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 Mémoires | Ombres blanches et lumières noires | Priam & Laëth

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Priam et Laëth
~ Ange ~ Niveau III ~

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◈ Parchemins usagés : 3837
◈ YinYanisé(e) le : 02/02/2018
◈ Âme(s) Soeur(s) : La bière et le saucisson | L'adrénaline et les problèmes
◈ Activité : Berger [III], traducteur [II], diplomate [I] | Soldat [III], violoncelliste [I]
Priam et Laëth
Ven 08 Nov 2019, 23:11



Provenance inconnue

Ombres blanches et lumières noires

Mémoires


Des ombres et des lumières ; insaisissables et furtives. Les souvenirs flottent, défilent, s’emmêlent, s’empêtrent, tourmentent, réjouissent ; c’est une danse continuelle, à laquelle il serait audacieux de vouloir trouver un rythme régulier. Il n’y a pas de refrain ou de couplets, peut-être juste des rengaines que l’on chérit ou dont on souhaite se défaire. La ligne du temps est rompue par l’agilité de l'esprit, qui bondit de l’un à l’autre sans se soucier d’établir une cohérence stricte entre les images convoquées. Les mémoires sont des palais incommensurables. Chaque pas dans leurs couloirs interminables peut révéler une porte secrète et chaque tiroir ouvert peut réveiller un tourbillon inattendu d'émotions. Il n’y a pas de règle, sinon celle d’un archivage que le temps et les sens rendent le plus souvent anarchique. Les images s’altèrent, les sensations s’atténuent, les voix se perdent, les mots s’effritent. Pas de place pour la netteté là où le flou artistique fait sa loi. Il tolère quelques aspérités, quelques cicatrices, mais il préférera toujours se laisser charmer par l’oubli. Les caresses de celui-ci efface les détails ; l’oubli vient et mord, dévore, détériore. Il engloutit rarement tout. Mu par une forme de pitié ou contraint par un ordre de Raanu, il préserve les individus de l’inexpérience complète. Les vécus alimentent la sagesse et façonnent les existences. Ils sont les marques du passé dans le présent et les avatars de la prédictibilité du futur. Ils sont un socle, une fondation, un pilier autour duquel s’agencent les décisions et se tissent les identités. Ils racontent une histoire. Celle-ci se déroule à Lumnaar'Yuvon, la province réprouvée célèbre pour l’or de ses champs, quelques années auparavant. Pour les deux protagonistes, c’était le temps de l’insouciance, des découvertes et des premières vérités. Le temps durant lequel les promesses se font et les illusions se défont. C’était le regard qui, doucement, inévitablement, se tournait vers l'horizon.

Sommaire

Note : les différents messages ne suivent pas un ordre chronologique. C'est selon mon inspiration. Je tâcherai de préciser la période ou l'âge des personnages en début de message :)

I. Le pays où meurent les abeilles
II. En attendant Pendrake
III. L’indésirée
IV. Avant la chute
V. Le Serment
VI. Les incertitudes





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Priam et Laëth
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Priam et Laëth
Ven 08 Nov 2019, 23:11



Time machine by Rhads (on deviantart.com)

I. Le pays où meurent les abeilles


Début de l’Ère de la Conciliation. Priam et Laëth ont neuf et six ans.

