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 [Événement | Anges] À votre mémoire

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Isiode & Isley
~ Ange ~ Niveau III ~

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◤ ◤: Isley: Providentia, Immortalis, Mortifero, Pugnus ✘ Isiode: Bellum, Fide, Aurea, Malleo
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MessageSujet: [Événement | Anges] À votre mémoire   Sam 17 Mar 2018, 00:22


À votre mémoire


Crédit: 23 tiny wishes by WLOP

Musique d'ambiance

Nous nous sommes tous rejoins autour d’une grande stèle recouverte par un drap. Nous étions quelques centaines à nous être rassemblés pour ce grand jour de recueillement. La plaine était vaste, la brise nous caressait gentiment le visage, comme pour sécher nos larmes, mais dans ce plateau d’un vert reluisant sous un ciel d’azur éclatant, nous avions l’étrange impression d’être petits et vulnérables, d’être comme des enfants qui progressaient péniblement dans le noir. Nous attendions en silence que la cérémonie commence, observant d’un œil solennel la haute construction qui se dressait devant nous. Le drap en cachait les détails, en cachait les couleurs et les inscriptions, mais la forme était vaguement moulée sous le tissu immaculé. Le silence se poursuivait, nous écrasait, jusqu’à ce qu’une poignée d’Anges ne brisent les rangs pour se positionner devant le monument caché. Ils devaient être une vingtaine à s’être ainsi habillés, vêtu de toge blanche et dorée, laissant leurs ailes repliées. Tous en chœur, ils joignirent leurs mains avant d’entonner un chant que nous reconnaissions tous : Amēllia, que l’on peut traduire en langue commune par « L’Appel vers l’Au-Delà », puisque, selon la croyance, ce chant ferait venir à nous les êtres que nous avons connus et que nous avons perdu. Les voix étaient belles, douces, vibrantes d’émotion alors que nos regards convergeaient presque tous vers le firmament, dans l’espoir d’y voir apparaître ceux que nous avons perdu durant cette terrible guerre. Mais rien ne vint pourfendre le ciel, éloigner les nuages, éclairer nos visages. Rien ne changeait, même le ciel, même le Soleil : tout restait pareil. Nous avons baissé la tête, fermé les yeux, pris sur nous pour ne pas verser de larmes à l’instant où le chant, lui, s’éteignait progressivement des lèvres de la chorale. Le calme se fit de nouveau, mais les chanteurs, bizarrement, se décalèrent successivement pour laisser place à une silhouette fine et étroite qui semblait flotter au-dessus du sol en raison de la légèreté de la robe. Elle semblait fragile, prête à s’envoler au premier souffle du vent paisible, mais l’aura qu’elle dégageait n’en faisait rien ressentir. Tous conservèrent un silence solennel lorsque les yeux de la Dame, d’un bleu froid et magnifique, se posèrent sur les centaines de visages face à eux.

L’Élue des Cieux en personne venait de faire son apparition, désireuse d'ouvrir la cérémonie et de redonner espoir en son peuple brisé. Elle ne voulait plus voir de larmes, elle ne voulait plus voir le moindre chagrin sur les visages. Ils étaient partis, il est vrai, mais nous les gardions en vie par nos mémoires et nos souvenirs. Nous les faisions vivre par notre existence et il serait déplorable de se laisser plonger dans le désespoir, sachant qu’ils n’auraient jamais voulus une telle fin pour nous. Nous sommes affaiblis, nous avons beaucoup perdu, mais nous continuons de respirer et c’est par nos vies que nous leur témoignerons nos sentiments. Séchez vos larmes, nous murmuraient-ils s’ils étaient auprès de nous. Soyez forts, restez debout, battez-vous. Abandonner le reste du monde ne changera rien à ce qui s’est passé, mais vous tournez vers l’avenir est la seule chose que vous pouvez poursuivre. Nous ne sommes peut-être pas prêts à mettre fin aux histoires que nous avons vécues, nous ne sommes peut-être pas prêts à les laisser partir aussi vite, à leur dire adieu, mais peut-être qu’ils continuent bel et bien de Vivre malgré la Mort, à travers nous. Ils nous observent certainement de là où ils sont, ils nous épaulent, nous confient la destinée des nôtres… Nous ne pouvons pleurer éternellement. Nous devons aller de l’avant et honorer leurs mémoires. C’est ce qu’ils veulent, certainement. C’est ce que nous voudrions tous.

Plusieurs ont alors levé les yeux, redressé les épaules tandis que le discours de la Reine les traversait, les étreignait. Les chanteurs, qui formaient deux rangées de chaque côté de la Souveraine, s’éparpillèrent alors pour entourer la stèle cachée.

« Recueillons-nous une dernière fois à leur mémoire, dit-elle en un souffle, son regard céruléen balayant l’assemblée comme si elle désirait capter l’attention de chacun. Mais n’oublions pas d’avancer. »

Et, dans un même mouvement, les chanteurs tirèrent sur le drap, dévoilant ainsi le cénotaphe des Colombes, mémorial pour toutes les victimes de l’affreux génocide.

Un nouveau moment de silence s’installa, mais fut rapidement enseveli sous les voix de la chorale angélique qui indiquaient, à tous, le début des funérailles.

739 mots

Explications


Bonjour, les survivants ♪

Ceci est un Événement pour les Anges qui se trouvent aux Jardins de Jhēn. Étant donné que la race est séparée en trois groupes (les Anges qui sont nés chez les Réprouvés, ceux prisonniers des Démons et ceux qui vivent chez les Magiciens), on espère pouvoir faire des Événements pour chacun de ces groupes, histoire de donner la possibilité à tous les Anges de participer un tant soit peu à la race =D Du coup, si vous avez des idées et/ou des suggestions à proposer, n’hésitez pas à aller voir Mitsuko sur ce sujet pour lui en faire part : elle sera enchantée ♪ Sur ce, commençons!

Comme vous avez pu le constater, cet Événement traitera de la cérémonie mortuaire des victimes du massacre perpétré par les Démons sur les Terres Blanches. En raison de l’exode, de l’établissement des Anges chez les Magiciens, de la cohabitation, des travaux de construction, etc., etc., le peuple angélique n’a pas eu le temps d’offrir aux victimes du génocide des obsèques dignes de ce nom : nous voici donc au grand recueillement des Anges pour un dernier au revoir à tous ceux qu’ils ont perdu.

L'idée générale de ce RP serait de partir, d’abord, sur un post PNJ (celui que vous lisez présentement) qui décrit globalement une cérémonie funéraire « de base » et, par la suite, vous, les membres, avez la possibilité d’incorporer des éléments ici et là dans votre réponse pour ajouter votre petite touche personnelle à la coutume. Puisqu’une image vaut mille mots, voici un exemple (je sais que ce n’est pas une image, mais faîtes comme si /sbaf/) :

Exemple:
- Post PNJ: le rituel décrit un chant dont les paroles ne sont pas écrites;
- Post Membre n°1: dans sa réponse, n°1 rajoute les paroles du chant;
- Post Membre n°2: dans sa réponse; n°2 écrit que des enfants offrent des bouquets de fleurs;
- Post Membre n°3: dans sa réponse, n°3 écrit une prière dédiée à Ezechyel, Ahena ou bien Edel;
- etc., etc.

C’est pourquoi le post PNJ est volontairement flou et succinct afin de vous laisser la chance d’intégrer vos idées à la cérémonie. Bien entendu, si votre idée est hors-contexte, elle ne sera pas prise en compte lors de la rédaction de la cérémonie mortuaire dans le sous-forum des Anges. De plus, rien ne vous oblige d’ajouter quoi que ce soit à la cérémonie dans votre post, mais plus on est, mieux c’est, pas vrai? 😉 C’est pourquoi je vous demanderais de porter une attention particulière aux réponses des autres membres, puisqu’ils pourraient introduire de nouvelles choses. Également, il est interdit de jouer la Reine : si Mitsuko a le temps, elle viendra elle-même rédiger le discours dans une réponse.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à m’envoyer un MP o/

Vous avez jusqu'au 17 Mai 2018, 23h59, pour poster.

Bonne écriture ♪


Gains


Vous devez faire 720 mots au minimum dans un message unique.

Pour ceux ayant écrit 1 200 mots minimum, voici vos gains :

Pour 1 200 mots :
✠ Amēllia : ballade enchantée permettant d’appeler, pour dix minutes seulement, l’Esprit d’un proche qui aura comme unique tâche de répondre à une seule de vos questions. Après l’avoir accompli, l’Esprit redevient invisible à vos yeux. Utilisable une fois par RP.
OU
✠ 1 point de spécialité au choix.

