Un sentiment paradoxal, d’abandon et de solitude, la happa. Prise au dépourvu, elle cligna des yeux. C’était absurde : elle était au moins aussi entourée qu’à Lumnaar’Yuvon, et sans aucun doute mieux comprise. Elle avait délaissé et donc perdu, cependant, elle avait énormément gagné, notamment en termes d’épanouissement. La chape qui la compressait se leva et elle se sentit plus légère. « Les Anges sont différents des Réprouvés. Et c’était très bizarre, au début. Même si j’avais envie de vivre parmi eux, j’ai dû faire des ajustements qui n’ont pas toujours été faciles à comprendre ou à mettre en place. » Elle n’avait pas l’intention de lui mentir. « Máni n’a pas tout à fait tort. En fait, tu peux coucher avec quelqu’un, mais pour ça, il faut aimer cette personne, en être amoureux. » Ce qui changeait drastiquement des habitudes bipolaires. La masturbation était aussi sujette à discussion, mais elle n’avait pas l’intention d’aborder ce sujet avec la fillette. Peut-être dans quelques années. « Si tu couches avec quelqu’un juste pour le sexe, c’est considéré comme de la Luxure, et c’est un péché. C’est pareil pour la boisson, si tu finis ivre mort, c’est que tu as été trop Gourmand. » Avec Priam, ils avaient déjà terminé sur le bord de la route, plusieurs fois, complètement terrassés par les pintes qu’ils avaient bues. Depuis leur arrivée aux Jardins, ils prêtaient plus attention aux quantités qu’ils ingurgitaient. Ça ne lui posait aucun problème. De toute façon, avec l’entraînement militaire qu’elle endurait, rouler sous les tables tous les soirs n’aurait pas été envisageable. « Ça doit être pour ça qu’ils ont l’air vachement guindés, ouais. » Elle sourit. « Mais ça ne les empêche pas de faire de l’humour, parfois même douteux, de rigoler, ou de boire de temps en temps, au contraire. Je crois que la bière n’est pas la boisson favorite des Anges de souche, mais les enfants de Réprouvés en consomment toujours. » A la culture angélique, ils superposaient la leur. Un métissage se créait, et malgré tout, les normes de la société des Ailes Blanches s’assouplissaient – du moins, telle était son impression. « J’en bois de temps en temps, quand j’ai le temps. Je n’ai pas trop aimé ça non plus la première fois que j’ai goûté. J’ai trouvé que c’était amer. » A ce souvenir, elle grimaça. D’autres lui succédèrent, doux-amers. Son regard perdu dans ceux-ci revint à la blonde, et elle lui demanda : « Comment ça se passe pour toi ? »

A peine avait-elle fini de prononcer sa question que sous leurs pieds, le sol se mit à trembler. Un grondement s’éleva dans le ciel.

Message III - 1057 mots




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Sól
Mar 04 Fév 2020, 14:15


La blonde essayait de s'imaginer les paroles décrites par son aînée. Elle essayait de la visualiser, entourée de tous ces gens aux ailes semblables aux siennes. Elle se la figurait au milieu de ses nouveaux amis, en train de rire, de manger des tartines, de boire de la bière. Son esprit fermé ne connaissait rien de plus que la culture réprouvée, elle ne s'était jamais ouverte au reste du monde et ne pouvait donc pas ajouter d'éléments supplémentaires au tableau qu'elle créait mentalement. Ces limites intellectuelles l'empêchaient de percevoir ce que Laëth avait vu, lui interdisaient de considérer cette terre lointaine comme un lieu de paix et de délivrance, d'acceptation. Pour elle, les Jardins angéliques ne seraient jamais rien de plus que l'habitation de ceux qui lui avaient ravi son amie. Non, son ancienne amie. Sól se mordit la langue pour s'empêcher de couper la parole de la brune. Elle avait posée des questions, elle devait désormais en écouter les réponses, même si ces dernières ne lui convenaient pas. Se renfrognant à nouveau, elle enfonça ses mains dans les poches de son pantalon en toile et joua du bout de la bottine avec un cailloux afin de cacher sa jalousie, qui transparaissait néanmoins en une coloration rosée sur ses pommettes à mesure que le ressentiment envers ces emplumés grandissait dans son cœur. Lorsque Laëth conclut son expérience avec la boisson ambrée, la réprouvée ne put s'empêcher de lâcher un petit commentaire amer, comme pour laisser évacuer un peu de son mal-être. « Mouais... Ils ont rien de mieux que nous, quoi. » Finalement, toutes ces questions n'avaient pas suffit à lui faire comprendre. Ou peut-être qu'elle se mentait à elle même. Peut-être qu'au fond, elle ne voulait pas réellement comprendre. Il y avait quelque chose d'effrayant à l'idée de se laisser tenter par cette vision, comme si elle craignait elle aussi d'avoir envie de quitter les champs de Lumnaar’Yuvon une fois qu'elle aurait eut un aperçu de ce fruit défendu... Finalement, les Anges luttaient contres les Péchés. Le péché de Sól était sans doute la curiosité dévorante, qui lui faisait faire un pas en avant vers la brune puis trois en arrière, pour s'en préserver. En un sens, elle ne pouvait nier faire partie de cette race immaculée, quand bien même elle désirait de tout son être appartenir à ceux qui entachaient ces valeurs par leur existence même.

« Moi, j'apprends encore à me battre. » eut-elle à peine le temps de répondre, lorsque le monde se mit à grincer. Le cœur de la fillette fit un bond dans sa poitrine. Elle sentit ses muscles se tendre, ses membres se figer. Alerte, elle tourna la tête dans tous les sens, essayant de comprendre la cause de cette perturbation. Pendant un instant, elle ne vit rien de réellement alarmant. Les cieux grondaient à mesure que les nuages sombres l'envahissaient, déversant une pluie qui se rapprochait lentement des deux Anges. Sól prit soudainement conscience de l'environnement dans lequel elles étaient : un champ immense, qui n'en finissait plus. Il n'y avait ni habitations, ni couvert. Avec un hoquet de surprise, l'enfant réalisa qu'elles n'étaient pas à Lumnaar'Yvon. Elle essaya de se souvenir comment elle s'était retrouvée ici, mais sa mémoire lui faisait défaut. Il lui paraissait être parvenue jusqu'ici de façon tout à fait naturelle. La gorge nouée par une appréhension grandissante, la plus jeune se rapprocha de la seule source de sécurité à sa disposition : Laëth. Abandonnant toute la méfiance dont elle s'était recouverte, Sól courut se réfugier dans le dos de l'adulte, s'agrippant  timidement à l'un de ses bras. Finalement, le rideau de pluie les atteignit et en quelques secondes elles furent mouillées de la tête aux pieds. Au loin, une forme semblait s'extirper des entrailles de la terre. Une silhouette à la taille démesurément grande. Malheureusement, avec cette pluie diluvienne, l'Angelotte était incapable de voir ce qu'était cette chose. « Laëth... C'est quoi ce truc, là-bas ? » demanda-t-elle en se blottissant davantage contre l'Ange. « Je... Je n'aime pas ça. Est ce qu'on peut partir ? » demanda-t-elle d'une voix presque implorante, à peine audible à cause de la météo.
730 mots
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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Mar 18 Fév 2020, 11:45



La pluie s’abattit sur les deux Anges. Laëth retira promptement sa veste et la jeta sur les épaules de Sól pour la protéger de toute l’eau qui se déversait sur elles. « Quel truc ? » demanda-t-elle en se tournant, la main sur l’épaule de la petite fille. Face à elles, une haute silhouette se dressait. Elle était loin, à plusieurs centaines de mètres, mais, déjà, elle avançait vers les gamines de Lumnaar’Yuvon. Ses doigts se resserrèrent sur la fillette et son visage se crispa. Partir. Elle regarda tout autour d’elle. Partir. Une issue. Un refuge. Il n’y avait rien. Rien d’autre que ce champ immense, que les larmes du ciel battaient de rage. Un éclair zébra la voûte et illumina tout le paysage. La forme qui marchait en leur direction apparut plus clairement. C’était un être humanoïde, vêtu d’une longue robe de la même couleur que les blés. A cette distance et à cause du rideau de pluie, il lui était impossible de dire s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Il tenait une épée devant lui, prêt à parer ou à attaquer. Sous la lumière vive mais brève de la foudre, l’Ange crut voir du sang maculer la lame, un sang aussi vif que la chevelure de la créature. Un sentiment puissant étreignit son cœur ; un sentiment d’urgence virulent. Elle crut son instinct. « Cours. » Elle l’avait soufflé. « COURS ! » Elle l’avait crié. Comme elle pivotait vivement, elle attrapa la main de l’enfant et se mit à courir dans le sens inverse de la marche de ce qu’elle percevait comme une menace.

