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Un peu de douleur... [PV]

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Haiiro
~ Ombre ~
~ Ombre ~


Sexe:FémininCancerSinge
Age : 16
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MessageSujet: Un peu de douleur... [PV]   Mer 27 Juin - 18:36

J’ignorais où j’étais. J’ignorais ce que je faisais. J’ignorais même mon identité. Je savais seulement que m’appelais Haiiro, j’étais morte et en enfer, je souffrais comme jamais je n’avais souffert, et j’étais seule. Affreusement seule. Non que j’aimasse avoir de la compagnie, mais Isuas me manquait. C’était horrible, insupportable. Tellement que la seule manière d’ignorer ma douleur était de marcher, marcher encore et encore, marcher toujours sans m’arrêter. Plusieurs fois, je m’étais affalée sur le sol, épuisée. Ces fois avaient duré peu de temps, juste celui de reprendre mon souffle et de me relever tant bien que mal. Mine de rien, j’avais parcouru des distances phénoménales. Mes pieds me suppliaient de m’arrêter, mais je ne pouvais pas. Si je cessai ma marche ne serait-ce cinq secondes, la scène de mon suicide se ré-imposait plus durement. Je ne pouvais supporter cela. J’étais faible. Je ne pouvais que marcher encore et encore, marcher sans but. J’avais passé une immense tour noire dont la magie noire m’avait à peine impressionnée, une ville qui, à ma grande surprise, avait été pleine de ce qui ressemblait à de la vie. J’étais jeune, sans défense, mais le plus laid et effrayant des monstres ne pourrait être capable e me faire peur, ne serait-ce un peu. C’était l’unique bon point de ma douleur, si l’on pouvait appeler cela ainsi. Plusieurs fois, Ringo prenait son envol, frôlant parfois ma joue de son aile, et volait près de moi. Il ne me quittait plus. Ombre non plus. Tu semblais infatigable, marchant à côté de moi avec tes petites pattes sombres. Mes belles chaussures noires étaient pleines de boues et abîmées, mais elles tenaient bon. Ma chevelure, que Isuas elle-même avait coupée il y avait un certain temps, était emmêlée et humide. J’avais marché sous la pluie sans la moindre gêne. Je continuais de souffrir encore et encore, mes pieds meurtris n’ayant pas un rôle bien important dans cette douleur.

Je ne posais plus vraiment de question, les rares points d’interrogations vaguant seuls dans ma tête. Je me demandais simplement la raison qui faisait que l’enfer fût si ressemblant à la réalité. Cette plaine, je la connaissais de mon vivant. Et je reconnaissais tout. Cet arbre penché, près à s’écrouler sur le sol. Ces buissons formant un cœur déformé. Ce ciel, toujours le même recouvert de nuages gris. La nuit, je retrouvais la lune qui m’avait été d’une si belle compagnie autrefois… Je ne voyais aucun différence. J’avais l’impression d’être dans une copie de monde des vivants. La seule différence était en moi. Quand j’étais ange, je n’avais pas constamment mal. Je pouvais ressentir de la joie avec mon Ange. Je pouvais ressentir du plaisir avec le vent. Je pouvais ressentir un sentiment d’affection pour toi, Ombre. A présent, je n’en étais plus capable. Que penserait Isuas si elle me retrouvait dans cet état ? Elle serait morte d’inquiétude. Je ne le voulais pas. Mais je ne pourrais pas cacher ma souffrance. Non, j’en étais incapable. C’était trop dur… J’essayais d’esquisser un sourire forcé. Je ne parvins même pas à faire la moindre grimace. Je sentais une boule dans ma gorge, mais je n’arrivais pas à pleurer. Aucune larme ne voulait couler sur ma peau froide.

Un moment, je voulus déployer mes ailes. Jusque là, je n’y avais pas pensé. Mais voler m’aiderait peut-être un peu mieux à ignorer la souffrance qui me rongeait de l’intérieur. Je voulus déployer mes ailes.
Je n’en avais pas.
Je sentis mes mains devenir tremblantes. Je n’avais plus d’ailes. Je ne pouvais plus voler. Je ne pouvais plus profiter de la brise. C’était fini. Je titubais, les yeux écarquillés, la bouche sèche, la respiration haletante. Dieu m’avait encore punie ! J’étais condamnée à rester sur terre. Condamnée… Punie… Maudite… Je me sentis vaciller. L’instant d’après, l’herbe me piquait la joue. Je voulus pousser un sanglot. Je n’y parvins pas. La boule dans ma gorge doubla de volume. Mais yeux restèrent secs. Pourquoi nom de Dieu ne pouvais-je pas pleurer ?! POURQUOI ?!
Ringo, qui volait près de moi, se posa près et poussa un piaillement. Ombre, tu me regardas longuement avant de t’approcher de moi et frotter ta petite tête noire contre la mienne. Je voulus lâcher un cri pour enfin soulager la douleur dans ma gorge. Aucun son ne sortit de ma bouche ouverte. Mon corps tout entier se mit à trembler. Je sentis tout à coup le froid s’infiltrer en moi. Mon aspect pâle laissa à un aspect de vampire, de mort-vivant ou de ce qui s’y approchait.
Ce souvenir si horrible revint. Celui de ma mort. Je revis mes poignets qui s’ouvraient par une lame. J’entends la chair humide entaillée, le sang qui giclait sur mon corps, le lit, les murs. Je pris ma tête entre mes mains.


« Non… »

Ce fut le seul mot que je parvins à murmurer d’une voix sourde, étouffée par la boule de ma gorge. Stop ! Je voulais que cela cessât. Je voulais me reposer. S’il fallait que je fusse aveugle et sourde pour ne plus avoir à supporter ces tortures, alors que cela fût. Les mains tremblantes, je saisis la dague que j’avais grossièrement accrochée à ma jupe. Je dirigeais la lame vers mon œil. Ma main tremblait tellement ! Je ne réussis qu’à m’entailler le bas de l’arcade. Je lâchai larme sur l’herbe. Je ne pouvais pas crever mes yeux… J’y étais incapable. Je ne servais à rien. Même pour moi-même, j’étais totalement inutile. Je subissais l’enfer et j’étais incapable de faire quoique ce fût. Mais pourquoi avait-il fallu que je mourusse ?!
Je me souvins à nouveau de Ange. Je la revis allongée dans l’herbe et le sang. C’était pour elle que je souffrais, pour elle que j’avais pris cette décision folle de mourir. Je devais la retrouver. Elle aussi devait ressentir l’intense douleur de l’enfer. Ensemble, notre mal serait plus supportable. Ensemble, l’amour nous aiderait. Ensemble…
Peu à peu, mes tremblements se calmèrent. Je me mis à genoux sur l’herbe, sans me soucier un seul instant à mon état physique. Ce fut avec un effort exagéré que je réussis à reprendre la dague et à la raccrocher maladroitement.

Je m’aperçus qu’il manquait quelque chose. Quelque chose d’important.

*La peluche !*
Je regardai autour de moi. Mais il n’y avait pas l’ombre d’une trace du jouet représentant un chat. Mais ce n’était pas possible… Je l’avais, avant. J’étais morte avec l’objet, j’étais sortie de la tour avec l’objet… A coup sûr, je l’avais oublié à la ville. Je m’étais arrêtée dans une demeure qui ressemblait bien trop à la mienne. J’y avais sûrement posé le chat. J’étais obligée de faire demi-tour. Mais cela ne me gênait pas. Je n’avais nulle part où aller, alors autant retourner à la ville. D’une main, je trouvai le contact réconfortant de la montre que je serrai contre ma paume. Au moins, je n’avais pas perdu ce bien-là. Je me levai et pris un virage de cent quatre-vingt degrés. Ringo reprit son envol. Ombre, tu te remis à marcher.

J’avais dû me tromper de chemin. Car j’aperçus une grande roue. J’entendis le brouhaha des gens nombreux. Il y avait une fête foraine, pas loin. Au moment où cette pensée traversa mon esprit, un rayon de soleil réussit à s’infiltrer entre les nuages et à répandre sa lumière sur la roue. Je devais aller à la ville, pas à la fête. Pourtant, j’accélérai le pas. J’ignorais pourquoi je tenais temps à aller à cette fête. Cet endroit était regorgé de souvenirs qu’il m’était préférable d’oublier. Le souvenir de mes parents qui m’avaient retrouvée et montré qu’ils me détestaient, le souvenir des gens me regardant comme si j’étais une démone venant tout droit de l’enfer, le souvenir de ma rencontre avec Ange. Ce dernier souvenir n’était pas mauvais, mais il m’emplissait de nostalgie. A chaque qu’il venait à moi comme aujourd’hui, je me rappelais le visage de Isuas, ses sourires, son affection, son amour. La douleur en moi devenait insupportable. Exactement comme à cet instant. Je me remis à tituber. Cette fois-ci, je fis un effort pour rester debout. Je pensai à faire demi-tour. Je devais le faire, pour mon bien. Il fallait enfin que je décide quelque chose ! Mais je continuais toujours dans la même direction. Et bientôt, je fus à l’entrée de la fête foraine. Je fus aussi surprise, sinon plus, que lorsque j’avais été à la discothèque. En effet, deux enfants passaient devant moi en suçant une grosse sucette chacun, le sourire jusqu’aux oreilles. Etais-je donc la seule à souffrir le martyr ? Je fis plusieurs pas en avant. Les adultes discutaient avec vivacité, les enfants sur les attractions riaient et criaient de joie.


« Tu es toute seule, petite ? »
Je me retournai brusquement pour regarder l’homme qui m’avait adressé la parole. Il était grand. Et surtout possédait deux ailes blanches qu’il ne se gênait pas de montrer.
Ombre, tu te chargeas pour moi de réagir. Tes oreilles en arrière, tu poussa un sifflement semblable à ceux des chats. L’ange idiot te regardas mais n’eus pas peur de toi le moins du monde. Il était vrai que tu n’étais pas très effrayant. J’allais me charger de l’être.
Un instant plus tard, une boule noire apparaissait dans ma main droite ouverte. Très bien. Pour une fois, je me sentais enfin moi-même. Je jetai un regard aussi noir que mon cœur à cet imposteur qui perdit une partie de son assurance.

« Et, calme-toi petite. Je n’ai pas l’intention de te faire du mal. » fit-il en levant les mains.
Le pauvre abruti aurait dû se mettre sur ses gardes. La boule noire éclata sur son nez. Mais il n’y eut pas le moindre bruit. Personne ne nous regardait. Personne ne semblait m’avoir remarquée. L’ange atterrit sur ses fesses, frotta son nez. Pourtant il n’entra pas dans une colère noire comme je m’y attendais.

« Si tu veux me tuer, ne te gêne pas… Cela fait longtemps que j’attends ce moment. » fit-il sans se relever.
Je le regardai, interloquée. Il voulait mourir, ce stupide… Savait-il ce qui l’attendait si je le tuais ? Par contre… C’était un ange aux ailes blanches. Si je mettais fin à sa vie, je le renverrais au paradis. Il était hors de question que je fasse plaisir ange. Et surtout, je me refusais d’envoyer une recrue à Dieu. Je regardai la boule planant à un centimètre de ma main. Mes yeux furent ronds. J’étais… transparente ? Non, ce n’était pas vraiment cela, mais j’avais changé… De ma main gauche, je voulus toucher ma joue. Je ne fis que passer au travers. Je regardai l’ange une dernière fois. Puis je m’enfuis avec hâte, délaissant l’abruti.

J’étais debout près d’un banc et ne cessais de regarder mes mains. Elles n’étaient pas normales. Je n’étais pas normale. La boule dans ma gorge me rappela si clairement sa présence. Quand je voulus serrer mon cou entre mes mains, je ne pus que le traverser. Mon cœur se mit sérieusement à accélérer l’allure. L’enfer était vraiment trop dur à supporter. Vraiment trop dur. Je fermai les yeux, fronçant les sourcils, pour but de pouvoir supporter cette si grande douleur. Je ne vis autre que mon suicide.
Je poussais un juron, ce qui m’arracha une grimace de douleur.

« Maman, regarde la fille, elle a mal… »
J’ouvris les yeux pour croiser le regard d’un gamin de six ans maximum. J’observai ensuite sa mère qui me jeta un coup d’œil noir avant de répondre à l’enfant :
« Oui, mais reste éloigné, on ne sait jamais. »
Je les regardais s’éloigner. Mon visage reprit cet air inexpressif. Quand je tournai la tête, je croisais le regard de quelques personnes. A nouveau, tout le monde me remarquait. Pouvais-je m’asseoir sur le banc maintenant ? Je pus voir que oui. Et même si je ne le montrais pas, quel fut mon soulagement quand je sentis le contact avec le bois dur !

Ombre, tu t’assis à mes côtés. Je caressai ta petite tête noire. Ringo se percha sur mon épaule. Mon regard se perdit dans les profondeurs du sol grisâtre tandis que je continuais machinalement à te caresser.

