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 [ IV ] Les murmures du pinson.

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Mer 18 Avr 2018, 00:38

Catégorie de quête : IV. Espionnage
Partenaire : Solo [Métier].
Intrigue : Lors d'une lecture au manoir, Pavélia découvre par hasard l'espionnage. Déterminée à en apprendre davantage et sur les conseils de Callidora, elle part à la recherche d'une professeure sur les Terres d’Émeraude. Cette dernière lui donne alors une mission afin de décider si elle mérite d'être entraînée ou non : l'Orine devra espionner un individu qui lui fait confiance.


Un rayon de soleil caressait l’ouvrage d’un trait de lumière. La noirceur de l’encre l’absorbait tout entier, recouvrant un éclat insoupçonné. Penchée sur le livre, la jeune femme se frotta doucement les yeux. Les embruns du sommeil s’attardaient encore auprès d’elle, l’aube n’ayant pas joué sa partition assez fort. Les pans de sa robe de chambre retombaient autour d’elle à la manière des pétales d’une fleur. Malgré elle, étudier l’épuisait, et les distractions se faisant rares, elle s’y consacrait pleinement. Aucune obligation ne la retenait véritablement en ces lieux ; elle n’osait pourtant s’en échapper, craintive à l’idée de causer des ennuis à son maître. Ses statues gisaient dans un coin de la pièce. De multiples échecs l’avaient poussé à mettre de côté son rituel matinal. Cela n’avait rien d’un abandon ; dès que son coeur puiserait le courage nécessaire pour affronter ses lacunes, ses doigts épouseraient à nouveau l’argile. Néanmoins, une nouvelle activité détournait chacune de ses pensées. Un frisson lui parcourait l’échine sitôt qu’elle imaginait la fierté dans les yeux de Lucius. Du matin au soir, cette vision l’enchantait. Parvenir à maîtriser les rudiments de cette langue avant leur prochaine rencontre n’était pas un objectif négociable. Les exigences de la frêle créature à son propre égard ne diminuaient guère avec le temps ; l'inverse s'approchait davantage de la vérité. Attentes et envies se dressaient, surgies du néant, et venaient l’assaillir, elle qui était mue par le désir de devenir la meilleure pour le satisfaire.

Décrypter les symboles se révélait néanmoins un exercice complexe. Cela faisait plusieurs jours que ses prunelles naïves scrutaient la même page, à la recherche d’un sens qui échappait à sa raison. Il fallait reconnaître que la bibliothèque de la maîtresse des lieux ne comprenait pas énormément de manuels sur le sujet. Les jumeaux ayant grandi, les manuels fondamentaux avaient été revendus depuis longtemps. Pavélia avait eu la chance de croiser Saül lors d’un de ces jours où la gaieté lui poignardait le cœur, et c’est avec une relative gaieté qu’il lui avait offert l’un de ces vieux cahiers, étrangement enthousiaste lorsqu’elle lui avait fait part de ses motivations. Saisie par un élan d’orgueil, elle avait cependant refusé son aide. Une décision absurde qu’elle commençait à regretter. Un baillement lui échappa. Vagabonder d’idée en idée ne lui servait à rien. À contrecœur, elle ouvrit le feuillet qui contenait la traduction de ces lignes incompréhensibles. S’acharner en vain lui occasionnerait de nouvelles migraines, et ces derniers jours, son incompétence lui avait arraché suffisamment de larmes. Il lui fallut toute sa concentration pour deviner l’écriture du Démon. Surprise de sa découverte, elle écarquilla les yeux. « Une espionne ? » Ce mot résonnait curieusement en elle. Sa curiosité piquée à vif, elle délaissa le livre et s’accapara les notes de son capricieux voisin. Prendre quelques minutes pour se détendre ne lui ferait pas de mal. Le conte d’une femme fragile dont la force venait de précieuses informations en sa possession et qui menait dans l’ombre des êtres à leur perte se dévoila alors sous ses yeux ébahis.

Éblouie par les fascinants récits que son hôtesse possédait sans le savoir, la jeune femme avait passé les jours suivants à imprégner son esprit de fantastiques fabulations. Il s’agissait en réalité d’une aventure écrite dans la langue commune dont elle comprenait sensiblement mieux les nuances. Délaissant pour quelques heures son apprentissage d’un dialecte bien sombre, elle laissa des images insensées emplir son crâne. Son imagination exaltée par de fulgurantes impressions, un sourire serein flottait sur ses lèvres. Les sursauts de son coeur lorsque l’héroïne se retrouvait en danger valaient toutes les nuits de solitude dans ce manoir glacé. Elle arrivait presque à ressentir la joie enfantine que provoquait en elle la proximité de son maître. Peu à peu, elle développait la certitude que l’espionnage était un art à sa manière, et qu’elle aurait dû en apprendre les fondements dès l’enfance. Jusque-là, elle avait toujours cru que son éducation ne comportait aucune lacune, et que les domaines explorés contenaient à eux seuls toute la beauté imaginable. Une illusion que ses lectures brisaient sans que cela ne l’attriste vraiment. N’y tenant plus, la jeune femme s'introduisit dans le bureau de Callidora. Une plume entre les doigts, son interlocutrice ne semblait même pas avoir remarqué sa présence. Sa gorge devint subitement sèche. « J’ai un service à vous demander. » Incapable de soutenir le regard froid de la Vampire, elle détourna le regard. Cela aurait des conséquences, sans le moindre doute. Néanmoins, l’Orine pressentait que son initiative lui ouvrirait les portes d’un tout nouveau monde. Il était un temps pour le rêve, et un temps pour l'action.