La pluie battante ralentissait leur course – elle ne pouvait pas envisager de déployer ses ailes. Sans Sól, Laëth aurait certainement pu avancer plus vite. Elle avait de grandes jambes et son entraînement lui avait permis de développer des muscles et des capacités cardiaques et respiratoires plus efficaces. Cependant, elle ne pouvait se résoudre à l’abandonner. Pas encore. Pas une fois de plus. Alors, elle la tenait, prête à la rattraper si elle trébuchait, prête même à la porter s’il le fallait. Plusieurs fois, elle jeta un regard par-dessus son épaule. L’apparition, surgit des entrailles du monde, se déplaçait d’un pas lent et assuré. Même ainsi, elle les rattrapait. Il leur fallait impérativement trouver une cachette. Un grondement sourd retentit, et la terre sous leurs pieds trembla à nouveau. L’Ange fut projetée en avant par une secousse et tomba, en essayant d’amortir sa chute sur la tranche. A peine dans la boue, elle se redressa vivement et attrapa l’enfant par les bras. « Sól, Sól ! Ça va ? » Sa propre joue était égratignée, notamment au niveau de la mâchoire, ainsi que son avant-bras, mais l’adrénaline anesthésiait la douleur. Si l’instinct de survie bataillait pour trouver une solution, elle se sentait terriblement désemparée. « On doit continuer. » Elles n’échapperaient pas au guerrier et elle en avait parfaitement conscience. Elle ne pouvait juste pas le lui dire. La brune se releva, reprit la main de la petite fille, et s’apprêta à s’élancer. Elle s’arrêta net.

Elle était là, devant elles. C’était une femme. La géante surplombait les deux Anges. Elle devait avoisiner les quatre mètres, et l’aura qu’elle dégageait n’invitait pas à la sous-estimer. Sa robe se fondait en une armure dont la cotte de maille, par endroits, s’incrustait dans sa peau diaphane. Ses cheveux ne semblaient pas faits de la même matière que les leurs ; en fait, ils flottaient en volutes liquides autour de sa tête, comme de longues veines exposées à l’air libre. Un masque recouvrait à moitié son visage, ne laissant apparaître que sa bouche carmine. Aucune émotion ne transparaissait. L’épée écarlate mesurait presque la même taille qu’elle. Le sang qui l’abreuvait se désagrégeait par fragments jusqu’à devenir fumeux et disparaître dans le vent. Laëth attira Sól jusqu’à elle, contre sa hanche, de sorte à ce qu’elle fût un minimum protégée par son propre corps. Compte tenu de la puissance apparente du colosse, cela ne changerait probablement rien, et les intentions n’avaient aucun poids dans cette configuration ; toutefois, elle espérait au moins que son amie en serait rassurée. Elle glissa une main dans ses cheveux blonds. L’autre, à sa ceinture, se contractait autour du manche de son couteau. Malgré elle, malgré tout le courage qu’elle mobilisait, elle tremblait. Même si elle l’avait voulu, elle n’aurait pas pu détourner les yeux de la combattante qui les dardait de son regard inexistant. Elle ne bougeait pas, immobile comme une statue. Puis, elle souleva son épée. La jeune femme tendit inutilement un bras devant son visage. La lame s’enfonça dans la terre ; un nouvel ébranlement secoua les deux Anges, toutefois pas assez férocement pour les faire tomber. Puis, une voix, lourde, profonde et chaude, s’échappa de la bouche de la titane. « Les innocents payent de leur sang la dette des traîtres. »

Message IV - 814 mots
Artwork : Blood Blade by Bastien Lecouffe Deharme (artstation.com)
Tu joues la Madame comme tu veux bien sûr <3
J'ai rien prévu, j'ai écrit un peu comme ça, donc fais-toi plaisir !




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Dim 08 Mar 2020, 17:42


Sól avait récemment eut le loisir d'éprouver ce qu'était la véritable peur, au cours d’événements qui l'avaient dépassé. Elle s'était faite kidnapper par un monstre difforme; s'était retrouvée envoyée dans un labyrinthe incompréhensible où elle aurait dû participer à une guerre qui ne la concernait aucunement - fort heureusement, Laëth avait veillé à ce qu'elle n'y soit pas mêlée - et, plus récemment, avait faillit être la victime d'un Goled. Chacun de ces épisodes avait gravé en elle un sentiment de peur, de terreur même, à tel point que le simple fait d'y penser réveillait en elle quelques mauvais démons qui se tapissaient dans l'ombre de son cœur. Oui, elle pensait s'être habituée à cette émotion insidieuse, qui vous gagne sournoisement, vous glace les sangs et vous paralyse pour ne laisser place qu'à une seule pensée : s'enfuir. L'Ange devait se rendre à l'évidence. Ces peurs là n'étaient rien, en comparaison de celle qui s'emparait d'elle en cet instant.

Courir. Ne pas lâcher la main qui la tirait en avant, loin du danger. Courir plus vite. Ce n'est toujours pas assez. La chose les rattrape, inéluctablement, tel un funeste destin près à s'abattre. L'enfant essaye de ne pas se retourner, d'ignorer la menace, de filer droit devant elle. Levant haut les pieds pour éviter de trébucher, respirant à grandes goulées pour essayer de tenir plus longtemps. Ses poumons semblent dysfonctionner, brûlant dans sa poitrine qui se soulève dans un rythme désordonné, chaotique. Ses muscles hurlent, se déchirent à chaque nouveau pas. La pluie s'abat violemment sur sa peau malgré le veston de sa camarade, maltraitant douloureusement son épiderme. Sa tête tourne à cause du manque d'air, assaillit par des signaux qu'elle ne parvient pas à analyser. J'ai peur. Pensée inlassable qui tourbillonne dans sa tête, prenant de l'ampleur à chaque centimètre perdu sur la distance qui les sépare, elles et la géante. La rencontre avec la terre boueuse est dure, brutale. La fillette hoquette de surprise. Elle voudrait bien se recroqueviller là, se mettre en boule et prier les Zaahin pour qu'ils lui offrent de l'aide. Non. Il faut continuer à avancer. Suivant les ordres de son aînée, Sól se remet sur ses jambes fatiguées, flageolantes, prête à reprendre leur fuite effrénée.

La créature était là, devant elles. Sa sentence trembla dans l'air, l'orage de sa voix résonnant par dessus le torrent du déluge. « Les traites ? » L'Ange enserra la taille de la brune, ses yeux écarquillés se posant sur la lame de sang qui fit à nouveau frémir la terre. La Titanide faisait-elle référence à Laëth ? Cela voulait-il dire que l'innocente était incarnée par Sól ? La fillette sentit ses jambes céder peu à peu. Si elle ne s'était pas agrippée de toutes ses forces à sa camarade, elle se serait écroulée sur le sol. Ce n'était pas un cauchemar. Ses sensations étaient trop vives pour qu'il en fut ainsi. Non. Elles étaient bel et bien éveillées. Était-ce là la punition des Zaahin ? Pour faire comprendre à la déserteuse ce qu'il en coûtait d'abandonner le peuple des Réprouvés ? Lui faire payer son abandon ? Quel était le but ? Ils avaient déjà tous soufferts de son départ, pourquoi créer davantage de souffrance ?