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Isuas
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MessageSujet: Re: Un peu de douleur... [PV]   Mer 1 Aoû - 23:21

HRP - Pas aussi long que je voudrais, me rattrape au prochain ! Jeux thème <3

Dans mes souvenirs. Dans ces nuits froides que je passais, loin de toi Haiiro, je ne te voyais pas comme je l’espérais. Je m’en voulais de ne pas rêver de ton visage, que j’avais su rendre plus expressif. Non, je ne voyais que le noir et la seringue. La seringue qui m’avait droguée. Celle que j’avais utilisée par peur de souffrir. Ainsi, lorsque je voyais ma mort dans mes rêves, je n’avais pas mal. Cela me répugnait juste de voir ce spectacle morbide. De voir cela au lieu de te voir toi. Mais je ne subissais pas de souffrances physiques… Juste cette peur que j’avais ressentie en me tranchant les veines, ce dégoût lorsque je ne sentis pas la douleur. C’était la réalité. Je n’étais pas ton Ange fier courageux. J’avais peur de la mort et de la souffrance. Pourtant, juste pour te protéger, juste pour ne pas qu’ils t’aient toi, je me suis tuée. Je crois que c’est ainsi que j’ai lancée ma malédiction sur toi. Je t’ai condamnée Haiiro. Je m’en veux toujours. Je n’aurais pas dus… Je n’aurais pas dus te laisser ainsi. Seule, contre le monde. Ce monde que tu haïssais tant… J’ignore ce que tu es devenue. Je sais que, j’ai pu te voir, dans ce que j’appelle l’enfer. Ton visage paisible qui dormait. Le baiser qui est passé inaperçu, comme un ultime espoir, je me raccrochai à cette vision pour ne pas voir ma lâcheté. Et j’avais fuis. Simplement. J’étais partie voir ailleurs.

L’enfer n’était pas comme je l’imaginais, j’ignore si tu sais Haiiro. Mais l’enfer, c’est le monde. Une réplique exacte de ces sourires qu’on haïssait tant. De ces gens qui ne pensent qu’a eux et leurs quêtes du bonheur vaine. Je marchai dans une destination inconnue. A la recherche de Ringo, cette fée qui m’avait tant aidé. J’avais peur d’approcher les gens sans lui. Après tout, je suis un porte-malheur. Et si des gens mourraient par ma faute… Mais je suis morte, ainsi je suis en enfer. Dans ce monde triste et sadique, où tous subissent des souffrances éternelles. Ainsi les gens ici aussi été mort. Je ne comprends pas pourquoi je cherche toujours à les fuir. Mais tu ne dois pas savoir ce que c’est toi. J’espère que tu ne connaîtras jamais cette douleur. Celle qu’a chaque instant tu revois ta mort. Si c’était le cas Hime, j’aimerai être a tes côté et te serrer dans mes bras. Pour faire partir ses horribles visions, pour sentir un peu ta chaleur aussi. Pour avoir le réconfort que ton visage enfantin me procure. Mais malheureusement cela ne sera plus possible.

Je me demande si tu as retrouvé mon corps ? Au quel cas j’aurais bien aimé voir mes obsèques. Je veux dire par là que j’aurais aimé voir mon cercueil et me morfondre en voyant les gens crachait dessus. En ton souvenir Hime, je me promenais avec une rose blanche. J’ignore même pourquoi c’était ce qui représentait ton souvenir. Peut-être car j’aurais aimé te l’offrir ? Je ne sais pas. Maintenant je ne pourrais même plus te donner mon cœur comme je l’avais fait. Tu pense sans doute que je suis faible. Tu dois me haïr aussi n’est-ce pas ? Tu as raison, je t’avais promis que je serais toujours a tes côtes. J’ai faillis. Mais quand tu m’a appelée « Ange », lors de notre première et dernière nuit ensemble, j’étais plus forte que jamais. Je n’avais pas fermé l’œil. J’avais contemplé ton visage et caressé ta joue d’albâtre et tes cheveux jais. Ils étaient si long… Il m’était même arrivé l’envie de les coiffer. Et puis leur couleurs m’incitais a t’offrir ce cailloux. Cette pierre semi précieuse de la même couleur : jais. Oui j’étais forte cette nuit Hime. J’étais forte pour toi. J’ai toujours étais forte pour toi, sauf ce jour.

Si j’aurais put, j’aurais fait un bon en arrière… Pour courir loin de ce taudis ou je t’ai amenais. De cette tour qui sentais le mort. Mais avec des si on peu refaire le monde. On se contentera donc de ma lâcheté, je suis navrée. Mais parlais de tout ça ne sers a rien. Je m’adresse a toi alors que tu ne peux m’entendre, ne suis-je pas stupide ? Au fond, j’espère simplement que tu entendras mes mots d’amour… Ceux que j’arrive pas a te dire. Je regardais une nouvelle fois la rose blanche, assisse sur un ban. C’est incroyable a quel point je peux lui trouver une ressemblance avec toi. C’en est effrayant et frustrant. Mais rassurant aussi. J’espère que tu n’es pas comme cette fleur. Ephémère. J’espère que tu vivras longtemps encore, en gardant dans un coin de ta mémoire une place qui m’y est dédié. Je souris en pensant a cette éventualité. Comment diable peux-tu penser encore du bien de moi, qui t’es lâché par peur ? C’était stupide – c’est pour cela que je souriais, car je remarquais ma stupidité. Quoi qu’il en soit je ne fut pas seule a sourire a ce moment là. Un petit garçon me voyant sourire fis de même. Lorsque je lui rendis, sa mère s’empressa de le coller contre lui et de s’en aller.

Déçue et blessée, j’en laissai tomber la rose et je couru en sens inverse. A quoi pensais-je ? ! J’étais en enfer ! En enfer ! Cet endroit vomissant des flammes et du mépris ! Il n’y avait rien de bon. Un simple sourire pouvait suffire a vendre mon âme ! Je devrais être plus prudente, si je ne veux pas perdre ce qu’il me reste… Encore. Sous le coup de la colère j’écrasai la fleur déjà fané. Je déchirai les pétales blancs avec haine avant de fondre en larmes. Je réalisai tout le mal que j’avais fais. Tout le mal que j’étais… Je revoyais ces victimes que j’avais fais… Pour finalement voir ton sourire disparaître avec les autres visages. Qu’aurais-tu fais a ma place Hime ? Je venais de détruire ton souvenir. Le seul objet qui pouvait combler mon cœur… Un peu. C’était trop ! Je n’en pouvais plus ! Subir ces moqueries, sans toi, savoir que j’étais seule, dés a présent. Savoir que j’étais devenue si égoïste aussi. Je… Je ne voulais plus ma mort ! Je ne voulais plus t’abandonner pour te protéger. Je voulais te garder égoïstement avec moi. Mais c’était trop tard pour regretter. J’avais déjà fais ce geste. Il n’y a pas de retour arrière.

Désespérée, a mi chemin entre haine et folie, je m’assis de nouveau sur un banc, sans voir le monde qui m’entourais. Je ne voyais uniquement qu’une pièce sombre avec une rose blanche sur le sol. Les yeux vides, le corps tremblant, je devais vraiment passé pour une folle. Je devais être folle. Sans toi Hime, je n’étais plus rien. Pourtant dans cette douce aliénation dans la quelle je me laissais aller un bruit me parvînt. Un piaillement d’oiseau. Quelque chose qu’il me semblait avoir connu… Je revoyais le bord d’une fenêtre enneigé et un bec jaunâtre…


Nothing – « Ringo… »

Murmurais-je dans mon inconscient. Et je réalisai ! La pièce s’illuminait un peu plus pour laisser blace a une agora immaculée et vide… Ringo. Ringo l’oisillon qui je t’avais confié… Tournant entement la tête sur ma droite, mes yeux vide regardèrent le bois pour remonter jusqu'à une personne qui avait ton visage. Jusqu'à ton double. Hime étais-tu morte ? Mon dieu je ne l’espérais pas ! Mais d’un autre coté… SI tu m’avais rejoint, alors peut être que l’enfer serait plus supportable pour moi… Partagée entre espoir et désir égoïste, je tentais, lentement, au risque de me ridiculiser :


Nothing – « Hime ? »

_________________
[ Once upon time... The Nothing ]
[ Not sleep, not dreams, not escape]
[ ...I lost all my dreams, all my hopes... ]
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Haiiro
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MessageSujet: Re: Un peu de douleur... [PV]   Jeu 2 Aoû - 16:11

Peu à peu, mon cœur reprenait son rythme normal. Non, je me trompe. Le rythme qu’il reprenait n’était pas normal. Car, depuis que j’étais morte, je ne sentais plus mon cœur comme je le sentais avant. Dans la vie, on senti vraiment ce muscle qui frappe contre la poitrine, qui fait mal, qui menace de nous briser les côtes quand il bat trop fort. Oui, j’avais vraiment senti ce muscle que j’étais incapable de contrôler. Et lorsque j’étais auprès d’Isuas, cette sensation si douce, si chaude, si puissante émanait de ma poitrine, à chaque battement. A présent, je croyais sentir mon cœur. Mais, en réalité, je ne sentais plus rien. Je me demandais s’il battait encore. J’avais presque pu entendre les coups dans ma poitrine lorsque j’avais eu peur devant cet ange suicidaire, presque.
Maintenant, à nouveau, ce n’était que vide et douleur. Maintenant, à nouveau, je revoyais l’image de la mort, ré-entendais sa voix, ressentais la souffrance qu’elle me faisait subir. Mes yeux perdus dans ce vide si gris, ma main te caressant, Ombre, de gestes si machinaux, je ré-assistais pour la énième fois à ma mise à mort, celle que j’avais décidée, celle que j’avais exécutée. Pour Isuas. Pour Ange, au cœur si beau mais – pourquoi ne le savais-je que maintenant ? – si triste. Mais où était-elle, à présent ? Dans quel recoin de l’enfer ? Ce monde était si vaste ! Mais il ressemblait à celui que j’avais quitté quelques jours auparavant. Ces deux mondes étaient comme deux jumeaux. Ils se ressemblaient en tous points, je n’avais rien vu qui aurait pu être différent de la vie. Mon propre abri abandonné s’y trouvait, je l’avais vu. Et j’y avais laissé ma peluche, mon petit chat. Je l’avais oublié. J’avais oublié un des rares souvenirs de Ange ! J’étais si irresponsable, si vilaine… ! Après tout, ne méritais-je pas vraiment de souffrir ? N’avais-je pas cherché cette punition en m’opposant aux Anges et, par ce moyen, à Dieu ? En plus d’être déchue, j’avais été condamnée à souffrir. Condamnée… J’avais mis Isuas en danger en restant auprès d’elle. Et si ma punition m’avait frappée ? Et si j’étais morte ? Et si c’était Ange qui avait fait un allé simple pour l’enfer à ma place ? Au final, c’était ce qu’elle avait fait… Etait-ce Dieu qui l’avait décidé ? Non ! C’était les paysans qui avaient tué celle que j’aime. Mais peut-être était-ce Dieu qui les avait contrôlé ?

Le débat dans mon esprit venait à peine de commencer qu’il fut couvert, aplati, écrasé, broyé par toujours ce même souvenir qui refusait de me lâcher. Mais mes pensées tinrent bon et de nouvelles questions m’assaillirent, traitant encore de ce Dieu que je haïssais tant. Etait-ce lui qui me forçait à revoir sans cesse ma mort ? Etait-ce lui, du haut de ses Cieux misérables, me faisait souffrir encore et encore en me regardant sévèrement ? Ou avait-il décidé que tous les décédés qui devaient être punis vissent, entendissent et sentissent sans cesse leur mort une fois en enfer ? Etait-ce Dieu qui provoquait au jour le jour ma souffrance ou bien l’avait-il préparée dès le début de ma déchéance ? Ce Dieu, si dur, si sévère envers les gens… ! Le misérable ! Il méritait de devenir un misérable humain et de vivre dans le monde qu’il était censé avoir créé. Il méritait de subir les souffrances qu’il infligeait. Il méritait d’être puni pour toutes les punitions qu’il avait injustement décidées. Sale Dieu ! Il ne mérite pas d’exister ! Il ne mérite rien !
Mes émotions ne me dépassèrent qu’à peine ; je ne fis que froncer légèrement les sourcils en pensant à l’ingrat. Mon souhait était de le supprimer, lui et tous les anges. Supprimer tous ces gens qui se disaient bien alors qu’ils n’étaient pas mieux que les autres. Ces gens qui, par orgueil, s’étaient même rabaissés aux autres alors qu’ils prétendaient le contraire.