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Jeu 03 Mai 2018, 13:33



Porté par la brise matinale, un parfum de liberté enveloppait la jeune femme d’un souffle nouveau. D’humeur joueuse, le vent entortillait les quelques mèches blanches échappées aux baguettes. Jaloux de son succès, le soleil y projetait quelquefois d’aveuglants reflets. Indifférente à leurs inavouables pulsions, la douceur des environs semblait fondre sur les êtres et les choses d’une même caresse. Cela faisait plusieurs jours que l’Orine avait délaissé les couloirs sordides du manoir pour les terres charmeuses de son peuple. Le voyage n’avait pas été de tout repos, et si la fatigue creusait ses yeux, elle ne regrettait rien de sa décision. Pourquoi n’était-elle pas revenue plus tôt ? Sur ses lèvres flottait un perpétuel sourire, témoin discret de l’explosion joyeuse qui secouait ses sens. En d’autres circonstances, elle aurait probablement sauté de son destrier pour dévaler les plaines verdoyantes à la manière des enfants, guidée par l’insouciance et la gaieté. Ce n’était pas tant la présence de l’escorte généreusement offerte par son hôtesse qui l’en empêchait ; fruit de ses années d’apprentissage, la retenue et la modération lui dictaient sa conduite sans même qu’elle ne s’en aperçoive. Levant la main à son front pour examiner l’horizon, elle s’arrêta un instant, transportée par la beauté des plaines de son enfance. Où que se porte son regard émerveillé, le paysage étincelait de lumière. Un tableau piqueté de verdure et de lacs, auquel seul son maître manquait pour rayonner de perfection.

Malgré toute l’admiration que suscitait en elle son cher pays et l’envie grandissante de s’y oublier pour les semaines à venir, la jeune femme gardait en tête la raison de sa vue. Sur les agréables conseils de Callidora, elle se rendait sur le territoire de ses sœurs pour trouver un guide qui lui enseignerait les arcanes de l’espionnage, à condition qu’elle s’en montre digne. Il lui fallait trouver la demeure de l’une de ses semblables, et malgré les indications précises de la Vampire, Pavélia se laissait saisir par le doute, ne connaissant que le prénom de sa future interlocutrice, et bien qu’il bénéficie d’une certaine renommée, le village en question lui était parfaitement inconnu. N’était pas naïve de s’imaginer digne d’un pareil enseignement ? Ses propres capacités ne lui paraissaient jamais suffisantes pour mener à bien ses projets, et elle devait reconnaître que sa confiance vacillante la dissuadait de bien des initiatives. Divaguer au gré de ses pensées ne lui apportait néanmoins aucun résultat. Secouant la tête pour chasser de décourageantes incertitudes, elle flatta l’encolure de son cheval. N’ayant personne avec qui converser véritablement, elle avait fini par s’attacher à l’animal. « Nous sommes presque arrivées. » La voix de l’autre ne s’élevait que pour l’informer des directions à prendre, et ayant tenté d’engager une discussion qui s'était révélée tout à fait ennuyeuse, elle devait bien avouer que son silence ne lui déplaisait pas. Au loin, les champs se paraient d’une féerie colorée.

Quelques heures plus tard, l’Orine pénétra enfin dans le village. Enchantée par la fragrance des roses, elle ne se pressa pas de rallier la maison. Errer au gré de ses envies pour découvrir les lieux lui apportait un profond sentiment de sérénité. Apaisée par la présence de ses semblables et par l’élégance qui se dégageait de l’endroit, elle avait fini par arriver à bon port. Son poing n’eut cependant pas le temps de frapper contre la porte ; celle-ci s’ouvrit sitôt qu’elle en approcha ses doigts. « On m’a prévenue de ton arrivée. Entre. » La silhouette gracieuse de Caelys s’effaça. Obéissante, la jeune femme entra sans tarder, laissant à son escorte le soin des chevaux. De surprise, elle écarquilla les yeux. Depuis le plafond, des dizaines de tableaux et de dessins s’entrecroisaient sur les murs, reflétant un même visage. Il semblait à Pavélia qu’un millier d’yeux se posaient sur son corps. Cela avait quelque chose d’indécent. « Est-ce votre maître ? » Sa congénère hocha la tête en douceur, un sourire malicieux aux lèvres avant de prendre place sur le divan. Malgré le soin qu'elle prenait à dissimuler les pièces les plus audacieuses, la jeune femme n’était pas la première à être impressionnée par sa collection. « De cette façon, il est toujours auprès de moi, même lorsqu’il ne m’honore pas de sa présence. Mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Que serais-tu prête à perdre pour me prouver ta détermination ? » La jeune femme ouvrit la bouche pour répondre et la referma aussitôt. En toute honnêteté, elle avait envisagé bien des manières de convaincre son interlocutrice. Aucune n’impliquait un quelconque sacrifice. Les choses ne se déroulaient jamais comme elle l'avait imaginé. Le coeur battant, elle prit place aux côtés de Caelys.

