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 La Cour des Miracles. [Zazou]

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Callidora
~ Vampire ~ Niveau IV ~

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MessageSujet: La Cour des Miracles. [Zazou]   Sam 14 Oct 2017, 12:31




Allongé sur le côté, l’homme semblait la fixer d’un regard qui ne se poserait plus sur quiconque. La brune battit des cils et se releva sans plus y porter d’attention. Que faisait-elle ici ? D’un pas mesuré, elle fit le tour de la pièce, se demandant où elle avait pu atterir. Rien n’expliquait sa présence. Appuyée contre le bois, elle tenta de se remémorer ses récentes frasques. La trame capricieuse de ses souvenirs se déformait en un kaléidoscope sauvage. Des images fragmentées lui revenaient confusément, et l’ensemble lui paraissait d’une absurdité sans nom. Incapable de dire ce qu’elle avait fait la veille, elle ne savait pas plus ce qu’elle ferait le lendemain. Une migraine lui fracassait le crâne, signe on ne peut plus évocateur des excès de la dernière soirée. Excès qui jonchaient le sol comme un tapis de fleurs écarlates, à la seule différence que la vie n’abritait plus leurs corps. Malgré le festin que les macchabées révélaient, une soif inhumaine lui asséchait la bouche. Cela lui arrivait de plus en plus, ces derniers temps. Ces nuits de perdition se ressemblaient toutes, et l’ennui désespéré qui les initiait  devenait un compagnon trop fidèle à son goût. Elle en avait assez. L’hésitation tourmentait ce qui lui restait de coeur. Se délestant de ses habits dont la caresse lui semblait superflue, elle erra à travers la maison à la recherche de quelque chose en mesure de la relaxer. En fin de compte, son choix s’arrêta sur une cuve qui, par un ingénieux système dont elle se moquait éperdument, demeurait pleine d’un fluide réconfortant. La jeune femme s’immergea, plus apaisée cette fois par le contact de l’eau que par celui du sang. Commettre un autre carnage n’aurait servi qu’à étendre le vide en elle.

Il fallait reconnaître que l’expédition qui lui était venue en tête était tout sauf une promenade de santé. Parmi toutes les destinations idylliques qui courraient à la surface de la terre, la jeune femme s’orientait délibérément vers celle dont personne n’enviait les rivages ravagés _ personne de sensé, tout du moins. Réjouissante perspective que de savoir qu’il lui faudrait lutter pour sa vie face à d’audacieuses créatures que la peur ne paralysait pas. Chaque blessure n’en serait que plus délectable. Bien entendu, se téléporter dans les ruines que Jacob possédait aurait été d’une simplicité enfantine, lui évitant bien des dangers ; elle n’y avait même pas songé. C’était donc le sourire aux lèvres que Callidora venait franchir les portes de l’Enfer. En ressortir un jour lui importait peu. Sa fragilité criarde soigneusement dissimulée par la magie, elle se surprit à trouver un certain charme aux impressions saccadées que ses prunelles saisissaient. Seule la chaleur lui était désagréable. Loin de la retenue et du faste dégoulinant que les siens se plaisaient souvent à arborer et qu’elle avait en horreur, le nid des Démons bourdonnait de vie. En ce lieu où désirs et instincts ne faisaient qu’un, le plaisir était la règle première. Le chaos n’en était qu’une conséquence hasardeuse. Charmée par l’inattendu, elle déambula longuement, plaquant sur son visage un air féroce qui s’égayait de plus en plus. Quoi qu’il en soit, la Vampire ne s’aventurait pas au sein de la ruche pour le tourisme, bien que la distraction aurait été plaisante. Trouver ce qu’elle cherchait avant que l’un des résidents ne décide de mettre un terme à son improbable excursion demeurait sa priorité, et l’impulsivité des diablotins n’étant guère prévisible, la tâche ne serait pas aisée. Elle avait encore un long chemin à faire.

Parvenir à l’édifice où se pavanait son unique connaissance _ et pas des moindres , lui prit plusieurs jours sans qu’elle ne sache vraiment combien. Le temps, disparu, s’arrêtait là où la raison capitulait, et dans les parages, mieux valait laisser ses méninges au placard. À de nombreuses reprises, il lui fallut se cacher pour reprendre des forces, sa magie vite consumée par sa couverture maladroite. Sa vigilance ne suffisait pas. Ne pas se mêler à ses prétendus congénères, sauf si la situation l’exigeait, lui avait permis de conserver une relative sécurité. Quelques échauffourées lui valurent des cicatrices d’une gravité réelle mais modeste. Une nuit, elle faillit mourir. Requérant la protection d’un Aether qui n’était pas le sien pour la suite de son voyage, elle eut pour réponse la froide caresse d’une lame entre ses omoplates qui déchira tendrement sa peau. Un face à face dont elle sortit victorieuse et douloureusement blessée, laissant la carcasse du Démon pourrir dans un coin. La brune ne sut si le meurtre avait plu à l’Oeil ou si sa chère divinité ne souhaitait pas la voir trépasser à nouveau ; elle préféra se dire que l’un comme l’autre avaient autre chose à faire que de soucier d’elle, et que seule la chance était responsable de sa survie. Revigorée par l’appréhension de savoir sa fin à portée de main sans savoir qui lui la tendrait, elle disparut pour s’infiltrer dans la demeure royale. Au hasard des couloirs, elle finit par découvrir ce qu’elle supposait être la chambre du Monarque et s’installa au bord de son lit, les jambes croisées.

En attendant le retour du propriétaire des lieux, elle repensa à l’attitude des damnés. Leur brutalité sauvage lui semblait infiniment plus belle que la prude vertu des Anges qu’ils ne manifestaient que lorsque celle-ci les arrangeait. Lorsque la silhouette tant attendue entra dans la pièce, elle haussa les sourcils, contrariée de constater que son impatience de le voir était toujours la même. Il ne fallait pas qu’elle perde le contrôle. « Tu as de la chance que je sois patiente. D’autres seraient parties depuis longtemps. » Ravivant la douleur entre ses épaules, elle lança vers lui une feuille qui lui revenait de droit sans pour autant faire le moindre geste vers lui. Elle était folle, pas inconsciente. « Voilà un petit aperçu des cadeaux que tu m’as laissés sans le savoir, et qui sans doute viendront défoncer ta porte quand ils en auront envie, avec mon approbation la plus sincère. Ils sont doués, pour des enfants, et insupportablement obsédés par leur chevelure. » Le dessin s’animait de traits vagabonds, dévoilant Lucius et Saül en pleine bataille face à des ennemis morts d’avance, à moitié dénudés comme ils aimaient l’être. Cela dit, la jeune femme se doutait que des bambins ne l’intéressaient pas, et elle-même ne tolérait leur existence que pour leur ressemblance avec leur paternel. S’attarder sur le sujet était inutile. Du menton, elle désigna l’extérieur. « Charmant endroit. Je comprends pourquoi tu évites d’en sortir. D’ailleurs, tes sujets ne se défendent pas trop mal, bien qu’ils soient un peu agressifs. Je crains de ne pas me présenter ce soir sous mon meilleur jour. » L’ecchymose bleutée qui couvrait l’une de ses pommettes n’était que le prélude de celles qui s’étaient abattues sur son corps. Masquer les traces de ses rencontres avec les diables en herbe lui aurait semblé stupide. « J’espère que ma présence ne perturbe pas tes projets pour la nuit. » Derrière son sourire narquois, elle se mordit la langue pour retenir l’invraisemblable pulsion qui lui tordait les entrailles. Le sang coulait encore dans son dos.


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Zane Azmog
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MessageSujet: Re: La Cour des Miracles. [Zazou]   Lun 23 Oct 2017, 00:16


Dressées sur les hautes marches d’une chambre, d’innombrables pupilles lançaient leurs salves libidinales sur le corps lisse et dénudé du maître des cérémonies. Dépouillé du moindre tissu, son épiderme était exploré par une quantité déraisonnable de doigts féminins, leurs ongles s’enfonçant avec férocité dans la chair tentatrice du diable. Celui-ci plongea sa main dans une jarre remplie d’un liquide cramoisi, source inépuisable des rituels qu’ils pratiquaient autant collectivement qu’individuellement. Il en extrait ce qui ressemblait à un organe humain, portant ce dernier au-dessus de son visage alors qu’il relevait le menton, sa bouche entrouverte pour recueillir le fluide chaud. Un instant plus tard, il sema ses dents dans le cœur tandis que le précieux liquide suinta sur sa peau, sillonnant le chemin tout désigné que lui tendait la ligne de ses muscles saillants. Les jeunes femmes agenouillées à ses pieds en profitèrent pour se délecter à leur tour de ce qui s’apparentait à une oblation de leurs rois. S’il s’agissait bien d’un culte voué à la toute-puissance de l’Œil, Zane n’en demeurait pas moins comblé, saisissant chaque opportunité pour profiter du bon temps. D’un geste presque noble, il repoussa les succubes — brûlantes de désir — pour descendre avec apathie les quelques marches. Il franchit la pièce en ignorant les autres corps qui s'unissaient entre eux, la sueur abondante étant à elle seule une assurance avérée que l’orgie entrait dans sa phase finale. Quand bien même elle avait lieu dans la salle du trône, c’est de son propre chef que ce rassemblement avait basculé dans un tout autre registre. L’homme s’arrêta net lorsqu’il se trouva aux côtés d’une multitude d’instruments de torture sur lesquels reposaient les corps damnés de quelques anges encore en vie. Ils étaient mal en point, souffrant le martyre en conséquence de toutes les ecchymoses qu’ils avaient dû supporter.

