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 La Cour des Miracles. [Zazou]

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Callidora
~ Vampire ~ Niveau IV ~

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MessageSujet: La Cour des Miracles. [Zazou]   Sam 14 Oct 2017, 07:31




Allongé sur le côté, l’homme semblait la fixer d’un regard qui ne se poserait plus sur quiconque. La brune battit des cils et se releva sans plus y porter d’attention. Que faisait-elle ici ? D’un pas mesuré, elle fit le tour de la pièce, se demandant où elle avait pu atterir. Rien n’expliquait sa présence. Appuyée contre le bois, elle tenta de se remémorer ses récentes frasques. La trame capricieuse de ses souvenirs se déformait en un kaléidoscope sauvage. Des images fragmentées lui revenaient confusément, et l’ensemble lui paraissait d’une absurdité sans nom. Incapable de dire ce qu’elle avait fait la veille, elle ne savait pas plus ce qu’elle ferait le lendemain. Une migraine lui fracassait le crâne, signe on ne peut plus évocateur des excès de la dernière soirée. Excès qui jonchaient le sol comme un tapis de fleurs écarlates, à la seule différence que la vie n’abritait plus leurs corps. Malgré le festin que les macchabées révélaient, une soif inhumaine lui asséchait la bouche. Cela lui arrivait de plus en plus, ces derniers temps. Ces nuits de perdition se ressemblaient toutes, et l’ennui désespéré qui les initiait  devenait un compagnon trop fidèle à son goût. Elle en avait assez. L’hésitation tourmentait ce qui lui restait de coeur. Se délestant de ses habits dont la caresse lui semblait superflue, elle erra à travers la maison à la recherche de quelque chose en mesure de la relaxer. En fin de compte, son choix s’arrêta sur une cuve qui, par un ingénieux système dont elle se moquait éperdument, demeurait pleine d’un fluide réconfortant. La jeune femme s’immergea, plus apaisée cette fois par le contact de l’eau que par celui du sang. Commettre un autre carnage n’aurait servi qu’à étendre le vide en elle.

Il fallait reconnaître que l’expédition qui lui était venue en tête était tout sauf une promenade de santé. Parmi toutes les destinations idylliques qui courraient à la surface de la terre, la jeune femme s’orientait délibérément vers celle dont personne n’enviait les rivages ravagés _ personne de sensé, tout du moins. Réjouissante perspective que de savoir qu’il lui faudrait lutter pour sa vie face à d’audacieuses créatures que la peur ne paralysait pas. Chaque blessure n’en serait que plus délectable. Bien entendu, se téléporter dans les ruines que Jacob possédait aurait été d’une simplicité enfantine, lui évitant bien des dangers ; elle n’y avait même pas songé. C’était donc le sourire aux lèvres que Callidora venait franchir les portes de l’Enfer. En ressortir un jour lui importait peu. Sa fragilité criarde soigneusement dissimulée par la magie, elle se surprit à trouver un certain charme aux impressions saccadées que ses prunelles saisissaient. Seule la chaleur lui était désagréable. Loin de la retenue et du faste dégoulinant que les siens se plaisaient souvent à arborer et qu’elle avait en horreur, le nid des Démons bourdonnait de vie. En ce lieu où désirs et instincts ne faisaient qu’un, le plaisir était la règle première. Le chaos n’en était qu’une conséquence hasardeuse. Charmée par l’inattendu, elle déambula longuement, plaquant sur son visage un air féroce qui s’égayait de plus en plus. Quoi qu’il en soit, la Vampire ne s’aventurait pas au sein de la ruche pour le tourisme, bien que la distraction aurait été plaisante. Trouver ce qu’elle cherchait avant que l’un des résidents ne décide de mettre un terme à son improbable excursion demeurait sa priorité, et l’impulsivité des diablotins n’étant guère prévisible, la tâche ne serait pas aisée. Elle avait encore un long chemin à faire.

Parvenir à l’édifice où se pavanait son unique connaissance _ et pas des moindres , lui prit plusieurs jours sans qu’elle ne sache vraiment combien. Le temps, disparu, s’arrêtait là où la raison capitulait, et dans les parages, mieux valait laisser ses méninges au placard. À de nombreuses reprises, il lui fallut se cacher pour reprendre des forces, sa magie vite consumée par sa couverture maladroite. Sa vigilance ne suffisait pas. Ne pas se mêler à ses prétendus congénères, sauf si la situation l’exigeait, lui avait permis de conserver une relative sécurité. Quelques échauffourées lui valurent des cicatrices d’une gravité réelle mais modeste. Une nuit, elle faillit mourir. Requérant la protection d’un Aether qui n’était pas le sien pour la suite de son voyage, elle eut pour réponse la froide caresse d’une lame entre ses omoplates qui déchira tendrement sa peau. Un face à face dont elle sortit victorieuse et douloureusement blessée, laissant la carcasse du Démon pourrir dans un coin. La brune ne sut si le meurtre avait plu à l’Oeil ou si sa chère divinité ne souhaitait pas la voir trépasser à nouveau ; elle préféra se dire que l’un comme l’autre avaient autre chose à faire que de soucier d’elle, et que seule la chance était responsable de sa survie. Revigorée par l’appréhension de savoir sa fin à portée de main sans savoir qui lui la tendrait, elle disparut pour s’infiltrer dans la demeure royale. Au hasard des couloirs, elle finit par découvrir ce qu’elle supposait être la chambre du Monarque et s’installa au bord de son lit, les jambes croisées.