Ma main cessa de te caresser, Ombre, mes yeux clignèrent et mon regard se fit net. Je levai la tête, jetai quelques coups d’œil sur ce qui m’entourait. Je vis les sourires bien trop familiers et agaçants que les gens esquissaient, exactement comme lorsque je vivais. Je ressentis à nouveau la haine en moi. Cette haine qui bouillonnait, cette haine qui m’avait guidée dans bien des meurtres, cette haine qui comme le souvenir de ma mort refusait de me lâcher… Elle m’avait aidée à sombrer. Etait-ce bien ou mal ? De toute façon, lorsque j’étais déchue, j’appartenais à une race maléfique, y sombrer était normal et évident. La haine m’avait permis de passer très vite le cap de l’incompréhension qui touchait un bon nombre de récents déchus. Elle m’avait permis de me familiariser avec le côté obscur de mon être. La haine, si forte, explosive… Un sentiment qui ressemblait beaucoup à l’amour. Les deux apportaient de l’aide, les deux étaient puissants, les deux pouvaient rendre fou. Et ils étaient tous deux en moi. Pourtant, j’avais tellement de mal à supporter l’enfer ! C’était tellement difficile retourner chaque fois cette scène dans la tête et dans voir tous les aspects sans qu’on puisse chasser le souvenir pour ne serait-ce quelques instants ! Si dur… A nouveau, je voulus pleurer. A nouveau, une boule dans ma gorge m’étouffa sans qu’aucune larme ne pût me soulager. J’avais cessé de me demander pourquoi mes yeux restaient secs.

Je commençais à me demander ce que j’allais faire en enfer. Je parvenais un peu à réfléchir, juste assez pour me dire que je devais retrouver Ange. Juste pour me dire que j’avais intérêt à le faire. Mais pas maintenant, pas tout de suite… Je ne savais où chercher, les gens ne m’aideraient jamais, l’enfer était immense. Je ne savais pas où commencer, alors je pensai à repousser un peu ma recherche, juste un tout petit peu, le temps de… de souffrir encore. Je ne pouvais qu’avoir mal sans Isuas. Si j’étais ici, c’était pour la revoir, la réentendre, la ressentir contre moi. Elle avait été ma seule raison de vivre. Ensuite, elle était ma plus forte raison de mourir. Maintenant, elle était l’unique raison de résister, de ne pas sombrer de la folie des sentiments et du mal-être. Un enfant éclata de rire lorsque sa mère le chatouilla au cou. Je serrai les poings, mais mon visage redevint impassible. Je devais tenir bon… Je le devais ! Un couple se tenant la main passa devant moi. Il marcha un peu plus loin avant de s’arrêter. Le jeune homme et la jeune femme se mirent face à face, s’embrassèrent. Mes ongles commencèrent à s’enfoncer dans mes paumes, me procurant une douleur que je ne sentis pas. J’entendis le cri joyeux d’une petite fille qui venait de gagner à un jeu de pêche, le rire d’une femme amusée par les racontars des autres. Plus loin, il y avait un groupe de gamin qui se groupaient peu à peu autour d’un clown. Ils étaient tous pathétiques, comme dans la vie. Pathétiques, abrutis, misérables. Tous !

Je repensai à ce qui s’était passé à peine quelques instants plus tôt. J’avais attaqué un ange mais personne ne m’en avait empêché, personne ne m’avait même vu. C’était étrange… L’ange était suicidaire mais devait savoir que mettre fin à sa propre vie était un pêché. Etre tué l’arrangerait bien… Heureusement que j’avais décidé de le laisser souffrir un peu plus. Un détail m’interloqua. J’avais croisé un ange. Un ange en enfer ! Non, ce n’était pas vrai… C’était juste un mirage pour me faire perdre contenance. Juste une minable illusion. Un ange en enfer… Une simple vision… Je ne devais pas être bien dans ma tête, alors. Ou bien était-ce Dieu qui avait créé cette image spécialement pour moi ? Dieu ! Saleté de Dieu ! Un jour, j’allai commencer à assassiner tous les anges un par un. Et quand tous seraient morts, Dieu serait seul. Seul face à moi. Seul face à tout ceux qui voulaient mettre fin à son existence. Seul. Ridiculement seul. Et il allait payer !
Comment se faisait-il que je fusse été transparente ? Transparente, incapable de toucher quelque chose de dur. Comme un fantôme. Non, je n’étais pas un fantôme, j’étais simplement une fille en enfer. Je ne pouvais être un fantôme… Les fantômes n’étaient pas en enfer, moi si. De plus, mon corps avait retrouvé sa solidité. Je pouvais toucher. Je ne pouvais pas voir au travers. C’était encore Dieu qui m’avait fait croire que j’étais un fantôme, pour me déstabiliser. Allait-il enfin me laisser seule en enfer ? Sa présence m’agaçait, ses agissements avaient failli me faire croire des choses impossibles. Qu’il me laisse souffrir seule. Je n’avais pas besoin de ses obstacles. Qu’il s’en aille. Il n’avait rien à faire en enfer. Qu’il torture les anges. Ca leur ferait du bien.

Une question retentit en moi. Comment faire pour supporter l’enfer sans Isuas ? Car j’étais persuadée que je ne la retrouverais pas avant un long moment. Je n’étais même pas sûre de la retrouver un jour. L’enfer s’étendait de bien trop. Et il fallait que je me tinsse loin de la folie. Comment allais-je m’y prendre ? C’était impossible. Tôt ou tard, la folie m’atteindrait. Alors je me jetterai sur le premier venu pour lui faire subir milles souffrances. Je hurlerais. Je m’en prendrais même à moi-même pour libérer ce qui restait en moi. Et à nouveau, j’allais accumuler la douleur pour ensuite exploser encore. Et ce serait comme un cercle vicieux. Le vide ainsi créé se remplirait de douleur, je la chasserais avec violence, puis elle reviendrait, et cela recommencerait. L’enfer était une horrible prison de laquelle il était impossible de sortir. C’était pour cela qu’il n’y avait ni barreaux, ni chaînes, ni murs. Il y avait juste la souffrance impossible à supporter sans sombrer dans la folie.

Soudain, j’entendis un lointain piaillement qui me sortit peu à peu de mes pensées. D’où venait ce bruit ? Je mis plusieurs secondes à me rendre compte qu’un petit oiseau dont la couleur jaune contrastait avec mes vêtements noirs et blancs, mon teint pâle et mes cheveux de jais. Ringo, pourquoi avait-il poussé ce bruit ? Je vis alors que tu avais dressé tes oreilles, Ombre, et que tu regardais à ma gauche. Une voix parvint à mes oreille, une voix que je reconnaîtrais entre milles. La voix articula un mot, un seul.

« Hime ? »
Je devais rêver, non? C’était encore Dieu qui me jouait des tours ! Je pris une longue respiration. Puis, très lentement, je tournai la tête vers ma gauche. Je pus remarquer que, du coin de l’œil, Ringo avait lui aussi tourné sa tête vers l’endroit d’où venait la parole. Nous fûmes trois à regarder la personne dont le physique était exactement celui auquel je m’attendais. Exactement comme l’enfer ressemblant à la vie, celle qui était assise au bout du banc était strictement identique à Ange. Même son regard malheureux n’était pas différent. Mais je ne crus pas un instant ce que je vis. Je savais que Dieu m’observait de loin et était certaine que ce que je voyais là n’était que le fruit de ses agissements. C’était encore un mirage que je voyais. Une simple image censé me déstabiliser. Mais je tins bon. Cette fois-ci, je ne tombai pas un seul instant dans le piège. Je fermai mes yeux vides quelques secondes puis les rouvris. Le mirage était encore là à me regarder. Non, ce n’était pas Isuas. Non ce n’était pas elle. Ce n’était pas elle…

Ne supportant plus cette vision, je détournai la tête, priant Dieu pour qu’il cesse de m’importuner. Je savais que j’étais mal placée pour prier, encore plus pour demander quelque chose au Seigneur, mais je ne pouvais faire que cela. Voir ce corps si familier me faisait mal. Et même en ayant cessé de le regarder, même en l’ayant sorti de mon champ de vision, j’avais mal. Ange… Où était-elle ? Je voulais l’avoir près de moi, la sentir contre moi... Ange… Elle me manquait tellement ! Et même si je l’avais vengée, ma haine envers son village ne s’était pas calmée. Je me revis trancher les poignets d’un bébé pour les offrir au cadavre. Et le mien ? Où était-il mon cadavre ? Cette question me rappela encore mon suicide et je revis encore la scène. Toujours ces mêmes images, toujours ces mêmes sons, toujours ces mêmes souffrances… Toujours, toujours, toujours !
Je montai mes mains à la gorge, y appuyai. Ma boule était insupportable. Au moins, je pouvais la toucher. J’appuyai pour calmer cette douleur. Il me sembla que cela marchait. J’appuyai plus fort. Je sentis mes poumons se crisper, mon cœur me frapper. Une toux me prit. Je retirai mes mains de ma gorge, en mis une devant ma bouche et l’autre sur mon cœur. Allai-je vomir ? J’en avais soudain envie. Mais rien ne sortit, comme toujours, et je ne pus qu’attendre que mon mal-être physique se calmât.
Non, je ne pouvais pas supporter une seconde de plus de sentir cette illusion à côté de moi. Je me levai avec l’intention de m’éloigner le plus possible de cette horreur qui ressemblait en tout point à Ange. Je fis un pas. Je ne pus en faire plus. Ringo s’était envolé et se précipitait vers le mirage. Quoi ?! Lui aussi se faisait avoir ! Je me retournai, voulus l’appeler, mais je n’ouvris pas ma bouche. Ma gorge était sèche, je savais qu’aucun son ne serait produit et encore moins entendu.

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MessageSujet: Re: Un peu de douleur... [PV]   Ven 24 Aoû - 15:24

Ca ne pouvait qu’être toi ! Ce visage, cette apparence si détachée du monde, ce regard vide. Comme la première fois. Notre première fois. Ici-même, sur ce banc. Mais Hime pourquoi ? Pourquoi étais-tu aussi dans les vacillantes flammes de l’enfer ? Avais-je raison ? M’avais-tu suivi jusque dans la mort ? Je… Ne voulais pas. Hime je ne voulais pas que la mort t’ais emportée toi aussi… Je baissai mes yeux gris. Mon regard était terne. Qu’est-ce que j’espérais, je me demandais-même si tu étais encore capable de vouloir mourir pour moi. Moi j’aurais été prête à le faire. Mais toi, tu avais du me haïr, en découvrant cette chambre vide… Alors je ne comprenais pas, ce que tu faisais ici. Peut-être un de ces humais avait eu raison de toi, et tu te serais retrouver en enfer ?

Hme dit-moi, dit-moi pourquoi tu es la, a quelque pas de moi ? Explique-moi… Je veux tout savoir. Je voyais bien que tu ne croyais pas en moi. Même moi je méfiais, peut-être étais-tu une illusion, peut-être que te voir sans pouvoir t’atteindre était mon châtiment. Mais te voir, te savoir a mes côtés m’ôtais toute méfiance. Je voulais me laisser aller, j’en avais marre. Pourquoi ne devais-je pas croire que c’était toi ? Parce que j’étais morte et en enfer ? Et alors ? J’avais besoin de sentir ta chaleur tout contre moi. De savoir que tu vivais encore quelque part, que ce soit en enfer ou sur terre. Je me souvenais… A quelle point tes sourires si rares me réconfortaient, a quel point ta main dans la mienne me manquait…

Alors, j’ai pris le risque d’y croire. Je me suis lever et t’ai rattrapé. J’ai pris ta main dans la mienne, la portant à ma joue. Je fermai les yeux, appréciant ce contact qui m’avait tant manqué. Cette main d’enfant, douce et blanche, juste contre ma joue. Un sourire se glissa sur mes lèvres, j’étais apaisé. Que ce soit toi Hime, ou le diable travesti, je m’en moquais. Si c’était le diable, sa vision était parfaite. Il avait jusqu'à reproduit Ringo, cet oisillon que je t’ai laissé…Avec ma montre. Je lâchai la main, laissant ce petit oiseau sur mon épaule, et je te serrai dans mes bras. De toutes mes forces, je ne te lâchai plus, je ne t’aurais pas laissé partir. Je laissai ma tête retomber doucement sur la tienne. J’étais tremblante, j’osais à peine y croire. Si tu étais le diable, je ne tomberai pas de haut. Mais si c’était toi Hime… Je voulais savoir, quelles sont les raisons qui ont fait que te retrouve, ici-même, en enfer.


Nothing – « Hime… Je… Je… »

Je n’arrivai même pas à aligner trois mots en ta présence. Je ne pouvais que te prendre dans mes bras et oser croire a ce mirage que tu étais sûrement. Je t’attirai tout contre ma poitrine, et avec une légère pression sur les épaules, te fit pivoter. Je pouvais enfin voir ton visage. Ce visage que j’avais détaillé toute une nuit. Ces yeux noirs, qui parfois avaient cette lueur aussi innocente que celle des enfants, ces joues qui avaient dussent être le sillon de bien des larmes et ces lèvres… Ces lèvres que j’avais embrassées dans ton sommeil. Parce que peut-être j’avais eu peur que tu me rejettes…

Doucement je m’assis sur le banc, toi contre moi. Je glissai ma main dans tes cheveux de jais, respirais ton odeur qui m’avais tant manqué et profitais de ce contact. Ce contact qui, sans que je m’en rende réellement compte, m’était devenu vital. Je ne savais pas quoi te dire. Ce n’est pas comme si cela changeai grand-chose entre nous. Tu te souviens de nos regards Hime ? Nos regards que personne ne comprenait, sauf toi… Ces regards si expressif, un simple coup d’œil et l’ont se comprenait. Un simple geste… Oui, nous n’avions pas besoin de choses aussi futiles que des mots pour se dire « Je t’aime ». Mais j’aurais tellement aimé avoir quelque chose à te dire… Je soupirai d’aise alors que je relâchai ma prise sur toi.