Pour 450 mots de plus (donc, pour 1650 mots minimum) :
✠ 1 point de spécialité au choix.

Récapitulatif des Gains


✠ Personnage | Lien | Gains



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Isiode YüerellIsley Yüerell
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Raeden Liddell
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MessageSujet: Re: [Événement | Anges] À votre mémoire   Dim 25 Mar 2018, 21:02

Les au revoir, les adieux aux défunts. Raeden avait parfois l'impression que sa vie n'était émaillée que de ça, que d'évènements tragiques et funestes. Il savait que la paix pouvait plus ou moins existait mais elle était issue d'une autre vie, d'une autre existence. Toute la population angélique n'était pas là. Certains n'avaient pu se libérer de leurs tâches quotidiennes, de leur travail même si aucun autre Ailé ne leur en aurait voulu de s'arrêter pour une telle cérémonie. Et il y avait ceux qui étaient de service, qui patrouillaient pour assurer la sécurité. Tout ceci faisait qu'ils n'étaient pas aussi nombreux qu'on aurait pu l'attendre. Mais les autres finiraient par venir se recueillir, il n'y avait pas de doute là dessus. Après tout, les cérémonies étaient faites pour les vivants, pour leur permettre de faire leur deuil et de passer gentiment à autre chose. Le ciel était uni, infini, sans aucun nuage à l'horizon, ou plutôt, fait d'un seul tenant, d'un seul nuage imperturbable, comme pour retenir les chants qui n'allaient pas tarder à s'envoler, les empêcher de traverser les cieux et pourquoi pas, les mondes. Le regard de l'Anjonu délaissa la vue du cosmos pour venir se porter sur celle du monument endrapé. Il ne savait pas ce que cela représentait exactement, mais la forme que le tissu laissait deviner en donnait une petite idée. Tout ou une partie du cénotaphe figurait un être ailé … Probablement un ange au vue d'envers qui était destiné le mémorial.

Des Immaculés se détachèrent du groupe qu'ils formaient pour se porter en avant, presque au pied de la statue. Tout de blanc et d'or vêtus dans une tunique simple, d'un seul tenant, ils formaient un cercle autour du monument. Leur position, leur habit, le tout laissait supposer qu'ils faisaient partie de la branche religieuse ou s'y rapprochant. Raeden reconnut d'ailleurs son ancêtre parmi eux, ce qui ne l'étonna pas. Ils joignirent respectivement leur main avant de se mettre à entoner l'un des chants funéraires angéliques. Il était étrange de remarquer comment quelque chose d'aussi beau pouvait être aussi triste. Et surtout, comment on aurait souhaité ne jamais l'entendre. Car l'écouter signifiait invariablement ou presque qu'il y avait eu un malheur, qu'il y avait des morts. Que l'on souhaitais invoquer l'esprit des défunts pour une dernière parole, un dernier échange, un dernier adieu. Un fin espoir montait parmi les rangs, mais rien ne se produisait. Pas le moindre petit indice qui aurait laissé entendre que la mélodie était parvenue quelque part, qu'un Aether répondait présent. Et pas d'esprit à l'horizon. Mais ce n'était pas parce que l'on ne pouvait pas les voir qu'ils n'étaient pas là. Raeden en savait quelque chose. Il savait qu'ils étaient bien plus nombreux que les vivants et qu'ils peuplaient absolument toutes les Terres du Yin et du Yang. Et il n'y avait pas de raison pour qu'ils ne soient pas venu. Car assurément, ils avaient appris pour la cérémonie … Les informations circulaient vites dans l'Au-delà. Comment ne pas venir au dernier hommage qui leur été rendu ?

La détresse et la tristesse se lisaient sur les visages même si bon nombre d'entre eux faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour rester digne et se montrer fort. Il aurait aimé les réconforter, au moins quelques uns, en leur disant que ce n'était pas parce qu'on ne les voyait pas qu'ils n'étaient pas là, que si cela se trouvait, ils ne les avaient pas quitté depuis le jour de leur mort. Mais il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas leur parler de l'Au-Delà et des Ombres, de la réincarnation et du cycle de la Vie et de la Mort. Les plus curieux avaient peut être déjà entendu parlé des Chamans et connaissaient l'existence des Esprits, l'Amélia en attestait, mais ce n'était pas le plus connu des peuples et ils étaient assez secret quant à leur coutume et leur raison d'être. Certaines fois, en certaines circonstances, il regrettait de ne plus pouvoir communiquer avec les morts. Mais d'un autre côté, il ne souhaitais pour rien au monde redevenir une Ombre. Cela avait été l'une des périodes les plus dures de sa vie. Ou non vie, selon le point de vue dans lequel on se placait. Il garda donc le silence, gardant tout ceci pour lui, comme bien d'autres choses d'ailleurs. Les dernières notes de la mélodie s'envolèrent et les voix se turent sur ce vide que tout le monde avait espéré voir comblé.

Les choristes s'écartèrent et la Reine fit son entrée. Concentré sur le chant, sur l'envie de revoir les êtres chers qui avaient été perdu, même en esprit, c'était à peine si son arrivée avait été remarquée. Enfin, on ne pouvait cependant pas passer à côté de sa prestance. C'était l'Elue des Cieux après tout. Son regard détailla chacune des personnes présentes, comme pour leur communiquer son soutien et la douleur partagée. Et elle se mit à parler. D'espoir et d'honneur, de sacrifices et de douleur, de peine et de joie, de force de caractère, d'hommage, d'avenir, de ne pas oublier mais aussi de savoir avancer. Ce n'était peut être pas les mots exacts qu'elle employait, mais l'impression générale qui en resortait. Le message qu'il fallait retenir. En tout cas, celui que Raeden entendait. Un chef était fait pour ça. Redonner le moral dans les moments difficiles. Faire se mouvoir de l'avant quant il semblait ne plus y avoir d'espoir. Et cela donnait l'impression de fonctionner. Il y eut des redressement de tête, des carrages d'épaules, des regards plus francs, vaillants, avec une nouvelle détermination. Cela ne durerait peut être pas, ou au contraire. Mais au moins, ça avait eu l'effet escompté pour ce jour.

La Reine prononça les derniers mots de son discours. Et tandis qu'ils imprégnaient tout le monde, les choristes tirèrent sur le drap recouvrant le monument. Des Colombes. Il y avait bien des ailes, comme l'avait laissé deviné le tissu, mais c'était celui de colombes et non d'Anges. Cela pouvait sembler logiquee aussi. Après tout, ces oiseaux représentaient le plus souvent la paix, la pureté et la liberté. Cela reprenait bien la vision de l'avenir qu'avait essayé de faire partager l'Elue des Cieux. Le cénotaphe faisait à peut prêt la taille d'un homme, même s'il était plus haut, étant donné qu'il était posé sur un socle, un piedestal. Il s'agissait d'une envolée de colombes. Elles devaient bien au moins être une dizaine. Chacune d'entre elle laissait dégager comme une envie de partir plus haut, plus loin, de monter aux cieux, vers la liberté. Même si elles étaient toutes distinctes, elles donnaient l'impression de former un tout, d'être un ensemble, un seul et même être. Mais ce qui était le plus remarquable, c'était leurs ailes. Chaque détail était retranscit. Et surtout, chaque plume était calligraphiée. Chacune d'entre elle portait le nom d'un ange qui avait périt. Bon nombre en portait plusieurs, symbolisant les nombreuses familles qui avaient entièrement disparus. Le silence était retombé en même temps que le voile. Raeden commença à lire les noms en silence, pour leur rendre hommage, mais il y en avait tellement. Le chant reprit. Ce n'était plus le même, mais le registre restait sensiblement pareil. Celui de l'hommage, des funérailles.

Le reste de la journée ne serait consacré qu'à cela. Ainsi, ceux qui en aurait l'occasion pourrait rejoindre la cérémonie à tout moment. Il y aurait des chants, des prières adressés aux différents dieux comme ceux de la Vie et de la Mort, Ahena, la Justice, la Main et tous ceux qui pourraient ramener un quelconque réconfort aux esseulés. Et puis, probablement qu'il y aurait aussi des hommages rendus par des proches, des êtres qui auraient quelqu'un dont le nom était inscrit sur les ailes. Des personnes qui auraient pu voir leur nom noté si d'autres ne s'étaient pas sacrifiés pour les sauver et leur venir en aide. Des funérailles rendues à l'ensemble d'un peuple et en même temps à tout un chacun. Pour ne pas oublier. Pour se souvenir d'eux à jamais. Une énonciation des noms, un par un. Par la famille, les amis, les partenaires, les voisins … L'Immaculé en connaissait malheureusement un certain nombre. Des anges avec qui il avait combattu, que cela soit au cours de ce massace ou lors de précédentes guerres, d'autres qui l'avaient aidé lors de son retour au sein de la race ou encore juste des hommes et des femmes simples qu'il avait pu croiser au stand d'un marché, au comptoir d'une taverne ou partout ailleurs où les anges aimaient se réunir.