Ces pensées furent vites chassées par un nouveau danger. Là où l'arme avait rejoint la terre, de nouvelles silhouettes se dessinaient par centaines. Celles-ci avaient taille humaine, mais la ressemblance s'arrêtait là. Les créatures rampantes s'approchaient, hargneuses, laissant des bruits gutturaux s'échapper de leurs gueules béantes tandis qu'elles s'avançaient de façon menaçante. Il était trop tard pour fuir : l'arrêt avait duré trop longtemps pour que la fillette espéra pouvoir reprendre leur course. Il n'y avait plus qu'une seule option, dans ce cas. Se battre. Sól sentit son ventre se tordre. Elle n'était pas prête. Elle peinait déjà à survivre aux entraînements de Graelf, comment pouvait-elle envisager de réchapper à un combat avec ces bêtes hideuses ? Elle ne pouvait compter que sur Laëth pour la défendre. L'Ange représentait son seul espoir... Non. La dernière fois que la blonde avait compté sur quelqu'un pour la défendre, cette personne s'était retrouvée blessée par sa faute. Depuis ce jour, elle avait pris la décision de devenir forte. Que lui avait dit Máni, déjà ? « Si tu veux être capable de défendre ceux qui te sont chers, il faut que tu trouves le courage de dégainer ton arme et de te battre pour eux. » Du courage. Sól ne s'était jamais sentit l'âme d'une guerrière. Peut-être était-ce dû à sa nature angélique. Pourtant, les ailes immaculées de Laëth ne l'empêchaient pas de se battre, elle. Alors pourquoi en était-elle incapable ? Si la raison était suffisante, elle devrait être capable de prendre les armes, non ? Les mains tremblantes, l'Angelotte s'empara de la lame qui pendait à sa ceinture. Ce n'était guère plus qu'un couteau, mais c'était tout ce qu'elle avait. « Fus, ro, dah. » récita Sol. Le cri de guerre traditionnel de leur peuple. « Fus ! Ro ! Dah ! » répéta-t-elle avec plus d'entrain, autant pour se donner du courage à elle même qu'à sa partenaire. La fillette se détacha de la combattante et se plaça en position, prête à user de sa lame.

921 mots
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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Ven 20 Mar 2020, 10:56



Judgement Day by Emily Wegner (on artstation.com)

Pour celles qui s’aiment

En duo avec Sól



Laëth tremblait. Malgré elle et toute sa bonne volonté, malgré elle et tout son courage réuni, elle grelottait comme une feuille suspendue aux caprices d’un vent furieux. La peur martelait tout son corps de coups imparables, et plus elle essayait de lutter, plus les spasmes se faisaient virulents. Ses muscles crispés se cramponnaient à ses os, structure branlante qu’une simple frappe d’estoc aurait pu faire s’écrouler. Ses mains s’agrippèrent à la veste qui couvrait les épaules de Sól. Elle sentait la pluie taper ses épaules, couler sur sa nuque et plaquer ses mèches rebelles contre son front. Elle aurait voulu être en train de rêver, mais tout était cruellement réel. La titanide les surplombait, menaçante, avec cette phrase comme une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. Comme l’enfant, la brune ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle incarnait la trahison et que son amie représentait l’innocence. Les Zaahin s’employaient-ils à la punir pour sa traîtrise ? Pourquoi prendre la vie de Sól quand elle était la seule responsable de ses actes et de ses choix ? Les remords ne l’assaillaient pas : c’était la colère et la rage qui envahissaient son cœur, juchées sur l’injustice. Elle serra les dents et son regard vert s’assombrit.

La terreur revint troubler ses pupilles lorsque la terre s’agita pour faire naître de nouvelles créatures. Elles rampèrent vers les deux filles de Réprouvés, leur tête hideuse jetant des sons horrifiants. Laëth fit un pas en arrière et s’interposa un peu plus entre la jeune blonde et ceux qui ne pouvait être que des adversaires. Elle sentait qu’elle était campée sur ses jambes, et elle avait raison. La fuite ne pouvait plus être une option. Mais combattre… Elle n’était qu’une gamine ! Et elle, quoiqu’elle fût membre de la Compagnie de Yüerell, avait encore tant de choses à apprendre qu’elle doutait véritablement d’être capable de protéger leurs deux vies. Elle n’était qu’une Recrue. Toutefois, elle matérialisa sa hallebarde dans sa main. Même si c’était la mort qui les guettait, elles n’avaient pas le droit d’abandonner sans essayer. C’était un devoir qu’elles avaient envers elle-même, le devoir de se battre pour leur survie et de défendre leur corps, leur esprit et leur âme. Elles n’avaient pas le droit de baisser les bras face à la peur : elles étaient des enfants de Lumnaar’Yuvon et tous leurs ancêtres les observaient depuis la Dilon. Ils avaient tous été de braves guerriers et avaient péri avec les honneurs : si elles devaient trépasser, elles ne pouvaient pas se permettre de le faire en souillant leur mémoire et leur lignée. Peu importait que Laëth ne fût plus vraiment des siens : elle avait coupé les ponts mais pas les liens du sang, auxquels personne ne savait échapper. Elle planta ses pieds dans la terre boueuse. « Fus, ro, dah. » scanda-t-elle à son tour, des frissons griffant son échine après les cris déterminés de la petite fille. Tant de courage l’émouvait, d’une façon qui donnait à son cœur la vigueur nécessaire à la lutte. Elle s’avança. On n’envoyait pas les gamins au combat. On les protégeait.

Une première créature bondit vers elle. L’Ange la planta avec le bout de son arme : le sang gicla et la bête retomba mollement. Elle attribua la réussite de cette frappe plus à la chance qu’à l’expertise, mais ne se démonta pas pour autant. Seulement, cette attaque parut porter un coup difficile aux humanoïdes menaçants. Ils se ruèrent sur les deux Ailées, leurs longues serres dégainées et leurs crocs prêts à empaler le moindre morceau de chair. Laëth sentit sa peau se déchirer par endroits. L’adrénaline engloutissait la plus forte intensité de douleur, ce qui lui permettait de ne pas trop ralentir la cadence de ses mouvements. Toutefois, elle payait sa concentration partagée entre les monstres et l’enfant qu’elle voulait sauver. Quand elle lui jetait un coup d’œil, l’un des attaquants en profitait pour la mordre ou la griffer. C’était une danse impitoyable, qu’il fallait savoir mener sans aucun faux pas – c’était loin d’être son cas. Aux prises avec un démon particulièrement déterminé à lui broyer le visage entre ses épaisses mâchoires, ses deux pattes difformes appuyées contre le manche de son arme et sa bouche claquant à quelques centimètres de son nez, elle ne remarqua que trop tard celui qui se jetait sur Sól. « NON ! » Son hurlement résonna et la bête face à elle émit un crissement avant de partir vers l’arrière. « Sól ! » Laëth tendit la main : une onde de choc naquit dans sa paume et frappa le duo. La titanide souriait.



Message V – 765 mots

Laëth utilise ces deux pouvoirs :
- Confusion : un cri émit par le personnage perturbe les sens de ses adversaires [sa puissance dépend de la force et la portée dépend de la magie]
- Onde : création d'une onde physique qui aura pour action de repousser les choses ou les personnes autour d'elle [la puissance dépend de la force et la portée dépend de la magie de l'utilisateur, ne marche que sur les PNJ ou avec accord du Joueur préalable]
Je te laisse décider si l'onde agit aussi sur Sól ou seulement sur le monstre <3
Et comme les combats c'est un peu relou inrp, si tu comptes le continuer, tu peux faire des actions envers Laëth et y réagir, tout ça ! Si t'as un doute tu me bipes sur Discord, au pire =)





