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 [A] - Le destin attend celui qui tente d'y échapper | Saphir & Devaraj

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Sam 02 Mar 2019, 23:45

[A] - Le destin attend celui qui tente d'y échapper | Saphir & Devaraj - Page 2 Hr2g
Le destin attend celui qui tente d'y échapper


Je restai silencieuse devant les dires du Suprême de l’Au-Delà. Ses murmures semblaient emplis d’un désespoir étrange, comme si cette femme l’avait poussé à bout par le passé, comme s’il était pris dans une tourmente qu’il ne contrôlait pas, à présent. Mon silence n’était pas un silence gêné, ce n’était pas un silence moqueur. Il me semblait comprendre sa situation, être dans un état semblable. Cependant, qu’aurais-je pu faire ? Lui placer ma main sur l’épaule en signe de soutien ? Non. Il était Roi. Il était bien plus puissant que moi et, finalement, malgré toutes ses propositions, je ne le connaissais que depuis peu ; tout comme Ezechyel, d’ailleurs. Durant le discours de la blonde, j’avais cru un instant qu’il était le centre de ses préoccupations, que ce serait lui qui mettrait le monde à feu et à sang. Une naïveté que j’avais balayé d’un revers de main ensuite. J’étais perdue mais la stupidité ne m’embrassait pas ; du moins, je le pensais. Peut-être avais-je tort. « Je hum… ». Cet homme me troublait. Il semblait trop fort, trop résistant, trop puissant, pour que je puisse lui adresser la parole de façon naturelle. Son aura était grande et me captivait bien malgré moi. Je ne pouvais refuser son offre, quand bien même je l’aurais souhaité. Il m’était en tout point supérieur. Dire non était impossible, comme je n’avais été capable de résister au Monarque Démoniaque. Je baissai les yeux, gênée. Des Ætheri, Edel, Raanu, pensaient-ils réellement que j’étais capable d’être ce qu’ils disaient que j’étais ? Que je serais ? J’en doutais moi-même. Être l’égale de cet homme, un jour, était-il seulement possible ? Je n’avais rien de la grandeur qu’il incarnait. Cette idée avait germé dans mon esprit et je fus quelque peu décontenancée lorsque le blond s’endormit.

Mon regard caressa la pièce pour rejoindre les yeux de l’Ygdraë. Les choses semblaient devoir se dérouler entre lui et moi, maintenant. Je doutais que les événements se soient passés exactement comme il s’y attendait. Nous étions deux dans ce cas. Pourtant, il me semblait que s’il ne me ramenait pas à Melohorë, il connaîtrait quelques déboires. Pouvais-je seulement le laisser dans un tel pétrin ? J’hésitais à lui avouer leur existence. Je doutais, néanmoins, qu’il souhaite utiliser cette magie, ces êtres que, moi-même, avais bien du mal à cerner. Et puis, rien ne présageait que les Enelyë ne remarqueraient pas la supercherie. « Je… ne sais pas réellement. » articulai-je doucement. Quelques longues minutes plus tôt, lui et moi nous courions après. Enfin, il me courait après. Je l’avais fui et n’étais pas disposée à obtempérer. À présent que je le voyais à la lumière de la tente, plus calme, je trouvais la situation incongrue. J’en aurai presque ri si les événements n’étaient pas aussi étranges et graves. Je l’écoutai, sans répondre de suite. Je n’étais pas réputée pour être très bavarde. J’étais d’un naturel timide et n’avais guère confiance en moi. Cependant, il me semblait que pour accomplir le Destin que les Dieux me prédisaient, je devrais apprendre à m’assumer, enfin. Je fermai les yeux, sentant la magie de cet homme entourer mon corps et mon esprit. C’était étrange, comme si nous entrions en communion. Le partage m’était très peu familier, tout comme le bien-être. Je souris. « Merci. » fis-je, avant de me lancer sur mon idée. « Écoutez… Il y a quelques temps, des femmes me sont apparues, des Reflets. C’est elle qui les a envoyées. ». Je visais par-là, la femme qui s’était adressée à nous précédemment. « Peut-être que vous pourriez en amener une avec vous ? Je ne sais pas où elles sont, actuellement, mais elles ne vont jamais bien loin. Je ne sais pas si les autres pourraient prendre celle qui vous accompagnera pour moi… Juste que je ne veux pas que vous ayez des ennuis par ma faute. ». J’avais pris ma décision. « Je vais suivre cet homme. Je ne sais pas ce que cela donnera et j’espère ne pas me tromper mais… ». Cette vie-là me paraissait bien mieux que celle que Melohorë me proposait. Je le regardais, appréciant les courbes de son visage, les mémorisant pour ne pas l’oublier, à l’avenir. Je m’éclaircis la gorge. « J’espère que nous nous reverrons, dans des circonstances différentes. ». Je n’avais jamais réellement côtoyé les autres Ygdräe. La très grande majorité de ma vie s’était faite en dehors du territoire des miens et, hormis mes filles, je n’étais attachée à personne appartenant à mon peuple. Il était l’un de ceux avec qui j’avais le plus discuté, même s’il était venu parce que j’étais une Löth.