Nothing – « Hime je… Haiiro… Pourquoi es-tu ici ? Que fais-tu dans ce monde aussi répugnant que celui d’en haut ? »

Je réalisai à l’ instant l’impacte de mes mots. Au lieu de sortir ces litanies d’amour et te dire a quelle point j’étais heureuse. A quel point j’étais heureuse que ce plaisir égoïste soit comblé, je te faisais presque des reproches pour m’avoir suivi. Je resserrai ma prise. M’en voulant de t’avoir dis ça. Que tu m’es suivi était un malheur. Je ne voulais pas que tu voies l’enfer et que tu meures à cause de moi. Mais que tu m’es suivi était aussi la chose la plus merveilleuse. Mon cœur cessait de battre depuis longtemps. Un sourire se glissa sur mes lèvres anémiées alors que je murmurai, caressant tes longs cheveux :


Nothing – « Je suis désolée. Je ne voulais simplement pas que tu me suives ou que toi aussi, tu connaisses l’enfer. C’est un endroit semblable à cette terre que nous haïssions tant… »

J’avais beau essayer de me convaincre, que peut-être tu n’étais pas celle que je croyais. Que tu n’étais qu’un supplice parmi tous ceux qui m’attendait, je n’y arrivais pas. Je ne pouvais me résoudre à te considérer comme une vulgaire illusion. Tu étais bien trop dans mon cœur pour que je puisse cette barrière mentale que seule toi avait sut briser. Alors, peut-être que ma chute n’en serait que plus douloureuse, mais je voulais y croire. Je voulais croire en cette chaleur blottie contre moi. Je voulais croire que tu me rendrais mon étreinte… et au fond, j’espérais que si tu étais la vraie, Hime, tu me reconnaisses.

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MessageSujet: Re: Un peu de douleur... [PV]   Ven 24 Aoû - 20:43

Ombre, tu étais assis à côté de moi, et tu étais peut-être pensif. A moins que tu observasses les gens comme moi je le faisais. Tu n’étais pas un vulgaire animal de compagnie qui avait été dressé, tu étais mon ami. Tu n’appartenais à aucune race ; tu étais différent. Ta fourrure noire ornée d’anneaux te rendait visible de loin, tes yeux de braises luisait me rassuraient lorsqu’ils plongeaient dans les miens si misérables. C’était toi qui m’aidait quand je travaillais dans la magie noire, toi qui me prêtait ton agréable compagnie quand j’étais seule, toi qui blottissait ta tête contre moi quand je me sentais triste. J’étais presque impatiente que tu t’installasses sur mes genoux, mais tu restais immobile, à côté de moi. Je crois savoir pourquoi tu ne bougeais pas : j’étais trop absorbée par mes pensées, tu voulais me laisser en paix. C’était sage de ta part et peut-être avais-tu raison.
J’injuriais mentalement Dieu qui m’avait fait subir plusieurs illusions depuis que j’étais dans cette endroit si joyeux. Mais pendant que je marchais dans la plaine, il m’avait laissé. Je m’étais écorché les jambes, déchirant mes bas par endroits, abîmé mes chaussures et fait naître quelques belles ampoules à mes pieds tant j’avais erré. Cependant cette douleur ne m’avait été rien par rapport à celle que me procurait ma mort. Mon corps n’avait pas été de cet avis et je m’étais écroulée dans l’herbe un moment donné. Je m’étais relevée le plus vite possible pour fuir ce souvenir incessant qui me rappelait mon suicide. Pourquoi Dieu n’en avait-il pas profité dans la plaine ? De plus, il n’y avait personne là-bas… Je n’avais pas rencontre âme qui vive pendant des jours entiers, jusqu’à arriver à proximité de la ville puis, plu tard, de la fête foraine. J’avais été profondément plongé dans ma solitude, sans aucune possibilité de m’arrêter pour te serrer, Ombre, dans mes bras. Et j’avais fini par me trouver folle. Folle parce que je m’étais condamnée à souffrir pour l’éternité. C’était l’amour qui m’avait rendu folle alors qu’avant avoir connu ce sentiment, j’étais assez saine d’esprit pour éviter de prendre des décisions aussi insensées. C’était l’amour qui m’avait poussé à me suicider. Et la source de cet amour était Isuas. Je ne le nommais pas Ange pour ses ailes blanches (d’ailleurs, elle n’en avait pas) mais pour son cœur que je trouvais pur comme du cristal. Elle était un véritable ange, peut-être l’unique au monde. Et la laisser partir était, pour mon noir cœur amoureux, hors de question. J’étais folle et je l’avais compris durant mon errance dans la plaine de l’enfer.
Mais pourquoi Dieu n’en avait-il pas profité pour rendre ma vie encore pire qu’elle l’était ?! C’était l’occasion idéale. Mais il n’avait aucune logique. Alors il n’était pas étonnant qu’il punît injustement les gens. Non, cela ne me consternait plus le moins du monde, et ce depuis bien longtemps.

Finalement, m’asseoir sur ce banc m’avait permis de reposer mon corps. Et, que je veuille ou non l’admettre, c’était grâce à cela que, peu à peu, je parvenais à réfléchir alors qu’un peu plus tôt, je errais sans but, sans pensée… Seule la douleur avait retenti en moi. A présent, mon esprit était un peu plus apte à songer. Et je me rappelais encore plus d’Isuas, de son corps qui restait chaud même en plein hiver, de ses yeux gris pleins de tristesse, de ses mains qui caressaient mes cheveux d’un même geste. Et je me disais que je devais la retrouver. C’était mon but, ma mission. Retrouver Ange perdue pour que je ne le fus plus moi-même. Je m’étais demandé s’il me serait possible de la revoir en vrai, de lui prendre la main, de lui montrer mon amour. Je m’étais demandé comment et où je pourrais à nouveau la rencontrer.
Et Ringo avait paillé, et tu avais tourné ta tête noire vers la gauche pour poser tes yeux rouges sur la source d’une voix que trop familière qui m’avait appelée. J’avais lentement dirigé à mon tour la visage sur ce qui s’était révélé être la réplique parfaite de ma raison de mourir et d’aimer. La réplique parfaite de Ange. Je n’avais pas supporté de voir ses yeux tristes et une boule s’était formé dans ma gorge tant j’avais eu envie de pleurer de rage et de détresse. Puis, décidant que c’en était assez, je m’étais levé dans le but de m’éloigner le plus possible de cette illusion. Car ce ne pouvait qu’être un misérable mirage de la main de Dieu qui était apparu sur le même banc que le mien, juste au moment où je pensais fort à Isuas. Seulement, Ringo en avait décidé autrement. Il avait déployé ses ailes et avait volé jusqu’à la vision, se laissant berner. Je m’attendais à ce que celle-ci soit trahie mais ce ne fut pas le cas. L’oisillon s’était immobilisé près du visage de l’apparition avant de se poser sur son épaule. L’illusion était solide. Soit. Mais elle ne restait pas loin un objet de Dieu. Néanmoins, quelque part, je souhaitais de toutes mes forces que je fusse dans l’erreur. Je voulais m’être trompée en dédaignant ce qui était en réalité la personne que j’avais décidé de rejoindre à tout prix. Ombre, tu t’étais levé mais n’étais pas descendu du banc. Tu observais avec une attention particulière ce mirage. Je n’osais même pas me mettre en face de lui, le regardant à la dérobée. Tu semblais hésiter à décider si oui ou non Ange était là ou pas.

Du coin de l’œil, je vis la personne, si c’en était vraiment une, se lever. J’entendis deux pas. Je sentis des mains saisir la mienne. Je sentis ce contact. Ma main se laissa porter jusqu’à la joue de Isuas sur laquelle elle fut posée. Je ne pus m’empêcher de garder mes yeux noirs sur ce visage qui esquissa un sourire apaisé, les yeux clos. Juste avant que les paupières se rejoignissent, j’avais vu dans le regard l’amour et l’espoir mêlés. Un regard que j’avais appris à déchiffrer en mon vivant. Un mirage pouvait-il être solide et laisser apercevoir des sentiments compliqués tels que l’amour ? Je commençais à en douter. Le désir d’avoir devant mon Ange et non pas une copie alla en crescendo.
Ma main fut relâchée et je fus étreinte. Je sentis que les bras m’enlaçant tremblaient. Ils m’avaient saisie avec une précipitation marquée mais non brutale. Une tête se posa doucement sur la mienne, sans peser. Je me laissais docilement faire. De toute façon, je ne parvenais pas à opposer la moindre résistance. Une partie de moi me répétait inlassablement que ce n’était qu’une illusion qui me serrait dans ses bras, une autre me hurlait que Isuas était là, contre moi. Une chaleur émanait d’elle, cette même chaleur que je lui avais sentie bien des fois, notamment les jours d’hivers durant lesquels elle me l’offrait lorsque mon corps se mettait à trembler de froid. Je n’avais jamais été physiquement forte ni résistante. Dans mon débat intérieur, je pus tirer une conclusion : mirage ou pas, j’avais finalement été troublée par ce qui bredouilla quelques mots avant de se taire. L’apparition n’avait pas réussi à communiquer quoique ce soit par des mots, n’en alignant même pas trois. J’avais par contre parfaitement entendu l’émotion qui était logiquement la cause de ce bafouillage dénué de sens. Soit Dieu était vraiment doué, soit c’était Isuas qui me parlait vraiment.
Mais Dieu ne se fatiguerait pas sur mon unique cas. Lorsque cette pensée me traversa, je sus que mes espoirs n’étaient pas vains et que, même en enfer, de bonnes choses pouvaient arriver quand elles n’étaient pas sources de ce monde sous-terrain. Une partie de moi continuait de dire que je me trompais et tombais dans un piège profond, mais ce n’était plus suffisant. Je m’étais résolue à croire que celle que j’aimais me serrait véritablement dans ses bras.

Je sentis une légère pression sur mes épaules et fut tournée face à Isuas qui observa mon visage. Je n’avais d’autre choix que d’observer le sien. Je jetai à peine un coup d’œil à ce nez droit, cette bouche aux lèvres assez pulpeuses, ce menton fin mais loin d’être long ou pointu, ces quelques mèches blond-roux qui passaient çà et là sur ce front lisse. Je contemplai plutôt ces yeux gris où j’y vis un flot d’émotions. L’amour et l’espoir étaient encore présents, mais étaient apparus le soulagement et la joie. Ce dernier sentiment était apparu si rarement dans ce regard lors de la vie… !
Ange me ramena sur banc, ne me lâchant pas. Cela me rappela encore ce jour, en hiver, lorsque nous avions marché l’une contre l’autre jusqu’à sa tour parce que j’avais froid. Si seulement mon corps était moins misérable, je pourrais profiter de la fraîcheur lorsqu’elle pénétrait lentement en moi. Je sentis une main se glisser dans mes cheveux sombres comme les ténèbres. Je sentis des caresses sur ma tête. Et mes derniers doutes s’envolèrent ; ce fut pourquoi mes bras jusque là ballants passaient derrière le dos d’Isuas. Je reconnaissais tout du doux frottement : l’endroit où il passait et repassait, la vitesse, l’appui des mains sur mon crâne, et la sensation que cela me procurait. Pour la première fois depuis que j’étais morte, la douleur devint nulle, remplacé par un bien-être agréable. De mon vivant, j’avais toujours cru qu’on ne pouvait sentir telles choses en enfer. Je m’étais trompée. L’enfer était parfaitement identique à la vie, alors. Il n’y avait aucune différence. Même les bonnes choses étaient là. Si je mangeais ma nourriture préféré (à condition que je le pusse), je savais que je me régalerais. Si je contemplais le ciel étoilé, je savais que je me sentirais aussi légère que si je volais autour de ses minuscules lueurs. Cette ressemblance me troubla pendant un bref instant, mais ce n’était pas le moment pour éprouver cela.