Les pensées aillaient inévitablement vers ceux avec qui on avait partagé quelque chose. Mais ce n'était pas pour autant qu'il fallait oublier tous les autres. Avoir une pensée distincte pour chacun des défunts était chose impossible au nombre de morts qu'il y avait eu lors de ce génocide. C'était pour cela que ce cénotaphe avait été érigé. Pour faire office de mémoire collective. Un endroit où chacun pourrait venir se recueillir quant il se souhaiterait, à tout moment. Toutes les images du passé, tous les souvenirs de ses gens, de ceux qu'il avait côtoyé revenaient en tête au Délaissé. Des brides de discussions sans importance, des éclats de rire, l'échange d'un regard ou d'un geste. Et puis aussi, malheureusement, les cris, le sang, les pleurs, le bruit des lames qui s'entrechoquent, l'odeur cuivré du sang et celle de la chair qui brûle … Pour le moment, les bons souvenirs ne pouvaient aller sans les mauvais. Mais un jour, cela s'estomperait et l'on pourrait se souvenir des premiers sans que la plaie béante dans le cœur de chacun ne se ré-ouvre et ne se remette à saigner.


1 744 mots



Merci Zelephounet
Chanson sur Raeden. Merci Shawn ^^:
 

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Kyra Lemingway
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MessageSujet: Re: [Événement | Anges] À votre mémoire   Jeu 29 Mar 2018, 17:25




A votre mémoire


Tu n’avais pas fermé l’œil de la nuit. En vérité, cela faisait déjà plusieurs soirs que tu restais à veiller, incapable de trouver le repos. Et les fois où ton esprit daignait sombrer dans les limbes ténébreuses du sommeil, tu te retrouvais hanté par les images des événements récents et l’ombre de ceux que jamais plus tu ne reverras. Tu te saisis de ta veste et quittais la bâtisse en claquant la porte. Tu devais sortir, prendre l’air et te rafraîchir les idées dans les dernières lueurs nocturnes ou tu deviendrais fou. Traversant les rues silencieuses des Jardins de Jhēn, tu laissais tes songes s’envoler avec l’air frais de la nuit. Les Magiciens avaient été charitables en « prêtant » ces terres au peuple angélique. Mais tu devais bien admettre que tu ne t’y sentais pas encore tout à fait comme chez toi. Il faudrait du temps. Il faudrait seulement que ces blessures soient enfin pansées.  

Tu continuais ton chemin à travers la ville, sans but précis, ignorant de la finalité de ta route. Pourtant celle-ci arriva bien plus vite que tu ne l’imaginais tandis que tu te retrouvais face à la vaste étendue d’eau du Lac Bleu. Tu posais un genou à terre et plongeais le bout de tes doigts à la surface du lac, y laissant glisser la fraicheur de l’onde. Finalement tu y plongeais entièrement  tes deux mains, les ramenant ensuite à ton visage. Tu laissais le flot couler paresseusement le long de tes tempes, espérant que le liquide emporte avec lui tes doutes et tes craintes. Tu gardais encore quelques instants les yeux fermés, restant quelques minutes avec tes propres fantômes, passés et présent. Mais tu ne t’attardais pas plus longtemps en ces lieux. En revenant au moment présent, tu pouvais voir l’aube commencer à poindre. Tu fixais le soleil qui se levait à peine. Il y avait quelque chose d’hypnotique, presque nostalgique, dans ses couleurs rouges et or qui nimbaient la vallée, lui donnant une aura mystique. Te relevant, tu songeais à la journée à venir. Aujourd’hui serait un jour nouveau. Pour tout le monde. Peut-être qu’aujourd’hui un peu de cette peine qui te noyais  se videra au son des prières.

Alors que tu posais la main sur la poignée de la porte, tu sentais quelque chose te frôler la jambe avec insistance. Surpris, tu reculais d’un pas avant de voir qu’il ne s’agissait que d’un chat. Tu observais le félin au pelage tigré t’interpeller d’un miaulement hautain. Ce n’était pas la première fois que tu le voyais dans les environs et tu te demandais à qui il pouvait bien appartenir. Après un haussement d’épaule, tu pénétrais dans la demeure laissant l’animal seul. Il retrouverait bien son chemin tout seul, comme chaque fois. « Je suis rentrée. », prononçais-tu en passant le pas de la porte. Tu savais pertinemment qu’aucune réponse ne te parviendrait en retour. Mais ces quelques mots, à l’intention de personne pourtant, te réconfortaient d’une certaine manière. Ils te faisaient te sentir moins seul, moins perdu. Un triste sourire apparu au coin de tes lèvres en songeant à cela. Si quelqu’un te voyais agir de cette façon, il te croirait aliéner. De ton côté, tu faisais tout pour ne pas le devenir.

Cette fois tu refermais la porte avec bien plus de délicatesse, laissant celle-ci claquer en silence derrière-toi. Et tout aussi silencieusement, tu traversais le couloir qui longeait chacune des pièces composant la maisonnée. Face au palier de ta chambre, tu marquais un arrêt, fixant l’armoire de frêne se trouvant à l’intérieur. Il t’arrivait encore parfois de te poser cette ultime question. Comment ça avait pu arriver ? Les Démons et leur énième rébellion avait été écrasés. Et pourtant, peu de temps après, c’est vous qui avaient terriblement souffert de leur attaque. C’est vous qui avaient succombés à leurs assauts. Tes poings se serrèrent immédiatement au souvenir de la sanglante bataille des Terres Blanches. Oui… Comment les choses avaient pu aussi mal tourner ?, te demandais-tu une nouvelle fois en te dirigeant vers l’armoire que tu n’avais pas quitté des yeux. Tu en ouvrais la porte pour te saisir d’un modeste coffre de la même matière avant de le poser sur le lit afin d’en dévoiler le contenu. Tu en sortais alors une étoffe de satin carmin brodée d’or. En y repensant, le soleil brillait des mêmes couleurs ce matin. Etait-ce un signe des Aetheri ? Possible, qui sait ? Les Puissants pensent et agissent bien différemment du reste du monde.

La pelisse n’était pas parfaite, ça n’avait rien d’étonnant. En vue de ce jour, les quelques couturiers angéliques qui avaient survécus avaient travaillés jour et nuit pour que chacun des ailés soient habillés en bonne et due forme. Le maillage de l’habit reflétait les sentiments avec lesquels ils avaient été conçus : fatigue et chagrin. Tu attachais le cordon du vêtement autour de ton coup après avoir mis la gabardine aux mêmes teintes que la cape qui te couvrait maintenant l’épaule. Finalement tu prenais une nouvelle fois le chemin de la sortie. Et c’est vêtu ainsi que tu faisais route vers la  vallée où vous étiez attendu.

Sur place, tu pouvais voir quelques Anges déjà présent. Tous ne pensaient qu’à ça. Offrir un semblant de funérailles décentes à tous vos proches perdus. Il était plus que temps. Tu te rapprochais alors du groupe, te plongeants dans des songes lointain. Hors du temps. Hors du moment présent. Au point que tu ne remarquais pas que le nombre de silhouette écarlate avait augmenté. Un étrange sentiment de malaise te saisis soudainement. Tu ignorais cependant bien ce qui pouvait en être la cause, et ça te troublait autant que cette étrange sensation qui te traversait le corps. Tu choisis alors d’ignorer simplement cette impression, la cérémonie allant commencer d’un instant à l’autre.  

La brise balayait le pan des robes des dames et de leur pélerine d’organza, ainsi que celui des manteaux des hommes. Le drap qui recouvrait la structure laissait entrevoir son vrai visage aux remous que le souffle de l’air provoquait sur le tissu immaculé. Il ne fallut pas longtemps pour que les chœurs, tous habillés de blancs contrairement à vous, rejoignent l’assemblée déjà présente. Et aux premières notes de l’Amēllia, tu retenais instinctivement ton souffle dans ta poitrine. Si ce chant était réellement capable de la magie qu’on lui attribuait alors… Mais au fond de toi tu ignorais si tu désirais faire face aux esprits des personnes que tu avais pu perdre ce jour maudit. Tu n’étais pas prêt pour une telle potentielle rencontre. Après tout, tu avais déjà du mal à te convaincre que cette bataille ne soit pas l’œuvre terrible de Elzédor, et que dans une heure tu te réveillerais et vivrais un jour « normal ». Tu fixais la Chorale Blanche d’un œil morne, jusqu’à l’arrivée de l’Elue des Cieux. A présent c’était elle que tu fixais et que tu suivais de ce même regard. Peut-être pouvait-on tout de même discerner un peu d’espoir dans les éclats noisette de tes prunelles éteintes. Alors tu écoutais et t’imprégnais du discours de la Reine afin de faire grandir et mûrir cet espoir. Qu’il s’immisce au plus profond de ton âme. Pourtant, malgré un discours qui se voulait aussi fort qu’apaisant, les mots de l’Elue de Cieux ne parvinrent pas à faire éclore ce bourgeon sommeillait dans ton cœur.