Je me levai et me dirigeai vers le Chaman endormi. J’hésitai. Il m’effrayait un peu, et m’impressionnait beaucoup. « Monsieur… » fis-je d’une petite voix en amenant ma main sur son épaule. Je le secouai doucement. Je m’approchai un peu plus, amenant ma deuxième main sur lui. Je n’étais pas très musclée. Je peinais à courir longtemps, même. J’y mis un peu plus de volonté, manquant de m’écrouler sur lui, comme si ma force ne l’atteignait pas mais me déstabilisait moi-même. « Il faut vous réveiller. Je veux bien partir avec vous, maintenant. ».

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Ezechyel
~ Ygdraë ~ Niveau IV ~

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◈ Parchemins usagés : 838
◈ YinYanisé(e) le : 27/08/2014
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◈ Activité : Stratège
Ezechyel
Mer 06 Mar 2019, 18:26

Mes doigts caressèrent le dessous de mon menton, alors que la jeune femme s’engageait à me placer dans la confidence de son idée, un moyen d’éviter que je me confronte à une impasse en rentrant à Melohorë sans elle. Il était évident que mon échec ne serait jamais pardonné par les hautes sphères ygdraënne ou du moins, pas facilement. Par ailleurs, le Cyraliel qui m’avait confié la mission s’était bien arrangé pour me faire comprendre les conséquences auxquelles je m’exposerais en compromettant le succès de cette opération. C’est pourquoi, malgré la souplesse de mes décisions précédentes, je demeurais mitigé. D’une part, je ne tenais pas à être banni de mes Terres. J’avais trop à y perdre, tout à y perdre : mon fils, ma fille, ma femme ainsi que la vie que nous avions bâti, ensemble. Je n'étais pas prêt à envisager de sacrifier mon avenir pour la réalisation d’un Destin qui ne m’appartenait guère. En somme, rien ne m’empêchait, sur-le-champ, d’enlever l’Ygdraë, de briser sans vergogne mes promesses dans le but de servir mes propres intérêts. Le Suprême de l’Au-Delà était assoupi et Circë se situait assez près de moi pour user du Tracé d’Haziel en lui faisant perdre connaissance. Je ne fis rien de tout cela pourtant, restant figé dans la même posture, le faciès tout aussi impassible qu’avant, comme si ces pensées ne me hantaient pas actuellement. Était-ce par crainte du jugement des Dieux que je refusais d’agir ? Certainement. Qui ne l’aurait pas été en ces circonstances ? Lentement, j’inspirai une grande quantité d’air au creux de mes poumons, exhalant ensuite une longue expiration. La solution proposée par la sylvestre me paraissait bonne en théorie. Néanmoins, j’admettais conserver quelques réticences concernant son application concrète, pratique. « Sans doute. » soufflai-je malgré tout en la dévisageant. « Seulement, j’aurais besoin de garanties. Pensez-vous que ces Reflets soient assez puissants pour tromper la magie des Enelyë ? Dans le cas contraire, je prendrais moins de risques en retournant à Melohorë les mains vides. » Je m’imaginais déjà le scandale qui éclaterait si notre peuple s’apercevait de la supercherie. C’était une chose de perdre à nouveau une fugitive, mais c’en était tout une autre que de dissimuler le méfait au nez des nôtres. Nous apprenions tous à aduler les Löth en tant qu’égaux des Aetheri. De ce fait, je ne me sentais pas très à l’aise d’orchestrer cette mascarade qui équivalait indéniablement à un acte d’hérésie. Je concevais que mes choix étaient limités, mais d’un autre côté, je ne souhaitais pas me condamner à l’exil à cause de l’impiété de mes agissements. C’était trop dangereux. « Ne vous méprenez pas, j’apprécie la bonté dont vous faites preuve à mon égard, mais les enjeux sont si grands et je… » Ma gorge se serra, interrompant le flux de mots qui s’échappait de mes lèvres. Inconsciemment, mes doigts se contractèrent en poing, alors que je reprenais doucement le cours de mes explications. « Disons simplement que j'ai trop de choses à perdre. » Mon intonation de voix s’était assombrie. Je venais de songer à Elyot et Elyë. Je devais me calmer. Réorientant la Magie d’Earudien vers moi-même, je laissai ses effets opérés sur mon esprit durant une poignée de secondes, avant de pousser un soupir pour reprendre un peu de convenance devant l’Ygdraë. « Évitez de culpabiliser. » repris-je de mon ton habituel, comme si rien ne s’était passé. « Aucun de nous deux aurait pu prévoir la tournure des événements. » C’était si peu dire. Bien des faits me paraissaient encore irréels, sans compter que je ne cessais de bafouer des interdits en poursuivant ma conversation avec de la jeune femme. « Cela dit, je ne songe pas à décliner votre proposition. Quant à mes supérieurs, je pense simplement leur dire la vérité. Il est évident qu’ils savent certaines choses sur vous et sur votre héritage, des choses qu’ils veulent garder secrètes. Ils ne se seraient jamais donnés autant de mal à effacer les connaissances sur les vrais Cyraliel s’il en avait été autrement. Je me contenterai de leur proposer une offre qu’ils ne pourront pas refuser. » Le savoir possédait un pouvoir considérable que je comptais bien utiliser. « Et puis, ils sauront où vous retrouvez. » rajoutai-je en lui présentant la boule à neige. J’ignorais toujours à qui confier l’objet exactement, mais il était assuré que les hauts-gradés finissent, tôt ou tard, par avoir vent de cette affaire. « Je ne suis pas qualifié pour la diplomatie. Il vaut mieux que ce soit la Reine qui se charge de négocier une entente avec les Chamans plutôt que moi. J’en profiterai pour demander une audience avec elle et, avec un peu de chance, je pourrais peut-être obtenir un compromis. » En espérant que ça allait fonctionner. Car autrement… Je sentis mon cœur se serrer. Je ne voulais pas songer à cette éventualité.