Comme une aquarelle humide, le ciel d'été fondait en un camaïeu de blancs et de bleus, dont le dernier, sur l'horizon, paraissait presque violet. Le soleil glissait doucement sur la voûte. Priam détourna son regard et reporta son attention sur les abeilles restantes - la plupart étaient retournées à la ruche, et celles-ci ne tarderaient pas non plus à se réfugier avant la nuit. Elles voletaient autour d'une lavande, qu'elles butinaient successivement, dans un bourdonnement ronronnant. Il y avait quelque chose de rassurant à les observer opérer. Une quiétude particulière se dégageait de la scène ; la quiétude d'une routine maîtrisée à la perfection, chorégraphie répétitive des déterminismes infranchissables. « Priaaaaaam ! » Le gamin sursauta, et il lui sembla que les insectes frémirent. Laëth accourait vers lui, les bras tendus de part et d'autres de son corps d'enfant, les plumes de ses ailes agitées par le vent de sa course. « Fiouuuuuuu ! » siffla-t-elle en plongeant vers l'avant, pour se laisser choir près de son frère, sur le ventre. Elle roula rapidement pour se mettre sur la tranche et planta ses yeux rieurs dans les siens. Tandis qu'elle cernait son air sceptique, son large sourire s'effaça. « Quoi ? » - « Tu faisais quoi ? » Le sourire de la petite fille réapparut aussitôt. « Pfff ! T'as pas deviné ? C'est facile ! » Elle esquissa une moue taquine, pour faire durer le mystère - juste assez longtemps pour que Priam n'eût pas le temps de répondre -, puis lâcha, claironnante : « J'imitais un oiseau. » Son aîné fronça les sourcils. « Mais ça vole pas avec les bras, les oiseaux. T'as des ailes, pour les imiter. » Une étincelle espiègle s'était allumée dans son regard, et des fossettes narquoises étaient apparues au coin de ses lèvres. Laëth savait très bien où il venait en venir : elle avait beaucoup de mal à voler correctement - un manque de force, et surtout d'équilibre, vraisemblablement -, et dès qu'elle fanfaronnait trop ou l'embêtait, il ne manquait pas de le lui rappeler. A son avis, ce n'était pas gentil. Elle feignit de n'avoir pas compris et s'exclama, en portant sa main à son front : « Oh, c'est plus fatiguant ! » Elle se laissa tomber sur le dos, et regarda le ciel, puis son aîné. « Tu faisais quoi, toi ? » - « Je regardais les abeilles. » - « Hein ? Pourquoi ? » Il haussa les épaules. « Je sais pas, j'aime bien. » Ses iris se posèrent sur le buisson. Du coin de l'œil, il vit sa sœur se redresser. Sur les genoux, elle s'approcha. Elle scruta, attentive, jeta un œil suspicieux à Priam - elles avaient quoi, ces abeilles ? -, puis eut un sourire succinct et tendit la main. « Qu'est-ce que tu- ?! » Priam ne le vit pas venir : la cadette plongea la main vers l'une des volantes et l'attrapa. Dans la seconde qui suivit, elle poussa un cri de douleur et ouvrit le poing. Le corps inerte de l'insecte tomba dans l'herbe, tandis que la cadette regardait, les yeux écarquillés, le dard qui trônait dans sa paume. Sans qu'elle exerçât aucun contrôle dessus, de grosses larmes grimpèrent jusqu'à ses iris puis dévalèrent ses joues. « Touche à rien, surtout ! Debout ! » Il se leva précipitamment, attrapa sa main valide et courut avec elle jusqu'à la ferme. « Papa, papa ! » Vrael distribuait du grain aux juments. Saisi par le ton urgent de son fils, il s'interrompit et fit volte-face. « Une abeille l'a piquée. » Laëth regarda son père, les lèvres pincées et le corps toujours secoué de sanglots. Elle craignait qu'il ne se mît en colère. Heureusement, il s'agenouilla et l'attira à lui. « Fais-moi voir ça. » Il examina sa petite paume. « Hm. Tu as posé ta main dessus ? » demanda-t-il tandis qu'il extrayait méthodiquement le dard en raclant la pointe avec la tranche de son couteau, de façon à ce que la poche de venin n'éclatât pas. Les yeux rivés sur les gestes de son père, elle fit non de la tête. « J'a-j'ai voulu l'a-l'attraper... » - « Eh bien, j'imagine que tu ne recommenceras pas. Voilà, c'est retiré. Priam, aide-la à rincer la plaie. » dit-il à l'aîné, qui acquiesça. « Papa... » Ses pleurs s'étaient calmés. « Oui ? » - « Elle bougeait plus... » - « C'est parce qu'elle est morte. » intervint le brun. Laëth se tourna vers son grand frère, désemparée. Elle concevait mal la mort dans toutes ses dimensions, mais elle savait que c'était grave. Le genre de maladie dont on ne se remettait pas. Pire qu'un rhume. « Priam. » - « C'est Tûl qui m'a dit que les abeilles mouraient quand elles piquaient. » Vrael fronça les sourcils. Un pli mécontent barrait son front. Il s'apprêtait à réprimander son fils, mais sa cadette fut plus rapide. « Alors, elle va pas se réveiller ? » - « Non. » La petite brune cligna des yeux puis secoua la tête. « Mais c'est triste ! Je voulais pas, moi ! » - « Tu ne pouvais pas savoir. Puis, ce n'est pas si triste que ça. » souffla-t-il en la serrant contre lui. « Sa mort n'est pas inutile. Son corps va se décomposer et nourrir la terre. Et pour avoir de bonnes récoltes, il est essentiel que la terre soit riche. » - « Oh... d'accord... » Priam fixait ses pieds. Il avait perçu le regard agacé de son père. Il n'avait pas pensé à mal ; cela avait simplement été plus fort que lui, comme Laëth n'avait pas pu résister à l'envie d'attraper l'insecte.



Message I – 927 mots




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Priam et Laëth
Sam 09 Nov 2019, 19:12



Provenance inconnue

II. En attendant Pendrake


Début de l’Ère de la Conciliation. Priam et Laëth ont huit et cinq ans.