Fichées sur le mur adjacent ; leurs magnifiques ailes blanches immaculées. Enfin… elles étaient désormais honorées par la souillure, accrochées ici tels des vêtements que l’on déposait allègrement sur un portemanteau. Le visage de la bête dessina ce rictus si expressif. « Vos sacrifices ne seront pas vains. Ils serviront à satisfaire l’Œil qui, j’en suis convaincu, saura apprécier cette séance consacrée en son nom. Je vais… » Alors que ses phalanges graciles effleurèrent délicatement le cou de l’une des victimes, les traits du bellâtre se déformèrent comme à la présence d’une vision. Le pouvoir saint qu’il possédait en ce monde souleva une vive réaction. Une femme venait de pénétrer en ce royaume, et pas n’importe laquelle. Visiblement, elle n’avait rien perdu de sa vaillance malgré le renoncement de son humanité. Le regard de la bête muta, un sentiment de colère et de curiosité se fondant à la nostalgie. Un savant mélange totalement incompatible avec toute notion de raisons. D’un mouvement illisible, il sectionna net la tranchée de l’ange devant lui. Il réitéra des actions similaires pour les deux suivants alors qu’un tissu ceignit son corps pour l’habiller d’une tenue à la fois élégante et obscure. Des gants blancs surmontés d’un costume carminé, il s’adressa aux résidents restants. « Pensez bien à faire le ménage quand vous en aurez terminé. Quelque chose m’attend sur le feu. Ne me dérangez sous aucun prétexte. » Un ordre soumis avec conviction, si bien que personne ne broncha avant son départ irrévocable. Sans se presser plus que d’ordinaire, le prince des flammes accéda au lieu du rendez-vous en quelques minutes. Son entrée fut étrangement calme, dégageant quelque chose de presque réconfortant malgré tout ce qui s’y opposait. « Tu as la chance que je sois malicieux et… moi. Sans quoi tu n’aurais même pas atteint le seuil de cette porte. » Sa voix ne trahissait aucune émotion. Il s’était totalement détaché de son passé. L’image qu’elle lui transmit éveilla toutefois quelque chose en lui. L’un des deux gamins lui ressemblait comme deux gouttes d’eau lorsqu’il avait le même âge. D’une vive manœuvre, il déchira la photo en plusieurs morceaux avant que les flammes ne daignent les convertir en cendres. « C’est vrai qu’on peut y trouver des similitudes, toutefois c’est loin d’être une attestation suffisante pour authentifier ma paternité. La magie permet des miracles en ce monde. Toi, plus que quiconque devrait savoir à quel point tout est possible. » Elle savait probablement ce qu’il entendait par là. La période correspondait à leurs ébats passés, mais ce n’était pas une raison pour l’accepter.

Brisant la distance entre eux, il s’abaissa pour être à hauteur de son visage. « Si tu as pris tant de risques pour m’annoncer une nouvelle sans importance, ce n’est sûrement pas par hasard. Et si tu allais droit au but ? » La proximité soudaine heurta quelque peu Zane. Quelque chose clochait. Le parfum qui émanait de la jeune femme n’était plus le même qu’autrefois. Son faciès comportait aussi des nuances qui lui étaient parfaitement identifiables. Il en avait à présent le cœur net. Le Diable se retira vivement d’un mouvement de recul soudain, comme si ses narines venaient de capter une odeur intolérable. La grimace qu’il fit instaurait cette même aversion. « Tu oses te présenter devant moi ainsi ? Une Vampire. Tu sais pourtant à quel point je n’ai aucune considération pour cette espèce. Ils ne sont que de piètres imitateurs, se vantant d’être des prédateurs alpha alors qu’ils sont tout juste capables de débusquer du marcassin. De plus, nous ne pouvons même plus fêter nos retrouvailles dignement maintenant que tu es devenue aussi froide que le continent des glaces. Vraiment, ça me chagrine. » Balayant l’air d’un coup net, une fissure se forma dans l’espace, déployant une sorte de portail dimensionnel noyée dans un tableau psychédélique. « Je dois reconnaître que c’est du gâchis. Hélas, cette pièce n’est plus appropriée pour quelque chose… quelqu’un comme toi. » Élançant son bras comme la patte d’un lion assurant le coup fatal à sa proie, le Roi s’empara d’un pan de sa tenue pour la propulser dans le portail.

Il emboîta le pas de cette dernière, touchant terre en un lieu radicalement opposé en matière d’ambiance. Des millions de têtes humaines et animales étaient dispersés sur le sol, à tel point qu’il était normal de se demander si ce n’était pas celui d’origine. Le ciel, rouge et obscur, voilait l’atmosphère d’un sentiment anxiogène. Alors que les créatures humanoïdes qui semblaient dépourvues d’âmes vivaient dans ce décor, elles dévoraient tout ce qui se trouvait dans le périmètre, s’entretuant parfois entre elles. Toutefois, elles ne touchèrent pas au Diable en dépit de sa mitoyenneté. En tant que Souverain légitime, il était protégé par l’Enfer. Mais qu’en était-il de la femme ? Le regard inassouvi et affamé des bêtes ne semait aucun doute : elle ne disposait d’aucune immunité. « Laisse-moi te partager une information cruciale à mon tour. Dans l’abime de l’agonie, tout est régi par les jeux et le sang versé. Voici mes règles. Si tu réussis à survivre durant cinq minutes, je t’accorderai un seul et unique souhait. Dans le cas contraire, j’irais moi-même annoncer ta mort à tes enfants. » C’est tout ce que méritait l’engeance en question. Ce jeu — légèrement biaisé par la difficulté du défi — n’octroyait aucune victoire possible. Elle devait simplement survivre, mais pouvait-elle y arriver dans un état aussi critique ? Cette incertitude liée au dénouement récréatif le rendait toujours aussi extatique. En cet instant, Callidora avait pour seul statut celui de joueuse. Rien de plus.



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Callidora
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MessageSujet: Re: La Cour des Miracles. [Zazou]   Mer 01 Nov 2017, 16:16




À certaines heures, l’imprévu se pare des atours du tourment et perd ce que l’on a toujours aimé en lui. L’impossible, dont il n’est que l’un des insaisissables reflets, se tarit, et, à la source du doute, la raison s’impose. Quelques lettres suffisent à le démasquer ; un sursaut réveille son souvenir. De jour en jour, cette empreinte grandit : elle vous obsède, elle vous dévore. Comme la caresse intiale du premier amour que personne n’oublie, elle s’imprime en vous, marque votre chair, mord votre coeur. Surgie du passé, la mémoire délivre ses présents sans crier gare. Silencieuse, Callidora refusait de parler. Il lui aurait suffi de tendre les doigts pour retrouver cette chaleur dont la réminiscence lui rappelait sans cesse ce qu’elle avait perdu, ce qui aurait pu être encore si, d’un caprice dérisoire, elle n’avait pas offensé le destin. Un élan de chagrin s’empara d’elle à mesure que les images se déversaient face à ses iris en un torrent incontrôlable. Tout ceci n’était qu’une vaste illusion à laquelle, malgré toute sa volonté, elle ne pouvait croire. Un mouvement brusque dans son champ de vision la ramena sur terre. Battant des cils, son regard ne se posa pas sur le visage de Zane, mais sur la délicieuse veine qui honorait son cou. Le fluide souillé qui courrait sous sa peau aurait dû provoquer en elle un dégoût innommable. L’irrésistible violence du désir déferla en elle. Sans la distance qu’il imposa entre eux, sans doute se serait-elle jetée sur lui aveuglément. Quelle était donc cette nouvelle farce ? La répulsion qu’elle lui inspirait, elle aurait dû la ressentir à son égard. Cela n’avait aucun sens. Préoccupée par cette découverte, elle leva les yeux au ciel, effaçant la vision d’une chair que ses canines irréfléchies lui hurlaient de fouiller. « Si tu cessais de te comporter en enfant, nous aurions pu nous amuser de bien d’autres manières. Le sexe, aussi plaisant qu’il puisse être, n’est qu’une distraction éphémère. Dommage de constater qu’au lieu de voir les choses en grand, ton horizon se trouve juste sous ta ceinture. » La tournure des événements, fort regrettable, n’empêchait pas la visite insensée du plaisir et de perspectives parfaitement malsaines, qui, à une époque, auraient peuplé ses cauchemars.

Quelque peu décontenancée par son arrivée en un lieu sordide dont le paysage n’avait rien de charmant, sinon les promesses qu’il reflétait, la jeune femme ne s’effraya pas pour autant, habituée aux extravagances douteuses de son ancien partenaire. Le mépris manifeste qu’il éprouvait à l’encontre de ses semblables, elle ne pouvait le contester ; d’une manière ou d’une autre, elle partageait son avis, bien que les raisons en soient sensiblement différentes. Défendre ce en quoi elle ne croyait pas aurait été stupide. « Nous ne sommes ni des prédateurs, ni des agneaux. Pour être honnête, aujourd’hui, nous ne sommes plus grand-chose. Le cauchemar de certains, la risée de beaucoup. Tout ceci changera bientôt. Les Vampires ont oublié ce qu’ils étaient pendant trop longtemps. Je ne fais pas partie de ceux-là. Cela dit, il faut avouer que je ne suis pas très appréciée par mes congénères. » Un léger sourire se déposa sur ses lèvres. En dehors d’un certain Sorcier que la magie obligeait, personne ne supportait vraiment sa compagnie. L’honnêteté envers sa propre personne n’avait jamais été qu’un mirage, elle qui autrefois imposait la vérité aux autres. Désormais, la tendance s’inversait. Patiente, elle écouta la fin du discours de son interlocuteur, qui, comble pour un Démon, confiait le sale boulot à de monstrueuses créatures plutôt que de se salir lui-même les mains. La brune finit par éclater de rire. « Je crois qu’ils seraient déçus de ne pas m’arracher la gorge eux-mêmes, mais qu’une telle annonce les ferait rire. Qui ne s’en réjouirait pas ? » Au-delà de la décontraction qu’elle affichait, une douleur diffuse remontait à la surface. Quelque part, derrière le sinistre défilement des cadavres venus et à venir, une envie confuse demeurait. Pas tout à fait morte, pas suffisamment vive pour qu’elle le demande, elle se voyait entre les bras de Zane, à l’abri du chagrin et de la folie, le genre de fantasme absurde pour lequel sa sœur priait sans doute tous les soirs. Jetant un bref regard aux bestioles qui se traînaient dans les parages et qu’elle ne pourrait bientôt plus ignorer, elle se planta face à lui. La colère donnait à sa voix l’assurance que le mépris lui offrait habituellement. « Oses-tu me reprocher cette survie que tu me demandes à présent ? La mort n’a pas voulu de moi, et en repoussant la limite du contrat, elle m’a rendu la liberté plutôt que la vie. Devrais-je pleurer dans un coin jusqu’à ce que le désespoir m’assiège et que je mette fin à mes jours ? Navrée de te décevoir, mais ce n’est pas le spectacle que je veux jouer, et si ça ne te convient pas, tu n’as qu’à aller voir une autre pièce. Ce ne sont pas les marionnettes qui manquent. » Sans attendre la moindre réponse de sa part, elle se tourna vers ce qui l’attendait.