Le monument se révélant, les chants reprenant, tu scrutais le cénotaphe enfin dévoilé au grand jour, ton regard se posant sur les plumes finement dessinées des oiseaux. Et comme guidés par une force invisible, le premier nom que tes yeux déchiffrèrent n’était autre que le tien. Lemingway. Mais tu t’arrêtais ici. Tu refusais de connaître l’identité de la personne dont le nom était si nettement gravé dans la pierre. En fait, tu refusais simplement la triste réalité de la chose. Tu plongeais ton regard vers l’infini firmament, à la recherche d’une réponse dont tu ignorais même la question. La tristesse envahissait tout ton être et pourtant aucunes larmes ne venaient humidifier tes pommettes. Non. Tu n’arrivais pas à admettre que tu vivais tout cela. Tu te contentais alors de rejoindre les autres en rabattant le capuchon de ta veste sur ta tête. Et c’est à cet instant là que tu comprenais d’où t’étais venu cet étrange malaise un peu plus tôt. L’image était frappante à présent. Ces quelques ailés en tunique blanches, seuls, au centre de votre marée costumée cramoisie. Malgré toi, il y avait une impression de déjà-vu dans les couleurs et que tu observais. Tu balayais cette idée d’un mouvement de tête avant de fermer les yeux pour en oublier l’image et continuer les prières à venir en une oraison pieuse.
Requiescat in pace...

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MessageSujet: Re: [Événement | Anges] À votre mémoire   Mer 02 Mai 2018, 17:46

Lentement, le vêtement blanc glissa sur ses épaules. Le bruissement du tissu était le seul bruit à rompre le silence de la pièce. Samaël lissa les quelques plis du vêtement avant de se regarder dans le miroir. Ca ferait l'affaire. De toute manière, il n'avait pas besoin de porter autre chose. Pas d'habits ostentatoires, de bijoux ou autres pendeloques. Juste des sandales simples et cette toge immaculée aux touches dorées, proprement faite mais ne rivalisant aucunement avec de la haute couture. Ainsi serait vêtu ceux qui débuteraient la cérémonie et chanterait Amēllia . Les autres, tout ceux qui viendrait assister à la commémoration pour rendre hommage aux morts, porteraient des habits pourpres et or. L'Immaculé ne savait pas qui avait choisi ainsi les couleurs mais il trouvait que cela faisait un petit peu mauvais goût. Que cela rappelait un peu trop les derniers événements. Tâches de sang recouvrant le blanc des ailes des leurs, morts au combat. Il se demandait si d'autres personnes avaient fait le rapprochement ou si c'était simplement son esprit cynique qui faisait l'analogie. Même s'il ne connaissait personne à ce moment là, il avait assisté au massacre orchestré par les Démons, peu de temps après son réveil. Et cette image s'était gravée dans son esprit, à l'encre indélébile, premier traumatisme de son retour au monde.

Il soupira, passant sa main dans ses cheveux ebouriffés. Il fallait qu'il arrête de penser à ça et qu'il se concentre sur l'instant présent. Raeden lui avait déjà dit qu'il était un peu trop pessimiste à son goût et que cela allait finir par lui bouffer la vie. Lui trouvait que son descendant était parfois quelque peu rabat-joie. Et peut être un peu niais en croyant que les anciennes doctrines pourraient aider en quoi que ce soit l'avenir. Mais malgré leurs désaccords et les tensions que cela provoquait parfois, ils arrivaient à côhabiter quand même. Après tout, pour l'un et surtout pour l'autre, ils étaient presque la seule famille qui leur restait. Et à présent, ils allaient rendre hommage à ceux de leur peuple qui n'étaient plus, à tous leurs frères et sœurs que plus personne n'aurait l'occasion de serrer dans ses bras. Il fallait qu'il finisse de se préparer pour se rendre sur la place où la statue faite pour l'événement avait été installée. Il ne pouvait se permettre d'être en retard, d'autant plus qu'il jouait un rôle actif dans la cérémonie. En tant que prêtre de Thalos, il s'était proposé pour être parmi ceux qui réciterait Amellia comme ouverture des obscèques. Malgré son état d'esprit général, il se disait qu'il pourrait peut être faire naître une touche de lumière dans cette journée qui s'annonçait sombre.

C'est l'heure.

[i]Il parlait à son reflet dans le miroir, comme si ce dernier pouvait lui répondre ou faire autre chose que lui renvoyer sa propre image et sa propre conscience. Il réajusta une dernière fois la toge et fit demi-tour pour gagner la sortie, le monde extérieur. Les rues étaient calmes. Le ciel était gris, bas, pesant, comme s'il participait à la morosité ambiante. D'autres gens allaient dans la même direction que lui. Des personnes qui avaient pu se libérer pour assister à la cérémonie. Il rejoignit les Anges revêtus de blanc présents au premier rang. Bientôt, ça serait à eux de débuter l'hommage. Quand tout le monde serait arrivé ou plutôt, quand le flot des gens à venir se tarirait, ils commenceraient. Il n'y avait pas vraiment eu de répétition, de concertation, mais d'un commun accord, tacitement, ils savaient ce qu'ils avaient à faire. L'appel des Esprits était de leur responsabilité, reposait sur leurs épaules. Ce n'était pas l'entièreté de la cérémonie mais cela en était l'intronisation. Et surtout, l'Aile Blanche savait que certaines personnes comptaient sur eux, espéraient secrètement et sincèrement revoir les esprits des êtres chers morts pendant la guerre.

D'un seul et même mouvement, les Anges habillés en blanc firent un pas en avant. La tête levée vers le ciel, les yeux rivés sur l'infini au delà des nuages, ils joignirent leur main dans un ensemble parfait. Libérant l'air de leurs poumons, ils commencèrent à entonner la ballade que tout le monde attendait. Leur voix se mêlaient harmonieusement, même si certaines étaient plus graves que d'autres, comme par exemple celle de Samaël. Mais le tout était juste. C'était peut être plusieurs êtres qui chantaient, mais ce n'était qu'un seul cœur et qu'une seule âme qui appelait à soi l'esprit des défunts.


Esprit qui habite mon cœur,
mon âme et ma vie,
Toi qui vécut hier,
Je t'appelle à moi aujourd'hui.
Vogue sur les ailes des mots qui se déplacent,
par le temps et l'espace.
Revient à moi.
Retrouve les tiens une dernière fois,
pour que l'Ombre et la Lumière
ne forment plus qu'un
et que la paix revienne dans nos cœurs.

Les notes s'envolaient, traversant l'air. Malheureusement, rien n'arrivait en retour. Aucun être fantomatique ne fit son apparition. Personne ne vit d'être cher revenir de l'Au-Delà. L'Immaculé ferma les yeux, continuant quand même la balade. Mais tous avait compris qu'il n'y aurait pas de retrouvailles, même éphémères, aujourd'hui. Les esprits n'avaient pas répondu à leur appel. Etait-ce eux qui avaient fait une erreur dans l'interprétation, dans le tempo ou le ton ? Ou bien tout cela était-il indépendant de leur volonté ? Ils n'auraient pu le dire et ce n'était pas le moment de ce questionner. Une à une, leur voix s'éteignirent, la brise emportant les dernières brides de paroles. Il n'y aurait pas d'esprits en ce jour, mais ce n'était pas pour autant qu'ils devaient s'arrêter là. Ils se devaient de continuer l'hommage, aussi bien pour les morts que pour les vivants. Lentement, ils se décalèrent. Ils avaient fait la part qui leur revenait. La Reine fit face aux gens venus se recueillir. Elle les scruta un à un tandis que le silence régnait. Samaël ne pouvait s'empêcher de la regarder, attiré par l'aura qu'elle dégageait. Fragile et gracile au premier coup d'oeil et pourtant si captivante telle une ancre de sauvetage.