En attendant le retour du propriétaire des lieux, elle repensa à l’attitude des damnés. Leur brutalité sauvage lui semblait infiniment plus belle que la prude vertu des Anges qu’ils ne manifestaient que lorsque celle-ci les arrangeait. Lorsque la silhouette tant attendue entra dans la pièce, elle haussa les sourcils, contrariée de constater que son impatience de le voir était toujours la même. Il ne fallait pas qu’elle perde le contrôle. « Tu as de la chance que je sois patiente. D’autres seraient parties depuis longtemps. » Ravivant la douleur entre ses épaules, elle lança vers lui une feuille qui lui revenait de droit sans pour autant faire le moindre geste vers lui. Elle était folle, pas inconsciente. « Voilà un petit aperçu des cadeaux que tu m’as laissés sans le savoir, et qui sans doute viendront défoncer ta porte quand ils en auront envie, avec mon approbation la plus sincère. Ils sont doués, pour des enfants, et insupportablement obsédés par leur chevelure. » Le dessin s’animait de traits vagabonds, dévoilant Lucius et Saül en pleine bataille face à des ennemis morts d’avance, à moitié dénudés comme ils aimaient l’être. Cela dit, la jeune femme se doutait que des bambins ne l’intéressaient pas, et elle-même ne tolérait leur existence que pour leur ressemblance avec leur paternel. S’attarder sur le sujet était inutile. Du menton, elle désigna l’extérieur. « Charmant endroit. Je comprends pourquoi tu évites d’en sortir. D’ailleurs, tes sujets ne se défendent pas trop mal, bien qu’ils soient un peu agressifs. Je crains de ne pas me présenter ce soir sous mon meilleur jour. » L’ecchymose bleutée qui couvrait l’une de ses pommettes n’était que le prélude de celles qui s’étaient abattues sur son corps. Masquer les traces de ses rencontres avec les diables en herbe lui aurait semblé stupide. « J’espère que ma présence ne perturbe pas tes projets pour la nuit. » Derrière son sourire narquois, elle se mordit la langue pour retenir l’invraisemblable pulsion qui lui tordait les entrailles. Le sang coulait encore dans son dos.


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Zane Azmog
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MessageSujet: Re: La Cour des Miracles. [Zazou]   Dim 22 Oct 2017, 19:16


Dressées sur les hautes marches d’une chambre, d’innombrables pupilles lançaient leurs salves libidinales sur le corps lisse et dénudé du maître des cérémonies. Dépouillé du moindre tissu, son épiderme était exploré par une quantité déraisonnable de doigts féminins, leurs ongles s’enfonçant avec férocité dans la chair tentatrice du diable. Celui-ci plongea sa main dans une jarre remplie d’un liquide cramoisi, source inépuisable des rituels qu’ils pratiquaient autant collectivement qu’individuellement. Il en extrait ce qui ressemblait à un organe humain, portant ce dernier au-dessus de son visage alors qu’il relevait le menton, sa bouche entrouverte pour recueillir le fluide chaud. Un instant plus tard, il sema ses dents dans le cœur tandis que le précieux liquide suinta sur sa peau, sillonnant le chemin tout désigné que lui tendait la ligne de ses muscles saillants. Les jeunes femmes agenouillées à ses pieds en profitèrent pour se délecter à leur tour de ce qui s’apparentait à une oblation de leurs rois. S’il s’agissait bien d’un culte voué à la toute-puissance de l’Œil, Zane n’en demeurait pas moins comblé, saisissant chaque opportunité pour profiter du bon temps. D’un geste presque noble, il repoussa les succubes — brûlantes de désir — pour descendre avec apathie les quelques marches. Il franchit la pièce en ignorant les autres corps qui s'unissaient entre eux, la sueur abondante étant à elle seule une assurance avérée que l’orgie entrait dans sa phase finale. Quand bien même elle avait lieu dans la salle du trône, c’est de son propre chef que ce rassemblement avait basculé dans un tout autre registre. L’homme s’arrêta net lorsqu’il se trouva aux côtés d’une multitude d’instruments de torture sur lesquels reposaient les corps damnés de quelques anges encore en vie. Ils étaient mal en point, souffrant le martyre en conséquence de toutes les ecchymoses qu’ils avaient dû supporter.