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Sól
Ven 27 Mar 2020, 16:26


La mort. Sól n'y avait jamais sérieusement songé. Elle savait ce qu'elle représentait, bien sûr. Tout le monde, à Lumnaar'Yuvon avait déjà entendu parler de la Dilon et de ses trois strates : les plus braves rejoignaient Zin'Revak, la terre des Zaahin. C'était cette terre de gloire que les guerriers aspiraient rejoindre. A festoyer avec les grands et s'assurer que leurs dessins soient bien réalisés. Pour sa part, l'angelote s'imaginait plutôt rejoindre Siz'Fus. Elle n'avait rien accompli de brillant dans sa vie – elle n'était, après tout, qu'une simple gamine, sa vie attendait encore d'être vécue – et elle ne se faisait point d'illusions : son destin n'avait probablement rien de glorieux. Elle se réservait une vie tranquille, dans la campagne dorée où elle avait vu le jour et grandit. Une vie simple, passée à travailler le sol nourricier qui assurait sa survie et celle de tout un peuple. Si elle parvenait à manier suffisamment la hache, peut-être se joindrait-elle à quelques batailles pour participer à l’expansion des leurs : un devoir que tout Réprouvés qui se respecte exécutait à un moment donné. Après tout cela, elle rejoindrait la terre des Sizaak. Là-bas, si les Zaahin le permettaient, elle parviendrait peut-être à s'élever et à les rejoindre, après avoir prouvé sa valeur, trouvé sa voie. C'est ce qui semblait le plus naturel à la blonde. Pourtant, maintenant qu'elle se retrouvait aux portes de la mort, les choses semblaient différentes. Peut-être que son avenir ne serait pas aussi aisé qu'elle l'avait espéré. On venait la chercher pour essuyer la trahison de sa camarade... Cela signifiait-il qu'elle devrait prendre sa place dans la Dilon ? Dans ce cas... Elle atterrirait sans doute dans la troisième et dernière couche du monde souterrain : le Dukaan. Le monde des traîtres, ceux répugnés et maudits par les leurs. Oui, c'est sans doute ce qui l'attendait. Sól sentit son corps se tendre à cette révélation. Il n'y avait qu'une seule solution, pour espérer trouver la rédemption : affronter bravement leurs assaillants et espérer se faire remarquer des Héros.

Si les monstres étaient effrayants de loin, ils étaient plus terrifiants encore une fois rapprochés. Sól ne pouvait s'empêcher de remarquer leurs crocs aiguisés comme des rasoirs, menaçant de les pourfendre. Leurs griffes acérées plus dangereuses encore. Ces créatures semblaient clairement avoir été conçues pour tuer, déchiqueter, détruire... Des envoyés de Dukaan, sans aucun doute. Les atrocités de ce monde étaient-elles toutes semblables à celle-ci ? L'Ange sentit la terreur l'envahir. Elle ne voulait pas affronter ces choses seule, encore moins si elle se retrouvait damnée pour l'éternité. Pourtant, plus elles arrivaient en nombre, plus la blonde sentait planer l'ombre funeste de son destin : la mort. Imminente. Douloureuse. Solitaire. Enfin, pas vraiment. Laëth était là pour la soutenir - même si c'était sa faute, en premier lieux, si elles se retrouvaient embarquées dans cette histoire de fous. Si la petite ange avait été suffisamment brave, sans doute aurait-elle insisté pour que sa camarade la laissa là, seule pour affronter ces ennemis : si c'était sa mort à elle qu'ils désiraient, peut-être laisseraient-ils Laëth tranquille une fois qu'ils l'auraient eu. Cependant, la Zaam était loin d'avoir le courage nécessaire pour faire peur d'autant d'héroïsme. Au contraire, elle était reconnaissante envers les Zaahin – ironique, lorsque c'était eux qui leur envoyaient ces démons aux trousses – de pouvoir sentir une présence à ces côtés. Plus encore, une part d'elle était reconnaissante qu'il s’agisse de la brune. Même si l'abandon qu'elle lui avait fait subir était loin d'être pardonné et la blessure engendrée cicatrisée, Sól ne pouvait s'empêcher de croire en elle. Après tout, même si elle lui avait caché la vérité - ses plans pour partir vers un avenir différent de celui que la fillette avait en tête - elle restait la jeune femme qui avait toujours veillé sur elle. Celle qui guérissait ses bobos lorsqu'elle tombait ou encore qui chassait Máni lorsque le diablotin venait l'embêter. Même si la blonde était devenue trop grande pour tous ces enfantillages, en cet instant, elle avait besoin de croire qu'elle pouvait compter sur son amie d’enfance pour veiller encore un peu sur elle, pour la protéger du danger.

La guerrière affrontait ses ennemis avec fougue et bravoure. Elle tailladait, pourfendait, ripostait. Sól, elle, se montrait moins audacieuse. Armée de sa petite lame, elle se révélait plus réservée, restant dans le sillage protecteur de son aînée. L'adrénaline lui permettait cependant de faire face. Pour chaque lacération sur ses bras, son abdomen, ses jambes, elle rendait un coup, jusqu'à faire tomber son ennemi. Pendant un temps, elle tint bon, suffisamment pour que l'espoir fou lui gonfle la poitrine d'un orgueil périlleux : « Et si, finalement, on arrivait à s'en sortir indemnes, toutes les deux ? » C'était idiot mais la naturelle bonté qui sommeillait en elle lui bourrait le crâne d'illusions qui explosaient douloureusement. Cette bulle-là se fissura avec un coup de griffe qui l'atteignit au visage, juste au-dessus de l'arcade sourcilière – elle aurait perdu son œil si elle n'avait pas esquivé d'un pas en arrière. Pourtant, cette blessure et la douleur causée la déconcentra quelques secondes cruciales. Lorsqu'elle se remit en position, prête à contre-attaquer, elle n'était plus face à une mais à deux bêtes sanguinaires. Prise au dépourvu, l'enfant essaya de se défendre mais, en un instant, elle se retrouva submergée. Les monstres sautèrent sur elle. « Laëth ! » cria la fillette, paniquée. En réponse, la protectrice déclencha une vague de puissance brute, éjectant l'assaillant loin de celle qu'elle voulait sauver. Secouée mais toujours stimulée par l'adrénaline qui coulait dans ses veines, Sól se releva et courut jusqu'à l’aînée. Ce ne fut qu'une fois qu'elle l'eu rejoint qu'elle remarqua le sourire inquiétant de la géante. La crinière de celle-ci se fit plus dense, plus écarlate. Comme un écho de ces cheveux, le sang au pied des deux Anges se mouva, tissant des fils puissants qui s'enroulèrent autours de leurs bras, leurs chevilles, leurs bustes : des cordes impossibles à briser. Une fois les cibles totalement prisonnières, les chaines carmines se mirent à les tirer vers le sol, où la boue s'était peu à peu changée, se faisant moins solide, moins tangible. Avec horreur, la fille de Réprouvés se sentit aspirée par la terre. « Non ! Laëth fait quelque chose ! » supplia-t-elle.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, après avoir émergé de l'autre côté – un passage fort désagréable : elle avait eu l'impression que la boue avait pénétré ses narine, encombré sa gorge, assourdi ses oreilles – la fillette se jeta au cou de la brune, tremblante. « Laëth... On y est ! » souffla-t-elle, effrayée. « Le Dukaan ! »
1176 mots
Du coup, si tu as pas envie qu'elles aillent vraiment dans le Dukaan, ça peut être autre chose. Ou alors elles peuvent se réveiller, comme tu veux. Mais comme c'était pas forcément des supplices physiques, je me suis dit que ça pourrait être pas mal. ^^
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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Dim 05 Avr 2020, 09:40



Judgement Day by Emily Wegner (on artstation.com)

Pour celles qui s’aiment

En duo avec Sól



Laëth se plaça devant Sól, prête à pourfendre la prochaine bête qui pénétrerait dans leur périmètre vital. Elle n’avait pas vu l’immense femme sourire, trop concentrée sur les monstres qui les harcelaient, désireux de dévorer leurs entrailles. Leurs crocs écumant d’une bave rougie accaparaient toute son attention. Ce ne fut que lorsque le sang à ses pieds remonta le long de ses mollets, enserrant ses cuisses, puis sa taille, ses bras, et tout son corps, qu’elle aperçut l’air triomphant de la géante. Elle poussa un cri entre la rage et la terreur et voulut se débattre : les filaments résistaient, incassables. Elle était prisonnière : cette seule constatation suffit à lui couper le souffle plusieurs secondes durant, tandis qu’une terreur sourde froissait ses poumons comme s’ils n’avaient été que de vulgaires feuilles de papier. Puis, lentement, elle se sentit aspirée vers le bas. Le sol disparaissait sous elles. La panique battit vainement à ses tempes tandis que la supplication de l’enfant relançait son rythme cardiaque et sa respiration. « Sól ! SÓL ! » Elle avait disparu, engloutie dans le ventre de la terre. Disparue. Des larmes amères roulèrent sur les joues de l’Ange. « Qu’est-ce que tu veux ? » hurla Laëth à l’intention de la géante. Celle-ci la toisa sévèrement. « Ramène-la ! Je t’en supplie, ramène-la ! » Durant une fraction de seconde, elle crut qu’elle allait lui révéler quelque chose ou accéder à sa demande. Finalement, elle répéta, sentencieuse : « Les innocents payent de leur sang la dette des traîtres. » - « Non ! NON ! RÉPONDS ! » Son impuissance l’étouffa dans la boue. La terre remplit ses narines, s’engouffra dans ses sinus, et sembla s’entasser dans ses poumons jusqu’à les faire exploser. Elle perdit connaissance ou mourut. Elle ne savait pas trop.