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Lun 11 Juin 2018, 00:02



De délicates arabesques de fumée s’égaraient dans les airs. Couleur de cendre, les volutes s’élevaient sans cesse, épousant quelquefois les courbes ravageuses des tentures en un parfum âcre. Il semblait à Pavélia que ses pensées suivaient le chemin des émanations, fourmillantes et perdues, leur périple s’achevant inéluctablement de la même manière. La jeune femme n’avait guère besoin de fermer les yeux pour voir auprès de qui chacun de ses actes la menait. Lui. Son obsession. Entre les froissements du tissu, les contours de son visage se dessinaient furtivement. Il suffisait d’un geste à peine esquissé pour les faire disparaître. Effrayée de leur absence, elle les cherchait sans relâche jusqu’à ce que ses traits surgissent enfin de l’étoffe. L’Orine se mordit la lèvre inférieure. Elle se demandait à quoi il ressemblait, dépourvu de ses atours, seulement couvert par la noirceur de sa chevelure. « Est-ce que tu m’écoutes, au moins ? » La voix courroucée de sa future professeure l’arracha à son indécente rêverie. Que signifiaient ces égarements ? Jamais encore ce genre de désir ne l’avait étreinte. La folie revenait-elle frapper à la porte comme une amante trop longtemps éconduite ? Secouant la tête doucement, elle reposa le calumet avec précaution. De légers tremblements agitaient ses doigts. « Je crains que votre substance ne m’embrouille l’esprit. » Son interlocutrice éclata de rire, amusée de la mine déconfite de son invitée. S’amuser des autres à leurs dépens lui avait toujours plu, quand bien même ce n'était pas raisonnable.

Néanmoins, l’heure n’était pas aux plaisanteries. La décontraction sur le visage de Caelys demeurait une façade ; il s’agissait bel et bien d’une négociation, et perdre une si belle occasion d’en apprendre davantage sur l’une des femmes de sa liste aurait été regrettable. Il lui fallait jouer toutes les cartes en sa faveur pour parvenir à ses fins. Bien que la créature à ses côtés ne lui paraissait pas même en mesure de blesser un enfant, la situation exigeait qu’elle ne commette aucun faux pas. Surgi du néant, elle porta un verre à ses lèvres. « En vérité, il est rare que je prenne des élèves. Je ne suis pas du genre à déclamer mes talents à tous les coins de rue, et bien peu sont ceux qui en connaissent la véritable nature. Il est si facile de faire disparaître un témoin indiscret. » Pour étayer ses propos, elle referma son poing d’un geste brusque. Quelques gouttes de sang dégringolèrent de sa paume. L’avertissement fit tressaillir Pavélia. Suivre les recommandations d’une Vampire prenait soudain l’allure de l’imprudence. Le ton de sa congénère ne tarda cependant pas à se radoucir. « Quoi qu’il en soit et pour une raison que j’ignore, mon maître voue une certaine confiance à celle qui t’a envoyée ici, et bien que ton nom soit parfaitement inconnu, je suis d’humeur à te laisser une chance. Il faut parfois prendre soin du bourgeon pour lui permettre de fleurir. » Aucun professeur au monde n’ignorait la leçon. Transmettre était la clé.

Il ne fallut rien de plus que les quelques mots de Caelys pour que le doute s’installe à nouveau chez la jeune femme. Mal à l’aise, elle se releva et fit quelques pas dans la pièce. Il lui semblait exiger de sa comparse une faveur incommensurable, et la honte couvrait ses joues. « Je ne suis sans doute pas à la hauteur de vos espérances. J’ai beau faire de mon mieux, je parviens rarement à ce que je devrais être en mesure de faire. Il m'arrive de penser que ces années d’apprentissage ont été vaines, et qu'une autre en aurait tiré plus de profits. » Avouer sa faiblesse revenait à se montrer sincère, et elle abhorrait le mensonge. La brune garda le silence quelques instants. Elle-même se souvenait de la dureté avec laquelle elle considérait autrefois ses moindres échecs, et de l’insatisfaction qui, jour après jour, lui avait rongé le coeur. Quelquefois, une touche de douceur donnait naissance à un chef d’oeuvre. « Pour commencer, il va falloir cesser ces apitoiements, et me convaincre de ce dont tu es capable. L’important n’est pas ce que tu es, mais ce que tu deviendras. » La jeune femme n’avait jamais pris véritablement le temps de réfléchir aux possibilités que lui ouvraient ses échecs. Sitôt que son maître s’effaçait, le chagrin la paralysait toute entière. Pavélia leva les yeux vers le plafond. Les volutes se dissipaient déjà. « Je veux juste le rendre heureux. » Une aspiration que chacune de ses semblables partageait. C’était ainsi. La servitude se révélait une bénédiction. La plus âgée se releva à son tour pour se diriger vers un recoin de la pièce et se saisir d'un objet qu'elle ne vit pas. « Bien. En ce qui concerne notre affaire, tu n’auras qu’une seule occasion. Je veux que tu espionnes quelqu’un qui t’accorde toute sa confiance. » Pavélia ouvrit la bouche pour demander davantage d’explications, avant de se raviser. Une pareille instruction lui paraissait absurde. Une moue pensive s’empara de ses lèvres. Caelys ouvrit la porte. L’entretien était terminé. Avant que la blonde ne franchisse le seuil, elle lui donna un dernier conseil. « Si tu veux le combler, c’est toi-même que tu dois servir. »