« J'ai vraiment du mal à saisir pourquoi tu t'es installé ici, Gaürn. » Son frère haussa les épaules. « Oh, tout de suite ! C'est pas si terrible. » - « Papa, on peut aller jouer dehors ? » Laëth s'était plantée près de son père, les deux mains posées sur la table. Celle-ci était trop haute pour elle : seuls les deux premiers tiers de son visage dépassaient. Priam se tenait derrière elle et attendait la réponse avec autant d'avidité. Elle fusa : « Sûrement pas. » Le « oh non ! » dépité des deux enfants se perdit dans l'écho du rire de leur oncle. « Pourquoi ? » - « On ne sait pas sur qui vous pourriez tomber. » Priam souffla, dépité et agacé, et Laëth croisa les bras, l'air boudeur. Leur cousine avait le droit de sortir, elle. Certes, elle était bien plus âgée, mais tout de même. Ils sortaient seuls, à Lumnaar'Yuvon, et personne ne leur disait rien. Ils avaient même le droit de traverser tout le village. Ils ne comprenaient pas bien pourquoi ils ne pouvaient pas agir de la même façon à Sceptelinôst, en dépit des explications de leurs parents. Vrael, quant à lui, s'inquiétait que ses enfants pussent tomber sur des gangs ou des individus malveillants ou se perdissent dans des quartiers peu recommandables, et regrettait presque de les avoir un jour laissés découvrir les vastes étendues qui entouraient leur ferme. Cela en avait fait de petits animaux sauvages, que le spectre de l'enfermement ennuyait autant qu'il énervait. « Allez voir dans la chambre de Raya si vous trouvez des jouets. » - « Elle nous les a déjà prêtés. » - « Et j'en ai marre de jouer aux pirates, moi ! » - « Puis les pirates, ça vit dehors. Ça prend la mer, même que. On ira voir la mer, d'ailleurs ? » Le père inspira profondément et porta une main à sa bouche. Il laissa sa tête reposer contre celle-ci, coude sur la table, tandis qu'il tournait vers son aîné un regard éloquent. Celui-ci observa tour à tour les membres de sa famille. « On... On sortira tous ensemble quand Pendrake sera arrivé, d'accord ? Ce bougre ne devrait plus tarder. » Le frère et la sœur se regardèrent, puis le plus âgé demanda : « Et maman, elle fait quoi ? »

Heureusement pour Vrael, qui sentait sa patience s'effilocher, la porte d'entrée s'ouvrit à la volée sur Asha. « Mamaaaan ! » La gamine courut et se jeta dans les jambes de sa mère, qui la souleva sans difficulté dans ses bras. Le garçon accourut en criant « moi aussi ! » et elle l'attrapa à son tour, de sorte qu'elle portât ses deux enfants. « Qu'est-ce qui se passe ici ? » - « Ca fait trois heures qu'ils sont enfermés. » Ses yeux coururent du visage de sa fille à celui de son fils. Effectivement. « Oh. » - « Comme tu dis. » - « Pendrake n'est toujours pas là ? » Les deux hommes firent signe que non. La brune s'agenouilla et reposa les deux gamins. « Bon. On ira se promener dès qu'il sera là, promis. Les installations pour le Lus'Santa'Claus sont vraiment bien. Il y a même une échoppe qui propose de la viande de bicorne séchée, et de la bière pour les grands ! » Un sourire fendit le visage de chacun, pour des raisons différentes. La mention de Santa'Claus suffisait à émerveiller les enfants quand les trois adultes préféraient liquider une délicieuse chope en bonne compagnie.

Avec l'aide de Gaürn, Vrael et Asha parvinrent à plus ou moins occuper les deux enfants Belegad - qui ne cessèrent toutefois pas de trépigner à l'idée de s'élancer à l'extérieur. Lorsque l'on toqua à la porte, l'hôte de la maisonnée alla ouvrir. « Aaah Pendrake ! On t'attendait. Vas-y, entre ! » Avant que l'homme eût pu faire le moindre déplacement, Laëth se planta devant lui. Elle le trouvait immense, mais moins immense que son père, son oncle ou sa mère. Ses cheveux gris soulignaient l'éclat métallique de ses yeux bleus. Les poings sur les hanches et les sourcils légèrement froncés, elle lança : « Alors c'est toi, le bougre ? » Priam, qui avait rejoint sa cadette, se tourna vers ses parents et son oncle. « C'est bon ? On peut aller dehors, maintenant ? » Les deux gamins sondaient les adultes du regard. Ils avaient déjà attrapés leurs bonnets et leurs écharpes, prêts à détaler. L'invité baissa les yeux sur eux. « Vu que ces kiir ont lessivé Vrael avec leur incroyable éloquence, je leur autorise le droit de passage. »



Message II – 723 mots

Kiir = enfants
Avec l'éminente participation de Léto, dans le rôle de Pendrake héhé. Merci à toi nastae




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Priam et Laëth
Mer 15 Avr 2020, 00:00



In a wheat field by xxreiixx (artstation.com)

III. L’indésirée


Début de l’Ère de la Conciliation. Priam a environ deux ans et Laëth n’est pas née.