Fichées sur le mur adjacent ; leurs magnifiques ailes blanches immaculées. Enfin… elles étaient désormais honorées par la souillure, accrochées ici tels des vêtements que l’on déposait allègrement sur un portemanteau. Le visage de la bête dessina ce rictus si expressif. « Vos sacrifices ne seront pas vains. Ils serviront à satisfaire l’Œil qui, j’en suis convaincu, saura apprécier cette séance consacrée en son nom. Je vais… » Alors que ses phalanges graciles effleurèrent délicatement le cou de l’une des victimes, les traits du bellâtre se déformèrent comme à la présence d’une vision. Le pouvoir saint qu’il possédait en ce monde souleva une vive réaction. Une femme venait de pénétrer en ce royaume, et pas n’importe laquelle. Visiblement, elle n’avait rien perdu de sa vaillance malgré le renoncement de son humanité. Le regard de la bête muta, un sentiment de colère et de curiosité se fondant à la nostalgie. Un savant mélange totalement incompatible avec toute notion de raisons. D’un mouvement illisible, il sectionna net la tranchée de l’ange devant lui. Il réitéra des actions similaires pour les deux suivants alors qu’un tissu ceignit son corps pour l’habiller d’une tenue à la fois élégante et obscure. Des gants blancs surmontés d’un costume carminé, il s’adressa aux résidents restants. « Pensez bien à faire le ménage quand vous en aurez terminé. Quelque chose m’attend sur le feu. Ne me dérangez sous aucun prétexte. » Un ordre soumis avec conviction, si bien que personne ne broncha avant son départ irrévocable. Sans se presser plus que d’ordinaire, le prince des flammes accéda au lieu du rendez-vous en quelques minutes. Son entrée fut étrangement calme, dégageant quelque chose de presque réconfortant malgré tout ce qui s’y opposait. « Tu as la chance que je sois malicieux et… moi. Sans quoi tu n’aurais même pas atteint le seuil de cette porte. » Sa voix ne trahissait aucune émotion. Il s’était totalement détaché de son passé. L’image qu’elle lui transmit éveilla toutefois quelque chose en lui. L’un des deux gamins lui ressemblait comme deux gouttes d’eau lorsqu’il avait le même âge. D’une vive manœuvre, il déchira la photo en plusieurs morceaux avant que les flammes ne daignent les convertir en cendres. « C’est vrai qu’on peut y trouver des similitudes, toutefois c’est loin d’être une attestation suffisante pour authentifier ma paternité. La magie permet des miracles en ce monde. Toi, plus que quiconque devrait savoir à quel point tout est possible. » Elle savait probablement ce qu’il entendait par là. La période correspondait à leurs ébats passés, mais ce n’était pas une raison pour l’accepter.

Brisant la distance entre eux, il s’abaissa pour être à hauteur de son visage. « Si tu as pris tant de risques pour m’annoncer une nouvelle sans importance, ce n’est sûrement pas par hasard. Et si tu allais droit au but ? » La proximité soudaine heurta quelque peu Zane. Quelque chose clochait. Le parfum qui émanait de la jeune femme n’était plus le même qu’autrefois. Son faciès comportait aussi des nuances qui lui étaient parfaitement identifiables. Il en avait à présent le cœur net. Le Diable se retira vivement d’un mouvement de recul soudain, comme si ses narines venaient de capter une odeur intolérable. La grimace qu’il fit instaurait cette même aversion. « Tu oses te présenter devant moi ainsi ? Une Vampire. Tu sais pourtant à quel point je n’ai aucune considération pour cette espèce. Ils ne sont que de piètres imitateurs, se vantant d’être des prédateurs alpha alors qu’ils sont tout juste capables de débusquer du marcassin. De plus, nous ne pouvons même plus fêter nos retrouvailles dignement maintenant que tu es devenue aussi froide que le continent des glaces. Vraiment, ça me chagrine. » Balayant l’air d’un coup net, une fissure se forma dans l’espace, déployant une sorte de portail dimensionnel noyée dans un tableau psychédélique. « Je dois reconnaître que c’est du gâchis. Hélas, cette pièce n’est plus appropriée pour quelque chose… quelqu’un comme toi. » Élançant son bras comme la patte d’un lion assurant le coup fatal à sa proie, le Roi s’empara d’un pan de sa tenue pour la propulser dans le portail.

Il emboîta le pas de cette dernière, touchant terre en un lieu radicalement opposé en matière d’ambiance. Des millions de têtes humaines et animales étaient dispersés sur le sol, à tel point qu’il était normal de se demander si ce n’était pas celui d’origine. Le ciel, rouge et obscur, voilait l’atmosphère d’un sentiment anxiogène. Alors que les créatures humanoïdes qui semblaient dépourvues d’âmes vivaient dans ce décor, elles dévoraient tout ce qui se trouvait dans le périmètre, s’entretuant parfois entre elles. Toutefois, elles ne touchèrent pas au Diable en dépit de sa mitoyenneté. En tant que Souverain légitime, il était protégé par l’Enfer. Mais qu’en était-il de la femme ? Le regard inassouvi et affamé des bêtes ne semait aucun doute : elle ne disposait d’aucune immunité. « Laisse-moi te partager une information cruciale à mon tour. Dans l’abime de l’agonie, tout est régi par les jeux et le sang versé. Voici mes règles. Si tu réussis à survivre durant cinq minutes, je t’accorderai un seul et unique souhait. Dans le cas contraire, j’irais moi-même annoncer ta mort à tes enfants. » C’est tout ce que méritait l’engeance en question. Ce jeu — légèrement biaisé par la difficulté du défi — n’octroyait aucune victoire possible. Elle devait simplement survivre, mais pouvait-elle y arriver dans un état aussi critique ? Cette incertitude liée au dénouement récréatif le rendait toujours aussi extatique. En cet instant, Callidora avait pour seul statut celui de joueuse. Rien de plus.