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Dim 17 Juin 2018, 07:54



La familière caresse de l’hésitation faisait trembler ses doigts. Le choix de sa cible n’avait pas été une mince affaire. Sitôt qu’elle y pensait, l’idée de trahir l’une des siennes pour parvenir à ses fins lui semblait une véritable hérésie. Ne pouvait-elle se contenter d’espionner un parfait inconnu, et prétendre avoir réussi ? Dressé devant elle, le battant de bois demeurait insensible à ses préoccupations. Des dizaines de questions se bousculaient, chaque réponse donnant lieu à une pléthore de nouvelles interrogations. À certaines heures, ses pensées devenaient un effroyable labyrinthe. D’une manière ou d’une autre, il fallait lui faire taire son esprit avant qu’il ne l’arrête dans son entreprise. D’un geste timide, elle frappa. Les battements de son coeur pulsaient au rythme des secondes. Le souffle coupé, elle écoutait, à l’affût du moindre bruit. L’histoire de la Démone lui avait au moins permis de comprendre un élément : l’observation ne relevait pas seulement de la vue. Quelques instants plus tard, la silhouette de l’une de ses sœurs apparut. Celle-ci se jeta presque dans ses bras pour lui donner une étreinte chaleureuse. « Oh, comme tu as grandi ! » Cela faisait de nombreuses années que les jeunes femmes n’avaient eu d’autre contact que les lettres qu’elles s’envoyaient chaque semaine. Un sourire étrange s’insinua sur les lèvres de Pavélia. Malgré la joie de revoir les fossettes gracieuses de Shalin et le souvenir des jours heureux, une désagréable impression se lovait au creux de son ventre.

Sans perdre de temps, la maîtresse des lieux lui fit visiter la maison. Une certaine fierté luisait dans son regard. L’Orine garda cette information de côté, sans savoir ce qu’elle pourrait en faire. Son manque d’inventivité risquait fort de lui jouer des tours, et sa mémoire ne se révélait pas des plus fiables. L’isolement auquel on la contraignait ces dernières années en était sans aucun doute la cause. À mesure que se succédaient les pièces, elle songeait aux véritables raisons de sa présence. En dépit du ton enjoué de sa congénère, elle ne parvenait pas à se détendre. L’antre de Caelys ressemblait à un temple, et en comparaison, la décoration des environs manquant cruellement de saveur. Une fois la visite achevée, Shalin l’invita à s’asseoir et apporta quelques douceurs. « Alors, qu’est-ce qui te décide à me rendre enfin visite ? » En toute honnêteté, la jeune femme ne ressentait pas la moindre envie de discuter. Le silence n’avait jamais été un problème à ses yeux, et l’on y apprenait souvent bien davantage qu’en une conversation interminable. Révéler un minimum de détails lui permettrait sans doute de se sentir plus en confiance. Le mensonge n’avait jamais été sa tasse de thé, et de cette manière, elle avait la sensation de ne rien déformer. « Il faut bien sortir de chez soi un jour. J’étais curieuse de voir ce que tu étais devenue, et l’occasion s’est présentée. Comment se porte ton maître ? » Un sujet sur lequel son hôte se montra véritablement intarissable et qui ne demandait rien d'autre qu'un hochement de tête émerveillé.