« Non ! » La hache vola à travers la pièce et se planta dans le mur. La Réprouvée courut pour la reprendre, l’arracha avec virulence et commença à frapper le premier meuble à sa portée. C’était une vieille table en bois qu’elle tenait de ses parents. Eux-mêmes l’avaient héritée d’aïeux, et l’on pouvait remonter de cette façon sur plusieurs générations, jusqu’au premier couple qui s’était installé à Lumnaar’Yuvon. D’un coup sec, elle la brisa en deux. Sa rage gonflait ses muscles et le désespoir donnait à ses gestes la puissance des perdants. Face au spectacle des copeaux et de la poussière, elle s’immobilisa brutalement, les bras ballants. Tremblante, la femme recula sur quelques pas. Elle heurta un canapé et tenta de se rattraper au dossier, mais finit par se laisser choir à même le sol. Des larmes de fiel criblaient ses joues rougies de colère et de peine. Elle poussa un cri et jeta sa hache, avant d’enfouir son visage dans ses mains. « Non non non non non… » Son désarroi résonnait en écho dans tout son corps, probablement même jusqu’à cette chose qui grandissait insidieusement en elle. De mouvements plein de hargne, la Réprouvée remonta son haut et frappa son ventre. Elle lui jeta un regard saturé de haine et cria, cria, comme si un hurlement avait pu faire partir la chose qui s’y développait. « Asha ! » La porte s’était ouverte brutalement sur la silhouette de Vrael. La femme se releva d’un bond, en poussant un grognement animal, et fondit sur lui. Brutale, elle le plaqua contre l’un des murs. « Qu’est-ce que tu m’as fait ?! » - « Qu’est-ce que tu as ?! » Il voulut prendre son visage entre ses mains, mais dès qu’il s’approcha, elle lui mordit violemment le pouce. Dans une plainte de douleur, il s’arracha à son emprise. Il saignait ; il ferma le poing et le lui envoya dans la figure. Propulsée par la force du coup, elle recula jusqu’à percuter une chaise et tomber dedans. Il se précipita sur elle et l’attrapa fermement par les épaules avant de s’asseoir sur ses genoux. Ainsi, il espérait bloquer ses élans les plus brusques. « Asha. Asha, regarde-moi. » Elle fuyait son regard, en s’agitant vainement. « Asha. » Il s’inclina jusqu’à pouvoir poser son front contre le sien. Il la regardait droit dans les yeux. « Dis-moi ce qu’il se passe. » - « Je vais te buter, Vrael. Je vais t’arracher tes organes un à un et je vais les broyer jusqu’à ce qu’il n’en reste que des miettes. Je vais te crever les yeux puis te les faire bouffer ! Je vais te couper la bite et la donner à bouffer aux porcs ! Voilà ce qu’il se passe ! » Il serra les dents. Les folies meurtrières n’avaient rien d’extraordinaire au sein de ce peuple. A Lumnaar’Yuvon, les peaux tannées par le soleil et couvertes de cicatrices n’étaient que le reflet de cœurs qui portaient les stigmates de la haine et de la violence. Ils y étaient habitués. Il y était habitué. Elle y était habituée. Pourtant, le brun devait fournir des efforts considérables pour ne pas céder aux tourments qui assaillaient son esprit. Il voulait rester calme. « Pourquoi ? » insista-t-il. Elle lui cracha au visage. « Je te hais. » Il se décala avec une grimace de dégoût et s’essuya d’un revers de manche. « Change de ton. » gronda-t-il. Dans ses yeux clairs, la menace du Démon brûlait. « Ou bien c’est moi qui te donnerais à manger aux cochons. » Sa main avait glissé de sa clavicule à son cou, qu’elle enserrait avec une poigne de plus en plus forte. Elle ricana, défiante. « T’as pas les couilles pour ça, Vrael. T’es trop angélique, comme ton putain de fils. Sahlo. » siffla-t-elle. Les ongles de l’homme s’enfoncèrent dans la chair de son aimée, qui grimaça de douleur. « Ne m’oblige pas à te montrer à quel point je ne le suis pas. » Il dardait sur elle des iris chargés d’une animosité flambante. Puis, soudain, ses traits se radoucirent. « Parle-moi, Asha. Parle-moi. » Elle serra les dents. « Ai kazra sil. » (Je te déteste.) Sa voix s’était mise à vibrer. Lentement, les remparts de colère s’écroulaient au profit d’une vulnérabilité toute faite de détresse. « Je suis enceinte. » Les doigts de Vrael se desserrèrent aussitôt, tandis qu’une surprise teintée d’horreur peignait son visage. A l’étage, Priam se mit à babiller. Le regard d’Asha se durcit. « Encore. » asséna-t-elle. « Je… Je suis désolé. » Ce ne serait pas un Réprouvé. Ce serait encore l’une de ces punitions que le sort leur infligeait. Il noua ses bras derrière la nuque de sa femme et se rapprocha d’elle pour mieux l’enlacer. Elle tremblait. « Je n’en veux pas, Vrael. Je n’en veux pas. Je le déteste. » Il ne répondit pas. Il ne dit rien, pendant un long moment. Puis, il ferma les yeux et murmura : « Ai hod yu in. »