Isuas choisit le bon moment pour prendre la parole. Je pus dévier mon attention pour la diriger vers ses dires. Après avoir trébuché sur les premiers mots, l’adolescente me demanda la raison de ma présence ici, dans ce monde aussi répugnant que celui d’en haut. Je sous-entendis qu’elle ne s’attendait pas à me voir avec elle, en enfer. Elle avait toujours pensé que je ne mourrais pas pour la rejoindre si un jour elle quittait la vie. N’avait-elle pas confiance en mes sentiments ? Elle savait pourtant bien que je l’aimais. Et ne lui avais-je pas dit, un jour, que jamais nous serions séparées, que même la mort ne parviendrait à nous dissocier malgré notre amour ? Pourtant, elle m’avait demandé ce que je faisais dans ce monde. Si elle ne s’attendait pas à me trouver ici, cela voulait peut-être dire qu’elle ne voulait pas me trouver ici. Elle m’avait quitté en espérant que je ne la rejoignisse pas. Apparemment, elle avait été prête à se séparer de moi durant de nombreuses et longues années pour fuir son village et ses autres problèmes. Ce fut une grosse déception que je ressentis. Néanmoins, je n’étais pas prête d’oublier la joie et le soulagement que j’avais vus dans son regard un peu plus tôt. En me souvenant de ce moment de retrouvaille, je sus que Ange avait profondément voulu que nous fussions ensemble tout en souhaitant que je ne misse pas inutilement fin à ma vie. Seulement, elle venait très clairement de dire que la vie était aussi horrible que l’enfer. Alors elle n’avait pas à s’inquiéter pour ma mort. Cependant, depuis que j’étais descendue, j’avais subi une véritable torture. Ce monde était parfaitement identique à celui d’au-dessus, mais moi j’avais changé. Et c’était précisément cela qui m’avait fait souffrir. A présent, je pouvais en être certaine.
Isuas m’avait presque reproché de l’avoir suivi. Je sentis qu’elle regretta ses mots car elle me serra plus fort, coupant mon souffle pendant un bref instant. Mes les caresses dans ma chevelure de jais ne cessèrent pas. Ange me murmura des excuses. Elle confirma mes pensées, me disant qu’elle nous voulait simplement pas que je la suivisse et que, plus précisément, je connusse l’enfer qui était semblable à cette terre que nous haïssions tant. Oh ! oui, cet endroit était même une réplique parfaite du monde d’au-dessus, et c’était louche. Normalement, la joie de Isuas et mon bien-être n’auraient pas dû exister. Peu à peu, ma douleur se taisait. Peu à peu, je sentais l’amour me chauffer la poitrine. Je ne sentais pas les coups inexistants de mon cœur et avais fini de m’entêter à les imaginer. Je n’avais pas vraiment senti le soulagement, trop préoccupée par mes doutes. A présent, je le percevais. Penser que je n’aurais pas à chercher éternellement mon Ange, penser que je serais tranquille, penser que ne serais plus seule… Tout cela m’apaisait. Je pouvais à présent penser que j’allais pouvoir mener ma mort en paix.

Je ne lui en voulais pas pour m’avoir déçue pendant quelques instants. Je ne pouvais pas être en colère après elle, je l’aimais trop pour avoir une telle émotion pour elle. Néanmoins, je tenais à lui rappeler que ma mort était évidente aussitôt la sienne survenue, c’est pourquoi je répondis :

« Jamais nous ne serons séparées. »
Je fis une pause, pour donner de l’ampleur aux mots, de sorte qu’Isuas comprît bien que j’étais morte uniquement pour elle qui avait été ma seule raison de mourir, qui avait auparavant été ma vraie raison de vivre.
Ensuite, je glissai sur un autre sujet, celui qui me tenait plutôt à cœur tant il était suspect à mes yeux.

« Peut-on être apaisé et joyeux en enfer ? »
Que laissais-je sous-entendre ? Je me rendis compte que j’insinuais que cet endroit n’était pas l’enfer. Je n’avais pas pensé cela mais je me rendis compte que cette supposition n’était pas complètement absurde. Si j’avais lu des livres à propos de la mort et de ce qu’il y avait après, j’aurais sûrement su. Mais, tant que j’y pensais, peut-être y en avait-il à la bibliothèque de la ville que j’avais vaguement traversée ?
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MessageSujet: Re: Un peu de douleur... [PV]   Sam 24 Nov - 22:54

Je me délectai de l'odeur qui enivrait mes narines – ton odeur. Cela me semblait une éternité que je n'eus pu sentir ce parfum si innocent et délicat. Je prenais chaque inspirations dans l'espoir de garder ce parfum dans ma mémoire pour longtemps. De telle sorte, que même loin de moi, je puisse être guidée par cette odeur qui m'accompagna pendant près de trois ans. J'étais tellement heureuse de te retrouver, de sentir ton corps – ironiquement aussi immatériel que le mien – contre le mien. Quelques perles salées roulèrent sur ma joue. Mes yeux s'écarquillèrent lorsque des larmes se perdirent dans tes cheveux de jais. Moi qui pendant seize ans de vie n'avais jamais pleuré. Moi qui m'étais montrée forte, parce que c'était moi la cause du malheur du monde... Moi qui avait tellement souris alors que je voulais pleurer... Je pleurais en t'étreignant. Je pleurais parce que je fus heureuse de te retrouver, de savoir que malgré ce que je t'eusses fait subir, tu m'aimas toujours. Même dans l'enfer où tu n'étais pas près de moi, Hime, mes larmes restaient taries. Dans tes bras immaculés, j'oubliai tout. J'oubliai que j'étais morte, que j'étais condamnée à l'enfer et aux souffrances. Tu étais avec moi, tu étais contre moi. C'est tout ce qui comptait pour moi.

Je me souvenais, de ce jour où j'eus pris conscience que je t'aimai. C'était si je ne me trompe pas une nuit d'hiver. Alors que le soleil se mourrait derrière les montagnes qui dominaient cette plaine. Notre plaine. Une nouvelle nuit où je te quittai faiblement. Avec l'envie que la nuit disparaisse pour laisser place au jour, et ainsi a un nouveau lendemain avec toi. Comme d'habitude nous rentrâmes chacunes de notre coté. Je retournai dans la tour d'Ornée et observai le feu qui brûlait dans son foyer. Les flammes vacillait alors qu'une nouvelle fois je passais une nuit blanche. Tu ne le sais peut-être pas Hime, mais si je n'étais pas près de toi, je ne pouvais m'endormir. De peur que la malédiction t'atteignes toi aussi, mes nuits étaient faite de mon sang d'encre. De mon effroi a découvrir que peut-être demain tu serais morte parce que tu m'aurais trop touchée. Cette nuit là, une nouvelle fois je la passa a regarder le feu qui me rappelai la haine qui animait tes yeux, lors de notre première rencontre. Je me posais beaucoup de question, sur nous deux, sur ce que tu étais réellement – une sorcière ou ange déchu, en avais-je déduis. Et puis, sur ce que tu étais pour moi. Il n'y avait pas de doute, tu étais trop proche de moi pour que je puisse te considérer comme une simple amie. Et tu étais bien plus proche encore pour que tu sois une petite sœur. Je me refusai de te considérer comme mon aimée. Car si c'était le cas, nous allions souffrir toutes les deux, et il fût hors de question que je t'entraîna dans une déchéance dont moi seule était la responsable. Pourtant il fut clair que ça ne pouvait être que cela. Et qu'importe le fait que je refoulai ce sentiment dans mon cœur, je t'aimai à en mourir, a en vivre même. C'était ta pensée qui fit que jamais la lame ne trancha mes veines – sauf plus tard, comme tu as pus le voir. Mais je dus me rendre à l'évidence, me résoudre à cette idée qui m'effrayait : je t'aimai. Ce n'était pas une bonne chose, tu allais souffrir. A cause de moi, parce que j'étais incapable de refouler mes émotions. Je souffrais de ce sentiment. Pour plusieurs raisons. La première était bien évidemment la peur. Cette peur qui me tiraillait les entrailles, celle de te perdre. Celle que ma puissante malédiction s'abatte sur toi, et celle que tu me rejettes. C'était mon plus grand effroi. Je passais des nuits entières à me contempler dans le miroir, en priant « Pourvu que mon sourire lui plaise, qu'elle ne se doute pas que je l'aime, qu'elle m'accepte, ainsi. » Mais je savais que malgré tout mes sourires – que tu avais débusqués – mon regard trahirai mes émotions. Alors, cessant de me mentir à moi-même et surtout à toi – je ne supportai l'idée de te tromper. Je le murmurai, dans le vent froid, alors que je t'avais prise une nouvelle fois dans mes bras.

Et ce jour là fût le plus beau de toute ma vie – même si ce qui découla ne fut qu'une suite de malheurs plus douloureux les uns que les autres. Car tu répondis a mon appel. Car tu acceptas cet amour tabou – et plus encore, tu pensais la même chose. Nos preuves amoureuses n'était pas comme tous ces couples d'adolescents, s'embrassant jusqu'à l'étouffement ou fait de « je t'aime » murmurés sur l'oreiller. Un simple regard, une main se glissant dans des cheveux et nous nous comprenions. Nous savions simplement que cet amour chaste était plus fort que tout. Et puis je pense que ce fût bien, que nous n'allions pas plus loin. C'était stupide. Pas notre amour, bien sûr, ce sentiment, celui qui nous unissait, personne ne le connaîtra jamais. Mais nous étions absurdes pour les autres. Nous étions tabous. L'amour nous était interdit. Nous étions femmes – nous le sommes toujours ; Nous étions trop jeunes – seize ans pour moi et treize pour toi. Nous ne pouvions pas connaître la force de ce sentiment, pour les adultes. Ils avaient tort. Ils ont tort. Nous aimons mieux qu'eux, j'en suis certaine. Alors ça n'avait pas d'importance, n'est-ce pas ? La manière dont nous montrâmes notre amour. De toute manière, les autres ne le comprendrai jamais. Bien sûr, j'avais ces pulsions adolescentes – qu'étrangement je gardais enfouies en moi sans que tu les devines. Parfois, j'avais envie de presser mes lèvres contre les tiennes, mais un sourire de ta part suffisait à contenter cette envie – même si le jour de ma mort, je cédai a mon envie égoïste. Quand bien même, j'étais toujours terrifiée, dans cette relation. Que ton corps frêle et pâle se brise à cause de la malédiction.

Je soupirai d'extase alors que je relâchai légèrement mon étreinte – mais te gardant contre moi. Nous étions déjà maudites. A partir du moment ou je t'eus dis « je t'aime », je t'avais condamnée. Mais malgré la peur, je n'en avais que faire. J'avais besoins de toi, tu étais celle que j'aimais. Tu étais plus pure que les anges si vertueux. Un rayon de lumière dans ce monde noir et froid qu'était mon monde de gamine. Tu étais mon garde-fou. Je repensai à cette rose blanche – te symbolisant – que j'avais détruite. Je culpabilisai. Je resserra soudainement mon étreinte et pris une profonde inspiration. Ma main tanguais toujours dans les vagues noires de tes cheveux.


Nothing - « Si tu savais comme je t'aime Hime... »

Soufflais-je dans tes cheveux. J'écoutais avec attentions tes paroles. Nous ne serions jamais séparées... Tu m'avais dit la même chose, je m’en souviens bien. Ce jour où nous nous étions déclarées… Seulement, par ma lâcheté, je n’ai jamais pu tenir cette promesse. Sauras-tu me pardonné, Hime ? Je l’espère au plus profond de mon âme. Dans cet endroit que nous appelions enfer. Dans ce lieu qui ressemblait trait pour trait au lieu le plus sacré pour moi, je t’étreignais, tout en me promettant de ne jamais te quitter. En me promettant que maintenant, vu que nous étions déchues toute les deux, ce bonheur que nous goutâmes, je ne l’abandonnerais jamais. Que je sois en enfer ou au paradis n’avait d’importance. J’étais heureuse de t’avoir dans mes bras.

Nothing – « Je l’ignore, Hime. Tout ce que je sais, et ce qui compte, c’est que je t’aie retrouvé. Et que comme tu le dis. Plus jamais nous ne serons séparées. Si même la Mort et l’Enfer n’ont pas réussi, personne n’y arrivera… »

J’avais envie de répéter ce geste d’adieu, qu’égoïste j’avais fait avant de me trancher les veines… En y repesant, l’image se grava dans ma mémoire. Le baiser interdit, et la drogue parcourant mon sang. Mes veines tranchées qui déversait une rivière de liquide rouge. A ces pensées, je te serrais plus fort contre moi. Non je n’avais pas le droit. Tu étais là, pour apaiser mes peines maintenant. Tu étais là, j’étais heureuse. Vraiment, il n’y avait pas lieu de penser à ces choses horribles… Je t’aimais plus que tout. Je ne cesserai de te le répéter. Alors pourquoi penser a cet acte égoïste. A cette douleur et a cet écœurement de moi-même ? Non, ca n’en valait pas la peine.

Nothing – « Qu’on soit en enfer ou au paradis, je suis heureuse. Qu’on soit au milieu de ces humains perfides et stupides, je suis heureuse aussi. Alors, Hime, je ne veux pas savoir. Tout ce que je veux réellement, c’est que tu sois réalité et non pas illusion… »

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MessageSujet: Re: Un peu de douleur... [PV]   Sam 1 Déc - 17:47

J’avais encore du mal à y croire. A me dire que Isuas était là, dans mes bras. Moi qui n’avait jamais pensé que je pourrai la retrouver si vite, j’étais encore sous le coup de la surprise, une surprise ridicule à côté de l’amour qui palpitait en moi à la place de mon sang. J’avais souffert pendant ce qui m’avait semblé une éternité, à vagabonder sans but dans la plaine, puis à me mettre à vouloir me mettre à la recherche de Ange. Et pourtant, je me surpris à penser que le temps était vite passé, qu’il avait été court. Oui, j’étais à présent persuadée que c’était celle que j’aimais qui me serrait dans ses bras, ma méfiance étant réduite au silence par mon amour. Je revis encore l’expression soudain soulagée puis apaisée quand Isuas avait saisi ma main pour la poser sur sa joue. Je revis dans son regard l’espoir et l’amour mêlés que j’avais lu juste avant qu’elle ferme les paupières. J’inspirai longuement l’odeur de Ange. Je pourrai la reconnaître entre milles. Et à présent, elle me caressait la chevelure, passant et repassant sa main dans mes mèches sombres. Elle me serrait encore dans ses bras. Et nous étions assises sur ce banc où nous nous étions revues pour la première fois depuis notre mort. Sa main dans mes mèches de jais m’avait toujours procuré un sentiment de sérénité. Je m’étais toujours sentie rassurée, protégée. A nouveau, j’eus le même sentiment, cette quiétude mêlée à la protection, et je savourai cette sensation avec plaisir.