Se plier aux règles ne faisait en aucun cas partie de ses habitudes ; les déformer à sa guise sans que l’on puisse les considérer comme bafouées se révélait toujours bien plus divertissant. La charmante perspective de remporter un souhait ne parvenait néanmoins pas à effacer la désagréable sensation de vide qui courrait sous sa peau. Qu’avait-elle imaginé, au juste ? La jeune femme se baissa pour saisir entre ses doigts deux crânes parmi le fleuve d’ossements allongé sur le sol. D’un geste parfaitement décontracté, elle lança les sphères sur les pantins de chair pour achever d’attirer leur attention. Fuir les problèmes n’avait jamais été son cheval de bataille. « Ce n’est pas parce que je peux y trouver un intérêt potentiel que je dois satisfaire tes caprices. Tu es roi, pas dieu. » Sur ces belles paroles, la brune s’effaça du paysage. Prêtes à se jeter sur elle, les bêtes affichèrent un simulacre de surprise. Patienter à quelques mètres au-dessus du sol aurait été terriblement aisé et tout aussi ennuyant. Sans se presser, elle porta son poignet à ses lèvres, délivrant d’une morsure son meilleur allié. Dépourvue d’arme tangible, il lui fallait improviser avec les moyens du bord. L’air tranquille, elle entreprit de tracer un cercle d’une taille conséquente avec son sang, ne se souciant guère des ennemis qui y pénétraient ou s’y trouvaient déjà. Manifestement plus audacieux _ ou plus affamé _ que ses congénères, l’un des monstres saisit brutalement l’une des ailes de la Vampire dont le vol prit fin plus tôt prématurement, sa magie soufflée par l’imprévu. Son corps s’échoua en un craquement fort dérangeant. Le choc la fit suffoquer. Sitôt encerclée, elle se redressa pour accueillir un coup en pleine mâchoire. Rendue furieuse par la douleur, un sourire vagabond s’empara de sa bouche. Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était pas retrouvée en si mauvaise posture. D’un bond, elle se jeta sur son adversaire. Tous deux roulèrent plus loin, leurs dents s’entrechoquant en un capharnaüm que couvrait l’agitation des autres. De la femme à la bête, rien n’existait plus sinon eux-mêmes, et la curiosité de savoir qui céderait le premier aux assauts ravageurs de l’autre. Callidora se releva seule. Affaiblie par ses blessures et consciente des regards avides qui pesaient sur elle, elle claqua des doigts. Le sang se changea en flammes. Plus que jamais, le temps lui était compté.

Charmée par toute cette aventure, la jeune femme passa à travers le rideau de feu. La majorité des créatures qui s’y risqueraient après elle finirait calcinée avant d’avoir achevé son périple. Satisfaite, elle ne s’inquiéta pas de celles qui erraient à l’intérieur. Pour le moment, elles ne la toucheraient pas ; cela ne durerait pas assez. Sa nouvelle condition, bien que synonyme de privations désolantes, lui avait également montré des possibilités jusque-là insoupçonnées. Parmi ces dernières, l’hypnose lui tenait particulièrement à coeur. Que la volonté d’un autre suive ses désirs lui avait toujours paru délectable. « Hm. Il manque quelque chose d’essentiel pour profiter du spectacle. » Ni une ni deux, les crânes se chevauchèrent pour former un trône sur lequel elle prit place. Chancelante, elle sentait son énergie fuir à toute allure. Toute cette mise en scène n’était pas nécessaire ; elle espérait néanmoins que l’avertissement serait clair. D’un nouveau claquement de doigts, elle relâcha son emprise sur quelques damnés qui prirent soin de se précipiter vers elle. La Vampire ne bougea pas d’un centimètre. Les autres se chargèrent d’arrêter les mutins. Profitant de ces quelques instants de répit, elle ferma les yeux pour ne pas perdre de vue son objectif. L’obscurité relative lui apportait un réconfort bienvenu, et si rien n’allégeait le supplice qui montait dans ses veines, au moins parvenait-elle à conserver une certaine sérénité en remerciant les Aetheri. Une fois le décompté terminé, elle dissipa le cercle et le trône. « Cinq minutes. Je ne t’accorderai pas une seconde de plus. » Sans se presser, elle retourna auprès de lui, s’attendant à ce que son corps s’effondre à chaque pas. De légers tremblements agitaient sa main, et à mesure qu’elle avançait, ses pensées lui paraissaient de plus en plus obscures. Parvenue à sa hauteur, elle pencha la tête sur le côté pour lui faire sa demande. Donne-nous son sang. Résister devenait de plus en plus complexe. Pourquoi s’y obligeait-elle encore ? Une pointe d’amusement dans la voix, elle porta ses phalanges à ses tempes pour y retrouver le script. « Serais-tu disposé à m’accorder ce souhait plus tard, lorsque je te le demanderai, et sans savoir de quoi il s’agit ? J'ai ma petite idée, et tout ce que je pourrais te demander aujourd’hui ne serait pas aussi distrayant. » Un refus aurait entraîné de fâcheuses conséquences. Si lutter contre les créatures lui avait semblé difficile, ne pas s’attarder sur la jugulaire du maître des lieux se révélait impossible. Les dérives de son regard en disaient long sur ce que son corps tout entier clamait. Agacée de perdre le contrôle, elle leva la tête vers lui, ses iris ravagés par la colère. D’une brutalité enfantine, sa main rencontra la joue de Zane. « Que les choses soient claires entre nous. Je ne suis pas à toi, et je ne l’ai jamais été. Je ne suis plus la petite fille douce d’autrefois, ni l’une de ces putains qui rampent jusqu’à ta chambre pour que tu les honores. Si tu es le roi des échecs, je n’en suis désormais plus un pion. Tu peux me jeter aux lions si ça te chante, je reviendrais glisser des serpents dans ton lit jusqu’à ce que leur venin te brise. Mords-moi, et je te mordrais plus fort. Ce que je ressens à ton égard vit toujours, pas moi. Ce n’est pas parce que je n’ai pas de couronne sur la tête et que le feu ne me dévore pas les entrailles que je ne sais pas m’amuser. Si tu veux jouer, cherche-moi. Si tu veux mourir d’ennui, reste sagement au fond de ton royaume. Je suis venue sans savoir ce que je voulais ; je sais pourquoi je ne reviendrais pas. » Le souffle court, elle se tut quelques secondes. Les bras croisés sur sa poitrine, la Vampire enfonçait ses doigts dans l'une de ses récentes blessures pour faire taire l'appel de l'instinct. Ce n'était plus son sang qui frappait ses oreilles, mais des battements qui ne lui appartenaient pas et dont, éreintée, elle ne saisissait plus les infimes nuances. D'un geste, elle attrapa la main de Zane pour enserrer sa propre gorge. « Oh, bien sûr, si tu le voulais, tu pourrais mettre un terme à toute cette histoire. Ce serait plus simple pour tout le monde. » Quelle que soit l'issue de leur entrevue impromptue, la jeune femme ne perdait rien. Son arrogance toute nouvelle ne devait rien au hasard. Sous la fatigue qui alourdissait son corps, elle sentit ses jambes se dérober et tomba à genoux devant lui. Il fallait en finir avant qu'elle ne s'évanouisse et que l'occasion s'envole à jamais. Enfiévrée par l'incertitude, elle chercha le regard du Souverain, une lueur de défi au fond des yeux. « Tu ne le feras pas. » Callidora sourit, ne sachant qui de la souffrance ou de l’envie enfanterait la folie.

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MessageSujet: Re: La Cour des Miracles. [Zazou]   Jeu 09 Nov 2017, 00:17

Le ton réprobateur avec lequel elle l’accabla dès les premières secondes de l’échange présageait lourdement le duel qui allait se dérouler dans les minutes à suivre. La jeune lionne avait pris de l’assurance depuis que ses griffes — bien que rétractables — pouvaient marquer sévèrement la chair. Sa mâchoire manquait peut-être de puissance, mais en fin de compte elle avait toujours été ainsi avec lui. Tel le virus qui se répand très rapidement dans le sang afin de foudroyer ses victimes, ceux qui l’entouraient finissaient tôt ou tard par subir cette périlleuse damnation. Aucun antidote n’avait à ce jour été découvert pour contrer le fléau ravageur de la bête. Pour autant, elle revenait toujours vers lui. Peu importe à quel point il obstruait sa route suivant des efforts considérables, peu importe le nombre de fois où ses mots, parfois bien plus lancinants que ses actes avaient essayé de l’éloigner de lui. Tous avaient été annihilés par une constance que même lui n’était pas sûr de posséder. Cette fraction de seconde durant laquelle il croisa son regard fut suffisant pour le convaincre qu’il devait à présent tout donner pour imprimer un sentiment de révulsion dans son esprit. Plus jamais elle ne devrait se retourner en pensant à lui. C’était sa décision. Une mission qu’il mènerait à son terme. Plus jamais il n’accepterait la défaite. « Je suis le Seigneur du mal incarné. À quoi t’attendais-tu ? Les péchés font partie de mon essence. Je les sers autant que je les consomme. Parmi ceux-ci : la luxure. Ne deviens pas arrogante au point de croire que tu peux m’offrir mieux que cette vie. » Fut un temps où son attachement aurait effectivement pu le pénaliser en ressassant des souvenirs du passé. Callidora s’en trouverait à jamais être la partenaire avec qui tout était devenu plus simple, plus amusant. Cependant, cette transition correspondait à celle d’un Démon délesté de toute responsabilité, donc sans ambition.