Elle commença son discours et toute l'attention se focalisa sur elle. Là où la non apparition des Esprits avait plongé les âmes dans les tourments du chagrin, ses paroles les repéchaient pour leur rappeler qu'il y avait toujours une vie après la mort. S'ils ne vivaient pas pour eux, ils se devaient de vivre au moins pour les autres, encore vivant et surtout, pour ceux qui étaient morts pour eux, pour que leur sacrifice ne soit pas vain. Les mots étaient peu important. Ce qui l'était, c'était ce qu'ils véhiculaient. Ce devoir d'aller de l'avant, de ne pas s'enliser dans le chagrin mais de repartir de plus belle, de se relever. Ne pas oublier mais ne pas non plus fermer les yeux sur l'avenir. Les étapes classiques du deuil, mais cette fois-ci adaptée à toute la population d'un peuple ayant subi un génocide. L'Elue des Cieux trouva les mots pour toucher chacune des personnes présentes. Pour redonner un tant soit peu d'espoir. Pour redresser les têtes, recarrer les épaules, regarder en face de soi et non plus derrière.

Puis elle annonça le recueillement.Samaël et les autres Anges en blanc s'étaient mis de part et d'autre de la statue recouverte d'un drap, pour former un demi-cercle autour de cette dernière. A part probablement les hauts gradés de la race et les sculpteurs, personne ne savait encore à quoi ressemblait le cénotaphe. Mais c'était venu le moment de le dévoiler. Samaël et les autres Anges qui avaient exécutés Amellia coordonnèrent leur geste pour tirer d'un même effort et ainsi faire glisser le tissu du monument, montrant ce dernier à la vue de tous. Le cénotaphe des Colombes. Les oiseaux blancs de la paix s'envolant vers un ailleurs, emportant probablement sur les épaules les âmes des Défunts vers leur dernière demeure. Les prières reprirent. Les hommages individuels ou à grande échelles. Quiconque souhaitant dire quelques mots, un nom, pouvait à présent le faire. Et cela durerait probablement le reste de la journée pour permettre à chaque membre du peuple de venir faire son deuil et ses hommages, à sa façon, à sa vitesse. Le Liddell resta immobile. Aujourd'hui, il ne ferait rien d'autres. Enchaînement de prières et de litanie, de recueillements, de songes, de remémoration de souvenirs en commun avec l'un de ceux qui n'était plus là pour continuer à observer la course de l'astre solaire dans le ciel. Il était là pour les autres. Pour prier avec eux s'ils le souhaitaient, pour rechanter Améllia, pour partager, consoler, réconforter et encourager. Car après la mort, il y avait toujours la vie. La vie de ceux qui étaient encore là. La vie des morts, vivants dans nos souvenirs et dans nos cœurs. La vie qu'ils auraient aimé nous voir vivre et vivre eux-même. Si ce n'était pas pour ça, ça devait être pour eux qu'il fallait continuer chaque jour à mettre un pied devant l'autre, à aller de l'avant. Que leur esprit ne sombre pas dans l'Ombre mais reste dans la Lumière que notre avancée vers l'avant ne pouvait que faire naître. Pour la mémoire des morts et pour celles de tous les Anges encore vivant, le cénotaphe se dresserait comme un rappel.


1 658 mots



Merci Zelephounet
Chanson sur Raeden. Merci Shawn ^^:
 

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Isiode & Isley
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MessageSujet: Re: [Événement | Anges] À votre mémoire   Jeu 17 Mai 2018, 22:46




À votre mémoire




Une fois de plus, le chant qui s’élevait de la Chorale Blanche crispa mon corps tout entier. Malgré toutes les années que je portais sur mes épaules, il me semblait impensable de pouvoir, un jour, m’habituer à cet hymne, qui tirait la source de sa puissance et de sa beauté dans ce mélange sublimement accablant de prière et de lamentation. À chaque fois que j’écoutais ce chant, il me semblait entendre ces plaintes dans la voix des différents chanteurs de la chorale, comme un sentiment d’amertume, un sentiment de peine et de chagrin collectif qui tentait, tant bien que mal, de s’éclipser derrière les notes instrumentales de la musique qui accompagnait, habituellement, l’Amēllia. Cependant, en ces temps obscurs de notre histoire, grand nombre de musiciens manquaient désormais à l’appel et les quelques survivants qui nous avaient rejoint pour cette cérémonie préféraient pleurer la mort de leurs camarades plutôt que de chanter leurs louanges à travers cors et pianos, lyres et violons. Une fois de plus, j’entendis ma voisine ravaler un sanglot au fond de sa gorge. Mon attention, inévitablement, se porta dans sa direction et à la vue de son visage, de toutes les larmes qui avaient fini par creuser des cavités dans les lignes de son faciès, mon cœur, quant à lui, ne put s’empêcher de se serrer. Elle n’était qu’une parmi tous les autres, mais elle représentait fidèlement l’état d’âme dans lequel se trouvait la majorité des nôtres. S’il y en avait beaucoup qui laissait parler leur peine à travers les sillons salés qui leur coulaient des yeux, d’autres se prémunissaient de leur force d’esprit afin de ne pas imploser et risquer de tomber au sol, à genoux, impuissant et vulnérable. Impuissant et vulnérable… C’est bien ce que nous avions été durant cette guerre, alors que les Démons ravageaient nos terres par centaines, par milliers, bien décidés à faire pencher la balance de leur côté. Ils avaient frappé fort, frappé vite, sans que nous puissions riposter, pris entre deux armées : celle des Démons et celle des flammes qu’ils avaient engendré par leur souffle, par leur présence, par leur exécrable existence…

Sentant mes yeux me piquer, je frottais énergiquement mes paupières de ma main afin d’éviter un déluge qui ne serait – et je le savais très bien – s’arrêter une fois commencer. Bon, voilà, en plus, que je me mets à parler comme Isiode… Songeais-je alors que je reprenais petit à petit un semblant de contenance dans l’assemblée. Pourtant, je ne serais pas jugé comme pitoyable s’il venait que des larmes s’échappaient d’entre mes yeux, mais ma conscience me disait de rester droit, de rester fort, pour ceux et celles qui n’en était pas capable aujourd’hui, tout comme Isiode l’avait été, bien des décennies plus tôt, aux funérailles de Maman, lorsque, au-dessus de son cadavre à la peau diaphane, Père avait fini par exploser, laissant libre court à la tristesse qui l’étranglait depuis qu’il savait que sa femme avait traversé la frontière du Monde d’à-Côté. Père, que j’avais toujours connu souriant et avenant, n’avait plus été qu’un corps tremblant et tressautant ce jour-là, uniquement animé par les sanglots qui le secouaient intégralement. Son sourire avait été remplacé par des lèvres crispées; son air avenant n’était plus qu’un amoncellement de fragment de peine, de solitude, de fureur et d’une variété incalculable d’autres sentiments que je ne pouvais vous énumérez, mais que je pouvais néanmoins vous décrire comme étant incontrôlables et douloureux. Parce que oui, s’il fallait résumer ce qu’il était ce jour-là, je dirais qu’il était en douleur, comme si quelqu’un l’avait poignardé personnellement, comme si, ce jour-là, ce n’était pas Maman qui avait souffert dans l’agonie et la solitude, mais lui.

Dès l’instant où je l’avais vu perdre pied pour attraper la main de sa bien-aimée, des larmes – un ruisseau, une rivière, une cascade de larmes – s’étaient mises à barbouiller mon visage. Je pleurais à ne plus savoir quoi en faire, à ne plus savoir quoi penser, si ce n’était que mes yeux commençaient à me faire mal et à me brûler. J’essayais de cacher mon visage entre mes mains, mais j’étouffais. Je perdais mon souffle, je n’arrivais plus à respirer, à me concentrer, à voir correctement devant moi. J’avais l’impression de perdre complètement la tête, comme si la recrudescence émotionnelle de Père m’avait brusquement été transmise. Jusqu’à là, oui, j’avais pleuré, oui, il m’était même venu de pousser un ou deux cris de chagrin, mais jamais, je m’étais senti aussi perdu, confus et désespéré qu’à ce moment-là. Je ne réfléchissais plus, ne respirais plus et mon corps semblait se mouvoir sous l’action d’une entité, esseulée et déchirée, qui m’avait possédé. Je n’étais plus Isley, simplement la personnification du désespoir là où Père n’était plus que souffrance et désolation humaine.

Puis, Isiode avait posé sa main sur mon épaule. Cet unique contact m’avait immédiatement redescendu sur terre. Je m’étais retourné vers lui et avais aussitôt remarqué à quel point il était calme, silencieux, voire même serein. Il ne parlait pas, mais il nous regardait. Intensément. Ses lèvres, scellées, nous chuchotaient des mots que ses yeux nous partageaient et je ne saurais définir exactement ce qui s’était soulevé en moi par la suite, mais voir mon frère si tranquille et détaché m’avait fait sentir mal à l’aise et – oui – un tantinet pathétique. Pourquoi ne pleurait-il pas? Pourquoi semblait-il si peu affligé par une telle situation?