À son grand désarroi, Pavélia se rendit rapidement compte que la gentillesse de l’Orine l’exaspérait. Toujours inquiète de savoir si elle avait assez à boire ou à manger, elle ne déballait rien qui méritait qu’elle s’y attarde, et la laisser s’extasier devant la beauté du village ou les exploits de celui qu’elle servait demeurait le plus intéressant. Néanmoins, elle avait une mission à mener, et elle ne repartirait pas sans avoir atteint son but. Ses yeux dérivèrent vers le balcon qui s’étendait non loin. Se ménager une porte de sortie en cas d’imprévu lui paraissait indispensable. L’histoire lue quelques jours plus tôt lui faisait office de véritable guide. En vérité, s’introduire chez Shalin sans lui en demander la permission et repartir en toute discrétion aurait été une approche bien plus digne de sa future profession. Elle n’en avait pas eu le courage. Par chance, elle avait préféré arriver à la tombée de la nuit. Pour la réussite de sa petite expérience, la blonde avait mis point une modeste stratégie. Quelques minutes plus tard, elle mit fin à la discussion en se frottant les yeux. « Il se fait tard. Le voyage m’a épuisée. » En d’autres circonstances, elle n’aurait pas refusé de se livrer au sommeil. Cependant, la perspective de s’adonner à sa nouvelle passion diffusait en elle un enthousiasme sincère. « Oh, bien sûr ! Je t’ai préparé une chambre à l’étage. » Sans plus attendre, Shalin lui montra le chemin et s’enquit de son bien-être avec une foule de précautions futiles avant de disparaître à son tour entre ses draps. Une fois que le silence s’empara tout entier de la maison, la jeune femme se releva.

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Dim 17 Juin 2018, 18:32



Un frisson d’excitation remontait le long de son corps. En silence, la jeune femme se déshabilla pour enfiler une tenue sensiblement plus légère. Couleur de la nuit, la robe l’aiderait à se fondre dans l’obscurité. La fraîcheur de l’air ne la dérangeait pas ; sous sa chair se déployait la chaleur timide de premières étincelles encore vacillantes. L’euphorie à fleur de peau, elle couvrit également ses cheveux d’un voile sombre. Mieux valait mettre toutes les chances de son côté ; elle aurait bien du mal à s’expliquer si Shalin venait à la surprendre. Le miroir lui renvoyait l’image d’une femme en deuil : néanmoins, elle ne savait pas encore ce qu’elle allait perdre. Sans tarder, elle entrebâilla la porte de sa chambre et se glissa à travers l’ouverture. Furtive comme une ombre, elle longea le mur du couloir à la recherche du bureau de son hôtesse. En chemin, elle se demanda quels secrets insensés la brune pouvait bien dissimuler au monde. Magicien de son état, elle doutait que son maître s’adonne à de quelconques manigances, et elle-même se révélait d’une douceur fade. Les assourdissantes palpitations de son coeur prenaient une envergure démesurée face à son escapade ; en ces lieux, elle ne risquait rien. Cependant, un léger détail vint troubler la quiétude du tableau. Les souvenirs de Pavélia se décidaient à lui jouer des tours, et une fois devant la porte, elle douta de sa destination. Ne se trouvait-elle pas en réalité face à la chambre de Shalin ?

Autour d’elle, les rayons de lune consolaient la solitude de la commode d’une caresse d’argent. Des grains de poussière s’ébattaient à la surface du meuble en une danse désaccordée. Se centrer sur les détails apaisait la blonde. La peur s’éloigna d’elle. Lentement. Il fallait agir avant que ses pensées ne reprennent leurs droits. D’un geste brusque, elle s’empara de la poignée de gauche. La porte pivota sur ses gonds en un léger grincement. La première chose que la jeune femme reconnut fut les immenses fenêtres percées de lueurs opalescentes. Sans oser y croire encore, elle referma derrière elle et s’aventura dans le bureau. La chance lui souriait. Sa bonne humeur soudainement ravivée, elle manqua pousser un cri de joie et se retint au dernier moment, la main contre sa bouche. Saisie d’une folle envie de rire, elle se tempéra. D’une certaine manière, il lui semblait enfin accomplir quelque chose par elle-même, et la sensation lui donnait l’impression de flotter au-dessus du sol. Intouchable. Néanmoins, elle ne perdait pas de vue son objectif et commença à chercher une source de lumière digne de ce nom. Les lueurs lunaires ne diffusaient qu’une faible clarté. Maladroite, elle manqua se heurter à des meubles à plusieurs reprises avant de dénicher ce qu’elle cherchait. Les doigts tremblants, elle enflamma la bougie, ne songeant pas une seconde que quiconque à l’extérieur de la maison la verrait alors mieux qu’en plein jour. Sa stratégie comportait encore de sérieuses lacunes qui risquaient fort de lui porter préjudice.

Son regard s’arrêta sur le pupitre qui se dressait non loin d’elle. Sur la pointe des pieds, la jeune femme approcha sans vraiment savoir ce qu’elle cherchait. En réalité, elle se doutait bien que Shalin ne conservait pas les documents importants à la vue de tous. Finement ouvragées, les arabesques donnaient naissance à un poème qui rendait hommage à la nature. L’Orine poussa un soupir. Soudain, pénétrer en ces lieux pour dévoiler les secrets de sa congénère sans qu’elle n’en sache rien lui semblait une trahison insensée. Prise de remords, elle ne savait plus ce qu’elle devait faire et tourna en rond dans la pièce quelques instants avant de s’arrêter près des vitres. Chaque seconde qui s’écoulait imprimait davantage en elle l’impression que son choix avait été une erreur. Ne s’était-elle pas bêtement précipitée vers la première distraction qui attirait son attention au lieu de sagement poursuivre son apprentissage ? Duper la confiance de l’une de ses sœurs lui semblait impardonnable. Ce n’était pas dans ce bureau, à découvrir ainsi l’intimité des siennes que se trouvait sa place. Se contenter de déformer la vérité auprès de Caelys restait sans doute la meilleure des solutions. Quelque chose en elle se refusait pourtant à tourner les talons. Que devait-elle faire ? À présent qu’elle avait entrevu un fragment de réalité jusque-là insoupçonné, retourner à la tranquillité des jours passés lui serait impossible. Effrayée de sa propre attitude, elle recula et se heurta à un objet. Le chandelier s'écrasa contre le sol.