En toute sincérité, il se fichait pas mal de la providence des Vampires. Tant qu’ils ne marchaient pas sur ses plates-bandes, il fermerait les yeux, bafouant ces derniers avec le même mépris qu’il le faisait pour les insectes qui grouillaient sous ses pieds. « Tu es sans doute trop collante. Une vraie sangsue qu’on a envie d’arracher et de jeter au loin. » Dans le milieu du sport, on appelait cette réplique un direct du droit. Le pourquoi du comment elle s’était mis à dos ses nouveaux meilleurs amis ne le regardait pas. Elle était suffisamment ingénue pour se tirer de ce mauvais pas d’elle-même, et de toute façon elle avait d’autres préoccupations sur le feu. Les bras croisés en attendant que le show s’amorce définitivement, le maitre des Enfers contempla de haut la princesse, qui, téméraire jusqu’au bout, se confronta directement à lui. Qu’à cela ne tienne, il était prêt à écouter ses lamentations pour le lui renvoyer avec la ferveur d’une immense vague dont le seul but était de tout saccager sur son passage. Lorsqu’elle eut fini de déblatérer son flow insupportable, sa paume accabla le cou gracile de la jeune femme. La pression qu’exerçaient ses phalanges emplissait la même férocité que la noirceur inimitable de son regard. Il relâcha son emprise en émettant une impulsion pour creuser davantage la distance. « Tu appelles liberté le fait d’être persécuté par tes semblables ? Se dérober aux yeux du monde pour tenter de survivre, c’est donc ça ta vie idyllique ? Alors, laisse-moi t’annoncer que je n’échangerais ma place pour rien au monde. Pour répondre à ta question, la mort fait parfois partie des dilemmes les plus honorables qu’il nous ait donné de faire. Choisir quand et comment le faire est un luxe que peu d’hommes sont capables d'assumer. Tu as peut-être laissé passer ta chance en repoussant cette main qui t’était tendue. » La culture des Démons jouissait de cette philosophie. Eux qui ne redoutaient pas la faucheuse, ils vivaient chaque instant comme étant le dernier, c’est d’ailleurs ainsi qu’il avait bâti sa propre existence tout du long. « Tu es venue jusqu’à moi en toute connaissance de cause. Que tu le veuilles ou non, ce sont mes règles, mes exigences, mes réponses à ta fausse manœuvre. Tu dois t'y plier. Et en ce sens, tu es la vedette du jour. » Et alors qu’il n’attendait que ça, elle s’élança ainsi au front, non sans lui jeter une discrète remarque au visage. Elle avait tort, car en ces lieux, ses pouvoirs transcendaient très largement ceux de ses confrères.

Dans l’espoir de ne rien manquer au premier acte qui se déroulerait en un laps de temps très restreint, Zane se fraya un chemin au travers de tous les crânes. Quoiqu’il était plus pertinent de dire qu’il s’agissait des ossements eux-mêmes — pourvues d’une vie nouvelle — qui s’écartèrent sur son passage, aménageant une route tracée vers un point qui assurait le meilleur avant-poste possible. Grimpant sur la carcasse d’une immense bête, il observa silencieusement la forme éveillée de l’ex-Rehla. Son agilité accrue avait de quoi laisser pantois tant elle maniait son art à merveille. Malgré la quantité saisissante d’hémoglobine qui giclait ici et là, ce balai était esthétiquement l’un des plus aboutis qu’il avait eu l’occasion de voir. Cette scène aurait pu être immortalisé dans une fresque qu’il aurait probablement suspendue au-dessus de son lit en guise d’un merveilleux rappel. Parfois, les créatures ployaient le genou avant même de l’atteindre, comme si leurs muscles cessaient d’accomplir leurs fonctions premières. Ce n’était pas du fait de la veilleuse de nuit. Toutefois, toutes les bonnes choses avaient une fin, c’est pourquoi il descendit de son piédestal pour accueillir celle qui avait remporté haut la main le pari. Il acclama celle-ci pour avoir su jouer le jeu de la meilleure des façons. Le drame pouvait ainsi se conclure sans regret. « Penses-tu avoir la légitimité de me revoir ? Invoquer quelqu’un de ma trempe revient à renoncer à beaucoup de choses. Quelque chose de bien plus conséquent que la raison que tu sembles avoir sacrifié au profit de la folie, et ce uniquement pour une belle paire de canines. » Le contact suivant aurait pu l’en réjouir si elle s’était déroulée dans d’autres circonstances, toutefois elle manqua cruellement d’aplomb pour contraindre son faciès à détourner le regard. Il resta stoïque, sans broncher le moins du monde. Ce combat l’avait dérouté, naturellement. Personne à sa connaissance ne pouvait économiser durablement son endurance. S’il semblait attendre le moment propice, c’est lorsqu’elle vint elle-même diriger sa main vers sa gorge pour lui suggérer une solution parmi tant d’autres.

Un bruit sourd déclencha en parallèle la libération de ses ailes, qui dans un claquement inaudible propulsa la survivante loin devant lui. Plus ample que naguère, le maintien qu’elles prirent semblait définir la domination écrasante du Diable. Chaque pas qu’il fit pour la rejoindre fracassa un crâne, greffant à ce silence une sorte de mélodie peu coutumière. La queue du démon — fraichement révélée — s’enroula autour de la gorge de la victime afin de la soulever à hauteur décente. L’étreinte était atténuée, son objectif se trouvant davantage dans la torture psychologique que la rétrospective d’une force qu’elle ne connaissait que trop bien. « Mon statut social n’a rien à voir avec tout ce que tu identifies comme un caprice. Mon identité n’a jamais changé depuis ma naissance à mon ascension dans la hiérarchie. Je ne suis ni un Roi ni un Dieu. Je leur suis bien supérieur. Et tu crois encore qu’un simple jeu du chat et de la souris peut me procurer du plaisir ? Je t’ai connu imprudente Callidora, mais jamais dans le mauvais sens. Les faiblesses que tu supportais à l’époque, c’est ce qui te permettait paradoxalement de rester aussi lucide que redoutable. À présent qu’elles sont comblées, je constate un manque d’adaptation flagrant de ta part. Les gens pensent à tort qu’ils peuvent supplanter le talent inné avec des efforts. Douce illusion. Accepte mon dernier conseil bienveillant : ne remets plus jamais les pieds dans mon domaine pour de telles inepties. » Le peu de conscience qu’elle préservait jusqu’alors fut achevé par une broche de sang coagulé qui lui perfora l’abdomen. Un digne coup de grâce porté contre ces prédateurs. Quand il la relâcha, elle tomba inerte sur le sol. La laissant pour morte, il rebroussa chemin dans le sens opposé, disparaissant de ce plan.

Qui sait combien de temps il s’était écoulé avant que l’homme, confortablement adossé contre un mur à croquer dans une pomme — et qui s’était manifestement refait une petite beauté — ne vienne saluer Callidora en pleine phase de régénération. Ils avaient réussi à la sauver de justesse, toutefois elle était bien vivante sur ce lit d’ébène. « Inutile de faire le décompte pour cette fois-ci. Dépassé un certain chiffre, ça n’a plus de sens. » En référence bien sûr aux nombreuses fois auxquelles elle avait échappé à la mort à cause de lui. « Comme tu peux le voir, j’ai pensé à t’apporter le petit-déjeuner. Excuse-moi si la qualité n’est pas au rendez-vous, j’avoue manquer d’éruditions envers ce régime alimentaire. » Un homme et une femme, tous deux enchainés à des poteaux attendaient leur heure. Ils étaient jeunes, vierges, et surtout effrayés. Qu’elle se serve ou non gentiment, ça ne regardait qu’elle. Il était ici pour connaitre ses véritables intentions, et comptait bien avoir le fin mot de l’histoire. « Je ne reviendrais pas sur les menaces infantiles que tu m’as faites. La folie consume le cerveau, c’est assez fréquent sur ces terres. En revanche, tu aurais pu prétexter autre chose que des enfants pour me revoir. Je t’ai connue plus volubile et imaginative que ça. Ne me dis pas que tu as perdu la main ? » Si l’on prêtait toujours la stupidité aux types dans son genre, les femmes d’apparence frêles et fragiles étaient jugées par autant de qualités charnelles et vertueuses qu’on leur décernait de faiblesses. C’était souvent loin d’être le cas. « Et si tu allais droit au but pour une fois ? Bien sûr, il y a peu de chances de me faire changer d’avis, mais qui ne tente rien n’a rien. »

Néanmoins, quelqu’un interrompit leurs conversations en frappant à la porte et en pénétrant dans la pièce sans accréditation. Il s’agissait d’une femme dont la beauté pouvait faire pâlir n’importe quelle créature de ce monde. Son attitude et sa démarche en disaient long sur le grade hiérarchique qu’elle tenait. « Camilla. Quel plaisir de te voir. Un problème ? Callidora, je te présente l’une de mes plus fidèles alliées, aussi appelé Dēśadrōhi dans notre monde. Sa présence est synonyme d’euphories. » Elle flirta à côté de son roi, sa main effleurant l'épaule de ce dernier avec beaucoup d'élégance. « Hu hu. Zane, mon chou, tu me flattes. Un jeu va bientôt se dérouler. J’ai pensé que tu voudrais y amener ton amie. Elle n’aura sans doute plus ce privilège par la suite. » « Tu as fichtrement raison. Cela permettra à mon invitée d’honneur d’être au courant des derniers bouleversements. Nous te rejoindrons sur place. » « Ne te fais pas désirer trop longtemps. Tu sais comment je peux être mauvaise quand je suis impatiente. » Elle quitta la pièce en remuant lascivement son bassin que la bête inspecta en détail. L’homme semblait soudain exalté suite à cette intrusion agrémentée d’une excellente nouvelle. Il claqua des doigts à deux reprises pour étendre deux portails devant lui. Il regarda ensuite la brune du coin de l’œil. « Deux passages. Deux voies divergentes. L’une mène à l’arène, l’autre à l’extérieur de l’Enfer. Tu fais comme bon te semble. Moi en tout cas, je ne manquerais ce spectacle pour rien au monde. » Puis il s’engouffra à l’intérieur sans plus de politesses. Les brèches dimensionnelles, elles, rétrécissaient.