***

« Et si c’est un garçon ? » - « Ce sera une fille. » Elle caressa son ventre. « Comment est-ce que tu peux en être certaine ? » demanda-t-il en tournant le visage vers elle. « Je le sais, c’est tout. » Elle sourit. « Instinct maternel. » Ils étaient étendus dans l’herbe, sous le soleil. Priam, à quelques mètres d’eux, s’amusait avec des jouets en bois. Le ventre d’Asha s’était arrondi. Elle ne portait presque plus de pantalons, seulement des robes amples. Ses seins, aussi, se gorgeaient à mesure que les mois passaient. Ses formes s’épanouissaient. Lorsqu’il la regardait, Vrael songeait qu’il l’aurait aimée même enceinte jusqu’aux yeux, même réduite à un sac d’os. Son amour pour elle transcendait tout. « Hum… Une fille, hein ? » Il tourna à nouveau le regard vers le ciel et réfléchit. « Aaz. » La femme grimaça. « Eph. » - « Erk. » - « Erk ? C’est original, au moins. » - « Gnnn. » rétorqua-t-il en plissant les yeux et en fronçant le nez. Elle rit. « Nahl ? » - « Non. » - « Gaan ? » - « Siggy ! » Durant de longues minutes, ils s’échangèrent des noms. Parfois, ils grognaient, d’autres fois, ils s’esclaffaient. Pour leur premier enfant, les neuf mois n’avaient pas été de trop pour choisir un prénom. En ce temps-là, ils ignoraient encore que ce qui sortirait par le vagin de la Réprouvée serait doté de deux petits appendices angéliques et porterait dans son âme la bonté des Vertueux. C’était une autre époque, celle d’une défaite et de la découverte de conséquences plus profondes que l’on n’aurait pu l’imaginer. A présent, il n’y avait plus de doute quant à la nature des enfants que les Bipolaires pouvaient mettre au monde. « J’espère que ce sera une Ange, elle aussi… » - « Ce n’est pas comme ça que Priam se renforcera. » - « Mais ils se disputeront moins. Tu imagines, élever un Ange et une Démone ? » Vrael fit la moue, puis sourit d’un air espiègle. « Nous vivons avec tous les jours. » - « Et ce n’est pas toujours facile. » répondit-elle sur le même ton taquin. Leur bambin s’était approché et entreprenait d’escalader le torse de son père. « Regarde, c’est déjà un homme ! » Vrael rit et attrapa l’inopportun au niveau des aisselles pour le soulever au-dessus de lui. « Graaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! » Porté dans les airs, l’enfant éclata de rire. Le soleil faisait briller ses cheveux bruns et ses yeux dorés. Asha le détailla avec tendresse. Elle tendit le bras vers l’une de ses petites mains. Il attrapa un de ses doigts et serra du mieux qu’il put. Elle sourit. « Quelle force ! Tu t’en serviras pour entraîner ta petite sœur au combat, pas vrai ? » - « Ou ton petit frère. » - « C’est une fille… » Elle donna un léger coup de coude à son homme, qui rit à son tour.

***

Ses longs cheveux bruns cuivrés étaient éparpillés sur le lit. Sa robe, remontée jusqu’à sa poitrine, présentait des bords maculés de sang. Les draps n’avaient pas échappé au carnage et baignaient dans cette atmosphère macabre. Ses mains grattaient son abdomen avec force et véhémence : ses ongles pénétraient la chair et la griffaient. Vrael lui tenait les poignets mais peinait à la retenir. Elle bougeait avec une telle virulence que la contenir se révélait être plus qu’un défi. Elle avait charcuté son ventre : des lambeaux de peau serpentaient entre les sillons vermeils. Penché au-dessus d’elle, le brun la suppliait d’arrêter. Il n’y avait aucun mot pour lui faire entendre raison. Aucune phrase, aucun son. Elle se débattait et hurlait. C’est une question d’honneur ! Je ne peux pas donner naissance à un Ange ou un Démon ! Je suis une Réprouvée ! Je l’arracherai moi-même à mes entrailles, s’il le faut ! Je la déteste, je la hais ! Elle ne mérite pas sa place ici, elle ne la méritera pas parmi nous ! Je te hais ! C’est de ta faute ! C’est toi qui l’as mise en moi ! Tu me l’as imposée ! Tu m’as souillée ! Et je tuerai Trishana pour ses herbes qui ne fonctionnent pas ! Je la dévorerai à la naissance ! Je la jetterai devant un troupeau de bicornes lancés au galop ! Je la brûlerai ! Elle jetait des paroles. Elle les jetait sans même les penser, seulement motivée par une douleur indicible et une rage inénarrable. Le Belegad inspira lourdement. « Tais-toi ! Shof yu op ! » Le cri avait surpassé les siens, et l’implacabilité du ton semblait l’avoir paralysée. Ses mains imprégnées de sang demeuraient suspendues au-dessus d’elle-même. La Réprouvée ouvrit les paupières : ses yeux se posèrent sur le brun comme si elle le voyait pour la première fois. Puis, ils se gonflèrent de larmes. Elles roulèrent sur la cornée puis descendirent sur ses tempes. Ses muscles se décontractèrent et, maintenus par l’homme, ses bras retombèrent près de sa tête. Elle sanglotait. « Je veux qu’elle meure, Vrael. Je veux tellement qu’elle meure. » Et la seconde suivante, elle l’aimait plus que tout.



Message III – 1704 mots




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Priam et Laëth
Mar 18 Aoû 2020, 00:56




IV. Avant la chute


Début de l’Ère de la Conciliation. Priam et Laëth ne sont pas nés.


Asha s’agenouilla sur le lit, puis prit appui sur ses mains. Ses lèvres se posèrent sur la hanche de son amant, avant de tracer un chemin amoureux jusqu’à son oreille. Elle souriait. Ses cheveux caressaient la peau dénudée de l’homme. Vrael, dans un demi-sommeil, grogna quelque chose d’inaudible. L’une de ses mains remonta nonchalamment jusqu’à la taille de la jeune femme. Il y raffermit sa prise et, comme s’il était soudainement parfaitement réveillé, l’attira brutalement à lui. Elle rit. « Qu’est-ce que tu veux ? » Elle ne répondit pas. Comme elle se redressait, son buste toujours contre le sien, elle l’observa un instant, puis plongea dans le creux de son cou. « Hum... » Les doigts du Réprouvé virevoltèrent jusqu’à la courbe de l’une de ses fesses. Elles étaient musclées. Même si elle avait quasiment cessé ses activités guerrières, sa musculature se maintenait. Le travail aux champs l’entretenait. Son odeur avait un peu changé. L’essence de base demeurait. Le parfum du cuir, du fer et du sang avait disparu, remplacé par celui de la poussière et des plantes. Il inspira profondément. Ses phalanges s’étaient égarées dans un creux qui arrachait des soupirs à sa compagne. Il sourit et embrassa sa tempe. Puis, il remonta ses deux mains sur ses hanches et la fit basculer sur le côté. D’une poussée latérale, il se projeta sur elle. Sa bouche trouva la sienne avec une avidité passionnelle. Elle réveillait en lui toutes les fureurs qui l’habitaient.