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Dim 29 Juil 2018, 23:07




En ondes sournoises, le choc se répercuta à travers la pièce, balayant le silence nocturne. Catastrophée de son indiscrétion, la jeune femme se retourna pour rattraper l’objet, en vain. Si la visite de l’après-midi lui avait montré le chemin de cette pièce, elle avait la certitude que Shalin n’apprécierait pas de la trouver là à une heure pareille. L’excitation que lui procurait son activité de la soirée agitait ses doigts de légers tremblements. Le chandelier chuta de nouveau. Saisie par la peur, elle envisagea un instant de s’enfuir par la fenêtre et de ne jamais revenir auprès de sa consœur. Secouant sa tête pour en décrocher la lâcheté, elle se remémora les conseils que sa geôlière destinait généreusement à ses créatures. Plutôt que de se centrer sur les fâcheuses conséquences de sa maladresse, il lui fallait imaginer une solution. L’Orine prit une grande inspiration, cherchant à apaiser ses nerfs à vif. Parvenir à se calmer était la première étape d’une stratégie sensiblement plus efficace que la panique. Tant bien que mal, elle parvint à remettre la décoration en place. Son regard divagua vers les tentures océanes qui garnissaient la fenêtre. À pas de loups, elle se dirigea vers l’ouverture, essayant de déterminer la transparence du tissu. Néanmoins, si cela lui était venu instantanément à l’esprit, nul doute que n’importe qui serait en mesure de la découvrir. Déçue, elle se ravisa et retourna à son point de départ. Comment diable pouvait-elle s’en tirer ?

Soudain, la jeune femme s’immobilisa ; il lui semblait que des bruits de pas se rapprochaient. Affolée, elle s’efforça de se rassurer. Sans doute son imagination débordante lui jouait-elle des tours. Cependant, sa tentative ne résista pas à la réalité. Une faible lueur s’allongea sous la porte. La confrontation se révélait inévitable. D’un geste hésitant, la blonde attrapa la première chose qui lui tombait sous la main et prit place sur l’un des fauteuils, sa silhouette longiligne avalée par la stature du meuble. Sans réfléchir, elle ouvrit le livre au hasard, soulagée lorsqu’elle reconnut les premiers vers d’un poème. Ce soir, la chance lui rendait visite. Rassérénée, elle poussa un soupir. Ses lèvres murmurent une prière en l’honneur . Un instant plus tard, le battant de bois pivotait sur ses gonds, dévoilant le visage inquiet de Shalin. Ses traits se déformèrent sous l’incompréhension. « Pavélia ? » La sus-nommée releva la tête de son ouvrage et le referma sans attendre. N’ayant pas la moindre idée de la suite, elle baissa les yeux vers le sol d’un air peiné. Trahir la confiance de sa consœur lui pesait sur le cœur, et l’échec ne rendait la sensation que plus lourde. Dépourvue de toute malignité, l’hôtesse s’approcha d’elle, candide sur les raisons de son insomnie. « Tu n’arrivais pas à dormir, n’est-ce pas ? » Shalin la regardait, souriante. Le ton presque maternel de sa voix fit éclater la blonde en sanglots.

De longues minutes s’écoulèrent sans que les épaules de Pavélia ne cessent de remuer. Dans les bras de sa congénère, elle songea à toutes les choses qui l’attristaient depuis ses adieux à Maëlith. Ces années à l’abri du monde lui laissaient un arrière goût désagréable dans la bouche, et le départ de son maître avait irrémédiablement accentué son chagrin. Sans lui, il lui semblait que son existence se décolorait de tout sens. Son échec de la soirée lui rappelait cruellement qu’en son absence, elle n’était pas capable de grand-chose, et qu’elle s’aventurait à peine sur le chemin de ses déceptions. Néanmoins, s’effondrer ainsi présentait le net avantage de distraire sa semblable de sa présence incongrue. « Je suis désolée, Shalin. Mon maître a quitté le manoir depuis longtemps, et je ne le supporte plus. Après que nous nous soyons quittées, je me suis sentie mal. Je voulais simplement me changer les idées. » Affectueusement, l’autre acquiesça et se décida à la consoler. Ses mains caressaient les cheveux de la blonde d’un geste familier, des paroles réconfortantes s’échappant de ses lèvres. Qui d’autre qu’une Orine éloignée de sa raison d’être pouvait comprendre la douleur d’une pareille séparation ? Pavélia savait que Lucius ne cherchait qu’à la protéger des horreurs du monde ; cela ne l’empêchait pas d’en souffrir. Il lui fallait devenir plus forte, et l’espionnage lui avait semblé la voie idéale. À présent, le doute l’envahissait. Ballottée par des désirs insaisissables, ne s’était-elle pas fourvoyée ?