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Callidora
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MessageSujet: Re: La Cour des Miracles. [Zazou]   Mar 21 Nov 2017, 17:31




En une valse insensée de sons que le hasard entremêle, le monde se décline en impressions fugaces. Quelquefois, l’infinie succession se brise ; un iris stupéfait capte une image, en déforme le trait et l’accorde à son désir. D’une même étreinte, espoir et désillusion se lovent entre les bras tremblants de l’incertitude. Plus douce que les doigts d’un amant en colère, une folle caresse s’empare de la chair et la porte aux rivages enfiévrés de la démence. Dissipée par l’inconscience, celle-ci s’évapore pour ne laisser qu’une enveloppe froid, libre de ses pensées, coupable de ses actes. Les tempes vrillées par une confusion toute naturelle, la jeune femme battit des cils. Ses prunelles fatiguées croisèrent le sourire d’une silhouette embrumée de rouge. Ce n’était pas la première fois. Ne sachant plus vraiment où elle se trouvait, elle se redressa tant bien que mal, le souffle coupé par une estafilade fatale. Fallait-il toujours que son corps cède face aux assauts du Démon ? Grimaçante, ses phalanges soulevèrent le peu de tissu que sa robe conservait et rejoignirent la légère courbure de son ventre. Imperturbable, le tatouage que sa peau avait toujours supporté étalait ses arabesques noires en un motif incompréhensible. Sans jamais en rompre les lignes, une cicatrice d’une teinte rosée ondoyait autour du dessin, couvrant les traces invisibles d’une blessure mortelle. L’une comme l’autre signaient un achèvement bien légitime qui s’imprégnait d’elle comme à regret et s’en éloignait aussitôt. Qu’avait-elle donc à faire pour que sa plus sincère envie lui soit refusée ? La brune leva les yeux vers le responsable de toute l’affaire. Elle aurait aussi bien pu croiser son propre regard. Rien n’avait changé. « Tu aurais quand même pu me laisser crever. Ça aurait facilité les choses pour tout le monde. » Le ton railleur que sa bouche venait d’employer sans même qu’elle ne s’en aperçoive s’effaça pour laisser place à un timbre sensiblement moins agressif. « Merci. » Se réveiller auprès de lui en de telles circonstances ne l’enchantait pas ; néanmoins, elle n’ignorait pas le privilège auquel le Monarque avait consenti. Si l’imprudence restait sa meilleure alliée, elle ne l’aveuglait pas pour autant.

Dépourvus de toute signification, les quelques mots que l’homme prononça ensuite lui parurent étrangement mystérieux. Quelque chose ne tournait pas rond. Apercevoir les malheureux à leurs côtés suffit à lui apporter une réponse satisfaisante. Avant toute chose, il lui fallait reprendre des forces, ou commettre une regrettable erreur ne lui causerait pas le moindre remords. Sa main se porta à son abdomen. Elle poussa un soupir. « Depuis quand prends-tu les choses avec tant de sérieux ? Je t’ai connu moins mélodramatique. » D’une certaine manière, sa réaction la surprenait. Bien entendu, le changement n’était pas des plus charmants, et elle-même peinait à s’y habituer. Cela aurait dû ouvrir de nouvelles possibilités. Qu’il ferme la porte avec une telle brutalité la décontenançait quelque temps. La Vampire s’approcha des jeunes gens. La voix s’était tue sans emporter dans la tombe ses désirs farfelus. « Sans vouloir paraître désagréable, je serais plus tentée par ta jugulaire que par la leur. Formidable de voir que même ce qui devrait un instinct inébranlable déraille totalement en ta présence. » Ce n’était pas elle qui éveillait leur frayeur. Ils avaient tort. Provoquer des tourments physiques ne l’intéressait pas, non par manque d’imagination ; il était aisé de s’en remettre. Seulement, cela faisait plusieurs jours qu’une démangeaison familière courrait le long de ses canines, n’attendant que de percer la membrane délicate d’une veine étrangère pour s’apaiser. Avant de formuler une réponse sur des intentions dont elle ne savait pas la teneur exacte, elle préféra s’abreuver. Sa maladresse n’était plus permise, et si jusque-là elle n’avait fait qu’agir en fillette capricieuse, elle savait que ce n’était pas la solution. Cela ne fonctionnait qu’avec les autres. Relativement douce avec sa première victime, elle lui déchira la gorge sans ménagement sitôt qu’une inconnue pénétra dans la pièce. Sa brève description ne fit que renforcer la rage que la jeune femme s’efforçait de ne pas montrer, dévorant goutte à goutte la vie de l’homme entre ses mâchoires sans qu’aucune syllabe ne s’échappe de ses lèvres. En certaines occasions, se taire fournissait une réponse sensiblement plus parlante que n’importe quel discours. En ces lieux, la jalousie ne pouvait rien exiger, sinon sa propre disparition.

Lorsque le Démon franchit le portail pour rallier un lieu de festivités, il ne fallut pas plus d’une seconde à la jeune femme pour se décider. Comment diable pouvait-il imaginer  qu’elle se précipiterait vers la sortie ? Autrefois, cela ne lui serait pas venu à l’esprit ; aujourd’hui que la peur s’emparait d’autres coeurs, rien ne la retenait de courir à sa perte. Sans perdre de temps, elle s’approcha de la créature qui, toujours enchaînée et toujours vivante, versait en silence quelques larmes. Inenvisageable de gaspiller un pareil présent pour étancher la soif qui lui assécherait de toute manière les lèvres. Préoccupée, elle passa les doigts autour de la chaîne. Un instant, la jeune femme songea à en faire son héritière. Cela rendrait fou de rage Sanayel, et il ne serait sans doute pas le seul à s’offusquer. D’un geste sec, elle tira brutalement pour libérer la captive. Le métal lui meurtrissait les phalanges. L’échec ne lui convenait pas. Son regard examina les maillons un par un à la recherche de celui qui céderait le premier. Avec précaution, elle en écarta les bords. Sans la moindre considération pour le chagrin qui émanait de sa proie, elle lui fit un sourire radieux. « Le portail de gauche. Je préfère te laisser un peu d’avance, mais tu ferais mieux de courir. Sois gentille et survis jusqu’à mon arrivée, ou je risque de me fâcher. » D’effroi ou de soulagement, l’autre ne se fit pas prier pour déguerpir. La Vampire se tourna vers la brèche qui l’intéressait et semblait perdre de sa vigueur à mesure que les secondes s’égrenaient, soucieuse de savoir quelles nouvelles fourberies lui réservait son cher bourreau. Cela n’avait pas d’importance. Elle fit un pas en avant. Une main se posa sur son épaule. « N’y va pas. » La brune se figea. « Qu’est-ce que tu fais là ? » Parfois, la puissance du temps s’arrêtait là où la volonté s’obstinait. Qu’importait son envie d’oublier l’existence de celle qui lui volait la moitié de son âme, Callidora se souvenait de chacune des inflexions de sa voix. « Je suis venue t’aider. » Sans attendre de réponse, son reflet l’enveloppa d’une cape soyeuse, couvrant ses blessures avec une tendresse presque maternelle. « Quelle générosité de ta part, vraiment. Voilà huit ans que tu ignores mon existence, et tu voudrais jouer les héroïnes lorsque je n’ai pas besoin de toi ? » L’autre détourna le regard. La vérité soufflait toute protestation. Callidora leva les yeux au ciel. Il en avait toujours été ainsi, entre elles. « Je ne peux pas te laisser là. Suis-moi et boucle-la. » Malgré le mépris que sa présence lui inspirait et la tristesse que ses yeux accaparaient, il leur fallait composer ensemble.

Sitôt la brèche franchie, la brune relâcha la main de sa sœur, se moquant éperdument de la terreur que cette dernière renvoyait. C’était elle qui avait voulu la rejoindre. Une atmosphère sensiblement moins paisible que la chambre où elle avait passé ses dernières heures se dégageait des environs. Étonnée de ne pas se retrouver cette fois au coeur du spectacle, la Vampire s’approcha de Zane, refusant de poser sur les yeux sur la comparse de ce dernier. Si lui faire quitter les lieux se révélait un objectif difficilement atteignable, il n’en restait pas moins que certains constats déversaient en elle une rage indicible. Haussant les sourcils, elle s’installa à côté de lui, les bras croisés. « Inutile de faire les présentations. Espérais-tu vraiment qu’il suffirait de quelques paroles désagréables et d’une blessure tout aussi charmante pour me faire tourner les talons ? » Jamais elle n’avait fait partie des individus qui, effrayés par la vision de leur ombre sur le sol, s’enfuyaient à la première entourloupe, et elle ne doutait pas qu’il en soit parfaitement informé. Leur attitude à tous les deux n’avait rien de sensé. Que voulait-il, au juste ? Bien entendu, il aurait suffi de poser la question pour dissiper toute hypothèse. Elle n’en avait pas la moindre envie. Voguer de supposition en supposition lui évitait de jeter sa concentration aux oubliettes et de plonger ses canines vers la gorge de son ancien partenaire. Un léger sourire se peignit sur les lèvres de la brune. « La folie est un vêtement commode lorsque l’on s’ennuie. Je sais exactement ce que je fais ; ce qui, en fin de compte, est peut-être le plus inquiétant. Il fallait bien que je sache si l’or que tu portes sur le crâne ne t’avait pas fondu la cervelle. » Même si la situation ne se prêtait pas exactement à ce genre de déclaration, elle ne pouvait s’empêcher de glisser une touche moqueuse à leur échange pour le moins tendu. En sa présence, conserver son sérieux relevait d’un miracle.