Elle était morte par consentement, elle avait volontairement tranché ses veines. Elle m’avait quittée. Ou devrais-je dire délaissée, abandonnée. Cette idée d’être lâchée m’avait toujours insupportée. Chaque fois, j’avais fait ressentir ma colère. Et, quand c’était possible, je m’étais vengée. D’abord petite, j’avais tenté de m’en prendre aux gamins de mon école qui me rejetaient et me persécutaient. Les adultes m’en avait empêchée. Ensuite, j’avais assassiné mes ignobles parents en me délectant de leur souffrance. Ils étaient devenu deux âmes errantes, condamnées grâce à moi à ressentir le martyr d’un passé. Non, ce n’était pas mes parents que j’avais tué puisque je n’en avais jamais eu. C’était seulement deux êtres corrompus qui m’avaient fait souffrir dès ma première heure. Et chaque fois que j’avais eu mal, j’avais laissé ma douleur jaillir sur d’innocentes victimes. Que de plaisir à entendre leur cri dans la nuit ! Grâce à elles, j’avais appris de nouveaux rituels. La magie noire était devenue ma nature. Ma nature était de faire souffrir et de tuer.
Quand elle était morte, tranchant volontairement ses veines, me quittant par consentement, me délaissant, m’abandonnant, ma colère avait été grande. Mais ce n’était pas sur elle que je l’avais déchaînée, ni sur sa mémoire. C’était sur ceux qui l’avaient tuée. Elle était morte par consentement à cause d’un groupe de dizaines de gens, à cause de tout un village. Je le savais, j’en avais eu les preuves. Leurs regards rebutant, effrayé, haineux m’avaient tout dit. Leur village était devenu un village abandonné. Maudit. L’on disait sûrement qu’un malédiction l’avait frappé, ne laissant aucun survivant. La malédiction, c’était moi. Ma haine m’avait guidée dans ma cruauté. J’avais vengé. Mais cela ne pouvait redonner la vie à celle qui était morte à cause de tout ce qui était ensuite devenu ombre et fantôme. Alors je l’avais rejointe. J’étais morte par consentement. J’avais quitté la vie. Cette fois, j’avais refusé l’abandon, l’avais repoussé avec force. J’avais erré, mal, souffrante, morte. Torture, martyr. Désespoir, accablement. Douleur.
J’eus envie de crier l’image que je m’étais faite d’elle. Le mot resta coincé dans ma gorge. Repenser à cela m’avait à nouveau volé ma voix. J’étais crispée contre elle. Contre Isuas. Contre Ange. J’étais contre elle, et non plus sur un cadavre. J’étais contre son âme et jamais au grand jamais je ne la quitterais. Jamais rien ne pourrait nous séparer. Nous avions prouvé que la vie ne faisait que nous rapprocher. J’avais prouvé que la mort n’était qu’un obstacle qui se surmontait. Et lui en vouloir d’être morte, c’était trahir cette promesse. C’était bien la dernière chose que je souhaitais.

Elle diminua la pression mais ne me lâcha pas. Cela me rappela toute ses fois où elle me serrait dans ses bras. Je l’avais souvent sentie pensive. Ces pensées, je ne pouvais pas les entendre, je ne pouvais pas les « lire » comme on dit. Dans ses yeux, je ne voyais que l’émotion. Mais dans sa façon de me serrer dans ses bras, je croyais percevoir des pensées en plus des sentiments. Souvent, je sentais qu’elle m’aimait et qu’elle ne pensait qu’à cet amour. Des fois, elle était préoccupée, peut-être même inquiète, et elle cherchait du réconfort en moi, me serrant fort, me montrant qu’elle ne voulait pas me quitter malgré le monde. Pourquoi n’avais-je donc pas déduis qu’elle avait des problèmes avec son village ? La culpabilité me reprit. J’aurais dû comprendre. J’aurais dû empêcher cela. Mais je n’étais qu’une incapable et égoïste qui n’avait vu que l’amour pendu au bout de son nez.
Après tout… Peut-être cette mort était-elle une bonne chose ? Maintenant qu’elle était passée, je n’avais plus à m’en inquiéter. Je n’avais plus à avoir cet instinct qui tort les entrailles quand on essaie de se faire une idée de ce qui nous attend après la vie. C’était peut-être un soucis en moins… Oui, voilà, une question en moins… Pour milles douleurs en plus. Je revis encore mes mains si sûre d’elles guider ma lame loin de la vie. Non, pas ces images ! Pas ce son ! Pas ce mal-être doucereux ! Pas ce gouffre ! Je sentis Isuas resserrer son étreinte en même temps que je resserrai la mienne. Je me mis à chercher le réconfort nécessaire à calmer ma douleur. Mais l’amour le plus grand et le plus pur pouvait-il à lui seul couvrir toutes mes douleurs ? Avais-je seulement une idée de la taille de ma souffrance et de celle de mon sentiment ? La taille. Mais ils n’avaient aucune taille, ils avaient une force. C’étaient deux forces qui me poussaient, me pressaient, m’écrasaient. C’étaient deux poids bien difficiles à supporter pour un cœur si jeune comme le mien, si noir comme le mien. Je m’étais souvent demandée si j’avais le mérite d’aimer. Puis, sentant comme l’amour pouvait être douloureux lorsque Ange n’était pas là, je m’étais dis que oui. Oui, parce que j’ai le mérite de souffrir chaque fois que Isuas n’est pas auprès de moi, chaque fois que j’ai peur pour elle. Et je suis heureuse de mériter cette souffrance, car il y a tant de beauté à côté, tant d’euphorie ! Comment expliquer la joie d’aimer Ange ? Comment la décrire ? C’était parfois si doux en moi, d’autres fois si effusif ? Les pensées me tenaient tout contre Isuas, m’éloignant du souvenir insupportable de ma mort. J’avais l’impression de voler…

« Si tu savais comme je t’aime, Hime… » me murmura-t-elle, la tête plongée dans mes cheveux, répandant sa chaleur jusqu’aux racines.
Hime… Princesse… J’étais sa princesse, celle que l’on choyait avec plaisir, celle pour le bonheur de laquelle on ferait n’importe quoi. J’étais sa princesse, avec toute la délicatesse d’une fillette que l’on protège.
Ange… Elle était mon ange, elle me protégeait de son amour, elle illuminait mon cœur si habitué à être seul. Je ferais tout pour rester auprès d’elle, de sa chaleur, de sa douceur. J’étais morte pour elle.
J’avais besoin d’elle, elle avait besoin de moi. Nous avions besoin de notre lien. Séparées, nous n’étions plus rien. Séparées… Jamais nous ne le serions.
Je le lui répétai, comme je le lui avais dit le jour où elle avait pour la première fois formulé les mots « Je t’aime » avec ses lèvres. Je voulais qu’elle comprît que dans ma tête, notre lien était on ne pouvait plus clair et que jamais il ne se briserait. Je voulais qu’elle comprît que quoi qu’il arrivât, nous serions toujours ensemble, l’une contre l’autre, la main de l’une dans la main de l’autre. Toujours. Eternellement.

J’étais heureuse et apaisée. L’absence était terminée, j’étais à nouveau avec Isuas, blottie contre elle. Les questions qui accompagnaient la mort étaient disparues. Nous étions à présent en enfer. Il ressemblait trait pour trait au monde au-dessus, mais ce n’était plus un problème maintenant que j’étais avec Ange. Je trouvai même que nous avions de la chance de pouvoir nous serrer l’une contre l’autre au lieu de subir milles brûlures chacune de son côté, comme je l’avais toujours cru même si cela ne m’avait pas empêchée de mettre fin à mes jours. J’eusse pu avoir peur lorsque je m’étais tranché les veines. Mon cœur aurait accéléré l’allure tandis que je me serais demandée si ce qui m’attendait après la mort pouvait être encore pire que la vie. Mais non, je n’avais pas eu peur. Je n’avais pas eu peur de ce qui m’attendait, je n’avais pas hésité un seul instant. J’avais fait ce geste, l’avais répété pour lui donner son ampleur, et ce en pensant : « Ange, j’arrive. » Je ne m’étais pas demandé si rester auprès du cadavre était la meilleure chose qui me restait à faire. Pour moi, l question ne s’était pas posée. Ange était morte, j’allais donc mourir. Et la douleur avait fait le reste pour moi. J’avais ensuite réalisé à quel point se suicider était une folie. Quelle souffrance d’errer sans but, surtout dans un monde si ressemblant à celui qu’on avait voulu quitter au prix de la vie. Mais folle, je l’étais. Folle par amour, folle pour Ange. Et ma témérité était récompensée. Mais comment était-ce possible ? Comment pouvait-on récompenser un être mauvais à en être déchu ? Cela n’avait pas de sens. Et cette ressemblance… Tout était pareil, chaque détail était le même. Il n’y avait que moi qui avait changé. Et pourtant, je sentais que l’enfer m’était familier. L’enfer était mon chez-moi. Parce qu’Isuas s’y trouvait. J’étais apaisée, heureuse. C’était impossible, en enfer. Pourtant, c’était bel et bien le cas.
Ce paradoxe avait tout le loisir de me troubler. Je sentais que mes idées s’éclaircissaient. Je revis les deux ailes noires m’entourant pour me protéger, mais m’enfermant finalement dans un cocon de souvenirs douloureux. Et mes ailes à moi, qu’étaient-elles devenues ? Mes ailes, mes si belles ailes ? Jamais je n’avais osé les montrer à Isuas, lui dévoiler ma si mauvaise nature. Pourtant, elles me manquaient. Je les aimais, mes si sombres ailes.
Je revis les eaux troubles m’enserrant. Noirceur, obscurité dans laquelle je flottais… Un vide immense dans ce brouillard… Où était-il, ce brouillard ? Je ne le sentais plus. Les pensées pouvaient m’assaillirent en toute liberté. Mes sens pouvaient s’éveiller, se déployer. Je sentis un vent souffler doucement sur nous. Ange sentait-elle cette brise qui se levait pour nous saluer et fêter nos retrouvailles ? Vent, cela faisait si longtemps que je ne l’avais pas senti comme je le sentais à présent. Je sentais même sa fraîcheur me chatouillait l’échine. Oui, j’étais là, avec Ange, avec dame nature aussi. En enfer ? Je me surpris à penser que non. Non, nous n’étions pas en enfer. Nous n’avions pas bougé. Nous étions toujours restées sur ce banc, depuis notre rencontre. C’était ce banc, ce banc ! J’étais assise sur ce bois dur lorsque je l’avais vue pour la première fois. J’étais assise sur ce bois dur lorsque je l’avais vue pour la dernière fois, dans mes rêves… Mon âme avait volé jusqu’à ce banc, et je retrouvais Ange. C’était ce banc, notre banc. Tant de ressemblances, tant de sensations retrouvées !
Je demandai à Isuas si l’on pouvait être heureux et apaisé en enfer. J’aurais aussi bien pu lui demander si l’on pouvait retrouver tant de choses de la vie, si l’on pouvait sentir la nature de la vie. J’aurais aussi bien pu lui demander si nous étions vraiment mortes et en enfer. Mais oui, bien sûr que nous étions mortes ! Je l’avais vue, les mains en sang, le corps froid sur l’herbe, dans notre plaine. Je m’étais vue, les mains en sang, le corps froid sur les draps, dans sa tour. Je nous avais vues mourir. Nous étions décédées. C’était un fait à n’en pas douter. Alors pourquoi tant de paradoxe ? Pourquoi ce bien-être ?
Ange me répondit de sa voix que j’avais gravée dans la mémoire, cette voix si belle, une vraie mélodie pour moi. Elle me répondit qu’elle ignorait si l’on pouvait être heureux et apaisé en enfer. Tout ce qu’elle savait et ce qui comptait, c’était qu’elle m’avait retrouvée. Et que, comme je le lui avais dit, jamais nous ne serions séparées. Si même la mort, même l’enfer avaient échoué, alors personne n’y arriverait. Oui, nous étions à nouveau l’une contre l’autre, jamais rien ni personne ne parviendrait à nous séparer, et c’était cela qui comptait. Oui, voilà, c’était tout ce qui comptait… Je me le répétai plusieurs fois pour m’en convaincre, mais toujours ce doute persistait. Plus aucune bruine n’était là pour l’écartait, alors il restait accroché en moi, insistant.