Elle toussa. Elle avait un goût de poussière dans la gorge, et l’impression d’être sourde. Ses tympans crissaient. Laëth cligna des yeux. Sa vue, floue, se précisa doucement. Elle vit Sól se jeter sur elle. Un soulagement profond l’étreignit tandis qu’elle la serrait contre elle. « Le Dukaan… » répéta-t-elle d’une voix blanche. Pour les Tahrodiis. Les Traîtres. Le fiel humidifia ses iris verts. Alors c’était ça, de mourir ? On glissait sous terre pour réapparaître dans une autre strate ? On était saisi par la peur affreuse que tout s’arrêtât, on se tordait comme la proie qui cherche à échapper aux griffes du prédateur, puis la fatalité frappait et il n’y avait rien d’autre à faire que d’accepter ? On regardait les autres mourir en baignant dans l’impuissance ? On ne pouvait ni se défendre ni s’excuser ? N’y avait-il ni pardon ni miséricorde ? Simplement une justice tranchante et aveugle ? C’était à se demander si la culture des Anges avait véritablement imprégné celle des Réprouvés. Ou peut-être était-ce tout autre chose ? Sól parlait du Dukaan car les croyances de ses pairs étaient les seules qu’elle considérait. La brune avait ouvert son esprit à d’autres coutumes et une autre religion. Peut-être que cela n’avait rien à voir avec les Zaahin ? Peut-être que c’était cela, et qu’elle subissait une punition pour avoir tenté d’arracher ses racines du sol riche de Lumnaar’Yuvon. L’enfant payait injustement le prix de sa traîtrise. Elle serra les dents. Elle attrapa la plus jeune par les épaules et la dévisagea. Comme elle passait l’une de ses mains dans ses cheveux d’or, elle souffla : « J’ai cru que… » Qu’elle était morte. Oui. « Peu importe. » Elle n’arrivait pas à concevoir leur trépas. Avaient-elles réellement péri ou étaient-ce encore les amusements d’un quelconque puissant, roi ou Æther ? Des illusions pouvaient-elles être si parfaites ? Pouvait-on douter de tout sous prétexte que certains savaient façonner le monde à leur manière et tirer des individus ce qu’ils attendaient ? Tout remettre en cause parce que quelques-uns savaient manipuler les ficelles dans l’ombre et jouer aux échecs à grande échelle, sans se soucier des vies en jeu ? « Ça va ? Tu te sens bien ? » Ses prunelles scrutaient les yeux bleus de Sól.

Puis, elle les releva. Devant elles, une grande arche se dressait. Sur son pourtour, on pouvait nettement lire les caractères, en Zul’Dov. D.U.K.A.A.N. La fille de Réprouvés frémit et ses doigts se refermèrent sur le vêtement de la blonde. Les légendes sur cette terre de misère fourmillaient. Les Réprouvés qui y étaient envoyés se retrouvaient sans arme et sans force. Ils rampaient sous les coups d’une torture persistante, qu’elle se manifestât physiquement ou s’attaquât aux vertus de l’esprit. Il n’y avait aucun retour possible. C’était une condamnation à perpétuité, qui ne souffrait d’aucune clémence. « Non… » La brune tourna la tête de tous les côtés, à la recherche d’une échappatoire. Il n’y avait rien. Seules les ténèbres les entouraient. Elle déglutit. « Sól. » Doucement, elle se décala de la jolie blonde pour pouvoir la regarder droit dans les yeux. Elle devait être courageuse. C’était elle, l’adulte. C’était elle, la traîtresse. C’était elle, qui devait payer sa propre dette. « Tu ne peux pas aller au Dukaan. » Elle tenait le visage de la gamine entre ses mains, tremblantes malgré toute sa volonté. « Tu restes ici, d’accord ? Je suis sûre qu’une autre porte va apparaître, et que tu pourras rejoindre Siz’Fus. » L’Ange n’avait aucune envie de disparaître dans la noirceur de la troisième couche. Elle n’avait pas envie d’être courageuse. Elle avait envie de se rouler en boule à même le sol et de pleurer toutes les larmes que son corps pouvait produire. Elle avait envie de supplier, d’implorer, d’appeler à l’aide. Elle voulait être lâche. Tout ce qui la faisait tenir, c’était le regard bleu de Sól, qu’elle avait toujours posé sur elle avec amour et admiration. Tout ce qui la faisait tenir, c’était la volonté de ne pas la décevoir et de la sauver de ses propres erreurs. « Moi, je vais y aller. C’est moi qui ai trahi en partant… » Ses paumes étaient moites, son cœur vibrait, son sang bouillait et la sueur perlait à son front. « Tu attends ici, hein ? Tu ne bouges pas. » Elle y tenait. Peut-être que la torture serait plus supportable en sachant qu’elle avait accompli quelque chose de bien avant de partir. Peut-être même que cela lui vaudrait une rédemption miraculeuse ? Elle n’osait pas y croire. Se penchant, elle serra son amie contre elle. « Je t’aime et je suis vraiment, vraiment désolée. Tu ne mérites rien de tout ça. » Sa voix nouée trahissait sa détresse. Elle n’arrivait pas à se contrôler, mais ne s’effondrait pas non plus. Tout lui paraissait si irréel. Une partie d’elle-même semblait déconnectée de cette réalité qui frappait avec trop de ténacité. Ses bras se défirent de l’étreinte, elle se redressa et, peu assurée, avança vers la porte. Ne pas se retourner. Elle se retourna et croisa le regard de la petite Ange. Elle serra les dents et pivota pour refaire face à la porte. Ne pas flancher. Elle allait s’évanouir avant de l’atteindre, c’était certain.



Message VI – 1181 mots

Bon ben elles sont toujours pas rentrées dedans... peut-être n'y sont-elles pas destinées après tout, haaan ! En vrai tu peux les faire passer si tu veux <3 (ou faire comme moi et te dire que tu vas le faire et en fait ça se passe pas comme prévu /sbaf RIP mes recherches sur la torture héhé)