La nuit jetait sur leurs corps des feux d’argent. La brise s’engouffrait par la fenêtre ouverte. Asha frissonnait autant sous ses caresses que sous celles de Vrael. Entre deux halètements, elle se redressa sur les coudes. « Vrael. » Il remonta sa tête d’entre ses cuisses. « Quoi ? » - « Rien. Continue. » Il grogna et râpa sa paume sur sa peau, de sa hanche à son sein. La pression qu’il exerça dessus était comme une vengeance taquine – douloureuse et appréciable à la fois. Elle se mordit la lèvre, avant de replonger plus amplement dans leurs ébats. Elle aimait sa rudesse, sa délicatesse, son empressement, sa patience, sa violence, sa douceur, et toutes les ambivalences qu’il manifestait. Elle aimait quand il lui faisait du mal et quand il lui faisait du bien. Elle n’oubliait jamais de le lui rendre, parfois au centuple. Il aimait aussi, elle le savait. Il avait toujours aimé qu’elle lui tapât dessus pour mieux le soigner. Tout avait commencé par un coup mal placé – en fait, elle avait parfaitement bien visé mais, saisie de remords, elle avait fait croire à une maladresse. C’était lors d’un entraînement. Une culpabilité tyrannique l’avait poussée à exiger de s’occuper de lui. Elle avait pansé sa blessure – une entaille assez vilaine à la cuisse. Comme si ce premier contact avait initié un mouvement plus ample, ils avaient commencé à régulièrement coucher ensemble. Puis, lentement, ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre, de cet amour doux et violent des Réprouvés. Les souvenirs lui revenaient par à-coups, quand les sensations qui l’étreignaient lui laissaient un peu de répit.

« Vrael ? » Elle avait cessé ses mouvements de bassin. « Quoi ? » Elle ouvrit la bouche et se ravisa. « Si tu me réponds encore « rien », demain tu pourras plus marcher, mais ce sera pas parce que je t’aurais fait du bien, crois-moi. » Asha avait quelque chose à dire : il le voyait bien. Elle posa sur lui des yeux malicieux, et un large sourire fleurit sur ses lèvres. Il lui pinça la hanche. Elle lui tordit le téton. « Aïe, putain ! » Tandis qu’elle éclatait de rire, il lâcha sa taille pour croiser les bras. « Accouche, sinon je vais être obligé de te donner une bonne raison de te taire. » Elle pouffa en se penchant vers son cou. « Justement… » Un baiser, puis un autre. Son lobe entre ses dents, qu’elle mordit doucement. Elle rapprocha ses lèvres de son oreille pour lui murmurer : « On en reparle dans sept mois, si tu veux. » La Réprouvée se redressa, tout sourire. « Je suis enceinte. C’est ça que je voulais te dire. » Devant l’air ahuri qu’il prit, un nouveau gloussement lui échappa. Entre l’agacement, la surprise et l’amusement, il lui claqua la cuisse – ce qui ne la fit que plus rigoler. « Et c’est comme ça que tu me le dis ? » Elle fit la moue. « Je savais pas trop comment aborder le sujet. » - « Tu aurais mieux fait de la fermer, alors. » Le Bipolaire l’attrapa violemment par les cheveux et plaqua ses lèvres contre les siennes. Malgré la douleur, elle sourit en l’embrassant. Il était heureux de la nouvelle ; elle le savait. Elle l’avait simplement un peu trop embêté. Depuis longtemps, ils désiraient un enfant. C’était l’accomplissement de tout ce qu’ils avaient fait jusque-là. La rénovation du corps de ferme, leur installation, la reprise des terres des parents de Vrael, leur réintégration à Lumnaar’Yuvon… La guerre terminée, c’était désormais un rêve réalisable. Les bras de son amant l’étreignirent avec vigueur et tendresse. Ses mains caressèrent le creux de ses reins, son dos, ses épaules, sa nuque. Elle ferma les yeux. « Je t’aime. » - « Moi aussi. » Il sourit. « Je suis heureux. » Asha embrassa sa joue, puis bougea doucement son bassin pour le rappeler au moment présent. Il réagit aussitôt.

Ils étaient encore loin de se douter de ce qui les attendait. La guerre avait pris fin et la première malédiction s’était abattue, mais celle qui concernait la progéniture réprouvée demeurait un mystère. Tous ignoraient que les femmes mettraient au monde des êtres aux ailes unies. La nouvelle ne tarderait pas à tomber. Avec elle, les rêves chuteraient et les espoirs choiraient.



Message IV – 965 mots




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Sam 05 Sep 2020, 16:17




V. Le Serment


Début de l’Ère de la Conciliation. Priam vient de naître.


« Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi vous me regardez comme ça ? » Les pupilles de Vrael tremblaient. Elles étaient cerclées de larmes. Ses mains moites tenaient le corps d’un enfant dont les premiers cris secouaient le petit matin. « Il est difforme ? » Cela arrivait, parfois. Un pied bot, un bec de lièvre, ou toute autre malformation congénitale. L’un des risques à vivre sans magie. « Il va mourir ? » - « Non. » souffla son compagnon. Trishana, l’accoucheuse, restait muette. Elle leva les yeux vers le père, et lorsque leurs regards se croisèrent, il comprit qu’elle ne dirait rien. C’était à lui de parler. Ses iris glissèrent jusqu’à son amante. L’épuisement se lisait sur chacun de ses pores. Sa peau baignait dans la sueur, le sang, et d’autres fluides. L’accouchement avait été court mais douloureux. « Ce n’est pas un Réprouvé, Asha. » Il déplaça ses mains, jusqu’alors posées dans le dos de l’enfant. Deux ailes blanches y trônaient, encore rougies par les efforts de sa mère. Une grimace de déception et de dégoût griffa la figure de la brune. Une plainte, longue et profonde, monta de sa gorge, puis elle fondit en sanglots. Vrael tendit le garçon à Trishana, puis se déplaça jusqu’à sa compagne. Assis sur le bord du lit, il l’enlaça. Elle enfouit son visage contre sa chemise. « Pourquoi…? » C’était une question pour l’Injustice. Elle ne répondrait jamais, parce qu’elle s’abattait toujours aléatoirement. Son plaisir résidait dans l’inculpation des innocents. Cette fois-là, elle tuait aussi les rêves et les espoirs qui avaient été nourris durant des mois. Il n’y avait pas vraiment de raison. C’était une question de hasard.

Il y avait eu des rumeurs et des soupçons. On avait entendu dire que la fin de la guerre avait sonné l’heure d’une autre malédiction pour les enfants des Zaahin. Ils ne subissaient pas seulement les effets des phases de la lune blanche. On racontait qu’ils étaient incapables d’enfanter leur propre race, et que celle-ci ne naissait plus que des entrailles de leurs ennemis. De celles de leurs femmes ne sortaient que ceux qui les avaient tant maltraités, détestés et rejetés : des Démons et des Anges. Vrael et Asha le savaient. Ils avaient entendu parler de quelques cas de nouveau-nés aux ailes assorties. À ce moment-là, elle arrivait déjà presque à terme. L’espérance avait continué d’affluer dans leurs cœurs. Ils avaient songé que cela n’arrivait qu’aux autres, et qu’elle donnerait vie à un Bipolaire fort et fier.

La jeune femme s’agrippa à la chemise du père de son enfant pour s’en rapprocher. Tandis qu’il l’entourait d’une étreinte réconfortante, elle se blottit contre lui. Trishana, de l’autre côté de la pièce, nettoyait le nouveau-né à l’aide d’un linge humide. Lorsqu’elle eut terminé, elle l’enroula dans une couverture pour qu’il restât au chaud. Elle se tourna vers les parents enlacés. Affamé, le bébé pleurait. « Il faut le nourrir. » Vrael releva la tête, suivi d’Asha, plus lente. Ses yeux étaient rougis et son visage toujours crispé. « Je peux lui donner du lait de bicorne, si tu préfères. » Les iris de la brune scrutèrent la figure du petit. Les ténèbres et la lumière tournoyèrent dans ses prunelles. C’était un combat perpétuel, jamais prévisible, toujours éprouvant. Elle pouvait le rejeter. Elle pouvait le tuer, et c’eût peut-être même mieux valu, malgré la politique gouvernementale qui privilégiait leur survie et leur éducation au sein du peuple. C’était surtout l’Ange en elle qui l’en empêchait, parce qu’elle avait pour la vie un respect profond et absolu, et pour cet enfant l’amour illimité d’une mère. Si la Démone avait pris le dessus, elle l’aurait sans doute broyé ou écartelé. Elle aurait balayé les recommandations de la couronne sans aucun remords. Les ratures n’ont pas leur place dans le monde. Les signes des Zaahin, en revanche, revêtent de l’importance ; et ce pouvait être cela, plus qu’une malédiction ou une punition. Un message à leur encontre, quelque chose qui eût du sens. L’envisager était tellement plus supportable. C’était ne pas s’avouer totalement défaits par l’issue de la guerre.

Asha, doucement, se redressa. « Non. Je vais le faire. » Elle tendit les bras vers son fils. La soigneuse le lui donna. Le tenant dans le creux de son coude, la Réprouvée essuya ses larmes à l’aide de son poing, avant de descendre sa chemise jusqu’au bas de son épaule. Son sein découvert, elle y guida l’enfant. Il s’y accrocha avec vigueur. Vrael glissa son index dans la petite main du nouveau-né. « Regarde, il est déjà fort comme un Réprouvé. » s’amusa-t-il en sentant ses doigts bouger faiblement autour des siens. Un sourire fatigué tremblota sur les lèvres de la jeune mère. « Notre fils sera un Réprouvé. » Sa main caressa la tête de son enfant. Les cheveux étaient fins et terriblement doux. « Io teik’fent klar do yu. Io dreh faal priam ahst yu. » Je prendrai soin de toi. Je t’en fais le serment.