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Callidora
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MessageSujet: Re: La Cour des Miracles. [Zazou]   Mer 01 Nov 2017, 12:16




À certaines heures, l’imprévu se pare des atours du tourment et perd ce que l’on a toujours aimé en lui. L’impossible, dont il n’est que l’un des insaisissables reflets, se tarit, et, à la source du doute, la raison s’impose. Quelques lettres suffisent à le démasquer ; un sursaut réveille son souvenir. De jour en jour, cette empreinte grandit : elle vous obsède, elle vous dévore. Comme la caresse intiale du premier amour que personne n’oublie, elle s’imprime en vous, marque votre chair, mord votre coeur. Surgie du passé, la mémoire délivre ses présents sans crier gare. Silencieuse, Callidora refusait de parler. Il lui aurait suffi de tendre les doigts pour retrouver cette chaleur dont la réminiscence lui rappelait sans cesse ce qu’elle avait perdu, ce qui aurait pu être encore si, d’un caprice dérisoire, elle n’avait pas offensé le destin. Un élan de chagrin s’empara d’elle à mesure que les images se déversaient face à ses iris en un torrent incontrôlable. Tout ceci n’était qu’une vaste illusion à laquelle, malgré toute sa volonté, elle ne pouvait croire. Un mouvement brusque dans son champ de vision la ramena sur terre. Battant des cils, son regard ne se posa pas sur le visage de Zane, mais sur la délicieuse veine qui honorait son cou. Le fluide souillé qui courrait sous sa peau aurait dû provoquer en elle un dégoût innommable. L’irrésistible violence du désir déferla en elle. Sans la distance qu’il imposa entre eux, sans doute se serait-elle jetée sur lui aveuglément. Quelle était donc cette nouvelle farce ? La répulsion qu’elle lui inspirait, elle aurait dû la ressentir à son égard. Cela n’avait aucun sens. Préoccupée par cette découverte, elle leva les yeux au ciel, effaçant la vision d’une chair que ses canines irréfléchies lui hurlaient de fouiller. « Si tu cessais de te comporter en enfant, nous aurions pu nous amuser de bien d’autres manières. Le sexe, aussi plaisant qu’il puisse être, n’est qu’une distraction éphémère. Dommage de constater qu’au lieu de voir les choses en grand, ton horizon se trouve juste sous ta ceinture. » La tournure des événements, fort regrettable, n’empêchait pas la visite insensée du plaisir et de perspectives parfaitement malsaines, qui, à une époque, auraient peuplé ses cauchemars.

Quelque peu décontenancée par son arrivée en un lieu sordide dont le paysage n’avait rien de charmant, sinon les promesses qu’il reflétait, la jeune femme ne s’effraya pas pour autant, habituée aux extravagances douteuses de son ancien partenaire. Le mépris manifeste qu’il éprouvait à l’encontre de ses semblables, elle ne pouvait le contester ; d’une manière ou d’une autre, elle partageait son avis, bien que les raisons en soient sensiblement différentes. Défendre ce en quoi elle ne croyait pas aurait été stupide. « Nous ne sommes ni des prédateurs, ni des agneaux. Pour être honnête, aujourd’hui, nous ne sommes plus grand-chose. Le cauchemar de certains, la risée de beaucoup. Tout ceci changera bientôt. Les Vampires ont oublié ce qu’ils étaient pendant trop longtemps. Je ne fais pas partie de ceux-là. Cela dit, il faut avouer que je ne suis pas très appréciée par mes congénères. » Un léger sourire se déposa sur ses lèvres. En dehors d’un certain Sorcier que la magie obligeait, personne ne supportait vraiment sa compagnie. L’honnêteté envers sa propre personne n’avait jamais été qu’un mirage, elle qui autrefois imposait la vérité aux autres. Désormais, la tendance s’inversait. Patiente, elle écouta la fin du discours de son interlocuteur, qui, comble pour un Démon, confiait le sale boulot à de monstrueuses créatures plutôt que de se salir lui-même les mains. La brune finit par éclater de rire. « Je crois qu’ils seraient déçus de ne pas m’arracher la gorge eux-mêmes, mais qu’une telle annonce les ferait rire. Qui ne s’en réjouirait pas ? » Au-delà de la décontraction qu’elle affichait, une douleur diffuse remontait à la surface. Quelque part, derrière le sinistre défilement des cadavres venus et à venir, une envie confuse demeurait. Pas tout à fait morte, pas suffisamment vive pour qu’elle le demande, elle se voyait entre les bras de Zane, à l’abri du chagrin et de la folie, le genre de fantasme absurde pour lequel sa sœur priait sans doute tous les soirs. Jetant un bref regard aux bestioles qui se traînaient dans les parages et qu’elle ne pourrait bientôt plus ignorer, elle se planta face à lui. La colère donnait à sa voix l’assurance que le mépris lui offrait habituellement. « Oses-tu me reprocher cette survie que tu me demandes à présent ? La mort n’a pas voulu de moi, et en repoussant la limite du contrat, elle m’a rendu la liberté plutôt que la vie. Devrais-je pleurer dans un coin jusqu’à ce que le désespoir m’assiège et que je mette fin à mes jours ? Navrée de te décevoir, mais ce n’est pas le spectacle que je veux jouer, et si ça ne te convient pas, tu n’as qu’à aller voir une autre pièce. Ce ne sont pas les marionnettes qui manquent. » Sans attendre la moindre réponse de sa part, elle se tourna vers ce qui l’attendait.