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Mer 01 Aoû 2018, 18:41




La jeune femme souffla sur le papier pour en chasser la poussière. Ressasser de tels événements assombrissait son humeur, et si son escapade sur les rives magiciennes lui avait réchauffé le coeur, elle ne parvenait pas à achever sa lettre. Faire le tour de ses échecs lui laissait un goût amer en bouche, et recevoir le mépris de Caelys ne l’intéressait pas. L’esprit ailleurs, elle ne s’occupait plus de grand-chose dans sa chambre, et l’endroit ressemblait désormais à un atelier en désordre. Des statues à demi façonnées traînaient ça-et-là, et des vêtements s’étendaient en pagaille sur leurs déformations colorées. En vérité, la même pensée tournait en rond sous son crâne ; cela tournait à l’obsession. Perdre son temps alors que son maître croulait sans doute sous les occupations la rendait folle. Il était plus que désagréable de se sentir inutile à sa cause. Son unique distraction se composait d’un manuel de magie dont elle avait par hasard fait la découverte dans l’une des bibliothèques du manoir à son retour, et qui enseignait entre autres la capacité étrange de fusionner avec un objet. En théorie, du moins : l’entraînement auquel elle s’astreignait ne menait à rien de palpitant, et si des picotements familiers remontait à présent le long de ses doigts, elle ne ressentait qu’une impression nauséeuse. Vidée de ses forces, elle se couchait ensuite pour le reste de la journée. Dans une nouvelle tentative de se changer les idées, elle s’engagea dans le couloir.

En chemin, son regard fut attiré par une porte restée entrouverte, à l’opposé de ses appartements. Ce n’était pas la première fois que cela arrivait. Agacée, la blonde s’approcha pour la refermer lorsqu’une idée folle s’imposa à elle. Ne pouvait-elle pas pénétrer dans la chambre et voir ce qu’elle pouvait y découvrir ? La chose était tentante. D’un geste précautionneux, elle poussa légèrement le battant de bois et se faufila à l’intérieur. Saisie de frissons, elle fit quelques pas à la recherche d’une information pertinente. Lettres et carnets trônaient sur un bureau, n’attendant que ses yeux pour dévoiler leurs secrets. L’excitation faisait trembler ses doigts. Par où commencer ? Au hasard, elle s’empara d’une pile de papiers et les parcourut en silence. Les symboles primitifs couvrant les feuilles lui prirent un temps considérable. Avide de découverte, elle ne les relâcha pas avant d’avoir décrypté sommairement jusqu’à la dernière page. Manifestement, le propriétaire des lieux s’efforçait de mettre en place un trafic d’organes, et certains de ses contacts se révélaient des problèmes. La nouvelle ne l’horrifia pas outre mesure : vivre auprès d’individus peu scrupuleux présentait l’immense avantage de rehausser sa tolérance aux barbaries en tout genre. En revanche, sa méfiance à l’encontre du Démon venait de grimper en flèche. Ce n’était plus l’enfant bagarreur qui, autrefois, mettait tout en œuvre pour contrarier sa mère. En grandissant, ses occupations prenaient une tournure sensiblement plus sanglante.

Néanmoins, une pensée dérangeante s’insinua jusqu’à elle. Puisque son voisin de palier était capable de telles ignominies, que ferait-il s’il la trouvait ici à bafouer son intimité ? Le Démon ne lui pardonnerait sans doute pas son intrusion. Effrayée par cette perspective, elle prit une profonde inspiration. Il fallait qu’elle s’en aille. En reposant les lettres, elle remarqua le cuir d’un carnet. Dépourvu de toute fioriture, celui-ci faisait piètre figure en comparaison de ses congénères. Intriguée, elle se saisit de l’objet et l’ouvrit au hasard. Ce qu’elle y découvrit accéléra subitement les battements de son coeur. Rédigé en langage commun, chaque page comportait plusieurs prénoms, et des détails pour le moins savoureux y étaient associés. Attendrie par l’attention surprenante que le brun portait à ses conquêtes, elle sourit. Peut-être n’était-il pas si mauvais. Cependant, le papier sous ses doigts revêtait un aspect particulier. Concentrée sur sa lecture, elle finit par remarquer que les feuillets se dédoublaient et s’efforça d’en décoller quelques uns. Maladroite, elle ne tenait pas à déchirer quoi que ce soit et échoua. Ayant cru apercevoir une tâche sombre se dessiner de l’autre côté, elle chercha sur le bureau une lame en mesure de l’aider mais n’eut jamais le temps de la trouver. Des bruits de pas se précipitaient dans le couloir, et de malheureux éclats de rire les accompagnaient. Affolée, elle remit les affaires en place et chercha une cachette où se dissimuler. Ses prunelles lavande croisèrent une armoire de bois. Sans réfléchir, elle s’y engouffra. Quelques secondes plus tard, Saül entra dans sa chambre en compagnie d’une charmante inconnue.