Message V – 832 mots




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Sam 05 Sep 2020, 17:22



Common Ground by Oksana Kulikova

VI. Les incertitudes


Début de l’Ère de la Conciliation. Priam et Laëth ont neuf et six ans.


« Dégagez ! » Asha repoussa violemment les deux enfants. Laëth chuta vers l’arrière et percuta un pied de chaise. Priam se rattrapa de justesse à celle-ci. « Je veux plus vous voir ! Monstres ! » De douleur et de terreur, la gamine pleurait. « Maman... » - « Arrête de geindre ! Plus tu pleures, plus j’ai envie de t’étriper ! » La cuillère en bois lancée par sa mère frappa son épaule. Elle poussa un petit cri, se recroquevilla et redoubla de sanglots. Son frère posa un genou à terre et la serra dans ses bras. « Et toi, pousse-toi de là ! Arrête de la couver comme ça ! » Posant une main sur la table, elle bondit par-dessus. Face à la fratrie, elle saisit son fils par les cheveux et le tira vers elle. Une grimace le défigura mais il ne cria pas. « Il faut que vous vous endurcissiez ou vous allez crever comme des merdes, si je ne vous bute pas avant ! Incapables ! » Elle le jeta contre le mur. « Maman, arrête ! » cria Laëth. Sa voix déraillait, comme incapable de suivre la détresse qui fusait de son cœur. « Arrête ! » Priam se releva péniblement. Son épaule et son coude le faisaient souffrir, et il saignait du nez. Il renifla, puis darda sur sa mère des yeux vibrant de crainte et de colère. Sa cadette s’était relevée. Elle se jeta devant lui, ailes et bras étendus de chaque côté de son petit buste. Asha la toisa. Un rire sec et rance remonta de sa poitrine. D’une poigne ferme, elle attrapa la gamine par la gorge et la plaqua contre le mur. L’enfant hurla et se débattit avec une frénésie sauvage. Elle ressemblait à un animal qui sent la mort le guetter – mais la situation était, en un sens, bien pire. Son aîné se jeta sur la jambe de la femme. Il arrivait à peine au haut de sa cuisse. « Arrête, maman ! Laisse-la ! » Il tapa sa hanche de son petit poing, mais rien n’y fit. Il était comme une fourmi qui aurait voulu frapper une montagne.

« Asha ? » La surprise de l’interrogation trancha le climat de haine établi. Juste une seconde. « Lâche-la ! » La hargne avait aussi gagné Vrael, dont la silhouette venait d’apparaître dans l’encadrement de la porte de la cuisine. Il se rua sur sa compagne. Son coude autour de son cou, son bras libre appuyé contre son ventre, il resserra son étreinte. « Lâche-la. » - « Non ! Je vais lui faire passer l’envie de me tenir tête ! Je vais la tuer, cette petite conne ! Et l’autre déchet aussi ! » Les deux mains enserrant le poignet de sa mère, Laëth respirait si peu qu’elle ne pouvait plus crier.

Face à l’urgence de la situation, Vrael lâcha Asha, attrapa la chaise et l’abattit violemment sur son crâne. Aussitôt, elle s’évanouit. Leur fille tomba sur la tranche. Le côté de son crâne heurta le sol carrelé. Elle se mit à tousser bruyamment. Le père s’accroupit et attrapa chacun de ses enfants par le bras. « Ça va ? » Priam passa sa manche sous son nez ensanglanté. Il avait l'air buté de celui qui retient ses larmes. Laëth s’agrippa au bras de son papa, dans l’espoir d’une étreinte. Il attira les deux enfants à lui et les serra contre son torse. « Par tous les Zaahin... » Comme il poussait délicatement la cadette, il lui fit relever le menton pour voir sa gorge. La marque des doigts d’Asha y était imprimée. Elle toussait encore, entre trois sanglots. « Ça va aller. » Avec tendresse, il embrassa son front, avant de se tourner vers le petit garçon. « On va soigner tout ça. Une tisane de miel bien chaude pour Laëth, un bon débarbouillage pour Priam, des bisous magiques pour tout le monde, et ça ira, hein ? » La fillette dévisagea son père, avec des yeux toujours saturés de détresse. Il y avait parfois dans le regard des enfants des douleurs qu’on n’aurait jamais voulu y voir. « Pourquoi elle est comme ça, papa ? Pourquoi elle est méchante avec nous ? J’ai juste demandé si-si je pouvais aller jouer avec Nikolaz et ell-elle s’est mis à-à hurler et-et- » - « Chhhh. » Vrael reprit sa fille contre lui. « El-elle nous aime pas ? Elle nous déteste ? » - « Bien sûr qu’elle vous aime ! C’est juste que, parfois, c’est compliqué… » - « Parce qu’on est des Anges ? » demanda Priam en reniflant et en repassant sa manche sous son nez. L’homme tourna la tête vers lui. Ses yeux étaient sombres, imprégnés de la violence de la scène qui venait de se jouer. « Non, c’est… Non. » Il attira son fils à lui. « Dis pas de conneries. » Et pourtant, si ce n’était pas entièrement vrai, ce n’était pas totalement faux non plus.



Message V – 836 mots




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