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Dim 05 Avr 2020, 16:45


« Je... » La fillette avait attrapé la tunique de son aînée, s'y agrippant de toutes ses forces. Ses poings blanchissaient au niveau des jointures. Elle tremblait de terreur. Son ventre se tordait et elle était à deux doigts de vomir. Les larmes coulaient abondement de ses yeux azurés. « Je... » essaya-t-elle à nouveau, sa voix se brisant. Je veux rentrer chez nous. Je veux que tu viennes à Lumnaar'Yuvon avec moi. Qu'on oublie que tu sois partie. Je ne veux pas mourir. Les paroles restèrent bloquer dans sa gorge. Si son cœur pur lui hurlait ces pensées, la fierté Réprouvée lui interdisait de les formuler à haute voix. Pressant ses lèvres entre elle, la blonde sécha ses joues à l'aide de son poing droit. Lorsqu'elle releva le visage vers la brune, elle tremblait toujours autant. La peur se lisait sur ses traits, elle trouva pourtant le courage de répondre. « Ça va ! » affirma-t-elle avec un semblant d'assurance, sa main libre venant trouver la main de son amie d'enfance. Suivant l'exemple de la guerrière, la plus jeune se redressa sur ses jambes chancelantes. Serrant la main qu'elle n'avait pas lâchée, elle fit face à la porte qui les surplombait, comme un avertissement sinistre. La fillette était en train de rassembler toutes ses réserves de courage et d'honneur lorsque l'Ange se pencha devant elle pour la dissuader de la suivre. Ses yeux bleus se braquèrent aux perles émeraudes de celle qu'elle aimait comme sa sœur. Ses dernières paroles la touchèrent en plein cœur. Sa poitrine se souleva sous le coup de la tempête qui y régnait. Colère. Rancœur. Amour. Admiration. Tristesse. Pardon. Peur. Tendresse. Figée, comme incapable de bouger ou de parler, Sól resta un instant face à l'Aile Blanche. Sa silhouette, de dos, s'approchait dangereusement de la porte de la troisième strate. Non, ne part pas. Ne me laisse pas toute seule. Ne m'abandonne pas. Pas une fois de plus. Je t'aime aussi. J'ai peur. Rentre à la maison avec moi. A cette pensée, quelques souvenirs du temps passé ensemble revint à la mémoire de la gamine. Des moments qu'elle chérissait tendrement, malgré l'amertume de la traîtrise qui avait suivi. Si Laëth passait cette porte, elles ne pourraient plus jamais partager d'autres après-midi comme celui-ci. Elles ne se reverraient plus jamais. Même si l'Ange était partie aux Jardins, la fille de Réprouvée n'avait jamais vraiment perdu espoir de la voir revenir. Même si elle ne le disait à personne, il lui arrivait encore d'espérer la voir rentrer chez elle, déclarant que ce n'était qu'une blague. Finalement, elle n'avait jamais perdu Espoir, malgré ses efforts pour faire une croix sur cette Tahrodiis. « Non... » croassa la blonde tout bas. Plus jamais. Réalisant cela, la fillette retrouva soudainement la faculté de bouger. « LAËTH ! » Sans réfléchir, elle s'élança en avant, courut jusqu'à sa sœur qu'elle enlaça à la taille, l'empêchant d'avancer. « Tu peux pas ! T'as pas le droit ! » Elle hurlait, presque hystérique. Les larmes remontant à ses yeux. « Tu peux pas me laisser seule ! Pas encore ! Je veux pas ! » D'habitude, l'Angelote ne se montrait pas capricieuse. Elle faisait de son mieux pour respecter les choix de chacun et faire plaisir à tout le monde. Pourtant, à ce moment là, il lui paraissait impossible qu'elle laissât son aînée partir ainsi. Sans même un regard en arrière. « Je t'interdis ! Tu m'entends ?! Non ! Je m'en fous, de ce que toi tu veux ! Je te laisserai pas m'abandonner une fois de plus ! » La première fois avait déjà été trop douloureuse. « S'il doit y avoir une autre porte, alors tu la prendras aussi ! » Lâchant la taille de la combattante l'agricultrice se plaça face à la plus grande. Ses yeux lançaient des éclairs. La colère la gagnait à nouveau.

« Et puis, s'il y en a jamais, hein ? Tu veux... Tu veux que j'affronte Öodun toute seule, c'est ça ? Mais t'es totalement malade ! » Tout le monde avait déjà entendu parler d'Öodun, la créature mythique qui veillait sur les strates du monde, surveillant l'entre-deux qui séparait la Laas de la Dilon. Un monstre prenant la forme d'un serpent gigantesque à deux têtes – une à chaque extrémité de son long corps reptilien – condamné à surveiller qu'aucune âme n'échappe à son sort. Selon la légende, il s'agissait du premier Sorcier abattu par Boholt’Kein, qu'il aurait forcé à exécuter ses basses besognes jusqu'à la fin des temps, l'utilisant ainsi comme garde absolu de l'Edmund'Sdan – l'entre-deux. Il traquait ainsi les lâches qui chercheraient encore à fuir leur destin et les dévorerait, les destinant à un sort plus terrible encore que ce qui se trouvait dans le Dukaan. « Je te préviens, si tu m'abandonnes, je te pardonnerai jamais ! » De ses petits bras, Sól repoussa son amie, l'éloignant de l'entrée de la dernière strate. « Jamais ! Alors promets-moi ! Jure-moi que tu me laisseras pas seule ! »La Tynath'thuk renifla tout en passant son avant bras sur son visage pour se débarbouiller. « Je m'en fous si je dois t'accompagner là-bas. Moi, je t'abandonnerai pas. Et puis de toute façon, t'as entendu comme moi. Les innocents payent. Si je dois y aller, c'est pas en prenant ma place que tu me sauveras ! »
920 mots
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Priam et Laëth
Dim 12 Avr 2020, 18:39



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En duo avec Sól



Une fois qu’elle aurait passé cette porte, il n’y aurait plus de tendresse, plus d’affection, plus d’amour. Laëth laissa sa main glisser jusqu’à la poche de son pantalon. A travers le tissu, elle sentit le contour dur et circulaire de la bague qui pesait contre sa cuisse. Elle resserra ses doigts dessus, puis la sortit de sa cachette. Au creux de sa paume, elle observa son pourtour brillant. Elle ne savait pas encore ce qu’elle représenterait, d’ici quelques temps. Elle ne savait pas encore à quel point elle aimerait celui à qui elle l’associait. Elle ignorait tout des risques qu’elle prendrait et des sacrifices qu’elle donnerait. Ceux qui savent sont plus sages. Sur le chemin qu’elle empruntait un peu plus chaque jour, il n’y avait pas de raison. Il y avait la tendresse, l’affection, l’amour, oui. La violence, le rejet et la haine, aussi. La douleur, la peine et la souffrance, comme au-delà de la grande arche du Dukaan. S’ils pouvaient les détecter, les plus avisés les fuyaient. Mais même ainsi, l’Ange aurait sans doute persévéré. L’angoisse l’aurait tenaillée avec une insistance à la limite du supportable, cependant, elle aurait regardé vers la lumière avec les yeux et le cœur gonflés d’un espoir insoutenable. Car partout où court l’ombre, une lueur se faufile.

Elle allait franchir le portail entre les mondes lorsque le cri de Sól la retint. Elle s’arrêta brutalement et, comme elle se retournait, referma son poing autour de l’anneau. Le corps de l’enfant percuta le sien avec une force qu’elle n’aurait pas soupçonnée. Ses bras emprisonnèrent sa taille, et la jeune femme regarda la tête blonde avec surprise. Très vite, l’étonnement céda la place à une vague d’émotions, abruptes et poignantes. Sans qu’elle pût ne serait-ce qu’essayer de les retenir, les larmes montèrent aux yeux de Laëth. Ses mains se mirent à trembler. Si elle se retint, ce fut uniquement pour ne pas prendre au dépourvu la gamine en lui infligeant ses sanglots. « Sól… » Elle ne voulait pas l’abandonner. Elle n’avait jamais voulu l’abandonner. Elle avait simplement pris l’une de ces décisions détestables qui vous font choisir entre vous et ceux que vous aimez. Parce qu’elle aimait la petite de Réprouvés, elle l’aimait d’un amour puissant, de celui que certains consacrent à leur sœur. Si elle avait pu concilier sa vie à Lumnaar’Yuvon avec celle qu’elle menait aux Jardins, elle l’aurait fait. Simplement, l’univers est composé d’atomes irréconciliables, que toute bonne volonté ne saurait faire s’accrocher. « Non, bien sûr que non. » souffla la brune en caressant aussi délicatement que fébrilement une mèche de cheveux de son amie. Bien que les légendes et les mythes sur Öodun avaient créé de nombreux cauchemars lors de son enfance et que l’évocation de son nom faisait encore palpiter son cœur, elle n’aurait jamais abandonné Sól à ses crochets. On racontait que sa morsure était pire que le Dukaan. Il engloutissait ses victimes, et c’était comme si leur existence n’avait jamais été. Il était le Néant, celui qui dévorait les âmes.