« Parce que je dois rester fort », avait-il soudainement murmuré en plaquant son regard dans le mien, comme s’il avait lu ma pensée.

Pourtant, je n’avais pas saisi ce qu’il voulait dire et, à ce moment-là, pour tout vous avouer, je n’aurais même pas su additionner deux plus deux correctement. Et en remarquant ma confusion, Isiode s’était senti obligé de clarifier sa pensée :

« Puisque Maman n’est plus là, il faut que quelqu’un veille sur la famille, non? Je le ferai. »

Tendant sa seconde main dans ma direction, je penchais doucement le visage vers ce qu’il m’offrait, mes sanglots cessant subitement de faire frémir l’ensemble de mon être.

« Prends-la. »

Ce que je fis après un coup d’œil vers mon jumeau, le sourire que m’avait adressé Isiode ayant réchauffé mon cœur endolori. Il s’était, par la suite, rapproché de Père et, arrivé à sa hauteur, s’était légèrement glissé à ses côtés pour l’enlacer entre ses petits bras d’enfant. Pourtant, Isiode semblait avoir plus de force et de poigne que notre père : les rôles semblaient s’être inversés, l’homme dans le rôle de l’enfant et l’enfant dans le rôle de l’homme.

« Je serai droit, je serai fort, pour vous deux. Papa, Isley, je veillerai sur vous à tout jamais. Je vous le promets. »

Puis, réitérant les gestes qu’il avait fait avec moi, il tendit sa main vers notre père, qui se mit à scruter le contenu de sa paume d’un œil vide, rougi par le sel de ses larmes.

« Prends-la, répéta-t-il avec son sourire doux et paisible. Il est temps de lui apporter son Lāura. »

Un silence solennel avait suivi ses paroles et après de nouvelles larmes, un dernier hoquet déchirant, Père s’était relevé, embrassant nos visages de son regard violacé. Il ne parlait pas, mais à cet instant, aucune parole n’était réellement nécessaire. Nous nous étions simplement mis en rang devant le corps sans vie de Mère et, tenant fermement les coquelicots entre nos mains, nous avons légèrement penché nos visages vers l’avant et nous nous sommes recueillis pour offrir cette fameuse prière, le Lāura, à notre mère…

« Monsieur? »

Je sursautais brusquement, les images du passé se fractionnant en millions de fragments pour faire apparaître le tableau du présent devant mes yeux.

« Monsieur, prenez-la. Il est temps de leur apporter leur Lāura. »

Et à quelques centimètres à peine de mon visage, un coquelicot se plaça devant moi. Lentement, je pris la fleur entre mes doigts avant de tourner le visage en direction de l’Ange qui me l’avait offerte. Gentiment, je lui adressais un maigre sourire, le remerciant d’un simple signe de la tête. Puis, à l’instant où l’Ange se détourna avec son imposant bouquet de fleurs entre les mains, je basculais doucement mon buste vers l’avant, communiquant ainsi mes souhaits, mes plus beaux souvenirs, à ceux qui ont disparu et qui ne sont plus là, avec nous, pour les partager : ces réminiscences nous sont chers et nous désirions, une dernière fois, les vivre avec eux par le biais de cette prière. C’est pourquoi je concentrais l’intégralité de mes pensées en direction du cénotaphe des Colombes, croyant que la structure servirait de catalyseur entre moi et les Anges de l’Au-Delà. Je me concentrais très fort, dans l’espoir que mes frères et mes sœurs d’arme entendent ma voix, ma prière pour eux, que je conclus par ces quelques mots, à peine chuchotés, à travers mes lèvres pincées :

« Vālacia Erēa. »

« Je vous le promets. » Doucement, j’ouvris les yeux, m’avançant d’un pas ferme et assuré vers le cénotaphe et, une fois à sa hauteur, je m’abaissais pour déposer ma fleur à ses pieds. Celle-ci rejoignit les centaines de fleurs qui avaient déjà été placées par les autres membres de mon peuple après leur prière. À cette vue, un sourire se dessina sur la commissure de mes lèvres puis, je me redressais, reculant de quelques pas pour me rapprocher de mon frère.

« Isio… »

Je m’arrêtais brusquement. Il avait toujours les yeux fermés, comme en transe. Le monde autour de lui ne semblait plus exister et seuls comptait lui et sa pensée : je n’avais pas le droit de l’importuner. Silencieux, n’osant pas briser la méditation dans laquelle mon frère s’était plongé, je me contentais simplement de contempler l’horizon qui s’étendait devant nous en attendant qu’il termine sa prière. De ce fait, je me permis d’admirer la surface de la terre épouser les courbes du ciel avec un petit sourire soulagé, heureux de savoir que les nôtres pouvaient, désormais, reposer en paix là où ils se trouvaient. Et, à cette unique pensée, je sentis une larme glisser sur ma joue. Je la laissais couler sur mon visage jusqu’à ce qu’elle s’écrase contre le sol, à mes pieds.

Vālacia Erēa, mes frères.


1 700 mots


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MessageSujet: Re: [Événement | Anges] À votre mémoire   Jeu 17 Mai 2018, 22:49




À votre mémoire




Mère disait souvent que l’enfant est un être fragile, rêveur et empli d’une curiosité qui le lance, sans hésiter, à essayer de comprendre ce qui ne le lui ressemble pas. Stimulé par cette tendance à vouloir tout connaître, à vouloir tout assimiler du savoir qui est à sa portée, qu’il s’agisse des coutumes, des histoires mais surtout, de tous ceux et celles qui l’entoure et qu’il vient à croiser sur son chemin – père, mère, amis et étrangers – il est le symbole du renouveau, d’un monde qui n’attend qu’à être reformé dans une optique d’union et de prospérité, parce qu’un enfant est une existence « à part », un être qui diverge de l’adulte figé dans un moule de préjugés et d’idées préconçues. C’est pour cela qu’elle désirait, plus que tout au monde, protéger ces enfants des maux et des souffrances qui risqueraient de briser leur innocence, car l’ingéniosité, la douceur et la sincérité d’un petit ange – si brillant, si blanc et si pur selon ses propos – est ce qui le préserve des douleurs troublant ce monde. En union avec ses paroles, Mère nous caressait constamment le visage de ses doigts fins, souriant d’un air bienfaisant en nous embrassant légèrement le front, comme si elle craignait que nous nous échappions, que nous nous écartions de son étreinte pourtant sans cesse quémandée par mon frère et moi-même lorsque nous étions encore naïfs, petits et admiratifs de la passion qui brillait dans ses yeux comme deux pépites de diamant polis… Puis, en se redressant, nous couvant d’un regard attendrissant, elle concluait qu’elle était en mesure de voir cette beauté dans le cœur de chaque enfant, du nôtre comme celui des autres. Nous illuminions d’un éclat qu’elle ne se lassait pas de contempler, persuadée qu’en préservant la pureté de nos âmes, la bienveillance et la gentillesse de nos caractères, les enfants d’aujourd’hui et de demain pourraient vivre des siècles et des siècles durant sans craindre la guerre ou bien le conflit, modelant ainsi un monde uni.

Mère avait toujours eu cet esprit simple, sincère et candide. Elle voyait toujours le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, convaincue qu’il persistait en ces terres une lueur d’innocence, de tolérance et d’indulgence que l’on pouvait encore sauver de la corruption et de l’obscurité et, pour elle, cette lueur se réincarnait en chaque enfant, puisque ces derniers désirent se comprendre et se rapprocher plutôt qu’essayer de se repousser. Elle était certaine qu’en protégeant ce soleil intérieur, le monde évoluerait certainement sous cette aube d’espoir et d’intégrité où le Mal, sans avoir disparu, serait au moins apaisé et contré par les vertus prônées par cette descendance des Lumières. Elle était sûre que ce monde, aussi utopique soit-il, pouvait exister si chacun donnait du sien et offrait à ses enfants la chance, non pas de détester autrui, mais d’apprendre à aimer ceux qui ne le lui ressemble pas. Elle rêvait de peuples vivant d’amour et de clémence, de bonté et de pardon, mais surtout, elle rêvait que nous puissions tous nous comprendre, puisque c’est notre ignorance de l’autre qui nous pousse ainsi à mépriser celui qui est étranger.