Insensible à l’inquiétude que le regard de l’autre reflétait et avant que ne vienne au Démon l’idée de lui briser la mâchoire pour la faire taire, Callidora s’approcha de lui d’une démarche assurée et pencha la tête sur le côté. Ses iris cherchèrent ceux face auxquels elle ne plierait plus. Souvenir ou prédiction, une délicieuse image de leurs corps enlacés se forma entre eux. « Certes, tu ne veux pas de moi. Oserais-tu jurer que ce sera toujours le cas ? Il existe bien des manières de s’affranchir de ce que l’on est, et je suis assez inventive lorsqu’il s’agit de contourner les règles. » Le cliché s’effaça instantanément. Une certaine légèreté résonnait dans sa voix. Qui aurait cru qu’un voyage vers le néant lui aurait rendu tout son enthousiasme ? À présent, tout paraissait s’éclaircir, et si l’inexplicable attirance que les veines démoniaques suscitait en elle demeurait, tout du moins savait-elle retenir la déviance de ses yeux. Néanmoins, il restait une interrogation qu’elle pouvait balayer dans l’honnêteté la plus totale. La brune ne bougea pas d’un millimètre et haussa les épaules. S’il s’attendait à une explication brillante, la déception risquait de s’imposer à lui. « Les gens n’ont pas toujours besoin d’une justification pour leurs actes. Aussi étrange que ça puisse paraître, il m’arrive parfois d’agir en toute innocence. Je n’ai rien à te proposer, ni à te demander, je voulais simplement passer du temps avec toi. Qui aurait cru que les choses tourneraient ainsi ? » Ne pas mentir parvenait presque à l’apaiser, comme si la sincérité dessinait les lignes d’un nouvel horizon. Les iris de la Vampire dérivèrent vers l’arène, son visage affichant une moue contrariée. Observer les individus qui se trouvaient en contrebas n’avait pour l’instant rien d’amusant, bien qu’elle n’ignorait pas que la démonstration en vaudrait la peine d’ici quelques instants. Elle soupira. « Dommage que je ne sois pas en forme. Je serais bien descendue leur régler leur compte. Quel déshonneur ce serait pour le vainqueur de voir son dernier adversaire disparaître avant d’avoir pu l’achever. » Nul besoin de connaître les pensées du Diable pour savoir qu’un jeu ne pouvait porter un tel nom sans une quelconque compétition. En d’autres circonstances, elle aurait sans doute été tentée de se faire passer pour l’un de ses sujets et de descendre dans la fosse. Cela lui était impossible. Joviale, elle se retourna, ravie de pouvoir assister aux festivités. L'un de ses doigts rejoignit sa bouche. « Cela dit, puisque tu as si gentiment proposé de jouer les Génies et de m’accorder un souhait, il me vient bien une idée qui n’implique pas que je te crève la peau pour y puiser ton sang mais qui suppose qu’un jour, dans dix ans ou un siècle peut-être, je revienne vers toi, à supposer que tu sois suffisamment généreux pour ne pas gâcher la surprise en l'exigeant aujourd'hui. Si par malheur la chose ne se révélait pas assez distrayante à ton goût, je m’engage à faire tout ce que tu désireras, y compris disparaître. Qu’en penses-tu ? » Sans prêter attention au regard réprobateur qui pesait sur elle, Callidora lui tendit son auriculaire tacheté de rouge.

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Zane Azmog
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MessageSujet: Re: La Cour des Miracles. [Zazou]   Lun 27 Nov 2017, 16:18

Les aboiements d’encouragements se mêlèrent au frottement sec de la ferraille qui s’entrechoquait. La foule, hilare, tonitruait avec une férocité sans nom des paroles dans la langue satanique. Insultes ou apologies, les plaintes bestiales des perdants furent chaque fois propagées par l’engouement général, qui telle la foudre, parvenaient à rameuter les rares Démons qui s’étaient isolés avant les débuts de la célébration. Depuis leur création, les distractions fédéraient énormément de public, qu’il soit local ou non. Bien entendu, cela dépendait grandement de la dimension paroxystique de ce dernier. Si les spectateurs étaient aussi présents à l’instant, c’est qu’ils avaient eu connaissance de l’enjeu. Le monarque s’installa devant Camilla, à la place qui lui était destinée. « Quand est-il des résultats ? Personne n’a encore réussi à l’écorcher visiblement. » La belle Dame claqua le sol de ses talons en un croisement de jambes particulièrement habile. « Plus de deux cents victoires à son actif et toujours invaincues. Je me demande si cet homme est capable de saigner. » « Si tu savais le temps que ça m’a pris pour mettre la main dessus. Il est indissociablement ma plus belle récolte pour cette arène. » Leur discussion cessa immédiatement lorsque la brune au teint diaphane les rejoignit. Puisqu’il ne faisait jamais rien à moitié, son siège avait été réservé en avance, bien en évidence à ses côtés. « Bien sûr que non. Au contraire, c’est typiquement le genre de discours qui t’attire. Va savoir pourquoi, tu as toujours été aussi étrange que moi. L’extravagance en moins. » Le ton avait radicalement changé si bien qu’il permettait sans contrepartie le retour à l’humour. Un trait de caractère qu’il peinait à occulter trop longtemps.

Sa mâchoire se décrispa d’autant plus à la seconde même où elle évoqua cette folie qui semblait tant la singulariser. « Tu tentes désespérément de systématiser un mal-être psychologique inquiétant. Nous savons tous deux que tu ne l’es pas. En revanche, tu as été très irrationnelle depuis que je te connais. T’être tenu à mes côtés aussi longtemps sans virer dans un état végétatif incurable relève du miracle. Bien joué, jolie plante. » Si elle voulait davantage alors soit, il allait lui donner une récompense pour avoir osé franchir la limite du monde extérieur, et également pour ne pas avoir renoncé. Le Diable coucha sa main sur celle de la Vampire, ses doigts léchant tendrement son dos avant de creuser un chemin vers sa paume. Sans cacher ses intentions, il la regarda droit dans les yeux, son autre main se dirigeant vers son visage qu’il tourna vers lui. « Qu’est-ce que ça fait d’avoir échoué aux portes de la finale ? Tu aurais pu devenir ma femme... si tu avais fait les bons choix au bon moment. » Camilla haussa un sourcil. Elle s’apprêtait à objecter avant que celui-ci décide de retirer subitement sa main pour en revenir aux jeux. Comme régulièrement de façon aléatoire, Edwina rentrait dans son esprit dans d’innombrables situations. Peu importe à quel point il essayait de la chasser, ça ne fonctionnait pas — ou très temporairement. Le fait est qu’il arrivait tout de même à minimiser cette maladie qu’il avait appris à dompter. Callidora avait cependant fait ressurgir une réaction inattendue.

Douce comme la soie, Zane avait ressenti l’espace d’un instant le contact de sa peau sur la sienne. Des bribes de souvenirs lui étaient revenues en tête à ce moment-là, rétablies partiellement par les nombreux moments qu’ils avaient partagés, que ce soit en bien ou en mal. Il se rappelait l’euphorie qui s’était emparée de lui chaque fois qu’il avait combattu à ses côtés, dans une symphonie fomentée qui évoquait sans concessions le rythme endiablé d’un couple de danseurs qui savait comment agir sans avoir le besoin de se concerter. Oui, c’est vrai. Malgré l’éradication des fragments de son passé, il ne pouvait pas oublier leurs histoires communes. Il avait beau s’efforcer de les broyer dans le creux de sa main, ils revenaient sans cesse le hanter quand elle réapparaissait pour lui réclamer un dû qu’il n’avait jamais juré. Toutefois, il ne confesserait jamais un signe de faiblesse aussi indigne, et c’est d’ailleurs pourquoi il s’efforçait de l’écarter toujours un peu plus de son chemin, quitte à mettre les bouchées doubles pour s’en débarrasser de manière irrévocable. Ils n’avaient plus le luxe de vivre une telle histoire comme ils l’avaient fait autrefois. Il gérait un peuple, elle était devenue une Vampire, oubliant par la même le plaisir le plus éloquent qui soit pour un Homme de sa trempe. Mais pas seulement. Ce que la nature lui avait retiré était essentiel à l’avenir de n’importe quel couple. Elle ne semblait pas encore s’en rendre compte, mais c’était une malédiction très handicapante. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il décida de lui cacher volontairement la sienne. En d’autres circonstances, elle aurait pu intervenir dans le processus pour restreindre son emprise, sinon y mettre un point final. Mais plus maintenant. Elle était indiscutablement la plus infortunée. La lumière avait disparu lors de sa mort. La Rehla mélancolique avait fait ses adieux en même temps que la première version. Il doutait qu’un jour, elle puisse de nouveau éprouver les caresses du soleil et s’y baigner sans compromis. Il lâcha sa main puis remua sa tête en un signe négatif. « Ma réponse ne t’apportera rien de plus. N’oublie pas que je gouverne un peuple doué pour le mensonge. Les Génies à part, j’en suis le maître incontesté. Rien de ce qui s’échappe d’entre mes lèvres ne peut être pris pour argent comptant. Cependant, tu as raison, les règles sont faites pour être interprétées et déjouées, à condition de ne pas dénaturer le jeu en question. Certaines lois sont plus fortes que d’autres. Nous n’avons jamais été aussi forts depuis la mise en place de celles-ci. » La ruse était néanmoins tolérée si elle était accomplie judicieusement.