Sous la poussée de la blonde, Laëth recula, s’éloignant de l’arche. Sa colère réveillait tous les sentiments d’injustice, d’incompréhension et d’abandon qu’elle avait pu ressentir un jour dans sa vie. Elle trouvait un écho en elle, qui se répercutait jusque dans les tréfonds de sa mémoire, et lui arrachait des souvenirs désagréables. Le son de ses propres pas ricochaient à travers l’étendue infinie de l’Edmund’Sdan, jusqu’à l’intérieur des particules les plus fines de son propre corps. Elle se rapprochait de la fille de Réprouvés, et lorsqu’elle fut à sa hauteur, elle s’agenouilla et la prit à nouveau dans ses bras. Elle ne la lâcha pas. Elle ne la lâcherait plus jamais. Un long frisson remonta dans le dos de l’Ailée, chargé de tout ce qu’elle avait tenté de retenir jusque-là, et des larmes peignirent son visage caché contre l’épaule de la fillette. Elle avait encore sur elle l’odeur des champs et de la terre après la pluie. « Je ne t’abandonnerai plus. Jamais. Promis. » Elle accentua son étreinte, comme si elle avait trop peur de la voir lui glisser entre les doigts. « Ai arzak yu. » (Je t’aime.) Laëth renifla puis releva la tête. Elle balaya les sillons humides d’une caresse de sa paume, et replaça quelques mèches dorées derrière les oreilles de Sól. « Les sœurs ne s’abandonnent pas. Jamais. » Elle attrapa l’une de ses mains et crocheta son index et son majeur autour de ces mêmes doigts. Elle hocha doucement du poignet en plongeant ses yeux verts dans les iris bleus. « Jamais. » Puis, elle entoura le visage de l’enfant de ses mains – celle qui tenait la bague toujours fermée –, et se redressa pour déposer un baiser sur son front, avec la tendresse qu’elle lui avait toujours connue.

Le décor bascula. L’Entre-Deux s’évanouit dans la lumière. Elles étaient de retour dans la vaste plaine d’or, que le soleil embrasait. L’Ange protégea sa vue en utilisant son avant-bras pour se faire de l’ombre et cligna plusieurs fois des paupières. Son pouls fit un bond puissant. La Titanide était là. Elle avait délaissé son épée et ses monstres. Assise sur les branches basses d’un arbre, qui semblaient enchevêtrées tout spécialement pour lui servir de trône, elle scrutait les deux enfants de Réprouvés. Une grande louve était couchée à ses pieds. Son regard jaune paraissait capable de transpercer tous les masques. Alors, Laëth comprit, ou crut comprendre. « Arz’Sehif… » Cela n’avait été qu’un murmure. Elle tenait la main de Sól dans la sienne, stupéfaite. La géante sourit, d’un sourire doux et affectueux. La menace dont elle s’auréolait quelques temps plus tôt avait totalement disparu. « Le temps des adieux est venu. » déclara-t-elle d’une voix calme et grave. Comme si elle percevait la réticence de l’adulte, elle ajouta : « Les familles se retrouvent toujours. Vous vous êtes prouvé que vous en étiez une. Vous vous reverrez. » La brune baissa les yeux sur la gamine. Elle ignorait par où commencer. Elle avait trop de choses à lui dire.



Message VII – 1007 mots




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Dim 12 Avr 2020, 21:29

La fillette se détendit un peu, rassurée par la promesse que venait de faire la brune. Ses doigts se seraient autour de ceux de son aînée, s'y agrippant comme si elle craignait de la voir partir. Elle lui faisait confiance, mais une part d'elle ne parvenait plus vraiment à la croire sur parole. Une part de méfiance lui interdisait de s'accrocher trop fortement à cet espoir incertain. Mais pouvoir la tenir, ne serait-ce que par ces deux doigts doigts, la rassurait. C'était la preuve qu'elle était bien là, avec elle. Qu'elle ne lui mentait pas. Qu'elle resterait à ses côtés, pour affronter tous les dangers qui les attendraient. La fillette était encore terrorisée, mais savoir qu'elle n'était pas seule lui donnait un peu de courage. Les yeux toujours rougis par les larmes, elle esquissa un sourire. « Io ol. » (moi aussi) murmura-t-elle. Oui, elle l'aimait. A tel point qu'elle avait cru mourir en apprenant son départ. Maintenant qu'elle se tenait devant elle, la douleur semblait cicatriser peu à peu, même si elle n'avait pas totalement disparu. S'abandonnant à la tendresse que lui témoignait la brune, la fillette ferma les yeux et esquissa un sourire lorsque les lèvres se posèrent sur son front. Tout naturellement, ses bras s'enserrèrent à nouveau autour de sa taille, dans une étreinte tremblante mais ferme.

La seconde suivante, le soleil lui fit cligner des yeux. Instinctivement, elle enfouit le visage dans le ventre de l'Ange, essayant de se préserver de la soudaine luminosité. Était-ce une attaque d'Öodun ? Apeurée, elle se força tout de même à regarder autour d'elle. Elles étaient de retour dans les champs. La géante était là. Sa vision provoqua un tremblement à la gamine. Pourtant, son sourire bienveillant avait fait place à son air terrible et terrifiant. Son identité dévoilée par la guerrière et ses paroles finirent de rassurer la plus jeune. Pourtant, la perspective de devoir dire au revoir à son amie ne l'enchantait guère. Elle n'avait pas le choix.

A contre-cœur, Sól se détacha de Laëth. Elle avait les sourcils froncés et la mine contrariée, semblable à celle qu'elle avait souvent autrefois, lorsque quelque chose lui déplaisait. Elle avait changé mais, malgré tout, elle restait la même gamine qui aimait jouer et manger des tartines de miel. « On se reverra mais... Dans combien de temps ? » voulut-elle savoir. Boudeuse, elle releva les yeux vers son modèle. « Tu veux pas rentrer à Lumnaar'Yuvon avec moi ? » demanda-t-elle. Elle connaissait déjà la réponse mais ne pouvait s'empêcher de poser la question. Si elle ne proposait pas, il n'y avait pas la moindre chance que ses désirs se réalisent. « Si tu retournes aux Jardins, j'aurais plus le droit de te voir. » dit-elle. Cette vérité la peinait. Mais les Réprouvés ne pardonnaient pas aux traîtres. Fort heureusement... Elle n'était pas seulement une Réprouvée. Sa nature profonde permettait quelques faveurs à ceux qu'elle aimait. Laëth faisait indéniablement partie de ceux-ci. « Sauf si je te rejoins. » Elle avait lâché ça comme ça, sans réfléchir. Pourtant, aussitôt prononcées, ces paroles sonnèrent sottes à son oreille. Absurdes. « Mmh... Non... Je ne crois pas. Je n'ai pas envie de partir pour toujours. » se reprit-elle. « J'ai ma famille. Et puis, si je me casse, Máni il va vouloir me tuer. Ce gros débile serait capable de vraiment vouloir le faire ! T'imagine, s'il se tue comme ça ? Ce serait vraiment trop con. Un peu comme lui, quoi. Mais... Je peux pas le laisser mourir de façon aussi stupide, tu comprends ? » Ce n'était pas toute la vérité. Elle aimait le démon tout autant qu'elle le détestait. C'était son frère. Sa moitié. Malgré le ressentiment que sa Nature lui inspirait, elle ne s'imaginait pas un instant capable de vivre sans ses conneries. Et puis, il y avait tout le reste. Sa vie à elle était à Lumnaar'Yuvon. Elle y vivrait et y mourrait sans doute. Réfléchissant, elle haussa les épaules. « Mmh... Peut-être... Peut-être que tu pourrais aller à Keizaal ? Là-bas, les gens ne te connaissent peut-être pas ? Et si moi j'y vais aussi, alors on pourra se revoir. » Elle n'avait aucune envie de se rendre dans la capitale - la mésentente entre les deux cités avait fini par s'imprégner en elle. Mais pour son amie, elle était prête à faire un effort.