« Il en va de même pour moi. » concluai-je sur les derniers mots de l’Ygdraë, avant de marquer une pause. « Si jamais vous voulez recevoir la compagnie d’un des nôtres, sachez que je suis là. Je serai toujours là. » Contre toute attente, un sourire parvint à se dessiner sur la commissure de mes lèvres, amical, exempté de la gravité professionnelle que j’adressais habituellement aux Löth. Sans le savoir, cet instant marqua l’éveil d’une chose terrée profondément en moi, un sentiment qui ne guettait que le moment opportun pour s’extérioriser. Appelez cela une révélation ou que sais-je encore, mais le fait était que j’ignorais tout de sa grandeur, de sa source ou encore de son existence. Elle était là, tout simplement, invisible au regard de ma conscience. Alors que la jeune femme tentait de réveiller le Monarque, mon rythme cardiaque commença, bien malgré moi, à s’accélérer. L’inévitable se rapprochait et au fond, je redoutais le départ de ma semblable. Mes doutes affluèrent brusquement dans mon esprit sous forme d’interrogations fatalistes. Et s’il lui arrivait malheur ? Et si elle se laissait entraîner par les folies du peuple chamanique ? Ce n’était que deux exemples de pensées sombres que je tentais de refouler dans un recoin de ma tête pour éviter de m’emporter. Sans grand succès. Pourtant, jamais mon expression ne parvint à trahir mon trouble et, en dépit de mes craintes silencieuses, je me relevai sans essayer d’arrêter l’Ygdraë. Je priais seulement d’avoir pris la meilleure décision.    