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Jeu 02 Aoû 2018, 13:27




Le rugissement effréné dans ses oreilles empêchait la jeune femme de distinguer le moindre son. Le souffle court, elle s’efforçait de rester immobile malgré l’inconfort que lui procurait sa position. En vérité, se retrouver délestée de ses organes pour avoir satisfait sa curiosité se révélait une perspective sensiblement plus désagréable que de supporter les crampes qui ne tarderaient pas à la saisir. Néanmoins, il fallait relativiser ; étouffant le bruit, le tissu autour d’elle présentait une certaine douceur. Noyée sous les effluves sauvages du parfum de Saül, les minutes lui paraissaient des heures. Quelques instants plus tard, soulagée de voir que la porte ne s’ouvrait pas en grand, elle se détendit. Le calme revint peu à peu en elle, suffisamment pour que l’afflux de sang s’estompe et que de nouvelles sonorités parviennent jusqu’à elle. Ce qu’elle entendait l’intriguait. Un léger interstice lui offrait également une vue sournoise sur la scène qui se jouait non loin. Avec prudence, elle se pencha vers l’ouverture. Sitôt que ses yeux saisirent l’étrange danse des protagonistes, elle détourna le regard. Le rouge lui monta aux joues. Il s’agissait d’une pratique dont on lui avait déjà parlé sans qu’elle ne puisse s’y essayer. L’Orine reconnut le froissement d’un vêtement dont on se débarrassait. Elle crut voir des formes s’entremêler. Sa pudeur faiblissait néanmoins. Sans doute n’était-ce que l’un des rituels destinés à honorer Isahora ; il n’y avait pas de mal à le découvrir.

Lorsque l’inconnue se releva finalement des draps, il semblait à Pavélia que le temps avait filé plus vite qu’il ne l’aurait dû. Bien malgré elle, une sensation délicieuse s’était insinuée entre ses cuisses, et elle n’avait pas été en mesure de la laisser filer avant de ne pas avoir le choix. La jeune femme avait toujours considéré son corps comme un moyen de servir son maître, et chaque fois qu’il se manifestait en son absence, une culpabilité plaisante la tenaillait. La voix de Saül s’éleva à travers la pièce pour demander à sa partenaire de jeu de descendre à la cave récupérer quelque chose à boire. Naïve, elle s’empressa de disparaître. Déçue qu’il ne l’accompagne pas, la blonde le regarda se rhabiller en partie et s’installer à son bureau pour rédiger quelques mots. S’échapper maintenant lui était impossible. Patiente, elle ferma les yeux pour se remettre de ses émotions. Sans crier gare, la porte de l’armoire bascula. Horrifiée, elle hoqueta. Le Démon se tenait face à elle. « Puis-je savoir ce que tu fais ici ? » D’un air impassible, il la détaillait de bas en haut, indécis sur le sort à lui réserver. Des tremblements nerveux saisirent les doigts de la jeune femme. Il lui semblait que ses jambes ne pouvaient plus la porter. « Je... » Fébrile, elle sortit de l’armoire sans parvenir à trouver une explication digne de ce nom. Sa présence en ces lieux avait été une très mauvaise idée. Affolée, elle ne parvenait pas à réfléchir.

D’un geste brusque, le brun attrapa les épaules de l’Orine pour la plaquer contre le bois. Cela faisait un moment qu’il avait perçu sa présence, et sans doute venait-elle lui demander de plus amples informations sur un passage du manuel. Qu’importe : il avait envie de s’amuser. Effrayée, elle poussa un cri et ne bougea plus, paralysée par la peur. La main de Saül remonta pour caresser sa gorge. Un rictus mauvais lui échappa. « Peut-être devrais-je te tuer pour faire venir mon frère. » Ses phalanges s’enroulèrent autour de son cou. Prise au piège, la respiration de Pavélia s’accéléra. Mourir d’une telle façon était inconcevable. Sans comprendre, elle sentit les doigts de son tortionnaire descendre lentement vers le renflement de ses seins. « Ou peut-être devrais-je t’apprendre ce que tu veux savoir. » D’humeur taquine, il attrapa sa lèvre inférieure entre ses dents, et la saisit par la taille pour rapprocher leurs corps. Ses joues virèrent au cramoisi. Pourquoi avait-elle chaud, subitement ? Une sensation désormais familière s’invita dans son ventre ; elle avait envie de plus. Sans réfléchir, elle le gifla de toutes ses forces. De surprise plus que de douleur, le Démon recula. Libérée de son emprise, Pavélia se précipita en dehors de la pièce pour rallier sa chambre qu’elle ferma à clé. Troublée par les événements, elle tomba à genoux et se prit le visage entre les mains. Secouée par un incontrôlable éclat de rire, elle souriait. Elle avait réussi.

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[ IV ] Les murmures du pinson.

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