Sól inspira profondément. Optimiste, elle avait d'abord pensé à réfléchir au moyen de provoquer leur prochaine rencontre. Mais le départ et ce qu'il signifiait - une séparation, un au-revoir – la rattrapait désormais. Sa gorge se noua. Elle déglutit avec difficulté. « Dis... Tu me promets de pas m'oublier hein ? Même si t'es avec tes anges tous coincés là, c'est moi ta vraie famille. C'est Arz’Sehif qui le dit, alors ça peut pas être faux. »
836 mots
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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Lun 13 Avr 2020, 10:47



Judgement Day by Emily Wegner (on artstation.com)

Pour celles qui s’aiment

En duo avec Sól



Le choc de se retrouver face à une Zaahin la secouait encore. Aux Jardins, on lui avait fait adopter le culte des Ætheri. Plus encore, elle s’y était convertie parce qu’elle l’avait voulu. Elle s’était détournée des Héros mythiques, sans jamais les oublier. Toutefois, elle avait arrêté les prières et les offrandes et accordé toute sa dévotion aux divinités des autres peuples, à celles dont on lui avait toujours répété qu’elles n’existaient pas. Les Anges y croyaient fermement, d’autant plus depuis le Génocide. Le repli identitaire qu’avait entraîné la perte de la quasi-totalité de la population avait été puissant et s’était traduit par un retour fort à la religion. Elle était un pilier, un pilier qui n’admettait pas l’existence des Zaahin. Et pourtant… Le trouble secouait son cœur. Ce n’était néanmoins pas le moment d’y songer, pas quand il lui était recommandé d’adresser ses adieux à Sól. Des adieux qu’elle n’avait jamais pris le temps de faire, par excès de lâcheté. Elle se baissa au niveau de son amie. « Je ne sais pas. » avoua-t-elle. Dans quelques jours, quelques semaines, des mois, des années ? Le temps filait si vite. Personne ne pouvait s’y accrocher. C’était un courant qui portait, pas que l’on retenait. La question de l’enfant – qui n’en était plus vraiment une, elle s’en rendait compte à mesure qu’elle la scrutait à la lumière de toute l’affection qu’elle éprouvait pour elle – lui piqua la poitrine. Un rictus douloureux déforma sa bouche, mais elle ne dit rien. Elle la laissa poursuivre, sans interrompre le flot de paroles qu’elle déversait, seulement en la gratifiant des signes de son écoute. Par moments, elle fronçait les sourcils. D’autres fois, elle souriait tendrement. Elle avait, en bouche, le goût doux-amer des au revoir.

« Comment t’oublier ? » demanda-t-elle en posant ses mains sur chacune des épaules de la blonde, en souriant. Même si elle l’avait voulu, elle n’aurait jamais pu. Elles avaient partagé tant de moments ensemble. Plus que les souvenirs, il y avait ce lien qui les unissait, qu’elles avaient bâti sur les heures passées toutes les deux, sur la complicité et les sentiments. « Tu seras toujours de ma famille, quoi qu’il arrive, peu importe où je vais, ce que je fais et avec qui. » Elle lui sourit. « Je ne peux pas retourner avec toi à… Non. Je ne veux pas. » se reprit-elle calmement. « Je ne veux pas retourner à Lumnaar’Yuvon, pas pour y vivre. Ma vie est aux Jardins de Jhēn, maintenant. » Et elle ne voulait pas y renoncer. « Mais ça ne change rien à tout ce qu’il s’est passé avant. » C’était faux, puisqu’elle avait voulu tout oublier, tout chasser, tout écarter. Elle avait renié les premières années de sa vie, comme s’il avait été possible de construire le futur sur une base vierge. C’était un mensonge. Rien n’était viable sans racines. Elle l’avait finalement compris. « Ça ne change rien à tous les après-midis qu’on a passés à jouer ou à courir dans Lumnaar’Yuvon, à toutes les tartines de miel qu’on a englouties, à toutes les histoires qu’on s’est racontées, aux courses-poursuites avec Priam ou Máni… Tout ça, ça reste. Je ne l’oublierai jamais. C’est trop important, pour moi. » Si elle était la personne qui se tenait devant Sól, aujourd’hui, c’était aussi pour toutes ces raisons. Dans un excès de pudeur, elle ne le dit pas, mais n’en pensa pas moins. « Je ne te demanderai jamais de me rejoindre aux Jardins de Jhēn. Je sais que tu veux construire ta vie à Lumnaar’Yuvon et je n’essaierai jamais de t’en dissuader. Pour ces choix-là, il ne faut écouter que ce qui résonne ici. » De l’index, elle tapota doucement le sternum de la gamine. Avec une pointe de malice, elle ajouta : « Et je ne voudrais pas que Máni t’étripe à cause de moi, c’est vrai. Puis ce serait bête de se suicider comme ça, c’est sûr. C’est une belle preuve d’amour de vouloir lui épargner pareille épreuve. » Un sourire taquin courba ses lèvres. Envers son jumeau, elle n’avait jamais éprouvé de grande affection. Il était violent et méchant : ces traits de caractère la mettaient hors d’elle. Néanmoins, elle n’ignorait pas qu’il aimait sa sœur. Il aimait comme un Démon peut aimer : à crever les cœurs.

« Pour Keizaal, je ne sais pas. » Pensive, elle leva les yeux vers l’endroit où siégeait la géante. Elle n’était plus là. Il n’y avait que la louve, qui ne détachait pas ses iris, à la fois perçants et doux, des deux filles de Réprouvés. Laëth reporta son attention sur Sól. « Je ne suis pas aux Jardins, en ce moment. » La question du lieu où elle se trouvait la percuta à nouveau. Elle ne trouverait pas de réponse, elle le sentait. « Je suis sur un bateau, sur l’océan. Avec des Anges, des Magiciens, des Humains et des Ygdraë. Tu sais, ceux qui ont de longues oreilles pointues. » précisa-t-elle en mimant la forme de celles-ci à partir de la sienne. Quelques histoires circulaient à leurs sujets entre les épis de blé. « Je ne pense pas que vous ayez entendu parler de ces explorations, à Lumnaar’Yuvon… Je ne sais pas. » Les Réprouvés de la terre d’or avaient tendance à se ficher des affaires du monde. « Les Anges en organisent pour trouver de nouveaux territoires. Je m’y suis jointe, en tant que soldat. Il nous reste quelques jours de voyage avant d’arriver sur place. » Elle avait deviné que l’enfant n’avait jamais reçu sa lettre. Elle était comme une bouteille à la mer, perdue entre les flots. Comme le talisman et le pot de miel… Comme si les Dieux avaient su qu’elles se retrouveraient, et que le collier n’aurait pas à tenir le rôle de protecteur. « Tu as appris à lire ? » l’interrogea-t-elle. Elle lui avait déjà envoyé un autre courrier, lors de son arrivée aux Jardins. Elle ne s’était alors pas vraiment posé la question. Elle l’avait écrit par instinct. « Je t’écrirai. Si tu as besoin, tu peux demander à mon père de te faire la lecture. » Aussi étonnant que cela pût paraître, Vrael était alphabétisé. « Je te raconterai comment se passent les explorations, et si je peux, je t’enverrai quelque chose de la terre d’Iyora – c’est comme ça qu’on l’appelle. » L’Ange se promit d’essayer de trouver le temps. « Bref, pour revenir à Keizaal… Ce serait possible, si j’étais aux Jardins. Je ne sais pas quand je vais y retourner, parce que je n’ai aucune idée de la durée des explorations. Ça prendra le temps que ça prendra. » Consciente de la déception qu’elle devait causer, elle fit une moue, avant de reprendre : « Mais tu sais… Bon, j’imagine que tu dois toujours être réticente à la magie, comme tout le monde à Lumnaar’Yuvon. Mais il existe des moyens magiques qui permettent de se retrouver. Alors si tu es d’accord, je trouverai un de ces moyens, et je l’utiliserai pour venir te voir. Tu voudrais bien ? » Dès qu’elle eut la réponse de son amie, elle l’attira contre elle pour un dernier câlin. « A bientôt, Sól. » Et lentement, doucement, sa silhouette s’estompa, jusqu’à tout à fait disparaître.



Message VIII – 1215 mots

nastae




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