Ange resserra son étreinte. Je sentis que Isuas était à nouveau troublée. Alors je renforçai à mon tour mon étreinte.

*Ne t’inquiète pas, Ange, je suis là… Je suis venue mourir pour te rejoindre. Maintenant que nous sommes ensemble, nous le resteront pour l’éternité. Même si la gel tente de glacer mes os fragiles, même si les flammes tentent de brûler ta si douce peau, nous resteront liées à jamais. Nos douleurs ne sont rien à côté de nous deux, elles sont encore plus insignifiantes dans nos cœurs. Tout ce qu’il y a, c’est toi, c’est moi, c’est notre amour. Il n’y a que ça qui compte. Ca et rien d’autre. Ne t’inquiète pas, Ange, je suis là… Je verserais mes larmes pour t’en offrir le verre si tu me le demandais. Sois heureuse avec moi, Ange… Soyons heureuses éternellement.*
Isuas parla encore de sa voix mélodieuse. Elle me dit qu’elle était heureuse. Que nous fûmes en enfer ou au paradis, elle était heureuse. Que nous fûmes au milieu de ces humains perfides et stupides, elle était heureuse. C’est pourquoi elle ne voulait pas comprendre ni même savoir le paradoxe. Tout ce qu’elle voulait réellement, c’était que je sois réalité et non illusion…
Les larmes coulaient enfin sur mes joues. Elles m’étaient tellement agréables ! Si belles larmes cristallines, joyaux de mon cœur que je pouvais offrir à la Lumière, à Ange. Si belles gouttes de cristal, seule beauté de l’abîme de mes yeux profonds. Je sentis l’une d’elle mourir sur mes lèvres, me procurant un agréable goût salé qui me rendit ma voix.

« Je t’aime… »
Ces mots dits à voix basse furent comme une explosion de sentiment pour moi, comme un feu dans un ciel d’encre. J’appuyai ma tête contre la poitrine d’Isuas avec insistance, collant ma joue contre elle. Un de mes bras cessa de serrer Ange par le dos. Il revint petit à petit vers nous. Ma main se glissa sur le bras, mes doigts l’entourèrent sans pouvoir en faire le tour.
« Je suis là… »
Ma tête cessa d’appuyer et ma nuque se tendit, mon crâne bascula en arrière juste assez pour que mes yeux humides croisèrent ceux de celle que j’aimais, de ma lumière.
« Ange… »
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MessageSujet: Re: Un peu de douleur... [PV]   Dim 9 Déc - 1:47

Notre banc, notre étreinte. Enfer ou Paradis, nous étions de nouveau ensemble. Mon être frémit a cette pensée. Ce fut si simple de te trouver ! Tellement simple ! Bien sûr, ta mort ne me réjouissait pas ! Loin de là ! Cela ne faisait que confirmer que ma malédiction t’atteignait aussi. Je soupirai. D’aise et de désespoir. Tu étais là. Je remarquais aussi que la voix te manquait. J’admets, tu ne fus jamais réellement bavarde, préférant t’exprimer par des gestes et tes yeux d’encre. Mais là, ca dépassai l’entendement. Je remarquai alors, toi aussi, les larmes te montaient aux yeux. Je t’en supplie Hime, ne pleure pas a cause de moi ! Cependant, tu murmuras des phrases. Tu me rendis mon « je t’aime », murmure emporté par le vent. Mais je l’entendis. Parce qu’il m’était destiné, a moi, et a personne d’autre. Puis tu desserras ton étreinte. Le bras qui m’enlaçait s’empara de mon bras. Ta tête, jusqu'à présent épousait ma poitrine. Tu la releva de façon a m’observer. Tu me susurras des paroles réconfortantes. Intérieurement, je te remerciai. Puis je n’hésita pas a le dire a haute voix :

Nothing – « Oui, tu es là. Contre moi… Si tu savais comme je m’en veux, de t’avoir ainsi laissée… Me pardonneras-tu, Hime ? De tout ce que je t’ai fait, et je pourrais te faire ? »

Sans que je sois réellement consciente de mes gestes, me laissant bercer par l’euphorie de l’instant, je jouai avec une des mèches de tes cheveux. Ces longs cheveux couleurs jais, au reflet parfois bleuté, sous le soleil. Terne et triste, comme toi, parfois. Mais depuis peu, ton visage avait retrouvé le sourire. Il avait retrouvé ses traits lumineux. Mon rayon de soleil. Toi, si seule, si délaissée. Je ne recommencerai plus jamais. Plus jamais je ne te laisserai aux mains de ce monde indécent. Je m’en voulais, comme toujours. J’étais exigeante envers moi-même. J’étais égoïste de vouloir plus que je n’avais déjà. Sentir ton corps de préadolescente contre le mien était déjà une telle récompense. Alors pourquoi je n’arrivai pas à combler ce vide ? Pourquoi je t’en demandais ainsi, plus, plus, toujours plus. C’était inconcevable. Inacceptable même ! Je n’arrivai même plus à maîtriser mes émotions. J’embrassai tendrement ton front d’albâtre, puis plongeai mon regard de verre dans le tien. J’attendais une approbation, que je n’aurai jamais si je restai silencieuse. Mais comment formuler cela ? Comment te demander mon envie si égoïste ? Je soufrai. Soufrai de ce dilemme qui me rongeait le ventre.

Je l’avais déjà fait. Je l’avais répété mille fois dans mon esprit, sanas n’avoir eu l’occasion de le faire. Je ne l’avais accomplis qu’une seule fois, te donnant ce chaste et tendre baiser, interdit, de manière lâche. Mais là, maintenant que j’avais tes yeux noir et vide dans les miens, maintenant que j’y voyais toutes les émotions, oserais-je encore le faire ? Moi si heureuse ? Moi si égoïste de penser cela ? Qu’allais-tu dire ? Qu’allais-tu faire si j’osais, ne serait-ce que t’embrasser la joue ? Quelles émotions, quelles pensées te traversaient l’esprit en cet instant ? Et moi, mes pensées et émotions étaient-elles visibles ? Pouvait-on lire sur mon visage encore adolescent mon envie soudaine ? Mon embarras à cette pensée ? Cette future action ? Qu’importe. Je restai ainsi, a contempler chaque trait de ton visage enfantin et mature a la fois. Aux rondeurs enfantines, pratiquement perdue. J’inspirai profondément, voir bruyamment. Je clos mes paupières. Prête a faire ce que je désirais le plus au monde. J’espère que tu ne m’en voudras pas pour cela. Pitié.

J’inspirais une nouvelle fois. Nous n’avions pas l’habitude d’être si proche. Un coup d’œil, une caresse, tout cela nous suffisait amplement. Mais même morte, je restai humaine, avec ses désirs les plus enfouis. Je t’en conjure Hime, ne m’en veut pas. J’essaye de faire au mieux, promis. Doucement, j’avançais ma tête vers la tienne. Je gardais les yeux fermés, ne voulant pas voir ton expression. J’avais pris ton visage entre mes mains. Je déglutis, encore hésitante. Je caressai lentement ta joue droite, prête a accomplir le désir le plus égoïste que j’ai eu envers toi. Je pressai mes lèvres contre les tiennes. Doucement, sans aucune force. De manière a ce que, si ce geste te déplaisait, tu puisses me repousser sans forcer. Je ne cherchai pas à aller plus loin. Justes mes lèvres contre les tiennes. La tiédeur de tes lèvres me décrocha un frisson. A moins que ce ne fut le geste en lui-même ? Je sentais tes lèvres, douces et fines comme de la soie. Un instant qui ne dura que quelque seconde. Quelques secondes de délice, pour moi. Quelle allait être ta réaction ? M’en voudrais-tu ? Sûrement.

Je fus si égoïste en faisant ce geste. Je ne t’avais pas demandé ton avis, j’avais agis, et puis plus rien. J’étais heureuse. Je retirai mes lèvres, gardant mes yeux clos, pour ne pas voir ton visage. J’avais honte, tellement honte. De mon geste, et de moi-même. Je t’étreignais une nouvelle fois. Fort. Faisant de mes bras une cage fébrile, mais dont tu ne saurais t’échapper. Cruel et narcissique besoin que de te vouloir uniquement pour moi ! Mais je ne voulais pas que tu m’échappes. Que tu me repousse, moi et mon amour trop puissant. Je ne voulais pas que tu m’abandonnes comme je l’ai fait. Je savais déjà que tu devais me haïr, pour t’avoir ainsi quittée, alors, s’il te plait, n’attise pas plus cette haine envers moi ! Mes yeux suppliant s’emplirent de larme une nouvelle fois. De joie ? De peur ? Je ne savais pas réellement. Je commençai a rire, un rire jaune et forcé. Je t’observai, guettant ta réaction tant redoutée.


Nothing – « J’aurais du demander. Je suis désolée. Je t’aime, tu sais. C’était égoïste de ma part… Mais… Je n’ai pas de justification a ce geste, juste, ne m’en veux pas, s’il te plait. »

Je resserrai d’autant plus mon étreinte. Non, je ne voulais pas. Jamais je ne te laisserais me quitter, par pour ça, en tout cas. Tu me l’as dit, tu étais là. Ce n’était pas mon acte, profondément individualiste, qui allait nous séparé. Si même la mort, Funèbre et Inéluctable n’avait put le faire, ce ne serait pas une de mes nombreuses erreurs qui le ferait n’est-ce pas ? C’est juste l’euphorie du moment qui m’a poussé a tout ça… Ne m’en veut pas. J’aimerais te dire tout cela, alors, ne m’en veux pas et pardonne moi. S’il te plait, je ne supporterais pas de t’abandonner – d’être abandonnée – une seconde fois.

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[ Once upon time... The Nothing ]
[ Not sleep, not dreams, not escape]
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Haiiro
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MessageSujet: Re: Un peu de douleur... [PV]   Lun 10 Déc - 20:18

Enfin ensemble ! Après un certain temps chacune perdue dans un coin de l’enfer, nous étions à nouveau sur notre banc, l’une contre l’autre. Après une petite mort douloureuse, nous étions enfin réunies à nouveau. Toute la douleur que j’avais subie jusqu’à cette retrouvaille me sembla soudain futile à côté de l’amour que je ressentais pour Isuas. J’avais été capable d’affronter la mort en face et pensais à présent que ce n’était plus grand chose à côté de mon sentiment amoureux. Il ne me semblait même pas me souvenir de mes chutes régulières dans la plaine si semblable à celle que j’avais connue avec Isuas, cette plaine où nous nous promenions ensemble, cette plaine sur l’herbe de laquelle nous nous asseyions, l’une contre l’autre, la main de Ange se glissant dans mes cheveux, soulevant quelquefois une mèche pour cacher ses doigts en dessous.
Cette plaine où j’avais découvert le cadavre.
Cette plaine où elle avait choisi de mourir.
Cette plaine où j’avais commencé à souffrir.
Elle aussi avait dû souffrir. Je le sentais dans sa joie de me retrouver, son soulagement lorsqu’elle avait posé ma main sur sa joue, profitant de ce contact si bénéfique pour elle. Que lui était-il arrivé pendant que je la vengeais, que je mourrais, que j’errais ? Qu’avait-elle fait pendant tout ce temps ? Elle avait erré, elle aussi. Elle avait souffert, elle aussi. Peut-être avait-elle regretté de mourir. Je savais aussi qu’elle avait espéré que je la rejoignis tout en souhaitant que je continue de vivre, que je continue ma route. Savait-elle que cela m’aurait été impossible si j’avais essayé ? Je l’ignorais… Elle m’aimait fort, très fort ; et cet amour occupait toutes ses pensées j’en étais sûre. J’avais l’impression qu’elle doutait de moi. Elle pensait sûrement que je lui en voulais de m’avoir délaissée en mourant sans moi. J’étais prête à tout faire pour lui faire comprendre que je ne serais en colère contre elle pour rien au monde. J’étais prête à lui pardonner n’importe quoi à condition qu’elle continue de m’aimer fort comme je le sentais à présent. Jamais je ne lui en voudrais de m’avoir quittée. Jamais. Et je devais le lui faire comprendre, car j’étais sûre qu’elle doutait, qu’elle se sentait vraiment coupable. Moi, je ne la sentais pas coupable d’être morte. Elle est morte par consentement. Elle est morte par meurtre. Etrange paradoxe dans ma tête, paradoxe cependant très clair et non embrouillant. Pour moi, c’était comme si tout son village s’était infiltré dans sa tête pour l’inciter à mourir. Elle avait dû souffrir. Et moi qui ne voyais rien, et moi qui avais été incapable de couvrir cette souffrance, de la rendre supportable. Oui, j’étais une incapable. C’était aussi ma faute si elle était morte, me laissant en vie.