La disposition du public était arrangée dans le but de prévenir ce genre d’écart. Ils étaient juges d’une épreuve de puissance et de mérites. Si quelqu’un tentait désespérément d’aller à l’encontre de son destin, il se passait la même chose qu’actuellement. La mort unanime de ce dernier brusqué par les spectateurs eux-mêmes. Les projectiles de tout genre fusèrent de toute part sur ce pauvre démon qui s’écroula en un rien de temps. « Toi tu le savais. Refuser la vérité est un aveu difficile, particulièrement pour les rêveurs. C’est parce que tu me connais aussi bien que tu redoutais la tournure de ces retrouvailles. Les humains agissent ainsi. Lors de leurs premiers rendez-vous, des signes sont suffisamment alertes pour traduire si oui ou non leur cœur est touché. Soit honnête une seconde. Es-tu tombée amoureuse du grand méchant loup ou apprécies-tu seulement l’illusion que t’offre sa compagnie ? » Ses mots étaient sans doute forts, et c’était son intention. Son message devait percuter sa boîte crânienne. Et puisqu’elle semblait vouloir converser sans filtres, alors son franc-parler devenait plus que jamais une arme létale. Son désir de se dégourdir les canines tombait néanmoins à pic. « Si c’est cela ton souhait, tu devrais être ravie de ce qui va suivre. Les premiers duels n’ont généralement rien de très spectaculaire, mais aujourd’hui plus que jamais, personne ne gagnera contre lui. » Elle devait à présent avoir remarqué que l’un des combattants restait constamment dans l’arène. L’ennui venait de la facilité déconcertante qu’il avait à se débarrasser de ses adversaires. Les plus aguerris pouvaient aisément ressentir la puissance de son genou en train de disloquer la mâchoire de son dernier challenger. Avant qu’il ne puisse ouvrir la bouche pour lui faire part de son idée, elle accapara son attention avec le vœu qu’elle avait empoché. « C’est un pari risqué. Toutefois même s’il n’est pas immédiat, mon offre est valable sur une courte durée de dix ans seulement. Si tu me déçois, je saurai alors que toi et moi aurons fait le tour. Si en revanche tu arrives à me surprendre agréablement, je t’accorderai bien davantage de mon précieux temps. Et plus si affinités. » Elle pouvait ainsi agir comme bon lui semblait, du moment qu’elle savait comment jouer cette carte. Une chance inouïe lui était proposée, car si elle pensait effectivement avoir droit à cette faveur inestimable, elle n’imaginait pas à quel point celui-ci était hors de prix. Avec, elle pouvait retourner la situation au point d’amener Zane à reconsidérer son opinion.

Mais pour l’heure, il devait conduire le jeu à un niveau supérieur. Son ricanement déclencha aussi celui du Seigneur. Un rire malaisant, loin de la joie qu’il pouvait transmettre quand il était porté par l’innocence. « Si tu te poses la question, alors non, tes jours ne sont pas en danger. Les picotements, la sensation de tournis, l’impression de flou qui recouvre ta rétine ainsi que les multiples symptômes qui ne sont pour le moment que des extrapolations. » À cet instant précis, elle devait tout juste comprendre l’amplitude de ses mots sans pouvoir les interpréter correctement. Sa lucidité devait encore l’aider à y voir clair, mais ça ne durerait pas. « Je suis vigilant, Callie, tu me connais. Même si tu as changé la couverture de ton livre, l’intérieur semble avoir préservé certains de ses écrits. Tout était prévu. Les deux jeunes gens que je t’ai ramenés n’étaient pas totalement vierges. Pas scientifiquement du moins. Leurs sangs contenaient une drogue inodore et insipide. Trouver les bonnes compositions et le dosage optimal est plus rude qu’il n’y parait, mais je suis assez fier de celui-ci. Il se fait appeler “La bête” pour son gain de puissance considérable qu’il confère. Hélas, les effets secondaires sont encore assez… discutables. Oups ! Ce que je raconte doit n’avoir ni queue ni tête pour toi. » Camilla posa une main sur l’épaule de son Roi, puis se pencha à son oreille pour prononcer distinctement. « Le public est gonflé à bloc, je crois qu’ils attendent impatiemment le clou du spectacle. » Le présentateur, puisqu’il officiait vraiment en tant que tel, annonça le dernier combat de la journée comme étant l’un des plus spectaculaires.

De plus, les enjeux étaient ainsi énoncés. « Le perdant devra non seulement renoncer définitivement l’Enfer, mais sa tête sera également mise à prix dès lors qu’il aura évacué les lieux. Quant au gagnant, il se verra offrir des terres d’une importance cruciale par notre souverain en personne. Monarque qui est présent parmi nous afin de féliciter intimement le vainqueur. Quelqu’un dans les gradins aurait-il envie de se mesurer à Delta ? » « Lève la main. » Ce fut le seul mot d’ordre de Zane. À voix basse, il énonçait les directives que devait suivre son invitée d’honneur, et pour cause, la substance qui parcourait à présent son organisme avait été conçue dans l’objectif premier d’obtenir de loyaux soldats, ainsi les premiers tests avaient été concluants. Aucun des cobayes n’avait été capable de contester ses ordres. Bien malgré elle, la femme accepta le combat. « C’est courageux de ta part, petite. Bonne chance. Tu en auras sûrement besoin. Puisque je suis généreuse, je vais néanmoins te donner un conseil : évite de le mettre en colère. » Le Roi ne rajouta aucun commentaire, son seul sourire laissant suggérer son avis. « Oh ! Et même si les formes géométriques te sont quelque peu… étrangères. Un portail sera constamment ouvert dans le coin de l’arène. Le franchir est synonyme d’abandon, évidemment. Adieu, Callidora. Ce fut un plaisir de te revoir. Accompagnez-là ! Elle risquerait de se blesser en ratant une marche. » Son souhait d’enrichir l’ambiance de l’amphithéâtre était ainsi exaucé. En dépit de sa cruauté apparente, ce combat n’était pas anodin. Dès lors qu’il serait mené à son terme, elle saurait. Plus aucun discours n’était nécessaire. Passif, le régent écrasa son poing contre sa joue. « Que l’exécution commence ! »

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Callidora
~ Vampire ~ Niveau IV ~

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◈ YinYanisé(e) le : 21/06/2015
☿ Âme(s) Soeur(s) : Un steak. Saignant.
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◤ ◤: Un couperet & un fouet.
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MessageSujet: Re: La Cour des Miracles. [Zazou]   Jeu 28 Déc 2017, 20:10




En sournoises envolées, le passé souffle sur les coeurs l’empreinte charmeuse d’une nostalgie qui se meurt déjà. La jeune femme fut prise d’un tremblement, surprise de sentir la fureur s’apaiser. Ce n’étaient plus ces étincelles dévorantes qui consumaient ses cellules pour raviver le brasier de ses désirs. De ce contact s’éveillait une envie plus douce, plus violente sans doute, une ardeur sauvage dont elle ne comprenait rien sinon la force impérieuse. Envolée, sa raison implacable se retranchait en des lieux inconnus, la laissant entièrement nue face à ce qu’elle ne savait maîtriser. Quelquefois, des éclats de logique surgissaient d’un élan farouche, et, rassurée de leur présence familière, elle s’y accrochait comme au sein de sa mère autrefois. De ces secondes précieusement arrachées au temps, elle ne retenait que ses mots d’une délicatesse assassine. L’impression salvatrice de ne plus exister et d’être pleinement à la fois se paraît des contours d’une liberté après laquelle elle avait toujours couru. Il ne fallait pas que la sensation se brise. La voix elle-même reculait vers le néant d’où elle était venue. Elle en voulait davantage. L’échec n’en était pas un. Une fausse note dérégla néanmoins la symphonie qui s’ouvrait sous ses paupières. Quelque chose n’allait pas. Contrariée, Callidora fronça les sourcils. « Je serais déçue si tu étais parfaitement sincère. » Qu’il se permette de lui mentir de la sorte lui aurait valu à une époque un adieu définitif. Se détacher de cette étreinte inattendue soutenue par des années de désillusion lui restait impossible. Étrangement passive, elle ne chercha même pas à retenir ses doigts lorsqu’il se déroba. Seul son regard les suivit, insensible à la réalité de leur éloignement. D’autres images d'une douceur irréelle emplissaient sa tête.

Néanmoins, le calme ne s’attardait jamais bien longtemps auprès d’elle. Une partie des paroles de son interlocuteur fut couverte par le rugissement effréné de son sang. Il lui semblait qu’un fleuve se déversait à ses oreilles, et à en juger par son rythme tapageur, il ne pouvait s’agir que du sien. Sans doute s’agissait-il là du contrecoup de ses récentes mésaventures. Secouant la tête, elle haussa un sourcil. « Ne fais pas l’idiot pour le simple plaisir de me blesser, ce rôle ne te va pas. Ce que je ressens envers toi ne se réduit ni au mal que tu portes, ni aux illusions que tu m’offres. Il en est ainsi. C’est une évidence, rien de plus, rien de moins. » Qu’il extermine la moitié du monde ou parte élever des chèvres dans la montagne n’y changeait rien. Il n’y avait pas d’explication. Troublée par un vertige inhabituel, la brune se releva et fit quelques pas, ses yeux dérivant sur l’arène en contrebas. Au moins avait-elle obtenu ce qu’elle était venue chercher, même si les dommages collatéraux étaient plus profonds qu’elle n’aurait voulu le reconnaître. Ravivée par ses mots, la douleur de son trépas pulsait au creux de son ventre. « Ce n’était pas mon choix. J’ai été imprudente. J’aurais dû mourir si ce très cher buveur de sang n’avait pas été là. Cet imbécile a passé quinze ans à me suivre où que j’aille sans que personne ne sente sa présence. Si tu penses que je déraille, tu devrais le rencontrer. Malheureusement pour lui, il ne se rend pas encore compte de son erreur. » Un rire teinté de sarcasme s’échappa de sa gorge.  Si Sayanel la croyait parfaite pour le costume qu’il lui avait choisi, elle n’était pas d’humeur à l’endosser et ne le serait sans doute jamais. La vengeance n’avait jamais été sa marque de fabrique. Les excuses étaient bien inutiles ; certaines offenses ne pouvaient être pardonnées.

En l’occurrence, une tromperie singulière venait de se révéler. La Vampire battit des cils. Cela expliquait la curieuse honnêteté qui lui démangeait les canines et les désagréables sensations qui agitaient son corps. Avouer qu’elle ne s’attendait pas à un tour de ce genre aurait été un mensonge. Malgré elle, ses phalanges se dressèrent vers le ciel pour assurer sa participation.  Cependant, elle s’assurerait de garder en mémoire une telle insulte. Qu’on la prive de sa volonté avait tendance à lui mettre les nerfs en pelote bien plus que n'importe quel outrage. Agacée, elle tourna la tête vers le Monarque. « Me forcer à perdre ne t’accorde pas la victoire. Être amoureuse ne fait pas de moi une poupée docile. » Le visage fermé face à ses adieux, elle poussa un soupir. Peu importait les exigences qu’il lui imposait, elle n’était pas de celles qui renonçaient à la première difficulté. Le Démon qui lui prit le bras pour l’accompagner reçut un coude en travers des côtes avant qu’elle ne lui dérobe un bouclier et une lance. Le regard absent, elle descendit seule. Arrivée à destination, elle leva les yeux vers les centaines de Démons rassemblés. Aucun d’entre eux ne devait parier sur sa survie. Elle-même ne l’aurait pas fait. Cruellement limitées, les possibilités se résumaient à une mort peu enviable et à une fuite moins glorieuse encore. La jeune femme se tourna vers sa sœur dont la silhouette vacillait à intervalles réguliers, s’obstinant à la suivre. « Tu n’es pas là. Suis-je folle ? » Tout cela n’avait pourtant rien d’un rêve. Que lui arrivait-il ? La clameur des autres lui vrillait les tympans. De quelques pas, elle avança vers son adversaire encore immobile, relâchant son arme. L’homme déposa également la sienne au sol. Je ne peux pas te laisser mourir. La voix revenait. Callidora posa ses mains sur ses tempes, ne sachant si elle s’appartenait encore. Quelque chose grondait au fond d’elle, ne demandant qu’à prendre le contrôle. Quoi qu’elle fasse, il lui fallait renoncer. Était-ce vraiment elle ?