Douces et merveilleuses paroles, n’est-ce pas? En l’écoutant, on pourrait presque croire qu’un tel monde pourrait voir le jour et sortir de l’ombre. La Paix embrasserait chaque être qui composerait cet ensemble et donnerait un souffle de jeunesse à ces Terres mille fois souillées par le sang, par la violence et les incessantes guerres qui l’ont, autrefois, piétinées et salies. Un monde uni et en Paix était le songe de celle qui, dans notre enfance, berçait nos jours et nos nuits d’espoir et de désir à vouloir changer la face de ce monde bruyant et en conflit. Isley et moi baignions dans cette douce illusion. Convaincus de la matérialisation de ce rêve dans notre réalité, nous étions prêts à créer cette utopie aux côtés de notre mère, faisant ainsi de cet espoir non plus quelques phrases et suppositions racontées au pied du lit, mais plutôt une vérité concrète et irréfutable qui régirait nos vies.

Cependant, cette cérémonie m’ouvre les yeux sur la véritable finalité de cet univers qu’elle espérait pouvoir préserver. La vérité, c’est que nous ne pouvons vivre ensemble, dans un monde uni, tout simplement parce que ceux qui en constituent les cellules sont bien trop différents les uns des autres. Il est impossible de rassembler sous un même étendard l’intégralité de ces peuples, de tous ces gens qui se côtoient et qui ne peuvent s’empêcher de se détester : tôt plus que tard, la machine finirait par ne plus fonctionner en raison des incompatibilités dans les pièces, dans l’huile et dans son système intégral. Nous aurions beau crier la liberté, prôner le bien-vivre ensemble pour notre monde, pour notre sécurité, il y aura toujours des déviants suffisamment puissants, suffisamment dérangés pour troubler notre prospérité. Il suffit de poser un œil sur le cénotaphe des Colombes pour vous en persuader; il suffit d’observer les visages crispés par la peine et la douleur de mes compères pour saisir l’opposition de ce rêve avec cette putride et inaltérable réalité.

Un monde en Paix ne verra jamais le jour sous une lune dénuée de larmes ou de sang. Elle rêvait de peuples qui pouvaient se comprendre, mais personne ne le peut. Que ce soit entre Sorciers et Orishas, Elfes et Alfars, Déités et Mortels : où, quand et comment pouvons-nous nous comprendre? Nous sommes des êtres aussi distants et dissemblables que la terre et le firmament, que le noir et le blanc. La nature nous a faite ainsi et pouvons-nous véritablement déroger à cette essence qui fait de nous ce que nous sommes, des êtres soit de Douceur, soit de Brutalité; des êtres soit de Vertus, soit de Péché; des êtres soit de Servitude, soit de Liberté? Nous sommes assujettis à cette règle qui fait que nous ne pouvons pas nous ressembler, notre Passé s’étant façonné dans le mépris de la différence et des conflits armés. Notre monde est régulé par un cycle d’antagonismes infini et ininterrompu à travers les âges, eux-mêmes alimentés par l’opposition naturelle de nos identités. Tout dans la nature, tout dans ce que nous sommes est divergent : nous ne sommes rien d’autre qu’un ramassis d’êtres incompatibles et méprisants qui ne peuvent se comprendre.

Alors je n’ai pas tort de penser ce que je pense. Je n’ai pas tort de dire que la seule façon de mener ce monde est de le soumettre à vivre dans cette Paix et cette sérénité que tu as, toi aussi, désiré. Mère, je sais que ce que je m’apprête à faire va à l’encontre de tout ce que tu nous as appris, à mon frère et à moi, mais les temps ont changé et nos terres sont à présent gouvernées soit par des sourds, soit par des aveugles ou encore des muets qui préfèrent ignorer les problèmes plutôt que de les affronter. Sais-tu où nous nous sommes recueillis pour prier la mémoire des défunts? Sais-tu pourquoi, en premier lieu, nous nous sommes rassemblés en si grand nombre pour cette commémoration? De là-haut, tu nous aperçois, n’est-ce pas? Tu nous as vus nous battre pour notre peuple, pour les gens qui nous étaient chers et que nous désirions protéger à tout prix des armes et des flammes qui hurlaient sur les Terres Blanches, mais regarde-les à tes côtés, regarde-nous, à tes pieds, accablés par cette peine, par cette perte, par ce déchirement à devoir dire adieu à tous ces frères qui nous ont quittés…

Je ne peux nous laisser dans cet état. Je ne peux pas voir mon peuple ainsi souffrir des aléas de ces putrides créatures fétides du Diable. À mon sens, je ne fais que suivre ce cycle que je t’ai décrit, me jetant les deux pieds dans l’engrenage de cette roue que je compte bien fissurer de l’intérieur pour ne plus qu’elle tourne. Je suis écœuré, dégoûté, par la tournure qu’a pris notre destinée et je compte bien la changer au mieux. Le Mal qui ronge la moelle des enfants que tu chérissais tant, les Ténèbres qui font barrage à la progression à nous, combattants des Vertus, fidèles du Bien et enfants de la Paix, je les ferais disparaître de la surface de ces Terres pour la purifier, la laver de tout ce sang qui, pour l’occasion, est en adéquation avec la couleur de nos vêtements…

« Mon frère… » Entendis-je à proximité, comme un souffle, une voix perdue dans une tempête.

Cependant, je ne réagis pas sur l’instant, immobile dans ma position de prière alors que l’appel persistait et tentait de me ramener là d’où il venait. Brusquement, j’ouvris les yeux, battant quelques secondes des paupières afin de me reconnecter avec la réalité. À mes côtés, mon frère me jetait un drôle de regard, sûrement intrigué par ce qui m’avait ainsi absorbé durant tout ce temps. Reprenant contenance, je me tournais légèrement dans sa direction, lui demandant d’une œillade ce qui se passait. À son tour, il releva un sourcil avant de tourner son visage sur la plaine et de la balayer d’un regard. Je fis de même, mais m’arrêtais à la seconde où je commençais.

« Que se passe-t-il? Où est tout le monde?

- Isiode, ça fait plus d’une heure que tout le monde est parti… »

Un long silence suivit cette nouvelle alors que je portais mon attention sur la fleur que je tenais toujours en main. Mes doigts la tenaient avec tant de fermeté que la tige en était devenue toute flétrie et comprimée, des fibres végétales s’étant même collées à ma paume devenue verdâtre.

« J-Je suis désolé de t’avoir dérangé, mais je me disais qu’il serait peut-être temps de rentrer?

- Ne t’excuse pas », lui assurais-je avant de me redresser et de m’avancer jusqu’aux pieds du cénotaphe des Colombes.

De près, la structure me donnait l’impression de soutenir un poids encore plus important sur mes épaules. Je ne saurais définir précisément ce qu’il en était réellement, mais… il y avait quelque chose de grand qui émanait de ce monument, quelque chose de spirituel et, malgré les sentiments dans lesquels il nous plongeait, le cénotaphe était beau, brillant, embelli d’un éclat que j’oserais même définir de divin.

« Tu crois qu’ils sont mieux là-haut qu’ici? »

Je ne répondis qu’après un moment de réflexion alors que je me penchais pour déposer ma fleur.

« Il faudrait que je meurs pour en avoir le cœur net.

- Isiode… » Répliqua Isley, visiblement peu amusé de mon initiative.

Pourtant, un petit rire franchit la barrière de mes lèvres tandis que je me relevais, revenant auprès de mon frère, mais un vent, plus puissant que tous les autres, vint soudainement balayer la plaine et, instinctivement, je me retournais vers l’immense bouquet de fleurs posé devant le cénotaphe. Je me rapprochais un peu de la structure, examinant les environs pour être certain qu’aucune fleur n’ait été emportée ailleurs, mais tout était exactement comme je l’avais laissé quelques secondes plus tôt… Et même ma fleur flétrie avait repris un peu plus de fraîcheur et de rigidité, sa tige reluisant d’un vert émeraude scintillant. À cette vue, j’étirais un franc sourire.

« À mon avis, ils ne nous ont jamais quitté. »

Isley m’échangea une œillade avant de sourire légèrement et de porter une dernière fois son regard vers le ciel.

« Nous pouvons rentrer?