Se plier aux règles ne faisait en aucun cas partie de ses habitudes ; les déformer à sa guise sans que l’on puisse les considérer comme bafouées se révélait toujours bien plus divertissant. La charmante perspective de remporter un souhait ne parvenait néanmoins pas à effacer la désagréable sensation de vide qui courrait sous sa peau. Qu’avait-elle imaginé, au juste ? La jeune femme se baissa pour saisir entre ses doigts deux crânes parmi le fleuve d’ossements allongé sur le sol. D’un geste parfaitement décontracté, elle lança les sphères sur les pantins de chair pour achever d’attirer leur attention. Fuir les problèmes n’avait jamais été son cheval de bataille. « Ce n’est pas parce que je peux y trouver un intérêt potentiel que je dois satisfaire tes caprices. Tu es roi, pas dieu. » Sur ces belles paroles, la brune s’effaça du paysage. Prêtes à se jeter sur elle, les bêtes affichèrent un simulacre de surprise. Patienter à quelques mètres au-dessus du sol aurait été terriblement aisé et tout aussi ennuyant. Sans se presser, elle porta son poignet à ses lèvres, délivrant d’une morsure son meilleur allié. Dépourvue d’arme tangible, il lui fallait improviser avec les moyens du bord. L’air tranquille, elle entreprit de tracer un cercle d’une taille conséquente avec son sang, ne se souciant guère des ennemis qui y pénétraient ou s’y trouvaient déjà. Manifestement plus audacieux _ ou plus affamé _ que ses congénères, l’un des monstres saisit brutalement l’une des ailes de la Vampire dont le vol prit fin plus tôt prématurement, sa magie soufflée par l’imprévu. Son corps s’échoua en un craquement fort dérangeant. Le choc la fit suffoquer. Sitôt encerclée, elle se redressa pour accueillir un coup en pleine mâchoire. Rendue furieuse par la douleur, un sourire vagabond s’empara de sa bouche. Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était pas retrouvée en si mauvaise posture. D’un bond, elle se jeta sur son adversaire. Tous deux roulèrent plus loin, leurs dents s’entrechoquant en un capharnaüm que couvrait l’agitation des autres. De la femme à la bête, rien n’existait plus sinon eux-mêmes, et la curiosité de savoir qui céderait le premier aux assauts ravageurs de l’autre. Callidora se releva seule. Affaiblie par ses blessures et consciente des regards avides qui pesaient sur elle, elle claqua des doigts. Le sang se changea en flammes. Plus que jamais, le temps lui était compté.