Un projectile entra dans son champ de vision. Véloces, ses doigts se refermèrent sur la prise avant qu’elle ne l’atteigne. Impassible, elle renvoya l’objet en direction du public. Que les spectateurs s’impatientent n’était pas son problème. S’il était parvenu à mettre un terme à l’existence des précédents candidats avec une telle facilité, nul doute que son opposant n’était pas qu’une sidérante masse de muscles. Prendre le risque d’attaquer la première aurait été une erreur fatale. Ces quelques années de chasse lui avaient appris les rudiments des combats ; elle n’était pas naïve au point de croire que cela la rendait meilleure que lui. Croisant les bras, elle para ses lèvres d’un sourire moqueur. « Tu comptes me reluquer jusqu’à ce qu’on tombe en poussière ? On m’avait dit que tu étais un guerrier, pourtant. » Sa réaction ne se fit guère attendre. Le Démon se précipita pour lui faire regretter ses paroles. Au dernier moment, la brune propulsa sa main en direction du visage de l’autre. Ses ongles effleurèrent à peine sa chair. Dans l’urgence, elle avait oublié un détail crucial : il était bien plus grand qu’elle. L’autre lui décocha un coup de pied en travers de l’abdomen. L’impact la fit reculer de quelques mètres. Une gerbe de sang s’écoula de la bouche de la brune qui peina à retrouver l’équilibre. Une douleur monstrueuse lui broyait le ventre. Lui ôter la vue aurait rendu les choses infiniment plus équitables. À présent, au moins connaissait-elle sa puissance de frappe. La lutte ne tarda pas à reprendre. Faisant preuve d’une relative prudence, elle ne se laissait pas approcher. S’efforçant d’éviter les coups de son adversaire, elle allait d’esquives audacieuses en parades maladroites, soulagée de disposer du soutien de son bouclier. À plusieurs reprises, ils parvinrent à se toucher mutuellement sans que cela ne change la donne. Aucun des deux ne semblait prendre l’avantage sur l’autre. Là où sa force démesurée lui assurait la victoire, l’agilité et la ruse de la jeune femme retardaient invariablement l’échéance. Néanmoins, renforcée par les épreuves de ces derniers jours, la fatigue ne tarda pas à gagner du terrain. Sous les cris de satisfaction barbares de ses semblables, le Démon trouva une faille.

Sans même comprendre ce qui lui arrivait, la jeune femme se sentit voler dans les airs, son bouclier propulsé quelques mètres plus loin. Son dos heurta le sol en un bruit sourd. Essoufflée par la bataille, elle ne parvint pas à se relever assez vite. L’autre fondit sur elle pour la gratifier d’un nouveau coup à l’abdomen. Prise d’une brusque quinte de toux, quelques gouttes de sang se mêlèrent au sable de l’arène. Des étoiles dansèrent devant ses yeux. Son adversaire la redressa légèrement et vint abattre son poing contre sa joue. En un craquement sinistre, les os se brisèrent, arrachant à la malheureuse un gémissement de douleur. La souffrance emportait sa raison. D’un mouvement bestial, elle enserra de toutes ses forces l’avant-bras offert près de sa mâchoire, s’accrochant à la chair comme un animal enragé. La peau céda, délivrant un torrent écarlate. Callidora grimaça : il avait mauvais goût. Une nouvelle salve d’une brutalité innommable la fit relâcher son emprise. L’affreuse sensation que son corps n’était qu’un amas brisé venait saper sa volonté. Avec une force insensée, le sang battait à ses tempes, faisant taire toute pensée. La jeune femme éclata de rire. « Tu n’as vraiment pas le sens du spectacle. » Son opposant haussa les sourcils et lui asséna une gifle retentissante. Elle ne pouvait s’en empêcher. Le péché d’un Démon se révélait parfois une arme plus redoutable que toutes les lames d’une forge.

Visiblement agacé de ses remarques désobligeantes et décidé à lui prouver qu’elle avait tort, le colosse la saisit par les cheveux. D’une poigne de fer, il la traîna à travers l’arène pour la mener vers un point que lui seul pouvait voir. La jeune femme ne prêtait plus attention aux hurlements en tout genre pleuvant au-dessus d’elle, ne se souciant guère d’autre chose que de la cible qu’il lui fallait abattre. Soumise au vainqueur, elle ne se débattait pas. S’il l’avait un tant soit peu connue, l’autre aurait su qu’il fallait se méfier de son abandon manifeste plus que de toute autre chose. Quelques instants plus tard, l’homme s’arrêta. Attendant que sa victime se relève, il la récompensa d’un coup de pied en travers du dos pour la faire tomber. Il lui aurait suffi de quelques coups supplémentaires pour l’abattre. Néanmoins, il préféra faire apparaître une hache. Posant un genou à terre, il attrapa la jeune femme et posa sa tête contre sa cuisse. Elle ne bougeait déjà plus. C'était fini. Le sourire aux lèvres, il leva son arme vers le ciel. La lame ne rencontra jamais la nuque de sa promise. Clignant des yeux, le Démon eut la stupéfaction de la voir s’élancer vers le portail. Poussant un cri de rage, il se lança à sa poursuite. La brune ne se souciait plus de lui, se contentant d’éviter les nombreux objets qu’on lui jetait pour entraver sa fuite. Une seule envie la hantait. À toute allure, elle filait vers la sortie. Au dernier moment, elle marqua une pause. L’autre n’eut pas le temps de s’arrêter. Surgies de nulle part, des lanières de cuir s’enroulèrent autour de sa gorge. D’un coup sec et inattendu, Callidora profita de l’élan de son adversaire et précipita sa course. Le fouet décrivit un demi-cercle. La seconde d’après, la figure écumante de rage du Démon s’effaçait, avalée par le portail. Callidora relâcha doucement son arme, le souffle court. Son intuition avait été la bonne. Un air désolé prit place sur son visage. « Quelle tragédie. Il semblerait que le grand champion ait malencontreusement déclaré forfait. » Haussant les épaules, elle fit quelques pas pour s’étirer, indifférente à la réaction des spectateurs. Ce n’étaient que des idiots, et elle se moquait éperdument de les contenter. L'une de ses mains se posa contre son ventre. Sans magie, il lui faudrait des semaines pour se remettre de cette charmante rencontre. Elle voulait savourer pleinement sa douleur. D’un geste audacieux, elle envoya un baiser en direction du Monarque, accompagné d’un clin d’oeil complice. Une paire de dés apparut entre les doigts de Zane. « Je n’ai pas dit mon dernier mot, chéri. » Sans un mot de plus, elle tourna les talons et s’envola à son tour.

La porte du manoir s’ouvrit en un grincement sinistre. Elle était revenue. « Maman ? » Callidora regarda Lucius courir vers elle, s’agenouillant devant lui. Une lueur de déception au fond des yeux, elle poussa un soupir. Tendrement, ses phalanges s’emparèrent de la joue de son fils. Elle l’aurait presque aimé. « Pourquoi n’es-tu pas ton père ? » Sa tête se lova dans le cou de son fils. Lorsque Kamal pénétra dans le manoir, il fut saisi par un hoquet d’horreur. Jamais il n’aurait imaginé qu’un tel tableau signe son retour. La peur au ventre, il se précipita vers le premier corps qu’il avait aperçu. D’une blancheur immaculée que souillait son propre sang, la chevelure de l’Orine couvrait son visage aux paupières closes. D’une faiblesse insensée, sa respiration marquait néanmoins un rythme régulier. Le Chaman la relâcha. Plus loin gisaient les jumeaux inconscients. Où était donc la propriétaire des lieux ? Une douloureuse méfiance lui poignardant les entrailles, il erra à travers les couloirs à la recherche d’éventuelles victimes, sa hache à la main. Il ne comprenait pas. Devant la porte de sa chambre, il trouva le Sorcier allongé sur le sol. Ses doigts assaillis de soubresauts poussèrent le battant de bois pour lui révéler une nouvelle vision sans queue ni tête. D’un pas vif, il entra dans la pièce. « Que s’est-il passé ? Les autres... » Un frisson remonta le long de son échine. Un voile de poussière s’était posé sur la brune, dissimulant à demi les ecchymoses violacées et les lignes brisées des plaies qui couvraient sa chair. Parsemée de mèches folles qui se rejetaient les unes et les autres, sa chevelure masquait les traits de son visage. Avaient-ils été attaqués ? Amouraché du vide, son regard dérivait vers des rivages tourmentés dont l’ombre suffisait à faire sursauter son coeur. Le Chaman s'immobilisa. Une silhouette sombre se tenait derrière elle, à demi effacée par l'obscurité. Jamais la Vampire n’aurait accepté que l’on s’en prenne aux siens. Lovée au creux de sa gorge, l’inquiétude donna à sa voix des accents tremblants. Effrayé de la vérité, il n’osait pas l’approcher. « Est-ce que tu vas bien ? » Sans répondre, la jeune femme se leva, un verre entre les doigts. D’un geste élégant, elle fit tournoyer le liquide rouge qu'il contenait, un mystérieux sourire au bord des lèvres. « Il est temps de commencer les choses sérieuses. » Elle n’allait tout de même pas abandonner si facilement.

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