Mais, en même temps, maintenant que nous étions à nouveau réuni pour l’éternité, c’était mieux ainsi. En réalité, nous n’avions jamais été séparées. Une partie de moi volait à ses côtés. Oui, voilà pourquoi je m’étais sentie si molle, envahie par un brouillard inexplicable… Ma raison m’avait quitté en même temps que ma vie, rejoignant Ange… Etait-ce grâce à cela que nous étions ensemble après si peu de temps (un temps si long avant !) ? Je ne savais pas, mais je n’avais jamais été séparée d’Isuas, et pour deux raisons au lieu d’une. Non seulement notre amour jamais ne pourrait être brisé, mais mon âme avait été prête à se mutiler pour rester auprès de celle de Isuas. Mutiler mon âme. Me rendre encore plue folle que je ne l’avais jamais été. Plus folle que la meurtrière volant les mains d’un bébé en lui tranchant les poignets pour ainsi les offrir au cadavre d’Isuas. Ses mains… A partir de ce moment où j’étais morte, à chaque meurtre que j’accomplirais, je volerais les mains de ma victime. Avec les mains, on peut faire tant de bien ! Les mains d’Isuas me caressaient les cheveux comme jamais personne ne l’avait fait. Elles me procuraient un plaisir réconfortant que jamais personne ne m’avait procuré. Avec les mains, on pouvait aussi faire le mal. C’était avec ses mains qu’Isuas était morte. C’était avec les miennes que j’avais tué des anges, assassiné tout un village d’humains, tranché mes veines. Les mains ont un pouvoir incomparable. J’étais décidée à voler ce pouvoir à toutes mes victimes. Elles ne le méritaient pas, ce pouvoir. Et moi, le méritais-je ? Probablement pas. Mais, égoïstement, mes mains seraient les dernières – avant dernières, celles d’Isuas étant bien plus précieuses que les miennes – que je supprimerais.

J’eus la confirmation de ce que je pensais, Isuas doutait de la réaction que j’avais eue lorsqu’elle était morte par consentement. Elle regrettait cet acte, rongée par le remord. Elle s’en voulait considérablement et pensait que je lui en voulais aussi, ne serait-ce un petit peu. Elle le dit. Elle dit qu’elle s’en voulait à un point inimaginable. Elle me demanda si je lui pardonnerai. Mais la question ne se posait même pas. Ou peut-être se posait-elle sous un autre angle : pardonnerais-je un jour aux villageois qui avaient commis ce meurtre ? La réponse était dans le village, vide. Elle était dans chacun des cadavres. Non, jamais je ne leur pardonnerais, même si je les avais tués, même si j’avais vengé Ange. Et c’était tout.
Par pour Isuas. Elle me demanda si je pardonnerai aussi tout ce qu’elle pourrait me faire. Mais que pouvait-elle me faire de mal ? Je ne le voyais pas. Le seul mal qui m’avait été fait, c’était sa mort, mais c’était son village qui l’avait tuée. Et on ne peut pas mourir une seconde fois, sauf si on est entre-temps devenu un ange misérable. Heureusement que ce n’était pas le cas ! Je me voyais très mal retourner au point de départ, et je suis sûre que Dieu avait pensé, pense et pensera toujours la même chose. C’est l’unique point commun que nous gardons. Alors si nous étions déjà mortes toutes les deux, que rien ne pouvait jamais nous séparer, que son village était mort dans le sang grâce à moi, que pouvait-il arriver de mal ? Quel mal Isuas pourrait-elle me faire ?

Durant un instant, je haussais juste un sourcil, très légèrement, trop peu pour déformer mon visage, assez pour que Ange le vit. De cette façon, je me montrais pensive, un peu interrogative, montrant que je n’avais pas vraiment compris tous ses propos. Je ne pense pas qu’elle le vit, du moins pas tout de suite. Elle jouait avec une mèche de mes cheveux, se glissant dessous puis ressortant, l’enroulant autour du doigt puis le déroulant en glissant en douceur. Elle se pencha vers moi et déposa un tendre baiser sur mon front. Puis elle se redressa, la tête inclinée, le regard plongé dans le mien. Je vis dans ce regard que quelque chose la troublait beaucoup. Elle semblait appeler à l’aide avec ce regard, me demandant juste peut-être une phrase qu’elle attendait. Elle voulait avoir la confirmation que je lui pardonnerai. C’était normal, je ne lui avais pas encore expliqué ce que je pensais de son suicide. Pourtant, pourtant, je sentais qu’il y avait quelque chose d’autre… Mon intuition s’était enfin réveillée. C’était sûr, le brouillard m’avait quittée, j’étais à nouveau « entière » et bien maîtresse de mes actes. Mais qu’avait Ange ? Quelle était l’obscurité qui la troublait tant ? Cette obscurité que je pourrais lui ôter, lui chasser. J’avais fait une fois l’erreur de ne pas voir le trouble d’Isuas, cela avait été fatal – et pratique, puisque la mort n’était plus une menace. Il m’était hors de question de la reproduire. J’observerais Ange avec plus d’attention, j’ouvrirais mes sens. La moindre hésitation, je la sentirais. Voilà comment je veillerais sur elle. De plus, je devais commencer maintenant. Ne pas ignorer ce trouble que je lisais dans ce regard, ce trouble que mon intuition me disait autre que le remord d’être mort. Mon intuition était plutôt fiable. Et, quoique fût son message, je devais toujours en prendre compte même si cela risquait de n’être qu’une fausse alerte. Cela avait-il un rapport avec ce qu’elle m’avait dit juste avant, quand elle me demandait si je lui pardonnerais tout le mal qu’elle pourrait me faire ? C’était fort probable. Dans ma réflexion, j’avais cessé de pleurer, mes yeux avaient déjà commencé à sécher.
Elle continuait de me contempler, songeuse, peut-être en grande confusion avec elle-même. Les secondes passaient – je pouvais enfin les compter – et nous ne bougions pas, l’une observant l’autre. Je plongeai mon regard dans ses yeux cristallins. Mais au lieu d’imaginer le cristal brillant, je voyais plutôt une mer, un mer très claire, d’une eau parfaitement transparente comme jamais une mer pouvait en contenir. Un océan vaste, très vaste, dans lequel il était si bon de nager. Quand j’y nageais, je me sentais en sécurité. Les vagues ne m’agressaient jamais, ne m’enfonçaient jamais. Cependant, lorsque je plongeai à ce moment-là dans cet océan, je fus secouée par d’énormes vagues qui, passant à côté de moi, s’écrasaient les unes contre les autres, preuve du trouble violent que ressentait Ange, preuve de son conflit intérieur.

*Ange… Ange, dis-moi, qu’y a-t-il ? Parce que je sais que tu as un problème, je le vois dans ton regard, je le sens dans ta façon évasive de jouer avec une mèche de mes cheveux ténébreux. Ange, parle-moi, dis-moi tout. Qu’y a-t-il ? Je veux savoir ce qui te trouble autant. Je ne veux pas que cela te fasse souffrir jusqu’à ce que tu cèdes, comme la dernière fois. Ange… Je t’aime trop pour te laisser avoir mal sans rien faire, mais je ne sais pas quoi faire parce que je ne sais pas ce que tu as.*
Je pouvais tout lui dire, mais je me contentais d’un regard interrogateur, un regard qui voulait dire « Qu’as-tu ? ».

Comme pour me répondre, elle inspira bruyamment elle me ferma ses yeux. Elle me ferma aussi toute possibilité de voir ses émotions, mais elle semblait être sur le point de faire quelque chose d’encore pire que mourir. Elle cessa de jouer avec mes cheveux, sa main s’immobilisa sur ma tête. Elle était un peu raidie. Elle avait là le comportement de quelqu’un qui avait le trac avant un spectacle, ou bien qui avait l’intention d’annoncer ou de faire un acte très condamnable. Je sus que j’aurais ma réponse. Je saurais enfin ce qui la troublait. Isuas, j’allais enfin savoir et donc pouvoir essayer de l’aider, juste essayer… Elle inspira une seconde fois, plus longuement, les yeux toujours fermés. Elle posa une main sur ma joue, elle retira celle de mes cheveux pour la déposer sur mon autre joue. Les yeux toujours clos, elle pencha lentement sa tête, arrêta le mouvement de sa nuque. Elle hésitait. Et moi, je l’observai, sans comprendre. C’était à mon tour d’être troublée, me cherchant désespérément le noir qui faisait du mal à Ange. Qu’avait-elle ? Qu’allait-elle faire ? Etait-ce si peu évident pour que je ne pusse pas le voir encore ? Son visage était tout près du mien, les yeux restaient fermés, quelques petits plis marquant les paupières un peu crispées. Elle déglutit. Une main me caressa une joue. Mon esprit nota inutilement que c’était la droite. Mais ce n’était pas ça que je voulais savoir ! Ce que je voulais comprendre c’était le trouble d’Isuas. Je commençais presque à m’énerver contre moi-même et contre mon incompétence lorsque je vis la situation sous un autre angle à la manière d’un flash. Isuas, me tenant les joues entre ses mains, le visage à quelques centimètres du mien. Je compris ce qui allait se passer. C’était si évident ! Et juste à cet instant où je réalisais, les lèvres d’Ange entrèrent en contact avec les miennes. Ma main sur son bras se lâcha soudainement. Une immense surprise m’envahit. Je m’attendais à tout ce que je pouvais imaginer, tout sauf ce baiser, lèvres contre lèvres. Un minuscule larme sauta de mon œil et courut jusqu’à la main d’Isuas qui lui barra le passage. Elle éclata sur cette main. Elle fut la seule. Après la surprise, mon sens du toucher joua son rôle. Les lèvres n’appuyaient pas sur les miennes, elles étaient juste posées, sans force. Elles étaient moins fines que les miennes, je pouvais sentir sans peine leur douceur comparable à celle du velours. Au lieu d’être chaudes comme toujours ses mains l’étaient, elles étaient tièdes. Son visage était trop près du mien pour que je pusse l’observer, mon regard semblait passer au travers. Et il me sembla ressentir une sensation un peu étrange, sûrement nouvelle pour moi. Une sensation douce et agréable qui me provoqua un frisson dans mon dos, assez léger pour ne pas rompre le contact de nos lèvres. J’ignorais ce que je ressentais vraiment, mais ce devait avoir un rapport avec l’amour que j’avais pour Isuas. Peut-être était-ce comme quand elle me serrait dans ses bras ou me caressait les cheveux ? Pourtant, cette sensation-là me semblait différente… A la fois différente et identique que les autres, sans que je susse pourquoi. Cette sensation, après m’avoir un peu surprise, me procura du plaisir. Le plaisir que doivent ressentir les couples quand ils s’embrassent. A chaque fois que je voyais une femme et un homme s’embrasser dans la rue, je sentais la haine bouillonner en moi. Ils n’ont pas le droit de ressentir ce bien-être, ils ne devraient même pas être heureux, ces gens ignobles. Et maintenant que c’était moi qui ressentait cette agréable sensation, ma pensée était renforcée. Et c’était les gens qui allaient me regarder avec un air méprisant. Car nous étions deux filles, deux adolescentes. Amour interdit, baiser interdit. Nous ne devrions pas nous être approchées d’après notre entourage. Nous étions malsaines. De toute façon, maintenant que nous étions en enfer, cela ne changeait rien de ce côté-là. En enfer, on peut pêcher autant qu’on veut. Ce baiser était un pêché. Un pêché ignoble, mais si ce n’était pas un capital. Comme je m’en moquais ! C’était un pêché si délicieux, bien plus doux que les meurtres, bien plus simple que la haine. Et c’était Isuas qui me baisait, Isuas que j’aimais tant. Ce baiser, bien qu’il m’ait prise au dépourvu et grandement surprise, me plut beaucoup.

Lorsqu’elle rompit le contact, je fus d’abord déçue. Déçue que ce plaisir prît fin. Puis, voyant que Ange gardait les yeux fermés, je saisis un peu mieux l’ampleur de cet acte. Mon premier baiser est un pêché. Mon premier baiser est maudit. Ce moment précieux où on découvre une nouveauté éclatante devint pour moi un instant maléfique au moment où il survint. Tout était interdit. Et bien ce n’était pas un problème pour moi, autre Isuas que j’aimais et que je ne laisserais pour rien au monde, j’étais une fille qui avait violé assez d’interdits pour regretter une violation de plus.
Mais ce baiser… C’était preuve d’un amour vraiment puissant, un amour qui devenait physique. Ce baiser, c’était une étape de franchie, une étape que je n’avais même pas imaginée. Je compris alors pourquoi Isuas était si inquiète. Elle avait eu peur que je la repoussasse, elle m’en avait même laisser la possibilité pour ne pas me faire de mal. Elle avait juste posé ses mains sur mes jours, avait juste posé ses lèvres sur les miennes. J’avais été libre de faire un mouvement en arrière, de repousser Isuas. Si je n’avais pas connut le bénéfice de ce baiser, peut-être aurais-je simplement décollé mes lèvres de celles de Isuas, lui disant de la manière la moins désagréable possible qu’il n’était pas possible d’aller aussi loin. L’idée de franchir des étapes m’aurait peut-être effrayée, me disant trop jeune, pas assez prête. Mais si j’avais ressenti une agréable sensation de plaisir, cela voulait dire que prête, je l’étais.

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