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Mar 12 Mar 2019, 18:54


Le destin attend celui qui tente d'y échapper


Le Chaman ne fit pas de rêves. Parfois, il lui arrivait de contrôler suffisamment sa magie pour se créer un Néant psychologique, un vrai sommeil absent de visions énigmatiques, idiotes et vides de sens. Fermer ainsi son esprit aux voix des Aetheri était une véritable jouissance pour lui. Ses pupilles vertes fixaient Circë sans la voir. Cela faisait longtemps qu'il avait développé l'étrange aptitude à dormir les yeux ouverts, bien que ce soit plus un fardeau qu'un choix personnel. «Hum.» Le Chaman se réveilla lentement, baillant. Malgré sa petite sieste, il se sentit déprimé. Pourtant il avait réussi le but de sa mission. Peut-être était-ce justement la raison de sa mauvaise humeur : tout finissait toujours par se réaliser comme ils le voulaient. Puisqu'il était leur Élu et qu'il connaissait tous leurs plans, son rôle oscillait entre le spectateur impuissant et l'acteur qui ne pouvait improviser. Un ennui sans nom tomba sur ses épaules. «Évidement que vous voulez venir avec moi.» dit-il d'un ton endormi. «Comme je l'ai dit à mon arrivée, personne ne contrôle son Destin ici. Je deviens plutôt bon pour discerner le Destin choisi des Dieux.» Sauf le sien. Peut-être parce-qu'il se foutait royalement de sa propre fin. La vie avait perdu son entrain et ses surprises à ses yeux, si bien qu'il finissait pas tout trouver insipide. Il sourit d'un air moqueur, voyant bien qu'il avait l'air d'un fou. Il avait parlé de choix à faire ou à éviter de faire, pour maintenir l'illusion qu'ils pouvaient encore maîtriser la situation. La réalité était bien plus sombre mais ce n'était pas son rôle de la dévoiler. Il avait beau renier, haïr certains dieux, leurs volontés restaient ineffaçables à ses yeux. Voilà pourquoi le Chaman était arrivé avec une sorte de confiance aveugle, sans même prendre le temps de réfléchir à une quelconque diplomatie -dont il serait de toute façon incapable. Les stratégies, c'étaient pour ceux qui n'avaient pas conscience de l’échiquier des dieux, ou alors suffisamment de puissance pour s'en extirper. Devaraj regarda Ezechyel. «Moi je dis que vous devriez arrêter de vous remuer les méninges, parce-que c'est d'une inutilité effroyable. C'est une pièce de théâtre que nous jouons. Arrivera ce qui doit arriver, en faisant ce constat, les soucis s'envolent.»

Sur ces mots, il leurs laissa quelques minutes pour faire leurs adieux, puis attrapa Circë par la main et disparut avec la jeune femme. La tente céda de nouveau place au vent nocturne et au bruit assourdissant des vagues qui s'écrasaient contre la roche. Le Suprême de l'Au-Delà les fit apparaître au beau milieu du Temple de Raanu. «Hum. Je dois vous prévenir que nos mœurs sont... Oh. Bon j'ai la flemme. Vous vous ferez votre propre idée. Voici le Temple ! C'est beau, hein !» Il réalisa seulement quelques secondes plus tard qu'elle ne pouvait pas discerner le Monde des Morts. «Ah oui. Avant que j'oublie. Il est important que tu fasse en quelconque sorte partie de mon peuple pour demeurer ici, mais aussi pour avoir accès aux trésors de la Déesse. Cela n'influera pas tes anciens dons d'Ygräe. Regarde-moi.» Devaraj détacha un bracelet en bronze de son bras pour le lui donner, puis posa sa main sur le front de la jeune femme. Il n'était pas certain de savoir comment s'y prendre. Sa seule tentative pour créer une Couronne s'était soldée par la disparition de sa Magie. Mais les pouvoirs qu'il voulait confier à la jeune femme était bien moins puissants et plus limités que ceux de la Couronne. Le Chaman regarda l'autel de Raanu avant de murmurer avec une relative confiance, finissant par demander à la Déesse de faire le nécessaire pour que le sort fonctionne comme elle l'entendait. «Moi, Wom'Zaïkam'Yé'Hǫfðingi, ton maître, en ce jour je te fais devenir l’un des médiateurs entre le Monde des Vivants et celui des Morts. Je t'offre les dons qui te permettront le contrôle de ces derniers. A cet instant, tu deviens Chamane. Par ce bracelet et ce tatouage, tu acquiers tes pouvoirs et ton ethnie. » Il avait l'impression de répéter un peu trop souvent cette formule, ces derniers temps, quoique Circë soit un cas très spécial. Résistant à la tentation de lui demander si son invocation avait bien fonctionné, Devaraj fit réapparaître la même tente, histoire que Circë puisse se réfugier, dormir et manger dans un endroit confortable, car il faisait humide et froid dans l'antichambre du Temple. «Voilà, voilà. Je te laisse t'habituer à l'endroit et à ta nouvelle vue. Nous parlerons du reste de tes nouveaux dons plus tard, ce n'est pas important. Je... Hum. Je ferai appeler quelqu'un qui pourra rester avec toi tout le temps pour te protéger, premièrement. Cette île est extrêmement dangereuse, et je parle autant des animaux que des plantes et même des habitants eux-même. Ne t'aventure pas n'importe où sans un guide. Tu pourras aussi choisir un endroit où faire bâtir une maison.» Pour le moment, il ne savait pas qui lui imposer comme gardien. Il n'avait pas envie d'y réfléchir. Il n'avait pas envie de retourner à Zaowa, chez lui. Il se dandina sur ses pieds, songeur, avant de relever la tête, les yeux brillants. «Pour le moment, c'est moi qui reste avec toi. Contente ? Ahahaha !»
C'est mon dernier post. ^^
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Dim 31 Mar 2019, 10:40