Charmée par toute cette aventure, la jeune femme passa à travers le rideau de feu. La majorité des créatures qui s’y risqueraient après elle finirait calcinée avant d’avoir achevé son périple. Satisfaite, elle ne s’inquiéta pas de celles qui erraient à l’intérieur. Pour le moment, elles ne la toucheraient pas ; cela ne durerait pas assez. Sa nouvelle condition, bien que synonyme de privations désolantes, lui avait également montré des possibilités jusque-là insoupçonnées. Parmi ces dernières, l’hypnose lui tenait particulièrement à coeur. Que la volonté d’un autre suive ses désirs lui avait toujours paru délectable. « Hm. Il manque quelque chose d’essentiel pour profiter du spectacle. » Ni une ni deux, les crânes se chevauchèrent pour former un trône sur lequel elle prit place. Chancelante, elle sentait son énergie fuir à toute allure. Toute cette mise en scène n’était pas nécessaire ; elle espérait néanmoins que l’avertissement serait clair. D’un nouveau claquement de doigts, elle relâcha son emprise sur quelques damnés qui prirent soin de se précipiter vers elle. La Vampire ne bougea pas d’un centimètre. Les autres se chargèrent d’arrêter les mutins. Profitant de ces quelques instants de répit, elle ferma les yeux pour ne pas perdre de vue son objectif. L’obscurité relative lui apportait un réconfort bienvenu, et si rien n’allégeait le supplice qui montait dans ses veines, au moins parvenait-elle à conserver une certaine sérénité en remerciant les Aetheri. Une fois le décompté terminé, elle dissipa le cercle et le trône. « Cinq minutes. Je ne t’accorderai pas une seconde de plus. » Sans se presser, elle retourna auprès de lui, s’attendant à ce que son corps s’effondre à chaque pas. De légers tremblements agitaient sa main, et à mesure qu’elle avançait, ses pensées lui paraissaient de plus en plus obscures. Parvenue à sa hauteur, elle pencha la tête sur le côté pour lui faire sa demande. Donne-nous son sang. Résister devenait de plus en plus complexe. Pourquoi s’y obligeait-elle encore ? Une pointe d’amusement dans la voix, elle porta ses phalanges à ses tempes pour y retrouver le script. « Serais-tu disposé à m’accorder ce souhait plus tard, lorsque je te le demanderai, et sans savoir de quoi il s’agit ? J'ai ma petite idée, et tout ce que je pourrais te demander aujourd’hui ne serait pas aussi distrayant. » Un refus aurait entraîné de fâcheuses conséquences. Si lutter contre les créatures lui avait semblé difficile, ne pas s’attarder sur la jugulaire du maître des lieux se révélait impossible. Les dérives de son regard en disaient long sur ce que son corps tout entier clamait. Agacée de perdre le contrôle, elle leva la tête vers lui, ses iris ravagés par la colère. D’une brutalité enfantine, sa main rencontra la joue de Zane. « Que les choses soient claires entre nous. Je ne suis pas à toi, et je ne l’ai jamais été. Je ne suis plus la petite fille douce d’autrefois, ni l’une de ces putains qui rampent jusqu’à ta chambre pour que tu les honores. Si tu es le roi des échecs, je n’en suis désormais plus un pion. Tu peux me jeter aux lions si ça te chante, je reviendrais glisser des serpents dans ton lit jusqu’à ce que leur venin te brise. Mords-moi, et je te mordrais plus fort. Ce que je ressens à ton égard vit toujours, pas moi. Ce n’est pas parce que je n’ai pas de couronne sur la tête et que le feu ne me dévore pas les entrailles que je ne sais pas m’amuser. Si tu veux jouer, cherche-moi. Si tu veux mourir d’ennui, reste sagement au fond de ton royaume. Je suis venue sans savoir ce que je voulais ; je sais pourquoi je ne reviendrais pas. » Le souffle court, elle se tut quelques secondes. Les bras croisés sur sa poitrine, la Vampire enfonçait ses doigts dans l'une de ses récentes blessures pour faire taire l'appel de l'instinct. Ce n'était plus son sang qui frappait ses oreilles, mais des battements qui ne lui appartenaient pas et dont, éreintée, elle ne saisissait plus les infimes nuances. D'un geste, elle attrapa la main de Zane pour enserrer sa propre gorge. « Oh, bien sûr, si tu le voulais, tu pourrais mettre un terme à toute cette histoire. Ce serait plus simple pour tout le monde. » Quelle que soit l'issue de leur entrevue impromptue, la jeune femme ne perdait rien. Son arrogance toute nouvelle ne devait rien au hasard. Sous la fatigue qui alourdissait son corps, elle sentit ses jambes se dérober et tomba à genoux devant lui. Il fallait en finir avant qu'elle ne s'évanouisse et que l'occasion s'envole à jamais. Enfiévrée par l'incertitude, elle chercha le regard du Souverain, une lueur de défi au fond des yeux. « Tu ne le feras pas. » Callidora sourit, ne sachant qui de la souffrance ou de l’envie enfanterait la folie.

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MessageSujet: Re: La Cour des Miracles. [Zazou]   Mer 08 Nov 2017, 19:17

Le ton réprobateur avec lequel elle l’accabla dès les premières secondes de l’échange présageait lourdement le duel qui allait se dérouler dans les minutes à suivre. La jeune lionne avait pris de l’assurance depuis que ses griffes — bien que rétractables — pouvaient marquer sévèrement la chair. Sa mâchoire manquait peut-être de puissance, mais en fin de compte elle avait toujours été ainsi avec lui. Tel le virus qui se répand très rapidement dans le sang afin de foudroyer ses victimes, ceux qui l’entouraient finissaient tôt ou tard par subir cette périlleuse damnation. Aucun antidote n’avait à ce jour été découvert pour contrer le fléau ravageur de la bête. Pour autant, elle revenait toujours vers lui. Peu importe à quel point il obstruait sa route suivant des efforts considérables, peu importe le nombre de fois où ses mots, parfois bien plus lancinants que ses actes avaient essayé de l’éloigner de lui. Tous avaient été annihilés par une constance que même lui n’était pas sûr de posséder. Cette fraction de seconde durant laquelle il croisa son regard fut suffisant pour le convaincre qu’il devait à présent tout donner pour imprimer un sentiment de révulsion dans son esprit. Plus jamais elle ne devrait se retourner en pensant à lui. C’était sa décision. Une mission qu’il mènerait à son terme. Plus jamais il n’accepterait la défaite. « Je suis le Seigneur du mal incarné. À quoi t’attendais-tu ? Les péchés font partie de mon essence. Je les sers autant que je les consomme. Parmi ceux-ci : la luxure. Ne deviens pas arrogante au point de croire que tu peux m’offrir mieux que cette vie. » Fut un temps où son attachement aurait effectivement pu le pénaliser en ressassant des souvenirs du passé. Callidora s’en trouverait à jamais être la partenaire avec qui tout était devenu plus simple, plus amusant. Cependant, cette transition correspondait à celle d’un Démon délesté de toute responsabilité, donc sans ambition.