- Oui. Il est temps. »


1 901 mots | Merci pour votre participation à tous les deux ♥


Everything happens for a reason


Isiode YüerellIsley Yüerell
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Edwina Nilsson
~ Magicien ~ Niveau VI ~

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MessageSujet: Re: [Événement | Anges] À votre mémoire   Jeu 17 Mai 2018, 23:41

L’Élue des Cieux toussa, d’une toux particulièrement inquiétante. Erwan la fixa en serrant la mâchoire, ses yeux s’abaissant par la suite sur le sang qui recouvrait à présent le mouchoir qu’elle tenait. Ils avaient déjà essayé de soigner son mal mais rien n’y faisait. Elle s’était approchée de sciences occultes pour essayer de trouver une solution, un avenir possible. Les deux puissants n’étaient pas dupes. Le futur était néfaste et conduisait à l’extinction de leur espèce ; du moins, à leur chute. Bientôt, les Anges rejoindraient probablement les peuples minoritaires. Cela faisait des années qu’ils bénéficiaient du soutien magicien et, si ni l’un ni l’autre ne portaient l’Impératrice Blanche dans leur cœur, ils ne pouvaient nier que, sans elle, ils seraient tous morts. La concernée était assise, droite comme un i, dans un fauteuil, observant la scène sans grande surprise. Elle était au courant. « Ils n’ont pas survécu, n’est-ce pas ? ». « Non. » souffla l’Olori d’un ton sec. L’expérience portait sur la vie. Pourtant, créer la vie n’était guère donné à tout le monde. Il fallait être un Dieu pour cela. L’Ultimage regarda l’homme un instant. « Pouvons-nous parler en privé ? » demanda-t-elle à Asriel. L’Ange fit claquer sa langue en signe de mécontentement mais sortit tout de même sans attendre l’avis de la Reine.

Une fois qu’elles furent seules, Edwina s’appuya contre le dossier du fauteuil. « Je dois vous avouer avoir essayé de vous échanger contre le Fleuve des Âmes. Seulement, le Diable n’est pas idiot. ». « Mon peuple a déjà fait les frais de ses manigances. Bien sûr qu’il n’est pas idiot. ». Elle marqua un temps bref avant d’ajouter sèchement : « Je pense ne pas avoir besoin de vous demander ce que vous faisiez en sa présence. ». « Je m’envoyais en l’air. » souffla la Belle d’un ton particulièrement cynique. La réplique reçut comme seule réponse un regard accusateur. Elle s’en fichait bien. La plupart des Anges extrémistes le croyaient et, à vrai dire, loin était le temps où elle pouvait se targuer de son innocence, quand bien même elle venait de mentir sans aucun ménagement. Son objectif premier était de faire croire que son mari et elle filaient le parfait amour. Seulement, tous les interlocuteurs n’étaient pas dupes. Edwina était même certaine que dans le cas où Caliel et elle s’étaient aimés, ces Anges auraient trouvé le moyen de lui prêter quelques sortilèges démoniaques. Qu’ils se méfient, des fois que leurs doutes entraînent des réalités. À trop crier au loup, on ne le soupçonne plus lorsqu’il se présente réellement aux portes du village. L’Ultimage soupira, lasse de parler à une femme condamnée qui, de son point de vue, n’apporterait rien à son peuple si ce n’est la violence et la mort. « Ce que j’aime chez le Monarque Démoniaque, c’est qu’il ne cache pas ses vices. » souffla-t-elle avec pour idée de provoquer l’autre souveraine. « Contrairement à vous. ». « Accusez-moi. En attendant, ce n’est pas moi qui règne sur un peuple divisé et amoindri. La violence de vos semblables ne résoudra rien. Attaquez les Démons et ils vous riront au nez. Essayez de reprendre le Fleuve et vous mourrez. ». Elle marqua une pause. « Vous m’avez demandée de vous aider à annexer un nouveau territoire mais dans quel but ? Pour quelle population ? Si vous bougez d’ici, vous vous ferez exterminer. Beaucoup d’Humains sont morts des suites du génocide, peu ont encore confiance en vous. Sans parler du sort que certains des vôtres semblent envisager pour leurs protégés. Vous êtes trop peu nombreux, trop faibles. Vous ne pouvez pas me demander de remettre en cause le semblant de paix qui règne depuis quelques années pour vos beaux yeux. ». Étrangement, Asriel était parfaitement calme, sans doute le fait de se savoir condamnée. Elle prit place aux côtés de l’Impératrice Blanche et posa ses mains maigres sur ses genoux. « Si vous n’étiez pas si vieille, je vous aurais traitée de petite naïve. Comme vous l’êtes, je vous traiterai simplement de sotte. Si vous pensez que les Démons s’arrêteront là, c’est que vous êtes aussi faite pour être Reine que les Humains pour pratiquer la magie. Ne croyez pas que le Monarque Démoniaque remettra ses plans de conquête à plus tard parce que vous écartez vos cuisses en sa présence. Dès qu’il en aura l’occasion, il anéantira votre peuple. Alors si vous voulez un conseil, n'égarez jamais votre regard, ne baissez jamais votre garde, sinon, demain, ce sera vous qui serez roulée dans la boue. ». Elle inspira tranquillement. « Une fois que la passion des premiers instants se sera éteinte, je vous recommande de le tuer sans aucune pitié. Les amants deviennent vite fades ; quand ils ne se lassent pas avant, bien sûr. ». Elle se releva. « Quant à mes méthodes, qu’elles vous plaisent ou non, c’est celles que j’ai choisi et vous n’avez pas le droit au chapitre. Je vous invite à mes côtés par diplomatie mais sachez que vous êtes aussi coincée que nous le sommes. Que diraient vos alliés si, demain, vous vous détourniez de nous ? Vos frasques avec le Monarque seraient mises en avant et l’on douterait de votre politique et de votre alignement. Êtes-vous certaine d’être encore du bon côté, Edwina ? ». « Et vous ? » répliqua l’Impératrice Blanche. « Je suis mourante. Je me fiche bien d’employer des méthodes drastiques pour exterminer ces hérétiques. Et je vous assure… » fit-elle en s’avançant, pointant son index en direction de la Magicienne. « Oh oui, je vous assure que le jour où Ezechyel viendra me chercher, je ne serai pas la seule à périr. Alors profitez de ses caresses avant qu’il ne soit trop tard parce que si ce n'est pas vous qui vous en chargez, ce sera moi. ». La main d’Edwina partit toute seule dans un mouvement circulaire qui s’acheva sur la joue de l’Élue des Cieux. Une expression surprise s’y invita avant qu’elle ne réplique dans les mêmes proportions. « Vous êtes une honte pour le bien. ». « Et vous la catin du mal. ».

~~~

L’Impératrice Blanche se tenait légèrement à l’écart des autres Anges, dans un endroit qui lui avait été dédié pour l’occasion. Son voile couvrait son visage et la marque encore rouge de la main de l’immaculée. Asriel, quant à elle, avait caché son mal et sa peau était aussi pâle que glaciale. Pour autant, elle représentait beaucoup pour le peuple angélique. Tous voulaient croire en un avenir. « Nous sommes réunis en ce jour pour rendre hommage à ceux qui nous ont quitté. » commença-t-elle. « Chaque jour, je me remémore ceux qui illuminaient ma vie jadis et leur image ne pourra sans doute jamais s’effacer de mon esprit. Les êtres démoniaques ont mis notre peuple à terre et la situation serait encore plus désespérée sans l'intervention de ma très chère amie, l’Impératrice Blanche. ». Elle fit un geste élégant de la main en direction d’Edwina. « Le Diable ne pourra jamais savoir à quel point elle fut d’une grande aide. ». Oh si, il allait le savoir, parce qu’elle allait le lui dire. « Pourtant, malgré tout le respect et la gratitude que je ressens pour les Magiciens, il est temps pour notre peuple de dire adieu au passé et de se tourner vers l’avenir. Cette cérémonie me semble ainsi la plus propice pour annoncer qu’avec le soutien financier de nos hôtes, nous nous lancerons dès demain à la conquête d’un nouveau territoire par-delà les Mers, un territoire qui offrira une protection suffisante à notre peuple. ». La mâchoire de la Belle se serra. Asriel était pire que le Vil dans ses manigances. Lui forcer ainsi la main était pitoyable. Pourtant, l’Élue des Cieux avait parfaitement conscience qu’elle n’avait plus rien à perdre, même pas sa vertu. « Notre entreprise sera rude mais il serait vous mentir que d’affirmer le contraire. ». Edwina soupira. Le discours qui s’annonçait ressemblait en toute chose à ceux qu’elle prononçait souvent elle-même. Toujours la même rengaine. La paix, l’espoir, l’amour, la famille, toutes ces valeurs qui étaient censées unir les peuples et leur redonner force et courage dans l’adversité. Pourtant, l’équation était simple : les forts survivent et les faibles meurent. Pleurer ne mènerait à rien et les morts étaient impuissants.

Le regard de la Reine Blanche se porta sur un Ange en particulier qu'elle se mit à observer longuement avant d'étendre sa magie pour contempler les Esprits présents.

1371 mots
Merci à toi I²  nastae



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[Événement | Anges] À votre mémoire

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