[A] - Le destin attend celui qui tente d'y échapper | Saphir & Devaraj - Page 2 Hr2g
Le destin attend celui qui tente d'y échapper


Je baissai les yeux, légèrement troublée. Je comprenais que mon idée quant aux Reflets était sans doute idiote. Si les Enelyë avaient le don de déterminer nos clans respectifs, ils verraient sans doute la supercherie. J’aurais aimé l’aider davantage, peut-être. Le fait qu’un Ygdraë, autre que ceux qui me maintenaient enfermée, autre que mes filles, s’intéresse à mon cas, prenne le temps de m’écouter et, plus, de me parler, provoquait chez moi une forme de reconnaissance. Je me sentais heureuse, en un sens, mais je sentais aussi le poids des responsabilités peser sur mes épaules. À présent, c’était comme si je n’avais plus réellement le droit d’être faible, comme si le fait qu’il soit impliqué, qu’il risque quelque chose, m’obligeait, moi, à devenir une personne plus solide. Je ne pouvais pas le décevoir. Pourtant, dire que je comprenais ce qui m’attendait aurait été un vilain mensonge. Comment pourrai-je devenir courageuse ? Comment ne plus avoir peur ? Et lui ? Avait-il peur ? Mes yeux observaient mon interlocuteur. Instinctivement, sans avoir à y réfléchir, je perçus la légère rupture dans le ton de sa voix. Quelque chose venait de se briser et je compris qu’il était sincère en disant qu’il avait trop à perdre. Tel un soldat envoyé au combat dans une situation périlleuse, il avait dû faire des choix, des choix qui auraient des conséquences. Je me demandai ce qu’était ce « trop ». Avait-il des parents à Melohorë ? Des grands-parents ? Un conjoint ? Des enfants ? Des amis ? Quels étaient ses objectifs ? Quel était son rang exact ? Peu importe les sociétés, l’échec n’était jamais bien perçu. « Croyez bien que je ne souhaite en rien vous faire perdre ces choses auxquelles vous tenez. ». J’aurais aimé qu’une solution existe pour tous nous contenter. Il m’avait conseillée de ne pas culpabiliser mais, plus que cela, j’étais effrayée. Les Cyraliel actuels me paraissaient si fiers que j’avais l’impression qu’ils n’accepteraient pas la tournure des événements. Et la Reine ? Je ne l’avais jamais vue. Comment était-elle ? Était-elle bienveillante, au point d’intervenir dans cette affaire ? « Oui. Et puis, vous pourriez arguer qu’il ne vous a pas forcément laissé le choix. » murmura-t-elle en parlant de Devaraj. À y réfléchir, ce n’était pas forcément de la « faute » d’Ezechyel. « Je suis certaine que vous auriez réussi votre mission sans son intervention. » fit-elle, sur le même ton bas. Je n’osais à peine imaginer ce qu’il se serait passé. Il m’aurait attrapée d’une manière ou d’une autre. « Merci. » conclus-je. Nous ne nous se connaissions pas mais j’avais déjà bien plus de liens avec lui qu’avec la totalité des autres Ygdräe, exception faite de mes filles.