En toute sincérité, il se fichait pas mal de la providence des Vampires. Tant qu’ils ne marchaient pas sur ses plates-bandes, il fermerait les yeux, bafouant ces derniers avec le même mépris qu’il le faisait pour les insectes qui grouillaient sous ses pieds. « Tu es sans doute trop collante. Une vraie sangsue qu’on a envie d’arracher et de jeter au loin. » Dans le milieu du sport, on appelait cette réplique un direct du droit. Le pourquoi du comment elle s’était mis à dos ses nouveaux meilleurs amis ne le regardait pas. Elle était suffisamment ingénue pour se tirer de ce mauvais pas d’elle-même, et de toute façon elle avait d’autres préoccupations sur le feu. Les bras croisés en attendant que le show s’amorce définitivement, le maitre des Enfers contempla de haut la princesse, qui, téméraire jusqu’au bout, se confronta directement à lui. Qu’à cela ne tienne, il était prêt à écouter ses lamentations pour le lui renvoyer avec la ferveur d’une immense vague dont le seul but était de tout saccager sur son passage. Lorsqu’elle eut fini de déblatérer son flow insupportable, sa paume accabla le cou gracile de la jeune femme. La pression qu’exerçaient ses phalanges emplissait la même férocité que la noirceur inimitable de son regard. Il relâcha son emprise en émettant une impulsion pour creuser davantage la distance. « Tu appelles liberté le fait d’être persécuté par tes semblables ? Se dérober aux yeux du monde pour tenter de survivre, c’est donc ça ta vie idyllique ? Alors, laisse-moi t’annoncer que je n’échangerais ma place pour rien au monde. Pour répondre à ta question, la mort fait parfois partie des dilemmes les plus honorables qu’il nous ait donné de faire. Choisir quand et comment le faire est un luxe que peu d’hommes sont capables d'assumer. Tu as peut-être laissé passer ta chance en repoussant cette main qui t’était tendue. » La culture des Démons jouissait de cette philosophie. Eux qui ne redoutaient pas la faucheuse, ils vivaient chaque instant comme étant le dernier, c’est d’ailleurs ainsi qu’il avait bâti sa propre existence tout du long. « Tu es venue jusqu’à moi en toute connaissance de cause. Que tu le veuilles ou non, ce sont mes règles, mes exigences, mes réponses à ta fausse manœuvre. Tu dois t'y plier. Et en ce sens, tu es la vedette du jour. » Et alors qu’il n’attendait que ça, elle s’élança ainsi au front, non sans lui jeter une discrète remarque au visage. Elle avait tort, car en ces lieux, ses pouvoirs transcendaient très largement ceux de ses confrères.

Dans l’espoir de ne rien manquer au premier acte qui se déroulerait en un laps de temps très restreint, Zane se fraya un chemin au travers de tous les crânes. Quoiqu’il était plus pertinent de dire qu’il s’agissait des ossements eux-mêmes — pourvues d’une vie nouvelle — qui s’écartèrent sur son passage, aménageant une route tracée vers un point qui assurait le meilleur avant-poste possible. Grimpant sur la carcasse d’une immense bête, il observa silencieusement la forme éveillée de l’ex-Rehla. Son agilité accrue avait de quoi laisser pantois tant elle maniait son art à merveille. Malgré la quantité saisissante d’hémoglobine qui giclait ici et là, ce balai était esthétiquement l’un des plus aboutis qu’il avait eu l’occasion de voir. Cette scène aurait pu être immortalisé dans une fresque qu’il aurait probablement suspendue au-dessus de son lit en guise d’un merveilleux rappel. Parfois, les créatures ployaient le genou avant même de l’atteindre, comme si leurs muscles cessaient d’accomplir leurs fonctions premières. Ce n’était pas du fait de la veilleuse de nuit. Toutefois, toutes les bonnes choses avaient une fin, c’est pourquoi il descendit de son piédestal pour accueillir celle qui avait remporté haut la main le pari. Il acclama celle-ci pour avoir su jouer le jeu de la meilleure des façons. Le drame pouvait ainsi se conclure sans regret. « Penses-tu avoir la légitimité de me revoir ? Invoquer quelqu’un de ma trempe revient à renoncer à beaucoup de choses. Quelque chose de bien plus conséquent que la raison que tu sembles avoir sacrifié au profit de la folie, et ce uniquement pour une belle paire de canines. » Le contact suivant aurait pu l’en réjouir si elle s’était déroulée dans d’autres circonstances, toutefois elle manqua cruellement d’aplomb pour contraindre son faciès à détourner le regard. Il resta stoïque, sans broncher le moins du monde. Ce combat l’avait dérouté, naturellement. Personne à sa connaissance ne pouvait économiser durablement son endurance. S’il semblait attendre le moment propice, c’est lorsqu’elle vint elle-même diriger sa main vers sa gorge pour lui suggérer une solution parmi tant d’autres.