Quand le Suprême de l’Au-Delà se réveilla, j’en étais encore à me demander si j’avais pris la bonne décision. Ses mots me semblèrent à la fois rassurants et déroutants. N’y avait-il pas de troisième solution ? Partir avec aucun des deux ? Non, c’était idiot et cela ne m’amènerait à rien. Je n’écartais néanmoins pas l’hypothèse selon laquelle cet homme était l’instigateur de tout ceci, que ce soit l’apparition de la blonde, ma délivrance ou cette situation présente. Cependant, l’idée était trop farfelue pour lui donner crédit. Je n’avais rien de spécial et tout ce qu’il pouvait obtenir de moi – dans l’hypothèse d’un plan machiavélique – il l’aurait obtenu d’une autre jeune femme, moins difficile à dégoter que je l’étais.

Avant je partir, je me tournai vers Ezechyel. Je n’osais pas trop l’approcher, ne sachant pas où s’arrêtaient les convenances exactement. Je m’en voulais de connaître si mal les us et coutumes de mon peuple. « Je hum… ». Il fallait que j’ose. « Mes filles sont à Melohorë. Si vous pouviez simplement leur dire que je vais bien et leur jeter un petit coup d’œil de temps en temps pour être sûr qu'elles vont bien elles-aussi, ce serait gentil. ». Je n’avais aucune idée de ce que faisaient actuellement Aelis et Aalis. J’espérais qu’elles n’aient pas subi trop de déconvenues à cause de moi.

Le changement de décor fut brutal. Était-il trop tard pour essayer de fuir ? Sans doute. Mon interlocuteur me semblait de plus en plus dérangé, commençant des phrases sans les finir, s’extasiant devant des choses inexistantes. C’est ce que je croyais, du moins. « Qu’est-ce que vous faites ? » fis-je, le souffle court, lorsqu’il m’apparut qu’il s’apprêtait à tenter quelque chose. La suite ? Pour être honnête, je ne m’en souviens pas. Le choc fut si grand que mon esprit préféra oublier cet instant, se fermer à la nouveauté, se fermer à ce que tout ceci voulait dire, à toutes les possibilités que ce nouveau monde recelait. C’était trop en une soirée.

792 mots
Je crois que j'ai fait 7 messages, du coup pour la déclaration de la quête, je prendrais 1 point de force =) Merciii, c'était cool  nastae
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Ezechyel
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Ezechyel
Lun 01 Avr 2019, 00:48