Un bruit sourd déclencha en parallèle la libération de ses ailes, qui dans un claquement inaudible propulsa la survivante loin devant lui. Plus ample que naguère, le maintien qu’elles prirent semblait définir la domination écrasante du Diable. Chaque pas qu’il fit pour la rejoindre fracassa un crâne, greffant à ce silence une sorte de mélodie peu coutumière. La queue du démon — fraichement révélée — s’enroula autour de la gorge de la victime afin de la soulever à hauteur décente. L’étreinte était atténuée, son objectif se trouvant davantage dans la torture psychologique que la rétrospective d’une force qu’elle ne connaissait que trop bien. « Mon statut social n’a rien à voir avec tout ce que tu identifies comme un caprice. Mon identité n’a jamais changé depuis ma naissance à mon ascension dans la hiérarchie. Je ne suis ni un Roi ni un Dieu. Je leur suis bien supérieur. Et tu crois encore qu’un simple jeu du chat et de la souris peut me procurer du plaisir ? Je t’ai connu imprudente Callidora, mais jamais dans le mauvais sens. Les faiblesses que tu supportais à l’époque, c’est ce qui te permettait paradoxalement de rester aussi lucide que redoutable. À présent qu’elles sont comblées, je constate un manque d’adaptation flagrant de ta part. Les gens pensent à tort qu’ils peuvent supplanter le talent inné avec des efforts. Douce illusion. Accepte mon dernier conseil bienveillant : ne remets plus jamais les pieds dans mon domaine pour de telles inepties. » Le peu de conscience qu’elle préservait jusqu’alors fut achevé par une broche de sang coagulé qui lui perfora l’abdomen. Un digne coup de grâce porté contre ces prédateurs. Quand il la relâcha, elle tomba inerte sur le sol. La laissant pour morte, il rebroussa chemin dans le sens opposé, disparaissant de ce plan.

Qui sait combien de temps il s’était écoulé avant que l’homme, confortablement adossé contre un mur à croquer dans une pomme — et qui s’était manifestement refait une petite beauté — ne vienne saluer Callidora en pleine phase de régénération. Ils avaient réussi à la sauver de justesse, toutefois elle était bien vivante sur ce lit d’ébène. « Inutile de faire le décompte pour cette fois-ci. Dépassé un certain chiffre, ça n’a plus de sens. » En référence bien sûr aux nombreuses fois auxquelles elle avait échappé à la mort à cause de lui. « Comme tu peux le voir, j’ai pensé à t’apporter le petit-déjeuner. Excuse-moi si la qualité n’est pas au rendez-vous, j’avoue manquer d’éruditions envers ce régime alimentaire. » Un homme et une femme, tous deux enchainés à des poteaux attendaient leur heure. Ils étaient jeunes, vierges, et surtout effrayés. Qu’elle se serve ou non gentiment, ça ne regardait qu’elle. Il était ici pour connaitre ses véritables intentions, et comptait bien avoir le fin mot de l’histoire. « Je ne reviendrais pas sur les menaces infantiles que tu m’as faites. La folie consume le cerveau, c’est assez fréquent sur ces terres. En revanche, tu aurais pu prétexter autre chose que des enfants pour me revoir. Je t’ai connue plus volubile et imaginative que ça. Ne me dis pas que tu as perdu la main ? » Si l’on prêtait toujours la stupidité aux types dans son genre, les femmes d’apparence frêles et fragiles étaient jugées par autant de qualités charnelles et vertueuses qu’on leur décernait de faiblesses. C’était souvent loin d’être le cas. « Et si tu allais droit au but pour une fois ? Bien sûr, il y a peu de chances de me faire changer d’avis, mais qui ne tente rien n’a rien. »

Néanmoins, quelqu’un interrompit leurs conversations en frappant à la porte et en pénétrant dans la pièce sans accréditation. Il s’agissait d’une femme dont la beauté pouvait faire pâlir n’importe quelle créature de ce monde. Son attitude et sa démarche en disaient long sur le grade hiérarchique qu’elle tenait. « Camilla. Quel plaisir de te voir. Un problème ? Callidora, je te présente l’une de mes plus fidèles alliées, aussi appelé Dēśadrōhi dans notre monde. Sa présence est synonyme d’euphories. » Elle flirta à côté de son roi, sa main effleurant l'épaule de ce dernier avec beaucoup d'élégance. « Hu hu. Zane, mon chou, tu me flattes. Un jeu va bientôt se dérouler. J’ai pensé que tu voudrais y amener ton amie. Elle n’aura sans doute plus ce privilège par la suite. » « Tu as fichtrement raison. Cela permettra à mon invitée d’honneur d’être au courant des derniers bouleversements. Nous te rejoindrons sur place. » « Ne te fais pas désirer trop longtemps. Tu sais comment je peux être mauvaise quand je suis impatiente. » Elle quitta la pièce en remuant lascivement son bassin que la bête inspecta en détail. L’homme semblait soudain exalté suite à cette intrusion agrémentée d’une excellente nouvelle. Il claqua des doigts à deux reprises pour étendre deux portails devant lui. Il regarda ensuite la brune du coin de l’œil. « Deux passages. Deux voies divergentes. L’une mène à l’arène, l’autre à l’extérieur de l’Enfer. Tu fais comme bon te semble. Moi en tout cas, je ne manquerais ce spectacle pour rien au monde. » Puis il s’engouffra à l’intérieur sans plus de politesses. Les brèches dimensionnelles, elles, rétrécissaient.


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La Cour des Miracles. [Zazou]

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