En écoutant les propos de l’Ygdraë, je commençais à réaliser qu’une solution idéale n’avait, sans doute, jamais été envisageable dans un contexte comme celui-ci. Je m'en doutais déjà à vrai dire, avant même que nous nous engagions dans le cœur de notre échange. Tout était allé trop vite. Entre notre brève poursuite à travers le champ des hautes herbes et l’intervention subite du Monarque chamanique, une éternité semblait s’être écoulée alors qu’en réalité, l’entierté de ces événements s’étaient succédé en l’espace d’une unique soirée. J’essayais de garder un maximum de contrôle sur les variables que je pouvais encore influencer, mais rien n’était plus incertain que la décision finale que prendrait les autorités de Melohorë en me voyant revenir devant eux, les mains vides. Pire encore, en présence d’un Reflet dont la véritable nature serait perçue à jour grâce aux dons des Enelyë. Ainsi, je pouvais bien me démener à retourner le problème sous tous ses angles, mais le résultat restait indéniablement le même. J’étais incapable de me visualiser l’aboutissement de cette situation, car il n’existait aucune garantie que mes initiatives se révèlent fructueuses. Est-ce que les Cyraliel, avec leur mentalité fière et butée, accepteraient seulement de se plier à mes exigences en constatant l'ampleur de mon échec ? C’était dur à dire. Certains étaient nettement plus raisonnables que d’autres et de fait, je pouvais uniquement espérer que leur sagesse prévale sur la démesure de leur orgueil. Un pari risqué, certes, mais qui ne m’était, néanmoins, pas impossible à remporter. L’empathie de la jeune fugitive me touchait, sincèrement. Cependant, elle comme moi savions parfaitement qu’il s’agissait là d’une résolution plus que périlleuse, capable de m’arracher en un instant tout ce que j’avais de plus précieux. « J’en ai bien conscience et j’apprécie ce que vous essayez de faire pour moi. » lui concédai-je en étirant un vague sourire. « Il en va de soi que je leur parlerai de lui. » soutins-je, acquiesçant d’un léger hochement de tête. Il m’était indispensable d’en faire mention si je souhaitais, minimalement, faciliter le plaidoyer de ma cause. Le Suprême de l’Au-Delà était la raison même qui rendait mon cas si complexe, délicat. Circë disait vrai en affirmant qu’il ne m’avait guère laissé le luxe d’une autre alternative. Si j’avais agi comme je l’avais fait, c’était avant tout parce que je n’avais pas voulu m’engager dans une lutte tout autant inutile que vaine contre le Souverain. Un soupir s’échappa de mes lèvres, résigné. J’avais l’impression que mon avenir reposait sur le plateau d’une balance, aveugle et inconscient de tout le poids qui pourrait jouer en sa défaveur. Je m’efforçais simplement de ne pas perdre la tête en m’assaillant de pensées noires et défaitistes avant que le moment fatidique n’arrive. Je gardais toujours espoir de parvenir à concrétiser mes desseins, malgré la désespérance que semblait vêtir la réalité. « Et puis, malgré les apparences, les Cyraliel ne sont pas déraisonnables. J’ose espérer que leur sagesse prévale lorsqu’ils m’exigeront des réponses.» Quant à l’Yggdrasil, j’hésitais à trop m’avancer. Les espérances que je portais à son égard étaient à peu près semblables à celles que je concevais pour les autres Ygdraë dirigeants, bien que sa nature énigmatique me contraignît, naturellement, à conserver quelques réserves. La Reine était une figure dont peu pouvait se vanter de connaître le fil exact de ses pensées, même au sein de notre peuple. Quelles étaient réellement les limites de sa bienveillance? Ma question demeura sans réponse. « Vous n’avez pas besoin de me remercier. C’est à cela que sert l’amitié. » Il était vrai que j’ignorais encore beaucoup de choses sur la jeune sylvestre mais, à mes yeux, cela avait peu d’importance et de fait, son remerciement ne me parût pas essentiel.

Les propos du Chaman, qui avait fini par s’éveiller entretemps, caressèrent mes oreilles d’un son particulièrement désagréable. Le Destin était, sans l’ombre d’un doute, un rouage indissociable en ce monde et pourtant, la plupart des individus étaient incapables de décrire précisément son fonctionnement. Les événements qui devaient se produire arrivaient forcément, je voulais bien l’admettre, mais cette vision me paraissait un peu trop simpliste pour me satisfaire complètement. Il s’agissait de voir la réalité telle que celle-ci se présentait concrètement à nous, à une échelle bien moindre que des volontés divines. De ce fait, pour que les choses arrivent comme nous le désirions, il fallait se battre, ne pas laisser notre Vie entre les mains de forces supérieures et espérer, naïvement, que tout se déroule pour le mieux. C’était la première leçon que j’avais appris au cours de mon existence, parfois dans la facilité, mais surtout au cœur de la plus froide cruauté.

Rivant mon regard vers la jeune femme, je dardai toute mon attention sur les mots qu’elle prononçait, conscient que ceux-ci seraient les derniers que nous nous échangerions avant longtemps. Je souris, avec une douceur compatissante. Il m’était impossible de lui refuser sa requête. « Bien sûr, vous avez ma parole. Faites attention à vous également. » Puis, sur ces paroles d'adieu, l’Ygdraë se volatilisa en compagnie du Roi. À présent seul, je quittai le couvert de la tente, me confrontant aux petites lueurs du matin qui s’inclinait doucement à l’horizon. Alors que je traversais le champ avec l’intention de gagner les rives de la plage sablonneuse, je me demandais comment j’allais parvenir à convaincre les habitants du village de me laisser dormir sous le toit de leur auberge. Je devinais sans peine la nature des rumeurs que l’homme de tout à l’heure avait dû répandre à nos sujets. Je soupirai, consterné. Qu’importe l’accueil que je recevrais de leur part, je ne pouvais pas repartir d'ici sans mon cheval.

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